III. ABLATION D’UNE PORTION DU CORPS DU MAXILLAIRE SUPERIEUR
Dans ce chapitre se rangent toutes les résections partielles, dans lesquelles on enlève plus qu’un bord libre ou qu’une paroi de l’os. Malgré la grande variété des opérations comprises sous cette définition, il est avantageux de
conserver la distribution établie par Ried (loc. cit., p. 111) dans les résections partielles,-et qui est celle-ci :
1° Résections de la partie inférieure du maxillaire supérieur (amputation). Ce sont les plus fréquentes.
2° Résections des parties supérieure ou antérieure (Ried). Dans ces dernières, l’os nasal, les os raalaire et ünguis, le cornet et le vomer, peuvent être en même temps envahis par la maladie et enlevés dans l’opération, êomriie le prouvent les cas de Jæger, Heyfeldér, Langenbeck.
XOTICë HISTORIQUE.
En 1693, Acpluthus (Mem. de l'Acad. roy. de'chir., nouv. édit., t. V, p. 163-164, et Lisfranc , Prec. de nouv. opérât. ,11, p. 167) extirpa üné tumeur avant le caractère d’un encbondrome et grosse comme les deux-poings. Elle s'était développée chez une femme de trente ans, sur le maxillaire supérieurgauche, dans l’espace de deux ans, et gênait à ce point la mastication et la respiration, que la vie en était menacée. Incision transversale partant du coin de la bouche et sé dirigeant à travers là joue: extirpation de la tumeur ainsi que d’une portion du maxillaire supérieur, à laquelle plusieurs dents étaient attenantes, à l’aide d’un fort bistouri ; extraction d’une portion .osseuse atteinte decarie secondaire.Cautérisation.Guérison complété.
Des opérations analogues ont été pratiquées :
En 1768, par Jourdain [Abh. übeï d: ckir. Krankh. d. Munies>, A. D. Franz, Nüremberg, 1784, S. 283.— Gensoul, loc. p 6.), pour un cancer (fongus?), à l’aide d’un instrument en forme de spatule (récidive) ; en 1769 et 1770, par David (1 ) ; par Mosqué’ (If, et par White l’aîné (3;. - - . •
En 1789, par Desault (4), pour une exostose et un sarcome, avec terminaison favorable-. .
(1) Mém. de l’Acad. roy. de chir. , V, p. 237.—Kruefipel, Diss. de maxill-
-resecl . Bonnæ, 1834. : . - •
(2) Adelmann, loe. cit., p. 63-,
(3) White d. Jungere, CaseS in surge,y. — the Dublin Journ. of méd. ~ SC., 1S53, vol. XXXI, p; 19.
: . (A) Kmèppel, loc. Mt,,,p. 44. — Ried ,, loc. cit., p. 112.
En 1804. par Deschamps v(|) et Dubois (2) ; en 1 805, par Klein (3), avec de bons résultats,.
De 1816 à 1820, par Bénédict (4), 3 fois ; deux récidives (une de cancer).
En 1820, par Wattmann (5j, ;3 fois pour sarcome., et en 18.26 par Georgi ( 6 ), pour une excroissance osseuse (?), avec terminaison favorable.
. En ! 827, par-Dupuytren ( 7 ), avec ligature de la carotide, et par Béclard ( 8 ), (récidive dans les deux cas). -
En 1828, par Textor (9) .et par Robinson (4OJ -5 en 1829, par Dupuytren ( 11 ), dans lës trois cas pour des sarcomes, avec guérison durable. La même année, Velpeau (12;) opéra une fois pour un cancer (?); Cheliu's (13), trois fois pour sarcome et cancer : le prer mier eut..une terminaison mortelle; le. second, deux; Syme (14); et Ljsfranç-(1.5) firent la même opération: terminaison inconnue. -
En 1830, Lafont (16) et Jæger (17) opérèrent pour sarcome, avec guérison.durable; Léo (18), avec récidive.
. (1) Traité des malad. dés fosses, nasales, etc. Paris, 1804. — Jæger, loc. cil., p. 320..
(2) Krueppel, loc. ci'.., p. 2£L — WeinholJ, Ueber die abnorrne Melamorph. d. Highmorh., S. 140.
(3) Samml., Seltener auserl. chir. Beobachl ., 1803.—Jæger, loc. cit., S. 520.
• (4) Rust’s Mag., Bd. IX, S. 394.
{6) lb.. Bd. XV, S. 583. — Jæger, loc''cit., S. 521.
• (6, Omodei , Ann. unir, dimed., 1827 Jan. -Mag. der Àus. iv.ed Lit., 1828, Mars, S. 531.
(7),Gensoul, loc. cit., p. 10.
(S) lb-, p. 11.
(9) Loc. cit., p. 2 1.
(10) Mag. de Aus. rrted. Lit., 1830, Jul. nnd Aug,, S. 458.
(11) Adelmann, loc. cit. — Jæger,/oe. cil., p. 523. .
(12) Méd. opér., vol? II, p. 629-30.
(13) Htidelb. Klin. Annal.
(li) Thé Edinb. med.and surg.Journ., 1829, Jul.
( 15) Séances de l'Académie de médecine de Paris, 1829, sept.
(16) Krueppel, loc. cit.., g. 38.
(17) Loc. cit., p. 523. — Ried, loc. cil., p. 114-15.
IBS DE LA RÉSECTION
En (831, par Hetling (1) [sarcome médullaire), et par Banelü (2) (ostéosarcome), avec guérison durable.
En 1832, par Wutzer (3) (sarcome), avec récidive; par Regnoli (4), 3 fois, une récidive.
De 1834 à 1836, par Dietz (5). par Hysern (6), et- par Tulthiil (T), avec succès; par Jüngken (8) (mort par trismus) ; par Beck (9) (mort par pyémie).
Dans ces derniers temps, des résections partielles presque innombrables ont été pratiquées : 14 fois par Mott (Velpeau, Med. opérât., vol. I, p. 19); par Roux (10), par Maisonneuve (41); 2 fois par Textor; 2 fois par Adelmann ; par Michon (4 2), par Soulé (4 3), par Schops (4 4), par Bérard; 4 fois par Rothmund ; 3 ou 4 fois par Pilha (/oc. cil.,) ; par Dieffenbach (15;, qui fit 42 fois des résections plus ou moins étendues du maxillaire supérieur, dont 8 peuvent être comptées avec certitude. Ces huit opérations furent pratiquées pour des tumeurs de l’os, et eurent toutes généralement, malgré la récidive dans quelques cas, et la nécessite de pratiquer de nouveau l’opération, de bons résultats.
Lafond (4 6) réséqua, en conservant sa paroi supérieure, le maxillaire supérieur, ainsi qu une tumeur pesant 775 grammes, et composée en grande partie de substance cartilagineuse, à une jeune fille
(4) Transacl. of lhe prov. and phys. dssoc., vol. I. Lond., 4833.
(2) Annal, univ. d. med., 4 839, juni. — Harrib. Zeitschr., Bd. XIII, S. 113.
(3) Krueppel, loc. cil., p. 46.
(4) Osserv. chir. Pis., 4 836.
(o) Hamb. Zeitschr., Bd. VI, S. 4 8.
(6) Velpeau, loc. cil., vol. I, p. 23.
(7) Med. chir. Review, 1836, April.
(8) Schmidt’s Jahrb., XXXI, S. 247.
(9) Sclrwôrer, Ber. d. chir. Klinik zu Freïburg, S. 65.
(10) Gaz. des hôpit., 4852, p. 280.
(12) Gaz. des hôpit., 4853, p. 178.
(13) Gaz. des hôpit., 4854, p. 46.
(44) Jahresbeilrag. z. pract. Med. uhd Chir. d. Kinderkrankh., v. Pesther Kinderspital.
(45) Loc. cil., p. 43 à 46. — Hamb. Zeitschr., Bd. VII, S. 144.
(46) Journal de la Société de médecine de la Loire-Inférieure, 4354. — Gazette médicale de Paris, 1855, p. 59.
de dix-huR ans. Guérison rapide et persistante. Il appelle la tumeur carcinome.
Lode (I) fit, pour un ostéofibroïde, à l'aide de la scie de Larrey et du ciseau, une résection un peu moins considérable de la partie latérale inférieure de l’os maxillaire supérieur. Réunion par première intention. Guérison rapide, persistante.
Strempel (2) fit pour un carcinome l’amputation du maxillaire supérieur, avec incision médiane de la peau d’après Liston , et obtint, la réunion par première intention ; mais l’extirpation fut postérieurement rendue nécessaire par une récidive.
Des huit résections partielles d’Heyfelder (3) deux se placent ici' : la première concerne un enfant attaqué de carie scrofuleuse, et le mal récidiva six mois après l’opération. La seconde est la résection sous-cutanée de la paroi inférieure du sinus et de l’apophyse alvéolaire, ainsi que d’un sarcome gélatinéux siégant sur ces parties. Guérison durable sans difformité.
Des 14 résections partielles faites par Larigenbeck, 4 sont à compter ici. 2 furent pratiquées pour des tumeurs fibreuses, 2 pour des carcinomes; dans deux on pratiqua l’incision latérale antérieure, dans une l’incision latérale postérieure; dans toutes on se servit de la scie de Larrey. Dans trois cas, guérison par première intention ; mais deux récidivèrent et rendirent une opération postérieure nécessaire; dans ces deux cas on avait opéré contre des cancers.
Les cas précédents sont presque tous des résections de la partie inférieure du maxillaire supérieur. Les exemples de résection de la partie supérieure sont beaucoup plus rares.
En 1830, Jæger (foc. c»t., p. 523, et Ried, loc. cit., p. 117) enleva à un homme de quarante-six ans, pour une carie avec épaississement par suite de callosités, et ulcération carcinomateuse envahissante de la joue et des lèvres, les deux parois latérales et les parois antérieure et supérieure de l’antre d’Highmore, ainsi que l'os nasal gauche et la moitié du malaire, après avoir divisé les parties molles par une incision cruciale. Il n’v eut d'épargnées que la voûte palatine et une partie de l’apophvse alvéolaire. Opération autoplastique. Guérison durable.
En 1832, Bauer fit, pour un sarcome, une résection semblable,
(1) Deutsche Klinik, 1853, S. 556.
(2) Borchert, loc. cit.
(3) loc x çi(„ p. 17-29.
140 de; la résection
puisqu’il divisa la joue à l’aide d'une incision cruciale, - et enleva a tumeur ainsi que la partie supérieure antérieure de l’os, à l’aide, du bistouri et de la ,scie. Récidive,
Michon (Mémoires de la Soc. dechir. de Paris , 1851, II, p. 615) pratiqua une opération analogue pour un ostéoïde, et se ren-; seigna, pour le premier temps de l’opération, dans les -Annales des. sciences, . . ; ■
En 1852, Heyfeldér fit trois fois l'opération contre le cancer.
1 er cas. — Joseph Dittrich, âgé de quarante-deux ans, reçut, il y a plus de douze ans, un coup.de fourche dans le voisinage de l’angle interne de l’œil droit. Guérison lente; la plaie se rouvre. Ulcération et tumeur. En 1852, une partie de la paupière inférieure gauche, de 1’aije gauche du nez, et la lèvre supérieure, sont envahies par une ulcération cancéreuse, et la .substance osseuse située au-dessous est cariée. On enlève le mal avec les ciseaux à os de Liston,.et l’on conserve les parties alvéolaire et palatine. Récidive au bout d’un an, et: mort.
., 2 e cas. — Georges Krauss, âgé de onze ans. 11 fit une opération tout à fait analogue à celle du cas précédent, par l’incision, bilatérale de la joue et à l’aide de la pinOe à os et du ciseau. Il s’agissait, d’un carcinome médullaire qui, s’étendant dé la partie supérieure du' maxillaire gauche, avait envahi tout le visage, par suite de. son extension considérable. Guérison rapide. Mort au bout de sept mois, par récidive.
3- c cas. — Friedrich Scheidig, âgé de vingt-six ans. Un an auparavant on lui avait extirpé une caroncule lacrymale carcinomateuse.: Récidive. Dégénérescence du globe oculaire. Tumeur cancéreuse de la partie supérieure du maxillaire supérieur droit. Le 23 avril 1852,. extirpation de l’œil droit et de la partie supérieure du maxillaire su-, périeur; pour cela, on divisa avec la scie à chaîne, les articulations ; supérieure et latérale ; les parties molles avaient ,été, divisées par, une combinaison des incisions latérales antérieure et. postérieure.; Guéri le 4 3 mai et renvoyé sans difformité choquante. Mort en août; 1853, par cause inconnue.
Eh 4 852 et 4 855, Langenbeck pratiqua 3 opérations qui se placent, ici^ 2 pour carcinome, 1 pour, enchondrome, en faisant l’incision, à lambeau de la joue, sans division de la lèvre et à l'aide de la scie de Larrey. Dans un cas il employa simultanément la scie de Larrey.et le ciseau.
DU MAXILLAIRE SUPÉRIEUR. ilil
Les indications pour l’ablation d’une portion du corps de l’os sont :
1° La nécrose et la carie (primitive ou secondaire) partielles, non limitées à un bord libre ou à une paroi.
2° L’adhérence de tumeurs de bonne nature à une grande partie de l’os. Les tumeurs de mauvaise nature, quand même Fôs tout entier .ne participerait point à la maladie, exigent la résection totale du maxillaire supérieur. Toutes les fois qu’on fit la résection partielle pour des cas de cancer bien constatés, l’opération fut suivie de récidive, et dans un temps bien plus court que quand on fit F extirpa lion de l’os pour la mêmè maladie.
OPÉRATION
1“ Dénudation de l’os.
ai Pour la résection delà partie inférieure du maxillaire supérieur. Lorsque la résection ne comprend que la partie la plus inférieure du maxillaire supérieur (amputation); lorsque l’extension du volume de l’os est peu considérable, ou que la séparation des moyens d’union s’est déjà faite pathologiquement, de telle sorte que son extraction n’exige plus pour s’achever qu’un faible secours opératoire (extraction), F ablation de l’os peut se faire sans incision extérieure. On sépare les parties molles des os . dans la cavité buccale, avec le bistouri conduit sur le plat, et l’on conserve le plus possible les gencives et le périoste. De la sorte, le maxillaire, supérieur peut être dénudé jusqu’au trou sous-orbitaire, et l’on peut même diviser le nez par la méthode sous-cutanée. La dissection des parties molles achevée, il faut procéder à leur écartement. Pour les relever, j’emploie la méthode
sous-cutanée et je sépare immédiatement du maxillaire inférieur les parties molles sur le côté correspondant.
Cette méthode mérite d’autant plus d’être employée généralement, que l’on peut toujours, en cas de besoin, pratiquer une incision à la peau.
L’amputation exécutée par J. F. Heyfelder, en 1848, sur Marg. Destler,. ainsi que des extractions de la presque totalité du maxillaire d’un ou des deux côtés, pratiquées par Jüngken, Maisonneuve ét Dietz, prouvent la possibilité d’une pareille amputation sous-cutanée et extraction du maxillaire supérieur.
Lorsque le maxillaire supérieur est très distendu, que son accroissement est difforme, et que, par suite, il y a distension eommençantê et déplacement des parties molles du visage; lorsque la résection est considérable, ou bien lorsqu’on a à agir sur des masses osseuses très compactes, on doit inciser les parties molles de la bouche, en suivant la même méthode que dans la résection totale, avec cette différence toutefois que dans beaucoup de cas il suffît que l’incision ait le tiers ou la moitié de sa longueur dans la résection totale.
La résection doit-elle être pratiquée sur une partie plus considérable que la partie latérale de l’os , on doit préférer l’incision sur la ligne médiane ou dans son voisinage; et pour les résections qui dépassent le' milieu, l’incision latérale. En effet, la difformité est légère et la guérison arrive plus rapidement quand la plaie des parties molles et la plaie de l’os ne se trouvent pas en rapport, mais que la perte de substance de l’os est recouverte par des parties molles intactes. On évite surtout ainsi que la plaie extérieure se trouve en partie attirée dans la cavité résultant de l’opération, et même y contracte des adhé-
DU MAXILLAIRE SUPÉRIEUR. là 3
rences, accident qui entraîne beaucoup de difformité.
b. Les résections de la partie supérieure du maxillaire ne peuvent se faire par la méthode sous-cutanée. Pour y parvenir, on fait les mêmes incisions de la peau que dans . la résection totale, soit dans toute leur longueur, soit seulement dans leur partie supérieure ; ou bien encore on combine l’incision de la joue avec l’incision latérale antérieure, ou l’incision sur la ligne médiane, toutes deux n’étant pratiquées que dans leur moitié supérieure, de telle sorte qu’on obtient un lambeau supérieur quadrangulaire, dont la limite supérieure est formée en totalité ou en partie par le bord de la paupière inférieure.
Les incisions compliquées en croix et à lambeau sont à éviter plus encore que dans l’extirpation du maxillaire supérieur et pour les mêmes raisons.
2° Ablation de l’os..
Elle se fait de la même façon que dans l’extirpation. Là encore, le mieux pour diviser les trois articulations principales, est de se servir de la scie à chaîne. On fera ensuite une incision transversale ou verticale à travers le corps de l’os que l’on excisera par des sections en forme de A ou de ^ pratiquées, à l’aide de la scie de Larrey et de la scie-couteau ou de l’ostéotome. Quand l’os est détruit en grande partie, comme cela s’est présenté souvent dans la nécrose, quand les os sont ramollis et amincis, il suffit d’employer les pinces ou les ciseaux à os, ou bien le bistouri infléchi sur sa face ou sur son tranchant, proposé par Desault ou par Textor.
L’excision achevée, on examine avec soin la surface de la partie restante attaquée par la scie, et l’on enlève les
144 DE LA RESECTION
parties malades ou même suspectes, en se servant alors
des ciseaux à os ou de la scie.
Le pansement et le traitement consécutifs sont les mêmes que dans la résection totale.