‹ Traité complet de la résection des maxillaires supérieursChapitre 2 sur 24 · TISSUS DE NOUVELLE FORMATION · texte numérisé non relu

TISSUS DE NOUVELLE FORMATION

Presque tous les tissus de formation consécutive que l’on rencontre généralement dans le tissu osseux ont été observés sur le maxillaire supérieur et ont donné lieu à des ablations partielles ou totales de cet os. Ils ont leur point de départ tantôt dans le sinus maxillaire, surtout dans son périoste sous-muqueux; tantôt dans les parois de l’os, soit dans leur muqueuse, soit dans leur table osseuse externe, soit dans leur substance spongieuse.

1. Tumeurs fibreuses .—Les diverses variétés de tumeurs fibreuses sont, après le carcinome, la dégénérescence le plus souvent observée sur le maxillaire supérieur, comme ce dernier est aussi de tous les os du squelette celui sur lequel elles siègent le plus fréquemment. Elles sont susceptibles d’un accroissement de volume considérable (elles peuvent atteindre à la grosseur de la tête d’un homme),

souvent en peu de temps. Si elles naissent du sinus maxillaire ou de l’os, elles tendent, par l’accroissement de leur volume, à amincir les parois osseuses; elles les réduisent en une feuille fragile, les percent enfin complètement et s’étendent alors par cette ouverture dans une des cavités qui limitent le maxillaire, ou sous les parties molles qui le recouvrent. Rétrécies déjà par l’extension de l’os, les cavités voisines le sont encore plus quand il est traversé par la tumeur; souvent elles sont complètement abolies, surtout la cavité nasale, à travers laquelle la tumeur peut s’avancer jusqu’à l’antre d’Highmore du côté opposé.

Lorsque la dégénérescence ne prend pas son origine dans l’antre, celui-ci est pareillement rétréci, : déplacé, converti même en une fente que l’on ne reconnaît avoir été le sinus maxillaire qu’à la muqueuse qui la recouvre, ou bien il est complètement détruit. Le rétrécissement et l’oblitération de la cavité orbitaire ont pour conséquence l’exophthalmie ou même la destruction du globe oculaire. De l’orbite, la tumeur peut encore s’étendre dans le sinus frontal et même dans la cavité crânienne. En arrière, la dégénérescence peut s’avancer jusqu’à la base du crâne et jusqu’au corps des vertèbres, troublant alors la déglutition et la respiration, et gênant la parole. Inférieurement, elle peut aussi refouler le palais et le faire saillir en forme de bosse dans la cavité buccale ou encore en comprimant les alvéoles, rendre les dents branlantes et amener leur chute. Enfin elle peut quelquefois envelopper l’articulation et la branche montante du maxillaire inférieur, et apporter ainsi un obstacle notable à ses mouvements. En avant, la moitié du visage en rapport avec la tumeur est bombée, ou bien les deux côtés le sont également ou inégalement ; les parties molles sont tendues et par suite élar-

gies, amincies, brillantes, laissant souvent voir par transparence la couleur bleuâtre des veines.

Des symptômes qu’il n’est pas très rare de voir apparaître quand les tumeurs s’étendent au loin, sont: la cécité, la surdité, la perte de l’odorat dans le côté correspondant à la tumeur ou dans les deux côtés. Ordinairement elles font éprouver un sentiment de tension plutôt que de douleur; mais elles peuvent dans certaines circonstances, ainsi quand elles compriment ou tiraillent certains nerfs, causer un vif sentiment de douleur, qui complète leur ressemblance avec le carcinome. Rarement elles subissent des métamorphoses plus avancées; parfois elles s’ossifient.

Malgré la bénignité de leur nature, leur accroissement considérable, et les troubles de fonctions, les modifications eUes indurations de tissus qui en sont la suite, rendent leur extirpation nécessaire. Il faut pour cela réséquer une.partie plus ou mois considérable dû maxillaire supérieur, en partie pours’ouvrir un chemin jusqu’à la tumeur, en partie parce que la tumeur part de l’os ou que l’os a formé des ostéophytes qui, en s’accroissant, ont pénétré dans l'intérieur de la tumeur.

Le véritable fibroïde paraît avoir été à peine observé dans le maxillaire supérieur, sous forme de tumeur bien limitée, à couches concentriques, formée de fibres et de fibrilles de tissu fibreux. Le cas qui paraît le mieux se rapporter ici est celui publié par Chassaignac (Gaz. des hup., 1854, p. 828); ensuite viennent les deux cas que Billroth a communiqués (Deutsche Klinik, 23 Juny 1855). Si 1 on néglige les symptômes de la limitation et de l’existence de couches concentriques, notés par Rokitansky commecai’actéristiquesdufibroïde, etquel’on ne considère

que le contenu anatomique et microscopique, ainsi que les phénomènes qui apparaissent pendant la vie, le nombre des tumeurs fibreuses observées sur le maxillaire supérieur ne laisse pas d’être certainement un peu augmenté; mais il est toujours petit en comparaison de celui des sarcomes et carcinomes. D’après Giraldès (1), elles surviennent souvent chez les Indiens, surtout chez les jeunes gens, et l’on ne connaît pas de raison qui explique leur fréquente apparition dans cette contrée. Si on les incise, la surface de la section est compacte, entièrement homogène, paraissant à l’œil nu privée de structuré, très luisante et d’un jaune rougeâtre. Elles s’unissent, en s’accroissant, par tout un côté avec le tissu osseux, dont certaines portions ont pénétré dans la base ; ou bien elles sont détachées des faces osseuses amincies, perforées çà et là, et s’unissent seulement à l’os par quelques points. Leur forme habituelle estcelled’une sphère régulière ou aplatie, envoyant à travers les perforations de l’os des prolongements à surface inégale, n-’ayant pas de tendance à contracter en se développant des adhérences avec les parties voisines. Elles s’accroissent très lentement, et ne sont douloureuses ni spontanément, ni par la pression. Un certain nombre de ces tumeurs récidivent sans cesse malgré des extirpations répétées {Paget’s recurring fibrous tumours). Dans le premier cas communiqué par Billroth, le mal récidiva deux fois, et six fois .dans le second, et cela dans l’espace d’une seule année, de quelque mois et même en un temps moindre.

En dehors de ces deux cas, de celui de Ghassaignae et d’un cas cité par Stanley, j’en connais encore un de

(1) Giraldès, Des maladies du sinus maxillaire. Paris, 1851.

Baum (1), dans lequel il extirpa à une jeune fille de quatorze ans le maxillaire supérieur pour une tumeur fibreuse assez considérable. La guérison complète fut ' constatée au bout de six ans. Je dois à la bonté du conseiller privé Langenbeck la connaissance d’un cas dans lequel il fit à une femme de quarante-cinq ans une résection partielle du maxillaire supérieur pour une tumeur fibreuse, et dont les suites furent favorables.

Le sarcome est au contraire très fréquent, et il a le plus souvent son point dé départ dans le périoste sousmuqueux de l’antre d’Highmor. Sa forme la plus ordinaire. est celle d’une tumeur inégale, bosselée,, plus rarement nettement globuleuse. 11 contracte de telles adhérences avec les tissus voisins, surtout avec les éléments du tissu fibreux, qu’il ne peut en être détaché sans lésion de ces derniers. Si l’on peut extirper complètement son point de départ, il n’y a pas ordinairement récidive ; il s’ossifie quelquefois. Un autre changement qui peut s’opérer en eux est leur dépérissement, .amené par la nécrose, et, à sa suite, leur élimination. Toutefois, ce cas est si rare,' qu’il ne peut guère faire hésiter à remplir l’indication d’extirper directement et de bonne heure. Les différentes formes de sarcome :1e sarcome gélatineux (colloïde de Müller), le sarcome fibreux et le sarcome celluleux, ont été observées sur le maxillaire supérieur dans leurs formes bien caractérisées et avec leurs nuances les plus diverses, et ont été la cause de résections plus ou moins étendues. Le plus rare est le sarcome gélatineux; le plus fréquent, le sarcome fibreux. Ce dernier prend ordinairement nais-

(1) August-Borchert, Nonnulla de excisione maxillæ superioris totali. Rostock, 1857.

sance dans le périoste sous-muqueux du sinus maxillaire, ressemble à une masse en forme de bosse, de cylindre ou de fuseau, souvent pédiculée, et fréquemment divisée de différentes manières à son extrémité libre ; il est décrit par les auteurs comme polype sarcomateux ou fibreux. Ces tumeurs emplissent le sinus maxillaire, d’où elles s’étendent fréquemment dans les cavités voisines; d’autres fois, nées d’abord en un autre point, elles envahissent consécutivement le sinus. Arrondies et offrant une circonférence remarquablé, elles ne méritent plus le nom de polypes, et présentent les caractères généralement décrits comme étant ceux du sarcome et des tumeurs fibreuses. Grâce à leur forte consistance et aux liens résistants qu’elles contractent avec l’os, leur ablation radicale ne peut se faire sans pratiquer en même temps l’ablation d’une partie de l’os. Si, en les extirpant, on n’enlève qu’une partie du mal, la tumeur récidive communément. Un polype fibreux de la cavité nasale extirpé radicalement par Nélaton, le fut ensuite vingt-six fois par Velpeau et autres ; il y eut toujours guérison incomplète et récidive.

Il y a encore les formes nommées kystes sarcomateux qui ont été observées, plus rarement il est vrai, sur le maxillaire supérieur, et qui ont eu pour conséquence l’extirpation de cet os. On a, notamment, observe et opéré à la clinique chirurgicale d’Erlangen, sur le maxillaire supérieur (et c’était un cas important pour là rareté de cette forme), le kyste sarcomateux phyllode de J. Müller, que cet auteur, Paget et Rokitanskv, paraissent portés à attribuer exclusivement à la glande mammaire.

Enfin, on peut encore mentionner ici l’épulis, tumeur qui, partant de l’apophyse alvéolaire du maxillaire ou du périoste de cette apophyse, souvent d’une alvéole même,

présente une structure où domine tantôt l’élément gélatineux, tantôt l’élément fibreux. Cette tumeur forme parfois la transition à l’enchondrome et peut en partie s’ossifier. On lui a donné un nom particulier, non parce qu’elle possède une structure spéciale, mais pour son siège. Il est certain qu’elle se mêle souvent à l’enchondrome et au carcinome.

Page 1