CANCER AVEC EJWELOPPE OSSEUSE ÉPAISSE
On trouve dans le Musée Dupuytren (1) une tumeur de la grosseur de la tête, occupant la moitié droite du visage et du crâne, et enveloppant le maxillaire supérieur, l’or-
l’antre d’Highmore qui consistait à sa base en un tissu blanc, à petites cellules, au-dessus en cellules plus grosses et à sa périphérie en vésfcules très considérables. Il avait la grosseur d’une tête d’homme.
(I) Musée Dupuytren , I, p. 437, pl. 10.
bite et la moitié droite du nez. Elle renfermait une masse
molle contenue dans une coque osseuse épaisse.
On connaît deux cas de mélanose du maxillaire supérieur.
1. Allan Burns (1) cite un cas dans lequel la mélanose s’étendit du globe de l’œil au maxillaire supérieur, mais il n’en donne pas bien la marche.
2. Le second cas fut observé en 1839, à la Charité, à Berlin (2).-Le fongus mélanode paraissait partir du sinus maxillaire. Il se reproduisit constamment, malgré des opérations répétées, et amena la mort du malade.
Langenbeck a observé un cas de cancer pileux du maxillaire supérieur chez une femme de cinquante et un ans, et l’a enlevé, en réséquant la partie supérieure de l’os.
; On trouve cités, dans la collection anatomo-pathologique de Munich, deux casdans lesquels le cancer amena là destruction d’une moitié des os du visage, et ôtait situé, selon toute apparence, sur le maxillaire supérieur.
Trois cas publiés par Lesenberg semblent pouvoir être avec certitude regardés comme des cas de cancer.
Des cancers ne pouvant plus être opérés en raison de la grande extension du mal ont été vus par Holt (3), chez une femme de trente-six ans, par Langenbeck (h), chez une femme de cinquante-cinq ans, et par Heyfelder (5), chez un homme de cinquante-neuf ans. Pitha (6) a observé deux cas analogues: l’un avec exophthalmie et extension
(4) Bemerkungen, Ueber die chirurg. Anatomie des Kopfesund Halses, übersvon Dôhlhoff. Halle, 1824 S. 820.
(2) Rust’s Magasin für die gesammte Heilkunde, Bd. 63, S. 426.
(3) The Lancet, 4854,1.1, p. 237.
(4) Jahresberieht, 1844-4845, S. 25 u. 26.
(5) Loc. cit.
(6) Loc.cit., S. 139 u. 151 .
du mal à la fosse sphéno-maxillaire et à l’orbite, un autre ou l’opération fut possible, le mal De s’étant étendu que sur les parties latérales. Les chirurgiens de l’hôpital Sainte-Marie, de Londres, citent comme né présentant pas d’indications pour l’opération, un cas dans lequel les os maxillaire supérieur, malaire et palatin droit étaient atteints de carcinome médullaire avec résorption de ces:, os, et dans lequel la base du crâne et le maxillaire inférieur droit étaient aussi attaqués (i).
Les affections pathologiques que nous avons jusqu’à présent exposées se produisent ou sur l’os seul, ou à la fois sur l’os et sur le sinus maxillaire. Certaines maladies appartiennent exclusivement au sinus ; ce sont les collée-, tions de liquide et la présence de corps étrangers dans cette cavité. -
1. Collections de sang. — Un épanchement de sang peut survenir dans l’àntre d’Highmore à la suite d’une influence traumatique. Bermont {Bull. méd. de Bordeaux , nov. 1840), et A. Bérard (. Dict . en 30 vol.), rapportent seuls un cas de ce genre.
Un homme qui vingt ans auparavant avait reçu un coup violent sur la joue gauche, présenta les symptômes d’une hydropisie du sinus maxillaire, principalement un. gonflement considérable de la joue et des parties dures du palais. Une ponction faite par cette dernière partie vide le sinus et fournit 1000 grammes d’un sang presque liquide.
2. La collection de mucus ou d’eau nommée hydropisie du sinus maxillaire peut être formée par la sécrétion normale, l’entrée du sinus étant oblitérée par le déplacement des mucosités; par des polypes muqueux; par des cicatri-
(1) Loc. cit., 1852, Bd. II, p. 19i.
ces; par des corps étrangers (1); ou bien encore par la pénétration d’un liquide provenant d’une autre cavité. Le premier symptôme par lequel elle se manifeste, est ordinairement un accroissement considérable du sinus, et elle peut exister longtemps sans être remarquée.
Le eas suivant a été recueilli à la clinique chirurgicale d’Erlangen.
Il survint à un homme de quarante-cinq ans un gonflement de la joue droite, accompagné de douleurs assez faibles, qui le détermina au bout de- huit mois à venir , demander des soins. La tumeur était arrondie, sa circonférence était celle d’un œuf de poule. Elle enveloppait le bord supérieur du maxillaire supérieur, et était élastique et un peu fluctuante. Une ponction faite dans la tumeur, par-dessous la lèvre supérieure, donna issue à un liquide clair comme de l’eau, dans lequel se trouvaient de petites écailles cristallines, qu’on reconnut au microscope être formées de .graisse libre et de nombreux cristaux de graisse. Le liquide écoulé, on examina le sinus avec une sonde, et on trouva que son bord antérieur était résorbé.
3. Les collections de pus, Empyèmes de l’antre d’Highmore, ont leur origine dans l’antre d’Highmore ou, ce qui est plus fréquent, proviennent du dehors. Dans le premier cas, il y a eu auparavant une inflammation de la müqueuse, du périoste ou de l’os, occasionnée le plus souvent par une dent cariée. Dans le second cas, ce sont des abcès de la joue (2) pu de l’orbite (3) qui se sont ouverts dans l’antre d’Highmore, après avoir perforé la paroi de l’os. Le symptôme le plus caractéristique au début est une douleur plus ou moins vive. Le pus qui s’écoule par le
(1) Jourdain, loc. cit., vol. I, p. 108, 111, 121. Adelmànn, loc. cit-, p. 16.
(2) Mémoires de VAcadémie, t. IV, obs. xn, p. 359.
(3) Cf. Charles Saint-Yves, Nouveau traité des maladies des veux. Paris, 1722, p.79.
nez (Ozène du sinus maxillaire, d’après Desault) ou auquel on ouvre une voie, est de mauvaise nature. Il n’est pas rare de voir survenir une rupture soudaine ou l’inflammation des parties molles ; des fistules peuvent aussi se former.
On trouve dans la littérature une foule d’exemples dans lesquels l’empyème du sinus se vida tantôt lors de l’extraction d’une dent, tantôt par la perforation des parois antérieure ou latérale, par la perforation du palais, ou bien fut guérie par des injections faites par la cavité nasale.
En treize ans, il se présenta seulement neuf cas de ce genre à la clinique chirurgicale d’Erlangen.
à. Une collection de graisse ou tout au moins d’une substance ressemblant à de la graisse, l’Adipocire, que l’on peut considérer peut-être comme produit par le mucus ou par le pus, peut rester pendant des années dans le sinus sans causer d’incommodité. Le diagnostic est difficile; mais cela n’a pas d’inconvénients, puisque à son début elle réclame le même traitement que les autres collections liquides.
La formation d’une collection liquide dans le sinus maxillaire a pour conséquence, dans l’immense majorité des cas, l’extension et l’amincissement des parois de l’os, même leur perforation et leur carie, et l’ébranlement et la chute des dents. Ce dernier symptôme appartient surtout à l’empyème. La distension des parois de l’os devient apparente en formant une tumeur à la joue, au palais et au plancher de l’orbite. Dans ce dernier cas, elle s’accompagne de diminution dans le volume de l’œil et d’exophthalmie. La tumeur semble dure au début, par suite de l’amincissement qui résulte de l’extension de la
paroi osseuse; elle cède à la pression du doigt et crépité alors comme une feuille de parchemin. La perforation des parois, de jour en jour plus amincies, s’accompagne toujours d’inflammation dans le voisinage, inflammation qui devient visible sur les parties extérieures.
Ou n’obtient point la guérison de la tumeur et on n’arrive pas à la vider en y faisant des injections. L’extraction d’une dent ou la ponction sont indiquées, ainsi' que la résection d’une dès parois, surtout lorsque cette dernière est malade. /
5. Corps étrangers dans le sinus maxillaire. — Tous les corps étrangers possibles qui pénètrent de l’extérieur dans le sinus peuvent y rester sans jamais y causer dé troubles, comme aussi ils peuvent produire l’inflammation ) l’hydropisie ou Tempyème de la cavité et la carié ou la nécrose des parois. Dans ce cas on doit, si leur présence est démontrée, faire la résection d’une paroi ou même d’une plus grande partie du maxillaire supérieur, pour les enlever. G’est donc moins par eux-mêmes que par les phénomènes qu’ils produisent (quand ceux-ci apparaissent) qu’ils sont des causes d’opérations.
Blasius(l), Kleinert, Dubois (2), Lang (3), Glasewald (h), Baum (5) et autres ont trouvé des dents dans le sinus. Ce dernier fit une opération à une femme de trente-huit ans pour extraire une dent des deux sinus maxillaires.
(1) Klinische Zeitschr. fürchir. u. Augenheilkunde, Bd. I, H. 2, S. 187. Halle, 1836.
(2) Bulletins de la Faculté de médecine, n° 8 .
(3) Lang, Ueber das Vorkommen von Zahnen im Sinus maxillaris . Tübingen, 1844.
(4) Glasewald, De tumore quodam utriusque antri Hiqhmori. Gryphiæ,
(5) Paget, loc. cil., p. 91.
L’agrandissement de l’antre existait déjà depuis trente ans, et était accompagné d’épaississement des membranes qui le tapissent, d’une collection de pus et d’une difformité très grande au point correspondant du visage. L’opération réussit et le succès fut durable.
Langoni a vu des concrétions pierreuses qui s’étaient formées dans le sinus; Deschamps (1), Heysham (2), S. Cooper (3), BorhoYe (à) y ont trouvé des vers; et un grand nombre d’autres, des instruments brisés.
Le docteur Fabre rapporte, d’après Fabrice de Hilden (5), l’observation d’un jeune homme dans le maxillaire supérieur gauche duquel un bouton de fleuret pénétra et se brisa. Après avoir causé, dans le commencement, de violentes douleurs et du gonflement, il resta pendant quatre ans dans le sinus sans y produire de notables phénomènes, et en fut enlevé accidentellement avec une pince. La guérison complète suivit son enlèvement.
Scultet vit un cas dans lequel la pointe d’un éventail en ivoire pénétra dans le sinus par l’angle externe de l’œil et en ressortit, trois mois après, par les parties dures du palais. White (6) observa un cas tout à fait semblable; dans lequel le corps étranger demeura trois ans dans lé sinus. Dans un autre cas que j’ai, Observé, la pointe d’un parapluie ayant pénétré dans l’antre au-dessous de l’angle interne de l’œil, y demeura fichée jusqu’à ce qu’on fit; au bout de plusieurs mois, une incision pour opérer une
(1) Traité des maladies des fosses nasales. Paris, 1804, p. 307.
(2) Medicœ commentalions, l. L
(3) Àdelmann, loc. cit., Berichtigungen und Zusâtze.
(4) Institut, med., p. 792.
(5) Observationum et curationum centwiœ, S. 412.
(6) Cases in Surgery.
obstruction du canal nasal due à la présence de cette pointe, qui fut enlevée en même temps.
Allovel (t) enleva du sinus un morceau de grenade en élargissant une ouverture fistuleuse qui avait persisté après la guérison de la blessure et il obtint promptement une guérison complète.
Ravaton (2) parle d’un général qui garda vingt-cinq ans dans le sinus une balle qui finit par traverser la voûte du palais et par tomber dans la bouche.
Jourdain (3), Louis, Petit (4), Adelmann (5), citent d’autres exemples.
Il suit donc de ces exemples, que les corps étrangers qui pénètrent dans l’antre d’Highmore ne donnent qu’exceptionnellement lieu à des résections, surtout à des résections considérables. Dans, les 312 observations de résection du maxillaire supérieur dont les détails me sont suffisamment connus, je ne trouve pas un cas de résection entreprise pour des corps étrangers.
Pour ce qui est de la fréquence de l’apparition des maladies sur le maxillaire supérieur, on trouvé, sur 449 cas, 41 de nécroses, 22 de caries, 1 de sclérose, 6 de tumeurs fibreuses, 48 de sarcomes, 7 d’enehondromes, 13 d’exosr tôses et 7 de gonflements osseux ( osseous grovoth ) ; 1, peut-être 3 de tumeurs vasculaires, 16 de kystes, 7 de polypes muqueux, 3 de cancroïdes, 74 de cancers, 41 de tumeurs indéterminées, 34 de collections de liquides, 8 de présence de dents dans le sinus, et 125 de maladies n’ayant pas été bien déterminées.
(1) Mémoires de VAcadémie roy. de chirurgie, t. V, p. 2S6. '
(25 Chirurgie d'armée. Paris, 17G8, p. 114.
(3) Laie, cil., vol. T, ch. xn, observation 2.
(4) Journal hebdomadaire, i. II, p. 47.
(5) Loc. cit , S. 44-46.
D’après les 158 cas dans lesquels le sexe m’est connu, il y a à peu près égalité pour les cas de cancer dans les deux sexes ; toutefois les cas d’hommes sont un peu plus nombreux (85 hommes et 75 femmes). Dans les 186 cas dans lesquels l’âge m’est connu , tous les âges sont assez bien représentés, depuis h ans jusqu’à 76 ans. De 1-10 ans on trouve 9 cas; de 11-20, 81; de 21-30, 30; de 31-âO, 19; deâl-50, 20; de 51-60,16; de 61-70, 8; de 71-80, 3. Sur 197 cas, la maladie attaqua 92 fois le côté droit, 96 fois le côté gauche, et 9 fois les deux côtés, qui paraissent, comme on le voit, à peu près aussi souvent affectés l’un que l’autre.