QUATRIÈME DIVISION. EFFETS PRODUITS PAR LE
Mais nous nous empressons de déclarer qu’il est plusieurs autres cas, et aussi rigoureusement observés, dans lesquels il nous eût été difficile de ne pas admettre le magnétisme comme cause de ces phénomènes. Nous les plaçons dans notre ltc division.
Un enfant de vingt-huit mois, atteint comme son père, dont il sera par'é plus tard, d’attaques «l’épilepsie, fut magnétisé chez M.Bourdois, parM. Foissac, le 6 octobre 1827. Presque immédiatement après le commencement des passes, l'enfant se frotta les yeux, fléchit la tête de côté. L’appuya sur un des coussins du canapé sur lequel on l'avait assis, bâilla, s'agita, se gratta la tête et les oreilles, parut combattre le sommeil qui semblait vouloir l'envahir, et bientôt se releva, permettez-nous l'expression, en grognant; le besoin d'uriner le prit, et après qu'il l'eut satisfait, il parut très éveillé. Il fut encore magnétisé; mais comme il ne paraissait pas, cette fois, voisin du sommeil, on cessa l'expérience.
Nous rapprochons de ce fait celui d'un sourd-muet âgé
de dix-huit ans, sujet depuis longtemps à des accès d'épilepsie très fréquents, sur lequel M. Itard voulut essayer l’action du magnétisme ; ce jeune homme a été magnétisé 1 5 fois pnr M. Foissac. Nous ne dirons pas ici que les accès épileptiques furent suspendus pendant les séances, et qu'ils ne revinrent qu’au bout de huit mois, retard sans exemple dans l’histoire de sa maladie ; mais nous dirons que les phénomènes appréciables que ce jeune homme éprouva pendant les expériences furent la pesanteur des paupières, un engourdissement général, le besoin de dormir, et quelquefois même des vertiges.
Une action encore plus prononcée a été observée sur un membre de la commissiou, M. Itard, qui, le 11 novem- •bre 1S26, s’était soumis, comme nous l'avons dit, à des expériences, et qui n’en avait ressenti aucun efFet. Magnétisé par M. Dupolet, le 27 octobre 1827, il a éprouvé de l’appesantissement sans sommeil, un agacement prononcé des nerfs de la face, des mouvements convulsifs dans les uiles du nez, dans les muscles de la face et des mâchoires, un afflux dans la bouche d’une salive d'un goût métallique, sensation analogue à celle qu’il avait éprouvée par le galvanisme. Les deux premières séances ont provoqué une céphalalgie qui a duré plusieurs heures, et en même temps les douleurs habituelles ont beaucoup diminué. Un an après, M. Itard, qui avait des douleurs dans la tête, fut magnétisé 18 fois par M. Foissac: le magnétisme a provoqué presque constamment un afflux de salive, et deux fois avec une saveur métallique ; on observait peu de mouvements et de contractions musculaires, si ce n'est quelques soubresauts dans les tendons des muscles des avant-brus et des jambes. M. Itard nous a dit que sa céphalalgie avait cessé chaque fois après une séance de 12 à 15 minutes; qu’elle n'existait plus à la 9e, lorsqu'elle fut rappelée par une interruption de trois jours dans le traitement magné-
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tique, et dissipée de nouveau par ce moyen. Il a éprouvé pendant l'expérience la sensation d'un bien-être général, une disposition à un sommeil agréable, de la somnolence accompagnée de rêvasseries vagues et agréables ; sa tnuludie subit, comme précédemment, une amélioration notable qui ne fut pas de longue durée après la cessation du magné* tisme.
Ces trois observations ont paru à votre commission tout à fait dignes de remarque. Les deux iudividus qui font le sujet des deux premières, l’un cet entant de vingt-huit mois, l'autre le sourd-muet, ignorent ce qu’on leur fait; l'un d’eux même n'est pas en état de le savoir, et l'autre n'a jamais eu la moindre idée de ce qui concerne le magnétisme : tous deux sont cependant sensibles à son action, et bien certainement on ne peut attribuer chez l'un ni chez l’autre cette sensibilité à l’imagination ; elle lui est bien moins attribuable encore dans ( observation que nous avons rapportée de M. Ilard.
Ce n’est point sur des hommes de notre âge, et comme nous, toujours en garde contre les erreurs de notre esprit et de pos sens, que l'imagination, telle que nous l’envisageons ici, a de la prise : elle est, à cette époque de la vie, éclairée par la raison, et dégagée de ces prestiges qui séduisent si facilement la jeunesse; c'est à cet âge qu'elle se tient en éveil, et que la défiance, plutôt que la confiance, préside an* diverses opérations de notre esprit. Ces circonstances se sont heureusement rencontrées chez notre collègue ; et l’Académie le connaît trop bien pour ne pas admettre que ce qu’il dit uvoir éprouvé, il l’a réellement éprouvé. Sa véracité a été la même, et le 11 novembre .1826, lorsqu’il a déclaré n’avoir rien ressenti, et le 27 octobre 1827, quand il affirme devaut nous avoir été sensible à faction du magnétisme.
La somnolence observée daus les trois faits que nous
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venons de rapporter nous a paru être le passage de l’état de veille à celui que l'on appelle le sommeil magnétique, ou somnambulisme, mots que la commission a trouvés impropres, pouvant donner de fausses idées, mais que dans l’impossibilité de les changer, elle a été forcée d’adopter.
Quand l’individu soumis à l’action du magnétisme est en somnambulisme, les magnétiseurs nous assurent qu'il n’entend ordinairement que les personnes que l'on a mises en rapport avec lui, soit celle qui les magnétise, soit celles que le magnétiseur aurait mises en communication avec lui par le moyen de la jonction des mains ou d’un coutact immédiat quelconque. Selon eux, les organes extérieurs de ses sens sont tous ou presque tous assoupis, et cependant il éprouve des sensations. Ils ajoutent que l'on dirait qu’il se réveille en lui un sens intérieur, une sorte d’instinct qui l’éclaire, tantôt sur sa conservation, tantôt sur celle des personnes avec lesquelles il est en rapport. Pendant tout le temps que dure ce singulier état, il est, disent-ils, soumis à l’influence de celui qui le magnétise, et parait lui obéir avec une docilité sans réserve, sans même que sa volonté, fortement prononcée à l’intérieur, soit manifestée ni par un geste ni par une parole (t).
Ce singulier phénomène. Messieurs, a paru à votre commission un objet d’autant plus digne de son attention et de ses recherches, que, bien que Bailly eut paru l’entrevoir, il n’était cependant pas connu lorsque le magnétisme fut soumis à l'examen des commissaires qui jugèrent le magnétisme en 178 à, et qu’en outre c’était pour l’étudier que
(i) Les magnétisé*, dit l’illustre et infortuné Bailly, à la page 7 de son célèbre rapport fait en 1784 à l’Académie royale des sciences, ont beau être plongés dans un assoupissement apparent, la voix du magnétiseur, son regard, un signe les en retire. On ne peut s’empêcher île reconnaître à ces effets constants une grande puissance qui agite les malades, les mal* Irise, et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire.
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M. Foissac avait, pour ainsi dire, exhumé In question du magnétisme. Ce fut en effet en 1784, après la publication du rapport des commissaires, qu’il fut observé pour la première fois à Btizancy, près Soissons, par un des plus zélés sectateurs et promoteurs du magnétisme animal , M. de Puységur.
Dans un sujet qui pouvait être si facilement exploité par le charlatanisme, et qui nous paraissait si éloigné de tout ce que l'on connaissait jusqu'alors, vos commissaires ont dû être très sévères sur le genre de preuves admises pour constater ce phénomène ; et en même temps iis ont dû se tenir continuellement en garde contre l'illusion et la fourberie dont ils devaient craindre d’être les dupes.
La commission réclame votre attention pour les observations suivantes, dans la disposition desquelles elle n'a eu pour but que le développement de ce singulier état et que la manifestation des phénomènes qui le caractérisent vous offrissent toujours une progression croissante, de telle sorte qu’ils fussent toujours de plus en plus évidents.
M'1* Louise Deluphane. âgée de seize ans, demeurant rue Tirechape, n°9, avait une suppression menstruelle, accompagnée de douleurs, de tension et de gonflement dans le bas-ventre, lorsqu’elle entraà l’Hôtei-Dieu, le 15 juin 1826. Des sangues appliquées à la vulve, des bains, et en général un traitement approprié ne produisant aucun soulagement, elle fut magnétisée par M. Foissac, les 22, 23, 24, 25, 26, 27 et 28 juin 1826. Elle s’endormit dans la première séance, au b ut de huit minutes. On lui parle, elle ne répond pus; on jette près d’elle un paravent de fer-blanc, elle reste dans une complète iuunobdité ; on brise avec force un flacon de verre, elle se réveille en sursaut. A la deuxième séance, elle répond par des signes de tête affirmatifs et négatifs aux questions qu'on lui adresse; dans la troisième, elle donne à entendre que dans deux jours elle parlera et
indiquera la nature et le siège de sa maladie. On la pince très fortement au point de Faire nalire une ecchymose, elle ne donne aucun signe de sensibilité. On lui débouche sous le nez un flacon plein d ammoniaque : elle est insensible à une première inspiration ; à la deuxième, elle porte la main à son nez. A son réveil, elle se plaint de la douleur que lui cause la partie pincée et ecchymosée, de même que l’inspiration du flacon d'ammoniaque, et elle retire brusquement sa tête. Les parents de cette fille résolurent delà taire sortir de l’Hôtel-Dieu, le 30 du même mois, parce qu’ils avaient appris qu’on la magnétisait. Elle y fut cependant magné tisée encore quatre fois ; dans toutes ces épreuves, elle ne parla jamais, et répondit seulement par des signes aux diverses questions qu'on lui adressa. Nous ajouterons qu’insensible aux chatouillements d’une plume introduite dans les narines, promenée sur ses lèvres et sur les ailes du nez, au bruit d’une planche jetée brusquement sur une table, elle se réveille au bruit d’un bassin de cuivre lancé sur le carreau, et au bruit d’un sac d'écus qu'un autre jour on vide de haut dans ce même bassin.
Une autre fois, le 9 décembre 1826, M. Dupotet magnétise devant la commission le nommé BaptisteCbamet, charretier à Charonue, qu’il avait magnétisé pour la dernière fois il y avait deux ou trois ans ; au bout de huit minutes, interpellé à diverses reprises pour savoir de lui s’il dort, il fait brusquement un signe de tête affirmatif ; plusieurs questions restent sans réponse. Comme il parait souffrir, on lui demande ce qui lui fait mal, il indique avec la main la poitrine ; on lui demande encore quelle est cette partie, alors il répond : C'est le foie, et il indique toujours la poitrine. M. Guersant le pince très fortement au poignet gauche, et il ne témoigne aucune douleur; on lui ouvre la paupière, qui cède très difficilement à cette tentative, et l’on voit le globe de l'œil tourné comme convulsivement vers
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le haut de l'orbite, et la pupille notablement contractée.
La commission a vu dans les deux observations qn’elle vient de rapprocher la première ébauche du somnambulisme, de cette faculté au moyen de laquelle les magnétiseurs disent que, dans le sommeil des organes extérieurs des sens, il se développe chez les magnétisés un sens intérieur et une espèce d iostinct capable de se manifester par des actes extérieurs raisonnés. Dans chacun des cas rapportés ci-dessus, la commission a vu, en effet, soit des réponses par signes ou par phrases à des questions faites, soit des promesses, à la vérité toujours déçues, d’événements qui n’arrivent pas, mais pourtant les premières traces de l'expression d’un commencement d'intelligence. Les trois observations suivantes vous prouveront avec quelle défiance on doit accueillir les promesses dé certains prétendus somnambules.
Mademoiselle Joséphine Martineau, âgée de 19 ans, demeurant rue Saint-Nicolas, n° 87, était affectée depuis trois mois d’une gastrite chronique lorsqu'elle entra à l’Hôtel- Dieu, le â août 1826. Elle fut magnétisée pur M. Dupotet en présence du rapporteur, quinze jours de suite, depuis le 7 jusqu’au 21 du même mois, deux fois entre quatre et cinq heures du soir, et treize fois de six à sept heures du matin. Elle a commencé à s'endormir dans la deuxième séance, et dans la quatrième à répoudre aux questions qu'on lui adressait. Nous ne vous répéterons pas qu il la fin de chaque séance le pouls a été plus fréquent qu'au commencement, qu’elle n'a conservé aucun souvenir de ce qui s’est passé dans le sommeil. Ce sont de ces phénomènes communs qui ont précédemment été bien constatés chez d’autres magnétisés. Il s’agit ici du somnambulisme, et c’est ce phénomène que nous avons cherché à observer sur mademoiselle Martineau. Dans son sommeil, elle dit quelle ne voit pas les assistants, mais qu’elle les entend, et personne ne parle.
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Sur l'interpellation faite à cet égard, elle répond qu'elle les entend quand on fait du bruit; elle dit qu'elle ne guérira que quand on l’aura purgée. Elle désigne pour ce purgatif trois onces de manne, et des pilules anglaises prises deux heôres après la manne. Le lendemain et le surlendemain, le rapporteur ne donne pas de manne, il administre quatre pilules de mie de pain en deux jours; elle a quatre garderobes pendant ces deux jours. Elle dit quelle se réveillera tantôt après cinq ou dix minutes de sommeil, et elle ne se réveille qu’nprès dix-sept et seize. Elle annonce que tel jour elle nous donnera des détails sur la nature de son mal. Ce jour arrive, et elle ne nous dit rien. Enfin chaque fois elle a été en défaut.
M. de Geslin, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 37, écrivit à la commission, le 8 juillet-18‘26, qu’il avait à sa disposition une somnambule, mademoiselle Couturier, âgée de trente ans, ouvrière en dentelles, demeurant dans la même maison que lui, qui. entre autres facultés, possédait celle de lire dans la pensée de son magnétiseur et d’exécuter les ordres qu’il lui transmettait mentalement. La proposition de M. deGeslin était trop importante pourne pas être acceptée avec empressement. M. Guéneau et le rapporteur se rendirent à son invitation. M. de Geslin leur renouvela les assurances qu’il leur avait données dans sa lettre sur les facultés surprenantes de sa somnambule; et après l’avoir endormie par les procédés que nous vous avons indiqués, il les invita à lui faire connaître à lui ce qu’ils désiraient qu’il demandât mentalement à sa somnambule.
L'un de nous, le rapporteur, se plaça sur un bureau pour écrire avec la plus grande exactitude tout ce qui se passerait; et l'autre, M. Guéneau, se chargea’d écrire sur des morceaux de papier, qu’il communiquait à son collègue, les ordres que tous deux voulaient qui fussent transmis à la magnétisée.
C0UR6 l*E MAGNÉTISME.
M. Guéneau écrivit sur un premier morceau de papier les mots suivants : ^4 liez vous asseoir sur un lebourel qui est en face du piano. M. de Geslin, se |>énétrant de celte volonté, dit à la somnambule d'exécuter ce qu’il lui demande mentalement. Elle se lève de sa place, et se menant devant la pendule, il est, dit-elle, neuf heures vingt minutes. M. de Geslin lui annonce que ce n'est point là ce qu'il lui a demandé, alors elle va dans lu chambre voisine; on lui fait savoir quelle se trompe encore, elle reprend sa place. On veut quelle se gratte le front, elle étend la tnain droite et n'exécute pas le mouvement commandé. On désire quelle s'asseye au piano, elle va à une croisée éloignée de six pieds du piano. Le magnétiseur se plaint qu'elle ne fusse pas ce qu’il lui impose par sa pensée, elle se lève et change de chaise. Nous demandons que, quand M. de Geslin lèvera la main, la somnambule lève la sienne, et qu'elle la tienne suspendue jusqu’à ce que celle du magnétiseur retombe. Elle lève la main, qui reste immobile et qui ne retombe que cinq minutes après celle de M. de Geslin. On lui présente le derrière d’une montre, elle dit qu’il est neuf heures trentecinq minutes, et l'aiguille marque sept heures. Elle dit qu’il y a trois aiguilles, et il n’y en n que deux; on substitue une montre à trois aiguilles, et elle dit qu’il y en a deux; qu’il est neuf heures quarante minutes, et la montre marque neuf heures vingt-cinq minutes. Elle se met en rapport avec M. Guéneau, et lui dit, au sujet de sa santé, des choses tout à fait erronées, et en contradiction évidente avec ce que notre collègue avait écrit à ce sujet avant de se prêter A l’expérience.
En résumé , cette dame Couturier n'a tenu aucune des promesses fjui nous avaient été faites, et nous avons été autorisés à croire que M. de Geslin n’avait pas pris toutes les précautions convenables pour ne pas être induit en erreur, et que telle était la cause de sa croyance
aux facultés extraordinaires qu'il lui attribuait, (acuités que nous n avons nullement reconnues.
M. Chapelain, docteur en médecine, demeurant cour Batave, n° 3, informa lu commission, le 14 mars 1828, qu’une femme de vingt-quatre ans, demeurant dans sa maison, et qui lui avait été adressée par notre collègue M. Caille, avait annoncé, étant endormie par suite d’expériences magnétiques, que le lendemain 15, à onze heures du soir, elle rendrait un ténia de la longueur du bras. La commission avait un trop grand désir devoir le résultat de cette annonce pour négliger l’occasion qui lui était offerte. MM. Itard, Thillaye et le rapporteur, auxquels se joignirent deux membres de l’Académie, MM. Caille et Virey, ainsi que le docteur Dance, actuellement médecin de l’hôpital Cochin, se rendirent le lendemain 15, à dix heures cinquante cinq minutes du soir, au domicile de cette femme. Elle fut à l'instant mngnétisée par M. Chapelain, et endormie à onze heures. Elle annonce alors qu'elle voit dans son intérieur quatre morceaux de vers dont le premier est enveloppé dans une peau; que, pour les rendre, il faudrait qu’elle prit de l’émétique et de la poudre aux vers. On lui objecte qu’elle avait dit quelle rendrait ce premier morceau à onze heures. Cette objection la contrarie, elle se lève brusquement; le rapporteur la saisit, s’assure qu’elle ne cache rien sous ses jupons, et l’assied, ses jupons levés, sur une chaise percée qu’il avait bien visitée auparavant. Au bout de dix minutes, elle dit éprouver du chatouillement à l’anus; elle se lève encore brusquement, et l’on profite de ce mouvement pour s’assurer que rien ne sort de l’anus. A onze heures quarante-deux minutes, elle est réveillée, fait des efforts pour aller à la garderobe et ne rend rien. M. Chapelain la magnétisa de nouveau, l’endormit, et lui donna à deux heures trente minutes du matin l’émétique, qui procura des vomissements sans morceaux de vers. Le 16, à
Hü cours de magnétisme.
dix heures du matin, elle rendit par l'anus des matières fécales moulées dans lesquelles il p’y avait aucune apparence de vers. Voilà donc trois faits bien constatés, et nous pourrions en citer d'autres, dans lesquels il y a eu bien évidemment erreur ou tentative de supercherie de la part des somnambules, soit dans ce qu'ils disaient eptendre, soit dans ce qu’ils promettaient de faire, soit dans ce qu'ils annonçaient devoir arriver.
Dans cette position, nous désirions ardemment éclaircir la question, et nous pensâmes qu’il était essentiel autant dans l’intérêt des recherches auxquelles nous nous livrions, que pour nous soustraire aux déceptions du charlatanisme,, et nous assurer qu’il y avait quelque signe qui pût indiquer que le somnambulisme existait véritablement, c'est-à-dire si lp magnétisé endormi était, permeltez-nous l'expression, plus qu’endormi, s’il était arrivé à l’état du somnambulisme.
M. Dupotet, dont il a déjà été question plusieurs fois, proposa, le U novembre 1828, à la commission, de la rendre témoin d’expériepces dans lesquelles il mettrait dans toute son évidence lu réalité du somnambulisme magnétique. Il s’engageait, et nous avons sa promesse signée par lui, à produire à volonté, et hors de la portée des individus mis par lui en somnambulisme, des mouvements convulsifs dans une partie quelconque de leur corps, par le fait seulement de la direction de son doigt vers cette partie. Il regardait ces convulsions comme le signe certain de l’existence du somnambulisme. La commission profita de la présence de Baptiste Charnet pour faire sur lui les expériences d’après lesquelles elle pourrait éclaircir cette question. En conséquence, M. Dupotet, l’ayant mis en somnambulisme, dirigea un doigt en pointe vers les siens, on en approcha même une tige métallique : aucun effet convulsif ne lut produit. Lu doigt du magnétiseur fut dirigé de nou-
veau vers ceux du magnétisé; un vit dans les doigts index ef médius des deux mains nn léger mou veinent semblable à la convulsion déterminée par la pile galvanique. Six mi» nutes après, le doigt du magnétiseur dirigé vers le poignet gauche imprima à cette partie un mouvement complet de convulsion, et c’est alors que le magnétiseur annonça que, dans cinq minutes, on ferait tout ce que l’on voudrait de cet homme. Alors M. Marc, placé derrière ce dernier, indiqua que le magnétiseur devait chercher à agir sur l'index droit : il dirigea le sien vers cette partie, et c'est le gauche et la cuisse du même côté qui entrèrent en convulsion. Plus tard, on dirigea les doigts vers les orteils : aucun effet ne fut produit, ün exécute des passes antérieures. MM. Bourdois, Guersant et Guéneau de Mussy dirigèrent successivement leurs doigts vers ceux du mugnélisé, qui se contractèrent à leur approche. Plus tard, on aperçut des mouvements dans la main gauche, vers laquelle cependant aucun doigt n'était dirigé. Enfin on suspendit toute expérience pour vérifier si les mouvements convulsifs n’avaient pas lieu quand on ne le magnétisait pas; et ces mouvements se renouvelaient, mais plus faiblement.
La commission en a conclu qu'il n'était pas besoin de l'approche des doigts du magnétiseur pour produire des convulsions, bien que M. Dupotet ajoutât que lorsqu'elles ont commencé à avoir lieu, elles pouvaient se reproduire d’elles-mémes.
M“* Lemaître, dont uous avons déjà parlé, pag. 101, lorsqu'il s’est agi de l’influence de l'imagination sur la production des phénomènes magnétiques, a présenté aussi cette mobilité convulsive ; mais tantôt ces mouvements, assez semblables pour leur prestesse à ceux que l'on éprouve par l’approche d'une pointe électrique, avaient lieu dans une partie, par suite de l'approche des doigts, tantôt aussi sans que cette dernière condition eût été rem-
COURS DE MAGNÉTISME
plie ; tantôt nous les avons vus arriver plus ou moins de temps après In tentative qu'on faisait pour les développer ; tantôt ils ne paraissaient pas une seule fois ; tantôt l'approche des doigts vers une partie était suivie de convulsions dans une autre.
Un nouvel exemple de ce phénomène est celui qui nous a été fourni par M. Chalet, consul de France à Odessa. M. Dupotet le magnétisa en notre présence, le 17 novembre 1826 ; il dirigea le doigt vers son oreille gauche, et aussitôt on aperçut un mouvement dans les cheveux qui sont derrière l’oreille, et que Ion attribua à la contraction des muscles de cette région; on renouvela des passas avec une seule main, sans diriger le doigt vers l’oreille, et l’on aperçut dans l'oreille un mouvement général et brusque d’ascension. Un doigt fut ensuite dirigé* vers la même oreille, et n’y produisit aucun effet.
C’est principalement sur M. Petit, âgé de trente-deux ans, instituteur à Athis, que les mouvements convulsifs ont été déterminés avec le plus de précision par l'approche des doigts du magnétiseur. M. Dupotet le présenta à la commission, le 10 août 1826, en lui annonçant que ce M. Petit était très susceptible d’entrer en somnambulisme, et que dans cet état, lui, M. Dupotet, pouvait à sa volonté, et sans l’exprimer par la parole, par la seule approche de ses doigts, déterminer dans les parties que la commission aurait indiquées par écrit des mouvements convulsifs apparents. Il fut endormi très promptement ; et c’est alors que la commission, pour prévenir tout soupçon d'intelligence, remit à M. Dupotet une note rédigée en silence à l’instant même, et dans laquelle elle avait indiqué par écrit les parties qu’elle désirait qui entrassent en convulsion. Muni de cette instruction, il dirigea d’abord la main vers le poiguet droit, qui entra en convulsion, il se plaça ensuite derrière le magnétisé et dirigen son doigt en premier lieu
vers la cuisse gauche, puis vers le coude gauche, et enfin vers la tête. Ces trois parties furent presque aussitôt prises de mouvements convulsifs. M. Dupotet dirigea sa jambe gauche vers celle du magnétisé, celui-ci s’agita de manière qu’il fût sur le point de tomber. M. Dupotet dirigea ensuite son pied vers le coude droit de M. Petit, et ce coude droit s'agita ; puis il porta son pied vers le coude et la main gauche, et des mouvements convulsifs très forts se développèrent dans tout le membre supérieur. Un des commissaires, M. Marc, dans l’intention de prévenir davantage encore toute espèce de supercherie, lui mit un bandeau sur les yeux, et les expériences précédentes furent répétées avec une légère différence dans le résultat. D’après l’indication mimique et instantanée d'un ou de deux d'entre nous, M. (hipotet dirigea son doigt vers la main gauche : à son approche les deux mains s’agitèrent. On désira que l'action se portât à la fois sur les deux membres inférieurs. D’abord les doigts furent approchés sans résultat. Bientôt, le somnambule remua d'abord les mains, puis se recula, puis agita les pieds. Quelques moments plus tard, le doigt, approché de la main, la fit retirer et produisit une agitation générale. MM. Thiilaye et Marc dirigèrent les doigts sur diverses parties du corps, et provoquèrent quelques roouvemeuts convulsifs. Ainsi M. Petit a toujours eu, par l’approche des doigts, des mouvements convulsifs, soit qu’il ait eu ou qu’il n’ait pus ctt un bandeau sur les yeux ; et ces mouvements ont été plus marqués quand on a dirigé vers les parties soumises aux expériences une tige métallique, telle qu'une clef ou une branche de lunettes. En résultat, la commission, quoique témoin de plusieurs cas dans lesquels cette faculté contractile a été mise en jeu par l’approche des doigts ou de tiges métalliques, a besoin de nouveaux faits pour apprécier ce phénomène sur la constance et la valeur duquel elle ne se croit pas assez éclairée pour se prononcer.
COL'KS DE MAGNÉTISME
Réduits par conséquent à nous en rapporter à notre inquiète surveillance, nous avons poursuivi nos recherchés et multiplié nos observations, en redoublant de soins, d'attention et de méfiance.
Vous vous rappelez peut-être, Messieurs, les expériences qui furent faites en 1820 à l’Hôtel-Dieu, en présence d’un grand nombre de médecins, dont quelques-uns sont membres de cette Académie, et sous les yeux du rapporteur, qui seul en concevait le plan, en dirigeait tous les détails, et les consignait minute par minute sur un procès-verbal signé par chacun des assistants. Peut-être nous nous serions abstenus de vous en parler, sans une circonstance particulière qui nous fait un devoir de rompre le silence. On se rappelle qu'au milieu des discussions que la proposition de soumettre le magnétisme animal à un nouvel examen avait SoulêtééS dans le sein dé l’Académie, un membre, qui du reste lié niait pas la réalité des phénomènes magnétiques, àvait avancé que tandis que les magnétiseurs proclamaient là guérison de M11* Samson, elle lui demandait à rentrer à f Hôtel-Dieu, où, ajoutait-il, elle était morte par suite d’une lésion organique jugée incurable par les hommes de l'art.
Cependant cette inéine M11* Samson reparut, six ans après celte prétendue mort, et votre commission convoquée le 29 décembre 1826, pour faire sur elle des expériences, voulut avunt tout s’assurer si l’individu que lui présentait M. Dupotet, dont d'ailleurs la bonne foi lui était parfaitement connue, était bien la même que celle qui, neufané auparavant, avait été magnétisée à l’Hôtel-Dieu. MM. Bricheteuii et Pâtissier qui avaient assisté à Ces premières expériences, eurent la complaisance de se rendre à l’invitation de In commission, et, conjointement avec le rapporteur, ils constatèrent et signèrent que c’était bien la même personne qui avait été le sujet des expériences faites à l’Hôtel-Dieu en 1820, et qu’ils n’apercevaient en elle d’autre
changement que ce qui annonce une amélioration notable dans sa santé.
L’identité ainsi constatée, Mlu Samson fut magnétisée par * M. Dupotet en présence de la commission. A peine les passes furent-elles commencées, que M11* Samson s'agita sur son fauteuil, se frotta les yeux, témoigna de l'impatience, se plaignit, et toussa d une voix rauque, qui rappela ft MM. Bricheteau, Pâtissier et au rapporteur, ce même timbre de voix qui les avait frappés en 1820, et qui alors, comme dans la circonstance présente, était pour nous l'indice du commencement de l’action du magnétisme. Bientôt elle frappa du pied, appuya sa tête sur sa main droite et son fauteuil, et leur parut dormir. On lui souleva la paupière, et l’on vit, comme en 1820, le globe de l’œil tourné convulsivement en haut. Plusieurs questions lui furent adressées et restèrent sans réponse ; puis, lorsqu'on lui en fit de nouvelles, elle fit des gestes d’impatience, et répondit avec mauvaise humeur qu’on ne devait pas la tourmenter; enfin, sans en avoir prévenu qui que ce fût, le rapporteur jeta sur le parquet une table et une bûche qu’il avait placée sur cette table. Quelques-uns des assistants jetèrent un cri d’effroi, M,u Samson seule n’entendit rien, ne fit aucune espèce de mouvement et continua à dormir après comme avant le bruit violent et improvisé : on la réveilla quatre minutes après, en lui frottant les yeux circulairement avec les pouces. Alors la même bûche fut jetée à l’improviste sur le parquet ; le bruit fit tressaillir la magnétisée, qui alors était éveillée ; elle se plaignit vivement du sentiment de la peur qu'on venait de lui causer, tandis que six minutes auparavant elle avait été insénsible à tin bruit beaucoup plus fort.
Vous avez tous également entendu parler d'un fait qui a fixé dans le temps l’attention de la section de chirurgie, et qui lui a été communiqué dans la séance du 16 avril 1829,
COlittS 1)E MAGNÉTISME.
par M. Jules Cloquet. La commission a cru devoir le consigner ici comme une des preuves les moins équivoques de la force du sommeil magnétique. Il s’agit d’une dame P..., 'âgée de soixante-quatre ans, demeurant rue Saint-Denis, n° 1 5 1 , qui consulta M. Cloquet, le 8 avril 1829, pour un cancer ulcéré qu’elle portait au sein droit depuis plusieurs années, et qui était compliqué d’un engorgement considérable des ganglions axillaires correspondants. M. Chapelain, médecin ordinaire de cette dame, qui la magnétisait depuis quelques mois dans l’intention, disait-il, de dissoudre l’engorgement du sein, n’avait pu obtenir d’autre résultat, sinon de produire un sommeil très profond, pendant lequel la sensibilité paraissait anéantie, les idées conservant toute leur lucidité. Il proposa à M. Cloquet de l'opérer pendant quelle serait plongée dans le sommeil magnétique. Ce dernier, qui avait jugé l’opération indispensable, y consentit; et le jour fut fixé pour le dimanche suivant, 12 avril. La veille et l’avantveille, cette dame fut magnétisée plusieurs fois par M. Chapelain, qui lu disposait, lorsqu’elle était en somnambulisme, à supporter sans crainte l’opération, qui 1 avait même amenée à en causer avec sécurité, tandis qu a son réveil elle en repoussait l’idée avec horreur.
Le jour fixé pour l’opération, M. Cloquet, en arrivant à dix heures et demie du matin, trouva la malade habillée et assise dans un fuuteuil, dans l’attitude d’une personne paisiblement livrée au sommeil naturel. Il y avait à peu près une heure quelle était revenue de la messe, quelle entendait habituellement à la même heure; M. Chapelain l’avait mise dans le sommeil magnétique depuis sou retour : la malade parla avec beaucoup de calme de l'opération qu elle allait subir. Tout étant disposé pour l'opérer, elle se déshabilla elle-même, et s’assit sur une chaise.
M. Chapelain soutint le bras droit. Le bras gauche fut laissé pendant sur le côté du corps. M. l’ailloux, élève in-
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terne de l'hôpital Saint-Louis, fut chargé de présenter les instruments et de faire les ligatures. Une première incision partant du creux de l’aisselle fut dirigée au-dessus de la tumeur jusqu’à la face interne de la mamelle. La deuxième, commencée au même point, ceraa la tumeur par en bas et fut conduite à la rencontre de la première. Les ganglions engorgés furent disséqués avec précaution, à raison de leur voisiuage de l'artère axillaire, et la tumeur fut extirpée. La durée de l'opération a été de dix à douze minutes.
Pendant tout ce temps, lu malade a continué à s’entretenir tranquillement avec l’opérateur, et n’a pas donné le plus léger signe de sensibilité : aucun mouvement dans les membres ou dans les traits, aucun changement dans la respiration ni dans la voix, aucune émotion, même dans le pouls, ne se sont manifestés; la malade n'a pas cessé d'être dans l’état d’abandon et d’impassibilité automatiques où elle était quelques minutes avant l'opération. On n’a pus été obligé de la contenir, on s'est borné à la soutenir. Une ligature a été appliquée sur l'artère thoracique latérale, ouverte pendant l’extraction des gauglions; la plaie étant réunie par des emplâtres agglutinntifs et pansée, l’opérée fut mise au lit toujours en état de somnambulisme, dans lequel on l’a laissée quarante-huit heures. Une heure après l'opération, il se manifesta une légère hémorrhagie qui n’eut pas de suite. Le premier appareil fut levé le mardi suivant là, la plaie fut nettoyée it pansée de nouveau; la malade ne témoigna aucune sensibilité, ni douleur; le pouls conserva son ihythme habituel.
Après ce pansement, M. Chapelain réveilla la malade, dont le sommeil somnambulique durait depuis une heure avant l’opération, c’est-à-dire depuis deux jours. Cette dame ne parut avoir aucune idée, aucun sentiment de ce qui s’était passé; mais en apprenant quelle avait été opérée, et voyant ses enfants autour d'elle, elle en éprouva une
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très vive émotion que le magnétiseur fit cesser en l’endormant aussitôt.
La commission a vu dans ces deux observations la preuve la plus évidente de l’abolition de la sensibilité pendant le somnambulisme, et elle déclare que bien quelle n’ait pas été témoin de la dernière, elle la trouve empreinte d'un tel caractère de vérité, elle lui a été attestée et répétée par un si bon observateur, qu’il l’avait communiquée à la section de chirurgie, qu’elle n’a pas craint de vous la présenter comme le témoignage le moins contestable de cet état de torpeur et d’engourdissement provoqué par le magnétisme.
Au milieu des expériences dans lescpielles la commission avait cherché à apprécier cette faculté de mettre en mouvement sans contact la contractilité des muscles de M. Petit, d’Athis, d'autres essais se fuisaieut sur lui pour observer la clairvoyance, c’est-à-dire la vision à travers les paupières fermées, dont on disait qu’il était doué pendant le somnambulisme.
Le magnétiseur nous avait annoncé que son somnambule reconnaîtrait entre douze pièces de monnaie celle que lui, M. Dupotet, aurait tenue dans sa main. Le rapporteur y plaça un écu de 5 francs au millésime de l’an xm, et le mêla ensuite à douze autres, qu’il rangea en cercle sur une table. M. Petit désigna une de ces pièces, mais elle était au millésime de 1812. Ensuite, on lui présenta une montre dont ôn avait dérangé les aiguilles, afin qu’elles n'indiquassent pas l’heure actuelle, et deux fois de suite M. Petit fut dans l'erreur sur 1 indication dé leur direction. On a voulu expliquer ces mécomptes eu nous disant que M. Petit perdait de sa lucidité depuis qu’il était magnétisé moins souvent; et pourtant, dans la même séance, le rapporteur a fait avec lut une partie dé piquet; il a souvent cherché à le tromper en annonçant une carte ou une couleur pour une autrë. èt le mauvaise foi du rapporteur n’a pas einpéché
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M Petit de jouer juste et de savoir la couleur du point dê son adversaire. Nous devons ajouter que chaque fois que l’on a interposé un corps, une feuille de papier, un carton entre les yeux et l’objet à désigner, M. Petit n’a pu rien distinguer.
Si ces épreuves eusseut été les seules dans lesquelles nous eussions cherché à reconnaître cette clairvoyance, nous en aurions conclu que ce somnambule ne la possédait pas; mais cette (acuité parut dans tout son jour dans l’expérience suivante, et cette fois le succès répondit entièrement à ce que nous avait annoncé M. Dupotet.
M. Petit fut magnétisé le 15 mars 1826 par lui, à huit heures et demie du soir, et endormi à peu près en une minute. Le président de la commission, M. Bourdois, s’assura que le nombre des pulsations avait, depuis qu’il était endormi, diminué de vingt-deux par minute, et que le pouls avait même quelque chose d’irrégulier. M. Dupotet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirigé sur lui à plusieurs reprises ses doigts en pointe à deux pieds environ de distance. Aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras vers lesquels était dirigée l'action une contraction violente. M. Dupotet ayant également approché ses pieds de ceux de M. Petit, toujours sans contact, celui-ci les retire avec vivacité, il se plaint d’éprouver dans les membres sur lesquels l'action s’éinit portée une vive douleur et une chaleur brûlante. M. Bourdois essaie de produire les mêmes effets. Il les obtient également, mais avec moins de promptitude et à un degré plus faible.
Ce point bien établi, on s’occupe de reconnaître la clairvoyance du somnambule. Celui-ci ayant déclaré qu'il ne pouvait voir avec le bandeau, on le lui retire; mais alors toute l'attention se porte à constater que les paupières sotit exactement fermées. A cet effet, oh tient presque constamment peudant les expériences une lumière au-dévant des
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yeux de M. Petit, à la distance d’un ou deux pouces, et plusieurs personnes eurent les yeux presque continuellement fixés sur les siens. Aucune ne put apercevoir le moindre écartement entre les paupières. M. Ribes fit même remarquer que leurs bords étaient superposés de manière que les cils se croisaient.
On examine aussi l’état des yeux, on les ouvre de force sans que le somnambule s’éveille, et l'on remarque que la prunelle est portée en bas et dirigée vers le grand angle de l’œil.
Après ces observations préliminaires, on procède à vérifier les phénomènes de la vision avec les yeux fermés.
M. Ribes, membre de l’Académie, présente un catalogue qu’il tire de sa poche. Le somnambule, après quelques efforts qui paraissent le fatiguer, lit très distinctement ces mots : Lavater, il est bien difficile de connaître les hommes. Ces derniers mots étaient imprimés en caractères très fins. On lui luet sous les yeux un passeport, il le reconnaît, et le désigne sous le nom de passe homme. Quelques instants après, on substitue au passe-port un port d’armes, que l’on sait être presque en tout semblable au passe-port, et on le lui présente du côté blanc. M. Petit peut seulement reconnaître que c’est une pièce encadrée et assez semblable à la première : on le retourne. Alors, après quelques instants d’attention, il dit ce que c’est, et lit distinctement ces mots : De par le Moi, et à gauche : port d'armes. On lui montre encore une lettre ouverte; il dit ne pouvoir la lire, n'entendant pas l’anglais: c’était en effet une lettre anglaise.
M. Bourdois tire de sa poche une tabatière sur laquelle était un camée encadré en or. Le somnambule ne peut i d’abord le voir distinctement; le cadre d’or éblouissait, disait-il. Quand on eut couvert le cadre avec les doigts, il dit voir l'emblème de la fidélité. Pressé de dire quel était cet emblème, il ajoute : «Je vois uu chien, il est comme dressé
devant un autel. » C'est là, en effet, ce qui était représenté.
On lui présente une lettre fermée; il ne peut rien découvrir du contenu. Il suit seulement la direction des lignes avec le doigt; mais il lit fort bien l’adresse, quoiqu’elle contint un nom assez difficile : A M. de Rockenstroh.
Toutes ces expériences fatiguaient extrêmement M. Petit. On le laissa un instant reposer; puis, comme il aime beaucoup le jeu, on lui proposa, pour le délasser, de faire une partie de cartes. Autant les expériences de pure curiosité semblent le contrarier et le fatiguer, autant il fait avec aisance et dextérité ce qui lui fait plaisir, et ce à quoi il se porte de son propre mouvement.
Un des assistants, M. Raynal, ancien inspecteur de l’université, fit avec M. Petit un cent de piquet, et perdit; celui-ci maniait les cartes avec la plus grande agilité, et sans jamais se tromper. On essaya plusieurs fois inutilement de le mettre en défaut en soustrayant nu en changeant des caries; il comptait avec une surprenante facilité le nombre de points marqués sur la carte à marquer de son adversaire.
Pendant tout ce temps, on n’avait cessé d’examiner les yeux et de tenir auprès d’eux une lumière; on les avait toujours trouvés exactement fermés; on remarqua que le globe de l’œil semblait néanmoins se mouvoir sous la paupière et suivre les divers mouvements des mains. Enfin, M. Bourdois déclara que, selon toutes les vraisemblances humaines, et autant qu’on en pouvait juger par les sens, les paupières étaient exactement closes.
Pendant que M. Petit faisait une deuxième partie de piquet, M. Dupotet, sur ( invitation de M. Ribes, dirigea par derrière la main vers son coude; la contraction précédemment observée eut lieu de nouveau. Puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à plus d’un pied de distance, dans l’intention de
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l éveiller. L’ardeur que le somnambule portait au jeu combattait cette action et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait. Il porta plusieurs fois lq main derr rière la tête, comme s'il y souffrait. Il tomba enfin dans un assoupissement qui paraissait être un sommeil naturel assez léger; et quelqu'un lui ayant parlé dups cet étqt, il s’éveilla comme en sursaut. Peu d’instants après, RI. Dupo- |et, toujours placé près de lui et à quelque distance, le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique, et |es expériences recommencèrent. M. Dupotet, désirant qu’il ne restât aucune ombre de doute sur la nature d’une action physique exercée à volonté sur le somnambule, proposa de mettre à M. Petit tel nombre de bandeaux que l’on voudrait, et d’agir sur lui dans cet état. On lui couvrit, en effet, la figure jusqu aux narines avec plusieurs cravates; on tamponna avec des gants la cavité formée par la proéminence tlp nez, et l’on recouvrit le tout d’une cravate noire descendant en forme de voile jusqu’au cou. Alors on recommença ^e nouveau et de toutes les manières les essais d'action à distance, et constamment les mêmes mouvements se manifestèrent dans les parties vers lesquelles la main nu le pied étaient dirigés.
Après ces nouvelles épreuves, M. Dupotet, ayant ôté à M. Petit ses bandequx, fit avec lui une partie d écarté pour le distraire- H joua avec la même facilité qu’auparavant et gqgna encore. Il mettait tant d’ardeur à son jeu, qu’il resta insensible à l’influence de M. Bourdois, qui essaya inutilement, pendant qu il jouait, d’agir sur lpi par derrière, et de lui faire exécuter un commandement volontaire.
Après sa partie, le somnambule se leva, se promena à travers le salon, écartant (es chaises qui se trouvaient sur son passage, et alla s’asseoira l’écart pour se reposer quelque temps loin des curieux et des expérimentateurs qui l'avgient fatigué. Là, RI. Dupqtet le réveilla à plusieurs
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pieds de distance; mais ce réveil ne fut pas complet, à ce qu’il parait, car quelques instants après il s'assoupit; il fallut faire de nouveaux efforts pour le réveiller cnmplétement.
Éveillé, il a dit ne conserver aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant son sommeil.
A coup sûr, si, comme M. Bourdois l’a consigné à part sur le procès-verbal de cette séance, « la constante immobilité des paupières et leurs bords superposés de manière que les cils paraissaient entrecroisés, sont des garanties suffisantes de la clairvoyance de ce somnambule à travers les paupières, il est impossible de refuser, sinon sa croyance, au moins son étonnement à tout ce (pii s’est passé dans cette séance, et de ne pas désirer être témoin de nouvelles expériences pour pouvoir fixer son opinion sur l’existence et la valeur du magnétisme animal. »
Le vœu exprimé à cet égord par notre président n’a pas lardé à recevoir son exécution chez trois somnambules quj, outre cette clairvoyance observée par le précédent, ont présenté des preuves d’une intuition et d'une prévision très remarquables, soit pour eux, soit pour d’autres.
Ici la sphère parait s’agrandir ; il ne s'agit plus de satisfaire une simple curiosité, de chercher à s’assurer s il existe un signe qui puisse faire prononcer que le somnambulisme a ou n'a pus |ieu. si un somnambule peut lire les yeux ferjnés, se livrer pendant son sommeil à des combinaisons de jeux plus ou moins compliquées, questions curieuses, intéressantes, dont la solution, celle de la dernière surtout, est, comme spectacle, un phénomène très extraordinaire; mais qui, en véritable intérêt, et surtout en espérances sur le parti qu’en peut tirer la médecine, sont infiniment au-dessous de celles dont 1$ commission va vous donner connaissance.
Il n’est personne parmi vous, messieurs, qui, dans tout
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ce qu'on a pu lui citer du mognétisme, n’ait entendu parler de cette facilité qu'ont certains somnambules non-seulement de préciser le genre de maladies dont ils sont affectés, la durée, l’issue de ces maladies, mais encore le genre, la durée et l’issue des maladies des personnes avec lesquelles on les met en rapport. Les trois observations suivantes nous ont paru tellement importantes, que nous avons cru devoir vous les faire connaître dans leur entier, comme présentant des exemples fort remarquables de cette intuition, de cette prévision; vous y trouverez en même temps la réunion de divers phénomènes qui n’ont pas été observés chez les autres magnétisés.
Paul Villagrand, étudiant en droit, né à Magnac-Laval (Haute-Vienne), le 18 mai 1803, fut frappé le 25 décembre 1825 cTune attaque d’apoplexie qui fut suivie de la paralysie de tout le côté gauche du corps. Après dix-sept mois de divers traitements par l’acupuncture, un séton à la nuque, douze moxas le long de la colonne vertébrale, traitement qu’il suivit soit chez lui, soit à la maison de santé, soit à l’hospice de perfectionnement, et dans le cours desquels il eut deux nouvelles attaques, fut admis le 8 avril 1827 dans l’hôpital de la Charité. Bien qu’il eut éprouvé un soulagement notable des moyens mis en usage avant son entrée dans cet hôpital, il marchait avec des béquilles sans pouvoir s’appuyer sur le pied gauche. Le bras du même côté exécutait bien divers mouvements; mais Paul ne pouvait le lever vers la tête. Il y voyait à peine de l’œil droit, et avait l’ouïe très dure des deux oreilles. C’est dans cet état qu’il fut confié aux soins de notre collègue M. Fouquier qui, outre la paralysie bien évidente, lui reconnut des symptômes d’hypertrophie du cœur.
Pendant cinq mois, il lui administra l’extrait alcoolique de noix vomique, le fit saigner de temps en temps, le pur gea et lui fit appliquer des vésicatoires. Le bras gauche re-
prit un peu de force, les maux de téie auxquels il était sujet s’éloignèrent, et son état resla stationnaire jusqu’au 29 août 1827, époque à laquelle il fut magnétisé pour la première fois |>ar M. Foissac, d’après l’ordre et sous la direction de M. Fouquier. Dans cette première séance, d éprouva une sensation de chaleur générale, puis des soubresauts dans les tendons. 11 s'étonna d'étre envahi pour ainsi dire par une envie de dormir, se frotta les yeux pour la dissiper, fit des efforts visibles et infructueux pour tenir ses paupières ouvertes, enfin sa tête tomba sur la poitrine, et il s'endormit. A dater de ce moment, la surdité et le mal de tète ont cessé. Ce n’est qu’à la neuvième séance que le sommeil devint profond, et c’est à la dixième qu'il répondit par des sons inarticulés aux questions qu'on lui adressa; plus tard, il annonça qu’il ne pourrait guérir qu’à l’aide du magnétisme, et il se prescrivit la continuation des pilules d'extrait de noix vomique, des sinapismes et des bains de Baréges. Le 25 septembre, la commission se rendit à l’hôpiial de la Charité, fit déshabiller le malade, et constata que le membre inférieur gauche était manifestement plus maigre que le droit, que la main droite serrait beaucoup plus fort que la gauche, que la langue tirée hors de la bouche était portée vers la commissure droite, et que dans la buccinalion la joue droite était plus bombée que la gauche.
On magnétisa alors Paul, qui ne larda pas à entrer en somuambulisme. Il récapitula ce qui était relatif à son traitement, et prescrivit que, dans le jour même, on lui appliquât un sinapisme à chaque jambe pendant une heure et demie, que le lendemain on lui fit prendre un bain de Baréges, et qu’en sortant du bain on lui mit des sinapismes pendant douze heures sans interruption, tantôt à une place, tantôt à une autre; que le surlendemain, après avoir pris un second bain de Baréges, on lui tirât une palette et demie, de saug par le brus droit. Enfin il ajouta qu’en suivant ce
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traite meut, le 23, c'est-à-dire trois jours après, il marcherait sans béquilles en sortant de la séance où il dit qu'il faudrait eucore le magnétiser. On suivit le traitement qu'il avait indiqué, et au jour dit, le 23 septembre, la commission vint à l'hôpital de la Charité. Paul se rendit, appuyé sur ses béquilles, à la salle des conférences, où il fut magnétisé comme de coutume et mis en somnambulisme. Dans cet état, il assura qu'il retournerait à son lit sans béquilles, sans soutien. A son réveil, il demanda ses béquilles; on lui répondit qu'il n’en avait plus besoin. En effet, il se leva, se soutint sur la jambe paralysée, traversa la foule qui le suivait, descendit la marche de la chambre d'expériences, traversa la deuxième cour de la Charité, monta deux marches, et, arrivé au bas de l’escalier, il s'assit. Après s’étre reposé deux minutes, il monta, à l aide d'un bras et de la rampe, les vingt-quatre marches de l'escalier qui conduit à la salle où il couche; il alla à son lit sans appui, s'assit encore un moment, et fit ensuite une nouvelle promenade dans la salle, au grand étonnement de tous les malades, qui jusqu’alors l'avaient toujours vu cloué dans son lit. A dater de ce jour, Paul ne reprit plus ses béquilles.
La commission se réunit encore le H octobre Suivant à l’hôpital de la Charité. Un le magnétisa, et il annonça qu'il serait complètement guéri à la bu de l’année, si on lui établissait un séton 2 pouces au-dessous de la région du coeur. Dans celte séance, on le pinça à plusieurs reprises, on lui enfonça une épingle a 1 ligue de profondeur dans le sourcil et dans le poignet sans qu’il donnât aucun signe de sensibilité.
Le 16 octobre, M. Fouquier reçut du conseil général des hospices une lettre qui l’invitait à suspendre les expériences magnétiques qu’il avait commencées à l'hôpital de la Charité. Un fut donc obligé d’interrompre ce traitement maguétique, dont ce paralyse ne pouvait, disait-il, assez louer
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f efficacité. M. Foissac le Ht sortir de l'hôpital, et le plaça rue des Petits-Augustins, n' 18, dans une chambre particulière où il continua son traitement.
Le 29 du même mois, la commission se rendit chez le malade pour examiner les progrès de sa guérison; mais avant de le magnétiser, elle constata que la marche avait lieu sans béquilles, et qu'elle paraissait plus assurée que dans la précédente séance. Ensuite on lui fit essayer ses forces au dynamomètre. Pressé par la main droite, l’aiguille marquait 30 kilogrammes, et de la main gauche 12. Les deux mains réunies la firent monter à 31. On le magnétisa; en quatre minutes, le somnambulisme se déclara, et Paul assura qu’il serait totalement guéri le 4" janvier. On essaya ses forces : la main droite fait monter l’aiguille du dynamomètre à 29 kilogrammes (1 de moins qu’avant le sommeil); la main gauche (la paralysée), à 26, 1 A de plus qu’avant le sommeil, et les deux mains réunies à 45, 14 de plus qu'avant.
Toujours dans le somnambulisme, il se lève pour marcher et franchit vivement l’espace; il saute à cloche-pied sur le pied gauche. Il se met à genou sur le genou droit; il se relève en se soutenant par la main gauche sur un assistant, et en faisant porter sur le genou gauche tout le poids de son corps. Il prend et soulève M. Thiliaye, le fait tourner sur lui-méme, et se rasseoit l'ayant sur ses genoux. Il tire de toute sa force le dynamomètre et fait monter l’échelle de traction à 16 myriagrammes. Sur l'invitation qu'on lui fait de descendre l’escalier, il quitte brusquement son fauteuil, prend le bras de M. Foissac, qu’il quitte à la porte, descend et remonte les marches deux à deux, trois à trois, avec une rapidité convulsive, qu’il modère cependant quand on lui dit de les franchir une à une. Aussitôt qu’il est réveillé, il perd cette augmentation étonnante de ses forces; alors, en effet, le dynamomètre ne marque plus que 3 myriagrammes
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3 /U, c’est-à-dire 121/à moins qu’avant le réveil. Sa démarche est lente, mais assurée; il ne peut soutenir le poids de son corps sur la jambe {'anche (la paralysée), et il essaie inutilement de soulever M. Foissac.
Nous devons noter, messieurs, que peu de jours avant cette dernière expérience, ce malade avait perdu 2 livres 1/2 de sang, qu’il avait encore deux vésicatoires aux jambes, un séton à la nuque, un autre à la poitrine; vous reconnaîtrez par conséquent, avec nous, quelle prodigieuse augmentation de forces le magnétisme avait développée dans les organes malades, celle des organes sains restant la même, puisque {tendant tout le temps qu'a duré le somnambulisme la force totale du corps avait été plus que quadruplce.
Paul renonça par lu suite à tout traitement médical. Il voulut seulement qu’on se bornât à le magnétiser; et, vers la fin de l'antiée, comme il témoignait le désir d'élre mis et maintenu pendant huit jours en somnambulisme pour que sa guérison fut complétée le 1" janvier, il fut magnétisé le 25 décembre, et à dater de ce jour il resta en somnambulisme jusqu’au 1" janvier.
Pendant ce temps, il fut, à des iulervalles inégaux, éveillé environ douze heures, et dans ces courts moments de réveil on lui laissait croire qu'il n’était endormi que depuis quelques heures. Pendant tout son sommeil, ses fonctions digestives se firent avec un surcroît d'activité.
Il était endormi depuis trois jours, lorsque, accompagné de M. Foissac, il partit à pied le 28 décembre de la rue Mondovi, et alla trouver M. Fouquier à ( hôpital de la Charité, où il arriva à neuf heures. Il y reconnut les malades auprès desquels il était couché avant sa sortie, les élèves qui faisaient le service dans la salle, et il lut, les yeux fermés, un doigt étant appliqué sur chaque paupière, quelques mots qui lui furent présentés par M. Fouquier. Tout ce dont nous étions les témoins nous parut si étonnant que la
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commission, voulant suivre jusqu’à la En l'histoire de ce somnambule, se réunit de nouveau le 1*' janvier chez M. F oissac, où elle trouva Paul endormi depuis le 25 décembre. 11 avait supprimé, quinze jours auparavant, les sétons de la nuque et de la poitrine, et s'était fait établir au bras gauche un cautère qu’il devait conserver toute la vie. Il déclarait, du reste, qu’il était guéri; qu’en ne commettant aucune imprudence, il arriverait à un âge avancé, et qn’il succomberait à une attaque d’apoplexie. (Toujours , endormi), il sort de chez M. Foissac, il marche et court dans la rue d’un pas ferme et assuré; à son retour, il porte avec lu plus grande facilité une personne présente qu’il n’avait pu qu’avec peine soulever avant d'être endormi.
Le 12 janvier, la commission se rassembla de nouveau chez M. Foissuc, où se trouvaient M. E. Lascase, député; M. de ***, aide de camp du roi, et M. Ségalus, membre de l'Académie. M. Foissac nous annonça qu’il allait endormir Paul, que dans cet état de somnambulisme on lui appliquerait un doigt sur chaque œil fermé, et que, malgré cette occlusion complète des paupières, il distinguerait la couleur des cartes, qu’il lirait le litre d’un ouvrage et quelques mots ou lignes indiqués au hasard dans le corps même de l’ouvrage. Au bout de deux minutes de manœuvres magnétiques, Paul est endormi. Les puupières étant tenues fermées constamment, et alternativement par MM. Fouquier, Itard, Marc et le rapporteur, on lui présente un jeu de cartes neuves, dont on brise la bande de papier portant le timbre de la régie, ou les mêle, et Patd reconnaît facilement et successivement les roi de pique, as de trèfle, dame de pique, neuf de trèfle, sept de carreau, dame de curreuu, et huit de carreau.
On lui présente, ayant les paupières tenues fermées pur M Ségalas, un volume que le rapporteur avait apporté II lit sur le titre histoire de France, il ne peut lire les deux
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lignes intermédiaires, et lit sur la cinquième le nom seul Anquetil, qui v est précédé de la préposition par. On ouvre le livre à la page 89, et il lit à la première ligne : 11 U
nombre de ses il passe le mot troupes , et continue. Au
moment où on le croyait le plus occupé des plaisirs du carnaval..... il lit également le titre courant Louis; mais ne peut lire le chiffre romain qui le suit. On lui présente un papier sur lequel on a écrit les mots agglutination et magnétisme animal. Il épelle le premier et prononce les deux autres. Enfin on lui a présenté le procès-verbal de cette séance : il en a lu assez distinctement la date et quelques mots plus lisiblement écrits que d'autres. Dans toutes ces expériences, les doigts ont été appliqués sur la totalité de la commissure de chaque œil, en pressant de haut en bas la paupière supérieure sur l’inférieure, et nous avons remarqué que le globe de l’œil avait été dans un mouvement constant de rotation et paraissait se diriger vers l’objet soumis à la vision.
Le 2 février, Paul fut mis en somnambulisme chez MM. Scribe et Brémard, négociants, rue Saint-Honoré. Le rapporteur delà commission était le seul membre présent à l’expérience. On ferma les paupières comme dans la précédente, et Paul lut dans l’ouvrage intitulé Les mille et une nuits le titre, le mot préface et la première ligne de cette préface, moins le mot peu. On lui présenta aussi un volume intitulé Lettres de deux amies, par madame Campan. Il distingua sur une estampe la figure de Napoléon, il en montra les bottes, et dit qu’il y voyait deux femmes. Ensuite il lut couramment les quatre premières lignes de la page 3, à l'exception du mot raviver. Enfin, il reconnut sans les toucher quatre cartes qu'on lui présenta successivement deux
(l) Histoire de France depuis les Gaulois jusfjuh la mort de Louis XVI, par Anquetil, i3 vol. in-8. Paris, 1817. Le passade lu par Paul est à la pape 89 «lu septième volume.
à deux, ce sont le roi de pique et le huit de cœur, la dame de trèfle.
Dans une autre séance qui eut lieu le 13 mars suivant, Paul essaya inutilement de distinguer différentes cartes qu’on lui appliqua sur l'épigastre . mais il lut encore les yeux fermés dans un livre ouvert au hasard, et cette fois ce fut M. Jul es Cloquet qui lui boucha les paupières. Le rapporteur écrivit aussi sur un morceau de papier les mots Maximilien Robespierre, qu’il lut également bien.
Les conclusions à tirer de cette longue et curieuse observation sont faciles. Elles découlent naturellement de la simple exposition des faits que nous avons rapportés, et nous les établissons de la manière suivante : 1° Un malade qu'une médeciue rationnelle faite par un des praticiens les plus distingués de la capitale n'a pu guérir de la paralysie, trouve sa guérison dans l’emploi du magnétisme, et dans l’exactitude avec laquelle on suit le traitement qu’il se prescrit lui-méme quand il est en somnambulisme. 2* Dans cet état ses forces sont notablement augmentées. 3° Il nous donne la preuve la plus irrécusable qu’il lit, ayant les yeux fermés. It° Enfin il prévoit l’époque de sa guérison, et cette guérison arrive.
L’observation suivante nous montrera cette prévision encore plus développée, chez un homme du peuple tout à fait ignorant, et qui, à coup sûr, n’avait jamais entendu parler du magnétisme.
Pierre Cazot, âgé de vingt ans, ouvrier chapelier, né d’une mère épileptique, était sujet depuis dix ans à des attaques d'épilepsie qui se renouvelaient cinq ou six fois par semaine, lorsqu'il entra à l’hôpital de la Charité dans les premiers jours du mois d’août 1827. Il fut soumis de suite au traitement du magnétisme, s'endormit à la troisième séance, et devint somnambule è la dixième, qui eut lieu le 19 août. Ce fut alors à 9 heures du matiu qu’il annonça que
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le jour meme à U heures après midi il aurait une attaque d'épilepsie, mais qu'on pouvait la prévenir si on le magnétisait un peu auparavant. On préféra vérifier l’exactitude de sa prévision, et aucune précaution ne fut prise pour s’y opposer. On se contenta de l’observer sans qu’il s’en doutât. A une heure il fut saisi d’une violente céphalalgie, à 3 heures il fut forcé de se mettre au lit, et à U heures précises l’accès éclata. Sa durée fut de U minutes. Le surlendemain Cazol étant en somnambulisme, M. Fouquier lui enfonça à I’itnproviste une épingle d’un pouce de long entre l’index et le ponce de la main droite ; il lui perça avec la même épingle le lobe de l’oreille : on lui écarta les paupières et l’on frappa plusieurs fois la conjonctive avec la tête d’une épingle sans qu’il donnât le moindre signe de sensibilité.
La commission se rendit à l’hôpital de la Charité le 2û août à 9 heures du matin pour suivre les expériences que M. Fouquier, l’un de ses membres, avait le projet de continuer sur lui.
M. Foissac, qui l’avait déjà magnétisé, se plaça en face, et à six pieds de distance de Cazot; il le fixa, ne fit aucun geste avec les mains, garda le silence le plus absolu, et Cazot s’endormit en huit minutes. Trois fois on lui plaça sous le nez un flacon plein d'ammoniaque: sa figure se colora, la respiration s’accéléra, mais il ne se réveilla pas. M. Fouquier lui enfonça, dans l’avant-bras, une épingle d'un pouce. On lui en introduisit une autre à une profondeur de deux lignes, obliquement sous le sternum, une troisième obliquement aussi à l’épigastre, une quatrième perpendiculairement dans la plante du pied. M. Guersant le pinça à l’avant-bras «le manière à y laisser une ecchymose; M. ltard s’appuya sur sa cuisse de tout le poids de son corps. On chercha à provoquer le chatouillement en promenant sous le nez, sur les lèvres, sur les sourcils, les cils, le cou et la plante du pied, un petit morceau de papier :
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rien ne put le réveiller. Nous le pressâmes de questions
Combien aurez vous encore d’accès? — Pendant un an. — Savez-vous s'ils seront rapprochés les uns des autres? — Non. — En aurez-vous un ce mois-ci? — J’en aurai un lundi 27, à 3 heures moins20 minutes. — Sera-t-il fort? — Il ne le sera pas la moitié de celui qui m’a pris dernièrement. — Quel autre jour aurez-vous un autre accès? — — Après un mouvement d'impatience il répond, d’aujourd’hui en quinze, c’est-à-dire le 7 septembre. — A quelle heure? - A 6 heures moins 10 minutes du matin.
La maladie d’un «les enfants de Cazot le força de sortir ce jour -là même, 24 août de la Charité. Mais on convint de l’y faire revenir le lundi 27 au matin pour observer l'accès qu’il avait annoncé devoir arriver le même jour, à 3 heures moins 20 minutes. Le concierge ayant refusé de le recevoir lorsqu’il s’y présenta, Cazot se rendit chez M. Foissac pour se plaindre de ce refus. Ce dernier préféra, nous a-t-il dit, dissiper cet accès par le magnétisme, que d’en être seul témoin : nous n’avons pu, par conséquent, constater l’exactitude de cette prévision. Mais il nous restait encore à observer l’accès annoncé pour le 7 septembre, et M. Fouquier, qui fit entrer Cazot le 6 à l’hàpital sous prétexte de lui donner des soins qu’il ne pouvait recevoir hors de l’établissement, le fit magnétiser dans le courant de celte journée du 6 par M. Foissac qui l’endormit parla force seule de sa volonté et la fixité de son regard. Dans ce sommeil, Cazot répéta que le lendemain il aurait une attaque à 6 heures moins dix minutes, et qu’on pourrait la prévenirs’il était magnétisé un peu auparavant.
A un signal convenu et donné par M. Fouquier, M. Foissac, dont Cazot ignorait la présence, le réveilla comme il l'avait endormi |>ar la force seule de sa volonté, malgré les questions (|ti'on adressait à ce somnambule, et qui n'avaient pas d’autre but que de lui cacher le mpinent où il
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(levait être réveillé. Pour être témoin du second accès, la commission se réunit le 7 septembre, à 6 heures moins un quart du matin, dans la salle Saint-Michel de l'hôpital de la Charité. Là elle apprit que la veille, à 8 heures du soir, Cazot avait été saisi d'une douleur de tête qui l avait tourmenté toute la nuit, que cette douleur lui avait procuré la sensation d’un carillon, et qu'il avait eu des élancements dans les oreilles. A 6 heures moins 10 minutes, nous lûmes témoins de l’accès épileptique caractérisé par la roideur et la contractiou des membres, la projection répétée et saccadée de la tête en arrière, la courbure arquée du corps en arrière, la clôture convulsive des paupières, la rétraction du globe de l’œil vers le haut de l'orbite, les soupirs, les cris, l’insensibilité au pincement, le serrement de la langue entre les dents. Tout cet appareil de symptômes u duré cinq minutes pendant lesquelles il y a eu deux rémissions de quelques secondes chacune ; et ensuite il y a eu un brisement des membres, et une lassitude générale.
Le 10 septembre, à 7 heures du soir, la commission se réunit chez M. Itard, pour continuer ses expériences sur Cazot. Ce dernier était dans le cabinet où la conversation s’est engagée et a été entretenue avec lui jusqu'à 7 heures et demie, moment auquel M. Foissoc, arrivé depuis lui et resté dans l'antichambre séparé de lui par deux portes fermées et à une distance de douze pieds, commença à le magnétiser. Trois minutes après, Cazot dit : Je crois que M. Foissac est là, car je me sens abasourdi. Au bout de 8 minutes il était complètement endormi. On le questionne et il assure de nouveau que de ce jour en trois semaines, le l*r octobre, il aura un accès épileptique à midi moins deux minutes.
Il s'agissait d'observer avec autant de soin que nous l'avions fait le 7 septembre, l'accès épileptique qui avait été prédit pour le 1" octobre. A cet effet la commission se rendit ce même jour à 11 heures et demie chez M. Georges,
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fabricant de chapeaux, rue des Ménétriers, 17, où Cazot demeurait et travaillait. Nons apprîmes de ce M. Georges : 1» que Cazot est un ouvrier très rangé, d'une excellente conduite, et incapable, soit par la simplicité de son esprit, soit par sa moralité, de se prêter à une supercherie quel* conque, que Cazot ne se sentant pas bien portant, était resté dans sa chambre et qu'il ne travaillait pas; qu'il n'avait pas eu d'accès d'épilepsie depuis celui dout la commission avait été témoin à l'hôpital de la Charité; qu’il y avait en ce moment auprès de Cazot un homme intelligent sur la véracité et la discrétion duquel on pouvait compter, que cet homme n'a point annoncé à Cazot qu'il avait prédit une attaque pour aujourd’hui ; qu’il parait prouvé que M. Foissac a eu depuis le 10 septembre des relations avec ledit Cazot, sans qu'on puisse eu inférer qu'il lui ait rappelé sa prédiction, et qu’au contraire ledit M. Foissac a paru attacher une très grande importance à ce que personne ne rappelât audit Cazot sa prédiction. M. Georges monte à midi moins cinq minutes dans une pièce située au-dessous decelleoù habite Cazot, et une minute après, il est venu nous prévenir que l'accès avait lieu. Nous sommes tous montés à la hâte, MM. Guersant, Thillaye, Marc, Gueneau de Mussy, ltard et le rapporteur, au sixième étage, où, étant arrivés, la montre d’un des commissaires marquait midi moins une minute au temps vrai. Réunis autour du lit de Cazot, nous avons trouvé l’accès épileptique caractérisé par les symptômes suivants : Roideur tétanique du tronc et des membres, renversement de la tête et parfois du tronc en arrière, rétraction convulsive par en haut du globe des yeux dont on ne voit que le blanc, injection très prononcée de la face et du cou, contraction des mâchoires, convulsions fibrillaires partielles des muscles de l'avant-bras et du brasdroit; bientôt après, opisthotonos tellement prononcée que le tronc était soulevé en arc de cercle, et que le corps n’avait d’autre
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appui que la tète et les pieds, lesquels mouvements se sont terminés par une brusque détente. Peu de moments après cette attaque, c'est-à-dire après une minute de relâche, un nouvel accès semblable au précédent s’est déclaré. Il y a eu des sons inarticulés, la respiration était haletante, par secousses, le larynx s’abaissant et s’élevant rapidement, et le pouls battant 132 à 160 Fois. Il n’y a pas en d’écume à la bouche, ni de contraction du pouce vers la face palmaire. Au bout de six minutes, l'accès s’est terminé par des soupirs, l’affaissement des membres, l’ouverture des paupières, qui lui a permis de fixer les assistants d’un air étonné, et il nous a dit être courbaturé, surtout dans le bras droit.
Qnoique la commission ne pût douter «le l’action bien réelle que le magnétisme produisait sur Cazot, même à son insu et à une certaine distance, elle voulut encore en acquérir une preuve nouvelle. El comme il avait été prouvé dans la dernière séance que M..Foissac avait eu avec lui des relations, dans lesquelles il aurait pu lui dire qu'il avait annonré une attaque qui devait arriver le 1" octobre, la commission voulut aussi, en provoquant de nouvelles expériences sur Cazot, induire M. Foissac en erreur sur le jour où son épileptique aurait l’attaque, qu’il avait annoncée d’avance. Par ce moyen nous nous mettions à l’abri de toute espèce de connivence, à moins qu’on ne suppose qu’un homme que nous avons toujours vu probe et loyal voulût s’entendre avec un homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper. Nous avouons que nous n’avons fait ni à l'un ni a l’autre cette injure, et nous rendons la même justice à MM. Dupotet et Chapelain, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de vous parler.
La commission se réunii donc dans le cabinet de M. le docteur Bourdois, le 5 octobre à midi, heure à laquelle Cazot y arriva nvec son enfant. M. Foissac avait été invité à s’y rendre à midi et demi, il arriva à l'heure dite, à l’insu
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de Cazot, se retira dans le salon, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui «lire par une porte dérobée que Cazot était a.-sis sur un canapé éloigné de dix pieds d'une porte fermée, et que la commission désirait qu'il l'endormit et l'éveillât à cette distance, lui restant dans le salon, et Cazot dans le cabinet.
A midi 37 minutes, pendant que Cazot est occupé à la conversation & laquelle nous nous livrions, et qu'il examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac placé dans la pièce voisine commence ses manœuvres magnétiques, et nous remarquons qu'au bout de quatre minutes, Cazot clignote légèrement les yeux, qu’il a un air in«|uiet, et qu'enfin il s'endort en neuf minutes. M. Guersant, qui lui avait donné des soins à l'hôpital des Enfants pour ses attaques d'épilepsie, lui demande s’il le reconnaît? Réponse affirmative. M. Itard lui demande quand il aura un autre accès? il répond que ce sera d'aujourd'hui en quatre semaines (le 3 novembre) à k heures 5 minutes du soir. On lui demande ensuite quand il en aura une autre? il répond après s'ëtre recueilli et avoir hésité, que ce sera cinq semaines après le précédent qu'il vient d'indiquer, le 9 décembre, à 9 heures et demie du matin.
Le procès-verbal de cette séance ayant été lu en présence de M. Foissac, pour qu'il le signât avec nous, nous avions voulu, comme il a été dit ci-dessus, l'induire en erreur ; et en le lui lisant avant de le faire signer aux membres de la commission, le rapporteur lut que le premier accès de Cazot aurait lieu le dimanche U novembre, tandis <|ue le malade avait annoncé qu'il aurait lieu le samedi 3. Il le trompa également sur le second, et M. Foissac prit note de ces fausses indications comme si elles étaient exactes; mais ayant, quel«|ues jours après, mis Cazot en somnambulisme, ainsi qu'il avait coutume de le faire pour dissiper ses maux de tète, il apprit de lui que c’était le 3, et non le U, qu’ijde-
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vait avoir son accès, et il eu avertit M. Itard le 1** novembre, croyant qu'il y avait eu erreur dans la rédaction de notre procès-verbal.
La commission prit pour observer l’accès du S novembre les précautions qu’elle avait prises pour examiner celui du 1" octobre : elle se rendit à U heures du soir chez M. Georges, elle apprit de lui, de sa femme, et d’un de ses ouvriers, que Cazot avait travaillé comme de coutume toute la matinée jusqu'à 2 heures, et qu’en dînant il avait ressenti du mal de tête; que cependant il était descendu pour reprendre son travail ; mais que le mal de tête augmentant, et qu’avant eu un étourdissement, il était remonté chez lui et s’était étendu sur son lit où il s’est endormi. Alors MM. Bourdois, Fouquier et le rapporteur montèrent, précédés de M. Georges, vers la chambre de Cazot. M. Georges y entra seul et le trouva profondément endormi, ce qu’il nous fit remarquer par la porte entr ouverte sur l’escalier. M. Georges lui parla haut, le remua, le secoua par le bras sans pouvoir le réveiller, et à û heures 6 minutes, au milieu des tentatives faites par M. Georges pour le réveiller, Cazot a été saisi des principaux symptômes qui caractérisent un accès d'épilepsie, et semblables eu tout à ce que nous avions observé sur lui précédemmeut.
Le second accès annoncé dans la séance du 6 octobre pour le 9 décembre, c’est-à-dire deux mois auparavant, a eu lieu à 9 heures trois quarts, au lieu de 9 heures et demie, un quart d’heure plus tard qu’il n’avait été prédit, et fut caractérisé par les mêmes phénomènes précurseurs, et par les mêmes symptômes que ceux des 7 septembre, f *r octobre et 3 novembre.
Enfin le il février, Cazot fixa l’époqued’un nouvel accès au dimanche 22 avril, à midi 5 minutes, et cette annonce se vérifia comme les précédentes, à cinq minutes près, c'est-à-dire l’accès arriva à midi 10 minutes. Gel accès re-
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marquable par sa violence, par l’espèce de fureur avec laquelle Cazot se mordit la main et l’avant-bras, par les secousses brusques et répétées qui te soulevaient, durait depuis 35 minutes, lorsque M. Foissac, qui était présent, le magnétisa. Bientôt l’état convulsif cessa pour faire place è un état de somuatnbulisme magnétique pendant lequel Cazot se leva, se mit sur une chaise et dit qu'il était très fatigué; qu'il aurait encore deux accès : l’un de demain en neuf semaines, à 6 heures 3 minutes (25 juin). Il ne veut pas penser au second accès parce qu’il faut songer à ce qui arrivera auparavant (à ce moment il renvoie sa femme qui était présente), et il ajoute qu'environ trois semaines après l'accès du 25 juin, il deviendra fou, que sa folie durera trois jours, pendant lesquels il sera si méchant, qu’il se battra avec tout le monde, qu’il maltraitera mérne sa femme, son enfant, qu’on ne devra pas le laisser avec eux, et qu’il ne sait pas s’il ne tuerait pas une personne qu’il ne désigne pas. Il faudra alors le saigner tout de suite des deux pieds. Enfin, ajoute-t-il, je serai guéri pour le mois d’août; et une fois guéri, la maladie ne me reprendra plus telles que soient les circonstances qui arrivent.
C'est le 22 avril que toutes ces prévisions nous sont annoncées; et deux jours après, le 24, Cazot, voulant arrêter un cheval fougueux qui avait pris le mors aux dents, fut précipité contre la roue d’un cabriolet qui lui fracassa l’arcade orbitaire gauche, et le meurtrit horriblement. Transporté à l’hôpital Beaujon, il y mourut le 15 mai. On trouva à l’ouverture du crâne une méningite récente, des collections purulentes sous les téguments du crâne, et à l’extrémité du plexus choroïde une substance jaunâtre intérieurement, blanche à l’extérieur, et renfermant de petites hydatides.
Nous voyons, dans cette observation, un jeune homme sujet depuis dix ans à des attaques d’épilepsie pour les-
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quelles il a été successivement truite à l'hôpital des Enfants, à Saint-Louis, et exempté du service militaire. Le magnétisme agit sur lui quoiqu'il ignore complètement ce qu ou lui fait. Il devient somnambule. Les symptômes de sa inaludie s’améliorent ; les accès diminuent de fréquence; les maux de tête, son oppression disparaissent sous l'influence du magnétisme ; il se prescrit un traitement approprié à la nature de son mal, et dont il se promet la guérison. Magnétisé à son insu et de loin, il tombe en somnambulisme, en est retiré avec la même promptitude que lorsqu'il était magnétisé de près. Enfin il indique avec une rare précision un et deux mois d'avance le jour et l'heure où il doit avoir un accès d'épilepsie. Cependant, doué de sa prévision pour des accès aussi éloignés, bien plus pour des accès qui ne doivent jamais avoir lieu, il ne peut pas prévoir que dans deux jours il sera frappé d'un accident mortel.
Sans chercher à concilier tout ce qu'une pareille observatiou peut, au premier coup d’œil, offrir de contradictoire, la commission vous fera remarquer que les prévisions de Cazot ne sont relatives qu’à ses accès; quelles se réduisent à inconscience de modifications organiques qui se préparent et arrivent en lui comme le résultat nécessaire des fonctions intérieures; que ces prévisions, quoique plus étendues, sont tout à fait semblables à celles de certains épileptiques qui reconnaissent à certains symptômes précurseurs, comme la céphalalgie, les vertiges, la morosité, l'aura epilepiica, qu ils auront bientôt un accès. Serait-il étonnant que les somnambules dont, comme vous l'avez vu, les sensations sont extrêmement vives, puissent prévoir leurs accès longtemps d'avance, d'après quelques symptô* mes ou impressions intérieures qui échappent à l’homme éveillé? C'est de cette mauière, Messieurs, que l'on pourrait entendre la prévision ateslée par Arélée dans deux endroits de ses immortels ouvrages, par Sauvage qui en rapporte un
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exemple, et par Cabanis. Ajoutons que la prévision de Cazot n’est pas rigoureuse, absolue. Qu'elle est conditionnelle, puisqu'on prédisant un accès , il annonce qu’il n’aura pas lieu si on le magnétise, et qu’effeclivemcnt il n'a pas lieu, elle est tout organique, tout intérieure. Ainsi nous concevons pourquoi il u'a pas prévu un événement tout extérieur, savoir que le hasard lui ferait rencontrer un cheval fougueux, qu’il aurait l'imprudence de vouloir l’arrêter, et qu'il recevrait une blessure mortelle. Il a donc pu prévoir un accès qui n'a dit jamais arriver. C’est l'aiguille d'une montre qui dans un temps donné doit parcourir une certaine portion du cercle d’un cadran, et qui ne la décrit pas, parce que la montre vient à être brisée.
Nous venons de vous olfrir, dans les deux observations précédentes, deux exemples très remarquables de l’intuition de celte faculté développée pendant le somnambulisme, et en vertu de laquelle deux individus magnétisés voyaient la maladie dont ils étaient atteints, indiquaient le traitement par lequel on devait la combattre, en annonçaient le terme, en prévoyaient les attaques. Le fait dont nous allons vous présenter l’analyse nous a offert un nouveau genre d'intérét. Ici le magnétisé, plongé dans le somnambulisme, juge la maladie des personnes avec lesquelles il se met en rapport; il eu détermine la nature et en indique le remède.
Mademoiselle Céline a été mise en somnambulisme en présence de la commission, les 18 et '21 avril, 17 juin, 9 août, 23 décembre 1826, 13 et 17 janvier et 21 février 1827.
Ko passant de l’état de veille à celui de somnambulisme, elle éprouve un refroidissement île plusieurs degrés, appréciable au thermomètre ; sa langue devient sèche et rugueuse, de souple et humide qu elle était auparavant; son haleine, jusqu’alors douce, est fétide et repoussante.
La sensibilité est presque abolie pendant la durée de sou sommeil, car elle fait six inspirations ayant sous les narines
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un flacon rempli d'acide chlorhydrique, el elle n’en témoigne aucune émotion. M. Marc la pince au poignet, une aiguille à acupuncture est enfoncée de trois lignes dans la cuisse gauche, une autre de deux lignes dans le poignet gauche. Un réunit ces deux aiguilles par un conducteur gal vainque; des mouvements convulsifs très inarqués se développent dans la main, et mademoiselle Céline parait étrangère à tout ce qu’on lui fait. Elle entend les personnes <pii lui parlent de près et en la touchant, et elle n’entend pas le bruit de deux assiettes que I on brise à côté d’elle.
C’esi lorsqu’elle est plongée dans cet étal de somnambulisme que la commission a reconnu trois fois chez elle la faculté de discourir sur les maladies des personnes qu’elle louche, et d'indiquer les remèdes qu'il convient de leur opposer.
La commission trouva parmi ses membres quelqu'un qui voulut bien se soumettre aux indications de cette somnambule. Ce fut M. Marc. Mademoiselle Céline fut priée d examiner avec atteulion l'état de la santé de notre collègue. Elle appliqua la main sut le front et lu région du cœur, et au bout de trois minutes elle dit : Que le sang se portait à la tête; qu actuellement M. Marc avait mal dans le côté gauche de celte cavité; qu'il avait souvent de /oppression surtout apres avoir uiuugé; qu'il devait avoir souvent une petite toux ; que la partie inférieure de la poitrine était gorgée de sang ; que quelque chose gênait le passage des aliments; que celte partie (et elle désignait la région de l'appendice xiphoide) était rétrécie; que pour guérir M. Marc, il fallait qu’on le saignât largement, que l’on appliquât des cataplasmes de ciguë, et que I on fil des frictions avec du laudanum sur lu partie inférieure de la poitrine; qu'il luit delà limonade gommée, qu'il inungeùt ..» crntvnn t ne sc oromenat nas immédiatement
Il nous tardait d'apprendre de M. Marcs il éprouvait tout ce que cette somnambule avait annoncé. Il nous dit qu'en effet d avait de l'oppression lorsqu'il marchait en sortant de table ; que souvent, comme elle l'annonçait, il avait de la toux, et qu'avant l'expérience il avuit mal dans le côté («anche de la tète, mais qu’il ne ressentait aucune gêne dans le passage des aliments.
Nous nvous été frappés de cette analogie entre ce qu’éprouve M. Marc et ce qu'annonce lu somnambule; nous l'avons soigneusement annoté, et nous avons attendu une autre occasion pour constater de nouveau cette singulière faculté, (jette occasion fut oiferte au rapporteur, sans qu’il l'eût provoquée, par la mère d’une jeune demoiselle à laquelle d donnait des soins depuis fort peu de temps.
La malade était âgée de vingt-trois à vingt-cinq ans, atteinte depuis deux ans environ d’une hydropisie ascite accompagnée d'obstructions nombreuses, les unes du volumedun œuf, d au lies du volumedu poing, quelques-unes du volume d une tête d’enfant , et dont les principales avaient leur siège daiis le côtégaucbedu ventre. L'extérieur du ventre était inégal, bosselé; et ces inégalités correspondaient aux obstructions dont la capacité abdoininule était le siège. M. Dupuytren avait déjà pratiqué dix à douze fois la ponction à celle malude, et avait toujours retiré une glande quantité d albumine claire, limpide, sans odeur, sans aucun mélange. Le soulageaient suivait toujours l'emploi de ce moyen.
Le rapporteur a été présent trois fois à cette opération ; et il fut facile à M. Dupuytren et à lui de s'assurer du volume et de la dureté de ces tumeurs, par conséquent, de reconnaître leui impuissance pour la guérison de cette malade. Ils prescrivirent néanmoins différents remèdes, et ils attachèrent quelque importance à ce que mademoiselle ***
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fut mise à l'usage du lait d'une chèvre à laquelle on ferait des frictions mercurielles.
l^e 21 février 1827, le rapporteur alla chercher M. Foissac et mademoiselle Céline, et il les conduisit dans une maison rue du Faubourg-du-lloule, sans leur indiquer ni le nom, ni la demeure, ni la nature de la maladie de la personne qu'il voulait soumettre à l’examen de la somnambule.
La malade ne parut dans la chambre où se fît l'expérience que quanti M. Foissac eut endormi mademoiselle Céline : et alors, après avoir mis une de ses mains dans la sienne, elle l'examina pendant huit minutes, non pas comme le ferait un médecin en pressant l'abdomen, en le percutant, en le scrutant dans tous les sens; mais seulement en appliquant la main à plusieurs reprises sur le ventre, la poitrine, le dos et la tête.
Interrogée pour savoir d’elle ce qu’elle avait observé chez mademoiselle ***, elle répondit que tout le ventre était malade, qu'il y avait un squirrhe et une grande quantité d'eau du côté de la rate, que les intestins étaient très gonflés ; qu’il y avait des poches où des vers étaient renfermés; qu’il y avait des grosseurs du volume d’un œuf dans lesquelles étaient contenues des matières puriformes, et que ces grosseurs devaient être douloureuses; qu’il y avait au bas de l'estomac une glande engorgée de la grosseur de trois de ses doigts, que cette glande était dans l'intérieur de l’estomac et devait nuire à la digestion ; que la maladie était ancienne, et qu’enfin mademoiselle devait avoir des maux de tête. Elle conseilla l’usage d’une tisane de bourrache et de chiendent nitrée, de cinq onces de suc de pariétaire pris chaque matin, de très peu de mercure pris dans du lait. Elle ajouta que le lait d’une chèvre que l’on frotterait d’onguent mercuriel une demi-heure avant de la traire
conviendrait mieux (1) ; en outre, elle prescrivit des cataplasmes de fleurs de sureau constamment appliqués sur le ventre, des frictions sur cette cavité, avec de l’huile de laurier, et, à son défaut, avec le suc decel arbuste uni à l'Iuiile d'amandes douces, un lavement de décoction de kina coupé avec une décoction émolliente. I.a nourriture devait consister en viandes blanclres, laitage farineux, point de citron. Elle permettait très peu de vin, un peu de rhum A la fleur d’orange, on de la liqueur de menthe poivrée. Ce traitement n'a pas été suivi, et l’eûl-il été, il n aîtrait pas empêche la malade de succomber. Elle mourut un an après. L'ouverture du cadavre n’ayant pas été faite, on ne put vérifier ce qu'avait dit la somnambule.
Dans une circonstance délicate où des médecins fort habiles, dont plusieurssont membres del’Acadétnie, avaient prescrit un traitement mercuriel pour un engorgement des glandes cervicales qu'ils attribuaient à un vice vénérien, la famille de la malade qui était soumise à ce traitement, voyant survenir de graves accidents, voulut avoir l'avis d'une somnambule. Le rapporteur fut nppelé pour assister à cette consultation, et il ne négligea pas de profiter de cette nouvelle occasion d’ajouter encore à ce que In commission avait vu. Il trouva une jeune femme, madame 1a G***, avant tout le coté droit du cou profondément engorgé par une grande quantité de glandes rapprochées les unes des autres. Une était ouverte et donnait issue à une matière purulente jaunâtre.
Mademoiselle Céline, que M. Foissac magnétisa en pré-
(i) Sans attacher une grande importance à cette singulière rencontre de la prescription faite par la somnambule de l’usage du lait d’une chèvre frictionnée d’onguent mercuriel avec cette même prescription recommandée à la malade par M. Dupuytren et par le rapporteur, la commission a dû consigner dans son travail cette coïncidence. Elle la présente comme un fait dont le rapporteur garantit l'authenticité, tuais dont ni elle ni lui ne peuvent donner aucune explication.
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sence du rapporteur, se mit en rapport avec elle, et affirma que l’estomac avait été attaqué par une substance comme du poison ; qu’il y avait une légère inflammation des intestins; qu’il y avait à la partie supérieure droite dti con une maladie scrofuleuse qui avait dû être plus considérable qu’elle ne l’était à présent; qu’en suivant un traitement adoucissant qu’elle prescrit , il y aurait de l’amélioration dans quinze jours ou trois semaines. Ce traitement consistait en quelques grains de magnésie, huit sangsues au creux de l'estomac , des décoctions de gruau, un purgatif salin toutes les semaines, deux lavements chaque jour, l’un de décoction de kina, et, immédiatement après, un autre de racine de guimauve, des frictions d’éther sur les membres, un bain toutes les semaines; et pour nourriture, du laitage, des viandes légères et l’abstinence du vin. On suivit ce traitement pendant quelque temps, et il y eut une amélioration notable. Mais l'impatience delà malade, qui trouvait que le retour vers la santé n’était pas assez rapide, détermina la famille à convoquer une n- nvelle réunion de médecins. Il y fut décidé que la malade serait soumise à un nouveau traitement mercuriel. I.e rapporteur cessa alors de voir la malade, et apprit qu’à la suite de l’administration du mercure elle avait eu du côté de l’estomac des accidents très graves, qui la conduisirent au tombeau après deux mois de vives souffre nces. (J n procès-verbal d’autopsie signé par M M. Fouquier, Murjolin, Cruveilhier et Foissac, constata qu’il existait un engorgement scrofuleux ou tuberculeux des glandes du rou, deux légères cavernes remplies de pus, résultant de la fonte des tubercules au sommet de chaque poumon, la membrane muqueuse du grand cul-de-sac de l’estomac était presque entièrement détruite. (les messieurs constatèrent, en outre, que rien n'indiquait la présence d’une maladie vénérienne soit récente, soit ancienne.
Il ré-ulte de ces observations : luQoe dans l'état de som-
RAPPORT A L'ACAItÉMIb DE MÉDECINE EN 1831. 151
uainhulisme, mademoiselle üelinea indiqué les maladies de trois personnes avec lesquelles on In mise en rapport; 2° que la déclaration de l'une, l'examen que l'on fait de l'autre après trois ponctions, et l autopsie de la troisième, se sont trouvés d'accord avec ce que cette somnambule avait avancé; 3° que les divers traitements qu elle a prescrits ne sortent pas du cercle des remèdes tpi elle pouvait connaître, ni de l’ordre des choses qu’elle pouvait raisonnablement recommander; et 4° qu elle les a appliqués avec une sorte de discernement.
A tous ces laits que nous avons péniblement recueillis, que nous avons observés avec tant de défiance et d'attention, que nous avons cherché à classer de la manière qui pût le mieux vous luire suivre le développement des phénomènes dont nous avions été les témoins , que nous nous sommessurtoulelforcésde vous présenter dégagés de toutes les circonstances accessoires qui en auraient embarrassé et embrouillé l'exposition, nous pourrions ajouter ceux que l’histoire ancienne et même l'histoire moderne nous rapportent sur les prévisions qui se sont souvent réalisées, sur les guérisons obtenues par l'imposition des mains, sur les extases, sur les convulsionnaires, sur les oracles, sur les hallucinations; enfin sur tout ce qui, s'éloignant des phénomènes physiques explicables par l’action d'un corps sur un autre, rentre dans le domaine de la physiologie, et peut être considéré comme un fait dépendant d'une influence inorale non appréciable par nos sens. Mais la commission était instituée pour examiner le somnambulisme, pour faire des expériences sur ce phénomène qui n'avait pas été étudié par les commissaires de 1784, et pour vous en rendre compte; elle serait donc sortie du cercle dans lequel vous l'aviez circonscrite, si, cherchant à appuyer ce qu’elle avait vu sur des autorités qui auraient observé des faits analogues, elle eût grossi son travail de faits qui lui auraient été
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étrangers. Elle a raconté avec impartialité ce qu'elle a vu avec défiance; elle a exposé avec ordre ce quelle a observé en diverses circonstances, ce qu elle a suivi avec une attention autant minutieuse que continue. Elle a la conscience que le travail quelle vous présente est l'expression fidèle de tout ce qu elle a observé. Les obstacles qu elle a rencontrés vous sont connus, ils sont en partie cause du retard qu'elle a mis à vous présenter son rapport, quoique depuis longtemps les matériaux en fussent entre ses mains. Toutefois nous sommes loin de nous excuser et de nous plaindre de ce retard, puisqu’il donne à nos observations un caractère de maturité et de réserve qui doit appeler votre confiance sur des faits que nous vous racontons, loin de la prévention et de I enthousiasme que vous pourriez nous reprocher, si nous les avions recueillis la veille. Nous ajoutons qu'il est loin de notre pensée de croire avoir tout vu; aussi nous n'avons pas la prétention de vous faire admettre comine axiome qu'il n'y a de positif dans le magnétisme que ce que nous mentionnons dans notre rapport. Loin de poser des limites à cette partie de la science physiologique, nous avons au contraire l'espoir qu'un nouveau champ lui est ouvert : et garants de nos propres observations, les présentant avec confiance à ceux qui après nous voudront s'occuper du magnétisme, nous nous bornons à en tirer les conclusions suivantes. ... —