RÉFLEXIONS SUR LE RAPPORT OE
toire : tel est, en deux mots, le compte rendu de M. Dubois (1). M. Husson, indigné de tant de perfidie, prend corps à corps notre adversaire, le serre à la {[orge, l'accule à la muraille, et venge ainsi les magnétistes et la science vraie, tout en rétablissant les choses sur leur véritable terrain.
Vous le voyez, Messieurs, la vérité a ses détracteurs, mais elle enflamme les coeurs honnêtes; son triomphe est donc certain, et l'humanité jouira de ses bienfaits. Mais j’ai toujours regardé comme une maladresse de la part des magnétistes, d'abord de s’adresser aux corps savants, et de chercher, parmi les membres qui les composent, des juges et des examinateurs. Pourquoi donc toujours aussi aller puiser nos preuves, non dans le magnétisme proprement dit, mais dans ce qui n’en est qu’une dépendance, dans le sommeil magnétique? Pourquoi prendre une partie an lieu du tout? Pourquoi ne pas prouver d’abord l’existence de l’agent producteur, et le suivre dans le développement des phénomènes qu’il détermine? Le somnambulisme n’est qu’un fait de magnétisme, un accident de la magnétisation, un jeu capricieux de la nature. Est-ce qu’il n’v a point, en dehors du sommeil, mille faits divers qui montrent et prouvent lu circulation de l’agent au travers des tissus, son influence sur tous les organes? Est-ce que les guérisons sont dues au sommeil? Est-ce que les attractions et les répulsions, la domination de l’étre entier, et toute cette série défaits presque miraculeux, toute cette richesse immense ne jette pas plus de lumière sur le magnétisme que le seul fait du sommeil? Uni, ces phénomènes inouïs portent nos regards vers le passé pour y chercher leurs analogues dans le monde merveilleux de l’histoire. C’est là pourtant qu'est le magnétisme; ne le voir, ne chercher à le constater que dans le sommeil, c’est,
(i) Dubois (d’Amiens), Histoire académique du magnétisme animai 1 84 > 9 p* 469. — Bulletin de V Académie royale de médecine , t. I, *837, p. 957.
COURS DE MAGNÉTISME
répétons-nous, une erreur de jugement, et ce qui a contribué à rendre illusoire l'examen que I on a fait des facultés somnambuliques. Il fallait une pratique générale ; et puisqu'on était aux prises avec la Faculté, c’est au lit du malade, dans une clinique, à l'hôpital enfin, que l’on devait démontrer l'existence et les bienfaits du magnétisme?
Dans la roule suivie, et puisqu’on s’y obstinait, on'devait exiger la formation d'un jury composé de médecins et d'hommes honorables non médecins, car ceux-ci, du moins, eussent été désintéressés dans la question, ils eussent rendu un bon témoignage.
Que disaient les inaitres de postes, les entrepreneurs de roulages et les directeurs de diligences, lors de l'invention des chemins de fer? Us en disaient pis que pendre: ce n’élait bon à rien, on y renoncerait, on n'aurait que des accidents à déplorer ; citait la ruine et la folie, eto., etc. On sait ce qui en est advenu. Dans la question du magnétisme, nous avons rencontré, non des médecins, non des philosophes, non des savants, mais des industriels, craignant pour leur fortune et leur renommée (j’allais dire craignant pour leur boutique, et voulant en sauvegarder les intérêts).
Messieurs, cette conduite est on ne peut plus blâmable. Au reste, voici comment elle fut envisagée par un médecin dont la mémoire nous est chère, car il a combattu pour nous jusqu’à son dernier soupir. Ce médecin eut la gloire de tenir en échec toute la Faculté; ses lettres, pleines de conviction, de force et de logique, empêchèrent de dormir nos Esculapes le plus en renommée; et si nu lieu de s'attacher au seul fait du sommeil magnétique, il eût saisi le magnétisme tout entier, il eût, à coup sûr, triomphé de ses contradicteurs. Mais M. le docteur Frappart, dont nous voulons parler, commit la même faute que ses devanciers, et s’il n'échoua complètement, il le dut à la force de la vérité. Les instruments de démonstration qu’il avait choisis
RÉFLEXIONS SLR LJS RAPPORT DE 1831.
ne lui présentèrent parfois qu’un faible degré de certitude, et, par les causes que nous avons signalées, il devait en être ainsi. Quoi qu'il en soit, les blessures qu'il fit à l’Académie de médecine saigneront éternellement, car les lettres de Frappart (1) sont un monument impérissable, elles marquent une des phases de l'histoire et des progrès du magnétisme. .le ne puis terminer cette leçon sans votfs faire connaître plus intimement l’ennemi puissant que la Faculté avait rencontré ; vous jugerez l'homme par un seul fragment de ses écrits.
Voici comment le docteur Frappart, dans une lettre à un de ses amis, parlait des corps savants :
« Quant à l’espérance consolatrice que vous exprimez de voir dans peu la question du somnambulisme lucide souverainement jugée par l’Académie, oh! monsieur, je ne vous croyais pas si candide. Tous les membres de cette compagnie célèbre, médecins, pharmaciens, droguistes, vétérinaires ou autres, quelle que soit l’importance qu’ils se supposent, ou que la plèbe scolastique leur attribue, sont fortement d’avis qu’ils ont quelque chose de beaucoup plus profitable à faire que de s’occuper d’une découverte qui enseigne à se passer de leur ministère, qui renverse de fond en comble leur science, qui obscurcit encore leur obscur grimoire. Exiger d’eux ce sacrifice, c’est exiger qu'ils signent leur urrét de mort! Ils ne le signeront pas. C’est donc en vain que vous avez conçu l’espoir flatteur que ces braves savants répondraient loyalement à votre appel ! Il leur était bien plus facile de crier : Hourra ! et s’ils ne l’ont pas fait, c’est qn'alors vous avez une recette... pour vous faire craindre.
» Au surplus, toutes les Académies se sont prononcées
fi) Frappart v Lettres sur le magnétisme et le somnambulisme, à l'occasion île mademoiselle Pigea ire, adressées à MM, Arago, Broussais, Bouillant!. Donné ei Raztlle, i83g, in-8.
COU HH DE MAGNÉTISME
en aveugle sur le magnétisme, et puisqu'elles ont été injustes, elles ne se rétracteront pas; car les Académies sont des puissances! et toute puissance scientifique, ou autre, agit souvent comme si elle pensait que, quand elle a été une fois injuste, il n’est pour elle d’autre moyen d’effacer son injustice que d’y persister, d’autre secret de réparer ses torts que de les aggraver. Vous êtes loin de connaître les corps savants, monsieur. En deux mots, voici leur fait: ce sont des despotes qui ne cèdent que ce qu’on leur arrache, qui n’admettent que ce qu'on leur impose; qui n’avancent que quand on les entraiue, qui ne tombent que quand on les abat. Bien.
» Cependant, direz-vous, les médecins partisans du magnétisme; ceux, par exemple, qui ont vu le fait de mademoiselle Pigeaire et qui l’ont certifié, ceux-là, au moins, élèveront la voix. Erreur! cher confrère, erreur! Ces messieurs sont enrégimentés ; ce sont des soldats qui obéissent à leur consigne au lieu d'obéir à leur conscience; il faut qu’ils marchent au pas ou qu’ils désertent, etils n en ont ni l’envie, ni le courage. D'ailleurs, chacun de ces partisans, honteux du magnétisme, sauf quelques honorables exceptions que je me plais à reconnaître, n’a-t-il pas son petit motif de faire le couard? Ainsi, l’un a peur de passer pour un niais, l’autre pour un visionnaire; celui-ci tient à la Faculté, celui-là vise à l’Institut; enfin, tous ont leurs affaires à faire, une position à défendre, une clientèle à conserver. Oui, voilà où ils en sont, et où ils doivent en être et où nous en serions sans doute également, si nous avions le haut honneur d’étre des leurs.
» Et ce, parce qu’aussi bien qu'eux nous sommes tout bonnement des hommes; parce que toute petite passion est éminemment contagieuse ; parce qu’avec les loups il faut hurler ou fuir; parce qu’eu définitive les sociétés savantes sont bien plutôt organisées dans l’intérêt des savants que de