‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 33 sur 59 · LETTRE. — A MONSIEUR DU POTET · texte numérisé non relu

LETTRE. — A MONSIEUR DU POTET

Je n'hésite pas à porter à votre connaissance la suite des faits que j'eus grand soin d’enregistrer à mesure qu’ils se sont produits dans le traitement magnétique d’Eugénie Morel.

Ainsi que je vous l’ai mandé, le retour de la sensibilité dans les membres du côté gauche et celui du mouvement, annoncés par la malade plongée dans le sommeil magnétique, pour le S décembre, à trois heures, et pour le 15 du même mois, à une heure, devaient être retardés jusqu’au 11 et au 23, par suite de la pression accidentelle sur les jambes de la malade, dont mon premier rapport fit mention, et conformément à ses pronostics somuambuliques.

Le 10 décembre 1851, ayant réglé ma montre au temps vrai, j’arrivai à Grainville avant midi. J'apprends que la nuit n'a pas été bonne, qu’un grand malaise existe, qu’il y a eu un évanouissement à dix heures du matin. La malade se plaint de douleurs intolérables dans les os de la partie gauche. A midi, un violent tremblement de tout le corps se déclare; à une heure moins un quart, la malade pousse un gémissement et s’évanouit; à une heure juste, à ma montre, elle revient à elle. Je me hâte de la magnétiser et de l'endormir. Je constate d’abord que, pour la première fois, les membres du côté gauche cessent de se roidir, et qu’ils sont demeurés aussi flexibles que ceux du côté droit ; puis j’entame l’entretien :

« Comment êtes-vous? — Faible. — Pourquoi? — A cause des douleurs que m’a causées le retour de la sensibilité. — Votre bras et votre jambe gauches ont donc recouvré la sensibilité ? — Non, elle n’est revenue que dans les os. — Quand pénétrera-t-elle dans les chairs? — Le 11, à cinq

COURS DE MAGNÉTISME

heures du soir. — Voulez-vous être réveillée? — Oui. — Que faut-il faire? — Dégager la tête. »

Le 11 décembre, ma montre est réglée au temps vrai. J’arrive près de la malade à quatre heures et demie. J’apprends que, depuis son réveil, elle est en proie à un grand malaise produit par un redoublement de douleurs dans la partie gauche ; qu'elle s’est évanouie deux fois, de midi à trois heures. A cinq heures moins un quart, je touche son bras et sa jambe gauches sans qu’elle le sente; à cinq heures moins cinq minutes, même épreuve. Au moment où ma montre marque cinq heures, la malade sent ma main sur ses membres ; elle distingue quand je frotte ou quand je presse son bras et sa jambe gauches.

Voilà une précieuse démonstration, dont nous sommes redevables au magnétisme, qui a encore bien d’autres secrets à découvrir sur notre existence. Elle apprendra aux médecins, dans le cas où ils u’en sauraient rien, que la sensibilité évanouie revient par les os; que sa résurrection a lieu du dedans au dehors ; qu’elle met de vingt-neuf à trente heures pour faire irruption de l’intérieur des os à l’extérieur des tissus charnus, car je ne saurais douter que ce ne soit là une règle générale de notre nature.

Le 12 décembre, la malade est tirée de son lit et placée sur un fauteuil, où elle s’évanouit au bout de dix minutes.

Le 17, depuis deux jours elle éprouve des faiblesses, de vives douleurs dans les jointures de gauche, des envies de pleurer; ce sont, dit-elle dans son sommeil magnétique, les avant-coureurs de la faculté de mouvement qui reviendra le 23, à une heure.

Le 19, elle annonce, endormie, qu elle pourra désormais, etdès le lendemain, rester une heure et plus sur son fauteuil sans s'évanouir.

Le 21, interrogée sur une poule qui manque dans la basse-cour, elle fiait connaître le lieu où elle se trouve.

Le 23, h midi et demi, j’entre dans la chambre d’Eugénie, qui est faible et souffrante. A une heure moins urt quart elle laisse échapper un gémissement et s’évanouit. Au moment où t’aiguille de ma montre, mise au temps vrai, marque une heure, elle revient à elle et déclare qu’elle remue les doigts de sa main gauche : ce que je constate à l'instant pour le pied comme pour la main. Ce mouvement, peu sensible d’abord, devient plus prononcé et plug facile après une magnétisation et un sommeil de trois quarts d’heure.

Depuis le 26 jusqu'au 31 décembre, la malade est magnétisée chaque jour par madame de C..., qui me remplace pendant mon absence, et qui constate les progrès journaliers de la faculté de mouvement, reconquise et comme arrachée âu mal par les constants efforts d’une magnétisation quotidienne.

Ainsi, voilà des membres totalement privés de mouvement depuis le commencement de l'année 1 846, qui ont retrouvé la vie, qui fonctionnent comme par le passé, encore un peu tremblants, il est vrai, et avec quelque hésitation dans certaines positrons.

Le 27, une cheville de fer manque à la fermeture de la barrière; la malade, endormie, annonce quelle est tombée dans l’eau, qu'on la retrouvera dans la mare, sous quatre ou cinq pouces de vase.

Le 29, voici l’entretien de madame de C... avec la malade endormie.

« Rendez compte de votre prescience de somnambule, de vos visions. — Je ne saurais; les objets dont on me parle s’offrent à moi comme un tableau. Je les vois; je les sais. — Vous voyez donc l’intérieur de votre corps? — . Parfaitement. *

Le 1" janvier 1852, la lettre suivante est écrite par la malade au général et à madame de C... :

b Pendant que chacun s’empresse, au renouvellement de » l'année, de former des vœux pour les personnes qui lui » sont chères, pourrais-je rester indifférente, moi qui vous » dois tout ce que je suis, et l’existence même? car sans » vos soins, sans votre courage, j'étais condamnée à une » fin prochaine et à mourir dans les pliis cruelles douleurs; » lorsque maintenant je rue vois-près'd'une guérison corn - » plète, et, en quelque sorte, remplie d’une nouvelle vie.

■ Après tant de bonté pour moi, je me sens impuissante » à former pour vous des vœux qui les égalent ; aussi j’im- » plore la troupe céleste de les porter au pied du trône de » l’Éteruel, persuadée que Dieu daignera vous accorder » une longue vie sur la terre et tout le bonheur que vous » pouvez désirer. Tels sont, Monsieur et Madame, les vœux » les plus sincères que forme pour vous votre protégée.

» Eugénie MOREL. »

L’écriture de cette lettre est un peu tremblée, mais parfaitement lisible.

Le 2 janvier, dans son sommeil magnétique, elle demande qu'on lui fasse en hâte des vêlements, annonçant que le dimanche elle pourra diner à table avec ses parents.

Le 5 janvier, une douce joie règne sous ce chaume qui, depuis tant d’unnées, n'abritait que des tourments et des larmes. La pauvre malade, rayonnante aujourd’hui d’espérance et de bonheur, a pris place à table entre son père et sa mère, après cent soixante-dix-neuf magnétisationsdirectes, accompaguées d’un nombre égal de carafes d’eau magnétisée, qui ont fait sa seule boisson. Les soixante-quinze premières magnétisations furent doubles des autres et d’environ deux heures un quart, en deux reprises.

Les deux cautères appliqués le long de la colonne vertébrale rendent beaucoup depuis une huitaine de jours.

Depuis le 1" janvier, la malade a retrouvé sa lucidité

tout entière; elle voit au loin, principalement ses frères et sa sœur, dont elle indique la position, l'occupation au mo ment même et l’état de santé.

S’il ne survient point d’accidents, je n’aurai désormais, et jusqu’au mois d’avril, à vous entretenir que de mes tentatives pour la faire marcher dans le sommeil magnétique, ou de celles qu’elle pourra foire d’elle-même dans l’état naturel.

Après le céleste auteur de ce miracle tout à l’heure accompli, c’est à vous, mon cher maître, qu’on doit en reporter le mérite, en rendant grâce à vos courageux efforts pour le triomphe de la vérité la plus utile aux hommes. Vous aurez, plus que personne en France, contribué à la propagation du mesmérisme; et c’est une belle tâche, car non-seulement il affranchira l’humanité d’une grande partie des maux qui l’afflige, y compris les tâtonnements et les erreurs de la médecine, lorsqu’il sera devenu la médecine des familles, mais encore il est destiné à raviver la foi du monde et à ramener tous les hommes à la pratique des vertus évangéliques par la manifestation magnétique de la véritable fraternité et de la puissance dont est douée la charité chrétienne.

Votre dévoué. Général Cubiêrp.s.

Voici un extrait de la dernière lettre que le père Morel m'écrivit à Paris, et dont je vous donnai alors communication sans vous laisser copie :

Grainïille-Ymauville, 9 juillet 1852.

Apprenant que votre retour est encore retardé de quelques jours, je ne veux pas différer les bonnes nouvelles que je gardais pour votre arrivée. Eugénie marche sans appui ni secours étranger, elle remplace sa mère pour tous les soins du ménage; elle a toujours de l’enflure dans le

COURS DE MAGNÉTISME

bas des jnmbes, ce qui ne disparaîtra, selon elle, que par les bains de mer. Sa lucidité varie beaucoup, mais seulement pour ce qui la concerne et pour ce qui se passe à la maison.

Pour copie conforme, et bien des amitiés.

Général Cubières.

Page 1