NEUVIÈME LEÇON
VUE SANS LE SECOURS DES YEUX ET FACULTÉS DE L’AME. — OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS ET MODERNES. — OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS SUR LES CAUSES DU SOMNAMBULISME NATUREL. — THÉORIE DES MAGNÉTISEURS MODERNES SUR LES CAUSES DU SOMNAMBULISME NATUREL. — RÉSUMÉ.
Les couleurs ne sont réellement rien pour un aveugle, les sons (/existent put pour un sourd ; le temps, le mouvement, l'étendue, ne nous offrent que des rapports de proportion.
Les choses que nous appelons réelles pendant lu veille, n'existent donc réellement que dans nos sensations.
« Doutes-vous que l’ûme puisse porter un regard sur les objets cachés aux yeux du corps, lorsque, souvent, quand nos paupières sont fermées par un sommeil bienfaisant, pleine de vie, l'Ame aperçoit les choses distantes et les lieux éloignés, dirigeant sa vue à traveis les rnmpagnes, sur les mers ei jusqu'aux étoiles, par la seule force de sa volonté? »
Messieurs,
Dans la dernière séance, je vous ai annoncé qu'aujourd'hui je vous entretiendrais de quelques phénomènes particuliers, plus rares qu’aucun des autres faits magnétiques que je vous ai fait connaître, mais cependant constatés aussi de manière à ne laisser aucun doute sur leur existence.
Ces phénomènes, que l’on observe dans quelques maladies nerveuses peu fréquentes, se présentent quelquefois dans le somnambulisme magnétique le plus développé, et semblent résulter d’une disposition particulière des sujets magnétisés.
Quoi que vous fassiez, ils ne durent qu'un certain temps, lors même que le somnambulisme se prolonge (1).
(i) Je dirai un jour ce qu'il en coûte à ceux qui s'obstinent à vouloir le maintenir.
Vous avez déjà vu (pie, contrairement aux règles tracées par les physiologistes, il peut exisier dans certains cas une perturbation de l’ordre naturel de notre manière d’étre, et, par suite de cet état insolite, s’opérer le déplacement dtm ou de plusieurs de nos sens.
Je vous ai fait entendre que Y action de la vue pouvait momentanément avoir lieu sans le secours des yeux, et je vous ai promis de vous citer des exemples de ces faits.
Je vais, en suivaul la marche que je me suis tracée, prendre mes preuves dans des ouvrages estimés. Ces phénomènes seront attestés par des hommes respectables et tout à fait désintéressés dans la question du magnétisme.
Je pourrais trouver un grand nombre d’exemples de faits répandus partout ; mais, comme ces allégations n'ajouteraient rien à celles queje vais vous communiquer, je n’en parlerai point.
. Quiconque entreprendrait. Messieurs, de réunir tous les témoignages donnés en faveur de la certitude du phénomène qui nous occupe, en formerait une musse si imposante que l’incrédulité la plus décidée ne pourrait s’empêcher d’en être subjuguée, et il en serait alors de la vue sans le secours des yeux comme de la chute des aérohthes. Il résulte d’un relevé exact, inséré dans Y si unitaire du Bureau des longitudes, qu’au commencement de ce siècle il existait cent quatre-vingts exemples de chutes de pietres suffisamment constatés; et cependant, à celte époque, c'était avec le sourire de la dérision qu'on recevait, même à l’institut, ceux qui venaient lire des mémoires dans lesquels ils établissaient la réalité de ce phénomène qu’on ne pouvuit se décider à croire, parce qu’il paraissait, comme celui-ci, absolument inexplicable.
Nous espérons que 1rs savants se rendront de même à l'évidence du magnétisme.
Permeltez nous, Messieurs, avant de vous faire connaître
COURS IÆ MAGNÉTISME.
l'autlienlicité du fait de la vue sans le secours des yeux, de vous entretenir un instant d'un autre phénomène aussi digne de remarque et non moins inexplicable : je veux parler «le la faculté qu’ont les somnambules d’apercevoir les changements qui doivent survenir dans leur état morbide, de calculer avec une inconcevable précision le moment de ce changement, changement souvent éloigné de plusieurs jours, de plusieurs mois, etc.
Cette faculté, aperçue de tous les temps, se présente presque toujours dans l’état particulier que nous savons faire naitre, le somnambulisme; mais elle accompagne aussi certaines maladies. Je dois vous répéter ici que je n’adopte particulièrement aucune des explications qu’on a données de ce phénomène : que ce soit lame, l’archée ou le fluide nerveux qui le produise, cela est indifférent au résultat de la chose; mais il parait de lu dernière évidence qn il est dû dans tous les cas au même principe : C accumulation du Jluide magnétique vers le cerveau, les plexus, ou dans quelques points des trajets nerveux, que cet état ait lieu naturellement, comme cela arrive quelquefois dans l étal extatique, par exemple, ou bien qu’il soit provoqué par le magnétisme.
Dans son Traité delà sagesse. Charron dit : « L’âme est de soi toute savante sans être apprise, et ne lâult point à produire ce qu'elle fait, et bien exercée ses fonctions comme il faut si elle n’est empêchée, et moyennant que ces instruments soient bien disposés. »
« Les hommes mélancoliques, maniaques, frénétiques et atteints de certaines maladies qu’Hippocrate appelle divines, sans l’avoir appris, parlent latin, font des vers, discourent prudemment et hautement, devinent les choses secrètes et à venir.
» Lesquelles choses les sots ignorants attribueront au diable ou esprit familier, bien qu'ils fussent auparavant
idiots et rustiques, et que depuis soient retournés tels après la guérison. »
OPINIONS DES AUTEUItS ANCIENS ET MODKKNES SUB LA VISION SANS LE SECOURS DES YEUX ET SUR LES FACULTÉS DE l’ame.
« Il ne faut donc pas s’étonner, dit Plutarque, que lame, pouvant saisir ce qui n’est plus, puisse prévoir ce qui n'est pas encore. L avenir la touche même davantage, et est plus intéressant pour elle ; elle tend vers le futur, et l’embrasse déjà au lieu qu elle est séparée dn passé et n'y tient tjue par le souvenir. Les âmes ont donc cette faculté innée, mais à la vérité faible et. obscure, elle n’ugit qu’avec difficulté. Cependant, ajoute Plutarque, il en est en qui elle se développe tout à coup, soit dans les songes, soit quand le corps se trouve dans une position favorable à l’enthousiasme, et que la partie raisonnable et contemplative, dégagée de l’impression des objets présents qui troublaient son action, applique l’imagination à prévoir l’avenir. »
Plutarque ajoute : « Les hommes, pendant qu’ils veillent, n’ont qu’un monde, lequel est commun A tous, mais en dormant chacun a le sien à pàrt. »
« Pendant le sommeil, dit Terlullien, il nous est révélé, non-seulement ce qui tient à l’honneur, aux richesses, mais encore ce qui tient au maladies, aux remèdes et à la guérison. »
Jamblique, au chapitre des Songes, dit :
« Quand nous sqpunes parfaitement endormis, nous ne pouvons pas si bien et distinctement remarquer ce qui se présente en nos communs songes, que quand c’est la Divinité qui nous les envoie en particulier, ne dormurit à son bon escient, car nous apercevons bien pins clairement lt>rs la vraie et réelle vérité des choses, que nous n’avons accoutumé de faire en veillant; au moyen de quoi eu ses visrons-
COURS DE MAGKÉT1SME
là, consiste la principale espèce de divination. Et, de fait, l’âme a double vie, l’une conjointe avec le corps, et l'autre séparable de toute corporéilé. Quand nous veillons, nous usons lu plupart du temps de la vie qui est commune avec le corps, hormis quelquefois que nous venons à être totalement séparés d’iceiui, mais en dormant, notre esprit peut être tlu tout délivré des liens corporels qui le détiennent comme en charte privée.
» Celui qui connaîtrait parfaitement les conjectures qu’il est possible de tirer des songes, en recueillerait un grand avantage dans le commerce de la vie. L’âme veille par ellemême. Lorsqu’elle est occupée du corps, et qu’elle est en quelque sorte répandue sur tous les points qui le composent, elle ne songe pointa elle-même : elle donne toute son attention aux différents besoins du corps, aux sens, à l’ouïe, à la vue, au tact, au marcher. Elle dirige l’action, elle règle la pensée ; mais elle n'entre point dans la connaissance d’elle-même. Au contraire, lorsque le corps est en repos, là me se met en mouvement; et abandonnant insensiblement les diverses parties du corps, elle se retire et se concentre dans son domicile. Là, elle s’acquitte de toutes les fonctions du corps, car le corps, lorsqu'il est pris par le. sommeil, ne sent rien ; c’est elle (pii veille alors, et qui connaît. Elle voit ce qui est à voir; elle entend ce qui est à entendre; elle va, elle touche, elle s’attriste, elle raisonne plus promptement et plus facilement. Pendant le sommeil, elle remplit toutes les lonctions, tant celles qui lui sont propres que celles du corps. Si donc quelqu'un pouvait saisir avec un jugement sain cet élut de l'âme dans le sommeil, celui-là pourrait se flatter d avoir fait un grand pas dans la science de la sagesse (i).
» Lorsque l’âme sensitive est profondément assoupie avec
(i) Hippocrate, OEuvret, traduites par Gardeil. Toulouse, 1801, t. III, p. 129.
le corps, l ame inte'lectuelle se lève pleine d’éclat et de sérénité... I.es esprits relevés qui méditent de grands desseins, ont que'quefois des pressentiments nocturnes différents des songes ordinaires; car l'Ame travaille perpétuellement et sans que nous nous en apercevions ; elle a des raisonnements tacites : une idée qui parait oubliée, parce que les distractions du jour l'offusquent, s'enfonce dans l’esprit et revient pendant la nuit, élaboréeen secret. La cbainedes raisonnements intermédiaires nous ayant échappé, ou se faisant à notre insu, nous présente tout à coup quelque vérité frappante ; et comme nous n’en voyons pas la soprce, elle nous parait envoyée par inspiration : c’est ainsi qu'une fontaine qui se perd sous terre réparait plus loin, grossie dans son cours par des veines inconnues.
• L ame peut acquérir quelquefois un développement surnaturel, etrecevoir de Dieu un surcroît de lumière et de force.
» L’homme n'invente rien, que selon la mesure du don qu’il a reçu... Qui est-ce qui le remplit du germe de ses inventions et de ses connaissances, si ce n’est une lumière divine. » (Virey , Antagoniste du magnétisme.)
« Ces communications de l’ànie avec un ordre de choses invisibles, sont rejetées de nos savants modernes, parce qu’elles ne sont pas du ressort de leurs systèmes et de leurs almanachs; mais que de choses existent, qui ne sont pas dans les convenances de notre raison et qui n’en ont pas été même aperçues (1). »
Jourdain Guihelet rapporte une histoire fort singulière d’une demoiselle affectée de suffocations hystériques. Dans ces accès, qui duraient ordinairement plus de vingt quatre heures, sans aucune apparence de mouvement ni de sentiment, « quoique la langue on les autres parties qui servent à la formation de la voix ne fussent point empêchées, elle discourait avec tant de jugement et de délicatesse d'esprit,
(l) Bernardin de Saint-Pierre, Etudes de la nature.
coors ne magnétisme.
qu’il semblait que sa maladie lui donnât de l'entendement, et lui fût plus libérale que la santé. On n’a jamais vu raisonner avec tant d’art et discourir avec tant de facilité. On pourrait dire, ajoute notre auteur, que le corps étant comme mort pendant la violence du mal, l'âme se retirait chez elle et jouissait de tous ses privilèges : les conceptions de l'àine doivent être d'autant plus nettes et plus relevées, qu’elle est plus débarrassée des liens du corps et de la matière. »
Écoutez encore ce que dit un autre philosophe, Cahanis:
« J’ai vu, dit ce médecin célèbre, deS malades dont le goût avait acquis une finesse particulière, qui désiraient et savnicnt choisir les aliments et même les remèdes qui paraissaient leur être véritablement utiles, avec une sagacité qu'on n’observe pour l’ordinaire «pie dans les animaux (f)... On en voit qui sont en état d'apercevoir dans le temps de leurs paroxysmes, ou certaines crises qui se préparent, et dont la terminaison prouve bientôt après la justesse de leurs sensations, ou d’autres modifications attestées par celles du pouls, ou des signes plus certains encore.
» L'esprit, dit encore Cabanis, peut continuer ses recherches duns les songes, et il peut être porté, par une certaine suite de ruisouncments, à des idées qu’il n’avait pas.»
« C'est pour montrer qu'il ne faut pas mesurer la puissance de uns âmes à l’aune ordinaire par laquelle elle ne
(i) M. Pounloii, membre île l'Arjiilcmic de médecine, appelé auprèt d'un Immme de moyen Jge, acrahlr, depuis plus de Irentc-iix heures, par mi clmléra-tiinrhus trè* intense, crut entendre le malade proférer dans son délit v le mot péché, Cet habile praticien, profitant de celte sorte de mouvement instinctif, ht apporter un de ces fruits Le malheureux agonisant le mange avec avidité, il eu demande un second, (pii est égal» ment accordé. Les vomissements, jusqu’alors opiniâtres et déterminés par la moindre gorgée de tisane, ne reparaissent plus ; leur absence enhardit le médecin. Enfin le malade mangea, ou plutôt dévora dans une nuit une trentaine de pèches, non-seul» inent sans accidents, mais même avec un tel avantage, que le lendemain sa guérison était parfaite. ( Dict . de méd. en ît vol , t. V, p. 190.)
fait ordinairement rien d’admirable. Si elle n’est pressée, on n’y aperçoit rien que ce qu’elle a puisé des sens, qui est chose commune à toutes. Or, que l'âme puisse étrepressée en telle façon qu elle puisse venir jusqu’à la divination et langage non appris, les exemples en sont fréquents, non pas à toutes sortes de personnes, mais à quelques-uns doués d’une vive imagination, qui ès fortes maladies et fièvres chaudes disent des choses à quoy ils n’a voient jamais pensé, prédisent même les choses futures, principalement quand ils sont proches de la mort, et lorsque l’âme, approchunt de sa liberté, reçoit des rudes secousses par f effort des maladies et chaudes vapeurs qui montent au cerveau. Et c’est lors qu’il se fait une collision des objets fantasiez avec les organes, comme il sort du feu d’un caillou et fusil frappez l’un contre l'autre, qui n’estoit manifestement en l'un n’y en l'autre ; nu comme il sort une odeur et force d’aucunes herbes estant pressées et frottées rudement entre les doigts, qui n’eust pas paru sans ce froissement. »
Cette faculté de prévision se trouve, quelque incompréhensible qu’elle vous paraisse, appuyée sur des faits si nombreux et si positifs, qu’aucun des hommes qui ont observé le somnambulisme, l’extase ou quelques-unes des affections qui s’en rapprochent, n’ont pu échapper à celte vérité.
On est étonné de la foule de noms que l’on peut citera l’appui de l’existence de ce phénomène.
Parmi ces noms se trouvent ceux d’Arétée, d’Aristote, de Platon, de Porphyre, et de tous les philosophes de l'école d’Alexandrie, d’un grand nombre de médecins qui, beaucoup plus tard, ont écrit et professé sur ce sujet; et tout récemment M. le professeur Moreau de la Sorthe, dans un article intitulé Médecine mentale, a reconnu I existence de cette étonnante faculté; il en est de même deM. Doseae. Et tant de témoignages pourraient-ils se réuniren faveur d’une faculté contre laquelle la raisou se révolte, si des phcuo-
COL'HS DE MAGNÉTISME
mènes réels n'avaient pas triomphé de tout le scepticisme des observateurs?
Dans le Traité du somnambulisme du docteur Bertrand, on y lit que ce médecin fut témoin de plus de soixante accès convulsifs de la nature la plus grave, qu'détait absolument impossible de simuler, et qui tous avaient été prédits, tant pour leur commencement que pour leur terminaison (à la minute). Le même médecin assure qu’une somnambule lui a annoncé quinze jours d’avance un délire de quarante-trois heures, qui eut lieu comme elle l’avait prédit; et il s'était assuré que cette somnambule ne conservait aucun souvenir au réveil.
Sauvages, dans sa Nosologie, cite uneobservation de Descartes,qui rapporteque deux jeunes filles hystériques se prédisaient mutuellement d’avance les différentes crisesde leur maladie. Il en rapporte au même endroit une de Cavaliers, qui dit avoir vu à Fréjus « quatre hydropliobiques qui avaient prédit le jour et même l'heure de leur mort, et qui moururent au jouret presque à l'heure prédite. Moi même, ajoute-t-il, j’ai vu un sexagénaire prédire le jour de sa mort un mois auparavant, et il mourut d’une fièvre épiai au jour indiqué (1). »
Les médecins chargés de l’examen du magnétisme ont constaté des phénomènes semblables. Des épileptiques eu somnambulisme ont prédit plusieurs jours, plusieurs mois d’avance, leurs accès ; et à I heure indiquée, malgré toutes les précautions prises pour leur cacher le moment de l’invasion de cette crise, ils en étaient atteints.
Mais, Messieurs, tant de témoignages sont, j'ose le dire, superflus; car ce phénomène s’observe dans tous les cas de somnambulisme, et vous savez que cet état se voit communément, il ne faut que faire quelques essais magnétiques pour s’en assurer.
(i) Sauvages, Nosologie, i. If, p. 738.
ai
Ce fut aussi le premier phénomène que M. Rostan et Georjjet constatèrent à 1 hôpital de la Salpétrière ; voici ce que dit l'un d’eux :
« J'ai vu, positivement vu un assez grand nombre de fois des somnambules annoncer plusieurs heures, plusieurs jours, vingt jours d’avance, l’heure, la minute même de l’invasion d’accès épileptiques et hystériques, de l’irruption des règles, indiquer quelles seraient la durée, l’intensité de ces accès; choses qui se sont exactement vérifiées. »
Moi-même j’ai observé un grand nombre de fois tous ces faits, et si je ne vous en offre pas le tableau, c’est que mon témoignage n'ajouterait aucun poids à toutes les preuves que je viens de vous donner.
Je ne m’arrêterai donc pas plus longtemps à vous entretenir de ce phénomène si singulier ; car vous pourrez vousmémes bientôt, si vous le désirez, vérifier mes assertions, puisque, comme je viens de vous le dire, la prévision est un des phénomènes fréquents qu’offre le somnambulisme.
J arrive, Messieurs, à vous parler du déplacement du sens de ta vue.
Je devrais ici rappeler à votre mémoire une partie des phénomènes mugnétiqnes dont je vous ai parlé dans ce cours; vous montrer comme ils s'enchaînent, et vous amener par degrés à ceux que je crois devoir vous faire connaître.
Si tout vous a semblé merveilleux, étonnant, dans ce que je vous ai raconté, combien ce qui va smvredépasse encore, s’il est possible, mes précédents récits.
Jusqu’à présent vous avez pu, en quelque sorte, lier vos idées, et même, à un certain point, vous expliquer les effets produits par le magnétisme ; mais ici tout semble échapper à notre jugement, nos lumières paraissent ne plus suffire, et cependant ce sont encore des phénomènes physiques que nos sens peuvent npprécier; mais, peu accoutumés à
COURS DE MAGNÉTISME
leur apparition, nous nous effrayons de leur existence ; et frappes de la vérité, nous voudrions que cette vérité n'existât pas, car elle vient déranger la marche de nos idées, et nous reporter vers un ordre de choses dont l'investigation semble se soustraire à nos moyens d'analyse.
Nous devons cependant en entreprendre l’étude, et considérer que toute découverte importante dans les sciences produit sur nous le même effet, jusqu'à ce que, familiarisés avec les phénomènes nouveaux, ils n'offrent plu6 rien qui nous paraisse contraire aux lois de la nature.
Ne vous étonnez pas, Messieurs, si dans cette circonstance j’accumule les citations : je le dois, car l'importance du phénomène ne me permet pas de vous dire seul: Jel’ai vu. Il faut un grand nombre rie témoignages pour justifier notre croyance, et vous donner quelque confiance en la réalité d’un fait, qui paraît inexplicable dans l'état actuel de nos connaissances.
L’esprit, dans l’extase, dit Aristote, s’élance, va au-devant des causes et des effets, en saisit l’ensemble avec la plus grande vitesse, et le confie à l'imagination pour en tirer le résultat futur. Les mélancoliques, à cause de la véhémence de leur tempérament, sont plus propres à ces opérations conjecturales.
Quintus, dans le traité De la divination de Cicéron, soutient « (tue tout est lié par un enchaînement éternel; que le p assé reproduit le présent, et que le présent est gros de l’avenir; que de même que la vertu de tout ce qui doit être produit est contenue dans les semences, de même les choses futures sont renfermées dans leurs causes; que ceux qui ont des visions eu songe voient distinctement cet enchaînement éternel de toutes choses, que la vaticination et les conjectures ne sont (pic le développement de celte chaîne. »
Tout ce qui se peut connaître de la nature est manifesté en nous.
■ L’homme, dit l 'éloquent Bnffon, réunit en lui toutes les puissances de la nature, il communique pur ses sens avec les objets les plus éloignés; son individu est un centre où tout se rapporte, un point où l’univers entier se réfléchit, un monde en raccourci. »
Cette grande vérité est aperçue dans tout son jour par la découverte du somnambulisme. Dans cet état singulier où la vie semble abandonner quelques parties de I individu pour en animer doublement d’autres points, notre corps parait être le jouet d’un être incompréhensible qui se plaît .à manifester sa puissance par les aberrations les plus choquantes des fonctions de nos organes et par l’exercice des sens, là où la nature semblait avoir tout fait pour ne point les y admettre et nous montrer qu’il est une autre lumière que celle en rapport avec nos yeux de chair.
Qu’ils sont blâmables, les gens qui, pénétrés de la vérité de l’existence du magnétisme, emploient leurs moyens à en restreindre la pratique (1), et combien ils sont aveugles ceux qui se refusent à tout examen ! Car si quelque chose aujourd'hui peut nous fournir de nouvelles lumières, s’il est une voie pour nous affranchir du joug des anciennes routines, c’est sans contredit l’étude des lois de la vie. Homme , connnis-toi loi-mime, avaient dit d’anciens philo-
(i) O! messieurs les médecins, quelle occasion vous ave* perdue! Le* homme* les plu* ambitieux en cherchent toute leur vie de pareille et ne la trouvent point ; ou, s’ils la trouvent, ils meurent contents en l'embrassant. Et vous, messieurs, elle vous cherche elle-même, et vous la repoussez! Ces hommes si avides de l’estime de leurs semblables se croient heureux quand ils peuvent montrer une fois, aux yeux de quelques-uns, un peu de supériorité, soie par le cœur, soit par l’esprit; et vous, messieurs, vous pouviez (ce qui ne se rencontre presque jamais) prouvera la fois et à tous, et votre cœur et votre esprit. Vous pouviez, en vous uionliant les amis généreux delà seule humanité, vous voir déférer le titre de réformateurs d'un art dont on vous a crus les esclaves; il ne fallait peut-être qu’un peu de patience et être équitables pour faire éclater les plus grandes lumières, et mériter le [dus grand honneur, Non, messieurs, non, cette occasion est passée pour ne revenir jamais.
COUKS DE MAGNÉTISME.
soplies. On a répété bien souvent cette inscription, mise sur la porte d'un temple, mais peu de personnes se sont livrées à cette étude, qui était, il est vrai, hérissée de difficultés. Aujourd'hui, cependant, il n'en est plus de même; nous pénétrons dans l'intérieur de notre organisation, nous tenons l'un des fils qui en font mouvoir les ressorts, nous pouvons assister à quelques-unes des scènes de la vie qui semblaient pour toujours devoir être soustraites à nos regards. Honneur, cent fois honneur à Mesmer ! il a soulevé le voile qui nous cachait plusieurs opérations de la nature. A Athènes, à Lacédémone, on eût élevé des autels à un tel homme : on l'a couvert de mépris et de ridicule; sa fortune, sa vie ont été exposées aux plus grands dangers ; il a subi le sort de Galilée poursuivi par le fanatisme de son siècle pour avoir soutenu le mouvement de la terre. On l'a traité de visionnaire, comme le célèbre Harvey, qui enseignait la circulation du sang; on l’a persécuté comme Christophe Colomb, tjui découvrit le nouveau monde; enfin ou l’a joué sur le théâtre comme Socrate, pour le faire haïr du peuple (t).
Je m’écarte de mon sujet. Messieurs; mais lequel d’entre vous resterait froid et insensible en présence d’une vérité qui lui serait démontrée, si cette vérité intéressait I hurnanité'tout entière. Car ce n’est pas seulement comme phénomènes physiques et physiologiques que les effets magnétiques nous sont utiles à connaître, mais c’est que de l’élude de leurs lois découle la connaissance des causes d’une fouie
(i) Ainsi tout grand bienfait, en naissant fut un crime,
Tout grand génie un fou, souvent une victime;
Et depuis Dieu, qui vint, subissant notre sort,
Instruire par sa vie et sauver par sa mort,
Jusqu’aux sages mortels dont les vives lumières Au jour de la raison ouvrirent nos paupières,
Toujouisle monde, sourd aux plus sublimes voix,
Eut pour ses bienfaiteurs des bûchers et des croix.
de maladies nerveuses dont le traitement, incertain par les procédés de la médecine ordinaire, devient facile et assuré par le magnétisme; et de nombreux faits nous prouvent cette vérité. C'est qu’avec celte étude nous sortons du cercle tracé depuis longtemps autour des connaissances de l’homme, cercle que l’on ne croyait pouvoir franchir, et nous trouvons enfin l’explication naturelle de beaucoup de phénomènes que notre ignorance nous faisait classer au rang des bibles.
Nous allons rencontrer partout des observations faites avec toutes les précautions convenables et par des gens pourvus des connaissances nécessaires, des observations qui vont justifier complètement les assertions que nous avons avancées sur le phénomène de la vue sans le secours des yeux.
Dans mon récit j’aurai soin de laisser parler les expérimentateurs eux -mêmes et de ne vous citer mes observations particulières qu’à In suite de leurs témoignages.
Voici un premier fait tiré de la Gazette de sanie, et qui est rapporté dans le Journal de Paris du 24 brumaire an XI V.
« Les journaux, dit le rédacteur, retentissent en ce moment des prodiges d’une femme somnambule de Lyon, qui, les yeux fermés, lit une lettre cachetée, devine la pensée et rend compte des sensations qu’ou éprouve, etc. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que cette femme est bien née, et que, soit à raison de son éducation, soit à raison de sa fortune, elle est au-dessus du soupçon de simuler ces étranges scènes. Au reste, les personnages les plus graves, les médecins les plus instruits, des savants estimés de Lyon, paraissent très convaincus de ces prodiges. »
Deleuze rapporte dans un mémoire sur la clairvoyance des somnambules l'historique que voici : « I.a jeune malade m’avait lu fort couramment sept ou huit lignes, quoique ses yeux fussent masqués de manière à ne pouvoir s'en servir;
COURS DE MAGNÉTISME
ensuite elle avait été obligée de s'arrêter, étant, disait-elle, trop fatiguée. Quelques jours après, voulant convaincre des incrédules qu’il ne pouvait mener chez lu somnambule, l'aitteur lui présente une boîte de carton fermée dans laquelle étaient écrits ces mots : amitié , santé, bonheur. Elle tint longtemps la botte dans sa main, éprouva beaucoup de fatigue, et dit que le premier mot était amitié, mats qu’elle ne pouvait lire les autres. Pressée de faire de nouveaux efforts, elley consentetdit en rendant la botte: — Jen’y vois pas assez clair; je crois cependant que ces deux mots sont bonté, douceur. Elle se trompait sur ces deux derniers mots ; mais, comme on le voit, ces mots avaient la plus grande ressemblance avec ceux qui se trouvaient écrits, et une pareille coïncidence ne peut pas être attribuée au hasard. » Voici des attestations récentes qui sont plus concluantes : M. Rostan, professeur à la Faculté de médecine, connu depuis longtemps par plusieurs écrits «pii ont fixé l’opinion publicjue sur son compte, pouvait craindre de perdre beaucoup de l’estime <]u’on lui portait en avouant les phénomènes de lucidité somnambulique; il n’a pas hésité cependant^ l’article Magnétisme dans le Dictionnaire de médecine en 21 volumes contient plusieurs faits extrêmement curieux et qui se rapportent à ceux dont je vous entretiens.
Ce médecin cite l’observation d’une somnambule qui lui a indiqué exactement, et à plusieurs reprises, l'heure que marquait une montre placée derrière sa tète.
Voici cette expérience :
Après avoir parlé des facultés somnambuliques en général, M. Rostan s’exprime ainsi :
« Mais si la vue est abolie dans son sens naturel, il est tout à fait démontré pour moi quelle existe dans plusieurs parties du corps. Voici une expérience que j’ai fréquemment répétée : cette expérience a été faite en présence de M. Ferrus. Je pris ma montre, qùe je plaçai à trois ou quatre
ponces derrière l'occiput. Je demandai è la somnambule si elle voyait quelque chose. — Certainement , je vois quelque chose qui brille ; ça me fait mal. Sa physionomie exprimait la douleur; la notre devait exprimer l'étonnement. Nous nous regardâmes, et M. Ferrus, rompant le silence, me dit que, puisqu’elle voyait quelque chose briller, elle dirait sans doute ce que c’était.
» — Qu est-ce que vous voyez briller? — Ah ! je ne sais pas, jene puis vousledire. — Regardez bien. — Attendez... ça me fatigue...Attendez... c’est une montre. Nouveau sujet de surprise. — Mais si elle voit quec’est une montre, dit encoreM. Ferrus, elle verra sans doute l’heure qu’il est. — Pourriez-vous dire quelle heure il est? — Oh ! non, cest'trop difficile. — Faites attention, cherchez bien. — Attendez... je vais tâcher. ..je dirai peut-être bien t heure, mais je ne pourrai jamais voir les minutes. Et aprèsavoir cherché avec la plus grande attention : — Jlest huit heures moins dix minutes. Ce qui était exact. M. Ferrus voulut répéter l’expérience lui-même, et il la répéta avec le même succès, il me fit tourner plusieurs fois les aiguilles de sa montre, nous la lui présentâmes sans l’avoir regardée, elle ne se trompa point. »
Georget affirme avoir observé une somnambule qui lui a présenté des phénomènes fort étonnants de prévision et de clairvoyance, tellement, ajoute-t-il, que dans aucun ouvrage de magnétisme, pas même dans celui de Pététin, je n’ai rien rencontré de plus extraordinaire, ni même dans tous les phénomènes que j’ai été à même d’observer.
Mettra-t-on en doute la bonne foi de ce médecin? Mais qu'avait-il à gagner en publiant ses observations, Rien que du mépris si le magnétisme ne triomphait pas; il n’a écouté aucune considération personnelle, et il a dit la vérité.
M. Rostan se rend garant de la véracité de son confrère; il dit : « Tout ce qu’a publié Georget, je l’ai vu, plusieurs des expériences ont été faites chez moi ; nous n’avions
COUIIS DK MAGNÉTISME.
d'autre but l’un et l’autre que celui de nous instruire. Nous apportions tous deux un esprit de doute. Si nous pensions qu’il eut été dupe, voudrions-nous partager un pareil reproche, et,s'd était un fourbe, pourrions-nous assumer une semblable complicité?
Cliarilel rapporte plusieurs exemples de vue sans le secours des yeux (1).
Voici l'un de ces faits :
« La somnambule, revenue à elle (elle venait d’avoir une syncope), me demanda de l’eau. J’allai sur la cheminée prendre une carafe; elle se trouva vide, je l’emportai pour la remplir dans la salle à mander, où j avais remarqué une fontaine filtrante; je tournai le robinet, l’eau ne vint pas; cependant la fontaine était pleine. J’imaginai qu'il fallait déboucher le robinet, et je me servis d’un rotin que je fendis : l'eau n’arriva pas davantage. Je supposai alors que le conduit aérien du réservoir était obstrué, et, comme il était fort étroit, il fallait de nouveau fendre le rotin pour l'introduire ; mais je n’eus pas plus de succès. Je pris enfin le parti de revenir avec une carafe pleine d’eau non filtrée. Ma somnambule étaitencore dans l'attitude où je l’avais laissée. Elle m’avait constamment vu, elle avait suivi tous mes mouvements et me les raconta sans omettre une circonstance; cependant il se trouvait entre elle et moi le salon et deux murs, et ma conduite contenait une foule de détails qu'on ne pouvait imaginer (2). »
Chardel ajoute ; « Je pourrais citer plusieurs autres
(i) Chardel, Psychologie physiologique, .l'édit , > 844** P-
(al Non, la vue de l ame ne dépend point d une étroite prunelle ; c’est une flamme vive, un feu qui s’élance, fend la nue et pénètre dans le vaste abîme de l’inconnu.
Illis viva ncies, nec pupula parva, sed ignis Trajector tiebulæ, va<ti et penetrator operti est.
Aurel. Prudence.
exemples de vue semblables et même à des distances bien plus considérables; mais les circonstances n’en seraient pas plus concluantes. •
Voici, Messieurs, des attestations données par des personnes non moins dignes de foi :
« M. Francoeur, mathématicien distingué, a lu en 1826, à la Société philomatique, un mémoire contenant les faits les plus curieux. S'étant trouvé aux eaux d’Aix en rapport avec des médecins respectables, et notamment le docteur Despine, médecin en chef de l’établissement, qui lui avait raconté avoir été témoin, pendant des mois entiers, du phénomène si singulier du déplacement des sens, qu’il croyait dans l’intérêt de la vérité devoir en rendre compte à la Société. ■>
Dans la première observation de ce mémoire, on y lit que la malade qui en fait le sujet avait la faculté de voir, d’entendre etd’odorer par les doigts.
La seconde observation est beaucoup plus curieuse; elle fut fuite sur la fille de M. "**, qui jouit de l’estime de toute la ville de Grenoble, où il vit retiré, et que la maladie de sa fille désolait extrêmement. Il faisait tous ses efforts pour cacher celte maladie et refusait toute visite de curieux.
Parmi les différents états que présenta cette malade, et que le docteur Despine décrit avec beaucoup de détails, il insiste particulièrement sur celui de somnambulisme. Je transcris textuellement le passage le plus positif sur la translation du siège de la vue (1) :
« Non-seulement notre malade entendait par la paume de la main, mais nous l’avons vue lire sans le secours des yeux, avec la seule extrémité des doigts, quelle agitait avec rapidité au-dessus de la page qu’elle voulait lire, et sans la
(i) Despine pète, De l'emploi du magnétisme animal et «Jet eau» minérales dans le traitement des maladies nerveuses, suivi d’une observation de guérison de névropathie, 1 840, t vol. in-8.
COURS DR MAGNÉTISME
toucher, comme pour multiplier les surfaces sentantes, lire, dis-je, une paye entière d’un rotnan de madame de Montolieu.
» Nous l’avons vue d’autres fois choisir sur un paquet de plus de trente lettres I une d’entre elles qu'on lui avait indiquée ; lire sur le cadran et à travers le verre l'heure qu’indiquaiL une montre ; écrire plusieurs lettres, corriger, en les relisant, des fautes qui lui étaient échappées; recopier une des lettres mot pour mot. Pendant toutes les opérations, un écran de carton épais interceptait de la manière la plus étroite tout rayon visuel qui aurait pu se rendre aux yeux.
» Les mêmes phénomènes avaient lieu à la plante des pieds et sur l’épigastre, et la malade semblait éprouver un sentiment de douleur par le simple toucher. »
Messieurs, vous trouverez encore des faits très circonstanciés de vue sans le secours des yeux dans un mémoire curieux dudocteur Del pi t sur deux affections nerveuses (1): « L'une des malades lisait, dit l’auteur, et lisait très distinctement lorsque ses yeux étaient entièrement fermés à la lumière, en promenant ses doigts sur les lettres. Je lui ai fait lire ainsi, soit au grand jour, soit dans l'obscurité la plus profonde, les caractères imprimés, en ouvrant le premier livre qui me tombait sous la main, et quelquefois des caractères écrits, en lui remettant des billets que j'avais préparés exprès avant Je me rendre chez elle. Était ce le sens du toucher qui suppléait alors à celui de la vue? Je l’ignore; mais j’affirme qu elle lisait très couramment en promenant ses doigts sur les lettres. »
Voilà certes un témoignage positif, et un témoignage rendu jmr un homme auquel de pareils faits sont venus se présenter sans qu'il les cherchât, sans qu'il se doutât même de la possibilité de leur existence, et qui, frappé de leur in-
(i) Bibliothèque médicale, t. LVI, p. 3o8.
vue SANS LE SECOURS DES YEUX. /j51
concevable singularité, n’a pris la plume que pour les consigner.
M. Delpit, dans des réflexions fort courtes placées à la suite de ces observations, invoque l’autorité de plusieurs auteurs connus, et particulièrement celle de Dumas. « Il y a cinq ans, dit cet auteur célèbre, qu'uue jeune personne du département de l’Ardèche, venue à Montpellier pour consulter les médecins sur une affection hystérique accompagnée de catalepsie, donna l’exemple d’un phénomène étrange. Elle éprouvait, pendant toute la durée de ses attaques, une telle concentration de la sensibilité vers la région précordiale, que les organes des sens y étaient comme entièrement fixés; elle rapportait à l'estomac toutes les sensations de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, qui ne se produisaient plus alors dans les organes accoutumés. Ce phénomène rare, observé chez une personne bien digne d’intéresser, fut un objet d'attention pour les médecins et de curiosité pour le public.
» Je ne me dissimule point, poursuivit M. Delpit, que les laits de ce genre, en opposition avec toutes les lois connues de la nature, ne doivent point obtenir sans difficulté ni sans restriction l'assentiment des esprits sages qui craignent d’être abusés; mais, si l’on multiplie les observations à cet égard, si l’on constate avec scrupule les moindres circonstances de chaque observation, il faudra bien reconnaître la possibilité d’un phénomène qui ne semble peut-être aussi merveilleux que faute par nous d’avoir beaucoup de faits auxquels nous puissions le comparer. »
Ces faits sont récents, et ils sont d’une telle nature qu’il n’était pas possible de se tromper. VoilA des témoignages rendus parties auteurs vivants et au-dessus de tout soupçon d’imposture.
On serait fort embarrassé de trouver les motifs de semblables assertions si les faits n’eussent pas été évidents;
452 COURS DK MAGSÉT1SMB.
d'ailleurs, ils se renouvellent à chaque instant. Voici une observation publiée dans la hazette de santé de septembre 1829 :
« Il y a en ce moment, dans les salles de M. Fouquier, une malade chez laquelle le magnétisme a développé des phénomènes curieux et quelquefois incroyables. Sans nous ranger parmi les amis du merveilleux.il est de notre devoir de tenir compte des faits quand ils sont authentiques. Or, ceux que nous allons rapporter ayant été observés par un grand nombre de personnes à la fois, nous croyons pouvoir les offrir à nos lecteurs comme dignes de toute leur confiance.
» La nommée Pétronille Leclerc, âgée de vingt-six ans, ouvrière en linge, était entrée à la Charité pour se faire traiter d’une affection cérébrale spasmodique. Épileptiforme, d’une constitution très nerveuse, pâle, épuisée par d’anciennes souffrances, excessivement irritable, elle avait éprouvé, à la suite d’accès de colère, un renversement en haut des globes oculaires, qui avait résisté à toutes les médications. Il vient â M. Sbire, qui la pansait, l’idée d’essayer l’ emploi du magnétisme. Il en fit la première application le 29 août dernier, la répéta plusieurs fois depuis. Voici les circonstances les plus remarquables cpii ont été notées et dont quelques-unes se sont passées sous nos yeux :
» Dans la première séance, la somnambule donne plusieurs preuves de lucidité. La personne qui l’avait magnétisée lui présenta quelques objets, tels qu’un flacon rempli, du sucre, du pain, qu’elle caractérisa parfaitement sans les voir. Elle avait un bandeau sur les yeux ; d’ailleurs, pour répondre aux questions qui lui étaient adressées, elle se tournait du côté opposé et s’enfonçait le visage profondément dans son oreiller. Sans être interrogée, elle dit à la même personne qui lui tenait la main : — Fous avez une douleur de tête. Le fait était réel ; mais, pour éprouver son embarras,
VUE SANS LE SECOLRS DLS YEIIX. /|53
l’élève lui répondit qu’elle se trompait. — Voilà qui est singulier, reprit-elle, j’ai touché alors quelqu’un qui avait une douleur de tète, car je l'ai bien senti. Elle distingua encore différents individus présents à l'expérience par quelques particularités de leurs vêtements. Une des circonstances les plus remarquables est celle-ci. Le magnétiseur s’était retiré en lui promettant de revenir vers cinq heures et demie pour la réveiller. Il devança l’heure de son retour ; la somnambule lui fit observer qu’il n’était pas cinq heures et demie; ce dernier lui répondit qu'une lettre qu’il venait de recevoir l’avait forcé de revenir auprès d’elle. — Ah ! oui, reprit-elle sur-le-champ, c’est cette lettre que vous avez dans votre portefeuille, entre une carte bleue et une carte jaune. Le fait se trouva de la plus grande exactitude.
» On lui plaça une montre derrière l’occiput, et on lui demanda l’heure: — Quatre heures six minutes. Il e'tait quatre heures sept minutes. »
Le numéro 17du même journal contient une note où l'on raconte que la même malade a eu, comme elle l'avait prédit, une inflammation assez intense de la bouche et de l'arrièrebouche avec salivation; elle a été accompagnée de constipation, ainsi que la somnambule l’avait annoncé.
Ces assertions feront beaucoup d'effet sur vous, Messieurs, lorsque vous saurez que les rédacteurs de ce journal furent longtemps opposés au magnétisme : les magnétiseurs n’étaient rien moins à leurs yeux que des empoisonneurs.
Voici un autre extrait de la Gazette médicale de Paris, 2 octobre 1832 :
a On observe en ce moment, à l’hôpital délia Vilta de Bologne, un phénomène de magnétisme animal fort extraordinaire. Il se trouve dans cet hôpital un malade qui, de trois jours en trois jours, est attaqué, à onze heures précises du matin, d'une convulsion tellement forte, qu’il perd entière-
COURS DE MAGNÉTISME
ment la faculté de percevoir des sensations : la vue, l’ouïe, l’odorat, disparaissent complètement ; les organes des sens ne font plus aucune fonction ; les deux mains se ferment si étroitement, qu’il est impossible de les ouvrir : eu employant la force, on briserait infailliblement les doigts. Cependant le docteur Cini, fils du peintre, qui lui donne des soins, a découvert, après de longues et attentives observations, que l’épigastre, à la distance de deux doigts au-dessus de l’ombilic, recevait, pendant la rrise convulsive, toutes les perceptions des sens au point de les remplacer. Si l'on parle au malade en touchant l’épigastre du bout du doigt, il répond, et, si on le lui commande, il ouvre les mains de lui-même ; si l’on place un corps sur l’épigastre, le malade en décrit la forme, l’odeur, la qualité, la couleur. Pendant le contact du doigt, la convulsion va en diminuant et semble disparaître ; mais, si l’on place le doigt sur le cœur, la convulsion se reproduit et dure aussi longtemps que le doigt conserve cette position. Si l’on joue de la flûte en touchant l’épigastre, le malade entend la musique, et lorsque, sans interrompre le jeu de l’instrument, le doigt quitte un instant l’épigastre pour se porter vers le cœur et revient immédiatement à l’épigastre, le malade demande pourquoi on cesse de jouer par intervalles.
» Les expériences ont été faites, dans les premiers jours de septembre, en présence des professeurs et des étudiants ; elles ont excité une surprise extrême. »
J’ai moi-même vu et fait constater ce phénomène, et c'est surtout parmi les gens les plus éclairés que je prenais mes juges.
Il y a une année au plus, traitant une malade somnambule, j’ai pu observer, pour la vingtième fois peut-être, le phénomène de la vision sans le secours des yeux. Une foule de personnes ont été témoins de cette singularité, car la malade se prêtait avec plaisir à ces sortes d’expériences. Cet
état de sommeil incompréhensible cessa au bout de quelque temps avec la muladie qui l'avait Fait naître, et la relation entière du traitement et des phénomènes observés n’a jamais été contredite.
Cette malade, traitée par d’habiles médecins de la capitale, notamment par M. Fouquier, ne fut guérie que par le magnétisme. (,e sommeil avait lieu au bout de quelques minutes de magnétisation.
Voici comment, dans sou somnambulisme, elle s'y prenait pour exercer son sens interne :
On appliquait sur son estomac ce qu'on voulait lui faire lire, en ayant soin de couvrir le papier avec la main. Bientôt son estomac se gonflait d’une manière sensible, et elle indiquait d’abord une lettre, puis une autre, et ainsi de suite jusqu'à la fin; mais, par une bizarrerie inconcevable, c’était toujours par la terminaison des mots que sa lecture avait commencé, et l’on était obligé de les recomposer; mais toutes les lettres et leur valeur étaient parfaitement exactes.
Elle assurait sentir, pendant cette opération, la présence d’une boule dans son estomac, qui la fatiguait beaucoup. Interrogée comment elle voyait, elle ne savait nous répondre : re n’était pour elle ni voir ni sentir, mais quelque chose entre ces deux états.
Elle portait elle-même, au centre épigastrique, les objets qu'on lui donnait à percevoir.
Un jour, on lui remit une tabatière bien fermée. Après l'avoir considérée avec attention, elle nous dit que cette tabatière contenait dans son intérieur un petit papier très petit. Tout le monde ignorait cette particularité, car la boite n’avait pas encore été ouverte depuis sa sortie de chez le marchand, et la personne qui venait de l’acheter ne s’était nullement préparée à une expérience. Mais la somnambule, continuant son opération, dit qu elle voyait quelque chose d’écrit sur ce petit papier ; elle traça avec ses doigts les
COURS OU MAGNÉTISME
chiffres 2 et 5 ; on ouvrit la botte et l'on trouva effectivement le papier, grand d’une ligne et demie, et dessus, les deux petits chiffres qu’elle avait assuré devoir s’y trouver (1).
Notre étonnement fut on ne peut plus grand, car cette expérience, dont le hasard seul était cause, était tout à fait concluante; pas un seul doute ne pouvait exister sur son résultat.
Ce n’est pas seulement en France qu’on observe ce phénomène, mais partout où l’on s'occupe du magnétisme animal.
Dans un écrit très curieux imprimé en Allemagne il y a quelques années, on trouve sur la même faculté des faits qui ne paraissent pas moins concluants, et ces faits sont également attestés par de bons observateurs (2).
L’auteur de l’ouvrage dont nous parlons, et témoin oculaire des faits qui y sont contenus, a joint à la relation qu'il a donnée celle de trois médecins distingués qu'il avait fait appelerauprèsdela somnambule, et ces trois relations s'accordent merveilleusement avec la sienne.
Voici quelques-uns des principaux faits de vue sans le secours des yeux :
La somnambule voit un papier écrit par M. le baron de Strombeck; elle indique que cet écrit contient deux alinéas et combien chaque alinéa contient de lignes.
J’allai chercher le papier, ajoute l’auteur, je comptai les lignes, et je frissonnai comme je l’aurais fait à la vue d'un spectre.
La même extatique voit à un étage supérieur, dans la
(l) Croyez-vous que lame ne voie que par les yeux et qu’elle soit circonscrite par la portée (le nos regards? Celui qui croirait de la sorte serait dans une grande erreur. • (Aiccl. Prcdksck.)
(a) Beaucoup d’ouvrages ont paru depuis quelques aunées, mais aucun n’a été tradait en français; plusieurs le méritent cependant, et pourraient nous épargner des recherches.
chambre de M. de Stromheck, et sur son bureau, une épreuve de son imprimeur, que lui-méme ne savait pas être apportée.
Elle indique la place de plusieurs objets situés derrière elle et dont on avait à dessein dérangé secrètement la position.
La malade indique, à la minute, l’heure que marque la montre du docteur Schmidt, qui ne se trouvait d'accord avec aucune de celles qui étaient dans l’appartement.
Elle indique que le docteur Marcard a de l'argent sur lui, dans une bourse longue, verte et rayée, telle qu’on n’en portait plus depuis longtemps; ce médecin ne portait cette bourse sur lui que depuis quelques jours, et il assurait ne l’avoir jamais tirée de sa poche hors de chez lui.
Si nous ouvrons l’ouvrage de Petetin, nous trouvons des phénomènes absolument semblables, et ce n’est plus sur une seule personne seulement qu’on les constate, mais sur sept femmes toutes tombant en catalepsie (1).
Une de ces cataleptiques distingue successivement plusieurs cartes que l’on avait glissées sous sa couverture et placées sur son estomac ; elle dit l’heure que marque une montre renfermée dans la main d’une personne, et reconnaît une médaille antique dans la main d’une autre personne.
Un autre jour, la même malade reconnaît une lettre placée sous la veste de Petetin, puis une bourse qui y avait été glissée par un incrédule, et indique le nombre de pièces d’or et d’argent qui se trouvaient de chaque coté de cette bourse. A la suite de cette dernière expérience, elle annonce qu’elle va dire successivement ce que chaque personne a de plus remarquable : ce qu’elle fait en effet. Elle aperçoit au
(i) Petetin, Électricité animale, prouvée parla découverte de* phénomène* physique* et moraux de la catalepsie hystérique, etc., 1808, I vol. in-8.
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travers d’un paravent que Petetin, en sortant, prend le manteau de son mari pour le sien, et le fait avertir de son erreur.
Une autre malade donnait des preuves de vision sans le secours des yeux non moins extraordinaires. Soumise aux expériences de plusieurs personnes, elle sut reconnaître un petit morceau de platine renfermé dans du papier, une botde de cuivre cachée dans un mouchoir, un cachet à trois faces tenu dans la main, et distinguer ce qui était gravé dessus ; sur l'une des faces était une devise en italien, écrite en si petits caractères, qu’il fallut à Petetin une grande attention pour la lire. La malade désigna aussi deux livres placés dans la poche d’un spectateur; enfin, elle lut une ordonnance renfermée dans un papier cacheté, et dit quel en était le contenu : une once de quinquina et un gros de valériane.
Le docteur Bertrand, qui rend compte de l’ouvrage de Petetin, fait les réflexions suivantes :
« Si Petetin n’a pas menti, dit-il, il faut franchement reconnaître que les malades dont il a consigné l'histoire avaient la faculté d’acquérir, sans le secours des yeux, la connaissance de la forme et de la couleur des corps, et, si les faits qu’il atteste ne sont pas vrais, non-seulement il faut qu’il ait menti, lui en particulier ; mais on est obligé de faire la même supposition relativement aux parents de ses malades, à Iriys amis et aux médecins, d’abord incrédules, et qui ont fini par se déclarer convaincus. Or, je ne crains pas de le dire, le concours d’un aussi grand nombre de témoins choisis parmi des personnes graves, éclairées, et qui n’avaient aucun intérêt à vouloir tromper; ce concours, dis-je, pour attester des faits qui ne seraient que d’insipides mensonges, offrirait le plus singulier phénomène moral : car l’ouvrage de Petetin renferme l'histoire de sept somnambules qui toutes ont présenté les mêmes phénomènes, et par consé-
quent il aurait fallu que ce merveilleux concours, pour une imposture inutile et pleine d'effronterie, se fût sept fois renouvelé, et cela est impossible à supposer. »
Il y a peu de temps, Messieurs, je ne craignis pas de m’exposer à convaincre un corps savant de la réalité du phénomène de la lucidité. Je convoquai un grand nombre de médecins pris dans le sein de l'Académie de médecine, je demandai que les expériences fussent faites au grand jour et de manière à ne laisser aucun doute sur leurs résultats.
Je vais vous citer quelques-unes des expériences qui furent faites dans cette circonstance.
Un jeune homme magnétisé par moi fut aussitôt endormi. On chercha à le faire lire, il déchiffra quelques mots, mais avec difficulté. Il contempla avec plaisir un portrait que lui présenta le professeur Adelon.
On plaça devant lui plusieurs jetons, dont un avait été choisi par un des expérimentateurs et magnétisé par moi; il le reconnut chaque fois que l’on fit celte expérience.
De deux vertes d’eau dont un était magnétisé, il prit celui-ci sans hésiter, quoiqu'on les eût changés déplacé de manière que je ne susse pus moi-raème lequel j’avais touché.
Dans cette même séance, le somnambule joua à l’écarté, successivement avec M. Adelon et avec M. Ampère, membre de l'Académie des sciences. Il lui arriva par moment de reconnaître les cartes sans qu’elles fussent retournées: enfin il vit plusieurs fois l'heure à la montre de M. Ampère, le cadran retourné de manière que le somnambule ne pût rien voir que le boîtier, et les aiguilles ayant été dérangées sans que personne ait jugé et reconnu leur direction.
En se retirant, ces inessieursme manifestèrent la satisfaction que leur avaient causée des expériences qui leur semblaient concluantes sur la plupart des points. Ils parurent
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désirer être de nouveau témoins des mêmes expériences, et je n'eus rien de plus pressé que de me rendre à leur invitation.
Dans cette nouvelle séance, à laquelle assistèrent de nouveaux témoins, le somnambule fut endormi en moins de quatre minutes ; des bougies allumées furent tenues à deux pouces de ses yeux pendant tout le temps des expériences, et l’on ne put jamais apercevoir le moindre mouvement des paupières dont les cils étaient entrecroisés; on lui ouvrit les yeux de force, et il ne se réveilla point. Ou remarqua que la prunelle était portée en bas et inclinée vers le grand angle de l'orbite.
Les yeux étant hermétiquement fermés, M.Ribcs lui présenta un catalogue qu’il tira de sa poche; le somnambule, après quelques efforts qui paraissaient le fatiguer, lut très distinctement ces mots : Lavater, il est bien difficile de connaître les hommes. Ces derniers mots étaient imprimés en caractères très fins.
M. Bourdois tire de sa poche une tabatière sur laquelle était un camée encadré en or ; le somnambule ne put d’abord le voir distinctement : le cadre d’or l’éblouissait, disait-il. Quand on eut couvert le cadre avec les doigts, il dit voir l’emblème de la fidélité; pressé de dire quel était cet emblème, il ajoute : " Je vois un chien, il est comme dressé devant un amour. » C’était là en effet ce qui s’y trouvait représenté.
On lui montre une lettre fermée; il ne peut rien découvrir du contenu, il suit seulement la direction des lignes avec les doigts ; mais il lit fort bien l’adresse, quoiqu'elle contienne un nom fort difficile, à M. de Rokenstroh.
Toutes ces expériences ayant fatigué le somnambule, on le laissa reposer un instant. Puis on lui proposa de jouer aux cartes, ce qu’il fit avec la plus grande dextérité. On essaya plusieurs fois de le tromper en jouant une carte autre
VUE SANS LE SECOURS DES YEUX. frfll
que celle que l’on annonçait; mais toujours il recounut la fraude. Il en était de même pour les points que marquait son adversaire : il releva plusieurs fois des erreurs que ce dernier faisait exprès pour exciter la sagacité du somnambule. Pendant tout ce temps on n'avait cessé d’examiner les yeux et de tenir auprès deux une lumière, et toujours on les vit exactement fermés.
Le procès-verbal constatant les faits dont je viens de vous donner connaissance a été dressé et signé par les personnes présentes sans aucune réclamation, tant l'évidence des faits paraissait grande.
On ne peut ouvrir un ouvrage traitant du magnétisme sans y rencontrer de nombreux exemples de vue sans le secours des yeux. Ne voulant point en remplir mon livre, j'extrais seulement quelques faits publiés dans celui du docteur Pigeaire (1) :
M. le docteur Fillassier rapporte le fait suivant :
« Je pris ma montre avec la plus grande précaution; je l’applique, cachée dans la paume d’une main, sur le front de la somnambule; de l’autre main je lui tenais les yeux fermés. — Qu'ai-je dans la main? — Une montre. — Voyez-y l’heure. — Je ne puis. — Voyez-la. — La grande aiguille est sur six heures et la petite après le 7 . Il était sept heures et demie. Cette expérience fut répétée avec le même résultat après avoir déplacé les aiguilles. •>
Une expérience semblable fut faite par M. Broussais chez le docteur Foissac. Après avoir vu lire Paul Villagrand, dont les paupières étaient bien closes, M. Broussais écrivit dans un coin un petit billet; il appliqua ensuite ses doigts sur les paupières du somnambule et donna le billet à
(O Pigeaire, Puissance de rélectricité animale , ou du magnétisme vital, et de scs rapport* avec la physique, la physiologie et la médecine, 183$, I vol. in*8, p. 206 à 2» 5.
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M. Frapart, et lui dit de le présenter à Paul (Villagrand. Celui-ci lut sans hésitation les trois lignes écrites. Le professeur Broussais voulut conserver ce billet comme un monument de la victoire remportée sur son incrédulité.
Neuf membres de l’Académie royale de médecine : MM. Bourdois de la Motte, Fouquier, Guéneau de Mussy, Guersant, Husson, (tard, Leroux, Marc, Tliiilaye, composant la commission de 1826, constatèrent de pareils phénomènes. » Nous avons, disent-ils dans le rapport de 1831, vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux; ils ont désigné , sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard : le phénomène a eu lieu, alors même qu’avec les doigts on fermait l ouverture des paupières. »
Nous avons cité un fait analogue, observé par M. Jules Cloquet.
M. le docteur llainard, dans sa thèse sur le magnétisme, dit : » Je lins à la dérobée ma montre près de l'occiput de Juliette étant en somnambulisme, et lui demandai: — Qu'estce que je vous présente? — Quelque chose de rond et de plat, blanc d’un côté... c’est une montre. — Quelle heure est-il ? — Huit heures se/ 1 minutes. Celte expérience eut lieu en présence de MM. Julien, avocat. Briard, Delcroix, Jouane et Berna, médecins. »
Le 3 mars 1836, à Itochefort, M. le docteur Godineau a magnétisé M. Albert, sous officieruu \U' léger. Le somnambulisme est survenu; plusieurs phénomènes magnétiques se sont manifestés, entre autres le suivant. On a placé successivement sur l’épigastre du magnétisé deux montres marquant des heures différentes ; le somnambule a parfaitement déclaré l'heure que marquait chacune des deux montres. Ce fait a été attesté par MM. BoufTard, Giral, M. Viahd, Derussat, Braud, Brillon, Achermann, Guillar-
don, Fouquet, Thibault, membres du cercle de Rochefort, qui ont signé au procès-verbal.
Vers la findel’annéc 1836, M. Jobard, de Bruxelles, étant à Verviers, citez MM. HougctetTeston, ingénieurs, magnétisa le fils de M. Houget, âgé de quinze ans, en présence de ses parents et de son précepteur. Le jeune homme tomba en somnambulisme et manifesta tout de suite la lucidité la plus étonnante. Il lisait, les yeux bandés, avec la plus grande rapidité. M. Teston, très incrédule alors, appliqua même ses doigts sur la serviette pliée en huit doubles, qui recouvrait les yeux du somnambule; ou mit en outre un diaphragme entre sa tète et les objets qu'on lui présentait. Il désigna constamment ces objets : « Un bas de laine avec les aiguilles ; — un livreallemand (dont il lut deux phrases); — mon Berquin. » M. Teston sortit sa montre, la plaça à l’occiput du jeune homme : — Quelle heure est-il? — Huit heures huit minutes. Cétait exact. Je tiens ces détails de M. Jobard et de M. Teston lui-méine. Ils ont été au reste insérés dans le Courrier belge du 8 juin 1838.
M. le docteur Florent Cunier écrit des eaux de Vichy, au mois de septembre 1837, à l’un de ses amis, une lettre renfermant un grand nombre de laits magnétiques. Il rapporteque M. Caries, médecin à Carcassonne, magnétisait un enfant atteint de cburée ; il devint somnambule. Un jour ce médecin, après lui avoir fermé les yeux, lui présenta à . l’épigastre le tome lit du Journal de médecine et de chirurgie pratiques. L’enfant lut : « M. Bieschet, chirurgien à b Hôtel- Dieu, avait fait prendre à un malade , etc. »
M. Despine père, inspecteur des bains d’Aix en Savoie, écrivit à l’Académie de médecine, au mois d'avril 1838, et cita trois exemples de transposition des sens, dont deux ont été insérés dans les bulletins de l'Académie, t. II, p. \ U :
1° Le fait de mademoiselle Pigeaire , qu’il tient de M. Broussonnet fils, agrégé à la faculté de Montpellier.
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2“ Celui de Sophie Laroche, f|ui voile t lit, sent, goûte et touche par les pieds et les mains.
M. le docteur Dcspine cite, en témoignage de ce fait, MM. les docteurs Mercier, Rome, Aymard (Sylvain), Reymond (Asphée) et M. Pagès, ancien sous-préfet de la Tonrdu-Pin, et mille autres.
M. le docteur Aymard (Sylvain) de Grenoble, dans son opuscule intitulé : Le Loup et (Agneau, ou t Académie de médecine et mademoiselle Vigeaire, rapporte le dernier fait cité par M. Despine, et celui d'une autre somnambule qu'il a guérie, par lemagnétisme seul, d’uneinaladie désespérée. « Cette somnambule ne voit que confusément les objets qu’on lui présente au creux de l’estomac, siège accidentel de la vision, tandis qu elle entend parfaitement par le bout des doigts, et voit très clairement, sans qu'on sache comment, les corps qui sont éloignés d'elle. « Il est inutile, ajoute M. Aymard, d’insister sur des faits qui se popularisent tellement en France, que bientôt les incrédules ne se trouveront plus que dans le sein de l’Académie de médecine. •
M. Defer, docteur en médecine , à Metz, a publié en 1838 l’histoire d’une somnambule magnétique qui était insensible aux décharges électriques les plus fortes; la paralysie de l'ouïe était complète. « Elle restait immobile aux coups de fusil tirés prèsde son oreille. Quoique ses yeux fussent recouverts d’une feuille de coton, et, par-dessus, d’un bandeau plié en plusieurs doubles, elle jouait-aux cartes et aux dominos avec une admirable précision. Ou remarqua que lorsqu’elle était obligée de chercher dans les dominos restants, ce qu’on appelle vulgairement piocher, elle prenait toujours le domino qu’il lui fallait, et le plaçait comme il devait être, sans le retourner. »
Vingt personnes qui avaient procédé elles-mêmes aux expériences, parmilesquelles on compte des professeurs, un
Vte SANS LE SECOURS DES VEUX.
général, des chefs d'escadron d'artillerie, des capitaines de génie, des médecins, des notaires, ont constaté ces faits, et signé un mémoire déposé aux archives de l’Académie royale de Metz.
« J’ai fait, m’a dit M. Jobard, insérer dans les journaux la proposition suivante : Que l’Académie de médecine de Paris envoie à l’Académie de Bruxelles un tube de porcelaine ou de métal fait d’une seule pièce, et dans lequel on aura mis un objet quelconque d’une forme déterminée, et dont le nom soit connu. Cet étui sera en outre recouvert de cachets, il me sera remis, et je le rendrai intact après avoir désigné ce qu’il renferme. ■>
M. Ricard, de Bordeaux, fit directement la même proposition à l'Académie de médecine. Il avait pensé, avec juste raison, que le seul fait à vérifier, était l existence de ta vue sans le secours des yeux, c’est-à-dire, la vision manifestée, soit par l’occiput, ou tout autre point différent du sens anatomique de la vue, ou la désignation d’uu objet renfermé dans une boite. M. Ricard n’a pasété admis au concours ; MM. les membres de la commission du magnétisme avant assigné la lecture sans le secours des yeux et du toucher.
Cette épreuve devieut cent fois plus difficile que la première. Pour lire, il faut distinguer les caractères, les assembler, former les mots et en traduire le sens. L’accomplissement de ce fait se compose et du travail de la vision et d’une opération intellectuelle. La gêne où la somnambule sera mise, la moindre question déplacée, le plus petit soupçon d’un assistant sur sa bonne foi ou sur celle de la personne qui magnétise, la tension d’esprit de cette dernière dans une épreuve faite avec solennité, peuvent facilement les troubler l'un et l’autre, et empêcher la lucidité de se manifester.
M. Cbardel, conseiller à la cour de cassation et ancien député de la Seine, rapporte le fait suivant : >■ La femme de chambre de l'épouse d’un conseiller à la Cour royale, étant
COURS UE MAGNÉTISME
en somnambulisme magnétique, et éprouvant du malaise, demanda du vin vieux. Le conseiller prit un flambeau, et sortit pour en aller chercher. Il descendit le premier étage sans accident; mais la cave étant située assez profondément au-dessous du sol, les marches étaient humides, il glissa à moitié de l'escalier, et tomba en arrière sans se blesser, et même sans éteindre la lumière qu'il tenait à la main. Cela ne l'empécha pas ensuite de continuer saroute, et de remonter avec le vin demandé. 11 trouva sa femme instruite de sa chute et de tous les détails de son voyage souterrain ; la somnambule les lui avait racontés à mesure qu'ils étaient arrivés.
« Je pourrais, ajoute M. Ghardel, citer plusieurs autres faits semblables qui me sont personnels. »
M. le docteur Paul Gaubert a fait insérer dans le Moniteur parisien du 27 juillet 1839, deux cas de vision de la même nature que les précédents. Le premier a été observé chez un enfant de quatorze ans, qui, dans ses accès de somnambulisme, voyait par la main, a Les papiers sur lesquels nous avons écrit les questions les plus imprévues oui été lus par le somnambule, à la lumière, dansles ténèbres, avecou sans bandeau sur les yeux. M. Encontre, docteur eu médecine et professeur à la Faculté théologique de Montauban, MM. les docteurs Roux et Heyuaud, ont été témoins de ce phénomène, ainsi que les habitants les plus notables de la ville.»
Le second fait a été observé par MM. les docteurs Gaubert de Cloye, Ropton de Courtalain, Salis de Vendôme, chez M. Mercier, à Aaron.Sa domestique, qui est le sujet observé, est douée de la seconde vue. Elle désigne ces trois messieurs, arrivés inopinément chez M. Mercier, avant qu ils entrent dans la pièce où elle se trouve. • Je cache, dit M. Gaubert, dans ma main, un petit flacon recouvert d'un papier, et je lui demande ce que ce peut être. — C'est une bouteille . — Quelle espèce d’eau contient-elle? — C'en est pas de l'eau, c’est
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une poudre blanche. — A quoi sert cette poudre? — C'est de lapoudre aux vers (c était du calomel anglais).
» Je remets ce flacon daus ma poche ; j'en prends un autre, et je lui fais les mêmes questions ; elle me répond que c’est encore une petite bouteille qui contient une poudre blanche ;eiie ne peut en dire le nom. — Est-ce de la farine? lui demanda sa maîtresse. — Quelle bouillie vous feriez avec cette farine! répondit-elle vivement avec un sentiment d’horreur. — C'était de l'émétique.
s La somnambule d’Aaron a répondu avec la même justesse, dans plusieurs séances, à une foule de questions. »
Le Ie' juillet 1839, à Mous, et à la sortie d’une séance magnétique, madame Mugauden, âgée de dix-neuf ans, tombeen somnambulisme. Elle devine tous les objets cachés qu’on lui applique au front et sur la main. Elle lit les mots Idjieze t Thélésie écrits au milieu de deux feuilles de papier ; elle éprouve de la répugnance pour les pièces d’or qu’on tient dans la main fermée et qu’on approche d’elle ; cette répugnance est moins forte pour le cuivre; l’argent seul ne lui fait éprouver aucune antipathie.
On lui remit dans la main une botte; elle ne tarda pas à dire qu’t'/j' a dedans une bague d’émail avec un chien. On lui représente la même boite, elle dit qu’elle renferme une petite bague appartenant à sa sœur. « Ses doigts semblaient voir et étaient toujours en mouvement : de temps en temps elle les irritait avec l'ongle de son pouce. On lui demanda pourquoi elle faisait cela, elle répondit que ses doigts s’usaient (1). 6
Elle lut un mot, dit les chiffres qu’on traçait loin d’elle, indiqua deux portraits en miniature enfermés dans une boite, désigna tous les inouvementsque faisait une personne hors de son aspect, etc., etc.,
(i) Mademoiselle Pigeaire, pendant la lecture, les humectait de salive et les mordait souvent à la pulpe.
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Madame de Félix de la Mollir, qui s'est acquis un nom distingué duns la littérature, mère de madame Mahauden, dont la lucidité est si étonnante, dressa un procès-verbal des faits observés chez la somnambule. Il u pour titre : V ue sans le secours des yeux ni du toucher. — Vue dun étage à C autre au travers des murs. — V ue et lecture par les doigts. — Connaissance des pensées. — Automatisme ou rapports physiologiques des magnétiseurs aux magnétisés.
Membre de l’Académie du iluinault, madame de la Mothe fit la lecture de son procès-verbal en séance académique. Après avoir écouté silencieusement les phénomènes racontés par la lectrice, les membres présents restèrentstupéfaits; mais, à la sortie de la séance, les têtes les plus fortes demandèrent h leurs voisins s’ils croyaient quelque chose des faits cités pnr madame de la Mothe? « Nous n’en croyons rien du tout, disaient les esprits forts; ce sont des çontes faits à plaisir, etc. »
Je ne veux pas, Messieurs, prolonger des récits de faits qui sont tons identiques ; je vous ai cité assez de témoignages pour vous faire croire à leur possibilité, car, s’ils étaient rejetés, il faudrait mettre également en doute les phénomènes de la nature les plus positifs, les plus avérés, et notre esprit de doute a des bornes lorsque nous avons à juger des phénomènes physiques. Nous ne pourrons donc récuser les effets magnétiques, puisqu'ils ne sortent pas du domaine des choses positives.
Opinions des auteurs sur les causes du somnambulisme naturel.
Sans nous faire le défenseur du somnambulisme artificiel, nous en admettons l’existence, et reconnaissons pour vraies toutes les merveilles que nous avons racontées dans plusieurs leçons de ce cours. La découverte s'en est faite, elle ne te perdra pas; le temps la mûrira, et, semblable
au ruisseau qui ne devient limpide qn après avoir roulé dans les sables et y avoir tléposé son limon, ainsi le mesmérisme, roulant à travers les contradictions de l'intérêt ou à travers les critiques de la fausse science , le mesmérisme déposera tout ce que la jalousie lui a suscité d’ennemis, tout ce quelle lui a prété de ritlicules, tout ce qu’elle lui a supposé de dangers, et, épuré par le temps, il renaîtra dans tout l’éclat dont est susceptible une si belle découverte; les passions qui l'ont poursuivi s’éteindront, et, forcée à se taire, la postérité accueillera avec empressement tous les secours dont on se refuse à reconnaître aujourd'hui tous les avantages.
Messieurs, on a cherché la cuuse du somnambulisme naturel dans la dépravation d’une des quatre humeurs fondamentales. Dans l’état du cerveau, ou a cru reconnaître la cause immédiate du somnambulisme dans la tension ou la rigidité des fibres de cet organe.
Sennert voulait en trouver la source dans l’action d’une vapeur narcotique qui assoupissait les sens.
Musitan s’appropria cette idée en l'étendant, et crut trouver l’explication naturelle du somnambulisme dans l'existence d’une vapeur semblable à celle qui agite les gens ivres. Mais on s’aperçoit combien toutes ces explications sont peu satisfaisantes.
Dans le xvt* siècle, on donnait le nom de mal-boptisés aux somnambules, parce qu'on croyait que cette affection avait sa source dans l’oubli de quelque parole sacrainenlale ou d’une autre cérémonie lorsque le prêtre les buptisail.
Horstius ne fait pas difficulté d’admettre dans le somnambulisme plusieurs phénomènes hyperpliysiqucs ou divins, parmi lesquels il compte un esprit plus pénétrant, une intelligence plus élevée dans les somnambules que dans les gens éveillés. Mais tout cela ne dit pas quelle est la cause du somnambulisme.
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Cet état paraît être une modification du sommeil. Il n'y a pas de somnambulisme sans sommeil.
On pourrait même njouter qu’il n’y a pas de sommeil sans somnambulisme, et que tout homme est né somnambule.
Celte proposition, qui parait un paradoxe, n’est pas moins incontestable, pourvu qu’on ne se presse pas de donner trop d’extension au terme de somnambule. Le sommeil parfait est un temps de repos pendant lequel les sensations sont réduites à un état de concentration qui ne laisse paraître au dehors aucun autre signe de vie que la respiration et le mouvement du pouls.
Le sommeil imparfait est celui où cette concentration n’est pas complète, de manière qu’il laisse encore quelques accès au jeu extérieur des organes. Il est rare qu'on jouisse de la première espèce de sommeil.
Dans le sommeil le plus profond et le plus heureux, la personne endormie conserve une portion de veille
Le commun des hommes pousse plus loin le somnambulisme, puisqu'il y a une infinité de personnes qui parlent en dormant, font des gesticulations, tiennent des discours d’une longue étendue, adressent la parole à ceux dont elles se croient environnées (1).
Ces singularités sont si ordinaires, qu’il n’v a presque
(i) » n ns un de mes rêves, dit \ oll.lire, je .onpni* avec M. Touron, qui faisait les paroles et la musique des vers qu’il nous chantait. Je lui Hs ces quatre vers dans mon sonj’e :
Mon rher Tonton, que tu m'enchantes
Par la douceur de tes accents!
Que tes vers sont doux et coulants !
Tu les fais comme tu les chantes.
n Dans un autre rêve, je récitais le premier chant de la Hcnriadc tout autrement qu il n’est ; je rêvais qu'on nous «lisait des vers à souper : quelqu'un prétendait qu’il avait trop d'esprit ; je lui répondis que les vers étaient une fête qu’on donnait n I Aine, et qu’il fallait des ornements dans les fêtes, h
pas de famille où l’un n'en rencontre quelques exemples.
Hippocrate l’a reconnu, et s’exprime à ce. sujet en termes formels.
Aristote en fait aussi mention d'une manière non moins précise : Suut enint quidormienteselambula.nl, videntes en modo quo vigilant.
Galien, qui avait refusé de croire à l’existence du somnambulisme, en fut convaincu par sa propre expérience, lorsqu'il lui arriva de dormir en marchant pendunt la nuit.
Diogène Laërce rapporte, dans la Vie de Pyir/ion, que le philosophe Theon se promenait en dormant, et qu’un esclave de Périelès se levait nu milieu de son sommeil et parcourait les toits tout endormi.
Lorsque le somnambulisme acquiert quelques nuances déplus, il produit des choses extraordinaires.
C'est alors que l’on voit le dormeur écrire, travailler, ouvrir les portes, etc. •
Ce qui nous ramène à cette proposition. Que tout dormeur est en somnambulisme commencé ; que quiconque se livre au sommeil est dans un état prochain du somnambulisme, qui doit se développer d'une manière plus ou moins frappante en raison de lu constitution physique du dormeur, de la nature de la maladie, etc.
De là il est aisé de concevoir qu’un malade déjà |>orté, ou par tempérament ou par la nature de sa maladie, à un somuambulisme un peu prononcé, est susceptible de recevoir, avec le sommeil magnétique, une plus grande détermination vers le somnambulisme; que le somnambulisme soit salutaire ou non, toujours est-il vrai qu’il est une des dépendances du sommeil, qu'il s introduit avec lui et qu’il doit par conséquent se développer plus ou moins, et c’est ce que nous voulions établir.
Je vous ai fait connaître toutes les nuances du sommeil magnétique et naturel.
Ce sont ces merveilles qu'il me reste à rendre concevables ; mais il est des problèmes qu'on ne peut résoudre qu a la faveur de suppositions : les conséquences que l’on en tire, si elles sont justes, découvrent l'inconnu, et la solution est admise si les suppositions dont elles dérivent peuvent être rigoureusement démontrées.
Voici les explications que des magnétiseurs modernes ont hasardées pour rendre raison des effets du magnétisme animal. I Is sont loin de donner pour fondées, dans tous leurs points, ces explications; ils pensent même que plusieurs sont erronées ; mais les erreurs se rectifieront à mesure que l'on avancera dans la science et que de nouveaux faits viendront l’éclairer.
Théories des magnétiseurs modernes sur les causes du somnambulisme naturel.
• Nous pensons, ont-ils dit, que tous ces phénomènes appartiennent au système nerveux, dont toutes les fonctions ne nous étaient point encore connues; que c’est à une modification, à une extension de ce système et de ses propriétés qu'on doit attribuer les effets dont nous parlons. »
» Dans l'état actuel de la science, tout porte à considérer le cerveau comme un organe sécrétant une substance particulière dont la propriété principale est de transmettre ou de recevoir le vouloir et le sentir. Cette substance, quelle quelle soit, parait circuler dans les nerfs, dont quelques-uns sont consacrés au mouvement (à la volonté) ; ceux-là partent de l'encéphale ou de ses dépendances et vont se rendre aux extrémités, les autres au sentiment; ceux ci vont se rendre à l'encéphale : les premiers sont actifs et les seconds passifs.
» On peut aujourd’hui regarder ces propositions comme démontrées.
» Lorsque nous voulons mouvoir un membre, notre cer-
veau envoie au muscle destiné à exécuter ce mouvement une certaine quantité d’agent nerveux qui détermine la contraction musculaire; cette transmission se fait au moyen d’un nerf que l’anatomie démontre ; et, si nous le coupons ou si nous en faisons la ligature, il nous devient impossible d’exécuter le mouvement, il y a paralysie. Ix» même phénomène a lieu pour les nerfs du sentiment; si on les détruit, la sensibilité est anéantie dans la partie d'où ils procèdent. Ces frfits, connus de temps immémorial, sont incontestables et généralement adoptés. Ils avaient fait penser que la fonction île l’innervation était une véritable circulation. Il y avait des vaisseaux nerveux afferents, c’étaient ceux de la volonté; ilyen avaitd’e//c>ents,c’étaientceuxdela sensibilité.
» Les travaux récents de M. Bogros semblent prouver matériellement ce que le raisonnement avait fait admettre.
» Mais de quelle nature est cet agent? Les nouveaux travaux de MM. Prévost et Dumas portent à croire que cet agent a la plus grande analogie avec le fluide électrique. Ces physiologistes ont démontré que la contraction musculaire était le résultat d’une véritable commotion électrique.
» Le savant professeur Béclard assurait qu'nyant mis A nu et coupé un nerf d'un assez gros volume sur un animal vivant, il avait fait souvent dévier le pôle de l’aiguille aimantée, en mettant en rapport ce nerf et cette aiguille.
» Tout le monde sait que le galvanisme substitué à l’influence nerveuse fait contracter les muscles qu’on soumet à son action. On sait comment Galvani et Voila virent et prouvèrent l’existence d’un fluide particulier, que plus tard on a reconnu pour être le même que l’électricité. »
On sait aussi que certains animaux ont la singulière propriété de sécréter, au moyen d’un appareil que la nature a disposé pour cela, une grande quantité de fluide électrique, avec lequel ils donnent de fortes commotions; commotions quelquefois si violentes, quelles peuvent tuer,
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à une certaine distance, d'autres poissons ; ou même des hommes.
Le gymnote électrique, le Silurus electricus, le Tetraodon, le Torpédo unimaculata, marmorata , et beaucoup d’autres, possèdent celte faculté.
On est parvenu à apprécier la quantité et la qualité de leur fluide élecirique, au moyen d'électroscopes et d électromètres très sensibles; on s'est assuré que ce fluide était sécrété par le cerveau de ces animaux, puisqu'en enlevant celui-ci ou les nerfs qui se rendent à l'appareil, on anéantissait les effets électriques, ce qui n’avait pas lieu en enlevant les organes de la circulation.
“ *"»4jle»tbien démonlréque, dans quelquesnnimaux, lÿ cerveau sôt rèie du fluide électrique; que la contraction musculairepcut avoir lieu par un excitant électrique, etc. ; considéilnionsqui nous font fortementprésumerque l'agent nerveux est du fluide électrique, ou un fluide ayant avec celui-ci une grande analogie.
• Nous passons sous silence les preuves que l’on pourrait tirer de Y acupuncture et du perkinisme. »
Vous le voyez, Messieurs, toutes ces probabilités sont puissantes, et peuvent faire admettre lu circulation d’un agent nerveux (1).
« Mais cet agent ne s'arrétepas aux muscles ou à la peau, il s'élance encore au dehors avec une certaine force, et
(1) ■ J*ai toujours été, je l’avoue, très porté à penser que l'électricité modifiée par l’action vitale est l'agent invisible qui parcourt sans resse le système nerveux... « (Cabasis.)
■ Les êtres organisés, et spécialement le corps de l'homme, composés par l'assemblage d’un grand nombre de substances hétérogènes en contact, nous présentent de véritables appareils électriques compliqués, dans lesquels le principe dont les nerfs sont les conducteurs semble agir d'une manière analogue à relie de l'électricité. »
(Physiologie de llicheraod, i8ï5, t. II, p. a63.)
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forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse, une sphère d’activité absolument semblahleàcelledescorpsélectrisés. »
Cette opinion est celle des plus habiles physiologistes de nos jours, Reil, Aulenrieth et M. de Humboldt.
Dès lors, tous les phénomènes du magnétisme nous semblent susceptibles d’uue explication plausible.
L'atmosphère nerveuse, active, du magnétiseur, augmentée sans doute par l'impulsion que lui donne sa volonté, « se mêle, se met en rapport avec l'atmosphère nerveuse, passive, de la personne magnétisée, » et vient augmenter cette dernière, à tel point que, dans certains cas, il semble y avoir une véritable saturation du système nerveux, susceptible, lorsqu’il y a excès, de se mettre, par des décharges, en équilibre avec les corps umhiants; et l’on ne pourrait expliquer par une autre hypothèse les secousses qu’éprouvent par fois les magnétisés.
Le système nerveux du magnétisé, ainsi influencé, et éprouvant des modifications en raison de sa sensibilité particulière , expliquerait toutes les perturbations que l'on observe, et rendrait parfaitement raison de la communication des désirs, de la volonté, des pensées même de celui qui magnétise.
« Ces désirs, cette volonté, étant des actions du cerveau, celui-ci les transmet nu moyen des nerfs jusqu’à la périphérie du corps et au delà. » Et pourquoi ce principe ne conserverait-il pas chez le magnétisé quelques-unes de ses propriétés? C’est ce que nous croyons en particulier.
« Dans cet aperçu, nous n’avons peut-être pas dévoilé le vrai mécanisme de lu production des effets magnétiques. Cependant notre hypothèse, qui ne s’éloigne pas beaucoup des faits physiologiques et physiquesgénéralement adoptés, expliquerait d'une manière assez satisfaisante la majeure partie des innombrables effets que produit ce que l’on appelle le magnétisme animal, et peut-être sera-t-on conduit
COURS DE MAGNÉTISME
un jour, par cette voie, à la révélation complète des mystères les plus admirables de la vie animale. »
Cette explication est due en partie au professeur Rostan ; niais, Messieurs, on peut «lire dès à présent qu' elle n’est pas entièrement fondée : le magnétisme a une autre manière de procéder, un autre mode d’action; et d’ailleurs, le magnétisme n’est pas le somnambulisme (1).
Mais cependant, d’après tout ce qui précède, on peut reconnaître que le magnétisme n’est pas un remède contre nature, qu’il est au contraire la nature elle-même, la nature augmentée et dirigée, la nature en plus.
Résumé. — Messieurs, je ne me suis pas appesanti sur une multitude de phénomènes que présentent le magnétisme et le somnambulisme. Je n’ai voulu, jusqu’à présent, que vous donner le goût de l’étude de cette découverte, en vous signalant les phénomènes merveilleux qui s’offrent à
(l) Des qu’on admet dans les volontés créées une puissance d’agir sur les corps et de les remuer, il est impossible de lui donner des bornes, et cette puissance est indéfinie. En effet, • dans le mesmérisme, l'instinct animal monte au plus haut degré admissible dans ce monde. Le clairvoyant eut donc un pur animal, sans aucun mélange matériel ; ses operations sont celles d'un esprit. Il est semblable à Dieu ; son regard pénètre tous les secrets de la nature. Si son attention se fixe sur des objets de ce monde, sur sa maladie, sa bien-aimée, ses amis, ses parents, ses ennemis; en esprit, il les voit agir, il pénètre les causes et les suites de leurs actions; il devient médecin, prophète, devin, etc. »
(Ockhk, Instructions sur la philosophie de la nature.)
• Les facultés des somnambules sont des mystères qui ne pourront jamais être expliqués par des moyens humains. Indiquer des remèdes convenables pour opérer les effets qu'on désire, n'avoir dans son état de veille la connaissance d’aucun de ces remèdes ni même des mots qui servent à les désigner; découvrir, à l’instant qu'on y porte sa vue, ce qui se passe dans des pays éloignés, en détailler toutes les particularités ; composer ou exécuter, dans ce sommeil des sens, des œuvres que l’on serait incapable de faire dans l'état organique de veille ordinaire : ces exploit» merveilleux de l'âme humaine, cette universalité de connaissances, cette grande puissance de vouloir, à quelle cause les attribuer, sinon à celui qui possède en lui-même l’universalité delà puissance souveraine, et qui peut en départir un rayon à qui il lui plaît ? »
l’observation de celui (|ui cherche à les connaître et à les faire naître, et vous faire juge des raisons de ceux qui se refusent à tout examen. Si j'ai gardé le silence sur beaucoup de phénomènes magnétiques, connus peut-être par quelques-uns d’entre vous, ce n'est pas que j’ignore leur existence; mais comme ces phénomènes semblent sortir du cercle que, dans votre intérêt, nous nous sommes tracé, ne voulant point choquer votre raison, nous avons jugé prudent de ne pas vous en entretenir, attendant pour cela que la croyance au magnétisme soit plus généralement répandue, et que plus d'hommes, dans le silence du cabinet, aient médité sur ses résultats.
Mais ma réserve ne doit pas vous empêcher d’examiner; loin de là, elle doit vous faire entrevoir une mine féconde, qui, bien exploitée, enrichira la science, car tout n'est pas découvert en magnétisme, nous ne possédons pas même toutes les découvertes faites en des temps antérieurs.
Je vous donnerai, dans ma dernière leçon, un spécimen desderniers phénomènes venus à ma connaissance ; vous en tiendrez note, et, sans les rejeter comme impossibles, vous attendrez la sanction du temps et de l'expérience.
Je vous ai signalé les écueils qui vous attendaient dans cette étude. Vous pourrez maintenant les éviter et faire de plus rapides progrès sans compromettre la santé des individus confiés à vos soins, et sans être alarmés vous-mêmes sur les suites de vos explorations.
Si vous ne magnétisez que pour guérir, rappelez-vous encore que le magnétisme peut devenir entre vos mains un instrument rival de la nature, portant dans l’économie animale un trouble qui favorise le retour des crises que la médecine ordinaire ne saurait produire. Hippocrate lui-méme en avait désespéré: ce grand homme a bien trouvé et décrit la marche des crises dans les maladies aiguës; mais il s’est arrêté là. Dans ces maladies, dit-il, la nature seule guérit.
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Elle a de la force, elle fait elle-même la plus grande partie de l'ouvrage : il n’y a qu'à l'aider. Mais, dans les maladies chroniques, il ne vit que les bornes de son art; en effet, les retours périodiques y sont trop variés et trop incertains pour être saisis, trop longs et trop compliqués pour être étudiés, trop faibles pour être aperçus. Tandis que la nature ne fait que des efforts insuffisants pour retourner à la vie, elle ajoute chaque jour un autre pas à ceux qu'elle a déjà faits vers la mort.Toujours traînants, toujours languissants, nous nous voyons mourir sans savoir comment nous mourons. Aussi, dans ces cas malheureux et trop fréquents, Hippocrate défendait-il expressément les remèdes, et ne prescrivait-il que régime, exercice , bains , frictions et patience. Depuis sa mort rien n’a été ajouté à la médecine. Par sa découverte, Mesmer aura porté le système des crises dans le champ des maladies chroniques, ce dont Hippocrate avait désespéré. Nous voyons en effet que l'agent magnétique, renforçant la nature, accélère et redouble ses efforts, et la force à reprendre une marche progressive vers un retour à la santé. Tons les effets magnétiques nous prouvent celte vérité, et quelle plus grande preuve peut en exister pour nous que de voir successivement disparaître les affections sympathiques déterminées par la maladie principale; de voir se localiser cette dernière, devenue bientôt après le foyer d’une action particulière qui tend sans cesse à sa destruction.
Ainsi, on peut le dire avec certitude, le magnétisme employé Gomme moyen de traitement est, en dernier résultat, faction constante de la force qui conserve sur la cause qui détruit.
Faisons donc, Messieurs, que le magnétisme, qui est aujourd'hui le dernier moyen de guérison réservé à l'homme souffrant, eu devienne le premier ; nous suivrons l’indication de la nature et nous aurons bien mérité de nos semblables.