APPARITIONS VRAIES
< C'est en vain que la raison moderne qui ne peut, malgré son positivisme , faire connaître la cause intime d'aucun phénomène, rejette le surnaturel; il cal partout et an fond de tous les coenrs. Les intelligences les pins élevées sont parfois ses plus fervents disciples. »
(Brisure de Boismont, D.-M.)
Messieurs,
Je viens de vous faire parcourir le champ du merveilleux. Ici tout est inconcevable, et notre raison semble fléchir devant les phénomènes que je vous ai cités, mais devons-nous les rejeter, parce que notre esprit se montre débile? Non,
au contraire, il faut les examiner, les suivre dans leur développement successif, et chercher surtout à les produire. C'est en vain que l’on vous détournerait de cette étude en vous parlant du démon, car ce n'est qu’un mot inventé pour inspirer la crainte aux faibles. Mais dussiez- vous rencontrer sur votre route l’esprit des ténèbres, que le motif d’examen n'en serait que plus impérieux. Dieu nous a créé pour connaitre, et si le bien elle mal existent, ne faut-il pas apprendre à distinguer l’un et l'autre? Ce qu'il faut éviter, c'est la folie, c’est l’illusion, l’erreur enfin. Sans doute, l’étude est difficile en semblable matière ; bien peu d’abord parviendront à sortir du labyrinthe où nous allons forcément entrer, mais ceux-ci nous donneront le fil conducteur, et nos pas, dès lors, seront assurés.
Dans l'esquisse du merveilleux que je vais placer sous vos yeux, cherchez comme moi à distinguer l'erreur de la vérité, mais ne rejetez point, croyez-moi, ce que d'abord vous ne pourrez comprendre ; dégagez vos esprits de la rouille des préjugés d’écoles, nous touchons aux choses sacrées: voyez ces merveilles sans trouble et saus effroi, et persuadez-vous bien que leur existence assurée doit un jour changer la face du monde, et que de nous tous dépend le bonheur ou le mulheur de la génération future. Il faut donc ne point nous tromper, et que la vérité sorte pure de nos mains.
Avant de continuer mes récits, perinettez-iuoi de vous faire connaître quelques faits classés dans l’ordre des hallucinations, mon but est de vous indiquer la source de quelques-unes de nos erreurs. Il y a en nous une force créatrice et formatrice ; une idée peut se revêtir d’un corps, assembler autour d’elle assez de matière surtout pour que sa forme soit saisie par les sens, et par là égarer notre jugement Mais partir de là, pour soutenir que dans l'ordre des apparitions, tout est rêve et mensonge, c est trancher une ques-
COUHS nii MAGNÉTISME.
tion délicate, et montrer, selon nous, une grande ignorance. Je ne veux point vous imposer ma croyance. Je crois que tout un monde existe en dehors de nous, et qu’en nousméme s’en trouvent l’image et le reflet. Nous ne pouvons même rien créer sans que nos créations soient une reproduction de ce qui est dans la nature, un exemplaire d’un des ouvrages de Dieu ; ces choses sont si relevées, si audessus des connaissances physiques, que j’exciterais à coup sur le rire des grands hommes de notre temps, si j’entrais plus avant dans un domaine qui leur est inconnu, le domaine moral.
Dans son Traité des hallucinations, M. Brierre de Boismont (1) rapporte le fait suivant :
« On doit à un médecin d'un grand savoir, d’une réputation méritée, ami intime de Walter Scott, le récit d’nn fait arrivé à un personnage éminent, qui est, sans contredit, un des plus curieux exemples que puisse offrir l’histoire des hallucinations.
» Le hasard voulut que ce médecin fût appelé pour donner des soins à un homme aujourd'hui mort depuis longtemps, et qui remplissait pendant sa vie une place importante dans un département particulier de la justice. Ses fonctions le rendaient souvent l’arbitre des intérêts des autres; sa conduite était donc exposée aux observations du public, et, depuis de longues années, il jouissait d'une réputation de fermeté, de bon sens et d’intégrité plus qu’ordinaires.
» A l’époque des visites que lui fit le médecin, il était retenu dans sa chambre, gardait quelquefois le lit, et cepen-
(i) Brierre de Roisrnont, Des hallucinations , ou Histoire raisonnce des apparitions, des visions, des songes, de l’extase, du magnétisme et du somnambulisme, a* édit., i85a, 1 vol. in-8, p> 43. — Dti suicide et de la folie suicide considérés dans leurs rapports avec la statistique, la médecine et U philosophie. 1 856, î vol. in-8.
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dant continuait de temps à autre à s'occuper des devoirs de sa charge; son esprit semblait déployer toute sa force et toute son énergie habituelles dans la direction des affaires dont il était chargé. Un observateur superficiel n'aurait remarqué en lui rien qui pût indiquer un affaiblissement d’intelligence ou un accablement d’esprit. Les symptômes extérieurs n’annonçnient aucune maladie aiguë ou alarmante; mais la lenteur du pouls, le manque d’appétit, une digestion laborieuse et un fond de tristesse constante, semblaient puiser leur source dans quelque cause secrète que le malade était déterminé à cacher.
« L’air sombre de l’infortuné, l’embarras qu’il ne pouvait déguiser au médecin, l’espèce de contrainte avec laquelle il répondait brièvement à ses questions, engagèrent celui-ci à s’adresser à sa famille, qui ne put lui donner aucune information satisfaisante.
» Le médecin eut alors recours à des arguments propres à faire une forte impression sur la raison du malade. Il lui fit sentir la folie de se vouer à une mort lente plutôt que de confier le secret de lafflictionqui le conduisaitau tombeau. Il lui représenta surtout le tort qu’il faisait lui-rnëme à sa réputation en donnant lieu de soupçonner que la cause de son accablement et des conséquences qu’il entraînait avait quelque chose de trop honteux ou de trop criminel pour qu’il put l’avouer; et il ajouta que, de cette manière, il léguerait à sa famille un nom suspect et déshonoré, et laisserait une mémoire à laquelle pourrait s'attacher l’idée de quelque crime qu’il n’avait pas oser avouer même en mourant. Ce dernier argument fit plus d’impression sur le malade que tout ce qui lui avait été dit jusqu'alors, et il exprima le désir de s’ouvrir au docteur avec franchise. On les laissa tête à tête, la porte de la chambre du rnulade fut fermée avec soin, et il commença ses aveux de la manière suivante :
couns DE MAGNÉTISME.
» — Vous ne pouvez, mon cher ami, être plus convaincu que je le suis de l'imminence de la mort qui me menace, mais vous ne pourrez comprendre ni la nature de cette maladie, ni la manière dont elle agit sur moi ; et quand vous le comprendriez, je doute que votre zèle et vos talents puissent m’en guérir. — Il est possible, répondit le médecin, que mes talents ne répondent pas au désir que j'ai de vous être utile, mais la science médicale a bien des ressources, et ceux qui ne la connaissent pas ne peuvent les apprécier. Cependant, à moins que vous ne m’appreniez clairement quels sont les symptômes de votre mal, il m'est impossible de vous dire s'il est en inon pouvoir ou en celui de la médecine d’y apporter remède. — Je puis vous répondre, répliqua le malade, que ma situation n'est pus nouvelle, caron en trouve un semblable exemple dans le célèbre roman de Lesage. Vous vous souvenez sans doute de quelle maladie mourut le duc Olivarès ? — De l’idée qu'il était poursuivi par une apparition à l'existence de laquelle il ne croyait pas; et sa mort arriva parce que la présence de celte vision l’emporta sur ses forces et lui brisa le coeur. — Eh bien ! mon cher docteur, je suis dans le même cas; et la vision qui me persécute est si pénible et si affreuse, que ma raison est totalement hors d'état de combattre les effets de mon imagination en délire, et je sens que je meurs victime d’une maladie imaginaire.
■ Le médecin écouta avec attention le récit de son malade, et s’abstint judicieusement, pour le moment, de contredire ses idées : il se contenta de lui demander des détails plus circonstanciés sur la nature de l'apparition qui le persécutait, et sur la manière dont une affection si singulière s’était emparée de son imagination, qu'une force d'esprit peu ordinaire paraissait devoir mettre à l'abri d’une attaque aussi bizarre. Le malade répondit que cette attaque avait été graduelle, et que, dans l'origine, elle n'avait rien de
terrible ni même île très désagréable ; et pour en donner des preuves, il exposa en ces termes les progrès de ses souffrances :
» — Mes visions, dit-il, commencèrent il y a deux ou trois ans. Je me trouvai alors obsédé par la présence d’un gros chat, qui se montrait et disparaissait sans que je susse trop commeut; mais je ne fus pus longtemps dans l'erreur, et je reconnus que cet animal domestique était le résultat d’une vision produite par le dérangement des organes de la vue ou de l’imagination. Cependant je n'avais pas contre ces animaux l’antipathie de ce brave chef des montagnards, mort aujourd’hui, dont le visage prenait toutes les couleurs de son plaid s'il se trouvait dans la même chambre avec un chat, même quand il ne le voyait pas. Au contraire, je suis plutôt leur ami, et j’endurais avec tant de patience la présence de mon compagnon imaginaire, qu elle m’était devenue presque indifférente. Mais au bout de quelques mois, le chat disparut et ht place à un fantôme d'une nature plus relevée, ou qui du moins avait un extérieur plus imposant. Ce n élait rien moins qu'un huissier de la chambre, costumé comme s’d eut été au service du lord-lieutenant d'Irlande, ou d'un lord grand commissaire de l'Église ou de tout autre personnage élevé en dignité.
» Ce fonctionnaire, portaut 1 habit de cour, les cheveux en bourse, une épée au côté, une veste brodée au tambour, et le chapeau sous le bras, glissait à côté de moi comme l'ombre de Beau Nash. Soit dans ma propre maison, soit dans celle des autres, il montait l’escalier devant moi, comme pour m’annoncer dans le salon. Quelquefois il semblait se mêler parmi la compagnie, quoiqu'il fût évident que personne ne remarquait sa présence, et que j'étais seul témoin des honneurs chimériques qti'd me rendait. Ce caprice de mon imagination ne fit pas sur moi une très forte impression ; mais il me porta à concevoir des doutes sur la
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nature de cette maladie, et à craindre les effets qu'elle pou* vait produire sur ma raison. Cette apparition devait aussi avoir son terme. Quelques mois après , l'huissier de la chambre ne se montra plus, et fut remplacé par une apparition horrible à la vue, et désolante pour l'esprit... un squelette. — Seul ou en compagnie, ajouta le malheureux malade, ce dernier fantôme ne me quitte jamais. C’est en vain que je me suis répété cent fois qu’il n'a pas de réalité, et que ce n'est qu'une illusion causée par le désordre de mon imagination et le dérangement des organes de ma vue. A quoi servent de telles réflexions quand l’emblème et le présage de la mort sont sans cesse devant vos yeux, quand je me vois, quoique en imaginationseulement, le compagnon d'un fantôme représentant un sombre habitant du tombeau, tandis que je repose encore sur la terre? La science, la philosophie, la religion même n’ont pas de remède pour une telle maladie ; et je sens trop sûrement que je mourrai d’un mal si cruel, quoique je ne croie aucunement à la réalité du spectre qui se place sous mes yeux.
» Le médecin regretta de voir combien cette vision était fortement enracinée dans l'esprit du malade, qui était en ce moment au lit. Il le pressa adroitement de questions sur les circonstances de l'apparition du fantôme, le connaissant pour un homme sensé, et espérant qu’il pourrait le faire tomber dans des contradictions qui mettraient son jugement, en apparence encore bon, en état de combattre avec succès la maladie d’imagination qui produisait de si funestes effets.
— H parait donc, lui dit-il, que ce squelette est toujours devant vos yeux ? — C’est mon malheureux destin de le voir sans cesse, répondit le malade. — En ce cas, continua le docteur, il est en ce moment présent pour vous? — Oui.
— Et dans quelle partie de la chambre croyez-vous le voir?
— Au pied de mou lit : quand les rideaux sont un peu entr ouverts, il se met eutre les deux et remplit l'espace vide.
— Vous dites que vous comprenez que ce n’est qu'une illusion. (banslesonge nous sentons souvent que l'apparition qui nous glace de frayeur est fausse, et nous ne pouvons cependant secouer la terreur qui nous oppresse.) Avez-vous assez de fermeté pour vous en convaincre positivement? Pouvez-vous vous lever et prendre la place qui vous paraît occupée par le spectre, pour vous démontrer à vous-méme que c’est une véritable illusion? — Le pauvre homme soupira et secoua la télé négativement. — Eh bien ! dit le docteur, nous essaierons d’un autre moyen. Il quitta la chaise sur laquelle il était assis au chevet du lit, et se plaçant entre les rideaux entrouverts, lieu indiqué comme celui occupé par l'apparition, il lui demauda si le squelette était encore visible. — Beaucoup moins, parce que vous vous trouvez entre lui et moi ; mais je vois son crâne au-dessus de votre épaule...
» On dit qu'en dépit de sa philosophie, le savant docteur tressaillit en entendant une réponse qui annonçait si distinctement que le spectre idéal était unmédiaiement derrière lui. il eut recours à d'autres essais, et employa divers moyens de guérison, mais toujours sans succès. L’accablement du malade ne fit qu'augmenter, et il mourut en proie à l’angoisse dans laquelle il avait passé les dernières années de sa vie.
d Cet exemple est une preuve irrécusable du pouvoir de l’imagination sur le corps, alors même que les terreurs fantastiques qu’elle éprouve ne peuvent détruire le jugement de l’infortuné qui les subit. Le malade périt, dans ce cas, victime de l’hallucination ; et les détails de cette histoire singulière étant restés secrets, sa mort et sa maladie ne lui firent rien perdre de la réputation bien méritée de prudence et de sagacité dont il avait joui pendant tout le cours de sa vie. »
COURS DE MA.CSÉTISMK
Nous lisons dans la Psychologie physiologique de Cbardel (1) la relation suivante d’un fait qui s'est passé à Paris :
« Vers l'automne de 1832, un de mes amis, étudiant en médecine, occupait une chambre au quatrième étage, dans une vieille maison, rue de la Harpe, 30. La ville faisait alors opérer des fouilles dans l'emplacement de l'ancien couvent des Cordeliers. On y trouva des tombes de briques, renfermant chacune un squelette plus ou moins bien conservé. Mon jeune homme suivait l’opération, et après avoir donné quelque argentaux ouvriers, il emporta chez lui une grande quantité d'ossements qu'il disposa en partie comme une sorte d’ornement surles*murs de sa chambre. Deux jours après il en plaisanta avec un de se; amis qui vint le voir et ne le quitta que fort tard. Il descendit pour le reconduire, et quand il remonta, il se sentit saisi d'un mouvement d’effroi, et pour le dissiper, il fuma et avala quelques gorgées d'eau-de-vie; puis après il se jeta sur son lit où il s’endormit. Je fus réveillé, me dit-il, par une douleur au poignet ; j'avais la face tournée vers la fenêtre. J’entendis un bruit confits de paroles et de gémissements, et je vis, au clair de la lune qui pénétrait dans ma chambre, se dessiner deuxfiles d’hommes vêtus de robes d’un blanc gris. Leurs figures luisaient comme si elles enssentété d’argent ; leurs yeux fixés surmoi étaient calmes et sinistres; par moment ils se regardaient lamentablement entre eux. Je me crus livré à un cauchemar épouvantnhle; mais j’étais bien éveillé, car j'entendis une voiture passer dans la rue, et l’heure sonner à l’horloge de Saint-Séverin. L’apparitioît avait pris de la consistance. J’en distinguai tous les détails. Je voulus m'élancer dans ma chambre; mais une main qui me serrait le poignet me retint dans mon lit. Je levai lu tête et je vis près de moi un homme
(l) Chardel, Essai de psychologie physiologique, 3' cdit., I SJi, I vol. in-8, p. 397.
d'une haute stature; il portait un livre dans sa main gauche; sa figure blême était pleine de dignité. J'essayai vainement de parier ; mes idées se confondaient dans un sentiment de rage, de désespoir et d’effroi. J'entendis pendant longtemps ces hommes se parler à voix basse. On me lâcha le bras en m'adressant un discours où je ne distinguai que ces mots : curiosité, infâme, clémence, sacrilège, jeunesse... Je me sentis libre; je sautai horsdulit, et j'allai ouvrir ma fenêtre. J'avais une forte envie de me précipiter dans la cour. Cependant, la fraîcheur de la nuit me rappela à la vie réelle. Je tournai mes yeux vers mon lit; je m’y vis couché; l'abbé me tenait toujours le bras, et je jugeai qu’il me parlait aux mouvements de ses lèvres. Les deux files de moines étaient à leur place, et de ce moment ma frayeur se dissipa. Je restai au moins une heure à considérer cette scène étrange. J’entendis quatre heures sonner, et le jour commençait à poindre. Je regagnai mon lit. L'abbé me saisit le poignet et me le serra avec une sorte de bienveillance. Sa main devenait plus froide à mesure que le crépuscule augmentait. Je vis alors comme une masse confuse d’hommes qui s’agitaient dans un rayon de la lune; j’entendis des portes s’ouvrir et se fermer, puis un voile s’établit sur mes yeux et je m'endormis profondément. Le matin, à mon réveil, j'éprouvais encore une vive douleur au poignet, et la fenêtre de ma chambre était ouverte comme je l’avais laissée. Il me sembla que je venais d’échapper à un grand péril. »
Voici uue observation où tout est déjà plus sérieux et que nousempruntons àM. Brierrede Boismont (/oc. c»7., p. 386): « La première femme de Charles Lee était morte en couches, en donnant le jour à une jeune fille. Lady Everard, sœur de la défunte, désira se charger de l’éducation de l’enfant, quelle éleva très bien. Parvenue en âge d’être mariée, cette jeune demoiselle fut promise à sir Williams Perkins, mais la réalisation de cette promesse fut empêchée
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par la circonstance la plus (extraordinaire. — Une nuit, cette demoiselle aperçut dans sa chambre une lumière; elle appela aussitôt sa domestique pour lui demander pourquoi elle laissait ainsi brûler une lampe. Celle-ci lui répondit qu'il n'y avait point d'autre lumière dans la chambre que celle quelle venait d’apporter; que le feu était d’ailleurs entièrement éteint, et qu'il était probable que sa jeune maltresse avait eu un rêve. Persuadée qu’il en était ainsi, elle se rendormit. Vers deux heures du matin, elle s’éveilla et vit une petite femme qui lui dit qu'elle était sa mère ; que sa destinée était heureuse, et qu'elle reviendrait la visiter le même jour à midi.
» Miss Lee appela de nouveau sa domestique, demanda ses vêtements, s'habilla et passa ensuite dans son cabinet; elle n’en sortit qu’à neuf heures, avec une lettre cachetée pour son père. Elle la remit à sa tante, lady Everard, lui raconta ce qui était arrivé, et la pria, aussitôt qu’elle serait morte, de faire porter cette lettre à son adresse. La tante, s’imaginant que sa nièce était devenue subitement folle, envoya aussitôt chercher à Chelmsford un médecin et un chirurgien, qui s’empressèrent de venir; mais ils ne purent découvrir uucun symptôme d’aliénation mentale; néanmoins, lady Everard exigea que sa nièce fût saignée, ce qui fut fait.
» La jeune demoiselle, après les avoir laissés faire ce qu'ils jugeaient convenable, pria qu’on fit venir le chapelain pour réciter les prières; et lorsqu’elles furent terminées, elle prit sa guitare et son livre de psaumes, s’assit sur une chaise, joua et chanta d’une manière si mélodieuse et si parfaite, que son maître de musique, qui était présent, en fut frappé d’admiration.
» Vers midi, elle se leva, fut s’asseoir dans un grand fauteuil, et, poussant un ou deux soupirs, elle expira aussitôt. Le refroidissement eut lieu si rapidement, que le médecin
et le chirurgien en furent étonnés. Elle mourut à Wnltham, dans le comté d’Essex, à trois milles de Chelinsford. La lettre fut envoyée à sir Charles, dans le comté de Warwick; mais il fut si affligé de ce cruel événement, qu’il ne vint qu’après l'enterrement. A son arrivée, il fit exhumer et porter le corps près de celui de sa femme, à Edmonton, d’après la demande de sa fille. »
Jusqu’ici, Messieurs, un seul individu voit et perçoit ; la vision n’a point de contrôle, elle peut être affirmée ou infirmée; mais si vous avancez, vous trouvez que les choses changent de face et nous touchons à des réalités qu’il n'est plus possible de contester. Aux faits américains que je vous ai précédemment fait connaître, je viens ajouter une série d'autres phénomènes. Qu’il ressorte au moins de tout ceci cette pensée, que ces faits sont dignes d’étude et qu'ils révèlent un monde, des forces inconnues. Vous n’en serez, je n'en doute point, que plus portés à combattre les préjugés de l’ignorance et de la fausse science. Je ne vous offre, il est vrai, qu'une ébauche, mais ce livre ne comporte pas plus, et d’ailleurs mes forces ne suffiraient point pour un travail plus étendu. Je ne puis que vous indiquer le chemin , et vous dire, au fond de tout ceci, il existe une vérité grande comme Dieu.
Réflexions sur les hallucinations.
Voilà ce que j'écrivais sur les hallucinations à la fin de 1848, bienavant les découvertes que je vais signaler et que nous prenons dans les journaux américains :
a Une uier calme et tranquille ne peut donner l'idée de ce qu’est ce terrible élément. Ainsi de l’homme ; pour le connaître, il ne faut pas seulement l'examiner en santé, mais le voir remué, tourmenté par les passions, ou en proie aux maladies qui affectent les principaux organes de la sensibi-
COKRS DE MAGNÉTISME.