‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 39 sur 59 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

INSENSIBILITÉ MAGNÉTIQUE. — OPÉRATIONS CHIRURGICALES PRA- TIQUÉES A CHERBOURG, A POITIERS, A CALCUTTA ET A MADnAS. — MAGIE DANS L’INDE. — CONCLUSION GÉNÉRALE.

Considérations générales.

Messieurs ,

Je viens de vous faire connnitre des phénomènes exceptionnels, mais qui, bien évidemment, ressortent du magnétisme : il m'eût été facile d’en augmenter la liste, car cette source nouvelle est déjà intarissable. J’ai voulu seulement vous tenir au courant des évolutions du principe nouveau qui semble aujourd'hui se transformer et perdre son caractère d’agent physique. C’est en vain que l’on voudrait désormais retenir les expérimentateurs et les détourner de ce chemin dangereux, ce que l'antiquité avait su prévenir, en ue livrant la vérité qu’à certains hommes de choix, éprou-

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vés «l’ti il leurs par de rudes et dangereuses épreuves. Nous ne pouvons nous promettre le même succès. Les anciens savaient bien qu'ils livraient aux inities la force miraculeuse, l’agent qui donne à l’homme un suprême pouvoir, la puissance du bien et du mal.

Les temps sont différents, Messieurs, et pourtant, selon moi, les masses sont ignorantes comme aux siècles passés; l’ignorance a seulement changé de caractère, et si, d’un côté, le fanatisme s'est affaibli, une indifférence bestiale a envahi l'homme et a détruit chez lui les notions du juste et de l’injuste ; lu vertu n'est plus qu’un mot sans valeur; les lois mêmes ne sont plus un frein salutaire, et chaque jour la désunion fait un nouveau progrès. L’homme n’a plus de frère, tout est antagonisme. Les choses du ciel sont méconnues même de nos prêtres, les signes dont ils se servent sont sans valeur : ne cherchez donc point la vie là où est le néant. Ne cherchez point non plus la vraie science au sein de nos écoles philosophiques et médicales : nos professeurs ont un souverain mépris pour tout ce qui est du domaine moral; ils nient l’existence de tout ce qu’ils ne peuvent voir ou toucher, et leur intelligence, n’embrassant que la partie matérielle de l'univers et de ce qui nous constitue, met volontairement des bornes là où est l’infini.

Je dois mettre un terme à mes digressions, Messieurs, et abandonner à vos réflexions les faits merveilleux dont je vous ai donné connaissance. Il me faut vous ramener aux choses moins transcendantes , vous parler de l’utilité du magnétisme, non-seulement lorsqu’il est employé comme agent thérapeutique, vous savez déjà les guérisons merveilleuses dues à son action, mais comme moyen de prévenir les douleurs dans les opérations chirurgicales, en suspendant la sensibilité, sans troubler aucunement les fonctions des organes essentiels à la vie, sans faire courir le moindre danger aux malades, en favorisant au contraire la cicatrisa-

lion des plaies et en empêchant en même temps toute résorption purulente.

On a besoin de s’assurer, par de nombreux témoignages, qu'ici encore l'illusion n’existe point, tant les faits paraissent surprenants et au-dessus de la compréhension vulgaire.

Je pourrais me glorifier d’avoir été le promoteur moderne de cette utile découverte , l'ayant fait authentiquement constater à I Hôtel-Dieu de Paris, en 18’JO. Mais je n’attache aucun prix à la renommée, mon ambition est seulement de laisser un nom sans tache de charlatanisme. J'ai pn inc tromper sur les conséquences des faits, jamais sur les faits mêmes qui m’ont été personnels.

Voici donc, au sujet de l'insensibilité, les preuves les plus évidentes, les plus palpables, que l’on puisse donner de ce curieux phénomène. Ce nouveau bienfait du magnétisme ne pouvait manquer d’être méconnu, rejeté de nos écoles de chirurgie. On ne comprend point un semblable aveuglement : préférer ce qui tue à ce qui fait vivre, l’erreur à la vérité; il est vrai, nous vivons dans un siècle sans nom, où la morale a froid et parait engourdie, où les hommes crèvent plutôt qu'ils ne meurent, où l’or est le seul Dieu, où tout est falsifié et se vend à faux poids, où tout ce qui détruit est préféré à ce qui conserve. Le magnétisme est trop beau, trop riche en bienfaits, pour une semblable génération. La Providence le réserve pour les temps à venir ; il sera la base de toute science médicale et philosophique, un lien, une religion pour tous les hommes, le flambeau de l'humanité, le dernier terme de la science humaine.

Insensibilité inagnélitjiie.

D’où vient cette puissance incommensurable du magnétisme qui va jusqu'à suspendre la sensibilité pendant les

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opérations les plus douloureuses, et qui permet aux instruments de lacérer les chairs, de les couper de les brûler, sans que le patient pousse un cri, sans qu’il éprouve enfin une seule des angoisses, je dirai plus, sans qu'd ait une seule pulsation de plus que dans son état de calme.

Quoi! je dirai à la douleur : Cesse, elle cessera; aux chairs : Soyez inertes, et nulle sensibilité ne se montrera dans les tissus tout à l’heure si sensibles. Un seul de ces faits suffit pour confondre la raison, et nous en avons mille aujourd'hui constatés.

Lorsque nous voulons rapetisser le magnétisme pour le faire accepter par la science officielle, la nature nous dément à l’instant, en faisant jaillir de nos mains et de notre pensée de longs traits de lumière. Nous voulons faire du magnétisme un agent tout physique. Nous sommes jetés malgré nous dans le domaine moral; car ne vous y trompez pas, ici, dans ces opérations, l’action de l’agent ne s’exerce point seulement sur la chair, mais aussi sur l’àme. C’est un double mouvement: d’un côté, nous voyons agir la force brutale de l’agent qui prend domicile en autrui, puis survient un demi-soiumeil, où l'âme, ayant conscience de ce qui se pratique, nous montre sa sagesse en ne se révoltant point.

Tous ces brillants résultats que nous allons offrir appartiennent à la science magique ; mais ceux qui les obtiennent ne le savent point, ils croient que ce sout des faits simples , naturels ; tandis que pour nous ces résultats cachent et renferment les secrets de la plus élevée des sciences.

Extirpation de glandes cancéreuses; o/iération pratiquée à Cherbourg.

« Je me rappelle encore le jour où, pour la première fois, je m’occupai de magnétisme. C’était, je crois, au mois de

septembre 1832 ; je me trouvais en ce moment à Paris. Jusqu’alors j’avais été habitué à regarder cette question comme un mensonge, et ceux qui la défendaient comme des charialuns ou des dupes. J'étais donc dans cette disposition peu philosophique qui juge à priori et sans examen, lorsqu’en me promenant dans le passage Vivienne j’arrêtai mes yeux sur l'affiche d’un cours de magnétisme que M. le baron du Potet de Sennevoy devait ouvrir le lendemain à l’Athénée central. Poussé par la curiosité et par ce je ne sain quoi qui s'attache à ce que l’on regarde comme merveilleux, bien qu’on n y ajoute pas foi, { assistai le leudemain à la première leçon du savunt professeur. Dans cette séance, j’euteudis le rapport d’expériences faites sur l’insensibilité, à l’Hôtel-Dieu, à la Charité et au Val-de-Grâce, devant les membres de l’Académie de médecine, par de célèbres médecins français et étrangers; et quelque absurdes qu’elles tne parurent au premier abord, mon scepticisme indifférent fut grandement ébranlé quand j’entendis nommer les témoins de ces belles expériences, et que je reconnus des noms vénérés et haut placés dans la science , ceux de MM. Marc, Fouquier, Parisel, Ttécamier, Husson, llard, Guéneau de Mussy, liufelaud, koreff. Passavant, etc. Dans ma simplicité ignorante, je fis, à pan moi, cette réflexion : Est-il possible que tous ces hommes se soient trompés ou aient pu se laisser tromper? Est-il raisonnable de le supposer, est-il juste de l’admettre? Ils disent : « Nous avons vu, » et on leur répond : « Ces faits sont impossibles. * Les uns se soûl approchés pour voir, et ont vu ceut fois; les autres se contentent de dire de loin : « Vous vous trompez, et vous êtes trompés. »

• On nous avait parlé, duus cette même leçou, des phénomènes étonnants du somnambulisme artificiel; on nous en montra même quelques-uns et surtout I insensibilité absolue produite dans les organes. Le doute succéda bientôt

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dans mon esprità mon incrédulité, et je ne pus m’empécher de faire cette réflexion : « Si ces phénomènes sont réels, comme ils le paraissent; si l’on peut parvenir à les constater par des faits nombreux et bien authentiques, ils ont une immense portée. »

» Jerevins doncde cette première leçon avec la résolution calme, mais ferme, mais profonde, de sortir du doute, et je me dis encore : « Si c’est une vérité, elle vaut bien la peine que je la cherche ; si c’est une erreur, je chercherai encore, car une erreur constatée est une vérité reconnue. •

» Je continuai de suivre le cours, et j’acquis la conviction que le magnétisme humain avait été mal jugé par moi, et présentait à l’observation du physiologiste et du psychologue les faits les plus extraordinaires et les plus intéressants. Je fis moi-même des expériences importantes et curieuses, et je produisis, à mon grand étonnement, des phénomènes fort remarquables. Depuis ce temps, je n'ai cessé de m’en occuper. Les incrédules peuvent rire et nier; je ne saurais le trouver mauvais, car j’ai, comme eux, beaucoup ri avant d’avoir vu et expérimenté. Mais il a bien fallu me rendre à l’évidence. Commençons donc par douter, cela est naturel et juste ; mais que le doute nous conduise à l’expérimentation, et rappelons-nous sans cesse cette réflexion d’un profond observateur : * Les vérités sont quelquefois » stationnaires, mais elles ne font point des pas rétrogrades. » Le temps est un grand maître; Pt lorsque quelques per- » sonnes nient un fait qne la nature prouve, il est bien cer- » tain que celle-ci finira tôt ou tard par avoir raison. »

» Ces réflexions nous ont été inspirées à la vue d’une opération très remarquable et fort douloureuse qui a été pratiquée à Cherbourg samedi dernier, 19 septembre, avec une réussite complète, par M. le docteur Loysel, aidé de M. le docteur Gibon, sur une personne endormie du sommeil magnétique et insensible à la douleur. Afin d'en faire mieux

connaître les détails à nos lecteurs, nous en mettons le procès-verbal sous leurs yeux. Cette opération, si intéressante pour la science, a été faite en présence de plus de cinquante témoins quelle a vivement impressionnés comme nous. » {Journal de Cherbourg .)

« Samedi dernier, une opération fort grave et très douloureuse a été faite, avec un succès complet, par M. le docteur Loysel, assisté de M. Gibon, docteur-médecin, et en présence de plus de cinquante témoins. C’est la cinquième opération pratiquée à Cherbourg à l’aide du sommeil magnétique.

» L’existencedu magnétisme humain n’est guère contestée aujourd’hui; le sommeil spontané qu’il détermine est généralement admis. Ce qui semble encore douteux pour beaucoup de personnes, c’est la série des phénomènes physiologiques et psychologiques qu’il produit , et qui sont si étranges, qu’ils excitent souvent le rire de l'incrédulité. Parmi ces phénomènes, l’un des plus intéressants et des plus utiles, sans contredit, est l’intelligence absolue et profonde produite dans les organes par cette force inconnue, mais réelle, que dirige nne volonté puissante.

» J’avouequepour y croire pleinement ilfautavoir vu ces effets extraordinaires, et, pour ainsi dire, foudroyants, dont nous avons été témoins samedi, et qui dépassent la portée de l’esprit humain. Mais aussi, dès que la conviction est bien établie, il fout avoir le courage de soutenir son opinion avec calme et persévérance. Aux personnes qui n’ont pas eu l'avantage d’être présentes à cette belle opération, nous répéterons ce que d’autres ont déjà dit avant nous sur ce sujet : « Si quelques hommes isolés rapportaient des phénomènes d'un ordre supérieur, on pourrait avec raison contester leur témoignage et croire qu'ils sont dans l’erreur. Mais si, de toutes parts, les mêmes faits se reproduisent

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constamment, s’ils sont attestés par les personnes les plus recommandables ; si des milliers d'hommes assurent qu’ils les ont vus de leurs propres yeux, il faut bien se résigner à les examiner avec calme et sans prévention. Alors assurément on se rendra aussi à l’évidence, parce qu’ici la croyance est commandée par des faits irrécusables, et que les faits sont plus farts que tous les raisonnements. Il n’est permis à personne, si élevé qu'on soit, de rejeter sans examen ce qu'on ne comprend pas. Songeons que nous sommes entourés de merveilles, et qu’elles ne nous étonnent plus, uniquement parce que nous avons l'habitude de les voir. • Un prodige dans la nature, a dit Buffon, n’est autre chose qu’un effet plus rare que les autres. »

» Nous joignons ici le procès-verbal de cette opération, à laquelle nous avons été présents, et qui nous a vivement intéressés.» {Phare de la Manche.)

« Procès-verbal. — L’an 1846 , le 19 septembre, h trois heures et demie après midi.

» Nous soussignés, habitants de Cherbourg, après avoir assisté h une opération pratiquée aujourd’hui, avec le plus grand succès, par M. le docteur Loysel, aidé de M. Gibon, docteur-médecin, sur la demoiselle Anne Le Marchand, de Portbail, âgée de trente ans, et mise auparavant, en notre présence, dans letat de sommeil magnétique et d’insensibilité absolue, attestons et certifions ce qui suit :

» A deux heures quarante minutes, la malade estmagnéti* sée et endormie par M. L. Durand (1), à la distance de 2 mètres et en moins de trois secondes. Alors le chirurgien, pour s'assurer de l’insensibilité du sujet, lui plonge brusquement et à plusieurs reprises un long stylet dans les chairs du cou ; un flacon d’ammoniaque concentrée est placé sous le nez de la patiente. Celle-ci reste immobile;

(t) Professeur de philosophie, membre de la Légion d'honneur.

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aucune sensation n’est perçue, nulle altération ne se montre sur ses traits, pas une seule impression du dehors n’urrive jusqu'à elle.

» Au bout de cinq ou six minutes de sommeil, elle est réveillée par son magnétiseur en une seconde. Après quelques instants d’une conversation à laquelle elle prend part, elle est endormie de nouveau, comme la première fois, à une distance plus grande encore. Aussitôt les médecins sont avertis par M. L. Durand que l’opération peut être pratiquée immédiatement et en toute sécurité, et qu’ils peuvent également parlera haute voix sur l’état de la malade, sans crainte d être entendus par elle, tant l’insensibilité est profonde et absolue.

» Adeux heures cinquante minutes, l’opérateur fait, dans le sens vertical, en arrière et au-dessus de Yapophyse mastoïde, une incision qui se dirige inférieurement dans une étendue de 8 centimètres environ. Une couche musculaire se présente et est incisée à son tour. On aperçoit alors à nu le tissu d’une glande considérable qui, en quatre minutes et demie, est disséquée avec précaution et extirpée.

» La pluie est lavée. Un découvre en ce moment, chose qu’il était difficile de prévoir, deux nouvelles glandes, l’une supérieure, jetant des racines dans la profondeur des tissus, et se trouvant en contact immédiat avec l'artère principale du cou, la carotide ; l'antre, moins difficile à isoler, à cause de ses rapports, se perdant entre les muscles situés latéralement dans la région cervicale. Ces deux dernières glandes furent extraites en trois minutes.

» Dans la dissection des glandes, une veine d’un gros calibre fut intéressée. Un instant le chirurgien eut l’espoir d'arrêter le sang en faisant respirer la malade de manière à dilater fortement la poitrine. Elle le fit aussitôt, sur la demande de son magnétiseur; mais ce moyen n'ayant pas été suffisant, l’opérateur dut pratiquer la ligature.

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• La plus grande partie des spectateurs s'approchèrent ensuite de la malade; plusieurs médecins introduisirent leurs doigts dans la plaie béante, qui avait plus de 8 centimètres de profondeur, et sentirent distinctement les battements de l’artère carotide.

» Pendant toute la durée de l'opération, la demoiselle Le Marchand n’a pas cessé d’étre calme et impassible; nulle émotion ne l’a agitée ; aucune contraction musculaire n’a eu lieu , même pendant que le couteau pénétrait dans les chairs ;e//e était comme une statue; enfin, l insensibilité a été absolue. Et pourtant rien ne paraissait changé dans l’organisme; il n’y avait ni malaise, ni syncope, ni léthargie; car la patiente a parlé à plusieurs reprises. Interrogée souvent, elle a toujours répondu qu’elle se trouvait très bien, et qu’elle n’éprouvait aucune douleur. Nous l’avons même vue, une fois, se lever et se rasseoir, sur l’invitation qui lui en était faite par M. L. Durand.

» La plaie fut lavée de nouveau. Quelques minutes après, les bords furent réunis à l’aide de plusieurs épingles, dans l’intervalle desquelles furent placées des bandelettes de diachylon. Au-dessus de ces dernières furent appliqués, dans l’ordre voulu, un linge troué, de la charpie, des compresses et un bandage propre à maintenir les pièces de l’appareil.

» En ce moment, plusieurs personnes s’approchèrent encore de la malade. L’isolement fut détruit, pour un instant, par son magnétiseur, et elle put alors entendre diverses questions qu'on lui fit sur son état. Elle y répondit avec une aisance parfaite et un calme bien remarquable.

» Quand tout eut été remis en ordre, l'opérée fut réveillée en «leux ou trois secondes. Elle se met aussitôt à sourire, prend peu à peu conscience de sa position et s’ajterçoit enfin que I opération est faite. Elle répond aux questions qu'on lui adresse avec un vif intérêt, quelle ne souffre pas du tout.

quelle na pas éprouvé la moindre douleur, et ne conserve aucun souvenir de ce qui vient de se passer. Ensuite, elle se retire, et chacun peut voir sur sa physionomie le calme et le bienêtre quelle éprouve.

• Un phénomène extrêmement remarquable que présente ce sujet, qui a été magnétisée neuf fois seulement , c'est la rapidité incroyable avec laquelle son magnétiseur la fit passer plusieurs fois, en notre présence, et immédiatement avant l’opération, de la vie ordinaire au sommeil magnétique et à l'insensibilité la plus absolue. A plusieurs mètres de distance, un coup d’œil, un seul regard, soutenu par une volonté ferme, a suffi pour la plonger dans cet état extraordinaire, aujourd’hui si intéressant pour la science, et qui a le pouvoir d’amortir toute sensibilité dans les organes et d’éteindre la douleur. Son isolement du monde extérieur est si complet, quelle n’entend personne, pas même celui qui la magnétise, à moins qu'il ne la touche. Loin de détruire cet isolement, on l’a soigneusement conservé et fortifié, ce qui a permis à l’opérateur, aux médecins et aux nombreux assistants de s’entretenir tout à leur aise et à haute voix sur l’état de la malade, sans crainte de l’impressionner, même au plus fort de l’opération.

» Les soussignés déclarent, en terminant, qu'ils sont pleinement convaincus , à la vue d’un pareil résultat , que l’agent magnétique pouvant, même en peu de séances, produire dans les organes l’insensibilité la plus profonde, est d’un précieux secours et capable de rendre les plus grands services dans les opérations chirurgicales de toute nature, en épargnantau malheureux patient de cruelles souffrances, et, ce qui est souvent plus redoutable encore, la vue des préparatifs et les terreurs de l’opération.

» M. le docteur Obet a bien voulu rester constamment assis auprès de la malade, afin il examiner de nouveau et attentivement cet intéressant phénomène, et de constater

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l’état du pouls et de la respiration, qui n’ont subi que des altérations peu considérables.

» Le présent procès-verbal a été rédigé sur les notes prises avec une scrupuleuse exactitude par M. Chevrel, avoué, membre du conseil d'arrondissement et du conseil municipal de Cherbourg, lequel a tenu la plume pendant toute la durée de l’opération, pour en consigner ici les détails les plus circonstanciés.

«Suivent les signatures des témoins :MM. Lemaistre, receveur des finances, ancien sous-préfet de Cherbourg; Obet, D.-M.-P., membre correspondant de lAcadémie de médecine; Gibon, D.-M.-P.; Fossey, procureur du roi; Lefebvre, ancien directeur des constructions navales ; Chevrel, avoué, membre du conseil d'arrondissement et du conseil municipal ; Le Seigneurial, juge d’instruction au tribunal civil, membre du conseil d'arrondissement; l'abbé Fafin, aumônier de l'hôpital civil ; de Viaris, capitaine d'artillerie; de Serry, ingénieur des ponts et chaussées de l'arrondissement, membre du conseil municipal; des Piives, sous-intendant militaire; Henry, négociant, commandant de la gardenationale, membre du consei I municipal ; Ch. Loyscl, notait e ; Quernel, capitaine de corvette ; Ludé, greffier du tribunal, membre du conseil municipal; Mangin, ingénieur de la marine; Coutance, directeur des subsistances militaires; Marie, sous-principal du collège; Hélaiu, propriétaire; Marchai, capitaine d'artillerie; Le Mngnen, négociant; H. Loysel, avocat, docteur en droit; Ed. Nouet, ingénieur de la marine; Deicnte, directeur des lits militaires; Lebetirrier, commis principal de la marine ; Saffrey, lieutenant de vaisseau ; Le Goupil, commis de première classe de la marine; Naudet, greffier des tribunaux maritimes; Duragon, professeur ; Charles Chevrel fils, clerc d'avoué ; Dalidan, vérificateur des douanes; Convents, commis de marine à l'administration centrale; A. Couturier, propriétaire; Vardou,

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pharmacien de la marine ; F. Jean, propriétaire ; Arthur Mangin, étudiant en chimie; Ch. Frigonlt, professeur au collège royal de Caen ; Feuardant, libraire; A. Jean, négociant; Chausset, commis de marine; Douesnel, propriétaire ; Chaux, négociant; Saffey, élève de Saint-Cyr ; Jules Néel, professeur au collège d’Avranches; Nicolas, négociant; Monnoye, propriétaire; Le Magnen fils; Leroy, aubergiste; F. Mabire; Honyvet, horloger; Ijevel, d’Yvetot; Nicolas fils.

» N. B. — Aujourd'hui, 23 septembre, la plaie résultant de l'opération est complètement cicatrisée. Hier matin , les épingles, les fils qui l'entouraient ont été enlevés, et la malade a pu se promener pendant une partie de l’aprèsmidi. *

Extirpation dune tumeur volumineuse; opération pratiquée à

Poitiers, le 10 mars 1847, A laide du sommeil magnétique ,

en présence de plusieurs médecins et des élèves de l'école.

« Que dire du magnétisme? il y a si longtemps qu’on en parle sans jamais s’étre entendu. Eo Allemagne, on l’élève à l'état de science; il lait partie des éludes médicales; ou le pratique, on le professe.

» Chez nous, on l'exalte ou on le bafoue, et cela, fort souvent, sans plus de raison d’une part que de l’autre^

» Laissons donc l'enthousiasme aux fanatiques, les dédains à l’ignorance, à chacun ses idées, ses croyances, ses doutes ou son parti pris, et souvenons-nous que pour démontrer le mouvement, on n’a dit qu’une seule parole : Marchez !

» Citons les faits, et que l'on juge.

» Euphrosine Dardenne, jeunefille de quinze ans, deuteu-

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rant à Saint-Maurice, près Geuçay, s’est présentée, le 20 juin 18â6, à la consultation de M. le professeur G...; elle portait à la joue gauche uue tumeur volumineuse dont l’ablation fut conseillée.

» Euphrosine ne voulut pas y consentir et vint trouver M. Henri Vallette, rue des Trois-Cheminées. Celui-ci la soumit immédiatement aux épreuves magnétiques, et elle put s’endormir au bout de vingt minutes; elle parla, dit qu'elle voyait son mal dont elle guérirait, mais qu'il faudrait en venir à une opération.

» En cet état, elle fut montrée à un médecin de cette ville, M. le docteur R..., qui approuva de tout point les prescriptions qu elle avait faites, et reconnut, ainsi qu elle l'avait annoncé, que son mal pouvait provenir dune dent gâtée, et reconnut également qu’il y avait nécessité d'inciser la membrane gingivale tapissant, à l’intérieur de la bouche, la cloison alvéolaire située au-dessus de la tumeur.

» Cette première opération fut faite au jour indiqué ; les gencives furent déchirées dans une étendue de 7 à 8 centimètres, et la malade, qui avait été mise en état de sommeil, ne manifesta ni douleur ni sensibilité.

» Quelques jours après, la malade ayant prescrit pendant son sommeil l'extraction d'une grosse molaire avoisinant la tumeur, M. le médecin dentiste K... fut appelé, et déclara que cette opération était indiquée par la science, mais qu'elle serait difficile et douloureuse, parce que les bords externes de la dent étaient recouverts par des fongosités, et qu’alors il devenait indispensable de se servir d’un instrument appelé pélican, lequel, ne pouvant fonctionner que par un mouvement de renversement au dehors, pousserait inévitablement la dent sur les plaies vives de la tumeur, et par là produirait de très vives souffrances.

» L’opération se Ht, et pendant qu elle dura, Euphrosine ne jeta pas un cri, ne fit pas un geste. Sou immobilité fut

complète, et son obéissance aux moindres volontés de son magnétiseur ne se démentit pas un seul instant.

» Plus tard, et la tumeur ayant progressé, la malade indiqua elle-même que le moment de l’opération était venu, et M. le docteur G... fut consulté. Il constata que cette tumeur était formée par lu moitié gauche de l’os maxillaire inférieur, aminci et dilaté par une substance contenue dans son épaisseur, et ayant plus d’un décimètre de diamètre dans les deux sens; il dit que l’ablation était indispensable. En conséquence, le mercredi 10 mars, présent mois, à deux heures après midi, et devant les personnes sus-indiquées, l'opération s’est faite de la manière suivante :

» Conduite, tout éveillée, dans le salon où l’attendaient plus de cinquante personnes, Euphrosine s’est assise dans un fauteuil, ayant à son côté madame Vallette, qui lui tenait la main.

» Au boutde vingt minutes, elle s’est endormie. Interrogée pourquoi elle avait mis un si long temps à s'endormir, elle a répondu : — C’est que j’étais préoccupée par la présence de tout ce monde.

» — Voulez-vous être opérée?

» — Oui.

» — L’opération se fera-t-elle bien et sans douleur?

» — Oui.

» — Êtes-vous dans un état complet d’insensibilité?

» — Oui.

» — On peut donc commencer?

* — Oui. »

» Après cet étrange préliminaire, M. Vallette annonce à l’opérateur qu’il peut agir, et tout le monde s’émeut en voyant le saisissant apprêt de cette véritable exécution.

» On apporte une table chargée de nombreux instruments de chirurgie, pinces, scalpels, bistouris, tenailles, voire même une scie.

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» El un long frémissement s’empare de l'assemblée, lorsqu’on voit l’opérateur agiter dans sa main un véritable couteau, qu’il promène avec calme autour de cette tête immobile.

» Chacun se regarde et semble s’interroger. Le silence règne. Les pensées vacillent, et tous les yeux sont fixés sur ce corps plein de vie qui a l’insensibilité du cadavre. Chacun relient son haleine, se resserre en soi, et a peur d’entendre un cri. On craint d’assister à une horrible catastrophe.

» Mais une tète est calme... une main est sûre, une seule main ne tremble pas. Dieu ! qu’il faut de courage à un médecin ! Et le fer s'enfonce profondément dans les chairs vives, y fait une coupure de plus d'un décimètre de longueur, et partage en deux lèvres béantes celte masse tuméfiée et difforme. Cinq artères sont coupées, et le sang qui jaillit par cinq bouches ouvertes s'élauce au front de. l’opérateur, qui seul n’en voit lieu. Il s’arme de longs ciseaux, et après que scs aides ont fait les ligatures, il les enfonce dans la plaie, y va chercher le kyste, qu'il divise dans toute sa longueur, en soulève et excise les bords osseux, et, plongeant sa main tout entière dans la vaste cavité, il en extrait une masse gélatineuse du volume d’un œuf.

» L’opération était terminée, mais le pansement restait à faire. Pour fermer la plaie, deux épingles sont placées à ses extrémités, et réunissent ses deux lèvres par une suture.

■ Cette partie de l'opération, disent les médecins, est la plus douloureuse, et, sauf quelques tressaillements des muscles de la face, que l'on peut justement attribuer à une sorte d’excitation gulvunique des rameaux nerveux, la malade, ici comme dans tout le cours de l'opération, u’u donné aucune marque de sensibilité.

» Et pourtant ce long et cruel travail avait plutôt res* semblé à une leçou de dissection faite à des élèves sur un cadavre qu’à une opération pratiquée sur un corps animé de la vie. Le savant professeur a pu tout voir, tout montrer, tout interroger, tout expliquer; la putiente s’est prêtée atout; et c'était un étrange tableau que toute cette jeunesse avide, studieuse et pétrifiée d’effroi, d’admiration et d’enthousiasme.

» Et une heure.... toute une heure s’écoule.... et pas un cri, pas un geste, pas un frémissement ; je me trompe, lu pauvre malade témoigne de sa joie et de sa reconnaissance ; elle presse et embrasse à plusieurs reprises la main de madame Valette, qu’elle n’avait pas quittée.

» Enfin tout est fini. Les instruments sont enlevés. Ou réveille la pauvre endormie. Et, après nous avoir tous regardés sans la moindre émotion, la voilà qui s’en va se promener dans la cour, .ignorant complètement qu'aucune opération lui eût été faite.

» Aujourd hui 15, la malade va bien.

» Ne terminons pas ce récit sans douner à chacun la part qui lui revient pour son généreux dévouement. M. le docteur G... n’avuit point à prouver son incontestable habileté ; mais il avait à vaincre un obstacle que ne savent point aborder les conceptions paresseuses et les vulgaires intelligences. D’un pas ferme il l a franchi. Il n’a point superbement dédaigné l aide du magnétisme, et il a vu se révéler devant iui un phénomène auquel il ne croyait pas. Honneur à lui!

» Mais honneur aussi au dévouement plein de philanthropie de M. et Mm* Vallette ! Ils ont recueilli la pauvre fille, lui ont prodigué tous les soins, et ne l'ont pas abandonnée un seul instant; madame Vallette surtout, qui, durant cette longue torture de l’opération, n’a pas quitté la pauvre patiente, sa main dans la sienne, scs véte-

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mcnts inondés de sang, et mêlant ses larmes et ses prières aux vœux de toute l’assistance.... Oh! que la charité est sublime! » ( Journal de la Vienne.)

Quelque temps après, le Journal de la Vienne relatuit la seconde opération pratiquée sur la même malade, et s’exprimait en ces termes :

« Monsieur le Rédacteur,

« Vous avezrenducomptedans votre numéro du 16 mars dernier, n° 32, d'une opération chirurgicale faite à l’aide du sommeil magnétique et qui a parfaitement réussi.

» Votre habile correspondant avait trouvé la fibre qui conduit au cœur pour faire apprécier un fait qui pourra trouver place parmi les nombreux phénomènes qui sont notés, publiés, et cependant bien inférieurs, le plus souvent , comme celui-ci , à beaucoup d'autres qui passent inaperçus.

» Je viens accomplir la double tâche qu’il m’a imposée, de continuer le récit de l’opération, et donner à chacun la part qui lui revient dans la guérison parfaite d’un mal que la science humaine avait jugé incurable : c’était une tumeur cancéreuse, etc.

» Cette première opération fit voir à l’œil exercé que le virus n'était pas enlevé; que toutefois il convenait de suspendre.

» Enfin, dix jours après, le 20 du mois de mars dernier, les mêmes chirurgiens se présentent pour pratiquer une seconde opération, que les progrès du mal rendaient indispensable.

» Il ne devait y avoir à cette séance que les personnes nécessaires.

» A peine la jeune fille est-elle sous la fascination de son magnétiseur, que de grosses larmes tombent par intervalles

de ses yeux; elle prévoyait intuitivement la torture <|u’on lui préparait, et à laquelle elle s'était elle-même et nécessairement condamnée, sous peine de mort prochaine.

» Enfin, après plus d'une demi-heure démagnétisations diverses , et surtout d'insufflations chaudes en forme de croix , quelle prescrivait de faire sur chaque instrument, elle fut livrée à l’opérateur; il s’agissait de lui enlever la moitié de la mâchoire inférieure , réceptacle infect du cancer.

» Cette seconde opération, quia duré plusde deux heures, à cause des préliminaires et du pansement, consistait d’après une note qu'a bien voulu me faire un ami de l'humanité, * à couper les muscles recouvrant le menton, en in- » cisanten même temps la lèvre inférieure jusqu’au périoste » qui tapisse les alvéoles du haut en bas, enface de la canine » gauche.

» Cette dent et la petite molaire ayant été enlevées, l’os » ayant été dénudé, onadû le scierdans toute son épaisseur; » le porter en avant, le détacher de tout ce qu’il pouvait y » avoir de muscles adhérents, dans toute l’étendue, non-seu- » lement de l’apophyse zygomatique, mais encore du coro- » noïde, auquel viennent adhérer les muscles volumineux » du masséter et du temporal.

» Ceci fait, on a dû trouver avec un scalpel le condyle de » la mâchoire dans sa cavité, afin de trancher tous les liga- » ments qui le retenaient; et c’est là que l’opérateur avait à » redouter une artère très forte, la maxillaire interne, qui, » si elle eut été attaquée, devait déterminer une mort » prompte. »

» Pendant l’opération, elle a fait entendre très souvent des cris aigus, alors que l'operateur changeait d’instrument.

» — Qu’uvez-vous, Phrosine ? demandait le magnétiseur.

» — J'ai chaud! bien chaud !

» — Souffrez-vous?

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» — Non.

» — Pourquoi vous plaignez-vous? Pourquoi ces cris?

» — Je vois que l'opération sera encore longue et tous les apprêts.

» — Donnez-moi le movep de vous isoler, puisque je ne puis le trouver moi-meme?

» — 11 n’existe plus ou je ne puis le voir, c’est trop tard; je suis en rapport avec l’opérateur (il était couvert de sang et de sueur). Parce qu’on a empêché madame Yallette d’étre auprès de moi, de me donner la main, comme je l'avais demandé... (MM. les médecins avaient insisté pour quelle ne restât pas.) Rien ne pouvait la remplacer ; mais n’importe, l’opération réussira maintenant que madame Vullette me donne la main. (Aux premiers cris, elle était accourue.) Je souffrirai, non à cause du mal lui-inémc, je ne le sens pas, ni les instruments, mais à cause de la crainte du mal... J’ai une espèce de cauchemar.

» En effet, trois jours après, le chirurgien, qui avait suivi et pratiqué avec une tendre sollicitude les pansements, vit avec surprise que cette jeune fille n'avait plus de fièvre, comme elle l’avait annoncé ; elle a continué à aller de mieux en mieux ; elle boit et mange bien, a grandi de la tète et est radicalement guérie de sa tumeur cancéreuse.

» En résumé, la jeune fille n'a eu, comme elle l'avait dit, que pendant trois jours, à chaque opération, une fièvre légèie, n’a ressenti aucune douleur, et a été radicalement et promptement guérie, sans crainte du retour du mal.

«Elle n'a été instruite, chose aussi étonnantequele reste, de ces deux dernières opérations que le H avril suivant, ou vingt et un jours après, par madame Vallette, qui a dû employer les moyens indiqués par elle pour éviter des crises terribles. Dans son état de veille, elle ne voulait pas entendre parler d’opération. (Elle croyait que c'était le résultat d'un

emplâtre fondant pendant qu'on la pansait éveillée on quelle voyait couler son sang.)

» !*our prouver que l’article que vous avez inséré n’est point un effet de l’imagination, mais bien un lait réel, vous saurez que K est l’initiale de M. Kiaro, médecin-dentiste, que la ville de Poitiers met avec plaisir au nombre de ses habitants les plus utiles, même nécessaires.

» lit H celle de M. Hibault, docteur-médecin, demeurant alors à Ligugé, et qui est venu deux fois par semaine, pendant plusieurs mois, assister aux séances. Il a fait preuve d'un dévouement au-dessus de tout éloge.

» Inutile de dire que le tout a été gratuit.

» Chacun peut tirer quelle conséquence lui conviendra de ce fait.

» Un jour, j’aurai l'honneur de vous communiquer tues observations; mais M. Senemaud , l'habile jurisconsulte, attaché tout naguère au parquet de Lyou, auteur de l’article inséré et l’un des plus habiles et zélés assistants, ne laissera pas son travail inachevé.

» Pourquoi n’a-t-ii pu assister à la deuxième opération?

» La science magnétique, dont il est un des adeptes, y aurait encore beaucoup plus gagné.

• Vallbttk. •

Le Phare de la Manche et le Journal de Cherbourg du 13 juin rendent compte des faits suivants :

« Trois opérations fort intéressantes ont été pratiquées à Cherbourg, vendredi dernier, 6 juin, avec un succès complet, par M. le docteur Loysel, assisté de M. le docteur Fleury, aide-major an 6‘J* régiment de ligne, qui lui a prêté le concours obligeant de ses talents et de son expérience. Trois personnes, un homme et deux femmes, mises dans l’état de sommeil magnétique en quelques minutes, par \I. L. Durand et M. Loysel, en présence d'un grand nombre

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de témoins, ont démontré de nouveau, de la manière la plus évidente, qu'on peut, à l’aide de ce moyen, anéantir toute sensibilité dans les organes et éteindre entièrement la douleur. Cet étrange phénomène a produit sur l’assemblée une impression difficile à décrire. Le calme remarquable et l’étonnement des |>atients, qui, à leur réveil, aussi subit que l’avait été l’invasion du sommeil, sont tout surpris de voir terminée une opération si douloureuse; qui n’ont rien senti, rien perçu, et sont restés inertes et immobiles pendant que l’opérateur enfonçait vivement le bistouri dans les chairs, en disséquait les énormes lambeaux et pratiquait la ligature des artères : voilà, certes, un fait bien extraordinaire et qui mérite de fixer de plus en plus l'attention des physiologistes !

» De ces trois opérations, qui, du reste, présentaient le même caractère, la dernière était la plus imposante par la profondeur et l’étendue de la plaie, et avait pour objet l’extirpation d’une masse très volumineuse des glandes et des ganglions situés dans la partie latérale et postérieure du cou. Elle a été pratiquée sur mademoiselle Caroline Leinire, âgée de vingt-six ans, née au Vréiôl, arrondissement de Valognes.

» Ces nouvelles opérations chirurgicales sont la dixième, la onzième et la douzième qui ont été faites à Cherbourg, à l’aide du magnétisme, depuis le mois d'octobre 1845.

* La plupart des phénomènes maguétiques ne se produisent pas toujours avec une constante régularité. Ce qu'il y a d’avantageux dans ce phénomène de l’insensibilité, que tant de personnes ont vu et constaté tout à leur aise, c’est que, lorsqu'on l a une fois développée, ce qui arrive souvent des les premiers es>ais, nulle influence étrangère n’est plus capable alors de la détruire ni même de la diminuer, et qu'on peut la faire durer autant que l’exigent les opérations les plus longues. Il y a quelque chose de bien intéres-

sant à observer dans ce passage instantané de la sensibilité la plus délicate à la torpeur la plus profonde et la plus absolue; mais il y a aussi dans cette invasion soudaine de l'insensibilité autre chose qu’un objet de vaine curiosité. En effet, donner aux chirurgiens, quand il s’agit d’opérations longues et douloureuses, des moyens plus certains de succès, en leur livrant un corps inerte, et pour ainsi dire un cadavre, au lieu d’un sujet toujours très vivement impressionné par la vue des préparatifs et les terreurs de l’opération ; ranimer, à l’aide d’un sommeil paisible et prolongé à volonté, les forces vitales épuisées par une pareille secousse, et prévenir les accidents nerveux de toute nature qui surviennent quelquefois à la suite d’une opération grave et redoutée, c’est, selon nous, réaliser un véritable progrès.

» Étaient présents : MM. Noël Agnès, sous-préfet de l’arrondissement et ancien maire de Cherbourg; Le Maistre, receveur des finances et ancien sous-préfet de Cherbourg; d’Alphonse, colonel du 62*régimentde ligne ; Obéi, D.-M.-P., membre correspondant de l’Académie de médecine; Henry, négociant, commandant de la garde nationale, membre du conseil municipal ; Labbey, D.-M.-P.; Le Seigneurial, juge d’instruction au tribunal civil, membre du conseil d'arrondissement; des Rives, sous-intendant militaire, à Cherbourg ; vicomte de Tocqueville ; Chevrel, avoué, membre du conseil d’arrondissement et du conseil municipal; Hériard, major du 62e de ligne; de Montcla, chef de bataillon au 62*; de Rancourt, id.\ l’abbé Fafin, aumônier du collège; de Viaris, capitaine d’artillerie; Rossignol, avocat, membre du conseil d’arrondissement et du conseil municipal ; Fleury, D.M., aide-major au 62*; Gehen de Vérusmor, rédacteur en chef du Phare de la Manche ; Mangin, ingénieur des constructions navales; Hérouville, D.-M.-P.; Numa Marie, propriétaire, membre du conseil municipal; Rresson,

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ingénieur des travaux hydrauliques; Coutance, directeur des subsistances militaires ; Chevrel, receveur de l’enregistrement; Drouet, avocat; Leroy, directeur des postes; Boissière, propriétaire, membre du conseil uiunicipul ; P. Marie, sous-principal du collège; Jules Duprey, professeur de rhétorique ; Cénoff, professeur de mathématiques spéciales à l'École de marine; Henri Dticlievreuil, capitaine de cavalerie; Édouard Duchevreuil, propriétaire; Le Goupil, commis de première classe de la marine ; Corrard, ingénieur des constructions navales ; Boissière, greffier du tribunal civil ; Hélain, propriétaire; de La Tribonnière, receveur-entreposeur des tabacs; Gregory Cook, esquire; de Roussel, ingénieur de la marine; Delente, directeur des lits militaires; Hippolytade Riencourt, propriétaire; Turpain, percepteur des contributions directes; Dumont-Moulin, avocat; Charles Chevrel, clerc d'avoué; Ravnal, professeur de mathématiques; Lecoq, négociant; Rodrigue*, colonel espagnol; Henri Jouan, lieutenant de vaisseau ; A. Durand, écrivain du contrôle de la marine; Adolphe Lambert, propriétaire; Charles Loysel, notaire; Martin, professeur; Laloë, négociant ; Hippolyte Ijoysel, avocat, docteur en droit; Gustave Lemagnen, négociant ; Le Rendu, ancien notaire; Le Houguais, directeur de l’École primaire supérieure; Feuardent, libraire; Digard, propriétaire; Le Charpentier, régisseur général de M. le comte de Moncel; L’Éveillé, écrivain de la marine; Caillet Sis, entrepreneur de travaux publics; de Riencourt fils; Charles Lemagnan; Leroy; Poitlevin.

» P.S. Aujourd’hui, 10 juin, les plaies résultant des trois opérations sont entièrement cicatrisées, et les opérés se portent très bien. »

Hôpital mesmérique de Calcutta. Premier rapport du docteur Esdaile sur des opérations pratiquées dans le sommeil magnétique.

Le gouvernement ayant approuvé la publication de rapports mensuels sur mon hôpital, comme le meilleur moyen de répandre dans le public des notions exactes sur un sujet qui l'intéresse tant, je fournirai désormais, chaque mois, un résumé de ma clinique, afin que le monde sache ce qui se passe à l'hôpital mesmérique, et que mes relations puissent être corroborées ou contredites sur les lieux, tandis que les faits sont récents dans la mémoire des témoins.

Je ne puis nommer les personnes qui ont assisté aux opérations que je relaie, parla raison que la plupart me sont incounues, mais j’espère qu’elles rectifieront sans scrupule et de bonne foi celles de mes assertions qui seraient contraires à leurs propres observations sur des points essentiels.

Je regrette de n’avoir ce mois-ci rien de nouveau à consigner: la raison en est que le succès obtenu dans l’ablation anesthésique des tumeurs scrotales, si communes en ce pays, attire tous ceux qui en ont, dans un rayon assez étendu, et que le bruit court même dans le public que mon charme n’est applicable qu’à ces cas. Ajoutez à cela que les Indiens ignorent totalement l’efficacité thérapeutique du mesmérisme, et vous comprendrez pourquoi je n’ai rien fait de nouveau depuis mon arrivée à Calcutta. L’horizon bientôt s’agrandira ; à mesure que le public se familiarisera avec le sujet, l’application s’en étendra aux maladies internes aussi bien qu’aux externes, je pourrai alors communiquer des observations plus intéressantes et plus variées.

Dans ce rapport, je vais d’abord exposer les faits du mois dernier, puis je les commenterai.

Doahmony, paysanne, de cinquante ans, est venue de

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Bénurès, le 7 décembre, pour se faire enlever un squirrhe énorme du sein droit. La tumeur apparut il y a deux ans; elle est mobile, dure, élastique; il n’y a point d'engorgement des glandes axillaires ; la santé ne paratt pas trop mauvaise.

Endormie à la 7* mesmérisation, elle fut insensible et un peu cataleptique le même jour. Le lendemain, elle fut endormie de nouveau et la tumeur enlevée aux deux tiers, sans quelle remuât ou parût sentir; mais alors elle s'éveilla et sembla recouvrer ses sens avant la fin de l'opération. Nulle contrainte manuelle ne fut nécessaire pendant l'opération, mais immédiatement après elle entra dans une violente agitation qui obligea de la contenir pour faire la ligature artérielle.

Cette malade est sortie le 29 décembre, sa plaie étant presque cicatrisée.

Ramlochun Doss, tisserand, de Serampore, âgé de soixante ans, porte une tumeur depuis trente ans. Endormi cinq jours de suite avant l'opération, il fut opéré le 1er décembre.

Il ne fit pas le moindre mouvement du corps ou des membres. Un gémissement indistinct s'échappa durant la section du cordon, mais le patient demeura totalement passif et immobile pendant et après la ligature des artères. Son pouls étant très faible par suite du sang perdu, je crus utile de lui administrer un cordial et de l'éveiller.

il fut très difficile à éveiller; il ne voulait pas être dérangé; enfin il ouvrit les yeux, et sa première demande fut pourquoi tant de monde l’entourait.

Il se trouvait bien et dit qu'il sentait une légère chaleur au siège de son mal, ce qui y fil porter la main et savoir que l’opération était terminée.

Sa tumeur pesait 40 livres ; il s'est rétabli sans accident; la plaie sera bientôt cicatrisée.

Katick Doss, laveur, est entré le 6 décembre; il a une tumeur depuis seize ans. Endormi le cinquième jour, il fut opéré le septième. M’étant blessé à la main, je ne pus l’opérer; M. R. O'Shaugbnessy eut l’obligeance de me remplacer. La dissection fut longue et difficile ; le patient resta tranquille jusque vers le milieu de l’opération, mais alors il commença à s'éveiller et l’était tout à fait avant qu’elle fût terminée. Il se plaignit néanmoins longtemps de ne pas voir. — Ce fait singulier se représentera bientôt.

Cet homme a été dans un état très alarmant. Il est survenu de la salivation, de la diarrhée et de la fièvre, mais je pense qu’il est maintenant hors de danger.

J’espère que le lecteur apportera la plus grande attention au récit de l’étrange événement qui suit, dans lequel la nature soulève elle-même un coin de son voile et nous admet à un léger aperçu des mystères de la vie intérieure de l’homme.

Sheik Manick, laboureur, vint de Burwan, le 21 novembre, pour se faire amputer une tumeur énorme. Il est sujet à un accès de fièvre tous les quinze jours, dont sa santé ne parntt pas beauconp souffrir. Nous le comatisâmes dès le troisième jour et nous le fîmes encore les quatre suivants, au bout desquels la fièvre survint et fut suivie de diarrhée, ce qui nous obligea d’interrompre le traitement préventif de la douleur.

La mesmérisation fut reprise le U décembre, mais dans cet intervalle son organisme avait réagi contre l’influence magnétique, et nous fûmes obligés de recommencer tout notre ouvrage. Le retour périodique de la fièvre me décida à profiter de la première occasion favorable à l’opération.

Le 12, ses bras, croisés sur sa poitrine, étaient rigidement fixés dauscette attitude et ne pouvaient être allongés; il était insensible aux piqûres que je lui fis en différents en-

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droits : le moment me parut favorable, et je me mis en devoir de l'opérer.

Je dois noter qu’après avoir éprouvé sa sensibilité, je l’éveillais chaque Ibis pour m’assurer s'il avait conscience des piqûres que je lui avais faites en sommeil.

La tumeur était si volumineuse, que je dus renoncer à l'espoir de conserver les organes profonds; j’opérai comme le docteur Stewart dans un cas analogue (celui de llurromundoo-Lalia, au Native hospital : voyez t. IV, p. 199).

Vers le milieu de l’opération il cria et donna divers signes de souffrance; mais ses exclamations étaient ou inintelligibles ou sans rapport avec son état actuel. Peu de temps après le pansement, il vomit son dernier repas et le pouls devint imperceptible, il répondait avec rudesse et distraction; tout ce que nous en pûmes obtenir c’est qu’il ne voyait pas , quoiqu'il eût les yeux grands ouverts. Lorsque je voulus lui donner un cordial, je trouvai ses dents fortement serrées et ses bras d’une rigidité considérable. Il continua de se plaindre confusément durant une heure environ que je le gardai. — La tumeur pesait 100 livres.

L'opération eut lieu à midi; je retournai le voir à quatre heures. Il dormait profondément: je l'éveillai. Il me dit qu'il était en pleiue jouissance de tous ses sens, qu’il voyait très bien; il pariait haut et ferme comme à son ordinaire. H avait dormi profondément, disait-il, depuis dix heures du matin (moment de sa mesmérisation ) jusqu'à l’instant même. Je lui demandai quand il m’avait vu en dernier lieu : a Uiert répondit-il, lorsque vous ni ave* réveillé comme de coutume. » Il ne se rappelait pas avoir été dérangé, et dit que certainement il n’avait point vomi aujourd'hui. Pressé de se rappeler si rien n'avait troublé sou sommeil, il dit : « Ahl oui, je me rappelle maintenant; j'ai été éveillé un instant par des cousins qui me piquaient, mais je me suis rendormi jusqu'au moment où vous m’avez éveillé. »

S'apercevant bientôt que le poids de son fardeau lui manquait, il se mit sur son séant pour le chercher, et, en voyant l ’état des choses, il exprima la plus grande surprise, disant: » Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu que vous vouliez le faire aujourd’hui? »

Je le priai de se remémorer tous les événements de la journée jusqu’à ce moment. Il le fit minutieusement jusqu a dix heures, passé lesquelles il ne se souvenait que des piqûres des cousins et de son réveil effectué par moi. Il répéta qu il ne m'avait point vu depuis hier. — Il était magnétisé quand j’arrivai à l'hôpital, voilà pourquoi je ne me trouvais pas dans ses souvenirs de l'état de veille. De dix à quatre heures son existence était en hlauc. Je pense qu’il ne s’est poiut éveillé, mais seulement qu’il a passé de la trance mestnérique (extase) la plus intense au somnambulisme (caractérisé par l’absence de souvenir au réveil ), dans lequel il y a eu réveil des facultés instinctives, causé par l’abondance et la soudaineté de l'hémorrhagie, sans que celles de la vie de relation cessent d’élre torporeuses et comme enchaînées jusqu’au moment où je l’éveillai.

La plaie fut cousue le 13 décembre. Ses exclamations durant cette opération ne manquaient plus de sens, mais elles étaient emphatiques et appropriées : il injuriait tout le monde dans les termes les plus expressifs du Bengale. Le rétablissementse fit sans accidents consécutifs, et le 28 il se promenait.

Sheck INeinoo, âgé de trente ans, a une petite tumeur. Venu le à décembre, il a été entranoi au bout de huit jours et opéré le surlendemain.

L'opération a été des plus graves et difficile, à cause de la dureté presque cartilagineuse de la peau et de sou étroite adhérence avec les parties sous-jacentes. Le patient, vers la fin, offrit les signes ordinaires de la douleur: il demanda de l’eau et un punkah ; mais quand il fut complètement re-

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mis environ dix minutes après, il demanda quand et par qui il avait été opéré. — 31 décembre, il va bien.

Il résulte de ce qui précède, que deux, sinon trois des patients, revinrent à eux avant la fin de l’opération ; je regarde le cas extraordinaire de Sheik Manick tout aussi satisfaisant que s’il eût joué le rôle d'un caduvre. Car quand ces mouvements convulsifs, qu’on observe souvent, ne laissent aucune trace dans la mémoire et que nulle partie du corps ne reste douloureuse lorsque la personne s’éveille, de tels cas sont assurément pour tous les chirurgiens des opérations sans douleur. Si un homme n'a nulle conscience d’une opération, et qu’éveillé il ignore son effectuation, comment peut-on la qualifier, si ce n’est indouloureuse ?

Comme praticien, je suis entièrement satisfait si les malades m’assurent qu’ils n'ont rien senti, surtout si chaque parole, regard, action, s’accordent avec leur dire. Pour l’observateur soigneux, ces mouvements vagues, convulsifs, sont tout aussi bien les signes spécifiques et caractéristiques d’un état extraordinaire de l’organisme que la soumission comme cadavérique aux plus cruelles tortures.

Quand la trance (sommeil) n’est pas troublée, les mouvements qui se manifestent sont aussi peu dignes d’attention que ceux d'un cadavre galvanisé ou les sauts d’une volaille dont on vient de couper le cou.

Les nerfs spinaux semblent être seuls irrités, sans que le cerveau ou le système nerveux volontaire participe à cet étal : car il n'y a point acte de volonté sans sensation : and as long as there is no vo/ition, thereis no sensation. Il n’y a de la part des patients nul essai de soustraire la partie à l’instrument, ni de repousser celui-ci avec leurs mains; il est donc tout à fait évident qu’ils n’ont nulle idée de la source de leur malaise. Si la volonié dictait ces mouvements, il en resterait quelque souvenir; mais ordinairement il n’y en a pas. U est, à mon avis, très probable que cette irritabilité

musculaire pourrait être généralement amortie par la prolongation du traitement mestnérique : mais ça n’en vaut pas la peine, car le corps ne souffre pas plus que quand il n’y a pas un frisson. Bien convaincu que ce qui précède est vrai, j’ai toujours agi en conséquence. J’arrive maintenant à nn fait également pratique, dont la découverte m’a coûté la plus grande partie du mois dernier.

Ce n’est certes pas un faible triomphe pour la science, ni pour l'humanité un don de mince valeur, que de rendre des hommes insensibles, ne fût-ce qu’à la moitié des horreurs de terribles opérations ; mais, habitué depuis longtemps à épargner à mes patients toute notion des tortures que je leur infligeais, je fus très vexé des deini-succès obtenus le mois dernier. Un seul mois ayant offert autant de résultats imparfaits que les dix-huit précédents, je soupçonnai l’existence de quelque influence perturbatrice, qui m’aurait échappé ou inconnue, et je résolus de ne pas avancer que je n’eusse découvertla cause de ce trouble. Durant l'été, les malades sont mesmérisés tout nus et opérés de même; mais le mois dernier on les magnétisa sous un drap et deux couvertures, le visage étant seul découvert. Après s’étre assuré de leur insensibilité dans la chambre à magnétiser, on les portail sur leurs lits dans celle à opérer, traversée du nord au sud par un courant d’air froid, dans laquelle on les exposait tout nus, afin que les assistants vissent tous leurs mouvements. J’ai remarqué en plusieurs occasions que cette ex position du corps à l’air froid étai t i mmédiu tenien t suivie d’une inspiration profonde et de mouvements involontaires, quoique ces personnes eussent été, l’instant d’avant, absolument indifférentes aux plus grands bruits, aux piqûres et pincements. L’action démagnétisante du froid artificiellement appliqué m’étant familière, comme on peut le voir dans mon Mesmerisme in India, il paraîtra surprenant que je ne me sois pas mieux tenu en garde

5D/t c.orns ntc magnétisme;.

contre lui connue agent naturel. Ma seule excuse est lu stupéfiante influence d’une routine heureuse; l'échec, reconnu instruit souvent plus que le succès.

Je suspectai le froid d’être l’ennemi secret de 1 oeuvre, et je me rois immédiatement en devoir de m’en assurer par des expériences directes. Deux hommes préparés à être opérés furent soumis à la série d’épreuves qui suit :

Mothoor, portefaix à Cuttack, est alfecté d’une tumeur ordinaire.il m’a été envoyé par son frère Bogob un Doss, que j ai délivré d’une tumeur de 50 livres, il y a un an, à Hooghly.et qui in’aaussi env oyé Murali Doss, que j’ai opéré devaut lu commission mesmérique, dans Native hospital.

Mothoor, endormi le 27 décembre, fut soumis à l'action de la machine électro magnétique à aimant centrai intérieur; ses mains et sou corps tremblèrent synchroniquement avec les chocs, mais son attitude resta parfaitement calme; au bout de dix minutes, sa tête se tourna convulsivement de côté, mais ses traits n'en furent point altérés et il continua de dormir.

En lui prenant les bras, je vis uneclocheàl'und’euxîj’y fis une incision cruciale suns qu’il frémit le moins du monde. On le transporta alors avec ses couvertures, et son lit fut placé à la porte nord de la salle à opérer; les couvertures et le drap furent subitement enlevés, ce qui l’exposa nu à l’air froid: au bout de deux minutes euviron il frissonna de tout le corps, la respiration se troubla, et il chercha à droite et à gauche ses couvertures, mais dormant toujours; on les lui approcha, et il s'en couvrit, ou plutôt s'en empaqueta avec la plus grande satisfaction, quoique toujours dormant. On rapporta le lit dans la chambre à magnétiser, où on l'éveilla par le procédé ordinaire. 11 dit qu’il avait dormi profondément, sans réver, et venait de s’éveiller en sentant le froid. Quand on lui montra la plaie du bras, il en fut grandement étonné, et dit qu’en dormant il avait sans

doute lieurté l'ampoule contre quelque chose qui l'avait crevée.

Le lendemain, une nouvelle application de la machine électro- magnétique l’éveilla.

Le 29, magnétisé davantage, il resta immobile plusieurs minutes à l’air libre, puis il frissonna partout ; sa respira* lion devint irrégulière, et il s'éveilla immédiatement avec la pleine jouissance de ses sens. Le froid, disait-il, l'avait éveillé.

Le 30, je couvris d'acide nitrique sa plaie du bras; la chair blanchit aussitôt, mais il ne tressaillit pas le moindrement; une épingle fut aussi enfoncée et laissée dans la chair entre les doigts, sans qu'il s'en aperçût. Il fut alors porté à l’entrée de la porte nord, où il s'éveilla au bout d'une minute d’exposition à l’air. Il dit encore que le froid l'avait éveillé.

L’épingle fichée entre ses doigts l'intrigua beaucoup; il l’arracha en manifestant autnni de douleur que le feraient la plupart des gens en pareille occurrence. On lui montra ensuite sa plaie blanchie; il parut à l'instant en souffrir grandement, comme tous ceux dont une plaie vive est mise en contact avec des acides minéraux : la douleur était si aiguë, que j’ordonnai de lui fomenter le bras avec de l’eau chaude.

Un poêle fut commandé pour la salle des opérations.

Le 31, la salle étant agréablement chauffée, je l'opérai devant une nombreuse assistance, en ne découvrant que les parties malades. L'opération fut grave et longue, è cause de la dureté excessive de la masse informe et de sa forte adhérence aux organes délicats qu’elle couvrait. Aucnn souffle, pas le moindre tressaillement sous l’instrument; les seuls mouvements observés furent, m’a-t-on dit, quelques légères contractions du front et des orteils.

Environ dix minutes après la ligature des artères, il s’éveilla comme naturellement, se délira, se plaignit d’avoir

les cuisses et les bras roides ; et en voyant son frère, Bogobun Doss, il le pria de les lui masser. Il dit qu’il avait très bien dormi, que rien ne l’avait troublé et qu’il n'éprouvait nulle douleur. La plaie lui fut alors montrée ; il en exprima la plus grande horreur et crainte, s’écriant qu’elle le faisait souffrir terriblement. Un instant après, je lui demandai si Bogobun Doss lui avait dit vrai : « Oh ! oui, répondit-il, ça s’est fait exactement comme il me l’a décrit. »

Chaud-Khan, âgé de trente-cinq ans, a la même affection. Nous commençâmes à le magnétiser le 8 décembre ; le 25, il était insensible aux piqûres. Le 27, on porta son lit à la porte du nord. Je l’appelai très haut et arrachai une pincée de sa moustache sans qu’il s’émût. Alors j’enlevai les couvertures; en moins d’une minute il frissonna, soupira profondément, comme une personne qui sort d’une douche froide ; chercha avidement à se couvrir et souleva ses paupières avec effort, mais en vain. Il s’éveilla bientôt et dit que c'était par le froid.

Le 28, il fut de nouveau exposé à l’air froid. Après les frissons, la recherche des couvertures, qu’il ne trouva pas, comme la vieille, il se pelotonna comme un hérisson, fit des efforts pour se reconforter, puis s’éveilla bientôt, disant que c’était le froid.

Le 30, il se comporta absolument de même.

Le 31, je lui enfonçai une épingle dans le nez et l’y laissai un moment avant de le découvrir. Il s’éveilla comme les jours précédents. En se levant il se frotta le nez, et l'épingle en sortit, à sa grande surprise. Lorsqu'il fut levé, je lui piquai de nouveau le nez, il le sentit aussi vivement que qui que ce fût.

Le lendemain, il fut opéré sans s’en apercevoir, et quoique l'opération fût moins formidable qu’on ne s’y attendait, elle fut très curieuse.

Des faits qui précèdent je me crois autorisé à dire qu’il

a été démontré que les malades en trance magnétique peuvent être insensibles :

1° Aux grands bruits ,

2° Aux piqûres et pincements douloureux ,

S° A la dissection des tissus enflammés,

U° A l'application d’acide nitrique sur les chairs vives,

5° A la torture d'une machine électro-magnétique,

6° Aux plus douloureuses opérations chirurgicales, et cependant être rappelés à leur entière connaissance par l’exposition du corps à l’air froid durant quelques minutes.

Toutes les personnes admises le mois dernier pour être opérées ont été amenées à l’état mesmérique voulu, hors une.

James Esdaile, M. D.

Hôpital magnétique de Calcutta. — Second rapport de la commission nommée par le gouvernement pour examiner les opérations chirurgicales faites par te docteur J. Esdaile sur des malades soumis à l'influence d’un agent supposé, dit mesmérique.

Voici l'histoire de ce rapport qui nous parvient imprimé par ordre du gouverneur du Bengale. En janvier 1846, M. Esdaile adressa à YÉcole de médecine la relation de soixantequinze opérations pratiquées sans douleur, offrant en même temps de donner toute facilité aux personnes qui voudraient observer ce phénomène. On ne lui accusa pas même réception de sa lettre. Ce procédé dédaigneux, si semblable à ceux des Académies envers Mesmer, ne le découragea pas; il publia dans l'Englisman le résumé de sa pratique, puis il partit pour l'armée, où ses devoirs de chirurgien l’appelaient. Lorsqu'il eut réuni cent deux cas d'insensibilité à la douleur, il en adressa le rapport direct au gouvernement, lui offrant

COURS DE MAGNÉTISME

de convaincre de la réalité de ces faits un certain nombre de personnes dans lesquelles on aurait confiance. Le gouverneur, vu ce mémoire , nomma une commission , « to observe and report upon sur y ica l operations to be performed by docteur Esdaile in tbeir presence, • dans la composition de laquelle il fit entrer trois personnes bien connues par leur hostilité au mesmérisme, d’après ce principe que la conversion d’un pécheur est plus convaincante que le salut de mille saints.

Ces commissaires étaient : J. Atkinson, esq., inspecteur général des hôpitaux, président de ta commission ; E.-M. Gaudon, esq.; J. Jackson, esq., chirurgien de Native Hospital ; D. Stewart, esq., docteur- médecin, chirurgien de la présidence; W.-B. O’Shaughnessy , esq., secrétaire-rapporteur; James Hume, esq.; A. Rogers, esq.

Ces messieurs se mirent immédiatement à l'œuvre, et, le 9 octobre dernier, ils adressèrent au gouvernement leur rapport, dont nous allons traduire les passages essentiels, les conclusions étant déjà connues de la plupart de nos lecteurs par les extraits que nous avons donnés de divers journaux anglo-indiens. Nous espérons qu'on ne nous saura pas mauvais gré du développement que nous donnons à cette partie de notre publication : les magnétiseurs de tous les pays sont frères, et leurs travaux doivent être partout connus. D’ailleurs, l’érection de Mesmeric Hospital a été pour le magnétisme le signal d'un immense progrès, le point de départ d’une ère féconde dont nous devons suivre tontes les phases; c'est pourquoi nous renvoyons simplement à notre épigraphe les esprits étroits qui nous accusent d'anglopbilie. Ce petit avis donné, commençons.

« Le docteur Ksdaile, dit le rapport, stipulu, avant de commencer, qu’il voulait avoir : 1° la direction médicale de l'hôpital, quel qu'il fût, où se feraient les expériences proposées; ‘2" les infirmiers qu’il employait comme magnéti-

seurs à Hooghly ; 3° une séance de la commission chaque jour. Il répéta, en outre, son intention formelle de borner strictement ses expériences aux indigènes de la classe habituellement reçue dans les hôpitaux, et refusa d’exécuter lui-méme Ie3 manipulations mesmériques, se basant éur le double motif que c’était inutile et contraire A sa santé.

» La commission s’est réunie quatorze fois, une par jour, comme il était convenu, et a observé dix cas de chirurgie pris par M. Esdaile sur la totalité de salles du Native Hospital et nécessitant tous des opérations plus ou moins graves.

» Tous ces patients étaient des indigènes, indous et mahométans, de dix-huit à quarante ans, présentant tous les degrés de santé, depuis l'émaciation extrême jusqu'à la force ordinaire. Leurs maladies sont spécifiées dans le tableau ci-anoexé.

Liste des patients soumis aux expériences mesmériques du docteur Esdaile.

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