‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 42 sur 59 · LA MAGIE DANS L’INDE · texte numérisé non relu

LA MAGIE DANS L’INDE

Je devrais terminer ici mon enseignemeut ; assez de faits, assez de vérités y ont été répandus pour satisfaire les esprits les plus rebelles. L'existence d’un principe nouveau dans la science est mise hors de toute contestation. Mais la matière est inépuisable, et il faut encore que vous sachiez que tout ce que je vous ai enseigné conduit à la magie, à cette science qui fut jadis le patrimoine exclusif des chefs d’empire et des pontifes, et qui plus tard, il est vrai, fut en abomination ; mais déjà les temps n'étaient plus les mêmes, la lumière avait baissé d’un degré.

Si l’on nous demande à quoi bon cette science, nous répondrons : Elle nous donne la clef de toutes les allégories religieuses, qui sont pour nous des énigmes inexplica-

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blés, et elle nous apprend à connaître les rapports qui existent entre la nature et le Créateur, entre l'esprit et la matière, et entre les différentes classes des choses créées. Si ces motifs ne sont pas assez intéressants pour engager les savants modernes à s’en saisir, alors il sera égal à l’homme d’être stupide ou ingénieux, ignorant ou érudit, d’être emprisonné dans les bornes étroites d’une intelligence lourde et matérielle, ou d etre élevé par le génie jusqu’au pied du trône de l’intelligence suprême.

Le magnétisme réhabilitera un jour la magie, mais c’est toujours avec crainte que de notre temps on doit en parler; moi-mémejeredoutelesdivulgations sur ce sujet, et je laisse à la pénétration de mes auditeurs le soin de faire des rapprochements entre les faits anciens et les faits nouveaux, et de s’initier eux-mêmes à l'art occulte.

Voici un curieux fragment sur la magie, extrait d’uue brochure intitulée: Mesmerism in India, by James Esdaile, M.-D. London, 1846, 1 vol.

M. le docteur Esdaile, chirurgien civil au service de la Compagnie des Indes orientales, nous apprend, en commençant son livre, qu’il s’est fait l’apôtre du magnétisme animal dans ce pays par ennui de la vie qu’on y mène. Magnétisant donc pour se distraire et sans grande connaissance du sujet, il papillonna quelque temps sur les secrets que le mesmérisme dévoile, sans intention de les approfondir ; mais une fois sur la pente, son spleen s’est changé en prosélytisme, et en moins de deux ans il est parvenu à faire décréter l’établissement d’un hôpital magnétique, celui de Calcutta. Qui pouvait, d’un motif aussi futile, attendre un résultat pareil ? Celui qui prend la voie de la nature ne sait jamais où il s’arrêtera.

Après avoir reconnu que la propriété magnétique est commune à tous les hommes et constaté la grande accessibilité des Bengalais à cette influence, M. Esdaile vint à

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penser ipie les magiciens et autres charmeurs dont l'Inde regorge n'étaient cjue des magnétiseurs, ignorant ou déguisant la cause de leur action. L’occasion d’éclaircir cette question se présenta bientôt, et nous allons voir par l'extrait suivant que cette opinion n’est point une vaine spéculation, mais que le mesmérisme est actuellement pratiqué dans l’Inde, où probablement il est connu de temps immémorial.

« Le 9 juin 1865, j’eus l'honneur d’être présenté à un des plus fameux magiciens du Bengale, très renommé pour guérir l’hystérie. Il avait été appelé auprès d’uue de mes malades atteinte de cette affection, mais il arriva trop tard : le magnétisme, mon charme à moi, avait opéré un plein succès. A ma requête, Baboo Essauchunder Ghosaul, magistrat suppléant de Hooghly, me présenta à lui comme un confrère distingué, ayant étudié la magie en différents lieux de l’univers, mais surtout en Égypte oü j’avais appris des mollahs, fakirs, etc., les secrets du grand Sooleyman, et que je désirais vivement m’assurer si son charme était identique avec le mien, parce que les hakirns de l’Enrope, sachant que toutes les sciences sont venues de l Orient, ont la plus haute estime pour les sages de cette partie du monde.

» Je lui proposai alors d’échanger nos secrets; mais ce ne fut qu’après beaucoup de sollicitations qu’il consentit à me montrer son procédé pour calmer les douleurs. Il fit apporter une potée d’eau, un rameau qui conservait deux ou trois feuilles, et commença à marmotter, éloigné du patient d’environ deux pieds. Bientôt il plongea l’index dans l’eau, dont il lança, à l'aide du pouce, quelques gouttes sur la face de la malade ; puis il prit les feuilles et les promena lentement, de la tête aux pieds de la personne, ses doigts effleurant le corps. U me dit de continuer cette pratique durant une heure, ou plus, s’il était nécessaire; ce

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qui nie prouva que si ces charmeurs fout jamais du bien par de tels moyens, c'est qu’ils magnétisent sans le savoir.

» Je me déclarai convaincu de la grande efficacité de son cbanne, et lui dis que j’étais prêt à lui communiquer le mien, mais qu'il le comprendrait mieux si je l’exécutais sur sa propre personne. Après quelques difficultés, nous le décidâmes à se coucher, et pour donner une solennité convenable à mon opération, j’entonnai, sous forme d’invocation, le choeur du Roi des iles cannibales! Ensuite je le priai de fermer les yeux, ce qu’il 6t en serrant fortement les paupières pour que je ne trouvasse pas entrée au cerveau par cette ouverture. Au bout d’un quart d’heure il sauta brusquement, disant qu’il sentait quelque chose de désagréable qui venait sur lui et qu’il désirait s’en aller ; cependant on l’engagea tellement à se recoucher, qu’il se laissa persuader, et je vis bientôt les muscles d’autour de l’œil graduellement se relâcher, ses traits devenir calmes et tout son être tranquille. J’étais sûr d’avoir pris à l’improviste mon frère magicien. Mais cette sieste obligée dura peu ; au bout de quelques minutes il s'éveilla en sursaut, se leva brusquement, prit sa tête entre ses mains, disant qu’il se sentait ivre, et je ne pus venir à bout de le faire recoucher : abat, excessif, euasit, erupit !

• Le lendemain je le revis et lui dis : « Eh bien! vous » avez été trop fort pour mon charme, hier soir; je n’ai pu » vous endormir. — Oh! si, Sahib, répondit-il, vous m’avez » endormi, je l’avoue; il m’est acquis que vous le pou- » vez. »

» Un gentilhomme présent à cette opération reconnut immédiatement l’identité des deux procédés, et m'avoua qu’il avait été ainsi magnétisé saus le savoir par l’un des magiciens des environs qui l’avait grandement soulagé d’une douleur à la jambe. Mais son charmeur, outre la

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traîne des feuilles, soufflait avec soin sur la partie douloureuse. On voit donc que les bienfaits du mesmérisme sont connus dans ces contrées, et le secret s’en est probablement transmis depuis la plus haute antiquité dans certaines familles ou certaines castes. On verra même, par la curieuse histoire que je donnerai en parlant du somnambulisme, que le mal, comme le bien du magnétisme, est connu, et que des gens le pratiquent dans un but répréhensible. »

Ici l’auteur passe en revue les objections favorites de nos adversaires, qu’il réfute avec des arguments puisés dans l’ordre physique et dans l’ordre moral, offrant ainsi une double solution, scientifique et religieuse, qui satisfait à toutes les exigences. C’est la pratique philosophique de l’œuvre; la nature, les avantages et les dangers du magnétisme y sont appréciés dans un sens équitable. * Ce pouvoir, dit-il, émane pur du Créateur et n’est perverti que par la créature. Or, l’objet de la vie humaine étant de séparer le bien du mal, d’éprouver toutes choses pour s'approprier celles qui sont bonnes, pourquoi ne ferait-on pas de même à l’égard du mesmérisme, puisque la tendance de tout agent dépend de la direction qu on lui donne, et que c’est l'abus et non l’usage qui en est à craindre?

Le parallèle des phénomènes spontanés et provoqués est la méthode de l’auteur ou la base de l’œuvre. Toujours M. Esdaile fait précéder la description d’un état magnétique par celle de son analogue, produit constant d’agents physiques ou chimiques, ou bien résultat accidentel de causes morales ou morbides. Puisant presque toutes ses preuves dans l’observation médicale, à des sources connues et incontestables, il fait, par ce rapprochement de semblables, cette comparaison d’effets naturels et artificiels, l'éducation physiologique des magnétiseurs et la conquête magnétique des médecins. C’est assurément le meilleur plan qu’on puisse suivre, puisqu’on bat ses ennemis avec

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leurs propres armes, et nous devons le dire, il n’en a jamais élé fait aussi bon usage que dans Mesmerism in India. Citons un exemple qui mette en relief cette manière d’exposer les faits.

A 1 article Somnambulisme , après avoir donné les diverses définitions de cet état observé par les auteurs classiques, M. Esdaile narre les faits suivants :

« Dans les premiers jours de juin 1865, je vis, en traversant le bazar de llooghly, un rassemblement considérable devant le bureau de police. J'en demandai la cause; il me fut répondu qu'on venait d'arrêter un homme qui volait un enfant, et que les parties étaient dans le corps de garde. Ce qu'entendant, j’entrai aussi, et je vis un garçon de dix à douze ans assis sur les genoux d’un homme qu’on disait son libérateur. Il avait l’air hébété, à moitié stupide et un œil gonflé; c’est pourquoi j’ordonnai de le conduire à l’hôpital. Alors on me montra l’accusé : il me dit qu’il était barbier, et, à l’appui de son assertion, me présenta un paquet qui contenait ses outils. J’examinai très soigneusement ce paquet, mais je n’y trouvai rien autre chose que les instruments ordinaires d’un barbier.

» Ce garçon reprit bientôt connaissance, et me raconta, avec l’apparence de la plus grande bonne foi et sans hésiter nullement, le fait suivant, récit que je lui ai entendu répéter devant le magistrat et sans aucune variation. Il déclara qu'étant allé le matin dans un champ voisin de la maison, un étranger quitta le chemin pour venir à lui, et luborda eu marmottant des charmes, lui prit la main, et presque aussitôt lui passa l'autre transversalement devant les yeux. Là-dessus il perdit connaissance, et se souvient seulement que cet étranger l’emmena, mais sans contrainte; il se sentait obligé de le suivre. Quand il revint à lui, il était à la porte de Chandernagor, à deux milles du lieu où cet homme l’avait accosté. Il n’eu suvait pas davantage.

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» Il n’avait ni bu, ni mangé, ni fumé avec cet homme; et son mattre, ses amis, disaient tous que c’était un garçon adroit et d’une conduite régulière, n’ayant jamais eu d’attaques de nerfs ni de promenade nocturne.

» J'ai examiné ensuite l’homme qui disait l’avoir délivré, et son témoignage fut que le matin en question, ayant rencontré ce garçon, qu’il connaissait très bien, suivant un étranger, il l’arrêta et lui demanda ce qu'il faisait là. Mais celui-ci, qui avait l’air d’un idiot, ne lui répondit point. Alarmé de le voir en cet état, il lui jeta de l’eau à la face, et chercha par divers autres moyens à lui rendre l’usage de ses sens, ce à quoi il parvint à la fin. Alors le garçon, interrogé de nouveau, répondit qu’il ignorait pourquoi il était là ; qu’il était obligé de suivre cet homme qu'il ne connaissait pas; et qu’après avoir dit cela, il était tombé et s’était meurtri l’œil. Dans cet intervalle l'homme s’enfuit, mais il fut arrêté et conduit à Hooghly.

» J’appelai enfin le barbier, qui, à son tour, déclara avoir rencontré sur la route cet enfant, qui avait l’air stupide et pleurait, disant qu’il avait perdu son chemin; sur quoi il l’avait engagé de le suivre jusqu’au bureau de police, où il trouverait quelqu’un pour le reconduire à son domicile.

» La divergence des récits et la nature étrange du fait arrêtèrent fortement mon attention; je désirais vivement savoir de quel côté était la vérité. Le métier de cet homme d’abord éveilla mes soupçons ; j’avais ouï dire que les barbiers de ce pays pouvaient endormir en exerçantleurs fonctions ennuyeuses, et le bruit court dans toute lacontrée que diverses personnes, des femmes surtout, ont été obligées de suivre des gens qui les avaient charmées. Les barbiers, me disais-je, sont dans tous les pays des gens observateurs et artificieux ; leur occupation les met en contact avec les surfaces les plus accessibles à l’influence magnétique; il est possible qu’ils aient le secret de cette influence depuis les

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temps les plus reculés, et peut-éire leur a-t-elle été révélée comme un mystère de leur art. Mais n’importe comment je m’y prisse, je ne voyais que deux voies pour sortir de ce dilemme : c’était du somnambulisme ou naturel ou artificiel ; et si c’était le dernier, quelle pouvait être la cause autre que le magnétisme? »

La nature, toujours une, s’offre constamment la même, soit qu'on l’observe sur les rives embaumées du Gange ou dans les brumes de la Tamise, sous le ciel enflammé de la torride ou dans les plaines glacées du Nord : partout l'intelligence retrouve tout dans tout. M. Esdaile dit que lu clameur publique accuse dans toute l'Inde des rapts pareils a celui qu’il rapporte. Voyons nous-même si ce fait est isolé, si nulle part on n’en trouve la trace.

On lit dans le Glaneur indou-cliinois, journal de Molacra, du 2 juillet 1820 :

« La curiosité publique a été vivement excitée depuis quelques jours par la découverte d’une bande de voleurs d’enfants des deux sexes. Cette découverte a été faite par le zèle d’un tisserand en soie, qui, en se promenant dans les rues de Canton, reconnut l’enfant de son maître, qui avait disparu depuis quelques jours. L’enfant tourna sur lui un regard stupide et refusa de le reconnaître.

» Le tisserand remmena de force citez son père. Il restait toujours comme sous le clmnrie de la stupidité; mais on n’eut pas plutôt appelé les prêtres dcUuddiia, et pratiqué les cérémonies efficaces célébrées en pareille occasion, que le charme disparut, et l'enfaut, versant des larmes abondantes, reconnut son maître et son p ’ re. L’affaire et le miracle furent immédiatement communiqués nu gouvernement, qui fit cerner le rendez-vous des voleurs d’enfants. On trouva six hommes et trois femmes, qui faisaient ce métier depuis plus de vingt ans; ils avaient enlevé, pendant cette époque, plusieurs milliers déniants, ii n’en restait plus que dix «laits la

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maison, tous sous l'influence du même charme stupéfiant, <|ui disparut, comme celui jeté sur l’enfant du tisserand, par les prières et cérémonies des prêtres de Buddha. »

Comparez cette narration avec celle qui précède, et vous verrez que ce sont les mêmes faits qui, jusqu’aux expressions pour le rendre, sont identiques. Et les prêtres de Buddha ne remplissent-ils pas ici l’office des exorcistes juifs et des fakirs persans? Charme, sort, torpeur et possession sont enfants du même père; mais quel est-il? C’est ce que nous allons voir.

Il appert du témoignage des voyageurs qui ont le mieux exploré l’inde, que des voleurs, appelés thugs ou bheels, se servent de manipulations réfléchies, magnétiques, qui facilitent leurs larcins. On lit à cet égard, dans les Lettres de Victor Jacquemont :

« Ils tourmentent le sommeil par des bruits, des attouchements, et font prendre aux corps, à tous les membres, la position qui convient à leur dessein. »

M. le comte de Warren est plus explicite encore:

« Ils vont, dit-il, jusqu’à vous dépouiller, sans interrompre voire sommeil, du drap même dont vous dormez enveloppé; ceci n’est point une plaisanterie, mais un fait. Les mouvements du bheel sont ceux du serpent. Dormez vous dans votre tente avec un domestique couché eu travers de chaque porte, le bheel viendra s'accroupir en dehors, à l’ombre et daus un coin, où il pourra entendre la respiration de chacun. Dès que l’Européen s’endort, il est sûr de son fait : l'Asiatique ne résistera pas longtemps à l’attrait du sommeil. Le moment venu, il fait à l'endroit même où il se trouve, une coupure verticale dans 1a toile de la tente; elle lui suffit pour s'introduire. Il passe comme un fantôme sans faire crier le moindre grain de sable. Il est parfaitement nu et tout son corps est huilé. Un couteau-poignard est suspendu à son cou : il se blottira près de votrecouche ; et avec

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