‹ Traité complet de mécanique appliquée aux arts, contenant l'exposition méthodique des théories et des expériences les plus utiles pour diriger le choix, l'invention, la construction et l'emploi de toutes les espèces de machines;Chapitre 4 sur 94 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Archimède estimait plus ses travaux purement géométriques que les utiles inventions mécaniques dont il est l’auteur; la postérité ri’a pas ratiüé ce jngemeut ; et il doit plus sa haute renommée à la défense de Syracuse , à fînveqlioû delà vis hydraulique et de la ‘balance hydrostatique qua ses recherches sur la géométrie des solides et sur les section^ coniques , quoique trèsdignes d'élogeg. •

Il n’est peut-être pas inutile de jeter rapidement un coup d'œil sur les causes probables qui ont pu retarder les progrès de la Mécanique-pratique malgré sa haute importance. J’en distingue d’abord deux principales. Premièrement , la solution de la plupart des problèmes qui lui appartiennent exige la connaissance d'une foule de petits détails qui semblent au premier abord minutieux et futiles, mais qui eu effet sont si nécessaires, qu’on ue saluait approcher de la perfection qu’au moyen de leur réunion complète combinée de la manière la plus avantageuse. Souvent la plupart de ces détails sont inconnus aux savaqs, qui les croient d’une classe trop vulgaire pour en faire un objet d’étüde. Il résulte de là qu’ils s’appliquent rarement à la mécanique-pratique ; et quand ils le font, leurs recherches n'ont pas toujours le degré d’utilité désirable.

Secondement, les praticiens, à qui cgi dét»d« 'sont familiers., négligent ou ignnryp l^ii iluim in Tpii ponrraient leur indiquer les défauts des méthodes quils suivent, méthodes que souvent ils n’ont adoptées que par pure routine , et dont ils se servent aveuglément , sans savoir eu apprécier les avantages ni les incoqyéniens.

A ces deux causes on peut en ajouter une troisième; c’est la défaveur que font rejaillir sur les perfection nemens utiles cefc essaims d’inventions ridicules ou insignifiantes qui pullulent tous . les jours, fécondées par l'ineptie de personnes ignares qui ont la manie de sé croire mécaniciens npr inspiration ; semblables en tout aux alchimistes de ridicule mémoire, gomme eux , ils consomment laborieusement leur temps en vaines recherches et négligent leur profession; comme eux, ils perdent souvent leur bien et leur tranquillité , en poursuivant avec opiniâtreté un chimérique espoir de fortune. » .

Un préjugé vulgaire tend à les affermir dans leurs folles

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visions. On croit communément que les pins grandes découvertes mécaniques sont dues au hasard ; que des mécaniciens célèbres, tels que Ferracirui, ZaAaglia, Ramequin et plusieurs autres n’avaient aucunes connaissances théoriques ; et enfin , que de fameux mathématiciens ont échopé lorsqu’ils ont voulu opérer par. la pratique. • ‘ •

On ne saurait nier que le hasard se plaise quelquefois à dévoiler d’importans phénomènes , et des effets utiles échappés aux laborieuses investigations des savans ; mais il faut pour cela que les causes productives soient d'une très-grande simpli-’ cité ; il faut qu’indépendantes de toute proportion fixe et déterminée, elles n’exigent aucune préparation préliminaire. C’est ainsi que le mélange fortuit de quelques substances a donné naissance à d’importantes combinaisons chimiques. C’est ainsi que deux verres lenticulaires, placés sans dessein parallèlement à quelque dislance , et dirigés vers un point éloigné , ont indiqué le principe des lunettes d’approche. Toutes les fois que cette simplicité n’existera pas ; toutes les fois que des causes nécessairement compliquées requerront le concours de plusieurs circonstances combinées suivant des lois données, il est absurde de supposer que le hasard puisse avoir aucune influence.

Si le hasard ne peut produire des découvertes que dans des cas extrêmement rares , quel est donc l’aveuglement de ces hommes dénués de connaissances qui s’obstinent à vouloir tenter ce que les savans les plus habiles ont jugé impraticable ? quelle est leur manie*de se flatter d’obtenir sans lumières ce qui exige l’emploi des théories les plus subtiles et les plus exactes ? Leur démence n’est pas moins ridicule que celle d’uu rustre ignare qui voudrait composer un poème épique j ou bien , -d’un barbouilleur sans principes de dessin, qui se flatterait de rivaliser avec Gérard ou David.

Des mécaniciens fameux étaient, dit-on , dénués deconnaissances théoriques. Avant de répondre a cette objection , il est Nécessaire d’énoncer quelques, principes , et de donner quelques définitions. Qu'est-ce qu’une théorie? Une théorie n’est autre chose que la réunion régulière, que l<*nchaînement méthodique de tous les faits relatifs à un effet quelconque naturel ou artificiel ; et ces faits sont donnés par l’expérience. . *

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Une théorie peut s’acquérir de deux manières : par letude, et par une longue expérience , dirigée- par un esprit juste et pénétrant.

Il y a autant de théories que d’effets naturels ou artificiels.. La connaissance d’une de ces théories ne suppose pas nécessairement celle d’aucune autre , quoique plusieurs aient de l’affinité et une espèce de filiation commune.. .

Sans doute Zabaglia, Ferracina et Rennequin ne possédaient que des connaissances très-circonscrites , qui ne s’étendaient pas au-delà de la mécanique-pratique , et qui même n’en embrassaient qu’une branche particulière. Ils ri’ofit jamais tenté de franchir ces bornes étroites; mais ils connaissaient profondément la théoYic complète, exacte et solide de la partie à laquelle ils s’étaient uniquement consacrés: ils ne l'avaient point acquise pûr l’étude ; la seule expérience leur avait dévoilé to’us les faits relatifs de quelque importance , tous les détails de quelque utilité. La pénétration de l’esprit , la justesse du jugement avaient disposé ces faits dans leur entendement suivant leurs dépendances mutuelles. Le peu d’étendue de leurs connaissances a peut-être contribué à leur donner plus de profondeur. 11 est cependant permis de croire qu’une somme plus considérable de connaissances ne leur aurait pas •iuUlUu .~Tt les aurait mis à même de rendre dé jïTIfs grands services aux sciences et aux arts.

La mésaventure de quelques mathématiciens habiles qüi ont échoué dans des opérations pratiques ne prouve aucunement que les sciences abstraites soient inutiles, comme quelques praticiens peu instruits affectent de le dire ; mais elle prouve seulement que ces sciences par elles seules ne peuvent suffire pour diriger les opérations pratiques ; et que, pour être fructueuses, il faut qu elles soient combinées avec les connaissances expérimentales. C’est en réunissant intimément les unes et les autres qu’on peut se flatter d’obtenir -des résultats réellement utiles et s^tisfaisans. , *" ' •

' IVous conclurons, de ce qui précède , que nul ne peut prétendre de perfectionner ou d'étendre le domaine de la science , qu’après avoir acquis las connaissances nécessaires par l’étude , ou parune pratique éclairée et non routinière. Si vous êtes animé d’une tendance extraordinaire vers la mécanique, si le génie

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tous enflamme, si enfin la nature vous a gratifié de ce don si rare quelle n’accorde qu’à quelques êtres privilégiés ; sachez que le génie est sans doute un germe très-précieux , mais qui exige une culture soignée pour fructifier; sachez que si ce germe est confié à un terrain inculte, il sera probablement étouffé par les herbes parasites et malfaisantes ; et si , doué d’une vigueur extraordinaire , il parvient à se> développer et à produire des fruits, ces fruits , âpres et sauvages, n’auront jamais cette beauté admirable , cette saveur exquise qui ne s’obtient que par la culture, et qui est la récompense réservée à l'habileté et à fa patience du bon cultivateur.

Si l’on remarque avec surprise que l’évidente vérité que nous venons d’énoncer soit sans cesse méconnue , et que l’étudc de la Mécanique -pratique Soit négligée par les personnes qui devraient s’y appliquer avec le plus d’ardeur, attribuons -le aux difficultés multipliées dont cette étude a été jusqu’à présent environnée. Les vastes connaissances qui lui appartiennent sont encore éparses sans ordre et sans liaison. Personne ne s’est avisé de les réunir, de les classer et d’en former un corps de doctrine méthodique et régulier. Je me suis imposé la tâche de remédier à ce défaut autant que mes faibles moyens me le permettront. J’essaierai donc de disposer ces connaissances de telle manière qu’on puisse en reconuaitre la dépendance mutuelle , les com-

Ïarer avec facilité , en acquérir des idées claires et durables.

’our arriver à ce résultat, j’ai cru qu’il était nécessaire de rechercher d’abord soigneusement tous les effets que les machines peuvent produire , et les diverses méthodes inventées pour les obtenir; d’examiner en même temps les avantages elles défauts respectifs de ces méthodes , d’après les résultats les mieux constatés de la théorie et de l’expérience.

En suivant ce système, il a fallu décomposer les machines dans leurs parties primordiales, et imiter l’anatomiste qui , pour connaître a fond la structure et les fonctions vitales «les corps animés , les décompose dans toutes leurs parties organiques , les analyse exactement , les examine séparément, et reconnaît les formes, la disposition, la manière d’être de chacune d’elles ; ensuite il les compare çt reconnaît l'artifice admirable de leurs ■ combinaisons diverses. J’ai pensé qu’on devait suivre la même

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marche à l’égard des machines, dont la plupart sont trop compliquées pour (pion puisse , sans le secours de la décomposition , s'en faire des idées justes, nettes, distinctes, et surtout durables.

11 ne suffit pas , pour arriver à ce résultat, d’en décomposer quelques-unes séparément; il faut les soumettre toutes simultanément à l’analyse.

Cette analyse simultanée pourra sembler, au premier abord , impraticable ; mais, pour peu qu’on y réfléchisse, on reconnaîtra aussitôt qu elle est non-seulement possible , mais facile.

Il est évident que les élémens qui produisent les mêmes effets partiaux doivent être toujours semblables dans les diverses machines. Ainsi, le volant, mû par le vent, sera le même, quel que soit son emploi. Les roues dentées auront toujours les mêmes formes et les mêmes dispositions lorsqu’elles serviront au même usage, quoique dans des machines essentiellement différentes.

J'ai procédé à l’analyse des élémens mécaniques en observant d’abord , que toute machine exige indispensablement un moteur. Or, il y a plusieurs classes de moteurs, savoir, les moteurs animés ,' l’eau daus son état naturel , la vapeur de l’eau bouillante , le vent , les ressorts et les poids, et enfin quelques autres moteurs d’un usage borné. Ces rlay;io;i paiiv'»*** se subdiviser en genres , les genre» an eapèecs~T les espèces en variétés. Ainsi , par exemple , la première classe de moteurs contient deux genres , l’homme et les animaux , tels que le cheval , le bœuf et quelques autres. Chacun de ces deux genres contient plusieurs espèces , qui sont déterminés par les diverses manières d’appli- . quer l’action des hommes ou des animaux aux machines , en 'faisant agir ou leur poids ou leur force musculaire , ou la combinaison de l’une et de l’autre, etc. Les espèces contiennent des variétés résultantes des différences moins sensibles qui se rap- # portent à i'uneouà l'autre des manièresd’agir caractéristiques de chaque espèce. En suivant pour toutes les classes des moteurs la même méthode , on obtient la classification complète des effets qu’ils peuvent produire. Si maintenant on veut s’occuper des organes qui reçoivent faction des moteurs , orgaues que je nommerais récepteurs, la mêmeclassiücation leurserv ira identiquement. • .

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