Fer phosphore (Fe*P) 19«r
Soufre en grand excès.
Le culot était bien fondu, recouvert d'une couche mince de sulfure de fer, pesant ensemble 20*r.015. Il était très-dur, fragile, à cassure blanc d'argent; sa poussière était légèrement magnétique. Il contenait 4.52 pour 100 de soufre, ce qui correspond à peu près à la quantité trouvée dans le culot décrit précédemment.
De V action du fluorure de calcium sur le fer contenant du phosphore. — M. Hochstâtter a fait les expériences suivantes :
Il a fait chauffer fortement, pendant une heure, dans un creuset d'argile, un mélange intime de fer phosphore (Fe4P) et de fluorure de calcium. Le culot était bien fondu et ressemblait en tous points au fer phosphore primitif. Le creuset était très-corrodé et perforé dans un endroit. L'essai fut ré-
pété dans tin creuset brasqué, et le culot apparut sous une couche bien fondue de fluorure. Ce culot était exactement identique et pesait, à un centigramme près, comme le fer phosphore employé.
De l'action du carbone sur le fer contenant du phosphore. — L'essai suivant est dû à M. Hochstatter :
Un creuset brasqué contenant 6fr.48 de fer phosphore à l'état de poudre fine et recouvert de charbon de bois fut soumis à une chaleur blanche, pendant environ une heure et demie. Le culot était bien fondu, et pesait 5r.76; sa cassure était à grain fin et de la blancheur de l'argent; sa poussière était magnétique. Par l'acide chlorhydrique faible, à chaud, de l'hydrogène se dégage avec la même odeur que celle due à l'attaque par le môme acide, du fer contenant du carbone. La solution de fer qui en résulte est exempte de phosphore. A l'analyse, le culot donna 18.1 pour 100 de phosphore, soit une perte de 5 pour 100 environ, le fer phosphore primitif en contenait 23.23 pour 100.
Phosphate de protoxyde de fer. 2FeO.PO* (1).— Il se forme, en traitant par du fer une solution aqueuse d'acide phosphorique légèrement concentrée ; de l'hydrogène se dégage. Ce sel se dissout d'abord dans la liqueur acide; mais, à mesure que cette dernière s'en sature, il se dépose à l'état de masse amorphe blanche ou gris blanchâtre. D'après M. Debray, quand on fait bouillir de l'acide phosphorique avec du fer métallique, des petits cristaux aciculaires parfaitement incolores se déposent au bout d'un certain temps et bleuissent un peu à l'air. Le même sel s'obtient en faisant bouillir une solution de sulfate de protoxyde de fer avec du phosphate de magnésie préparé à froid.
Il a pour formule 2FeO,P08,3HO, ou(2Fe0,H0), P0'+2H0.
(4) Nous tws profité Jibra&eat de ta description de Berséllos. Truite, t. III, p. 574.
FER ET PHOSPHORE. Hl
Quand on chauffe ce sel dans de l'eau jusqu'à 250° C, on a un sel de la formule 3FeO,P05+HO; il est d'un vert foncé et apparaît en petits grains cristallins (1). En ajoutant à une solution de sulfate de protoxyde de fer du phosphate de soude ordinaire, 2NaO,HO + POi, il se fait un précipité blanc avec une légère teinte bleue, qui se dissout de nouveau en l'agitant, et continue à se dissoudre, jusqu'à ce qu'on y ait ajouté la quantité voulue du précipitant. Si la liqueur est filtrée avant que tout le protoxyde de fer soit précipité, le sel neutre hydraté reste sur le filtre à l'état de masse blanche, qui devient rapidement d'un gris bleuâtre en séjournant à l'air. Le liquide, filtré au contact de l'air, devient d'un blanc nuageux qui part de la surface et s'étend jusqu'au fond, tant qu'il reste du phosphate de protoxyde en solution. En proportion plus grande, il a une tendance à se colorer en gris bleuâtre , mais il devient presque blanc par le lavage et la dessiccation. Selon Berzélius, il se compose de phosphate neutre de protoxyde combiné avec un sous-sel ; il est insoluble et a pour formule 2FeO,PO,+ 2 (Fe'O'^PO*). Il est décomposé par la potasse caustique qui en sépare d'abord du sesquioxyde de fer brun, et puis de l'oxyde magnétique noir. Le phosphate de protoxyde de fer se dissout faiblement, à la pression ordinaire de l'atmosphère, dans l'eau saturée d'acide carbonique. M. F. Phillips a déterminé dans notre laboratoire son degré de solubilité : dans un premier essai, il trouva qu'une pinte impériale (0m-568) dissolvait 4.76 grains^". 308) du sel, et dans un second, qu'elle en dissolvait 4.72 (0gr.305), ce qui correspond à 0.54 partie en poids pour 1 000 de la solution. D'après M. Pierre, l'eau saturée d'acide carbonique dissout presque 1000 parties en poids de ce phosphate (2). Toutes les précautions avaient été prises pendant les essais pour exclure l'air, par un courant d'acide carbonique. En chauffant très-doucement
(1) Ann. de Chim. H de Phys., 5» série, t. LXJ, p. 437 ; 4861.
(2) Ann. de Chim. et de Phys., t. XXXVI, p. 70; 1852.
la solution pour en expulser l'acide carbonique, le sel se précipite à 1 état grenu. On abandonna, pendant deux ou trois semaines, un flacon contenant une solution saturée du sel dans de l'eau imprégnée d'acide carbonique, avec une grande quantité de sel non dissous. On enleva et on lava soigneusement le dépôt, qui consistait en phosphate amorphe mélangé de phosphate cristallin.Les cristaux étaient d'un blanc bleuâtre, petits, mais bien nets et visibles très-distinctement à la loupe; ils devinrent, en dernier lieu, d'un bleu grisâtre foncé.
En chauffant 3 parties en poids de phosphate de protoxyde de fer avec 4 parties de limaille de fer, on eut un culot renfermant 2.38 pour 100 de phosphore. Il ressemblait au fer contenant 1 pour 100 de phosphore, que nous avons déjà décrit. C'est à M. Hochstâtter que l'on doit ce résultat.
Phosphate tribasique de protoxyde de fer. 3FeO,PO\ — D'après Berzélius, on le prépare en versant goutte a goutte dans une solution d'un sel de protoxyde de fer une solution de phosphate de soude de la formule 3NaO,P08. D'abord, il apparaît à l'état de précipité blanc caséeux, qui, après avoir reposé pendant quelque temps, devient semi-transparent et gélatineux. Recueilli sur un filtre, il absorbe de l'oxygène et tourne immédiatement au bleu ou au vert.
En versant goutte à goutte une solution de sulfate de protoxyde de fer dans une solution de phosphate de soude cristallisé, on forme un précipité qui, selon Berzélius, aurait la formule 2FeO,P05+2 (3FeO,P05). M. Debray a préparé ce sel en chauffant, jusqu'à 250° C, le phosphate précédent, ayant la formule 2FeO,P08 + 3HO. Il est d'un vert foncé et consiste en petits grains cristallins (1). On a trouvé dans la Delaware (Etats- Unis) du phosphate tribasique cristallisé, incolore, de la formule 3FeO,P05 + 8HO. Le minéral bleu appelé vivianite est
(1) Ann. de Chim. et de Phys., 3« série, l. LXI, p. 437; 1861.
un pseudomorphe de ce sel et renferme des proportions variables de sesquioxyde de fer provenant de l'oxydation atmosphérique (1). Ce minéral se trouve à l'état très-bien cristallisé et à l'état terreux. Il y a plusieurs années, nous avons reçu du docteur Johnstone, de Birmingham, un os déterré pendant les travaux du chemin de fer qui traverse les prés de Castle- Bromwich; il était très-friable; sa couleur était foncée, d'un bleu grisâtre; il consistait principalement en acide phosphorique combiné avec du protoxyde et du sesquioxyde de fer. On a rencontré, dans une ancienne mine de la haute Silésie, un squelette humain dont divers os présentaient, a l'intérieur, des cristaux de vivianite et des taches gris bleuâtre. Cette mine avait été exploitée au treizième siècle, et on ignore depuis combien de temps ïe squelette y séjournait (2). M. Sandberger a remarqué dans des dents de cheval, extraites d'une prairie marécageuse, des cristaux de vivianite d'une ou deux lignes de longueur. Us étaient limpides comme de l'eau, d'un éclat trèsvif, et acquéraient graduellement la couleur du smalt par leur séjour à l'air (3). Notre ami le docteur Mûller possède un fragment d'os de mouton dont la partie intérieure, fracturée, contient des petits cristaux aciculaires de vivianite bleue d'un éclat très-brillant. Cet échantillon a été trouvé près de Schleitz, dans le Voigtland saxon (*).
Selon M. Bischof, si une solution de carbonate de protoxyde
(*) L'un de nous a pu constater la présence de la vivianite dans l'intérieur d'un tibia, très -friable et coloré en brun foncé, provenant des fouilles faites en 1852 sous le maître autel de l'église de l'abbaye de Saint-Martin, pour y installer les machines en mouvement du Conservatoire impérial des arts et métiers. La tombe du prieur dont les ossements étaient alors exhumés, remontait au quatorzième ou au quinzième siècle et renfermait divers objets en fer. Les aiguilles de vivianite étaient rares et d'un bleu vif; mais dans d'autres parties, le phosphate cristallisé était resté tout à fait incolore.
(Noie des traducteurs.)
(1) Rammelsberg, Handb. Miner alchemie, p. 525; 1860.
(2) Bischof, Lehrb. d. chem. u. Physik. Géologie, 1. 1, p. 725.
(3) L. u. K. Jahresb., p. 858; 1854.