DU LAITON
Par laiton, brass.on désigne en général, les alliages composés essentiellement de cuivre et de zinc ; il serait mieux toutefois de réserver cette dénomination pour les alliages complètement jaunes ou ayant la teinte jaunâtre caractéristique du laiton. Le vieux nom anglais du laiton est latten.
Le cuivre et le zinc s'unissent en toutes proportions, et donnent des alliages homogènes dont la formation est accompagnée d*un dégagement de chaleur; leur nombre en usage dans le commerce et l'industrie est considérable; il existe, d'ailleurs, une grande confusion dans leur nomenclature. On applique tantôt différents noms au même alliage, tantôt le même nom à des alliages différents. Ainsi, certains auteurs appellent tombac ^ métal du prince Robert^ simzlor, et or de Mannheim les alliages composés d'environ 85 pour 100 de cuivre et 15 pour 100 de zinc. D'autres disent que métal du prince Robert et or de Mannheim sont synonymes et sont composés de 75 pour 1 00 de cuivre et de 25 pour 1 00 de zinc (2) ; arrive un troisième auteur prétendant que le stmilor se compose de 71,5 pour 1 00 environ de cuivre et 28,5 pour 1 00 de zinc, et for de Mannheim de 80 pour 1 00 de cuivre et 20 pour 100 de zinc (3); enfin , un quatrième vient affirmer
(1) Nous donnerons, dans la suite de cet ouvrage, un traité sur la comtituiion des alliages.
(S) Supplément au Dict. duArU du ]> Ure, 1844, p. Z^\ Manuel deGmelin, lœ, cit. (3) Handbuch dit Metall-Legirungen, von Joh. Tenner. Quedlinbui^, 1860, p. 15.
que le simtlor et for de Marmheim sont synonymes et s'appliquent à des alliages de cuivre contenant de 10 à 42 pour 100 de zinc et de 6 à 8 pour 100 d'étain (1). On peut juger par là de l'extrême incertitude qui règne à ce sujet. Il vaut mieux complètement délaisser ces dénominations, et désigner les variétés de aiton par leur composition chimique; et quand nous emploierons le terme de laiton, sans autre qualification, cela indiquera généralement un alliage composé en poids de deux parties de cuivre et d'une de zinc.
On peut considérer la ville de Birmingham, comme le centre principal de la fabrication du laiton, dans le Royaume-Uni. On a écrit que cette industrie y avait été introduite vers 1740, parla famille Tumer, et que le métal provenait principalement des Compagnies de Macclesfield, Cheadle et Bristol (2).
Il paraît que cette fabrication fut, pendant quelque temps, concentrée entre les mains d'un petit nombre de capitalistes qui, suivant les errements habituels du monopole, agirent sans mesure et dépassèrent le but. Citons, à ce sujet, les observations assez originales de Hutton, l'historien de Birmingham : tces monopoleurs, c au lieu de se montrer humbles et modestes, agirent en despotes; « ils imposèrent leurs lois, choisirent leurs propres clients, régiè- « rent à leur guise le prix et dominèrent le marché. » En 1780, soit caprice, soit nécessité, peulr-être à cause du premier motif seulement, le laiton monta tout à coup de 1 800 fr. à 2100 fr. la tonne ; il s'en suivit une hausse correspondante sur les matières fabriquées, à laquelle succéda une foule de contre-ordres et une stagnation énorme dans les affaires. En 1781 , quelqu'un, soit par intérêt pour le consommateur, soit peut-être aussi par haine contre le monopole, fit appel au public par la voie des journaux, critiqua les mesures arbitraires de ces potentats, fit voir l'influence dangereuse qu'ils exerçaient sur l'industrie de la ville, et démontra enfin, combien il serait facile d'élever des usines rivales. Le mal pro-
(i) RegDauU, Cours élèm. de ehimie. S* éd. T. 3, p. 800 (2) Hutton, Hiitùire de Birmingham, 1705, p. 113.