‹ Traité complet de métallurgieChapitre 144 sur 150 · CARACTERES PHYSIQUES · texte numérisé non relu

CARACTERES PHYSIQUES

Il est à remarquer que cette tendance à former des fibres est plus forte dans les alliages qui contiennent des équivalents presque égaux de cuivre et de zinc, et, qu'elle est moins clairement marquée, dès qu'on s'écarte de ce point, soit dans une direction, soit dans une autre, jusqu'à ce qu'on arrive d'une part, à la texture fibreuse du cuivre, et de l'autre, à la consistance pâteuse particulière au zinc. Dans l'étude de la cristallisation, cette consistance pâteuse se manifeste sensiblement dans les alliages, immédiatement au-dessous de ceux qui sont fibreux , en devenant plus fortement marquée au fur et à mesure que les alliages sont plus riches en zinc, — du moins en ce qui touche nos propres observations, — c'est-à-dire, jusqu'à 30 pour 100 au moins de cuivre. La cassure de ces al* liages blancs est presque toujours vitreuse (!)• » Nous possédons plusieurs lingots de cuivre, coulés dans des lingotières de fer fermées, qui ont une cassure transversale, non pas filamenteuse^ mais grossièrement fibreuse; ils ont 0",3 de long sur 0",026 de section ; la cassure a été obtenue en les brisant à froid. En essayant de les laminer, soit à froid, soit à chaud, et avec une pression lentement graduée, ils s'est produit des gerçures innombrables.

Les alliages de cuivre et de zinc offrent une grande variété de couleurs, allant depuis le rouge de cuivre jusqu'au blanc bleuâtre du zinc ; la transition est graduelle, et passe par tous les tons jaunes intermédiaires.

On obtient, quelquefois, par la fusion, d'assez beaux cristaux de laiton. Nous avons eu de ces cristaux en notre possession, pendant douze ans au moins, et toujours ils nous ont paru ressembler à des octaèdres réguliers; mais malheureusement, ils ne sont pas assez parfaits pour qu'on puisse les mesurer, et sans cette opération, on ne peut pas émettre d'affirmation ayant une valeur scientifique certaine.

M. Storer, d'Havard-Collége aux États-Unis, en employant la méthode habituellement appliquée à la cristallisation du bismuth, a

(1) Alliages de cuivre etdezinct par Frauk H. Storer; Mèni. of the American aca* demy, 1860, t. VIII, p. 35.

cherché à obtenir des cristaux de différents laitons , et il est arrivé à cette conclosion, que ces cristaux sont des octaèdres appartenant au système monométrique ou cubique, et que le zinc est isomorphe avecle cuivre qui, comme on le sait, appartient à ce système. 11 a obtenu les cristaux isolés les plus parfaits, en opérant sur une grande quantité de soudure de chaudronnier, qui se compose de cuivre et de zinc, en poids égaux ; cette soudure s'obtient à Tétat de poudre grossière en triturant Talliage chauffé à un degré voulu. M. Storer cite, pour appuyer son opinion, l'autorité de M. Nicklès, observateur qui dit avoir obtenu le zinc sous forme de dodécaèdres pentagonaux; et il ajoute que M. Nickiès ne pouvait certainement pas se tromper sur cette forme de cristallisation, bien qu'il admette, d'autre part, que Gustave Rose, l'éminent cristallographe, qui met en doute l'assertion de M. Nickiès, ait pu le faire. Nous avons obtenu des cristaux de zinc en petites agrégations sphériques, qui, autant qu'on peut en juger d'après une description, paraissent être identiques à ceux décrits par M. Nickiès. Ils sont maintenant entre les mains du professeur Miller de Cambridge, qui sera probablement à même de décider le point en litige, et qui, vraisemblablement, se prononcera en faveur de l'opinion de Rose.

Pendant l'estampage du laiton, c'est-à-dire lorsqu'on soumet à des coups violents le laiton placé dans des matrices , — procédé employé pour la fabrication de différents articles de décoration et d'ameublement, — il faut recuire le métal de temps en temps. Une fois l'estampage terminé, l'article a perdu sa couleur, parce que pendant la recuite, il s'est couvert d'une croûte d'oxyde. On détache facilement cet oxyde en plongeant le métal, dans de Veau fortey d'un titre voulu et en le lavant ensuite à grande eau. Il se produit ainsi une surface métallique brillante, prête à recevoir la couche habituelle de vernis ou de laque. Ce procédé de nettoyage est connu sous le nom de décapage {dipping) ; si le lai* ton contient des impuretés, il ne se décape pas, c'est-à-dire qu'on ne peut arriver à lui donner une surface brillante, avec de l'acide. La couleur produite par le décapage, varie selon la force de Xeau-

DECAPAGE 543

forte (acide azotique). Cela provient, croyons-nous, de ce que les métaux constituant Talliage sont plus ou moins attaqués par des acides de force différente. Un alliage consistant en 95 pour 100 de cuivre environ, avec 5 pour 100 ou un peu moins d'aluminium, acquiert, par un décapage convenable à Tacide azotique, une couleur qui ressemble tellement à celle de Por fin, qu'il est presque impossible de les distinguer, même quand on les voit Tun près de Tautre. Nous nous sommes assuré de ce fait, il y a quelques années dans le Laboratoire métallurgique, nous Pavons souvent dit en public, en faisant voir de nombreux échantillons; cependant, nous ne savons pas si on y a fait la moindre attention. Malheureusement cette belle surface dorée se ternit promptement et ne peut se conserver qu'en la recouvrant d'une couche de vernis ou de laque. Le décapage appelé dead dipping est en grand usage à Birmingham, il n'y a été introduit que depuis quelques années. Nous l'avons vu pratiquer (oct. 1 854) de la manière suivante, dans une grande usine à laiton, où il avait été découvert accidentellement.

Décapage. — Ce terme s'applique au procédé par lequel on produit, sur les ouvrages en laiton, tels qu'embrasses de rideaux, etc., une surface d'un jaune mat, pâle et agréable à l'œil. Après le dernier estampage, on plonge l'objet en laiton, recouvert de la croûte noire d'oxyde produite par la recuite, dans de l'acide nitrique ou de l'eau forte étendue, une partie d'acide pour 7 ou 8 d'eau ; on ne tient pas compte de la force précise de l'acide, et l'on emploie, pour ce mélange, de l'acide ayant déjà servi dans une partie ultérieure de l'opération.

On laisse digérer l'article [ptckle)\ dans ce mélange acide, jusqu'à ce que l'oxyde puisse se détacher, en frottant doucement la surface, avec le doigt. On retire alors la pièce, on la lave immédiatement en l'agitant dans l'eau, puis on la plonge dans un acide beaucoup plus fort, jusqu'à ce que le « curd > blanchisse la surface du métal ; le curd^ ainsi que le désignent les ouvriers anglais, est l'apparence qui est due à une couche de petites bulles de gaz répandues uniformément sur la surface du métah On ne se pré-

occupe pas d'avoir un acide à un degré constant ; il est, peut-être, deux fois plus fort que celui qu'on emploie dans la première partie du procédé, c'est-à-dire qu'il se compose, environ, d'un volume d'acide et de quatre volumes d'eau. Nous avons vu traiter, en une fois, plusieurs pièces estampées réunies avec un fil de laiton; on nous a cependant affirmé que chaque pièce devait être décapée séparément, mais que les ouvriers, peu soigneux, opéraient sur plusieurs pièces à la fois, en dépit de tous les efforts pour les en empêcher. Aussitôt que la couche blanche {curd) est arrivée au degré voulu, on lave le laiton à grande eau, puis on le sèche grossièrement en l'agitant dans de la sciure de hois froide. On le plonge ensuite, pendant quelques secondes, — les particules de sciure de bois adhérant encore à sa surface, — dans de l'acide azotique fort; on le rince à l'eau, puis on le lave immédiatement dans de l'eau twn chauffée^ contenant de l'argol , ou tartrate impur de potasse en dissolution, et enfin, on le fait sécher dans de la mMx^chaude. On prétend que la solution de tartre brut a pour but d'empêcher la surface du métal de se colorer ou de se marbrer de brun ; elle se tache cependant, si la sciure de bois dans laquelle on le fait sécher n'est pas assez chaude. On maintient la chaleur de la sciure renfermée dans une grande terrine quadrangulaire placée sur un poêle en briques. Bien que les ouvriers aient l'habitude de décaper plusieurs pièces à la fois, dans le 'premier et dans le second décapages, ils n'en plongent toutefois qu'une seule dans le dernier. La surface décapée est alors prête à recevoir sa couche de vernis ou de laque.

En coulant, sons l'eau, du cuivre chauffé à une certaine température, nous avons obtenu un lingot, dont la coloration extérieure ressemblait tellement à celle du laiton, que tout le monde l'aurait pris aisément pour cet alliage.

Voici maintenant, résumées dans le tableau suivant, les indications annoncées sur la couleur, etc., et les qualités industrielles de plusieurs alliages de cuivre et de zinc.

Page 1