‹ Traité complet de physiologie de l'hommeChapitre 10 sur 32 · C. Métaux pesans ; fer, manganèse et cuivre · texte numérisé non relu

C. Métaux pesans ; fer, manganèse et cuivre

nique et sur ses applications. Paris, 4824. — RosınEt, Essai sur l'affinite organique. Paris, 4826, in-40.

Parmi les substances impondérables, celles que l’on rencontre en quelques circonstances , dans les corps organiques , sont la lumière, la chaleur et l'électricité.

Tous ces élémens se trouvent aussi dans les corps inorganiques. Les corps organiques ne diffèrent donc pas de ceux-ci sous le rapport de leurs matières élémentaires. Mais il y a de grandes différences relatives au nombre des élémens qui entrent dans ies combinaisons organiques et à la manière dont ils sont combinés ensemble. |

$ 7. Le nombre des élémens qui entrent dans la composition des corps que renferme le règne organique , est beaucoup moins considérable que celui des élémens qui existent dans l’autre règne. Les organiques, autant qu'on peut en juger d’après les données recueillies jusqu’à ce jour par la chimie , n'offrent , à part les impondérables, que les dix-neuf élémens dont j'ai fait l’énumération (1), tandis qu’on en a déjà trouvé cinquante-deux dans l’autre règne. Les substances que la chimie regarde comme simples n’entrent donc pas toutes dans la composition des corps organiques, qui n'en contiennent au contraire que le plus petit nombre. Parmi les élémens qu'on ÿ découvre , ceux qui jouent le principal rôle sont l'oxigèné, l'hydrogène, le carbone et le nitrogene ‚en proportions infiniment variées. Les autres sont peu abondans, eu égard à ceux-là. |

N 8. Quoiqu'il n'y ait qu'un petit en d'élémens dis les corps organiques en général, cependant la composition d'un corps vivant, d'une plante ou d'un animal, est beaucoup plus compliquée que celle d’un corps inorganique. Outre que presque toujours un seul

(1) Les opinions des chimistes sont partagées relativement à l’existence de quelques autres substances simples dans les corps organiques. Ainsi Beccher prétend avoir trouvé de l’or dans la cendre des tamarins.

et même végétal ou animal offre simultanément, dans ses diverses parties, des modes très-différens de composition, nous remarquons que tous les composés ou matières organiques résultent de trois, quatre élémens, ou davantage. On y voit trois élémens au moins, qui sont unis ensemble d'une manière immédiate, sans avoir préalablement formé une combinaison binaire. Le mucus végétal, le sucre et l’amidon sont composés de carbone, d’oxigene et d'hydrogène. Le gluten, l’albumine, la fibrine , le mucus animal , la cafèine , etc., contiennent encore du nitrogèhe, en sus de ces trois élémens. Les réunions ternaires ou quaternaires de ces quatre substances, en des proportions qui varient à l'infini, donnent naïssance aux produits immédiats des corps organisés ; c’est ce qui résulte clairement des recherches faites par Thenard, Gay-Lussac, Berzelius, Prout, Thomson, Bé- rard, Th. de Saussure , Üre et autres.

Au contraire, toutes les combinaisons inorganiques, ainsi que l’a démontré Berzelius, doivent être considérées comme des composés binaires, c’est-à-dire, résultant seulement de l'union de deux élémens, ou comme des combinaisons de deux composés binaires, ou enfin comme des combinaisons d’un composé binaire avec une substance simple. Ainsi l’oxigene produit l'eau avec l'hydrogène ; les acides sulfurique, phosphorique , nitrique et carbonique , avec le soufre, le phosphore , le nitrogene et le carbone; la chaux, la soude et la potasse, avec le calcium , le sodium et le potassium. Le chlore donne naissance à l'acide hydrochlorique avec l'hydrogène ; le nitrogène et l'hydrogène produisent l’ammoniaque. Ce ne sont donc là que des combinaisons binaires doubles.

Evidemment donc la nature a donné une composition plus compliquée aux corps organiques qu'aux corps inor-

ganiques. Kielmeyer en avait déjà fait la remarque dans ses cours de zoologie générale.

$ 9. Les combinaisons organiques peuvent bien être réduites à leurs élémens par les opérations chimiques, principalement par l'action du feu, mais les chimistes n’ont pas réussi jusqu à présent à 1 reproduire, comme ils font pour les composés inorganiques (1). Le sucre , lamidon, la gomme, le gluten, la fibrine, l’albumine , etc., ont été ramenés à leurs principes élémen-

(4) Quelques chimistes prétendent bien Ve on des combinaisons organiques en soumettant des composés inorganiques à divers traitemens ; mais on peut élever des doutes à ce sujet. Ainsi, Bérard (Annales de chimie et de physique; tom. V, p. 297) dit avoir obtenu un peu de graïsse cristalline en faisant passer une mesure de gaz acide carbonique , dix de gaz oléfiant et vingt de sel hydrogène à travers un tube rquers Il est très-probable que la substance analogue à la graisse qui s’est trouvée la, était tenue en dissolution dans le gaz oléifiant , qui avait été tiré de Palcodi. — Doebereiner (Isis, 1817, cah. 8, p. 576), en faisant passer de la vapeur aqueuse sur des charbons rouges, dans un tube de fer , obtint une matière volatilisable , soluble dans l’eau et douée de la saveur de la graisse. Mais on peut objecter que le charbon doit être considéré comme une combinaison organique. D'ailleurs nn et Trommsdorf (Neues Journal fuer Pharmacie, t. II, cah. 2, p. 203), qui ont répété l'expérience, n’ont point obtenu a même résultat, — Nousne connaissons que deux composés organiques, de l'espèce simple , l'acide oxalique et l’urée, que Whler, le premier, a enseigné la manière de faire de toutes pièces. (Posgendarf, Annales der Physik, t. III, p. 177.) — Si les chimistes ont réellement réussi à produire, avec des substances purement inorganiques , quelques combinaisons dans lesquelles les élémens sont associés à la manière des combinaisons organiques, ce ne sont que celles qui se trouvent placées sur l'extrême limite entre les composés organiques et inorganiques. — Berzelius ( Traite de chimie, trad. par A.-J.-L. Jourdan, t. V.) s’exprime à cet égard de la manière suivante : « Quoiqu'il se puisse faire que, dans la suite, on découvre plusieurs de ces produits de matières purement inorganiques ayant une composition analogue à celle des produits organiques, cependant cette imitation incomplète se réduit toujours à trop peu de chose pour que l'on ose espérer qu’il soit jamais en notre pouvoir de fabriquer des matières organiques de toutes pieces, et de confirmer ainsi l’analyse par la synthèse, comme nous le faisons presque toujours dans la nature

inorganique.

taires, mais personne n'est encore parvenu à les reformer de toutes pièces. Il en est de même pour toutes les parties liquides et solides des corps vivans. C’est pourquoi nous sommes en droit d'admettre, dans l’état actuel de la chimie , que la composition des corps organiques n'est pas seulement leffet de l'affinité, mais qu elle dépend de forces propres à ces corps, par lesquelles les affinités chimiques sont dominées.

$ 10. Il existe, entre les corps organiques et inorganiques, une différence, relative au mode de combinaison des matériaux entrant dans leur composition, qui consiste en ce que les premiers ont beaucoup plus de tendance que les autres à éprouver des changemens et des décompositions. Les combinaisons, la plupart du temps binaires ou doublement binaires, des Corps sans vie, sont plus intimes , plus fixes, et leurs élémens tiennent les uns aux autres par des affinités plus énergiques que dans les matières organiques, comme l’a démontré Chevreul. Au contraire, les combinaisons ternaires, quaternaires et souvent plus complexes encore du règne organique, sont moins solides, moins intimes ; elles résultent d’affinites moins fortes, ce qui les fait paraître plus mobiles et plus variables, parce que la saturation y est rarement parfaite. Le principe comburant , l'oxigène, ne sy trouve point en quantité suffisante pour saturer les élémens combustibles, et pour empêcher qu'ils puissent céder à d’autres affinités. Voilà pourquoi toutes les combinaisons organiques sont combustibles. Car elles ne contiennent point autant d’oxigene qu'il en faut pour saturer leur carbone et leur hydrogène. Elles brûlent quand on les chauffe avec le contact de l'air , et absorbent alors tout l’oxigène nécessaire à la saturation de l'hydrogène et du carbone.

$ 11. Comme les élémens ont plus de tendance à pro-

duire des composés binaires qu'à persister dans les combinaisons ternaires et quaternaires, on aperçoit dans les substances organiques une disposition constante à se convertir en composés binaires. Les corps inorganiques ayant leurs élémens dans une sorte d'équilibre parfait , ces mêmes élémens sont peu enclins à se combiner avec les matières environnantes et d’une autre manière. Îl n’en est pas de même pour les combinaisons organiques, qui sont plus compliquées et retenues par des affinités moins fortes ; on remarque en elles une tendance continuelle à se détruire. Elles sont composées en grande partie d’oxigene, de nitrogène, d'hydrogène et de carbone, dont les trois premiers sont gazeux dans l’état de liberté, et font effort pour abandonner la forme solide, tendance qu’accroissent encore la chaleur extérieure et la chaleur propre des corps vivans. La grande affinité de l’oxigène pour l'hydrogène et le carbone fait qu'il se combine facilement avec le premier, d’où résulte de l'eau , et avec le second, ce qui produit de l'acide carbonique. Le nitrogene , qui a beaucoup d'affinité pour l'hydrogène , s’unit avec lui, et donne ainsi naissance à de P’ammoniaque. Mais, comme le carbone et l’hydrogène ne trouvent pas assez d’oxigène , dans les combinaisons organiques , pour former de l'eau et de l'acide carbonique , ils ont de la tendance à attirer celui de l'air atmosphérique. De ces circonstances dépend la facilité avec laquelle les animaux et les plantes se décomposent, et qui tient à ce que leurs élémens tendent continuellement à contracter des combinisons binaires, et à quitter un état dans lequel ils ne sont maintenus que par les forces agissantes dans les corps vivans. Les corps vivans subissent, sous l'influence de l'air, les changemens remarquables qui font que les élémens mobiles des aliwens introduits et fluidifiés dans leurintérieur éprouvent,

par l'effet tant d’une soustraction des matériaux de ceuxci, que d’une absorption d’autres principes puisés dans l'air, un changement dans leurs proportions respectives, qu on désigne sous le nom de respiration. Les manifestations d'activité des corps vivans eux-mêmes modifient sans cesse les matières organiques, dont la composition est extrêmement variable et mobile, et les font passer à un état tantôt plus simple et tantôt plus composé, en changeant les rapports numériques de leurs élémens, de manière que des combinaisons végétales peuvent devenir animales , et celle-ci redevenir végétales.

$ 12. Il existe cette différence entre les corps vivans et les corps inertes , relativement au rapport de la composition chimique à la configuration, que les premiers, quoiqu ils se ressemblent davantage dans leur composition, présentent cependant une bien plus grande diversité dans leurs formes. Quelle immense variété de formes le règne végétal et le règne animal n’offrentils pas, malgré le nombre peu considérable d’el&mens qui constituent les corps vivans en général! Nous trouvons même quà composition égale les parties d’un seul et même individu organique diffèrent singulièrement les unes des autres pour la configuration. Je citerai seulement en exemple la diversité que les pétales offrent souvent dans une même espèce végétale, et celle qu’on observe, chez les animaux , dans la configuration des os et des mus- | cles. Les corps organiques, au contraire , se distinguent , à peu d’exceptions près, par une grande analogie de forme et de cristallisation, quand leur composition chi-mique est identique.

Il doit donc y avoir dans les Corps vivans une force particulière , différente des affinités chimiques qui déterminent la forme des COrps sans vie, et dont l’action produit la diversité que les formes organiques présentent

à égalité de composition. Ou, ce qui exprime la même idée d’une manière plus précise encore , la configuration des corps organiqnes n’est pas seulement l'effet de l'affinité chimique, comme dans les corps sans vie, mais elle est celui d’une force de nature spéciale, ou, si l’on veut, supérieure.

$ 13. Quant à ce qui concerne l'origine des combinaisons organiques , l'expérience nous apprend qu elles ne sont produites que par les manifestations d'activité de corps vivans déjà existans. L’albumine , la gélatine, le mucus , le gluten, l'amidon, la gomme, le sucre, etc., ne se forment pas spontanément, par la réunion d’ élémens ou de com posés binaires , d'après les lois de l’affrnité chimique, mais seulement par les manifestations d'activité de corps organiques jouissant déjà de la vie. Les êtres organisés sont produits par leurs semblables, ou doivent naissance à la matière de corps organisés en état de décomposition. La production des combinarsons organiques dans ces êtres porte le nom d’assimilation et de nutrition, tandis qu’on appelle la procréation des êtres eux-mêmes génération. Au contraire les combinaisons et corps inorganiques ne naissent jamais que des débris d’autres corps plus anciens, tombés à l'état de dissolution , et dont, en certaines circonstances, les matériaux se réunissent , pour les produire , d’après les seules lois de l'attraction chimique et mécanique.

$ 14. IL n'y a pas jusqu'aux formes animales et végétales les plus simples, les infusoires , la matière verte de Priestley, les conferves, les moisissures, etc., qui, dans ce qu'on appelle génération spontanée, proviennent, d’après les observations et expériences faites par Needham , Priestley, Ingenhouss, Monti, Wrisberg, Mueller, G.-R. Treviranus, etc., non de matières inorganiques . mais de corps et combinaisons organiques

ET LES CORPS INERTES. TOL tombés en putréfaction ou fermentation. A la vérité J.-B. Fray (1) prétend avoir vu des animalcules infusoires se développer dans de l’eau pure. Gruithuisen (2) dit aussi avoir vu naître, au milieu d’infusions de grauit, de craie et de marbre , une membrane gélatineuse, dans laquelle se manifestaient des mouvemens au bout de quelque temps, et finissaient par se former des infusoires , des monades, des animalcules globuleux. Mais tres-probablement les corps mis en expérience ou l’eau employée pour l’infasion contenaient déjà des substances organiques, bien qu'en très-petite quantité, car d’autres uaturalistes n'ont point observé la formation de corps vivans dans des infusions pures de corps inorganiques.

$ 15. Dans tous les Corps inorganiques , les cristaux particulièrement , dès que leurs matériaux se sont attirés et combinés d'après les lois de l’affinité , la composition chimique entre en repos, et c'est par là seulement que ces corps subsistent. Il n’en est point ainsi à l'égard des corps vivans, dont la composition subit des changemens continuels. "Tant que ces corps agissent à leur manière, C'est-à-dire tant qu'ils vivent, ils admettent en eux de nouvelles substances, qu’ils assimilent et font entrer dans leur composition, de laquelle ils en expulsent d’antres. C’est par les actes de l'assimilation des alimens, de la respiration, de la nutrition et de lexereton , que les matériaux des corps vivans changent continuellement. La composition de ces corps n’estdone jamais en repos. Leur tendance à s'assimiler de nouvelles substances ne cesse qu à l'extinction des manıfestations d’ac-

(1) Essai sur l'origine des substances organisées el inorganisces. Berlin , 1807. — Essai sur l'origine des corps organisés et sur quel ques phénomènes de physiologie animale et végétale. Paris, 4847.

(2) Ueber die chemischen und dynamischen Momente bei der Bil- Jung der Infusorien, mit einer Kritik der Versuche Frav's » dans le Journal der Physik de Gehlen , t. VIIT, p. 180,

tivité que nous appelons la vie. Mais en même temps leur existence s'arrête , ils sont détruits, et perdent leur forme , ainsi que leur composition. Il y a done cette difference essentielle entre les corps inorganiques et les corps vivans, que la durée des premiers depend du repos quis établit dans leur composition , tandis que Vexistence et la conservation des autres ont pour condition un changement continuel de composition. La cause de cette différence réside également dans des circonstances particulières, propres aux corps vivans, qui amènent de nouvelles affinités, et qui ne peuvent que par-là se maintenir en action, tandis que, quand les corps sans vie sont une fois formés , il ne s'opère plus aucun changement dans les rapports d’affinité qu’ils produisent par eux-mêmes.

$ 16. Quoique, pendant leur durée, les corps vivans soient assujettis à des changemens continuels, rapides ou lents, qu'ils introduisent en eux des matériaux puisés dans l'air, de l’eau, des alimens de nature diverse. et qu'ils se débarrassent de certaines substances, cependant ils conservent pendant un certain laps de temps la forme et ia composition qui leur sont particulières. Ils ont donc, tout en changeant sans cesse de composition, la faculté de conserver leurs qualités, et même de résister jusqu’à un certain point aux influences chimiques du dehors (1). Tous les corps inorganiques, au contraire, u’étant que de simples produits des affinités dévolues aux substances qui les constituent, ne jouissent pas du pouvoir de réagir sur les impressions extérieures qui ” produisent des changemens en eux, et sont livrés au jeu

(4) Cependant lorsque les corps vivans sont exposés à une température très-élevée ou fort basse, qu’ils sont mis en contact avec certaines espèces de gaz, qu'on fait agir sur eux des acides minéraux

concentrés ou des alcalis caustiques, ils peuvent également être détruits par ces divers agens.

des affinités chimiques Quand, par exemple, un cristal vient à être mis en contact avec un acide ayant de l’affinité pour sa base, celle-ci se combine avec l'acide , de sorte que la forme, et la composition du cristal sont changées et détruites.

Nous ne pouvons attribuer cette propriété qu'ont les corps organiques de résister jusqu'à un certain point aux actions purement chimiques des choses extérieures, qu'à des forces particulières qui dominent les affinités. C'est ce qui résulte de ce qu'aussitôt que leurs forces vitales sont éteintes, les influences extérieures produisent également en eux, d’après les lois des affinités chimiques, des changemens ayant pour résultat la destruction de la forme et de la composition qui leur sont propres. Après la mort d'un corps organisé, les affınıtés chimiques entrent en jeu, de manière que sa forme et sa composition, qui souvent avaient bravé pendant un siècle et plus l’action destructive des choses extérieures , sont abolies dans un court espace de temps.

$ 17. Les opérations chimiques, putréfaction et fermentation, qui s’établissent après l'extinction des forces spéciales dont l’action contre-balance, pendant la vie des corps organisés, celle par laquelle les affinités chimiques des choses extérieures tendaient à les détruire, et qui changent à la fois leur composition et leur forme, sont des phénomènes d’une nature particulière, que l'on n’observe pas dans la décomposition des corps inorganiques. Ce sont des opérations organico-chimiques. La décomposition qui s'effectue après la mort a des bornes dans les cas ordinaires, et les matériaux organiques ne rentrent pas en totalité, mais seulement en partie, dans le règne inorganique , puisqu'ils ne sont complètement nı réduits à leurs élemens, ni convertis en combinaisons binaires.

$ 18. Les combinaisons ou matières organiques, l’albumine , l'amidon, le gluten, la gomme , le mucus animal, la fibrine, la gélatine, etc., de même que les tissus végétaux et animaux dans la composition desquels ils entrent, ont la propriété, quand ils sont placés au milieu de circonstances extérieures favorables , exposés à un certain degré de chaleur, de lumière et d'humidité, et en contact avec l'air, de passer à de nouvelles formes organiques simples, aussitôt qu'ils viennent à être détachés de la combinaison organique d’un être quelconque. C’est ce qui arrive dans la fermentation et la putréfaction , où la résolution des combinaisons organiques donne lieu, suivant la composition de ces dernieres et les influences extérieures, tantôt à des infusoires , tantôt à de la matière verte de Prietsley ou à des moisissures. Cette propriété dont jouissent les matières organiques, de prendre une nouvelle forme en certaines circonstances, sera désignée provisoirement sous le nom d'aptitude à vivre ou de plasticité. Elle ne s'éteint que quand ces matières sont réduites à leurs élémens, comme il arrive toutes les fois que le feu agit sur elles. Aïnsi , quand les manifestations d'activité qu’on appelle vie s’eteignent dans les matières d'espèce particulière appartenant aux Corps organiques, et que les opérations chimiques de nature spéciale qui ont lieu en elles après la mort, c'est-à-dire, la putréfaction et la fermentation , S établissent, ces matières ne rentrent pas completement dans le règne inorganique , mais conservent la faculté de revêtir une nouvelle forme et de se montrer aptes à jouir de la vie. La mort ou l'extinction des manifestations de la vie ne porte done que sur les individus organiques, tandis que les matières organiques entrant dans la composition de ces êtres continuent à pouvoir prendre forme et recevoir vie.

$ 19. Le principal résultat des comparaisons établies entre la composition des corps organiques et celle des Corps inorganiques , et qui ont elles-mêmes pour base les observations et recherches faites jusqu’à présent sur la composition chimique de ces corps, c’est que les premiers ont pour base des matières particulières que nous appelons organiques. Les changemens de composition qui ont lieu dans les corps doués de la vie, ne sont pas purement des effets d’affinités semblables à celles qu'on observe dans les corps bruts ou inorganiques ; ce sont des effets d’affinités et de forces d’une espèce particulière. Les matières inorganiques sont les seules qui offrent, la plupart du temps dans un état particulier d’agrégation et de forme appelé organisation, les manifestations d'activité que nous désignons sous le nom de vie. Tantöt elles sont accumulées dans les corps actuelment vivans, et la vie se manifeste en elles : tantôt elles sont hors des corps vivans, mêlées avec des matières inorganiques, et alors aptes seulement à vivre. Ces dernières peuvent rentrer dans l'empire des corps vivans et dans le torrent de la vie, soit comme alimens, soit d’une manière directe , à la faveur de certaines circonstances, comme dans la génération spontanée. Les affinités purement chimiques, ou l’action des simples forces chimiques, paraît, dans l’état actuel de notre planète, ne produire aucune matière ou combinaison organique , telle qu’albumine‘, gélatine, amidon, gluten, etc.; du moins n'avons-nous pas de faits qui viennent à l'appui de l'opinion contraire. I n'y a que les corps vivans euxmêmes qui soient en état de faire entrer des matières inorganiques dans des combinaisons organiques , ainsi que la respiration surtout et la nutrition des plantes en fournissent des exemples.

8 20. Si nous poussons plus loin nos recherches, une

question se présente à résoudre, celle de savoir comment les matières organiques, leurs diverses combinaisons et les corps vivans se sont formés sur notre planète. La solution de ce problème dépasse la portée de notre expérience. Voulons-nous cependant en hasarder une, nous tombons dans le champ des conjectures , nous sommes forcés d'établir des hypothèses, qui n'ont que de la vraisemblance et point de certitude. Nous supposons que des corps organisés ont existé dès l’origine sur notre planète ; ou bien nous admettons que les matières organiques et les corps vivans ont été produits, en certaines circonstances, avec les élémens et avec des matières inorganiques, par l’action des causes physiques générales ; ou enfin nous conjecturons que la substance des corps vivans était primitivement contenue dans l’eau, comme matière organique primitive , avec la propriété de prendre la forme organique, qu'elle a donné naissance à des corps organiques d'espèces fort simples et variées en raison des circonstances, et que ces corps ont passé successivement à des formes plus compliquées, jusqu'à ce qu'enfin les organes générateurs et leurs manifestations d'activité étant venus à paraître en eux, ils furent doués de la faculté de se conserver d’une manière durable , comme espèces à part, au moyen de la génération.

$ 21. La géologie s'élève contre la première hypothèse, celle que les corps vivans ont existé sur notre planète des les premiers momens de sa création. On ne trouve des fossiles que dans la croûte extérieure, c’està-dire , dans les couches superficielles de la terre, celles dont la formation est la plus récente, et 1l n’y en a point dans les terrains primitifs. Par conséquent il fat un temps où nul être vivant n'existait sur le globe. Dans la

supposition toutefois où nous admettrions cette hypothèse, nous laisserions encore intacte la question de savoir comment les êtres vivans se sont formés, parce que nous ne pouvons rien dire touchant le mode d'origine de notre planète et des corps qui la constituent. Peu importe, relativement à ce problème, que nous nous déclarions pour le vulcanisme ou le neptunisme, puisque les géologues sont obligés de laisser l’origine du feu et de l’eau sans explication, et que le biologiste est encore bien moins en état d'émettre aucune opinion sur celle des corps vivans.

$ 22. Les difficultés qui s'élèvent contre la seconde hypothèse, celle que la production des matières organiques et des corps vivans dépend de l’action des forces physiques générales, sont que nous manquons absolument de faits d’après lesquels nous soyons autorisés à conclure par analogie que des matières organiques et des corps vivans puissent provenir de matières inorganiques, n'ayant jamais rien observé de semblable, du moins jusqu à présent. Bien loin de là même , les corps vivans ne peuvent point produire avec des substances inorganiques Ja plus grande partie des matériaux qui entrent dans leur composition ,.et ils ont besoin pour cela de la matière d’autres corps organiques, qu'ils introduisent en eux. Les plantes s’alimentent en grande partie avec des débris de végétaux ou d'animaux morts ; les animaux conservent également leur existence au moyen de végétanx et même d’autres animaux.

$ 25. L'hypothèse la plus probable est la troisième , celle que la substance des corps organiques existait primitivement dans l’eau, comme matière d'espèce parliculière , et qu'elle y était douée de la faculté plastique . c'est-à-dire, du pouvoir d'acquérir peu à peu diverses

formes simples de corps vivans , avec le concours des influences générales, de la lumière, de la chaleur, peutêtre aussi de l'électricité, etc., et de passer ensuite de ces formes simples à d’autres plus compliquées, variant en raison des modifications survenues dans les influences extérieures, jusqu'à ce qu’enfin chaque espèce acquit de la durée par la production et les manifestations d’activité des organes génitaux. Quoiqu’on ne puisse pas résoudre non plus la question de savoir d’où provenaient l’eau et la matière organique qui s’y trouvait contenue , cependant cette hypothèse est celle qui se concilie le mieux avec les faits dont la géologie s’est enrichie depuis peu. En effet, on ne trouve point de corps organisés appartenant à ce qu'on appelle le monde primitif dans les terrains que les géologues modernes considèrent comme des produits du feu ou du’vulcanisme. On n’en observe que dans les couches supérieures de la terre, dans celles de dernière formation, et dans les terrains qui se sont évidemment précipités au sein des eaux. Les animaux aquatiques ont exisié avant les animaux terrestres. Un argument favorable à l'hypothèse suivant laquelle le règne organique s’est peu à peu développé et élevé des formes simples à d’autres compliquées, résulte de ce qu’on rencontre des débris de Corps organiques appartenant à des espèces fort simples dans les terrains secondaires les plus aneiens, tandis que les couches les plus récentes de la terre contiennent des restes de corps vivans plus composés. Les terrains qui reposent immédiatement sur les roches primitives offrent des débris de coraux, d'animaux rayonnés et de coquillages. C’est après ceux-là seulement qu'on trouve des restes d'animaux vertébrés vi

vant dans Peau, poissons, reptiles et cétacés. Des os

fossiles d'animaux ovipares existent dans’ les couches profondes de la terre , tandis que c’est dans les couches superficielles qu on en rencontre de mammifères vivipares. Nous observons la même progression dans la complication organique des végétaux dont les diverses couches de la terre renferment des débris. Des impressions de plantes dicotylédonées, notamment de fougères , sont les premières traces végétales que l’on rencontre dans les couches profondes. Viennent ensuite les débris de monocctylédonées, de graminées arborescentes , de palmiers, etc., puis enfin ceux de conifères et d’autres dicotylédonées.

On n'a point encore trouvé de fossiles appartenant aux singes et à l’homme, dont l’organisation est arrivée au plus haut degré de complication et de développement. Nous pouvons donc admettre , avec beaucoup de vraisemblance, que les singes et l'homme sout les derniers et les plus nouveaux produits de notre planète.

$ 24. Une autre circonstance favorable à l'hypothèse du développement graduel des corps organiques, depuis les formes les plus simples jusqu'aux plus compliquées, c’est que tous ces corps, tant végétaux qu’animaux , paraissent encore aujourd’hui sous une forme simple, au moment de la génération, ou quand ils sortent du germe, et que c'est seulement peu à peu qu'ils acquièrent la forme plus compliquée dévolue à chaque espèce. Débuter d'une manière très-simple, et s'élever de la au composé, tel est le caractère général de tout ce qui a vie, tant des individus que de l’ensemble du règne orga-. nique considéré en masse.

325. Ces motifs, joints à ce qu après l'extinction de la vie des individus les matériaux des corps organisés se réduisent aux formes organiques les plus simples par

l'effet de ce qu'on nomme génération spontanée, nous mettent dans la nécessité d'admettre une matière Organique primitive répandue à la surface ou dans la croûte et les eaux de notre planète, sur la première origine de laquelle il nous est tout aussi impossible de rien dire de certain que sur celle de la terre elle-même. Cette matière organique, avec ses diverses modifications organiques considérées comme matières d'espèce particulière , tantôt se montre active et vivante dans les individus des espèces végétales et animales actuellement existantes, sous des conditions et au milieu de phénomenes dont l'exposition sera faite plus tard, tantôt reste seulement apte à jouir de la vie, et douée de la faculté de revêtir, en certaines circonstances, des formes organiques très-simples, lorsqu'elle vient à être arrachée de la composition des corps vivans.

Plusieurs naturalistes, Buffon (1) et Needham (2) en particulier, ont admis déjà une matière particulière dans les corps vivans. G.-R. Treviranus (3) conclut de ses recherches sur la vie :

1° Qu'il existe dans la nature une matière incessamment agissante, par laquelle tous les êtres vivans, depuis le byssus jusqu’au palmier, et depuis l’animaleule infusoire jusqu'au monstre marin, jouissent de la vie, et qui, bien qu'immuable dans son essence , est cependant variable dans sa forme , et en change continuellement :

2° Que cette matière est dépourvue de forme par

(4) Hist. nat. t. II, p. 420. «Il existe une matière organique animce , universellement répandue dans toutes les substances animales ou végétales, qui sert également à leur nutrition » à leur développement et à leur reproduction.

(2) An account of some new microscopical discoveries. Londres , 1745 , in-8°.

(5) Biologie, t. II, p. 267 et 403. °

elle-même’, mais apte néanmoins à prendre celle de la vie, qu'elle conserve une forme déterminée sous l’influence de causes extérieures, qu’elle n’y persiste qu’autant que ces causes continuent à agir, et quelle en prend une autre dès que de nouvelles causes influent sur elle ;

3° Que la matière apte à vivre et le principe vital existent réciproquement l’un par l’autre , et que la mort

n'est qu un passage de certaines formes de cette matière à d’autres.

Page 1