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CHAPITRE IL

Des manifestations d'activité propres aux corps organiques et inorganiques.

$ 54. Tous les corps organiques, plantes et animaux, sont dans un état continuel d'activité, et incessamment soumis à des changemens. C’est là le phénomène le plus général que l’on observe en eux. Si nous le soumettons à l'analyse , nous reconnaissons qu’il y a des manifestations d'activité et des changemens qui ont lieu sans interruption pendant l'existence de chaque corps organique , d’autres qui n'arrivent qu’une fois et ne se représentent plus, plusieurs enfin qui ne se manifestent qu'à certaines époques.

$ 55. Parmi les manifestations d'activité qui persistent continuellement dans chaque individu organique, se range la nutrition, ou faculté dont cet individu jouit de se maintenir lui-même dans l’état de composition chimique , d'organisation et d'activité qui lui est propre. Si l’on cherche au moyen de quels actes les individus se conservent, on trouve que ce sont les suivans :

1° Prise dans le monde extérieur de matériaux hiquides ou solides, à titre d’alimens, qui s'exécute par absorption ou par des mouvemens particuliers ;

2° Absorption de substances gazeuses dans les mi-

lieux qui les environnent, et expulsion de leurs matériaux sous la même forme : respiration ; |

3° Conversion des alimens ou des corps gazeux qu'ils ont absorbés en une masse semblable à celle de leurs propres humeurs ; assimilation ;

4° Mouvement des humeurs à travers les interstices

des parties solides ; k

. 9° Conversion des humeurs en solides, ou combinaison de ces humeurs avec les parties solides, et conservation des propriétés de celles-ci; nutrition proprement dite :

6° Enfin, préparation de liquides particuliers aux dépens de leurs humeurs ; sécrétion.

Telles sont les opérations que l’on observe plus ou moins dislinctement, et à un degré plus ou moins prononce, dans tous les corps vivans, plantes et anımaux , et que l’on désigne sous le nom de fonctions nutritives. C'est par elles que ces corps se maintiennent pendant un Certain temps en possession des propriétés dévolues à l'espèce dont ils font partie. La nutrition proprement dite, condition de leur durée, s'exerce sans interruption dans tous, quoique souvent elle n'y ait lieu qu'à un très-faible degré. Les autres manifestations d'activité qui concourent à la conservation de l'individu éprouvent fréquemment des interruptions plus ou moins longues, comme il arrive entre autres pendant V’hibernation dune foule de plantes et d'animaux. En général, les intervalles que l’on observe , dans les divers groupes de corps vivans, sont d’autant plus rares et plus courts, que l'organisation de ces corps est plus compliquée , et

que leurs manifestations d'activité ont davantage d’in tensité.

S 06. Les matières que les corps vivans puisent hors

d’eux pour accomplir leur nutrition , sont des principes constituans de l'air, de l’eau, et des matières organiques tantôt simples , tantôt composées. Les substances organiques sont spécialement désignées sous le nom d'alimens. Les corps vivans se servent à eux-mêmes d’alı-

ment, c’est-à-dire, qu'ils se dévorent mutuellement ; ou bien ils se nourrissent d’excrétions organiques ; ou enfin ils subsistent avec des matières provenant de la décomposition et de la dissolution de corps morts. Par conséquent, le composé de combinaisons particulières qui constitue la substance matérielle des corps organiques , et que nous avons désigné précédemment sous le nom de-matière organique, est la source principale à laquelle les corps vivans puisent les matériaux de leur nutrition (r). Ces combinaisons organiques, qui passent d'un corps vivant dans les autres, ont en elles-mêmes les qualités nécessaires pour pouvoir reprendre la forme organique , et reparaitre à à la vie par les manifestations d'activité des corps vivans. Les alimens sont des matières aptes à vivre, qui changent continuellement de forme par l’action des corps vivans.

Il n’y a point d’alimens pour les corps inorganiques ou sans vie, pendant la durée desquels aucun échange ou renouvellement de matériaux ne s'opère.

$ 57. L'introduction des alimens est accomplie par des manifestations particulières d'activité des er à vivans. La plus générale de ces manifestations , qu'on ob-

(4) Buffon dit avec vérité ( Hist. natur. t. II, p. 306) : « La ma- « tiere qui sert à la nutrition et à la reproduction des animaux et des « végétaux est la même; c’est une substance productive et universelle, « composée de molécules organiques toujours existantes, toujours « actives, dont la réunion produitles corps organisés. La nature tra- « vaille toujours sur le même fond, et ce fond est inépuisable; mais « les moyens qu’elle emploie pour le mettre en valeur sont différens « }es uns des autres. »

serve aussi-bien chez les végétaux que chez les animaux, est l’absorption. Les plantes ne font qu’absorber leurs matières alimentaires sous forme liquide, et la plupart d’entre elles au moyen d'organes spéciaux , les racines. Chez les animaux, l'alimentation s'opère aussi principalement par l'absorption, tant qu ils sont encore renfermés dans l'œuf ; mais, après la sortie des membranes de l’œuf, la bouche devient l’ouverture principale par laquelle l'animal ingère les alimens sous forme liquide ou solide, et alors c’est seulement à l’intérieur du corps, dans le sac alimentaire , que l'attraction des parties nutritives a lieu par absorption. Mais l'introduction des substances alimentaires dans la bouche est accomplie par une série de mouvemens spfeiaux, sur lesquels nous reviendrons plus tard.

Aucun minéral ne recoit en lui-même de matières qui y soient introduites par l'absorption ou à l’aide de mouvemens, dans l'intérêt de sa conservation.

$ 58. Les alimens que les plantes et les animaux introduisent en eux-mêmes par l'absorption, et les anımaux en outre par la bouche, ne passentspas dans la masse des solides d’une manière immédiate et sans éprouver préalablement des changemens. Avant de se combiner avec les organismes dans la composition desquels ils doivent entrer, et de participer à leurs qualités vitales, ils acquièrent, dans certains espaces , les propriétés appartenant aux liquides ou sucs formateurs de ces mêmes organismes. La conversion des alimens en la masse propre des corps vivans est connue sous le nom d’assimilation. |

Plusieurs faits parlent en faveur de l'assimilation des matières. alimentaires absorbées par les racines ou par d’autres organes des plantes. On sait que les plantes les plus différentes sous le rapport de la formation et de la

composition germent , croissent et produisent des combinaisons particulières dans le même sol et sous l’influence des mêmes matériaux nutritifs. On voit aussi des branches de diverses variétés de plantes se couvrir de feuilles, fleurs et fruits qui leur sont propres, après avoir été greffées sur un même tronc, quoiqu’elles s’alimentent, comme ce dernier, avec le liquide nourricier pompé par ses racines. Il suit de là que le grossier liquide du sauvageon a besoin d’être assimile , par les manifestations d'activité spéciales de la greffe , à la masse des humeurs de cette dernière, avant de pouvoir se combiner avec ses parties solides et participer à ses qualités. Chaque espèce de plantes prépare, avec les substances alimentaires, un liquide nourricier propre et doué de qualités spécifiques, qui est en état de prendre la nature de ses parties solides.

Les alimens des animaux ne sont pas non plus de nalure à pouvoir immédiatement passer dans leurs parties solides et se montrer doués de leur organisation et de leurs manifestations d'activité. Ils ont besoin de subir diverses élaborations , et de se convertir en liquide proprement dit, pour jouir de cette propriété. D’ailleurs, les animaux les plus disparates prennent souvent les mêmes alimens, ce qui n'empêche pas chacun de conserver l’organisation et la composition qui lui sont propres, et d'exercer ses manifestations particulières d'activité.

$ 59. L’assimilation des alimens s accomplit par deux voies. D'une part, elle a lieu au moyen de liquides que les corps organiques ajoutent aux alimens, dans les espaces où ıls les reçoivent , et par l'influence desquels ils modifient les propriétés que ces substances possèdent , en les rapprochant davantage des leurs propres. D'un autre côté aussi elle résulte de ce que les alimens mêlés

avec les sucs qui y ont été ajoutés sont exposés à l’action de l'air atmosphérique , dont ils absorbent ine partie , en lui abandonnant certains matériaux. On appelle le premier acte assimilation dans les premières voies, et le second assimilation par la respiration. Ces deux opérations sont des manifestations spéciales d'activité que les corps vivans peuvent seuls exercer, et qui manquent totalement aux corps privés de la vie.

$ 60. Chez les corps organiques de la plus simple espèce, qui sont composés uniquement de tissu cellulaire ou de mucus, comme les cryptogames et quelques animaux privés d'ouverture buccale, l'assimilation des alimens dans les premières voies se fait immédiatement au sein même de ce tissu ou mucus, qui les a aussi introduits en lui-même , sous forme liquide , par la voie de l'absorption. Chez les corps vivans plus composés , au contraire , il existe des espaces particuliers dans lesquels les alimens se rendent, et où ils sont assimilés. Ce sont, dans les plantes, les conduits séveux qui montent des racines ; chez les animaux, une cavité en forme de sac, le canal alimentaire, digestif ou intestinal, dans lequel les alimens s'accumulent, et où leur assimilation est effectuée par l'addition d’humeurs sécrétées.

Les corps organiques ne contiennent pas de pareilles cavités, qui se remplissent de matières prises a dehors, et les convertissent peu à peu en une substance ayant la même composition qu'eux.

$ 61. Tous les corps organiques, plantes et animaux, sont en réciprocité d'action avec les milieux qu'ils habitent. Ils puisent, soit immédiatement dans l’atmosphère, soit dans l'air mêlé avec l’eau, des matériaux qui se combinent avec la masse des humeurs: mais d’un autre côté ıls restituent A ces mêmes milieux certains matériaux de leurs liquides. On donne le nom de res-

piration à cet échange de matières aériformes ou vaporeuses. Chez les végétaux et les animaux de l’espèce la plus simple, les cryptogames, les polypes, les méduses , etc., il n'existe point d'organes spéciaux pour l’accomplissement de la respiration, qui s'opère par leur surface entière. Au contraire, ceux dont l’organisation est plus compliquée, non-seulement respirent par la croûte ou membrane qui les limite à l’exterieur, mais encore sont pourvus d'organes particuliers pour cette fonction. On trouve des poumons où des trachées aériennes dans les animaux qui respirent l'air, et des branchies ou des trachées aquifères dans ceux qui respirent l'eau. C'est par la respiration que le liquide nourricier préparé avec les matières alimentaires dans les premières voies, acquiert les qualités nécessaires pour passer, comme suc formateur ou nutritif, dans la masse des parties solides, se combiner avec ces parties, admettre leur mode d’agregation organique, et jouir de leurs manifestations vitales d'activité. La respiration est une opération organique , de la continuité de laquelle dépend l'existence des corps vivans, en ce sens que sans elle ils ne peuvent point se nourrir ni avoir la capacité de produire leurs manifestations d'activité.

La réciprocité d’action avec les milieux qui les entourent n’est point nécessaire à la conservation des corps inorganiques , et il ne se fait point chez eux d’ échange de matériaux aériformes qui soit une condition de leur existence. Nous devons donc considérer la respiration comme une manifestation d'activité appartenant exclusivement aux COrps organiques.

8 62. Pour que les alimens, après avoir été introduits du dehors dans divers espaces et canaux des corps organiques, puis convertis, par les actes de I assimilation, en liquide nourricier ou formateur, puissent passer dans

les parties solides et servir à leur nutrition , il faut qu'ils soient conduits à ces parties, et qu'ils se distribuent dans le corps. La nutrition suppose donc des mouvemens dans les liquides nourriciers. Chez les plantes, les liquides absorbés et assimilés sont en mouvement : le suc grossier que les racines pompent monte le long de la tige, dans des vaisseaux particuliers, et gagne ainsi les feuilles, où, par l'influence de l'air atmosphérique, il se convertit en suc nourricier ou formateur, proprement dit. Des vaisseaux particuliers reprennent ce suc dans les feuilles, et vont le distribuer à toutes les parties de la plante.

Chez tous les animaux, les alimens, parvenus dans le sac alimentaire ou le canal intestinal, par une série de mouvemens particuliers , sont mus par les contractions et dilatations alternatives des parois de ce sac. Soit qu'ils se trouvent déjà par eux-mêmes à l’état liquide, soit qu'ils aient été liquéfiés, pendant leur séjour dans ce canal, par les humeurs qui se mélent avec eux, après avoir subi une assimilation de la part de ces humeurs, ils sont absorbés, et chez la plupart des animaux, les mammiferes, les oiseaux , les reptiles , les poissons, les crustacés, les arachnides, les insectes , les mollusques, les annélides et les radiaires , ils passent dans des vaisseaux d'une espèce particulière. Ces vaisseaux, qui se ramifient dans le corps de l'animal, communiquent avec toutes les parties de son corps. Leurs troncset ramifications sonttellement unis ensemble , que le liquide qu'ils contiennent peut s &pancher de l’un dans les autres. La jonction des divers troncs est opérée, chez le plus grand nombre des animaux, par un muscle creux, continuellement agité d'un mouvement alternatif de contraction et d’expansion, et appelé cœur.

Le liquide préparé avec les alimens, et qui remplit

le système vasculaire, ou le sang, est dans un état de mouvement continuel. D'un côté , il sort du cœur ou des gros troncs par des vaisseaux particuliers, les artères, qui se ramifient dans le corps; de l’autre côté, il y revient par des vaisseaux qui partent des extrémités des artères , se réunissent peu à peu en troncs plus volumineux, et portent le nom de veines. Le liquide que le système vasculaire contient est continuellement soumis à l'influence de l’air atmosphérique dans une portion de ce même système qui se distribue aux organes respiratoires , tandis que celui qui se trouve dans la portion du système vasculaire dont les ramifications se répandent dans tous les autres organes, sert à la nutrition de ces derniers, et fournit à plusieurs d’entre eux les matériaux d’humeurs particulières qu'ils sécrètent. Chez les animaux d’une structure simple, les polypes, les entozoaires et quelques autres, dans lesquels on n’a point encore pu découvrir de système vasculaire pour le mouvement des humeurs, le liquide nourricier assimilé se meut du canal alimentaire dans le parenchyme même du corps avec lequel il se combine.

Ainsi on trouve, chez tous les corps organiques , des mouvemens de liquides dans certains espaces particuliers et dans des directions déterminées, d’où dépend l'entretien de leur existence , parce qu'ils sont une condition des actes de la nutrition. Des mouvemens de cette sorte n’ont encore été observés jusqu’à présent dans aucun corps inorganique. C’est pourquoi nous devons les considérer comme une manifestation d'activité appartenant d’une manière spéciale aux corps vivans, comme un phénomène vital.

$ 63. Une autre manifestation d'activité qui appartient aussi aux Corps organiques, végétaux et animaux , est le passage du liquide nourricier dans les parties

solides, dont il prend la composition, l’organisation et les propriétés vitales. Dans les plantes, notamment celles d’une structure compliquée, les monocotylédonées et les dicotylédonées, le suc formateur coagulable qui a été préparé dans les feuilles avec le suc nourricier grossier, est repris par des vaisseaux particuliers, distribué par eux dans le corps, et employé à la nutrition et à l'accroissement des parties solides. Chez les animaux qui sont pourvus d'organes spéciaux pour le mouvement des humeurs, le liquide nourricier préparé avec les alimens et converti en sang par la respiration, est conduit à tous les organes par des vaisseaux. Chaque organe s’approprie des matériaux du sang, qu'il fait entrer, par son activité propre, dans le cercle de sa composition et de son agrégation; après quoi il manifeste les mêmes propriétés vitales que les organes qui sont en communication avec lui. Chez les animaux privés de circulation du sang, le liquide nourricier passe immédiatement du sac alimentaire dans leur substance, ou bien il y est déposé par des prolongemens vasculiformes de ce sac. Des matériaux de l'air mêlé avec l’eau pénètrent la surface molle des animaux, et paraissent se combiner avec le liquide nourricier, qui s'identifie ensuite avec leur parenchyme.

On appelle nutrition cette manifestation d'activité qui appartient à tous les corps vivans. Elle ne se rencontre point dans les corps inorganiques. Dès que les matières inorganiques soumises à l’affinité chimique se trouvent dans des circonstances favorables à la cristallisation, elles s’attirent mutuellement, suivant les lois de l'attraction, et les cristaux se forment. Quand la cristallisation est terminée, tout rentre en repos, et l'on n'observe plus de manifestation d'activité qui

puisse étre comparée à la nutrition des corps vivans (1). $ 64. Les corps organiques sécrètent , sous forme vaporeuse ou liquide , des matériaux de la masse de leurs humeurs , dont les unes sont rejetées, comme matières excrétoires, dans les milieux, l'air ou l’eau, qu'ils habitent, tandis que les autres servent à l'assimilation des alimens ingérés ou à la génération. Les végétaux transpirent par leurs feuilles, et la plupart exhalent de leurs fleurs des matières odorantes. Chez tous, la matière destinée à former le germe est sécrétée sous la forme liquide, et chez le plus grand nombre s opère encore la sécrétion du pollen, qui est nécessaire à la fécondation du germe. Lies animaux expulsent des matières par plusieurs voies différentes , notamment par la peau, les organes respiratoires, le canal alimentaire et les voies urinaires. ‚Chez tous ceux qui sont pourvus d'un canal intestinal, la face interne de cet appareil sécrète un lıquide , le suc gastrique ; qui agit comme dissolvant et moyen d’assimilation sur les alimens. Parmi les liquides qui déterminent l’ässimilation des alimens, se rangent encore ‚ chez les animaux compliqués , la salive, la bile, le suc pancréatique et le liquide intestinal. De même aussi, chez tous les animaux, la matière de laquelle doit se former un nouvel être de la même espèce est sécrétée du suc alimentaire assimilé. Enfin, chez la plupart, des organes particuliers sécrètent un liquide qui est destiné à former le liquide générateur renfermé dans l'œuf; c’est le sperme. | | La sécrétion est encore. une manifestation d'activité 16) Bliimenbäch dit, en parlant de la nutrition ( Institut. physiolog., éd. A, p. 385) : Est autem nutritio summum nature privilegium, et omnium et singulorum in utroque regno corporum organicorum communis et princeps prærogativa, qua machinas et automala humana artificio confecta, primo statim intuitu mirum quantum longissime

superant, etc,

qui appartient spécialement aux corps vivans. Rien de semblable n'existe dans les corps inorganiques. Si leurs malériaux viennent à s'échapper, c’est toujours l'effet d'une décomposition chimique , que des. circonstances extérieures ont provoquée , et qui entraîne la destruction de leur forme. |

$ 65. Les manifestations d'activité dont il vient d’être parlé, lingestion de matières alimentaires, l'absorption, l'assimilation, la respiration, le mouvement du suc nourricier, la nutrition et la sécrétion, sont dépendantes les unes des autres , ou se commandent mutuellement. L’absorption commande l'assimilation, en ce sens qu'elle s'empare des alimens assimilés ; l'assimilation joue le même rôle à l'égard de la nutrition , parce qu'elle prépare les matières, afin de les rendre aptes à nourrir et former les organes ; le mouvement du liquide nourricier est une condition pour les opérations ‘dé la nutrition, puisqu'il conduit aux parties solides la matière qui doit les nourrir ; la nutrition, à son tour, commande aussi lanuirition , l'assimilation et le mouvement du suc nourricier, parce que c’est. elle qui entretient les parties chargées d'accomplir ces manifestations.d’activite dans l'état qui les rend capables d'exercer leûrs fénctions. La sécrétion suppose l'absorption , l'assimilation, le mouvement du suc nourricier et la nutrition. Elle-même se montre une condition nécessaire pour ces diverses manifestations d'activité, attendu qu'en préparant les liquides qui s'ajoutent aux alimens, elle détermine l’ass; milation de ces derniers, et qu’en éliminant les matières sécrétoires, elle entretient le liquide nourricier dans l'état où il doit être pour pouvoir servir à la nutrition des organes chargés d'accomplir l'absorption, Vassimilation et le mouvement du suc nourricier. En un mot, toutes les manifestations d'activité qui agissent dans le

sens de la conservation des corps organiques sont dé: pendantes les unes des autres et se commandent réciproquement.

$ 66. Tant que les corps organiques exercent les fonctions de nutrition, et qu'ils se maintiennent par là dans l'état de composition, de configuration, d'organisation et d'activité qui leur est propre, malgré le conflit des influences extérieures dont l’action tend à les détruire, tant qu'ils résistent aux lois de l’affinité chimique, et que, par leur activité propre, ils se conservent et assurent leur durée, nous disons qu'ils sont vivans (1). Mais, dès que ces manifestations d'activité viennent à s’eteindre, les matières constituantes des corps organiques vetombent sous les lois de l’affinité chimique et sous l'influence des agens extérieurs, la chaleur, la lumière et l’eau; elles sont arrachées de leur combinaison, elles en contractent de nouvelles, et la composition, la configuration, larrangement organiques disparaissent. La manifestation d'activité la plus générale des corps vi- | vans est done la conservation de soi-même par sa propre activité, an milieu de changemens qui s’opèrent plus ou moins rapidement et d’un renouvellement continuel de la substance matérielle (2).

(1) Stahl faisait consister la vie ( T'heoria medica vera) dans la propriété qu’ont les corps organiques de conserver leur composition particuliere; Vita nihil aliud est formaliter, quam conservatio corporis in mixtione quidem corruptibili, sed sine omni corruptionis actuali eventu. Son commentateur Junker dit : Tilud putredini contrarium quod vita nomine salutamus. Jean Hunter veut aussi que la vie soit une grande opération chimique, qui continue même dans l’état apparent de repos, résiste aux influences chimiques du dehors, et s’oppose à la décomposition des corps dans lesquels elle agit.

(2) Cuvier a parfaitement raison (Le règne animal, t.T, p.12) quand il dit : « Si, pour nous faire une idée juste de l'essence de la vie, nous « la considérons dans les êtres où ses effets sont le plus simples, nous « apercevrons promptement qu’elle consiste dans la faculté qu'ont « certaines combinaisons corporelles de durer pendant un temps et

Les corps inorganiques ne sont point soumis à des changemens continuels et à un renouvellement non interrompu de substance , semblables à ceux que l’on observe chez les corps vivans, dans les opérations de leur nutrition. Bien au contraire, ils se trouvent dans un état de repos et d'inertie, et ne se procurent eux-mêmes aucun changement, motif pour lequel précisément ils subsistent. Les matières réunies en cristaux d’après les lois de l'attraction chimique , et retenues ensemble par la cohésion, ne persistent dans les formes qui leur sont propres qu’aussi long-temps que les influences du dehors n’apportent aucun changement dans leur composition. Ainsi, tandis que l’existence et la durée des corps organiques ont pour conditions des changemens et un renouvellement continuels de leur substance matérielle , ces mêmes circonstances compromettent et détruisent l'existence des corps inorganiques sous la forme qui leur est propre.

$ 67. Indépendamment de ces manifestations particulières d'activité qui appartiennent à tous les corps vivans, et leur permettent de se conserver pendant quelque temps, malgré les influences extérieures tendant à les détruire, nous en apercevons, dans les animaux, d’autres encore dont les analogues, même éloignées, ne se rencontrent point chez les corps inorganiques. Ce sont les opérations de l’âme , la faculté de sentir et de se mouvoir en totalité ou partiellement par l'influence de sa propre activité. Nous reviendrons sur ce point dans le livre suivant.

$ 68. Le second groupe de changemens des corps or-

« sous une forme déterminée, en attirant sans cesse dans leur compo- « sition une partie des substances environnantes, et en rendant aux « élémens une portion de leur propre substance. La vie est donc un ce tourbillon plus ou moins rapide, plus ou moins compliqué. »

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ganisés, quine s opèrent qu'une seule fois pendant l’existence de chaque individu, et qui ne reparaissent plus ensuite, consiste dans les phénomènes qui accompa- . gnent l’origine, le développement et les périodes de la vie ou de l’âge. En général, ces changemens s’accompagnent, dans chaque individu, des mêmes phénomènes, qui présentent seulement des différences infinies suivant les espèces auxquelles les individus appartiennent. Quant à ce qui concerne d’abord l’origine , nous remarquons que tous les végétaux et animaux, autant qu'on peut en juger d’après l’observation, sont redevables de leur formation à des matières organiques qui entraient dans la composition de corps déjà existans. Le premier rudiment d’un corps vivant tire son origine de la substance matérielle d’un corps organique, après l’extinction de ses manifestations individuelles d'activité, ou bien naît de la matière des corps: orgariques avec le concours des manifestations d'activité d'êtres encore vivans. On appelle le premier mode génération spontande, et le second génération proprement dite ou procréation.

$ 69. Quoique Harvey, Linné et d’autres naturalistes aient érigé en principe que les corps vivans ne peuvent se propager que par œufs et graines, et que les-animaux et végétaux de nouvelle formation ne peuvent être considérés que comme produits des manifestations d’activité. d'êtres semblables qui existaient déjà, cependant il a été reconnu que cette règle était trop générale. Les observations faites par Needham (1), Priestley (2),

(4) An cccount of some new microscopical discoveries. Londres, 1743 ,in-8. — Nouvelles découvertes faites avec le microscope. Leyde, 1747. — Nouvelles observations microscop:ques. Paris, 1750, in-8.

(2) Versuche und Beobachtungen ueber verschiedene Theile der Naturlehre, t. I, p. 261.

ET LES CORPS INERTES. Sy

Ingenhouss (1), Monti (2), Wrisberg (3), O.-F. Mueller (4), G.-R. Treviranus (5), ete., ont démontré qu’une foule de formes végétales et animales, situées dans les rangs les plus simples et les moins élevés de l’organisation, peuvent, dans certaines conditions favorables, se former sans le concours d’autres êtres vivans, aux dépens de la substance matérielle des corps organiques morts, que la putréfaction et la formation ont fait tomber dans un état complet de résolution. De ce nombre sont les animalcules infusoires, la matière verte de Priestley, les espèces de byssus, les champignons, etc. Attribuer l’origine des infusoires, comme le faisait Leeuwenhoek, auteur de leur découverte, et celle des autres corps qui viennent d’être nommés , ainsi que le pratiquaient Spallanzani (6), Bonnet (7), Terechowsky (8) et autres, à des œufs et à des graines, c’est, suivant la remarque déjà faite par Buffon , et d’après les motifs développés par les naturalistes dont j’ai cité les noms, Freviranus surtout , émettre une hypothèse fausse et insoutenable , qui ne repose que sur des suppositions hasardées et de fausses analogies. Les observations et expériences faites dans ces derniers temps par Fray, Gruithuisen,

(1) Experiments on vegetables. ‘Londres, 4779. — Vermischte Schriften physich-medizinischen Inhalts. Vienne, 4784, t. I, p. 5.

(2) Commentat. acad. Bonon, t. III, p. 143.

(3) Observationum de animalculis infusoriis satura. Goϔttingue , 1765 , in-8.

(4) Historia vermium, vol. 4, P.T, p. 1. — Animalcula infusorıa Sluviatilia et marina. Op. posth edit. cura Oit. Fabrie. Copenhague,

(5) Biologie, t. IT, p. 264.

(6) Saggio di osservazioni microscopiche concernenti il sistema delle generazione di signori Needham e Buffon. Modène, 1765. — Osservazionted esperienze intorno agli animaleuli delle infusioni; dans Opusculi di fisica animale e vegetabile. Modène , 1776 , vol. I et IT.

(7) Dans Spallanzani, Opusc. di fisica.

(8) De chao infusorio Linner. Strasbourg , 1778.

Nitzsch (1), Maerklin (2), Bory de Saint-Vincent (3) et autres, jointes aux recherches de Schweigger (4) et de Burdach (5), parlent hautement en faveur d'un mode de production sans le concours de parens , d'une génération tirant directement sa source de la matière des corps organiques morts (6). On voit paraître de ces corps organiques de l’espece la plus simple dans les infusions, tant des principes immédiats des corps organisés, l’albumine, la fibrine, la gélatine , le mucus animal et végétal, l’amidon, le gluten, que des combinaisons résultant de ces principes , dès qu’elles commencent à se décomposer par le concours de la chaleur et de l'air.

$ 70. Le mode le plus simple de generation , celui qu'on appelle génération spontanée (generatio equivoca, spontanea, helerogenea, primitiva), consiste en ce qu’à l'invasion de la fermentation ou de la putréfaction dans les individus frappés de mort, les matières organiques qui se séparent de leur organisation conservent, lorsqu'elles ne sont pas ramenées à leurs élémens, ou converties en composés binaires, par l’action des affınités chimiques, la propriété de reparaître, avec le concours d’influences extérieures favorables , de la chaleur, de l’eau, de l’air et de la lumière, sous des formes animales ou végétales plus simples , qui varient toutefois en raison des influences à l’action desquelles elles se trouvent soumises.

(1) Beitrag zur Infusorienkunde oder Naturbeschreibung der Cercarien und Bacillarien. Halle, 1817.

(2) Beobachtungen ueber die Urformen der niederen Organismen. Heidelberg , 1823.

(3) Essais monographiques sur les oscillaires. Paris, 1827.

(4) Handbuch der Naturgeschichte der skeleitlosen ungegliederten Thiere. Léipzick, 1820, p. 256.

(3) Von den œussern Lebens-Bedingungen der weiss-und katbluetr-

gen Thiere. Léipzick, 1824, p. 57.

(6) Die Physiologie als Erfahrungswissenschaft, t. I, p. 7.

On doit considérer comme une simple modification de ce mode de génération, le développement premier, dans un corps animal, des entozoaires, qu'on rencontre même quelquefois dans des embryons. Les motifs allégués par Pallas, Mueller, Werner, Bloch, Gœze, Braun, et surtout G.-R. Treviranus (1), Rudolphi (2) et Bremser (3), ne permettent plus d'admettre qu'ils vien-. nent du dehors dans l’animal, puisqu'ils ne se trouvent, hors de ce dernier, ni dans la terre, nı dans les plantes, où ils ne sauraient non plus exister, et qu'on en rencontre par fois dans des organes, tels que l'œil, le cerveau, les muscles et autres, qui n’ont aucune communication avec l'extérieur. Nous devons donc, avec ces naturalistes, les regarder, ou comme des produits d’elemens non assimilés, ou comme des productions morbides qui, en certaines circonstances, se forment dans les humeurs ou dans le parenchyme des organes. Cependant beaucoup d’entre eux, une fois formés, sont pourvus d'organes génitaux, et se reproduisent par la génération proprement dite.

Les résultats des observations et recherches à ce sujet nous mettent également dans la nécessité d'admettre l’axiome établi par G.-R. Treviranus, qu'il existe une matière propre aux Corps organiques, apte à la vie, et jouissant de la propriété de revêtir certaines formes, en même temps qu'elle acquiert un mode particulier

(1) Biologie, t. II, p. 368.

(2) Entozoorum sive vermium intestinalium historia naturalis, t. I, p- 570, cap. 18, de entozoorum ortu.

(5) Traité des vers intestinaux. — I] est a remarquer qu’on a observé des moisissures dans l’intérieur de corps animaux, sur des parties altérées par la maladie, comme le prouvent les faits rapportés par Mayer (dans Meckel’s Archiv der Physiologie, t. I, p. 510), Jæger (Ibid., t. II, p. 3554) et Olfers ( Commentarius de vegetativis et anımatis in corporibus anımalis reperiundis. Berlin, 1816, in-8.)

d'action. La manière dont cette propriété se manifeste dans le développément réel de la forme, est subordonnée au conflit et à la réciprocité d'action qui existe entre la matière organique et les influences extérieures ou physiques, circonstances en raison desquelles elle prend ou une forme animale ou une forme végétale.

$ 71. Tous les corps vivans qui n’ont pas ce mode d’origine naissent d’autres organismes déjà existans, par l'effet des manifestations d'activité particulières à ces derniers, auxquels ils ressemblent quant à la structure et aux phénomènes de la vie. La génération par procréation, ou la génération univoque, présente deux différences : elle a lieu sans ou avec le concours de deux sexes. Dans le premier cas, qui est le plus simple, il se détache d'organismes déjà existans des parties ou des segmens, qui continuent à croître, acquièrent la forme d'individus de la même espèce, et continuent ainsi à subsister (1). Ce mode a lieu de deux manières : tantôt un corps organique se divise en plusieurs parties, dont chacune prend les qualités d’un individu, tantôt il se borne à produire des parties qui, après s'être détachées de l'organisme, lequel n’en continue pas moins de subsister, se développent et deviennent elles-mêmes des individus. Dans ce mode de generation, 1l n'y a point de différence sexuelle ; chaque individu représente l’espece à lui seul, et ıl peut, quand les circonstances sont favorables, produire des êtres de la même espèce que lui.

$ 72. La génération par division ou scission d'un organisme en nouveaux individus (generatio fissipara), n’a lieu que dans des corps très-simples, composés d'une substance homogene. Elle a été observée par Saus-

(4) Burdach a traité fort au long (Physiologie , t. I, p. 50) de ce mode de génération, qu'il appelle génération solitaire.

sure (1), O.-F. Mueller (2), Nitzsch (3) et autres dans des infusoires (bacillaires, paramécies, cyclidies, trichodes), et par Ingenhouss, G.-R. Treviranus, Bory de Saint- Vincent, Girod-Chantran et autres, dans des conferves. Elle se remarque aussi quelquefois chez le polype d’eau douce, suivant Trembley (4); cependant elle n'y est presque toujours qu'accidentelle, et résultat de certaines circonstances. | P

$ 75. Quand des êtres organiques se multiplient au moyen de parties qui se séparent de leur propre corps, et dont le développement donne lieu à de nouveaux individus, ces parties produites par eux sont appelées germes. Tantöt elles représentent des portions ou des membres d’un organisme plus ancien, qui procèdent de ce même organisme , et dont la structure et la substance sont les mêmes que les siennes; tantôt elles se montrent sous la forme de globules ou de grains, que le corps organique qui les produit excrète, rejette hors de lui. On donne aux premiers germes le nom de rejetons, et aux autres celui de corpuscules reproducteurs. ,

$ 74. Dans la propagation par rejetons, le germe s'élève à la surface du corps qui le produit, sous la formé d'un petit renflement, augmente peu à peu de grosseur, et finit par se détacher, pour continuer à se développer et à vivre comme individu. C’est ainsi que se multplient, d’après les observations de Trembley, de

(1) Dans Spallanzani, Opusc. de phys., t. I, p. 172.

(2) Vermium terrestrium et fluviatilium historia. Copenhague et Leipzick , 1773, in-4. — Animalcula infusoria fluviatilia et marina. Copenhague , 1786.

(3) Beitraege zur Infusorienkunde, p. 72. 84. — Peut-être les vibrions et les monades se propagent-ils quelquefois par scission spontanée.

(4) Mem. pour servir à L'histoire d'un genre de polypes d'eau douce, Leyde, 1744, in-4.

Schaeffer (1), de Hosel (2), etc., les polypes à bras et les vorticelles, et d’après celles de Cavolini, de Schweigger (3), etc., les coraux, les sertulaires , les isıs et autres polypes marins. La propagation par rejetons ne se rencontre dans les plantes que simultanément avec d’autres modes de multiplication, par exemple chez certains champignons filamenteux , les conferves, les tremelles et les hépatiques. Dans les plantes phanérogames, RENTE. 1 pourvues d'organes sexuels, il faut rapporter ici la formation des racines rampantes (radix repens), des jets (siolo) et des coulans (sarmenlum),. »

$ 75. Dans la multiplication par corpuscules reproducteurs, un organisme produit, à l’époque de sa plus grande activité, des globules ou des grains, qui sont rejetés au dehors, et desquels, après leur élimination, proviennent de nouveaux individus. Ces corpuscules different des véritables œufs et graines, qui mürissent par fécondation , en ce que la substance de laquelle se forme le nouvel être n’est point, comme les œufs et les graines, renfermée dans une enveloppe spéciale, qui s'en sépare au moment du développement du germe, et que la formation du nouvel individu est due à la substance entière du corpuscule reproducteur. Tantöt les corpuscules reproducteurs sont, au moment de leur origine, unis à la masse du corps qui les produit, et dont ils ne tardent point à se séparer, tantôt ils procèdent de ses humeurs. Des différences ont lieu relativement à l'endroit où ils se développent sur ce même corps, car

(1) Die Armpolypen in den suessen Wassern. Ratsbonne , 1784, 1765 , in-4.

(2) Insektenbelustigungen. Nuremberg , 4746, in-4, t. HT, p. 433.

(3) Handbuch der Naturgeschichte der skelettlosen ungegliederten Thiere. Leipzick , 1820.

tantôt leur production n’a lieu que sur une partie déterminée de ce dernier, tantôt ils s'y développent dans plusieurs lieux, et sont disséminés dans sa substance. On observe chez plusieurs zoophytes une production de corpuscules reproducteurs disséminés dans l’organisme qui fait office de souche. Le règne végétal offre des exemples de ce mode de propagation par corpuscules reproducteurs (sporæ, sporidia, germina, gongyli), dans les acotylédonées, les conferves , les ulves, les fucus, les champignons pulverulens,, les champignons filiformes , les hépatiques, etc.

Chez un grand nombre de corps organisés, la production des corpuscules reproducteurs est bornée à un certain point de l'organisme ancien, et accomplie par des organes spéciaux, que l’on doit considérer comme les premiers rudimens des parties génitales femelles. Dans les gorgones, les madrépores, les sertulaires, les coraux rouges, etc., il se forme, d'après Cavolini (1), au milieu de la substance du polype, et non loin de ses bras, un petit sac membraneux, qui renferme les corpuscules reproducteurs, se détache, crève et répand ces corpuscules dans la mer. Pallas (2) a observé quelque chose de semblable sur les polypes d’eau douce. Icı l’organe préparateur des corpuscules se forme tous les ans, et chaque fois il est rejeté du corps avec les corpuscules.

Les corpuscules sont renfermés dans des tubes ou vessies chez les méduses, et dans des espaces disposés en éventail chez les actinies. Enfin, les organes producteurs des germes, qui ressemblent aux ovaires des anımaux supérieurs , affectent la même disposition dans les astéries , les oursins, les holothuries et autres. Le règne

(4) Log. cit. Tab. 1, fig. 5, 6; tab. 2, fig. 6; tab. 3, fig. 4, 8; tab. A,

fr. 7, LE.

D (2) Elenchus zoophytorum, p. 28.

végétal offre, dans plusieurs circonstances , des amas de germes, sous forme de sacs ou de capsules, auxquels les botanistes ont assigné différens noms. Il faut encore rapporter au même mode de multiplication ce qu’on observe chez un grand nombre de plantes phanérogamgs pourvues d'organes sexuels proprement dits, qui, indépendamment de la génération proprement dite, se reproduisent par des nœuds, des tubercules, des ognons et des bourgeons, d’où naissent de nouvelles plantes ou des parties de nouvelles plantes.

La propagation par germes consiste en une exaltation périodique de l’activité plastique de l'individu, déterminée par des influences externes favorables, qui font que des rudimens de nouveaux individus naïssent de sa propre masse, ou se séparent de la masse de ses humeurs, pour se développer et donner lieu à des êtres de même espèce, par le concours de conditions extérieures.

3 76. La plupart des animaux et des plantes dont la structure offre un haut degré de composition, se propagent par generation au moyen des deux sexes. Tel est le cas des mammiferes, des oiseaux, des reptiles, des poissons, des crustacés, des insectes, du plus grand nombre des mollusques et des annélides, et même de certains entozoaires. Parmi les plantes, ce mode de propagation se rencontre chez les monocotylédonées et les dicotylédonées, quoiqu elles se multiplient aussi d’autres manières. Dans la génération au moyen des sexes, il y a deux différentes matières génitales, provenant l’une de la femelle, l'autre du mâle, et deux sortes d'organes qui séparent ces matières de la masse des humeurs des corps vivans, à une certaine époque de leur existence. La matiere gémitale femelle, de laquelle un nouvel être doit tirer son origine, est renfermée dans une enveloppe

spéciale, et porte le nom d'œuf chez les animaux, de graine chez les plantes ; les organes qui la produisent sont appelés ovaires. L'œuf et la graine ne deviennent un être nouveau que quand la semence du mâle a exercé sur eux une influence qui les détermine à se développer suivant une forme correspondante à à l'espèce qui a fourni la matière gémitale. Chez les animaux, la semence du mäle est sécrétée dans des organes particuliers, les testicules ; chez les plantes, une matière analogue, le pollen, est préparée dans les anthères. On appelle fécondation, Vaction de la semence du mâle sur la matière génitale femelle, l'œuf ou la graine, par suite de laquelle la formation d’un nouvel être commence dans cette matière , et qui s'opère de diverses manières dans les différens groupes de corps vivans. Les organes génitaux mâles et femelles existent à la fois sur un même individu, ou sont répartis sur des individus différens d’une même espèce. Leur réunion dans un même individu est le cas le plus ordinaire chez les plantes ; leur séparation sur des individus différens se voit fréquemment, au contraire, chez les animaux. Les corps organiques offrent, relativement à la présence d'autres organes encore qui font partie de l’appareil génital mâle et femelle , et qui ont pour but soit Vaccomplissement de la génération, soit le logement , le développement et la nutrition des germes, plusieurs différences dont l'exposition sera faite ailleurs. Engendrer est donc une propriété appartenant à tous les corps organiques. Ces corps organiques se multiplient, parce qu’à une époque donnée de leur existence et dans certaines circonstances, ils sont en état de produire des êtres de leur espèce, et qu’eux-m&mes sont également produits par d’autres êtres de la même espèce, ce qui suppose une série de générations passées dont le

premier chainon ou le commencement nous estinconnu. Dans les corps inorganiques, il n’y a point de génération , point de production des corps les uns par les autres. Nul minéral, aucun cristal, quand il vient à être détruit , ne se résout en cristaux de son espèce, comme le font les corps organiques dans la génération fissipare ; aucun ne pousse de nouveaux cristaux, comme dans la génération gemmipare et dans celle par corpuscules producteurs; jamais enfin les cristaux ne procréent leurs semblables, ainsi qu'il arrive dans la génération proprement dite des corps vivans pourvus de sexes. 11 n’y a donc ni espèces n1 genres dans le règne inorganique. La production de nouveaux cristaux n’est qu'un. effet de l'attraction chimique et mécanique, qui s exerce d’après les lois purement physiques, entre les substances faisant la base de leur composition. Quand des substances de nature différente, qui ont de l'affinité les unes pour les autres , sont tenues en dissolution dans uu liquide, leurs atomes se réunissent, dans certaines Circonstances extérieures et d’après des lois déterminées, en corps doués de formes géométriques, les cristaux , qui sont caractérisés par des surfaces planes et par des inclinaisons fixes de leurs angles et de leurs bords. Pour “une substance cristallise, il faut qu'elle soit mise d'abord à l'état de liquide ou de fluide aériforme, et qu’ensuite les causes qui l'ont fluidifiée s’eloignent. Ge dernier effet alieu par le refroidissement ou par la soustraction de la substance pondérable avec laquelle celle qui doit cristalliser avait contracté une combinaison qui la rendait fluide.

$ 78. Tous les animaux et végétaux , au moment où ils naissent durejeton, du corpuscule reproducteur, de l'œuf et de la graine, paraissent sous une forme simple, qu'ils abandonnent graduellement, pour en prendre une plus

compliquée; ce qui s'accompagne d’un accroissement dans la diversité et l'intensité de leurs manifestations d'activité .Tous les corps organiques dont la vie n’est pas abrégée ou interrompue d’une manière quelconque, nous offrent trois périodes distinctes dans leur existence, celle d’accroissement graduel, la jeunesse, celle de développement complet ou de maturité sexuelle, et celle de decroissement ou d'âge avancé, qui se termine par la mort. De cette manière, les représentans de toutes les espèces végétales et animales sont compris dans une série continuelle de changemens , dont la durée varie à l'infini pour les différens groupes de corps vivans, et s étend depuis l’espace de quelques jours jusqu à des siècles entiers. Naïître , se développer, engendrer et mourir sont des actes qui ont lieu sans interruption dans!’ empire des corps organiques, et qui appellent

à l'existence, puis font rentrer dans le néant les individus représentatifs des espèces. Ces changemens, qui ne se manifestent qu'une seule fois dans chaque individu, et qui ne reparaissent plus ensuite , dépendent du mode d'action des forces organiques, dont l’activité débute par son minimum d'intensité , arrive peu à peu au maximum, s épuise par le fait même de son exercice, et finit par s’eteindre. |

Il ne s'opère pas dans les corps inorganiques de changemens que l'on puisse comparer à ceux des périodes de la vie ou des âges. Les substances qui se sont une fois réunies en cristaux, d'après les lois de l'attraction, et dont la cohésion retient les molécules, persistent Hals leurs formes respectives, sans qu'on apergoive désormais en elles aucun phénomène présentant une analogie, même éloignée, avec ceux du développement et des âges des corps vivans. Les cristaux ne subissent point par eux-mêmes de changemens qui aient pour résultat leur

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