‹ Traité complet de physiologie de l'hommeChapitre 16 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la composition chimique (2).

$ 85. Les végétaux et les animaux ont beaucoup.

(4) I.-M. Crassi, Meditationes de natura plantarum. Venise, 1677, in-12. — Pnixe, De animalium proprietate. (I. C. de Pauw.) Utrecht, 1750:— FELDMANN, De comparatione plantarım et animalium. Leyde, 1732; Denuo edita a I. A. Merck, Berlin , 1780. — P. CAMPER, Oratio de analogia inter animalia et stirpes. Groningue, 1764, in-4. — Bonner, Parallele des plantes et des animaux ; dans Contemplat. de la nature. Amsterdam , 1764. — De LA M£rn£rıe, Vues physiologiques sur l’organisation animale et végétale. Amsterdam, 4787, in-8; — 1.-G. Gzeprrscu, Ueber die Gleichheit. zwischen den Thiere und Gewaechsen ; dans ses Vermischte Bemerkungen, t. T, p. 260. — N. Bonpr, Verhandeling over de overeenkomt tweschen dieren en planten. Amsterdam , 1792, in-8. — A. Nıtsche pr. E.-B.-F. Hezsen- STREIT, Momenta quædam comparationis regnianimalis cum vegetabili. Leipzick,, 1798, in-4. — A.-P. Drcannorre, ‚Dissertation sur les proprietes des plantes. Paris, 1804, in-8. — M. Sımeıson, pr. A.-F: SCHEVEIGGER, Cogitata quædam de corporum naturalium affinitate, imprimis de vita vegetativa in animalibus. Konigsberg, 4844, in-8. — A.-F. Scuwziscer, Verwandtschaft des Thier-und Pflanzenreichs ; dans Handbuch der Naturgeschichte der skelettlosen ungegliederten Thiere.Leipzick , 4820, in-8.— C.-H. Scnurz, Ueber die Pflanzen und Thiere im allgemeinen ; die Natur der lebendigen Pflanzen. Berlin , 1823, t. I, p. 62. ù

(2) I.-F. Carraruser, Diss. chymico-physica de genericis quibus

d’analogie ensemble sous le rapport de leur composition chimique. On trouve dans les uns et dans les autres les élémens suivans : oxigène, hydrogène, carbone, nitrogene, phosphore, soufre, icde (1), brome (2), chlore, potassium, sodium, Calcium, magnésium, silicium, manganèse et fer. L’aluminium et le cuivre n'ont été rencontrés jusqu'à présent que dans des plantes, tandis que le fluor s’est offert dans le règne animal. I ny a donc point de différences considérables entre ces deux séries de corps, relativement aux matières élémentaires qui entrent dans leur composition. De plus grandes se font remarquer dans la quantité relative de ces substances, et dans leur mode de combinaison.

$ 84. Quant à ce qui concerne l’oxigène, l'hydrogène, le carbone et le nitrogène, on les trouve bien tous quatre tant dans les plantes que chez les animaux, mais cepen-

dam plantarum principiis, hactenus plerumque neglectis. Francfort, 1754, 1764 , in-8. — Bucquer, Introduction à l'étude des corps tirés du règne végétal. Paris, 4773, 2 vol. in-12.— C.-A. Ricne, Considérations sur la chimie des végétaux. Paris, 1787 , in-8. — F.-A. De Huw- BoLDT, Aphorismi ex doctrina physiologiæ chemicæ plantarum ; dans Fl. Fribergensis spec. Berlin, 1793, in-4. — G.-B. Jonxson, History of the progress and present state of animal chemistry. Londres , 1803, 5 vol. in-8. — Tu. DE SAussure, Recherches chimiques sur la végétation. Paris, 4804. — G. WAHLENBERG, De sedibus materiarum immediatarum in plantis. Upsal, 1806, 1807, in-4. — H. Davy, Ælements of agricultural chemistry. Londres, 1815.—J.-J. Berzzuus, Uebersicht der Fortschritte und des gegenwaertigen Zustandes der thierischen Chemie, Nuremberg, 1815, in-8,—BeErArn, Sur l'analyse des substances animales ; dans Annales de chimie et de physique, A847, t. 5, p. 290. — Dorsereiner, Zur pneumatischen Phytochemie. Jena, 1822. — A. Desvaux, Essai d’une classification des principes immédiats des végétaux ; dans’le Journal de pharmacie, 1826, t. IT, p. 453.

(4) L’iode a été tmeuvé , non-seulement dans diverses plantes marines , dans, différentes espèces de fucus, d’ulves, d’helminthocortons et de ceramium , mais encore dans.des éponges, des gorgones, des doris, des vénus, et dans l'enveloppe des œufs de seiche.

(2) On a découvert du bröme dans quelques plantes marines et dans la Janthina violacea, espèce de mollusque,

dant le nitrogène entre plus souvent dans la composition de ces derniers. Quelques naturalistes ont voulu ériger en caractère distinctif de ces deux séries de corps, que le carbone est l'élément predominant dans les plantes et leurs diverses combinaisons, tandis qu’au contraire c’est le nitrogène chez les animaux et dans leurs combinaisons. Nlais comme toutes les matières animales, l’urée et l’acide urique exceptés, contiennent beaucoup plus de carbone que de nitrogène, on ne peut admettre ce caractère. il existe d'ailleurs quelques eryptogames, notamment les champignons, dans lesquelles entre une grande proportion de nitrogène. Get élément abonde aussi dans le pollen. Il entre également dans la composition des. bases salifiables végétales. D'un autre côté, on compte un certain nombre de combinaisons animales contenant beaucoup de carbone. Les principales substances animales, l’albumine, la fibrine, la gélatine, sont treschargées de ce principe; elles en contiennent même davantage que certaines substances végétales, le sucre et la gomme par exemple, d’après les recherches de Gay- Lussac et Thenard (1). Ainsi, tout ce quilest permis de dire, relativement à la présence du nitrogène et du carbone, c’est que le premier entre plus souvent et en plus grande quantité dans les combinaisons animales que dans les végétales, tandis que le second se rencontre plus fréquemment et plus abondamment dans la composition végétale.

$ 85. Le phosphore, que l’on a pendant long-temps regardé mal à propos comme propre aux corps faisant partie du règne animal, se trouve dansaın grand nombre de substances végétales. Il a été rencontré abondamment, à l’état de sel, dans la farine des graines

(4) Rech. physico-chimiques, t. T, p.337.

ET LES VÉGÉTAUX. I bg

céréales, ’albumine végétale et le gluten, par Bergmann (1), Théodore de Saussure (2) et plusieurs autres. Berthier (3) a trouvé depuis peu du phosphate calcaire dans la cendre d'un grand nombre de bois. Par conséquent, le phosphore est très-répandu: dans le règne végétal. Cependant, en général, il abonde davantage dans les combinaisons animales que dans les combinaisons végétales.

$ 86. Le soufre , que quelques physiciens ont également considéré comme un principe appartenant exclusivement à la composition animale, existe anssi dans les végétaux. On le trouve dans toutes les plantes peutêtre , sous la forme de sulfate, comme le prouve l’analyse chimique de leurs cel Es En outre, il fait partie constituante de l’albumine végétale et du gluten. On le rencontre encore dans d’autres combinaisons, comme dans l'acide sinapique, qui, suivant toutes les probabilités, n'appartient point exclusivement aux crucifères, et existe de même dans d’autres plantes. Enfin, Planche (4) a découvert du soufre dans les fleurs du sureau , du tilleul et de l'oranger, dans les tiges de l’hysope, de l’estragon, de la rue et du mélilot, dans les semences de l'anis, du fenouil, du cumin et d’autres végétaux. Cependant, à l'instar du phosphore, il est plus répandu et plus abondant dans les combinaisons animales que dans celles qui font partie du règne végétal.

S 87. Relativement aux alcalis, quelques chimistes et physiologistes ont émis l'opinion que ces corps établissent une différence essentielle entre les plantes et les

(1) Opuseula, t. V. p. 96.

(2) Annales de chimie, t. LXV , p. 189.

(3) Ibid, t. XXXII,p. 210.

(4, Sur l'existence et l'état du soufre dans les végétaux; dans le Journal de pharmacie, t. VIII, p. 564.

animaux. Cependant, l'existence des divers alcalis dans ces deux règnes de la nature est un fait avéré. A la vérité, la potasse est plus commune dans les plantes que dans les animaux ; mais le contraire a lieu pour la soude. Quant à l’'ammoniaque, elle est, généralement parlant, plus abondante dans le règne animal que dans le règne végétal. Chevallier et Lassaigne (1) ont trouvé du carbonate d’ammoniaque dans les feuilles du chenopodium vulvaria. Le premier (2) assure même avoir observé quelles exhalent de l’ammoniaque pendant la vie de la plante. Il dit aussi avoir reconnu, avec Boullay, que plusieurs fleurs qui répandent une odeur cadavéreuse , et quelques-unes même dont le parfum est agréable, dégagent du gaz ammoniaque.

S 88. A l'égard des terres, la chaux est la plus répandue de toutes dans les plantes et dans les animaux. Cependant ceux-c1 en contiennent davantage que ceuxlà. L’inverse a lieu pour la silice. On la rencontre plus fréquemment, quoiqu’en petite quantité, dans les végétaux, notamment, d’après Bergmann (3), dans les céréales , et surtout dans la pellicule extérieure des graminées, où H. Davy (4) en a trouvé beaucoup. Cependant Th. de Saussure (5) et Berthier en ont obtenu aussi des cendres de plusieurs bois.

La magnésie existe dans les deux règnes, spéciale ment dans les os et dans quelques liquides animaux. Vauquelin (6) l’a découverte dans des espèces de fucus, Saussure et Berthier dans la cendre de divers bois. L’alumine n'a été aperçue que dans un petit nombre de

(4) Journal de pharmacie, t. III, p. 42.

(2) Annales des sciences naturelles, avril 4824.

(3) Opuscula, t..V , p. 94. |

(4) SCHERER, Allgem. Journal der Chemie, t. UI, ch. 45, p. 75. (5) Recherches chimiques sur la végétation, 528.

(6) Annales de chimie, t. XVITIT, p. 79.

végétaux , entre autres dans les cendres de sapin, de laurier-rose et d’airelle.

$ 89. Des oxides de métaux pesans se trouvent tant dans les plantes que dans les animaux, en quantité extrê. mement petite. Du reste, ıls ne fournissent aucun caractère propre à l’un des règnes plutôt qu'à l’autre, puisque du fer et du manganèse ont été rencontrés dans les végétaux et dans les animaux. Bucholz et Meissner (1) ont observé aussi des traces de cuivre dans quelques plantes.

$ 90. Les combinaisons organiques ou principes immédiats des animaux et des plantes présentent des différences plus importantes que leurs élémens. Ces combinaisons sont surtout nombreuses et variées dans le règne végétal, quoiqu’on paraisse n’en avoir découvert encore qu'une faible partie, et qu’on en trouve presque tous les jours de nouvelles. Le règne animal est infiniment moins rithe en composés de ce genre. Les principes immédiats des deux règnes se partagent en acides et oxides. Les plantes offrent en outre un groupe de substances toutes particulières, les bases salifiables vé- . getales, dent il n’a pas la moindre trace chez les animaux. Les principes immédiats des végétaux sont pour la plupart des combinaisons ternaires de earbone, d’hydrogene et d’oxigene, tandis que ceux des animaux sont quaternaires, du nitrogène se joignant encore à ces trois élémens.

$ 91. Si nous nous attachons d’abord à ceux des acides organiques qui résultent de- trois élémens, le carbone, l'hydrogène et l’oxigène , nous voyons qu'il y en a fort peu qu’on trouve dans les deux règnes à la fois. De ce nombre est surtout l'acide acétique. Les vé-

(1) Schweigger's Journal, t. XVII,» . 540.

gétaux sont immensément riches'en acides particuliers, les uns assez généralement répandus, et les autres bornés à certaines espèces. Parmi les premiers, se rangent les acides malique, citrique , pectique (1), oxalique , tartrique, benzoïque (2), gallique, etc. Quant à ceux de la seconde classe, je citerai seulement les acides quinique, méconique, sinapique, fungique, strychnique, etc. Ces acides se rencontrent à l’état de liberté, dans les fruits surtout, dans le tissu cellulaire et dans les feuilles. Il est extrêmement rare d’en trouver dans des graines et des racines. Les liquides et toutes les parties des végétaux en contiennent à l’état de saturation par la chaux ou la potasse. Parmi les acides résultant de combinaisons ternaires des trois élémens indiqués plus haut, il y en a peu qui appartiennent en propre aux animaux, comme le margarique, le butyrique et le formique. Mais les animaux contiennent quelques acides dans la composition desquels entre aussi du nitrögene, tels que l’urique, le cholestérique et l’allantoïque.

$ 92. Il existe, dans plusieurs plantes, une substance composée de carbone, d'hydrogène et de nitrogene, qui ne contient point d’oxigene, et que l’on range néanmoins parmi les acides. C’est l'acide hydrocyanique , qui n’a point encore été rencontré dans les animaux, et qui ne se forme là qu'en certaines circonstances ou dans le cours d'opérations chimiques.

$ 95. Les combinaisons non acides, les oxides organiques , qui font la principale partie des corps organiques, présentent des différences considérables dans leur

(4) BrAconnorT, Recherches sur un nouvel acide universellement répandu dans les végétaux (acide pectique ); dans Annales de chimie et de physique, février 4825, p. 173.

(2) L’acide benzoïque et l’acide oxalique se rencontrent quelquefois

dans l'urine et ses concrétions, mais ils proviennent vraisemblabiement alors des végétaux pris à titre d’aliment.

composition, suivant le règne auquel elles appartien nent. Quelques-unes, en petit nombre , sont communes à tous deux, comme l’albumine , l’osmazome, le sucre et les graines. L’osmazome , si abondant dans les animaux, est fort rare dans les plantes; mais Vauquelin l'a trouvé dans quelques champignons. Le sucre , avec toutes ses modifications , qui est-un des principaux matériaux des plantes, s’observe au contraire rarement dans le règne animal. Le règne végétal se distingue particulièrement par une grande richesse en substances organiques composées de trois élémens, de carbone, d'hydrogène et d’oxigène. Parmi ces combinaisons ternaires , dont on compte une si grande variété, et que l’on peut par conséquent regarder comme les principes immédiats généraux de ce règne, se rangent : 1° l’amidon, avec ses deux modifications, l'inuline et la fécule de lichen; 2° la gomme et le mucus végétal; 3° le sucre, avec ses modifications, le sucre de canne, le sucre de raisin, la mannite, le sucre de champignon, la glycyrrhizine ; 4° la fibre végétale ou ligneuse: 5° les résines très-chargées de carbone et très-combustibles , les ré- . sines liquides ou baumes, et les résines sèches.

Au nombre des combinaisons ternaires du règne végétal qui entrent moins généralement dans la composition des plantes, on compte 1° les huiles grasses et toutes leurs variétés ; 2° les huiles volatiles, les huiles aromatiques, äcres et contenant de l'acide hydrocyanique ; 3° le camphre ; 4° les extraits et matières extractives ; 3° les tannins.

Il n'y a qu'un très-petit nombre de matières organiques ternaires non nitrogénées dans les animaux. A cette catégorie appartiennent : 1° parmi les sucres, celui d'urine et celui de lait; 2° parmi les résines, la résine biliaire , la résine urinaire et le rouge résineux de lecre-

visse ; 3° parmi les huiles grasses, la graisse et le suif; 4° parmi les huiles volatiles, le castor&um , la civette et le camphre des cantharides.

$ 94. Les combinaisons organiques quaternaires, composées d’oxigene, de carbone, d'hydrogène et de nitrogene, sont fort nombreuses dans le règne animal, et font | une des bases principales de la composition des corps appartenant à cette série. Parmi les plus répandues, celles qui entrent en ‘plus ou moins grande quantité dans la composition de presque tous les animaux, on compte Valbumine , la fibrine, la gélatine , le mucus animal, Vosmazome. D’autres sont moins communes, telles que la matière salivaire , la matière caséeuse, l’hématine, l’urée et le noir de l'œil. Les combinaisons nitrogénées sont infiniment plus rares et moins nombreuses dans le règne végétal. Cette classe comprend, indépendamment de l’albumine végétale et de l’osmazome, qui est fort rare, la colle végétale ou gluten, la pollenine, lindigo et plusieurs autres matières colorantes extractives. Enfin, on rencontre encore dans quelques plantes des combinaisons d’une espèce particulière, qu'on a désignées sous le nom d’alcalis végétaux, ou plus exactement de bases salifiables végétales, et dans la composition desquelles, outre beaucoup de carbone et un peu d’oxigene et d'hydrogène , il entre aussi du nitrogène. elles sont la morphine, la narcotine, la strychnine , la brucine, la quinine , la einchonine , la veratrine , l’émétine, la delphinine, la solanine, etc.

$ 95. Le principal résultat qui découle des details dans lesquels je viens d'entrer, c'est que les combinaisons organiques des animaux sont, généralement parlant, plus composées que celles des plantes, étant presque toutes quaternaires, tandis que celles-ci sont au contraire pour la plupart ternaires. De même que la

nature a donné une composition plus compliquée aux corps organiques qu'aux corps inorganiques , de même aussi elle a rendu les combinaisons animales plus compliquées que les végétales. Les manifestations d'activité des corps organiques que nous appelons vie, quand nous les embrassons dans tout leur ensemble, présentent, suivant le groupe auquel elles appartiennent, selon la substance matérielle qui leur sert de base, des modifications spéciales, d’où résultent une vie végétale et une vie animale. Il existe en général cette différence entre les plantes et les animaux, relativement à l’operation chimique qui accompagne l’exercice de la vie en eux, que, comme je le montrerai plus au long dans la suite, en indiquant leurs fonctions , il y a continuellement Chez les végétaux désacidification et production de substances combustibles , tandis que, chez les animaux, Cest une oxidation qui s'opère, une sorte de combustion de matières combustibles.

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