CHAPITRE MU
De la configuration.
S 96. Si nous comparons d’abord les animaux avec les végétaux sous le rapport du volume et de la masse , nous voyons que les premiers, si l’on excepte quelques formes colossales , comme les cétacés, les éléphans, les rhinocéros, les autruches, les serpens gigantesques, les crocodiles , diverses sortes de tortues et de poissons, offrent en général, ou pour la plupart, des masses moins
volumineuses que les plantes. Presque tous les arbres se font remarquer par une grosseur très-considérable , et surpassent de beaucoup les animaux, même ceux dont il vient d’être”question , relativement à la masse. D'un autre Côté ‘les végétaux, à l'exception des eryptogames', ne présentent jamais de si petites formes que celles qu'on voit dans les classes des infusoires, des polypes, des vers, des mollusques, des insectes, des arachnides et des crustacés. Les manifestations d’activité qui constituent la vie des animaux paraissent donc limiter l'accumulation de la masse, tandis que la vie des plantes se manifeste principalement par l’accroissement de leur corps en volume.
$ 97. Les végétaux et les’ animaux se ressemblent, eu égard à la forme extérieure, en ce qu’ils sont termines les uns et les autres par des lignes courbes ou onduleuses, ainsi que par des surfaces non planes et la plupart du temps arrondies. Les formes végétales et animales les plus simples, par exemple, certains champignons pulvérulens dans le règne végétal, et les monades dans l'autre, ont une grande ressemblance ensemble, à raison de leur forme globuleuse. Si nous faisons abstraction de ces plantes, de quelques autres qui sont allongées en filamens, les conferves, et de divers animaux présentant la même forme, les vibrions, on voit qu'il existe cette différence entre les végétaux et les animaux, relativement à la configuration, que les premiers ont une tendance prédominante às allonger et s'étendre, sous forme rameuse, dans deux directions opposées (1), tandis que les autres en ont une à se concentrer, et que leur corps prend de préférence la forme
(4) Ces plantes les plus simples ou celluleuses sont celles dans lesquelles on aperçoit le moins cette tendance.
ET LES VÉGÉTAUX. 177 d'une sphère ou d'un cylindre, dont la surface se hérisse de rayons.
$ 98. Le corps des plantes d'organisation compliquée, les phanérogames, est divisible, par une ligne horizontale, en deux moitiés, dont l’une se porte vers la lumière solaire, sous la forme de tige, avec divers prolongemens, br Fr st feuilles et fleurs , tandis que l’autre, constituant la racine, ses divisions et ses fibrilles, s'enfonce dans la terre, ou vers le sol des eaux, et fuit l'influence de la lumière (1). Au reste, on sait assez que les diverses plantes offrent une infinie diversité dans le nombre, la forme, la situation, la direction , la longueur, l'épaisseur et la disposition des deux parties qui se portent ainsi en sens opposé l'une de l’autre. Cependant chaque famille, chaque genre , chaque espèce, -a son type-particulier sous ce rapport.
$ 99. Chez les animaux, c'est toujours la forme globuleuse ou cylindrique qui prédomine plus ou moins, c'est-àdire, qui fait la base. On peut s’en convainere surtout dans les animaux les plus simples, les infusoires. Les monades représentent de véritables masses cylindriques ou ovalaires. Quand la sphère est aplatie ou déprimée, il en résulte ia forme de plaque, que nous apercevons dans les cyclidies, les paramécies et les kolpodes. Que cette sphère ou lovoïde s’allonge en deux sens contraires , ıl en résulte le cylindre, dont les infusoires nous offrent déjà un exemple dans le genre enchelis. Le cylindre prolongé à un degré extrême produit la forme de fil, comme dans les vibrions. Ailleurs des ap-
(4) DecANDozLe, Organographie végétale, t. I, p. 249. « Un vege: tal est composé de deux cônes (ses les bn -aul ou de der cylindres (dans les endogènes ), appliqués par leurs bases, disposés
dans le sens vertical, et s 'allongeant indéfiniment par. leurs extré- « mités, »
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pendices surviennent au globule ou au cylindre , comme on en voit dans les trichodes, les céraunes et les cercaires. Si la sphère ou le cylindre s'ouvre sur un point quelconque , ce qui produit une bouche, et que cette ouverture soit entourée d’appendices en manière de rayons, nous avons la forme des polypes, des vorticelles, des hydres , des beroes , des actinies , etc. Lorsque la sphère ou le disque envoie des prolongemens à sa circonférence , il en résulte la forme rayonnante, que nous apercevons dans les méduses, les équorées, les eudores , les pélagies, les cassiopées , les porpites, etc. Ici l'ouverture buccale située au milieu du disque est dirigée en dessous.
$ 100. La forme globuleuse , cylindrique et rayonnée se montre à nous plus compliquée dans les entozoaires, les radiaires, les annélides et les mollusques. Les hydatides sont des vers intestinaux sous forme globuleuse ; les ascarides et lombrics, sous forme cylindrique; les vers plats, sous forme de disque allongé ; les ténias, sous forme de ruban articulé. Parmi les radiaires, il en est chez lesquels des prolongemens ou appendices en manière de rayons partent d'une sphère, comme dans les oursins, ou dun cylindre , comme dans les holothuries, ou de la circonférence d'un disque, comme dans les astéries. Le corps des annélides est divisé par des étranglemens ou segmens qui ressemblent à des anneaux, soit sous forme cylindrique, comme dans les vers de terre, les dragonneaux et les siponcles, soit sous forme de ruban, comme dans les sangsues et les planaires. Le cylindre est garni de rayons à l'une de ses extrémités, où se trouve la bouche, comme dans les vers tubicoles ; ou bien on observe, tant à cet endroit que sur le corps allongé en ruban, des appendices latéraux, de forme très-variée, comme dans les arénicoles,
les amphinomes, les néréides, les amphitrites et les aphrodites. Chez ces animaux, on distingue deux faces, une dorsale et une ventrale, et deux extrémités, l’une buccale ou céphalique , l’autre anale ou caudale. La forme des mollusques est très-variée ; le corps forme un sac arrondi, ovale ou cylindrique , garni d’une bouche, et d’un anus, comme dans les ascidies et les biphores ; ou bien il est ovale, ou oblong, comprimé latéralement, et garni sur les côtés de prolongemens membraniformes , dont les plus extérieurs , appelés le manteau, sont couverts d’ecailles calcaires , comme dans les acéphales. Les coquilles sont symétriques, telles que celles des pinnes, des arches, des moules, des anodontes; ou non symétriques, comme dans les anomies, les huttres, etc. Le corps est ovale et garni de membranes latérales en manière de nageoires, comme dans les hyales ; ou Cylindrique, pourvu d'un disque en dessus et de deux appendices en devant, comme dans les gastéropodes. Icı le dos est tantôt nu et libre, comme dans les limaces, tantôt couverts de pinceaux, comme dans les thétis, les tritonies et les éolides; tantôt enfin enveloppé d'une coquille calcaire, de forme très-variée, comme dans les patelles, les haliotides, les murex, les volutes, les turbo , les nérites, les janthines, etc. Enfin le corps est allongé, cylindrique ou ovalaire , et il a une tête séparée par un col, de laquelle partent des prolongemens rayonnés etarmés de sucoirs, comme dans les céphalopodes.
$ 101. Chez les animaux d’un ordre supérieur ou plus composés, nous voyons plus ou moins distinctement les formes globuleuse et cylindrique, avec des prolongemens en manière de rayons, apparaître ensemble. La première se montre diversement modifiée à l’une des extrémités du corps, la tête. La seconde se manifeste
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au tronc, tantôt régulièrement cylindrique, comme dans les serpens et quelques poissons ; tantôt aplatie en façon de disque, dans les raies, les grenouilles et les tortues ; par fois comprimée latéralement, comme dans la plupart des poissons, des sauriens, des oiseaux, et des mammifères. Enfin les prolongemens attachés aux deux côtés du tronc représentent les membres, les nageoires, les pattes et les ailes. La tête, le tronc et les membres sont séparés à l'extérieur par des echancrures, c’est-àdire que les animaux sont extérieurement articulés, comme les insectes, les arachnides et les crustacés ; ou bien la division est interne, ctelle n’est indiquée au dehors que par des rétrécissemens plus ou moins prononcés, comme dans les mammifères. Chez ces dermiers , la tête se partage à son tour en crâne et en face. Le trone est plus ou moins sensiblement divisé en col, poitrine, ventre et appendice caudal. Les membres eux-mêmes présentent différens degrés dans leurs divisions. Chez tous les animaux on trouve trois oppositions bien exprimées, savoir extrémité céphatique et extrémité caudale , face dorsale et face ventrale , côté droit et côté gauche.
L'histoire naturelle enseigne du reste jusqu'à quel point les formes qui ne peuvent être qu'indiquées ıcı sont modifiées ét combinées dans les nombreuses espèces animales.
8.102. La plupart des animaux, savoir les mammifères ‚les oiseaux, les reptiles, les crustacés , les arachnides, les insectes, les annélides et même un grand nombre de mollusques, sont symétriques, composés de deux moitids semblables pour la forme et mues dans le sens longitudinal du corps. El y en a peu qui fassent exception à cette règle ; tels sont, parmi les poissons, les pleuronectes, qui ont les deux yeux rejetés d'un seul
côté du corps; tels sont encore quelques gastéropodes chez lesquels les orifices des organes respiratoires, de l'anus et des parties génitales sont situés sur le côté, et divers conchifères dont les deux valves ne sont point symétriques. La symétrie se montre dans la disposition rayonnée chez les radiaires. Elle disparaît chez la plupart des animaux dont le tronc est rameux. Cependant les coraux eux-mêmes doivent à proprement parler être rangés parmi les animaux symétriques, puisqu'il faut moins les regarder comme des êtres simples que comme des réunions d'individus nombreux dans chacun desquels on retrouve la symétrie.
On ne peut pas méconnaître qu'il règne également une certaine symétrie dans les plantes, ainsi que Decandolle l'a démontré naguère encore (1); mais elle n’y est ni aussi prononcée, ni de la même espèce que chez les animaux. En particulier le corps de ces êtres n’est point composé de deux moitiés ayant la même forme et unies dans le sens du diamètre longitudinal. C’est seulement dans quelques parties des plantes, les feuilles, les fleurs, les capsules, les fruits et les graines, que nous apercevons souvent une disposition symétrique de cette espèce, de même que nous en voyons presque toujours une rayonnée dans l’arrangement des organes qui servent à la reproduction.
(1) Organographie végétale. Paris, 1827, t. II, ch.2. Sur la symétrie végétale.