CHAPITRE IM
De l'agrégation ou structure (1).
$ 105. Les animaux et les végétaux sont composés les uns et les autres de parties liquides et de parties solides. Cependant la quantité des liquides est en général plus considérable dans les premiers que dans les plantes (1); aussi ont-ils plus de mollesse. Il y a même
(4) 49 Sur l'anatomie des plantes. — M. Marriemr , Anatome plantarum. Londres, 1675, in-fol. — N. Grew, Anatomy of plants. Londres, 1682, in-fol. — I. Hırr, Construction of timber. Londres, 4770, in-8. — K. SrRENGEL, Anleitung zur Kenntniss der Gewaechse. Halle, 1802, 1807 , in-8. — Vom Bau und der Natur der Gewaechse. Halle, 4812 , in-8, — C.-F. Brıssrau-MirseL, Traité d’anatomie et de physiologie végétales. Paris , 1802. Exposition ei défense de ma théorie de l'organisation végétale. Amsterdam, 4808. Paris, 1809, in-8. — Ausser ou Perr Taouars, Essai sur l'organisation des plantes. Paris, 1806, in-8. — L.-C. TREVIRANUS, Vom inwendigen Bau der Gewæchse. Goettingue , 1806, in-8. — C.-A. RvpoLrm , Anatomie der Pflanzen. Berlin, 4807, in-8. — H.-E.-F. Link, Grundlehren der Anatomie und Physiologie des Pflanzen. Goettingue , 1807, in-8. Nachtrag. Goettingue, 1809, in-8.— I.-I.-P. MoLDENHAUER , Beitraege zur Anatomie der Pflanzen. Kiel, 1812, in-4. — D-.G. Kırser , Mémoires sur l’organisation des plantes. Harlem , 1814, in-A, DecanvoLır,, Organographie végétale. Paris, 1827, in-8. — 2° Sur l'anatomie des animaux : 1.-F. Brumensach, Handbuch der vergleichenden Anatomie. Goettingue, 1805, in-8., 1824. — G. CuvIER , Leçons d’anatomie comparée. Paris, 1809, 5 vol. in-8. — G. JAcorr, Elementi di fisiologia e notomia comparativa. Milan, 1808, 5 vol. in-8. — E. Hows, Lectures of comparative anatomy. Londres , 1814, 4 vol. in-A. — C.-G. CArvs, Lehrbuch der Zootomie. Leipzick, 1818, in-8. ee J.-F. MrexeL, System der vergleichenden Anatomie. Haile, 4824, in-8. — Ducroray De BraınviLLe, De l’organisation des animaux, ou Principes d'anatomie comparée. Paris, 1822, in-8.
(4) Cette règle présente, il est vrai, quelques exceptions, dans le nombre desquelles il faut ranger les plantes à feuilles charnues.
de la différence à cet égard entre les divers animaux, puisque ceux qui vivent dans l'air sont en général plus consistans que ceux qui font leur séjour dans l’eau, ce dont on ni se convaincre en comparant les mammiferes, les oiseaux et les insectes avec les poissons, les mollusques aquatiques , les vers , les méduses et les polypes. Cette différence paraît tenir à ce que l’evaporation est fort abondante dans Pair, tandis quelle est moindre dans l’eau, où se fait en même temps l'absorption d’une grande quantité de liquide.
$ 104. Les parties liquides et solides des animaux et des plantes présentent des différences relativement à la forme et à la composition. Les liquides que l’on trouve dans les animaux compliqués, le chyle , le sang , le mucus, la salive, le suc pancréatique, la bile, l'urine et ‚les liqueurs génitales diffèrent de ceux des végétaux, la sève, le cambium , la liqueur des nectaires et les liquides tant gommeux que résineux qui se déposent dans diverses cavités. En général, le nombre des liquides, surtout de ceux qui sont sécrétés, est plus grand chez les animaux que dans les plantes. Quant aux solides qui entrent dans la composition des uns et des autres, ils offrent de bien plus grandes différences, que je vais exposer brièvement.
$ 105. Les végétaux les plus simples, les plantes celluleuses ou acotylédonées, les algues, les champignons, les lichens et les mousses, quoique présentant une grande diversité dans leur configuration, sont composés d'une substance la plupart du temps homogene, formant des cellules arrondies ou oblongues, souvent en manière de sac, dans lesquelles se trouvent des liquides ou une substance grenue, sans qu'on puisse distinguer aucune sorte de tissu. Lors même qu'il existe à l'extérieur des parties qui diffèrent les unes des autres par la
forme , comme des racines, des tiges et des feuilles, ces parties ne présentent cependant point d’heterogenéité sensible dans leur texture. Le passage des acotylédonées aux plantes plus composées est marqué par les charagnes, les fougères, les prêles, etc., dans lesquelles on aperçoit des tissus hétérogènes, mais qui deviennent prononcés surtout dans les phanérogames, monocotylédonées'et dicotylédonées. Toutes ces plantes sont composées de tissu cellulaire, d’un tissu tubulaire ou vasculaire , de vaisseaux spiraux et de vaisseaux nourriciers, et enveloppées à l'extérieur par un épiderme bien apparent. On peut les appeler, avec Decandolle, plantes vasculaires.
$ 106. Le tissu cellulaire , première chose que l’on aperçoive dans la formation d’une plante ou d’une jeune partie de plante, est une substance molle, homogène, dans laquelle on distingue , avec le secours du microscope, de petites vésicules ou des globules, ainsi que l’ont démontré Malpighi, Grew, Sprengel , les frères Treviranus, Link et autres. Dans le tissu cellulaire développé, au contraire, se voient des vides, des cellules proprement dites, entourés de parois membraneuses solides, ayant des formes et une grandeur différentes , et contenant des matières diverses. Ces cellules, d’après les reches de Treviranus, Kieser, Dupetit-Thouars (1), Pollini (2), Amici (3), Dutrochet (4), Turpın (5) et Decandolle (6), paraissent être composées de vésicules placées les unes. à côté des autres et confondues ensemble. Dans le tronc et la tige, le tissu cellulaire entoure les
(4) Essai sur la végétation, Ess., 3, p. 66.
(2) Element botan.,t. I, p. 45, fig. 3.
(3) Osservaz. microscop. lig. 19, 20, 25, 30.
(A) Recherches sur la struct. végét. Paris, 1824, p. 10, 47.
(3) Mem. lu à l'Ac. des sc. de Paris, 1896.
(6) Organographie végétale, 1. I, p. 20.
Er LES VÉGÉTAUX, 189 vaisseaux spiraux, de même que dans l'écorce il enveloppe aussi les vaisseaux nourriciers contenant le cambium. Au milieu du bois des arbres et des arbrisseaux, il représente la moelle. Il existe souvent entre les cellules, de la moelle surtout, et, dansles graminées, entre les vaisseaux spiraux, des vides oblongs ou des conduits, que L.-C. Treviranus a nommés canaux intercellulaires. Dans la moelle, principalement dans la tige des ombellifères, le chaume des graminées et les pétioles des plantes aquatiques, le tissu cellulaire forme des vides ou espèces de sacs pleins d’air, qui sont les réservoirs pneumatiques de Rudolphi. Enfin, il laisse, dans l'écorce et le bois de certaines plantes, des vides oblongs et clos, qui contiennent des liquides résineux, huileux , muqueux ou gommeux : ce sont les réservoirs ou conduits du suc propre, que L.-C. Treviranus a décrits.
$ 107. Le tissu tubulaire ou vasculaire, sur lequel les naturalistes livrés spécialement à l'étude de l’anatomie végétale ont tant discuté, se montre sous deux formes différentes , celle des vaisseaux spiraux et celle des vaisseaux nourriciers. Les premiers font une partie principale du bois et des faisceaux ligneux : on les trouve dans la racine, le tronc, les branches, les pédoncules et les pétioles ; de là ils se répandent dans les nervures réticulées des feuilles, ainsi que dans les veines dont les pétales sont parsemés. C'est ce que nous savons par les recherches de Labaisse (1), Reichel (2), Comparetti (3), Schwagerman (4), Sprengel (5) et autres. Ces vaisseaux spiraux pénètrent même dans les filets des étamines,
(1) Diss. sur la circulation de la seve des plantes. Bordeaux, 1753, in-8.
(2) De vasis plantarum spiralibus. Léipzick , 1738, in-A.
3 Prodroma di fisica vegetabile, p. 19.
(4) Verhandl. der maatschap te Harlem, t. XX, p. 180, t. XXI, pP. 118.
dans le pistil et jusque dans les fruits. On les rencontre, formant des faisceaux isolés, dans le chaume des graminées, de même que dans les tiges des plantes herbacées , tandis que, dans le bois des arbres et des arbrisseaux, ils sont fortement serrés les uns contre les autres, et constituent ainsi le corps ligneux. Il n’y en a aucun vestige dans l'écorce. On doit considérer comme de simples variétés de ces vaisseaux, les tubes ligneux décrits par Malpighi, ainsi que les vaisseaux séveux indiqués par Grew. Les vaisseaux annulaires , les vaisseaux rétiformes ou à escaliers, les vaisseaux ponctués et les vaisseaux à chapelet de Mirbel, paraissent être aussi des modifications des vaisseaux spiraux.
On voit clairement, dans le bois des jeunes branches, que les vaisseaux spiraux sont formés de fibres minces, visqueuses , extensibles, élastiques et tournées en spirale, qu'on peut dérouler, et dont les tours constituent les parois d'un canal, lequel n’est garni n1 d'une membrane interne, ni d'une membrane externe, d’après les recherches de Schwagerman , de Comparetti, de Link, de Rudolphi, de L.-C. 'Treviranus, de Sprengel et autres. Ces vaisseaux paraissent principalement destinés à contenir le liquide qui, surtout au printemps, monte des racines aux différentes parties des plantes, et porte le nom de sève.
$ 108. Les autres vaisseaux sont les valsseaux nOULTIciers ou du cambium, ceux dont on connait le moins bien la situation, la structure et la disposition. Malpighi, Grew, Hill et autres, ont déjà admis dans les plantes des vaisseaux particuliers qui contiennent le suc propre, comparable au sang des animaux, destiné à la nutrition, et qui le distribuent dans tout le végétal. Les expériences de Knight ont rendu probable que la sève absorbée par les racines, et conduite par les vaisseaux
séveux du bois dans les feuilles, éprouve la, par l'influence de la respiration, un plus haut degré d’assimilation , et que, ramenée ensuite des feuilles par des vaisseaux particuliers, elle va se répandre dans les diverses parties, pour y subvenir aux besoins de la nutrition. J.-P. Moldenhauer (1) a réussi, dans plusieurs plantes, le bananier et le maïs, à découvrir des vaisseaux particuliers, pleins d’un suc trouble et coloré, qu'il appelait fibreux. G.-R. Treviranus (2) a constaté l'existence de ces vaisseaux dans le bois et sous l'écorce, chez diverses plantes; il a donné le nom de suc plastique au suc trouble, laiteux et chargé de globules, qui les remplit, et l’a considéré comme le liquide nourricier proprement dit, perfectionné par l'élaboration. Schultz (3) a eu le mérite de démontrer, dans un grand nombre de plantes, la présence de ces vaisseaux spéciaux qui ramènent le suc des feuilles. El les appelait vaisseaux vitaux, et donnait au suc qu'ils renferment le nom de suc vital.
Ces vaisseaux, d'une structure extrêmement délicate, sont situés, sous la forme de faisceaux, le long des vaisseaux spiraux des feuilles , des tiges et des pétioles, dans les plantes herbacées. Chez les plantes qui ont un corps ligneux et une écorce sensiblement prononcée, ainsi que dans la racine et la tige des arbres et arbrisseaux, on les trouve dans la couche interne et molle de l'écorce, ou dans la substance corticale ; de là ils se répandent dans le bois et le tissu cellulaire. Leurs parois sont formées d’une pellicule homogène , délicate, blanche et transparente. Ce sont eux qui renferment le
(4) Beitraege zur nn À der Pflanzen, p. 150.
(2) Ueber die GefaesS@ünd den Bildungssaft der Pflanzen; dans Vermischte Schrifien, t. I, p. 445.
(5) Von der Natur der lebendigen Pflanzen, t. I, p. 515.
liquide formateur ou nourricier proprement dit , lequel se produit, sous l'influence de l’air et de la lumière, avec la sève montante des racines et du tronc dans les feuilles, et se distribue aux différentes parties, pour y opérer la nutrition, l'accroissement et la sécrétion.
$ 109. Ces tissus élémentaires, combinés et disposés d'un nombre infini de manières, composent le corps de toutes les plantes vasculaires, avec leurs diverses parties, les racines, le tronc ou la tige, les feuilles, les fleurs et les fruits, quelque grandes et nombreuses que soient les différences que leur forme extérieure présente suivant les familles, les genres et les espèces (1). Si nous avons égard aux manifestations d'activité que ces parties déploient , nous remarquons qu'elles se bornent à celles qui ont pour but la nutrition, l'accroissement, la génération et la formation des plantes, savoir: l'absorption des matières alimentaires, leur assimilation, la respiration, le mouvement du suc, la nutrition, la sécrétion, et enfin les actes de la génération. Les parties peuvent être divisées, relativement aux fonctions, en celles dont les manifestations d'activité opèrent la conservation de l'individu, et celles qui, accomplissant la génération de l'espèce, tendent aumaintien de cette espèce. Dans la première classe sont comprises la racine, le tronc ou la tige et les feuilles ; à la seconde appartiennent les fleurs, les fruits, les graines, les bourgeons, les tubercules et les ognons. Il sera plus convenable d'examiner leur structure dans la section suivante , consacrée à faire connaître les manifestations d'activité ou phénomènes vitaux des plantes.
(4) DecAnDOLLE ( Organographie végétale, t. I, p. 8), dit : « la « texture intime des végétaux, vue aux plusforts microscopes, offre « peu de diversité. Les plantes les plus | par leurs formes «extérieures se ressemblent à lintérieur à un degré vraiment
En
En
« extraordinaire, »
$ 110. Les tissus et parties qui entrent dans la composition des animaux sont infiniment plus nombreux que chez les végétaux, et en même temps d’une nature toute particulière. Quant à ce qui concerne les tissus généralement répandus dans les organismes animaux, et qu'on rencontre dans tous, à l'exception des animaux les plus simples, les infusoires , les polypes, les méduses et plusieurs autres zoophytes, lesquels consistent en une masse gélatineuse ou muqueuse, ce sont le tissu cellulaire,, les vaisseaux, les nerfs et les fibres musculaires. Ceux-là peuvent être considérés comme les tissus élémentaires, dont les combinaisons et dispositions représentent les divers organes. Il faut y joindre encore quelques autres tissus moins généralement répandus, tels que le tendineux ou fibreux, l’osseux et cartilagineux, et le corné. Nous allons esquisser rapidement la nature et les qualités de ces tissus. S
$ 111. Le tissu cellulaire ou muqueux est le plus généralement répandu, depuis les zoophytes jusqu à l’homme , parmi ceux qui entrent dans la composition de tous les animaux. Il se présente sous l'aspect d’une substance homogene, blanchätre, demi-transparente , molle , presque muqueuse, extensible, douée d’un certain degré de viscosité, et un peu contractile pendant la . vie. Il absorbe facilement des liquides, et il est perméable aussi aux are ‘aériformes. Primitivement il ne contient point de vides nı d'excavations ; mais ıl se laisse aisément distendre par l'air et les liquides, de manière à produire des cellules. Suivant la remarque faite pour la première fois par Rudolphi (1), cette différence existe entre le tissu cellulaire des plantes et celui des animaux, que le premier offre des cellules plus ou
41, Anatomie der l’flanzen, v. 26.
moins régulières, à parois fermes et consistantes, tandis qu’on ne voit rien de semblable dans le second. D'un côté, le tissu cellulaire remplit les interstices des organes, de l’autre, il entre dans la texture de ces organes eux-mêmes, et y contient ou renferme tous les autres tissus. Celui qui sert d’enveloppe renferme un liquide aqueux et transparent , le sérum. Chez les animaux plus compliqués, on trouve souvent dans son intérieur, en différens endroits, une substance opaque , blanche ou jaune , qui est renfermée dans des sacs arrondis, plus ou moins grands. C'est la graisse, qui, d'après les recherches de Chevreul, se compose de stéarine et d’elaine. $ 112. Le tissu cellulaire condensé et étendu en surfaces forme la base des tégumens communs, ainsi que des membranes qui sécrètent le mucus, le sérum et la synovie. Condensé en chorion, il forme celle des tégumens communs, et renferme ainsi en lui-même tous les organes du corps animal. Il se réfléchit par diverses grandes ouvertures dans les cavités du corps, où 1l se continue avec les membranes muqueuses. Chez beaucoup d'animaux, la peau produit des appendices rameux ou foliacés, les branchies, qui président à la respiration dans l’eau. La peau qui, chez la plupart des animaux, est parsemée d’un grand nombre de vaisseaux et de nerfs , entretient une réciprocité d'action avec les milieux environnans. D'une part, il se fait en elle absorption de matières aériformes ou liquides; d'autre part, il s’y opère une excrétion de matières gazeuses par la transpiration , ou de substances liquides sous la forme de sueur, de mucus ou de graisse. Les nerfs qui se rendent à la peau lui communiquent un degré plus ou moins élevé de sensibilité pour les impressions mécaniques ou chimiques, auss+ bien que pour les varıations de température.
$ 113. Les membranes muqueuses formées d’un tissu cellulaire condensé, pourvues presque toutes d’une multitude de nerfs et de vaisseaux, et dont la face interne sécrète des liquides, tapissent toutes les cavités qui s’abouchent au dehors ou communiquent avec la surface du corps , le sac alimentaire, ou canal intestinal, avec les conduits excréteurs des glandes qui s’y abouchent, les trachées et les poumons, les organes urinaires et les cavités des organes génitaux. Elles font ainsi la base des divers organes qui président à la susception et à l'assimilation des alimens, à la respiration aérienne, à la sécrétion des humeurs, à la préparation et à l’émission des liquides génitaux.
$ 114. Le tissu cellulaire condensé en membranes, et parsemé de vaisseaux déliés, fait aussi la base de sacs plus ou moins considérables, et fermés de toutes parts, qu on appelle membranes séreuses et synoviales. La face interne libre et polie de ces sacs sécrète une humeur aqueuse , tenant de l’albumine en dissolution, qui est continuellement reprise au moyen de l'absorption. L’externe, au contraire, tient à divers organes par un tissu cellulaire lâche. Ces membranes favorisent, par leur face interne libre et sécrétoire, les mouvemens des organes qu’elles tapissent.
Les membranes séreuses renferment des organes dans lesquels s’ex&cutent des mouvemens involontaires ou automatiques. Elles enveloppent le cœur, les poumons, le canal intestinal, avec ses appendices glanduleux , et les organes chargés de préparer le liquide générateur. Le cerveau et la moelle épinière, avec les origines des nerfs, sont également entourés d’une membrane séreuse délicate, dont l'existence est relative aux mouvemens que la circulation et la respiration leur communiquent.
Des membranes synoviales se trouvent chez les animaux pourvus d’un squelette intérieur articulé, à l’extremité des os qui sont mobiles les uns sur les autres, de même qu'en plusieurs endroits entre des tendons, principalement dans les points où ils passent sur des gouttières osseuses. Ces membranes, avec leur produit sécretoire, la synovie, ont pour but de faciliter les mouvemens volontaires.
$ 115. Les vaisseaux, que lonrencontre dans la grande majorité des animaux, chez les mammifères, les o1seaux ‚les reptiles, les poissons, les crustacés, les arachnides, les insectes, les mollusques, les annélides et les radiaires , et qui renferment le suc nourricier ou plastique préparé avec les alimens et assimilé, sont des canaux ramifies dans l’intérieur du corps, dont les troncs se continuent les uns avec les autres d’une manière immédiate, ou qui communiquent ensemble par lintermédiaire des cavités du cœur. Ils ont pour base une membrane mince, lisse à sa face interne, arrosée par le suc nourricier, et composée de tissu cellulaire condensé. Cette membrane, qui s'enfonce aussi dans les cavités du cœur, forme , en divers endroits et dans différentes sections du système vasculaire, des replis, les valvules , qui règlent la direction que doit suivre le sang mis en mouvement par les parois musculeuses du cœur ou par les parois contractiles des vaisseaux. Cette membrane est garnie extérieurement d’un tissu de nature spéciale. Celle de ses portions qui se répand à travers les cavités du cœur, et qui unit ensemble les troncs vasculaires, est couverte de fibres musculaires disposées par couches. Quant aux parois de la plupart des vaisseaux , elles offrent un tissu particulier, fibreux , jaune blanchätre ou rougeätre pâle , qu’on peut appeler fibre vasculaire. Ce tissu, qui entoure les vaisseaux tantôt
| ET LES VÉGÉTAUX. 193 circulairement, et tantôt dans le sens de leur longueur, est doué d’une faculté contractile propre. Les vaisseaux se partagent, chez les animaux compliqués, en trois ordres , artères, veines et lymphatiques.
S 116. Les vaisseaux qui se ramifient vers la periphérie du corps, en partant, pour la plupart, des cavités du cœur, sont appelés artères. Ils se distinguent par l'épaisseur de leur tissu vasculaire , qui les entoure circulairement. Leur membrane interne et lisse ne produit de valvules qu à leur sortie du cœur, pour empêcher le liquide qu'ils charrient de refluer dans cet organe. Le sang contenu dans leur intérieur, d'un côté, est conduit par eux aux différens organes, qui en extrayent les matériaux nutritifs, et de l'autre est la source à laquelle sont puisées les différentes humeurs. C’est dans une section particulière du système artériel, qui se ramifie au milieu des organes respiratoires, que la conversion du suc nutritif grossier en sang s'opère par l'effet d’une susception de substances puisées dans l’air atmosphérique et d'une élimination d'acide carbonique et d’eau.
$ 117. D'autres vaisseaux, qui tirent leur origine des organes, et qui sont en connexion immédiate avec les ramifications les plus déliées des artères, se réunissent en rameaux, branches et troncs, qui vont s'ouvrir dans les cavités du cœur ou se confondre avec des troncs artériels. Ce sont les veines. Leur membrane interne et lisse forme, chez la plupart des animaux, des valvules dirigées vers les troncs et les cavités du cœur. Leur tissu vasculaire est mince, et presque entièrement disposé dans le sens de la longueur des vaisseaux. Les veines ramènent au cœur et aux troncs artériels le résidu du sang qui na point été employé à la nutrition des organes et à la sécrétion de liqueurs spéciales. Elles ser-
vent aussi à absorber certaines substances. Enfin, une des sections de ce systeme, qui naît des organes respi ratoires, ramène au cœur ou aux troncs artériels le sang préparé avec le suc nutritif grossier.
S 118. Les Hrephatiqies constituent un troisième ordre de vaisseaux, qu'on n’a rencontrés jusqu'à présent que dans les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons. Ils tirent leur origine des diverses membranes, muqueuses , séreuses et synoviales, et du derme., dont la base est du tissu cellulaire condensé, ainsi que du tissu cellulaire répandu dams les interstices et le parenchyme des organes. Il n’est pas encore bien démontré que ces vaisseaux naissent des membranes, ou de tout autre tissu quelconque, par des orifices béans, en sorte qu'on regarde comme une chose vraisemblable qu'ils proviennent immédiatement du tissu cellulaire ou muqueux. Ces vaisseaux se réunissent en rameaux, branches et ae et s’anastomosent avec les veines, de manière qu'on peut les regarder comme un appendice du systeme veineux. Leur membrane interne et lisse est garnie, chez la plupart des animaux, de nombreuses valvules dirigées vers les troncs. On n’a pas clairement reconnu l'existence d’une tunique fibreuse en eux. Leur fonction consiste à absorber le liquide préparé avec les alimens dans le canal intestinal, ainsi que les substances liquides qui sont mises en contact avec les tégumens communs et les membranes muqueuses. Ils reprennent aussi les liquides sécrétés dans les membranes séreuses et synoviales, de même qu'ils président à l'absorption des matériaux constitutifs des organes qui sont redevenus liquides dans la substance même de ces derniers. La disposition de leurs valvules, et leur dilatation audessous d’une ligature par laquelle on les embrasse sur Yanimal vivant, prouvent que les liquides qu'ils con-
tiennent marchent des rameaux dans les branches , et par conséquent des organes vers les troncs veineux dans lesquels ils s’abouchent.
$ 119. Un autre tissu particulier aux animaux est celui des nerfs. L'existence de ces organes chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons, était déjà connue des naturalistes grecs. Les recherches anatomiques de Swammerdam, Willis et Redi, en ont fait découvrir aussi dans les crustacés, les insectes, les mollusques et les annélides. Mais il était réservé à l'esprit observateur des modernes d’en apercevoir également dans plusieurs des animaux les plus inférieurs, les étoiles de mer, les actinies, les pyrosomes , les ascidies et quelques entozoaires, auxquels on les refusait encore à l’époque de Haller. Les infusoires , les polypes, les méduses, divers autres zoophytes et la plupart des entozoaires, sont les seuls animaux dans lesquels on n'a point encore réussi à démontrer leur existence le scalpel à la main. Mais comme nous apercevons, chez ces animaux, des phénomènes qui ont lieu par l’intermède de nerfs chez les animaux d’un ordre plus élevé, savoir la sensibilité et le mouvement volontaire 4 il n'est point hors de vraisemblance que, chez ceux-là, la substance nerveuse se trouve confondue avec leur | masse gélatineuse ou muqueuse, sans se manifester sous la forme d’un tissu particulier.
$ 120. Autant qu'on peut en juger d’après les recherches faites jusqu'à ce jour, le tissu des nerfs consiste chez tous les animaux, en une masse molle ‚ blanche et peu consistante, la pulpe nerveuse. Cette masse est composée de petits globules, plongés au milieu d’une substance demi-fluide, dans un tissu cellulaire ou muqueux délicat, qui sert à les réunir ensemble. C’est ce qui résulte des observations microscopiques faites à ce
sujet. Les globules sont disposés pour la plupart en séries longitudinales, etreprésentent les fibres médullaires ou nerveuses. Ces fibres sont entourées de tissu cellulaire condensé, produisant des tubes ou canaux qu’on désigne sous le nom de névrilème. Chez les anımaux pourvus d'un système vasculaire, des vaisseaux déliés pénètrent dans les enveloppes des nerfs et dans la substance médullaire. Chez ceux qui ont un système lymphatique, on aperçoit aussi des vaisseaux Iymphatiques dans le névrilème. Les vaisseaux' president à la nutrition de la substance nerveuse , et aux changemens de composition que ses manifestations d'activité entraînent pendant la durée de la vie.
$ 121. Toutes les parties de la substance nerveuse sont liées ensemble dans les corps: Une portion est disposée en rayons, qu'on désigne sous le nom de nerfs, et dont les ramifications déliées entrent dans la composition de presque tous les organes et issus ; une autre est concentrée en masses plus ou moins volumineuses, ganglions nerveux, centres et cordons médullaires. La -réunion de ces derniers produit le cerveau et la moelle épinière. On apergoit encore, dans les points où la substance médullaire est accumulée, une autre substance plus molle, d'un gris rougeätre ou jaunälre , également composée de globules et d'un tissu muqueux abondant, dans laquelle des vaisseaux très-nombreux se ramifient à l'infini : c’est la substance grise.
$ 122. L'appareil nerveux préside, pendant la vie, à l'activité spirituelle ou aux opérations de l'âme, à la sensation, à la perception, à la conscience et à la volonté, phénomènes qui distinguent essentiellement les animaux des végétaux. Les nerfs qui pénètrent dans les divers tissus leur procurent l'aptitude à être affectés par les excitations. Le système lui-même, pro-
duisant des excitations, fait entrer en action les muscles soumis à la volonté. En outre, il exerce une influence automatique , et hors de la portée de la conscience , sur les organes et appareils dont les fonctions maintiennent le corps animal dans la forme et la composition qui lui sont propres, et lui permettent d’accomplir ses manifestations d'activité. Il préside à l'ingestion des alimens, influe sur la digestion et la préparation du chyle, donne l'impulsion aux mouvemens respiratoires, et, par le moyen du mouvement du sang , détermine la nutrition et la sécrétion. Les fonctions relatives à la conservation de l'espèce, ou les fonctions génitales, sont placées aussi sous la dépendance du système nerveux. En un mot, ce système est l'appareil le plus important du corps animal , celui auquel se rapportent, pendant la vie, les manifestations d'activité de toutes les autres parties et de tous les autres organes, celui pour lequel existent ces derniers, qui sont plus ou moins influencés et déterminés par lui dans la manière dont ils agissent. Répandu dans le corps entier de l’animal, ıl est le lien qui unit les organes, qui les ramène à l'unité, qui les entretient dans cette réciprocité d’action et dans cette concordance harmonique dont le principal résultat est la conservation de l'individu et de l'espèce.
S 123. Des muscles existent chez les animaux de toutes les classes, depuis les mammifères jusqu'aux radiaires. On en a découvert dans un grand nombre d’entozoaires. On aperçoit même dans les actimies, quelques méduses et autres zoophytes, des faisceaux musculaires tissus avec la peau extérieure. Les infusoires, les polypes et divers autres animaux gélatineux sont les seuls dans lesquels on n'ait point aperçu de tissus musculeux. Les muscles de tous les animaux sont composés de faisceaux
blancs, jaunâtres ou rouges, mous, réunis par du tissu cellulaire, et formés eux-mêmes de fibres deliees, sur la nature desquelles les anatomistes ont beaucoup discute. Tout ce qu'on peut assurer jusqu'à présent, c'est que ces fibres ne sont pas creuses, mais pleines. Plusieurs naturalistes prétendent avoir reconnu, à l’aide du microscope , qu'elles sont composées de globules, qui paraissent disposés en séries et réunis par leurs extrémités. Les muscles ont pour base une matière animale, la fibrine, qui prend la forme filamenteuse en se déposant du sang. Chez les animaux avancés en âge, il pénètre dans ces organes des nerfs, qui répandent leurs ramifications déliées entre les faisceaux et entre les fibres. En outre, les muscles de tous les animaux pourvus d'un système vasculaire sanguin reçoivent un très-grand nombre de vaisseaux, qui leur amènent du sang et président à leur nutrition, les rendant ainsi capables d’exercer leurs manifestations propres d'activité.
$ 124. Pendant la vie, les muscles ont la propriété de se raccourcir, se condenser ou se contracter, à l’occasion d’excitations agissant sur eux ou sur les nerfs; et, quand ces excitations cessent, de se relâcher et de revenir à leur première situation. Cette propriété porte le nom d’irritabilite. Les excitations qui provoquent la contraction des muscles sont ou des volitions, € est-àdire, des stimulus engendrés dans les masses de matiere nerveuse, d'où ils se propagent aux organes musculaires par le moyen des nerfs, ou des influences que le sang et les divers liquides sécrétés exercent sur des muscles creux, ou enfin des stimulations occasionées soit par les alimens et l'air qui pénètrent dans les cavités des animaux, soit par des causes mécaniques ou chimiques qui agissent extérieurement sur le corps de ces derniers. Les parties musculeuses douées de lirrita-
bilité accomplissent la plupart des mouvemens qui ont lieu chez les animaux.
$ 125. La disposition-des muscles varie beaucoup dans les animaux. Les uns, formant une masse dense et ferme, sont appliqués à la face interne des tégumens communs , comme dans les entozoaires, les radiaires, les annélides et certains mollusques, en connexion avec des coquilles calcaires, comme dans les mollusques univalves, bivalves et multivalves, ou insérés à des parties cornées ou terreuses, articulées exterieurement, comme dans les insectes et les crustacés. Chez les animaux pourvus d'un squelette articulé intérieur, les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères, la plupart des muscles s’attachent aux os. Ces muscles produisent les mouvemens des membres et du corps entier. On en trouve aussi à la bouche, dans les organes de la mastication , des sens, de la respiration, de la voix et de l’accouplement, dont les mouvemens sont exécutés par eux. Une autre portion du tissu musculaire est étendue sur la face externe des membranes. Les faisceaux charnus, plus ou moins épais, qui enveloppent la membrane interne et lisse du système vasculaire sanguin, sur les points où les veines se réumissent avec les troncs artériels , représentent le cœur, organe principal de la circulation du sang. Des expansions musculeuses se trouvent aussi à la face externe de toutes les membranes muqueuses. Celle de la membrane muqueuse du sac intestinal accomplit le mouvement des substances alimentaires introduites dans cette cavité, et des sécrétions liquides qui s’y mêlent pour aider à la digestion. Celle de la membrane muqueuse des poumons et des. trachées prend part au renouvellement de l'air dans ces organes. Une autre, qui tapisse les uretères et la vessie, opère le mouvement de l'urine préparée par les reins.
Enfin, la couche étendue sur la membrane muqueuse de l'appareil génital des deux sexes préside à celui de la liqueur séminale et des œufs.
$ 126. Les os et les cartilages, les plus dures et les plus denses de toutes les parties des animaux, ne different pas essentiellement les uns des autres sous le rap- ‚port des substances qui entrent dans leur composition. Tous contiennent une substance animale combustible et plusieurs matières inorganiques. La première se dissout dans l’eau et se convertit en colle par l’ébullition. Elle en constitue la base, et prend leur forme organique pendant la vie. Elle est pénétrée par les matières inorganiques, phosphate de chaux, carbonate calcaire , et autres sels divers, qui s’y déposent de la masse des humeurs, dans les actes de la nutrition et de la formation. C'est la proportion de ces matières relativement à la substance animale, qui fait qu'une partie est un os ou un cartilage. Tous les os commencent par être des cartilages, et ceux-ci, au moment de leur apparition dans le fœtus, sont composés d'une substance demi-fluide , analogue au tissu cellulaire ou muqueux , dans laquelle se dépose d’abord une matière susceptible de se coaguler et de se durcir, probablement de l’albumine, qui semble n’acquérir les propriétés de la gélatine que par l'effet de l'ébullition. Dès que le tissu cellulaire en est pénétré, ıl paraît sous la forme d’une masse presque homogène , assez semblable à de l'albumine coagulee , qui est la substance cartilagineuse. À mesure que les matières terreuses s'y déposent, on voit paraître des fibres dures et réliculées, qui représentent le système osseux. Ces fibres sont tantôt lâches et écartées, formant alors le tissu interne, celluleux on spongieux, des os , tantôt disposées en plaques ou couches, qui sont - serrées les unes contre les autres, tiennent ensemble
par des fibres, et constituent le tissu compacte extérieur ou cortical. Tout os qu'on prive de ses matières terreuses par l’action des acides reparait avec les qualités d'un cartilage, en tant qu'elles dépendent de la composition chimique , mais conserve néanmoins la forme organique de l'os.
$ 127. Les os, dans lesquels se répandent des vaisseaux sanguins déliés qui président à leur nutrition, varient beaucoup chez les animaux sous le rapport de leur configuration, de leur arrangement et de leurs connexions. Chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons, ils sont situés dans l’intérieur du corps, séparés des tégumens communs par les muscles. Cependant, la peau les recouvre immédiatement dans un grand nombre de points, sur la tête des poissons et des reptiles, ainsi que sur les boucliers pectoraux et dorsaux des tortues. En leur qualité de parties dures et solides, ils fournissent une enveloppe protectrice à la masse centrale du système nerveux, le cerveau et la moelle épinière, sur lesquels ils se moulent dans le fœtus, où 1ls ne paraissent qu'après eux. La moelle épinière est entourée d’os annulaires, mobiles les uns sur les autres, les vertèbres, dont le nombre est jusqu’à un certain point proportionné à celui des nerfs qui naissent de la moelle elle-même, et dont la face externe procure , au moyen des prolongemens dont elle est garnie , des points d'attache aux muscles. D’autres os, sur lesquels on reconnaît encore quelques traces de la forme des vertèbres, et qui sont réunis ensemble, dans leurs sutures, par de la masse cartilagineuse, produisent le crâne, ou l'enveloppe du cerveau et des origines des neris. Un grand nombre de pièces osseuses, prenant leur appui sur le crâne, et, laissant entre elles des vides, donnent naissance aux cavités qui logent les organes
des sens. Quelques-unes, articulées ensemble de manière à conserver leur mobilité, forment la cavité buccale. Les dents, chargées de diviser les alimens, sont implantées dans ces os, auxquels s’attachent aussi les muscles dont l’action determine la susception, l’attenuation et la deglutition des substances alimentaires. Avec les os du tronc s’articulent latéralement, chez les mammifères, les oiseaux et la plupart des reptiles, les côtes courbées en arc, dent les extrémités antérieures ou inférieures, presque toujours formant des os à part, vont rejoindre les pièces du sternum. Les côtes enveloppent et protégent les organes respiratoires, le cœur et les organes de la digestion. Chez les tortues, où elles sont larges et réunies par des sutures, ainsi que les os sternaux, elles. produisent la carapace et le plastron. Dans les poissons, on trouve des os arqués, mobiles et semblables à des côtes, qui s’articulent sur le crâne, et qui fournissent des points d'appui aux branchies.
Les os des membres représentent des leviers de différens genres, qui sont retenus dans les articulations par des organes solides, quoique flexibles , les ligamens, et que la contraction des muscles auxquels ils servent d’insertion rend aptes à exécuter des mouvemens dont la direction et l'étendue varient d’après la forme des surfaces articulaires. Les os des membres postérieurs, qui sarticulent avec la colonne vertébrale chez la plupart des animaux, produisent par leur réunion une cavité appelée bassin, dans laquelle sont logés les organes génitaux, le réservoir de l'urine et l'extrémité inférieure du sac alimentaire.
$ 128. On rencontre aussi des os dans les organes des sens de plusieurs animaux, où ils servent de point d'appui et d'attache à des muscles. Tels sont les pieces de l'hyoïde, l'anneau osseux et les écailles osseuses
dans l'œil de plusieurs oiseaux, de divers poissons, et ‚les osselets de l’ouie. De même, des lames osseuses contribuent à l'agrandissement de la membrane olfactive. On irouve dans le cœur de plusieurs ruminans un os auquel s’attachent des faisceaux musculaires. Chez quelques animaux, la verge et le clitoris ont un soutien osseux. Enfin , il en est aussi qui présentent des lamelles osseuses dans la peau; tels sont les tatous, les crocodiles et plusieurs poissons, les cofres et balistes , les esturgeons, etc.
$ 129. Parmi les cartilages, les uns sont des disques élastiques qui tapissent les extrémités d’os articulés ensemble et mobiles; les autres servent à réunir des pièces osseuses qui ne peuvent exécuter aucun mouvement ; plusieurs contribuent à former certaines cavités, tels sont ceux des côtes, des pièces sternales et des os du bässin; quelques-uns enfin soutiennent des organes mous et en déterminent la forme, comme les cartilages du nez, de l'œil, des paupières, du larynx et de la trachée-artère.
$ 130. Les manifestations de la vie dans les os et les cartilages se réduisent aux seuls phénomènes de la nutrition et de la formation, qui les maintiennent en jouissance de leur forme et des autres qualités nécessaires à l'accomplissement de leur rôle.
$ 151. Les os des animaux vertébrés peuvent être comparés, sous le rapport de la composition chimique, de la structure et de la destination, aux enveloppes et coquilles calcaires des mollusques et des crustacés, qui sont ou confondues avec les tégumens communs, où déposées entre eux et l’épiderme, et auxquelles s attachent la plupart des muscles. Les coquilles des mollusques , qui présentent tant de différences relativement à la forme et au nombre de leurs pièces, ainsi qu’à leur
grandeur et à leur mode d'union avec les corps, sont composées, suivant Hatchett, de couches lamelleuses , membraneuses , semblables à de l’albumine coagulee , dans lesquelles se déposent les matières terreuses, principalement du carbonate et quelquefois aussi du carbonate de chaux. Les parties dures des crustacés, quireprésentent un squelette articulé extérieur, sont formées, d'après les analyses de Hatchett, John, Merat- Guillot et Chevreul, d’une substance animale semblable à Falbumine, d'une grande quantité de carbonate calcaire et d’un peu de phosphate de chaux, avec des traces de phosphate de magnésie et de chlorure de sodium. Chez les insectes, les tégumens cornés tiennent Heu des os, et fournissent des points d'attache aux muscles. Is sont composés d’albumine coagulée et sèche, de quelques traces de sels, et d’une matière particulière, découverte depuis peu par Odier, la chitine. Les rie articulées et mobiles, en forme de vertèbres, qu'on aperçoit chez les astéries, sont analogues aux os, de même que les pièces engrenées des oursins, qui contiennent une matière animale, avec beaucoup de carbonate et un peu de phosphate calcaire. Enfin, on peut encore rapporter & la même catégorie les coraux, qui tantôt forment un tronc servant de soutien pour la masse molle et gélatineuse due à la réunion de plusieurs polypes, comme dans les gorgones, les sertulaires et les isis, et tantôt logent les polypes dans leurs cellules et interstices , comme on le remarque chez les madrépores, les tubipores, etc. Les coraux cornés ou terreux eux- mêmes sont composés d'une substance animale coagulee, qui ressemble à Valbumine, et de carbonate calcaire en proportion variable.
$ 152. Des parties tendineuses ou fibreuses, affectant des formes et des dispositions différentes, se rencon-
trent principalement chez les animaux des quatre classes supérieures, les vertébrés. Le tissu qui en fait la base représente des filamens argentins, brillans, durs, fermes et flexibles, qui paraissent être composés d'un tissu cellulaire très-condensé et pénétré d'albumine coagulée. Par une longue immersion dans l'eau, ıls se résolvent en une substance floconneuse, qui ressemble au tissu cellulaire. L'ébullition les convertit, comme les cartilages, en gélatine. Une portion du tissu fibreux est étendue en membranes, et adhère à la face externe des os et des cartilages, où elle porte le nom de périoste et de périchondre. D'autres membranes fibreuses, constituant ce qu'on appelle les aponevroses, enveloppent des muscles, qu'elles retiennent ainsi dans la situation respective où ils doivent rester pour que les mouvemens puissent s accomplir. Des organes fibreux, diversement configurés, fixent les os aux articulations, comme les ligamens articulaires, ou remplissent les vides qu'ils laissent entre eux, comme les ligamens interosseux. Aux extrémités ou origines des muscles se voient des cordons fibreux, les tendons, au moyen desquels les os sont attirés pendant la contraction des fibres musculaires. Enfin, la nature s’est servi de membranes fibreuses pour envelopper et protéger des parties délicates et molles ; telles sont celles du cerveau et de la moelle épinière , la sclérotique de l'œil, la membrane fibreuse qui entoure le réseau vasculaire de la verge et du clitoris, celle de la rate, avec ses appendices réticulés, et la tunique albuginée du testicule. Une combinaison des tissus fibreux et cartilagineux donne lieu aux cartilages fibreux ou ligamenteux que l’on rencontre sur divers points. Les parties fibreuses ne reçoivent pour la plupart qu'un petit nombre de vaisseaux, qui président à leur nutrition. La vie ne se manifeste en elles que par
la nutrition et leur maintien en jouissance de la forme et de la composition chimique qui leur sont propres, avec les qualités qui en dépendent.
On peut comparer aux parties fibreuses des animaux vertébrés les masses ligamenteuses des mollusques qui retiennent ensemble les valves dans la charnière. Les parties jointes aux muscles que l’on observe chez les crustacés et les insectes, sont à la vérité également dures, blanches et brillantes, mais elles ne sont point à proprement parler fibreuses.
$ 155. Enfin, le tissu corné fait la base de parties dont les unes occupent la face externe ou la peau des animaux, tandis que les autres sont disséminées à la surface de la membrane muqueuse des appareils digestif et génital. Il se présente sous la forme d’une substance parfaitement homogène, transparente, plus où moins solide et diversement colorée, sans vaisseaux nı nerfs. Chez tous les animaux vertébrés , il produit, sur les tégumens communs, une Couche d'épaisseur variable, composée souvent de plusieurs lamelles, qu on appelle épiderme , et qui est la limite extrême du corps animal. Chez les animaux qui vivent dans l'air, l’épiderme est sec, semblable à de la corne, et plus épais aux endroits qui supportent des frottemens, tels que la plante des pieds, la paume des mains, la face enroulante des queues préhensiles , les callosités des fesses, etc. Chez ceux qui se tiennent dans l’eau, les cétacés, les batraciens , les tritons et les poissons , il est mou, presque muqueux. On voit aussi un véritable épiderme sur les écailles calcaires et les croûtes cornées des crustacés, des insectes, des mollusques et des échinodermes, de même que sur la peau nue des limaces et des annélides. Ce n’est que chez les animaux mous et gélatineux qu'on ne peut pas Vapercevoir distinctement. Le tissu corné fait aussi la
base des diverses parties qui servent à couvrir ou protéger les animaux, des poils, soies, épines, écailles, plumes, boucliers, ongles, sabots, ainsi que de l’étui des cornes et des becs.
La membrane muqueuse du sac alimentaire est aussi couverte, dans beaucoup d’endroits, d’une pellicule semblable, qui y prend le nom d’epithelium. Cette pellicule se hérisse assez souvent, sur la langue, de pointes et d’ecailles. Elle est bien marquée à la face interne de l'œsophage , ainsi qu'à celle de la panse des ruminans, de l'estomac du pangolin, du gésier de presque tous les oiseaux, de l'estomac de certains crustacés et insectes , etc.
Le tissu corné se montre quelquefois à la surface de la membrane muqueuse des parties génitales, notamment de la verge, sous la forme d’épines ou d’ecailles. C’est ce que l’on observe entre autres chez les Chats, plusieurs rongeurs , les serpens, etc.
S 134. Ces tissus, dont les uns sont généralement répandus, et se rencontrent chez tous les animaux, à l'exception des plus simples, tandis que les autres sont bornés à certaines classes seulement, produisent, par leur association en plus ou moins grand nombre, et par leurs divers modes de combinaison et d’arrangement, les parties sur lesquelles on tombe immédiatement quand on disseque un animal, et qu’on appelle organes pour l'exercice de certaines fonctions. Tels sont le canal intestinal, le foie, les glandes salivaires, le cœur, les poumons, les branchies, les reins, les testicules, les ovaires, le cerveau, la langue, les yeux, les muscles, les os, etc. {Aucun de ces organes ne résulte d'un tissu seul, et il y en a toujours plusieurs qui se réunissent pour lui donner naissance. Ceux qui entrent, en plus ou moins grande abondance, dans la composition de presque tous les
organes, sont le tissu cellulaire, lesiwaisseaux et les nerfs, dont les diverses parties forment un tout continu dans le corps entier de l'animal. Parmi ceux qui, unis aux précédens, ne contribuent qu à la production de certains organes, se rangent les tissus musculaire, fibreux, cartilagineux et osseux, qui ne forment pas un tout continu dans le corps entier, mais sont plus où moins isolés, ou bornés à certains organes. Les organes produits par l'association de tissus différens, présentent plusieurs degrés sous le rapport de la composition : le canal intestinal, les poumons, les glandes, les organes des sens, le cerveau, les parties génitales, etc., en un mot tous ceux qu'on appelle viscères , sont très-composés ; les muscles, les os, les cartilages, les ligamens et les diverses membranes le sont moins:
$ 135, Les organes se réunissent, chez les animaux, en groupes qui, pendant la vie, ont la faculté d'accomplir une fonction principale par leur activité réunie. On peut donner le nom d'appareils à ces groupes. Ainsi, on distingue les appareils pour la digestion, pour la respiration, pour le mouvement du sang, pour le sentiment, pour la locomotion, pour la génération, etc. Fous les animaux supérieurs ou parfaits résultent d'une collection de divers appareils, qui sont enchaines les uns aux autres par les tissus généralement répandus dans le corps, les nerfs et les vaisseaux, et dont le nombre et la composition sont d'autant plus considérables que les manifestations d'activité ou de vie qu'on aperçoit chez ces êtres sont elles-mêmes plus nombreuses. |
En portant notre attention sur les fonctions qui sont accomplies par les appareils, nous pouvous nous convaincre que, comme dans les plantes, elles sont relatives, les unes à la conservation des individus, et les autres au maintien de l'espèce. Parmi les premières se
ET LES VÉGETAUX. . 209
rangent la digestion ou assimilation des alimens dans le canal intestinal, l'absorption, la respiration, la circulation du sang, la nutrition et la sécrétion. A la seconde classe appartiennent les fonctions des appareils genitaux. Indépendamment de ces fonctions ‚on en trouve d'autres encore, chez les animaux, qui consistent dans l'exercice de manifestations d'activité dont les végétaux sont tout-à-fait dépourvus, savoir, les opérations de l'âme. L'appareil chargé de l'accomplissement de ces fonctions spéciales est le système nerveux. A la périphérie de lappareil nerveux se trouvent des organes ou des appareils plus petits, les organes des sens, qui, exposés aux impressions du monde extérieur, peuvent déterminer des excitations diverses dans le système nerveux. En outre, les nerfs ont des connexions tres-multipliées avec les muscles qui sont fixés, soit à la peau, soit aux parlies cornées ou terreuses articulées et mobiles, et qui constituent, de concert avec ces parties, l'appareil locomoteur. Isanimal peut, en vertu d’excitations engendrées dans son système nerveux, produire des mouvemens divers, au moyen desquels il réagit par sa propre activité sur le monde extérieur, adapte celuici à ses penchans, à ses sentimens , à ses besoins, à ses idées, et se procure les conditions extérieures nécessaires au maintien de la vie, tant dans l'individu que dans l'espèce. L'animal peut aussi, par des mouvemens, se soustraire aux influences du dehors qui lui seraient nuisibles, ou combattre contre elles.
$ 156. Les animaux sont donc des corps organiques d'espèce particulière, ayant pour base des tissus propres, qui sont plus nombreux et plus diversifiés que chez les plantes. Ces tissus représentent des organes et des appareils variés, tandis que les végétaux ont des organes et des appareils moins saillans. En même temps
qu'une plus grande complication et diversité dans l'organisation , nous remarquons aussi, chez les animaux, une somme de manifestations d'activité differentes plus considérable que dans les plantes. Les phénomènes de leur vie ne consistent pas, comme ceux des végétaux, dans les seules fonctions de la nutrition, de la génération et de la formation ; mais ils en présentent d’autres encore qui leur sont particuliers , savoir, ceux de la sensation, de la perception et du mouvement vo-' lontaire, que nous réunissons sous le nom collectif de phénomènes de la vie animale.
Indépendamment de ces différences entre les anımaux et les plantes, il en existe encore quelques autres, sur lesquelles nous allons glisser rapidement.
$ 157. On remarque, dans l'organisation des antmaux , une tendance bien prononcée à produire un grand nombre de parties différentes, soit simples, soit tout au plus doubles, et alors de forme absolument pareille, c’est-à-dire, de concilier léiplus grand nombre d’organes avec la plus grande diversité de conformation , ainsi que l’a démontré J.-F. Neckel (1). Parmi les organes uniques, on compte le cerveau et la moelle épinière, le cœur, le canal intestinal, les os situés sur la ligne médiane ou dans l'axe du corps, notamment ceux de la base du crâne, les vertèbres et les pièces sternales, enfin, les muscles sphineters, qui sont peu nombreux , et le diaphragme. Quoiqu'il entre sonvent un très-grand nombre d’os dans la composition de la colonne vertébrale, cependant la plupart du temps chacun d'eux a une forme tellement caractéristique, dans les animaux composés, qu'on peut les considérer comme étant tous uniques. La catégorie des parties paires ou doubles
(4) System der vergleichenden Anatomie ; 1, 1, p. 18.
comprend la plupart des organes des sens, les mächoires, les dents, les glandes salivaires , les poumons et les branchies, les reins, les testicules et les ovaires 4 les os latéraux de la tête et du tronc, ceux des membres x enfin, la plupart dés muscles, qui sont seulement doubles, en ayant égard à la forme, mais présentent cependant cette grande différence , que l’on peut reconnaître en eux s'ils appartiennent au côté droit ou au côté gauche du corps. Les poils, les plumes et les écailles, sont les seules parties que l’on trouve multipliées en grand nombre sous la même forme. On vait souvent aussi, chez les animaux d'une structure simple, particulierement chez les radiaires, des parties externes et internes se répéter plusieurs fois sous une même forme.
Dans les plantes, au contraire, prédomine la tendance à multiplier souvent jusqu’à des centaines et des milliers de fois des parties qui se ressemblent pour la forme , comme le prouvent particulièrement le chevelu des racines, les feuilles et les fleurs.
$ 158. Les végétaux et les animaux sont l'inverse les uns des autres à l’égard de la disposition et de la situation des organes. Dans les plantes, toutes les parties reconnaissables comme organes particuliers, les racines, les feuilles et les fleurs , avec le calice, les étamines et le pistil, sont situées à l'extérieur, tandis que, dans leur intérieur , il n'y a point d'organes spéciaux manifestement prononcés, ainsi que G.-R. Freviranns (1) l’a fait voir. Chez les animaux, au contraire, tous les organes importans, ceux qui sont nécessaires à la conservation de l'individu et de l'espèce, et ceux qui exécutent les manifestations animales d'activité, occupent l'intérieur du corps. Les organes digestifs , la plupart du temps aussi
(1) Biologie , t. 1, p. 169.
ceux de la respiration , le cœur, les divers organes sécrétoires , le système nerveux, les muscles et les organes chargés de préparer les liqueurs génitales, se trouvent à l'intérieur , enfermés pour la plupart dans des cavités particulières, et entourés d’enveloppes membraneuses propres. 1 n’y a que les organes moins importans, dont la destination est de servir à la conservation immédiate du corps, les organes des sens, souvent aussi ceux de l’accouplement, et les diverses parlies en connexion avec les tégumens communs, comme les poils, les plumes, les écailles, les ongles et les parties cornées, qui soient placés à l'extérieur.
On aperçoit donc dans les plantes une tendance au déploiement extérieur et à l'expansion périphérique de l'organisation, ainsi qu’Aristote l'avait déjà remarqué. Mais chez les animaux prédomine celle à ramener les parties au dedans , et à concentrer les organes dans l'intérieur. C’est pourquoi on a dit que les plantes sont des animaux retournés en dehors, et les animaux des plantes retournées en dedans.
$ 139. A cette opposition quon remarque entre les animaux et les végétaux, sous Le rapport de la situation et de la disposition des parties, se rattache l'existence, chez les premiers, d'organes centraux, comme les appelle Bichat, qui ne se voient point dans les plantes. Chez tous les animaux compliqués, et cela d'une manière d'autant plus sensible que leur organisation est plus complexe , on aperçoit des organes situés dans l’intérieur du corps, sur la ligne médiane ou l’axe, et impairs pour la plupart, d’où naissent des prolongemens rayonnés, qui s'étendent par tout le corps, en gagnant la périphérie. Cette classe d'organes centraux comprend le cerveau et la moelle épinière, les amas de substance nerveuse qu'on nomme ganglions nerveux , et le muscle
creux qui a des connexions avec les troncs vasculaires sanguins, c'est-à-dire, le cœur. Du cerveau, de la moelle épinière et des clone nerveux partent en rayonnant les nerfs, qui entrent dans la composition de tous les organes et qui les lient aux organes centraux. Les troncs vasculaires qui communiquent avec les cavités du cœur, et qui renferment le liquide nourricier ou formateur , le sang, se partagent en branches successivement décroissantes, dans les ramifications les plus déliées aboutissent à la périphérie du corps, dans les différens organes.
Les organes centraux étant liés avec tous les organes del animal par leurs prolongemens rayonnés, les nerfs et les vaisseaux sanguins agissent sur eux pendant la vie, les enchaïînent les uns aux autres, et sont les sources de la réciprocité d’action qui existent entre eux. Plus les phénomènes de la vie deviennent intenses et multipliés chez les animaux, plus aussi les manifestations d'activité des organes et appareils placés à la périphérie dépendent de celles des organes centraux.
Il n’y a point, chez les plantes, d'organes centraux qui envoient des prolongemens dans le corps entier , et qui en unissent intimement ensemble les diverses parties. C'est ce que Schulz (1) a démontré naguère. De la vient que les diverses parties d'un végétal ne sont point aussi étroitement enchainees et aussi dépendantes les unes des autres, dans leurs manifestations d'activité, que le sont les organes et appareils des animaux. Les plantes n'ont point de centres, point d'organes centraux, comparables au cerveau et au cœur des animaux. |
s 140. Chez le plus grand nombre des animaux, no-
(4) Dre Natur der lebendigen Pflanzen, t. I, p. 98.
tamment chez tous ceux qui ont une organisation compliquee, les mammifères , les oiseaux, les reptiles, les poissons, les crustacés , les insectes, les arachnides et les annélides, règne, dans la structure intime, notamment dans les appareils de la vie animale proprement dite, une symétrie bien marquée, et telle que ces organes sont formés de deux moitiés égales, ou qu'ils se repetent dans chaque moitié du corps. Cette disposition est sensible surtout dans le cerveau et la moelle épiniere, qui sont composés de deux moitiés pareilles, confondues sur la ligne médiane. On la retrouve même, d'après les observations d’Autenrieth (1), dans les pleuronecles, malgré le défant partiel de symétrie qi se voit à l'extérieur chez ces animaux. Tous les nerfs et les organes des sens, les organes locomoteurs , le squelette et les muscles dat également une conformation symétrique. Cette symétrie se remarque de même dans plusieurs Organes servant à la nutrition et à la génération,
l'appareil masticatoire et les glandes salivaires, dans les organes de la circulation, le cœur , les reins et les organes génitaux. Le canal intestinal lui-même, quoiqu’en général non symétrique sous le rapport de la situation , est composé de deux moitiés égales. Cette symétrie intérieure paraît tenir principalement à la nature et surtout au mode de formation et de développement du sysleme nerveux. Dumoins ce système est-il de tous les appareils symétriques celui qui paraît le premier dans le fœtus. La symétrie des autres appareils est en connexion intime avec la sienne, qui paraît être aussi la cause de celle qu'on aperçoit à l'extérieur. Chez les animaux dont la forme extérieure est rayonnée , le système nerveux et les parties intérieures ont aussi une disposition rayonnée.
(4) WIEDEMANN, drchiv fuer Zoologie und Zootomie, t. T1, p. A,
Les plantes, qui n’ont pas d’organe central syméirique , ne présentent non plus, soit à l'extérieur, soit à l’intérieur, aucune trace de cette division en deux moitiés égales qui semble être la loi de l'organisation animale.
$ 141. Le caractère de l'individualité, qui n’appartient qu'aux corps vivans, est plus prononcé, chez les animaux que chez les végétaux. Plus la structure des animaux paraît compliquée , plus leurs organes et appareils sont nombreux et variés, plus les organes centraux, le cœur et le cerveau, sont prononcés et développés, moins aussi ces êtres peuveut perdre de parties sans cesser de vivre, et plus leur est applicable l’idée de Kant que les corps organiques sont des êtres dont les parties jouent, les unes par rapport aux autres , le rôle de cause et d'effet, de moyen et de but. Au contraire, plus leur structure est uniforme et simple , moins on aperçoit en eux d'organes centraux prononcés, et plus 1ls se prêtent à être divisés sans perdre la vie, comme il arrive à plusieurs annélides , entozoaires, radiaires et polypes.
Les plantes, qui sont dépourvues d'organes centraux, dont les diverses parties se ressemblent davantage à Vegard de la structure, et ne sont n1 soumises à une r&ciprocité d'action si exacte , ni aussi étroitement enchalnées de manière à former un tout unique, paraissent moins concentrées en elles-mêmes que les animaux. La plupart des végétaux vivans, les arbres et les arbrisseaux, sont divisibles, et les parties qu'on en détache peuvent devenir de nouvelles plantes , comme le prouvent la multiplication par marcoties et celle même de certains végétaux par leurs feuilles (1). Les parties
(4) On trouve dans les ouvrages suivans des exemples nombreux de : » - 7 2: plantes provenant de feuilles. AucusriN MENDIROLA, Manuale de ‘1 Gardinieri. Vicence, 1682, in-42. — G.-A. AGRICOLA , Versuch einer
des végétaux font aisément échange ensemble de leurs formes et de leurs fonctions, et peuvent se remplacer les unes les autres (1) Elles ne sont donc point aussi disünctes que celles des animaux. Aussi les plantes, surtout celles qui sont vivaces, doivent-elles, ainsi que l'ont démontré Darwin (2), Du Petit-Thouars (3) et Decandolle, étre considérées plutôt comme des agrégations d'individus que comme les individus proprement dits. On parvient même, par le moyen de la greffe, à réunir des individus différens sur un même pied.
$ 142. Le caractère sexuel établit, entre les animaux ei les végétaux, une difference frappante, sur laquelle
allgemeinen V ermehrung aller Bœume » Strauden und Blumengewæchse. Ratisbonne, 1746, in-fol.— Tavemmic, De arboribus ex folio educatis. Halle, 1721. — WiLLpexow ‚Grundriss der Gewechskunde, P- 487. — Tuovın (Annales du Mus. d’hist. nat., t. XII, p. 226, t. XIV, p. 101) a même élevé de jeunes plantes avec des feuilles annuelles du Cactus opuntia. — Scnwriccer (Naturgeschichte der skelettlosen Thiere, p. 32.) a obtenu dix jeunes plantes d’une seule feuille de Verrea crenata. — Hrowıc (Sammlung zerstreuter Abhandlungen, t. II, p. 128) et Brannıs (Versuch ueber die Lebenskraft, p- 105) ont vu des ognons naitre de feuilles détachées du Fritillaria regia.
(4) Un arbre que l’on plante en terre » après l'avoir retourné, pousse des feuilles de ses racines, et des racines de ses branches, comme l’ont établi les expériences d’Agricola, Magnol, Hales, Duhamel (Physique des arbres, t. II), et autres.
(2) Phytonomia. Londres , 1800, in-4., vol. 1. — Darwin regardait les bourgeons et les branches qui en naissent comme des individus. (3) Organographie végétale. Paris , 1827, t. II, p. 238. « Nous considérons comme un individu tout germe développé; savoir : 40 tan- « töt une graine, en supposant que, comme cela a lieu dans quelques « plantes annuelles , elle produit une tige sans ramifications ; 20 tantôt « une branche considérée comme un germe quelconque développé. « Aussi, dans ce sens, un arbre est un agrégat de lindividu primitif « provenu de la graine et de tous les individus provenus de germes « non fécondés, et qui se sont développés les uns sur les autres, et
« ont formé les prolongemens ou les ramifications de l'individu price mitif. »
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Hedwig (1) a le premier appelé l'attention. En effet, il est à demeure chez tous les animaux pourvus d'organes génitaux proprement dits, tandis que, dans les plantes, il est passager et borné seulement à une courte période de leur existence. En général, les organes génitaux des animaux ne sont point détruits après avoir rempli leur fonction, et chez les animaux dont la vie dure plus d'un an à l'état adulte , ils peuvent servir plusieurs fois. Toutes les plantes, au contraire, tant annuelles que vivaces, ne sont pourvues d'organes génitaux que pour un court espace de temps. Ces organes se détruisent par le fait même de l'accomplissement de leur fonction, et les plantes retombent ensuite dans l’état asexuel, tel que celui où les animaux se trouvent dans les premiers temps seulement de leur existence embryonnaire. Tous les ans, les plantes vivaces poussent de nouvelles fleurs, et ce n’est qu'alors qu'elles offrent complètement le caractère de l'espèce.
$S 145. Les organes qui préparent la manière génitale, tant mâle que femelle, sont, chez la plupart des animaux, les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons (2), les crustacés, les arachnides, les insectes, presque tous les mollusques, les céphalopodes en particulier, les ascarides parmi les entozoaires, etc., répartis sur des individus différens, et l'espèce est représentée
(1) Lesxe et Hınoenwurg, Leipziger Magazin zur Naturkunde, 1784, cal. 2, p. 245.
(2) Il n’est pas encore suffisamment démontré qu’il existe parmiles poissons de véritables hermaphrodites, c’est-à-dire, des individus réunissant les deux sexes, comme l’ont prétendu Cavolini ( Erzeugung der Fische, p. 82), pour quelques espèces de perches, et tout récemment Ev. Home (Phil. Trans., 1823, t. IL, p- 267, 1825 ,t. 1, p. 120), pour les lamproies, les myxines et les anguilles. Jacobi l’a mis en doute pour le barsch (Element. di Jisiologia e notomia compa rata, t. UI, p. 128). Bojanus dit avoir trouvé une lamproie mâle.
par des êtres pourvus d'organes sexuels différens. Chez un petit nombre d'animaux inférieurs, les organes des deux sexes se trouvent réunis sur un même individu, qu'on appelle alors hermaphrodite. Ce cas a lieu, parmi les mollusques, chez les gastéropodes des genres helix , limax et autres, et suivant les recherches de Home (1), dans les /epas. Les deux sexes sont réunis aussi, dans la classe des annélides, chez les sangsues et les vers de terre, et, dans celle des entozoaires, chez les ténias. Quoique là chaque individu représente l'espèce, cependant il est peu de ces animaux qui puissent se féconder eux-mêmes; la plupart du temps l'influence réciproque des parties génitales de deux individus , c’est-à-dire, un double accouplement, est nécessaire pour accomplir l’œuvre de la génération, comme il arrive chez les gastéropodes cités plus haut et les vers de terre.
Chez la plupart des plantes, au contraire , les parties génitales mâles et femelles sont réunies dans une même fleur, et ces êtres sont alors hermaphrodites; ou bien les organes sexuels se rencontrent sur un même pied, mais dans des fleurs différentes, et les plantes sont alors monoïques. Ce dernier cas a lieu, parmi les monocotylédonées, dans des plantes appartenant aux familles des aroïdées (arum, calladium), des typhacées (/ypha , sparganium), des eypéroïdées (carex, scleria), des palmiers (areca , cocos, caryole), des graminées (zea, coix); parmi les dicotylédonées, dans des végétaux faisant partie de celles des conifères (panus, casuirina , thuya , cupressus), des myrificées (Lernandia), des urticées (urtica), des euphorbiacées (croion, jatropha, ricinus, buxus), des amentacées (jagus, carpınus, betula , quercus,, corylus , juglans). Les organes génitaux sont distri-
(2) Philosophical Transact. for the year 1825, 1. I, p. 140
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bués sur des individus différens d’une même espèce, qui porte alors le nom de dioïque, parmi les monocotylédonées, dans des plantes appartenant aux familles des pandanées (pandanus), palmiers ( phænix), asparaginées (smilax, dioscorea, ruscus); et parmi les dicotylédonées, dans des plantes faisant partie des familles des conifères (juniperus, araucaria), myristicées (myris- ‘ca ), urticées (cannabis, humulus), amentacées (salir, populus , broussonelia, myrica), euphorbiacées (mercurialis) , chénopodées (Per) térébinthacées (pis/aca), etc.
Il arrive donc plus souvent aux végétaux qu'aux animaux de réunir en eux les deux sexes, et de représenter ainsi l'espèce entière, en même temps qu'ils constituent une réunion d'individus , puisqu'ils portent fréquemment une multitude de fleurs, tandis que , chez les animaux, le nombre des testicules et des ovaires ne surpasse Jamais deux chez un individu. Suivant G.-R. Treviranus (1), la réunion dans une fleur des organes appartenant aux deux sexes, et un nombre indéterminé de ces organes, sont les caractères du maximum de l'organisation végétale , tandis que le contraire est cebai du minimum de cette même organisation. Chez les animaux , au contraire , la répartition des organes génitaux sur des individus FEU estune preuve d’ organisation plus parfaite ou plus compliquée.
$ 144. Chez la plupart des animaux qui sont pourvus des deux sexes, la différence entre le mâle et la femelle n est pas bornée uniquement aux parties génitales, mais s'étend encore à d’autres qui n’ont point de rapport immédiat avec les fonctions de la génération. Les mâles et les femelles, chez les animaux , présentent des diffe-
2) Biologie, t. I, p. 462.
rences, tant dans la conformation du Corps, que sous le rapport du volume, de l'existence d’ organes particuliers, et du ren plus où moins considérable de certains autres, que dans les manifestations de la vie. C’est ce que J.-F. Meckel (1) a fait voir d'une manière très-détaillée, en parcourant les diverses classes du règne animal. Au contraire, chez les plantes à sexes distincts, cette difference n'existe pas du tout, ou n’est du moins pas aussi prononcée. Ainsi, dans un arbrisseau de la Cochinchine, le pselium heterophylium, Lour., les individus mâles ont des feuilles cordiformes, rondes et obtuses, tandis que celles des individus femelles sont ovales et pointues. H.-F. Autenrieth (1) dit avoir observé que les plantes femelles ont, au total, plus de branches et de feuilles que les mâles, et que leurs feuilles sont en même temps plus larges. Il ajoute encore que les graines d'où proviennent des pieds femelles sont plus arrondies et un peu plus légères que celles d’où sortent des pieds mâles. Mais ces différences ne sont pas toujours sensibles.
$ 145. La principale conclusion qui découle des recherches et comparaisons auxquelles nous venons de nous livrer relativement à la siructure des animaux et des végétaux, est que les premiers ont une pysanisation plus compliquée, plus développée et par cela même plus parfaite. Les nombres de tissus, organes et appareils consacres à l’exercice des diverses manifestations de la vie est évidemment plus considérable dans la majeure partie des animaux que chez les plantes. Ces êtres nous offrent des parties non-seulement plus nombreuses et plus diversifiées, mais encore mieux développées ou
(4) System der vergleichenden Anatomie, t. I, p. 229. }
(2) De discrimine sexuali jura in seminibus plantarum dioicarum apparente. Tubingue, 1821, in A.
plus saillantes. Toutes ces parties sont unies par les liens d'une réciprocité d’action plus intime, elles sont plus dépendantes les unes des autres, et plus concentrées en un seul tout. L'organisation animale a de plus une tendance à diviser l'espèce en différens individus pourvus d'organes génitaux particuliers. Dans les végétaux, au contraire, il y a moins de tissus et de parties , les divers organes ressortent d'une manière moins saillante , et ils n ont pas ensemble une réciprocité d’action si marquée, en un mot, l'individualité n'est pas si bien prononcée. Les plantes représentent davantage l'espèce et une réunion de plusieurs individus sur une seule souche. Enfin le caractère sexuel est plus temporaire, plus passager, et les végétaux en sont dépourvus pendant le temps le plus long de leur existence.
SECTION DEUXIEME
PARALLELE ENTRE LES MANIFESTATIONS D’ACTIVITE OU DE VIE DES PLANTES ET DES ANIMAUX (1).
$ 146. Examinons maintenant, par la voie de l’analyse, de l'induction et de la comparaison, les manifes-
(4) H.-L. DuxAmez-DumonceAu, La physique des arbres. Paris, 1788, 2 vol. in-4. — Van Marum, Diss. qua disquiritur, quousque motus fluidorum et ceteræ quædam animalium plantarumque functiones consentiunt. Groningue, 4773, in-4. — Musrez, Traité théorique et pratique sur la végétation. Rouen, 1781, in-8. — En. Fryır, De vita animantium et vegetabilium. Leydg, 1785, in-4. — Cr. Dumas, Essai sur la vie, ou Analyse raisonnée des facultés vitales. Montpellier, 1788. — A.ComPpaAreTTI, Prodromo di fisica vegetabile. Padoue, 1791 , in-8. — C.-F. Kiezmeyer, Ueber die verhaeltnisse der organischen Kræfte unter einander in der Reihe der verschiedenen Organisationen, und die Gesetzte und Folgen
tations d'activité des animaux et des végétaux qui constituent leur vie. Réduisons-les aux phénomènes les plus simples, puis recherchons jusqu’à quel point ceux-ci se ressemblent dans les deux groupes de corps vivans, et en quoi ils different. Etudions ensuite les rapports qu'ils ont les uns avec les autres, et les causes d’où ils dépendent. Appliquons alors aux conditions des manifestations d'activité le nom de forces, et donnons leur celui de forces spéciales, si nous ne pouvons pas faire évanouir les différences qu’elles présentent, ou les ramener les unes aux autres. Contemplons enfin la rÉCIprocité d'action et de dépendance mutuelle des forces dans la production des phénomènes de la vie.
$ 147. Les manifestations d'activité des corps organiques en général peuvent être rapportées immédiatement à deux grandes classes, suivant qu’elles sont relatives à l'individu ou à la conservation de l'espèce. Parmi celles-là, les unes maintiennent l'individu dans la jouissance de sa composition chimique , de sa forme, deson organisation et de son activité propre, les autres consistent dans l’exercice des manifestations de l'ame. A la première catégorie appartiennent les fonctions nutritives , lingestion des alimens, l'absorption, l’assimilation, la respiration, le mouvement des humeurs, la nu-
dieser Verhaelinisse. Stuttgard, 1795, in-8°, Tubingue, 1814 — F. A. ne Humnornr, Aphorismen aus der Physiologie der Pflanzen. Léipzick, 4794, in-8°. — BaErA, Programma de vitae vegetabilis et anımalis analogia. Pavie, 1796, in-4°. — C.-G. RAIN, Entwurf einer Pflanzen - Physiologie. COPENHAGUE, 1798. — J. SENEBIER , Physiologie végétale. Genève, 1800, 3 vol. in-8, — E. DArwın, Phytonomia. Londres, 1800, 2 vol. in-4°. — CARRADoRI, Sulla vitalita delle piante. Milan, 1807, in-8e. — D.-G. Kızser , Aphorismen aus der Physiologie der Pflanzen. Goettingue, 1808, in-8°. — L.-C. TREVIRANUS Beitraege sur Pflanzen-Physiologie. Guettingue, 1811, in-8°. — P, Kaımu, System of physiological botany. Londres, 1846, 2 vol. in-@°.
trıtion et la sécrétion. On peut y ranger aussi le développement de substances impondérables, de chaleur, et, dans certaines circonstances, de lumière et d’electricité. L'autre catégorie, celle des manifestations de l’äme, comprend la sensation , la perception et la conscience, ainsi que l'instinct, les penchans, la volonté et les mouvemens provoqués par cette dernière. Les fonctions relatives à la conservation de l'espèce sont celles de la procréation, de la production, de la formation, de la maturation et l'expulsion du fœtus. Enfin , il ya encore des phénomènes de vie qui surviennent à des époques régulières pendant la durée de l'individu organique, comme les changemens ayant rapport au développement, les âges et les changemens journaliers et annuels.
Nous pouvons nous assurer par nos sens de l'existence des fonctions de la nutrition et de la génération, des mouvemens, des phénomènes relatifs au développement, des âges et des changemens qui, tous les jours et tous les ans, surviennent dans les corps vivans. Les opérations de l'âme, au contraire, dont nous n'avons la conscience que par le sens interne, la perception intérieure , ne peuvent jamais devenir pour nous un objet ‘immédiat d'observation , quand elles sont exécutées par d’autres corps. Nous admettons seulement par analogie leur existence dans ces corps , lorsque nous apercevons en eux des instrumens semblables ou analogues à ceux au moyen desquels nous les accomplissons, ou quand nous voyons des actions que notre conscience nous apprend résulter de l’activité de l’äme ou d’une impulsion communiquée par elle.
En comparant les manifestations d'activité des corps vivans sous ce point de vue, nous arrivons à conclure que les végétaux et les animaux possèdent également les facultés de la nutrition et de la génération, aunsi
que les périodes de développement et d'âge, mais que, si l’on juge d'après les organes et les actions des corps organiques, les manifestations de l'âme appartiennent exclusivement aux animaux, et n'existent pas dans les plantes.
$ 148. Les phénomènes de la vie et les forces d’où ils dépendent feront le sujet d'autant d'articles distincts. Le premier article comprend les manifestations d’activité qui sont relatives à la nuirition. Le second traite du développement des impondérables, de la chaleur, de la lumière et de l'électricité. Dans le troisième nous examinons les mouvemens. Le quatrième embrasse les fonctions du système nerveux et des organes des sens. Le cinquième est consacré aux fonctions de la génération. Dans le sixième nous portons nos regards sur les périodes de développement et d'âge. Enfin, dans le septième nous étudions les forces organiques et leur dépendance mutuelle. Divers changemens périodiques, tels que les journaliers, le sommeil et la veille, et les annuels, hibernation, sommeil d'été, émigration des animaux, etc., seront plus à leur place dans le livre suivant, qui traite des rapports des corps vivans avec les influences du dehors ou les conditions extérieures de la vie, parce qu'ils sont sous la dépendance des changemens périodiques, journaliers et annuels. Ce sera là aussi qu’il faudra faire connaître les changemens que l’empire des corps vivans a subis par suite du développement et des révolutions de notre planète.
En retraçant les manifestations d'activité des corps vivans, nous nous imposerons la loi de resserrer le cadre autant que possible, car notre but ne peut être ici que de mettre sous les yeux du jeune médecin les traits des plus généraux des phénomènes de la vie et de leurs rapports les uns avec les autres.