CHAPITRE PREMIER
Histoire des changements physiques, moraux et physiologiques qui s'opèrent chez la femme aux principales e'poques de la vie.
Née faible et sensible, destinée par la nature à nous donner l’existence et à nous la conserver par des soins tendres et vigilants , la femme , cette fidèle compagne de l’homme, qui semble être le complément des bienfaits de la divinité , mérite le plus vif intérêt et présente un vaste champ de méditations aux philosophes et aux médecins.
En effet, quel sujet est plus digne de notre atten-
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tion que la série de changements physiques, moraux et physiologiques qui accompagnent la femme à toutes les époques de son existence ? C’est par une longue suite de inodihcations et de révolutions qu’elle parcourt toutes les phases de la vie. D’abord elle diffère peu de l’homme enfant, dont elle partage non seulement les plaisirs et les amusements , mais même le caractère et les goûts, l’inconstance et la vivacité. Ignorant alors son sexe, s’ignorant, pour ainsi dire, elle-même, la pudeur ne colore pas son front, et ses yeux qui n’expriment encore aucune passion, ne savent demander que ce qui est relatif à ses besoins.
Quoiqu’à cette époque son corps ne présente qu’une ébauche imparfaite des formes qu’il doit revêtir plus tard, elle conservera toujours, même après son entier développement, quelque chose de la mollesse propre à l’enfance, et ne s’écartera pas autant que l'homme de sa constitution originelle.
La faculté reproductive partage la vie des femmes en trois périodes bien distinctes. Dans la première , cet<e propriété n’existe pas; dans la seconde, elle est en pleine activité, et dans la troisième elle est nulle. La durée de la première période détermine ordinairement celle des deux autres , de sorte que l’on peut établir en règle générale que la vieillesse de la femme sera d’autant plus hâtive que sa puberté aura été plus précoce.
Les forces vitales qui régissent le système organi -
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que et les organes qui le constituent , s’accroissent insensiblement dans la première portion de la vie; elles parviennent à leur parfait développement dans la seconde; puis elles diminuent pour s’éteindre à la fin de la troisième dont le terme , comme celui des deux autres , peut être retardé ou accéléré par différentes causes accidentelles et des circonstances dépendantes de certaines conditions physiques et morales.
En entrant dans la carrière de la vie , les deux sexes offrent à peu près la même physionomie et la même délicatesse d’organes. Leur type et leur caractère, qui ne sont pas décidés, ne diffèrent que par des modifications presque imperceptibles et qu’il est impossible de suivre dans tous leurs détails. Assujettie aux mêmes fonctions et aux mêmes besoins, leur existence isolée et individuelle ne laisse pas encore apercevoir les rapports sympathiques qui doivent dansla suite établir entre eux une dépendance réciproque. Étant sujets aux mêmes maladies, ils sont principalement exposés aux affections convulsives et surtout aux inflammations du cerveau, parce que la tête, qui est dans l’enfance proportionnellement plus volumineuse qu’à tout autre âge, devient chez eux un centre de vitalité vers lequel se dirigent presque tous les efforts de l’organisme.
Les nuances qui distinguent chaque sexe prennent bientôt une teinte plus tranchée, et leurs caractères
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particuliers deviennent d’autant plus prononcés que le développement des individus est plus parfait et s’approche davantage de l’époque où, par une sorte d’éclat, la nature signale l’épanouissement qu’elle a graduellement préparé.
L’intervalle qui sépare l’âge de dix ans de la puberté, constitue une époque de transition et une sorte de passage de l’enfance à l’adolescence , qui semble être le temps le plus heureux de la vie des femmes. Leur extrême mobilité nerveuse les empêche alors d’être long-temps impressionnées par les sentiments pénibles qui pourraient s’opposer à leur bonheur. Cette période étant pour elles l’âge des joies naïves et de la gaité la plus franche, il résulte que leur imagination leur montre alors tous les objets sous des couleurs riantes , et que leur existence se trouve agréablement variée par une piquante étourderie et une grande mobilité de goûts et d’affections. A cet âge exempt de peines et de soucis, elles chantent, elles pleurent, elles rient au même instant; et comme leurs joies, leurs plaisirs et leurs chagrins ainsi que toutes leurs impressions sont éphémères, elles arrivent par une route de fleurs à l’âge où la nature les appelle à payer le tribut quelles doivent à l’espèce.
La jeune fille , qui jusque là n’était en quelque sorte qu’un être équivoque et sans sexe , devient femme par sa physionomie et toutes les parties de son corps , par l’élégance de sa taille et la beauté de
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ses formes, par la finesse de ses traits, par sa structure, par le timbre plus sonore et plus mélodieux de sa voix, par sa sensibilité et ses affections , enfin par son caractère, ses penchants, ses goûts, ses habitudes, et même par ses maladies. Bientôt tous les traits de similitude qui existaient entre les deux sexes se trouvent effacés ; le bouton nouvellement épanoui figure parmi les fleurs , et cette brillante métamorphose est signalée par les fraîches couleurs et le complet développement qui annonce la puberté.
Cette période importante , ce premier moment de triomphe où la nature semble se renouveler, s’annonce par une sorte de besoin de multiplier en soi le principe de la vie, et par divers phénomènes frappants et admirables qui font cesser l’inertie sociale où se trouvait la jeune fille depuis sa naissance. Bientôt les organes sexuels deviennent un centre de fluxion, la nature fait de grands efforts pour établir le flux périodique , et toute la machine éprouve une secousse profonde, une commotion violente, un ébranlement général. La nouvelle énergie de l’utérus imprime à tous les organes une forte impulsion , les fonctions deviennent plus actives, le corps prend un accroissement rapide , les formes se dessinent et affectent les contours gracieux qui sont l’apanage du sexe. En même temps d’autres changements importants ont lieu, le bassin et les organes sexuels qui n’étaient presque qu’à l’état rudimentaire, acquièrent leur
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entier développement; la gorge s’élève et devient plus sensible , les mamelles s’arrondissent et se gonflent en établissant une correspondance sympathique avec la matrice. Le mont de Vénus se dessine en relief et se couvre alors d’un épais duvet qui, comme un voile répandu sur les organes de la pudeur, semble leur annoncer qu'ils doivent bientôt se disposer à remplir le rôle important qui leur a été assigné par ia nature. Les mailles du tissu cellulaire qui se sont rapidement dilatées sous l’influence des irradiations utérines , donnent bientôt à la surface du corps un embonpoint voluptueux qui fait briller du plus vif éclat tout ce que la beauté et la fraîcheur de la jeunesse ont de plus ravissant.
La physionomie de la jeune adolescente a pris une nouvelle expression ; ses gestes ont acquis l'empreinte du sentiment; son langage est devenu plus touchant et plus pathétique ; ses yeux plus vifs , quoique langoureux , annoncent un mélange de désir et de crainte, de pudeur et d’amour, enfin, tout en elle émeut, caresse et sollicite.
Ses goûts, ses plaisirs et s°s penchants se sont également modifiés; son besoin le plus pressant estd éprouver des émolions frivoles; elle se passionne alors pour la danse, les spectacles et les fêtes; la curiosité, si naturelle à son sexe, se réveille et devient, encore plus active; elle dévore les romans , ou plus fervente que jamais dans la dévotion , elle s'exalte pour les
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passions expansives et surtout pour la piété religieuse, qui est aussi pour elle une manière d’aimer.
A cette époque brillante de la vie, le moral qui est sous la dépendance du physique éprouve aussi de grands changements; la jeune fille devient plus tendre, plus sensible, plus compatissante , et semble vouloir s’attacher tout ce qui l’environne; les nouvelles sensations qu’elle éprouve font qu’elle approche avec crainte les compagnons de son enfance; un trouble insolite, une certaine inquiétude, une agitation qu’elle ignorait jusqu’alors, annoncent en elle une puissance qu’elle n’y soupçonnait pas.
L’action du nouveau foyer de vitalité qui s’est établi dans les organes sexuels s’accroît de plus en plus et réagit vivement sur tout le système. Sous l’influence des irradiations sympathiques de l’utérus, la sensibilité générale se trouve modifiée et surexcitée d’une manière particulière. Bientôt un sentiment nouveau fait naître des désirs qui ne sont encore que des élancements sans but , et des mouvements vagues d’un instinct qui cherche un objet sans le connaître. Ce besoin naissant fait éprouver les impressions d’une mélancolie attendrissante, et une douce pudeur dont 1 amour ingénu est alors le principe, présage des dispositions nouvelles, et annonce que les penchants et les habitudes de l'enfance ont fait place à d’autres sentiments. La jeune vierge devient timide, réservée, distraite et rêveuse. Elle désire moins le plaisir que
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le bonheur; le besoin d’aimer lui fait rechercher la solitude , et ce nouveau besoin qui trouble son cœur, et l’occupe tout entier, devient pour elle, s’il n’est pas satisfait, une source de désordres et de dérangements de toute espèce.
Différentes causes qui rendent le jeu de la vie plus actif, retardent ou précipitent l’époque de la puberté. Ainsi , l’abondance et les qualités stimulantes des aliments et des boissons, la nature des mœurs, des habitudes et des climats , ont sur ce phénomène vital, une influence très-marquée. Certaines circonstances morales peuvent également l’accélérer ; mais la maturité artificielle qui en résulte agit toujours sur l’organisation, d’une manière pernicieuse : telles sont les jouissances et les passions prématurées, les arts d’imitation, la musique, la peinture, la lecture des romans et des livres obscènes, la vue des images lascives , la fréquentation des spectacles et des bals , les mauvais exemples et surtout le libertinage précoce dont les villes nous fournissent malheureusement trop d’exemples.
Ces pubertés prématurées , résultat fâcheux de la corruption ou d’une trop grande vivacité d'imagination, se manifestent quelquefois de huit à dix ans.
La puberté naturelle qui s’annonce par l’irruption des règles, ne se fait remarquer en général dans nos climats, que vers l’âge de quinze ou seize ans; mais elle a des époques variées suivant les régions qu’on
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habite. Ainsi dans les'pays méridionaux, en Grèce, en Italie, en Espagne, sous le beau ciel de la Provence et du Languedoc, les jeunes filles sont souvent pubères à douze ou treize ans, et dans certaines contrées de l’Asie, réchauffées en tout temps par les feux générateurs du soleil , c’est vers l’àge de dix ou onze ans que le plus ordinairement elles sont nubiles. Dans les régions glacées, au contraire, telles que la Suède, la Norwège et la Laponie, il n’est pas rare de trouver des femmes qui ne sont réglées qu’à vingt ou vingtcinq ans et quelquefois plus tard.
En général la crise de la puberté est plus pénible, et plus précoce pour les femmes que pour les hommes, surtout pour celles dont la constitution est très-délicate et nerveuse , comme il arrive souvent chez les personnes qui mènent une vie sédentaire et qui ont les habitudes de l’opulence et du luxe.
Le plus important phénomène physiologique de cette époque consiste dans la première apparition des règles qui dépend du nouveau mode de vitalité des organes sexuels. Lorsque la nature n’est pas arrêtée dans l’accomplissement de ses lois, la matrice, qui était paisible et engourdie chez la petite fille, acquiert alors une grande activité et une vive exaltation de sensibilité. La femme pubère ne tarde point à subir la révolution menstruelle qui se termine par une véritable crise et par une hémorrhagie utérine plus ou moins abondante.
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La menstruation, chez la femme, est un des caractères distinctifs de l’espèce humaine ; car hors le temps de l’accouplement, aucun animal n’est sujet à un écoulement périodique par les organes sexuels.
Chez quelques femmes, la première irruption des règles a lieu brusquement et sans aucun signe précurseur. Le sang, à force de s’accumuler dans l’organe où l’embryon doit un jour se développer, s’ouvre dans sa surabondance une sortie facile par une route jusqu’alors inusitée.
Dans le plus grand nombre de cas , au contraire, la première hémorrhagie menstruelle est précédée et accompagnée de plusieurs incommodités. Un véritable mouvement fébrile se déclare ; le pouls est plus développé, inégal, rebondissant ; une chaleur assez vive se faitsentiraux parties génitales qui se tuméfient, etqui, ainsi que les mamelles, deviennent douloureuses et sensibles. La jeune fille se plaint de pléthore générale, de céphalalgie, de suffocation , de coliques et autres symptômes qui annoncent une congestion vers l’utérus, tels que des douleurs aux lombes, une pesanteur aux cuisses et au-dessus du pubis. Dans quelques cas il existe une toux spasmodique, le sommeil est troublé par des palpitations et par des rêves fatigants.
A cette époque la jeune adolescente devient triste et mélancolique , s’abandonne à une rêverie dont elle ignore la cause ; elle est plus susceptible, plus impressionnable, et éprouve quelquefois une grande émotion pour un très léger motif. Son caractère est plus irascible, elle a souvent des goûts bizarres, elle est sujette à des caprices ; son imagination a un plus grand développement, et un instinct secret lui fait pressentir îe rôle important que la nature l'appelle à remplir.
Enfin l’écoulement paraît, précédé et suivi de la sortie d’un fluide séro-muqueux; il est peu abondant, dure rarement plus de deux ou trois jours et revient d’abord à des époques irrégulières , pour se régulariser plus tard après la quatrième ou la cinquième apparition.
Chez les femmes déjà réglées, l’écoulement se fait lentement, mais sans interruption; marquant à peine le premier jour , il augmente progressivement jusqu’au troisième, époque où il diminue graduellement jusqu’au cinquième ou au sixième, plus ou moins. Alors un grand soulagement s’est fait sentir, tous les symptômes précurseurs ont disparu , il ne reste plus qu’une sorte d’abattement qui fait repousser toute espèce d’exercice ; le visage conserve un air de langueur, les joues sont décolorées, les yeux sont ternes et une auréole noirâtre les entoure; les seins restent encore douloureux, l’odeur de la
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transpiration et de l'haleine est plus forte, et il existe aux parties génitales une certaine chaleur, un certain prurit voluptueux qui portent les femmes à rechercher avec plus d’ardeur les plaisirs de l’amour.
Quelques-unes d’entre elles , quoique toujours soumises à une menstruation très régulière, éprouvent à chaque révolution périodique une véritable maladie. En général à l’approche des règles, elles se trouvent dans un état de souffrance et de malaise , et il en est qui sont sujettes à divers accidents , tels que des coliques violentes, des migraines, des vapeurs , des spasmes , des attaques d’hystérie, de convulsions et même d’épilepsie. Chez quelques autres les fonctions de l’estomac se dérangent, les digestions sont plus pénibles, leurs forces diminuent, la mémoire s’affaiblit; toutes sont alors plus facilement affectées par le froid et la fatigue, et comme elles se trouvent généralement plus sensibles à toutes les impressions,elles deviennent plus susceptibles, plus tristes, plus craintives, plus irascibles, et sont quelquefois sujettes à des caprices qui réclament toujours l'indulgence et la plus tendre commisération.
Le soulagement qui succède au travail de la menstruation est un indice certain de la régularité de cette fonction, qui se renouvelle ordinairement, lorsqu’elle est bien établie, par périodes fixes de vingthuit à trente jours, et semble en cela correspondre chez plusieurs femmes aux phases de la lune. Cette
opinion qui est répandue dans le vulgaire, a été transformée en proverbe par les poètes.
« Luna vêtus vetulas, juvenes nova luna repurgat.
« L’inconstante Phébé lui marquant ses retours,
« Dans les fastes des mois lui fait suivre son cours. »
Au lieu d’être en rapport avec les mois lunaires , Haller el quelques auteurs pensent que la menstruation suit les mois solaires. Gall, sans admettre une influence sidérale, croit que c est en général aux mêmes époques que cet écoulement a lieu et qu’il est certaines semaines du mois où les femmes ne sont jamais réglées.Il divise les époques menstruelles en deux classes; la première comprend les huit premiers jours de la première et de la deuxième quinzaine, c est à-dire la première et la troisième semaine. S’il y a des femmes qui, pour des causes accidentelles, sont réglées pendant la seconde ou la quatrième semaine, le même auteur prétend qu’après quelques mois, elles rentrent dans la classe ordinaire ; du reste, le docteur Gall ne peut donner aucune explication sur la cause de cette menstruation générale à deux époques différentes. On rencontre beaucoup de femmes, d’ailleurs bien portantes, chez lesquelles l’époque périodique anticipe sur les mois lunaires ; ainsi certaines femmes nerveuses, surtout celles qui sont d’un tempérament érotique, sont souvent réglées tous les quinze jours, tandis que quelques autres dans des conditions op-
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posées, ne voient venir leurs époques périodiques que toutes les six semaines, et môme tous les deux mois. L’immortel Linnée dit avoir vu en Laponie des femmes qui n’étaient réglées qu’une lois par an. Dans son traité sur les maladies de l’utérus, le docteur Pciulj rapporte que M. Lisfranc a rencontré des femmes qui n’étaient réglées que tous les cinq ou six mois, tous les trois, quatre et môme six ans. Tantôt elles étaient habituellement souffrantes, tantôt elles jouissaient d’une santé parfaite ; dans le premier cas, les indications doivent être les mêmes que pour les personnes qui ne sont jamais réglées ; nous reviendrons sur ce sujet en pariant des dérangements de la menstruation.
Madame la duchesse D’****, aussi distinguée par son esprit que par son admirable talent littéraire nous a affirmé qu’ayant cessé de voir à 35 ans, elle croyait être arrivée à son âge critique, d'autant plus qu’elle avait été nubile de très bonne heure, lorsque vers l’âge de 45 ans, c’est-à-dire après dix ans de cessation menstruelle, elle fut de nouveau réglée. Depuis cette époque , madame la duchesse D'****, âgée aujourd’hui de 53 ans, est soumise à une hémorrhagie périodique aussi régulière que pendant sa jeunesse.
On a attribué la révolution menstruelle à une foule de causes. Aristote , Mead , IV erlhojf , Vanhelmont , Roussel et quelques autres l'ont regardée
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comme étant le résultat d’une influence lunaire ; Pline pensait qu’elle était l’excrétion d’une substance nuisible; Galien , Astruc , Simsorn , Lobstein, ne voyaient dans cet écoulement que l’expulsion d'une quantité surabondante de sang. Frédéric Hoffmann regarde le flux menstruel comme étant le résultat d’une action mécanique. 11 dit que les femmes engendrent plus de sang qu’il ne leur en faut, à cause de la lenteur de leur circulation et du peu d abondance de leur transpiration ; alors naissent des congestions dans les veines et des spasmes à la circonférence du corps. Le sang, ne pouvant être reçu dans les autres vaisseaux qui sont spasmodiquement resserrés, s’échappe dans la matrice dont la structure particulière se prête à celte congestion. M. Osiandere t quelques médecins allemands pensent que la menstruation n’a lieu que parce que le sang de la matrice contient trop de carbone et d’azote. Paracelse, Silvius , de Graff\ ont supposé qu’elle était le produit d'un principe fermentatif. Clijton a prétendu qu elle avait pour cause la faiblesse relative des parois veineuses et l’effort perpendiculaire du sang. Emett la regardait comme étant la conséquence d’une érection; Lecat la qualifiait de phlogose amoureuse ; Slall etM. le professeur Dugès pensent qu’elle a lieu sous rinlluenced’un irrilarnentum , d’un molunen particulier ; enfin la position de l’utérus et certaines dispositions des vaisseaux de cet organe ont
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été également regardées comme étant les causes de l’écoulement menstruel.
L’immortel Bichat dit dans son Anatomie générale que le sang qui coule de la menstruation est de même nature que celui qui est versé dans les autres hémorrhagies actives, Il vient principalement de l’utérus et sort des vaisseaux capillaires de sa membrane muqueuse, où un état d’irritation vive l’appelle, le conduit dans des voies insolites, et le pousse ensuite au dehors par une exhalation.
Dans ses recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action, Théophile cle Bordeu a émis presque la même opinion : « La matrice et le » vagin font une excrétion de sang aussi pur , pour » l’ordinaire, que celui qui coule dans les vaisseaux. » Cette excrétion vient tous les mois ou environ; elle » commence vers l’àge de douze ou quinze ans , elle » finit vers celui de quarante ou cinquante , et elle » est suspendue ordinairement dans l’allaitement et » dans certaines maladies qui occasionnent aussi des » pertes tant rouges que blanches , etc. L’excrétion » de la matrice se fait comme celle de toutes les glan- » des que nous avons appelées actives ; l’organe se » réveille (erigitur) , et par les replis qu’il fait sur » lui-même, il appelle le sang et il le j'ejette au de- » hors par le même mécanisme que nous avons ex- » posé ailleurs... Chaque organe agissant à son tour, » celui de la matrice ne vient que de mois en mois ;
» pourquoi ? C’est ce que nous ignorons , c’est ce » qu’il s’agit de chercher. «
Les règles sont ordinairement pour les femmes l'aurore et les compagnes de la puberté. En effet, quoiqu il y ait des exemples d’écoulement sanguin par la vulve chez des enfants de deux à six ans, ou chez des femmes parvenues à un âge très avancé, la véritable menstruation ne commence qu'à l’époque où la jeune fille peut devenir mère , et cesse lorsque la femme perd, avec ses charmes , le privilège de concevoir^). Ce moment de la mort du sexe arrive ordinairement entre la quarantième et la cinquantième années, plus ou moins.
La menstruation est donc une fonction physiologique qui caractérise la période où la femme jouit de la faculté reproductive. Depuis la première apparition de ses règles jusqu’à leur cessation déterminée par l’àge , sa santé , sa fraîcheur et sa beauté dépendent du retour régulier de cet écoulement sanguin (2). Celles qui n’éprouvent pas la révolution
(1) Le professeur Osiander de Gœttingen a noté que sur 157 femmes, 9 ont été réglées à 12 ans, 8 à 13, 21 à 14, 32 à 15, 24 à 16, 11 à 17, 18 à 18, 10 à 19,8 à 20, une à 21 ; et une autre à 24. On voit par cette espère de statistique de la menstruation, que la moyenne de l’àge vers lequel cet écoulement a lieu, se trouve entre quinze et seizeans.
(2) Nous connaissons une dune de trente ans qui n’a jamais été réglée, et qui cependant jouit d’une santé parfaite. Nous devons ajouter qu’elle n’a pas eu d’enfants, quoique depuis l’àge de 18 ans, elle soit mariée à un homme jeune et
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menstruelle sont rarement fécondes, et sa suppression brusque pendant la jeunesse et la santé est un des signes les moins mensongers de la conception.
Lorsque le flux périodique trouve des obstacles, lorsque la nature fait des efforts impuissants, toutes les forces de la vie diminuent ou se pervertissent, et bientôt le trouble des fonctions jette un voile de souffrance sur l'éclat de la jeunesse. Souvent une foule de symptômes aggravent cet état de morne langueur; la respiration devient difficile, la circulation est languissante, les goûts et les appétits sont pervertis, dépravés, les pieds et les jambes se tuméfient, les paupières se gonflent, le visage est bouffi et prend une teinte jaune, verte ou blanc mat; enfin des palpitations douloureuses, des syncopes fréquentes, une anxiété de l’âme, un trouble, une faiblesse des sens, une certaine paresse et une pesanteur qui rendent
vigoureux. La sœur de cette dame est également mariée et non réglée, mais elle a eu un enfant bien portant. Les annales de la science nous présentent plusieurs observations de ce genre. Rondellel, chancelier de laFaculté de Montpellier, parle d’une femme qui eut douze enfants, et Joubert, son élève et son successeur, cite une dame qui accoucha dix-huit fois, quoique l’une et l’autre n’eussent jamais été réglées. Zacchias et Fodërè ont rapporté aussi des observations du même genre. Nous ajouterons encore que l’écoulement périodique fournit une foule d’exemples d’anomalies et de déviations ; mais toutes ces irrégularités et ces aberrations menstruelles n’infirment nullement la règle générale , car étant presque toujours l’effet d’une lésion de l’utérus, elles constituent ainsi une véritable maladie.
tous les mouvements pénibles, viennent encore obscurcir ce triste et affligeant tableau.
Pendant toute la période qui assujettit les femmes aux révolutions menstruelles , elles sont exposées il un grand nombre de maladies , qui pour la plupart leur étaient inconnues avant leur puberté , parce qu’elles prennent leur source dans l'irrégularité de la menstruation ou dans les réactions sympathiques de la matrice. Parmi les affections de ce genre, nous rangeons, sans y comprendre celles qui ont lieu pendant la grossesse et ses suites, l’hystérie, la catalepsie, les convulsions, les maladies spasmodiques, lacardialgie, la dyspnée, la chlorose, la leucorrhée, auxquelles on peut joindre encore la phthisie pulmonaire et plusieurs hémorrhagies telles que l’épistaxis, l’hémoptisie , l’hématémèse et plusieurs fièvres qu’il serait trop long de rappeler ici.
La nature et les propriétés du sang des règles ont été depuis la plus haute antiquité l’objet d'une foule de préjugés populaires et d’erreurs scientifiques dont on conçoit à peine l’absurdité. Ce sang, suivant Aristote, est aussi pur que celui d'une plaie. Hippocrate le compare à celui d’une victime qu’on égorge. Sanguis autem....sicut à victime!, si sana fuerit mulier. P line, en parlant du sang menstruel, dit au contraire que c’est un poison funeste , qu’il corrompt et fait tourner les vins, qu’il enlève aux graines leur fécondité, qu il fait mourir les insectes, qu'il flétrit les
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fleurs et les gazons dans les jardins, qu’il fait tomber les fruits des arbres, etc. JSihil facile reperiatur mulierurn profluvio ma gis nions tri ficum. Acescunt superventu mus ta, sterilescunt tactæ fruges, moriuntui' msita , exuruntur hortorurn germina, et fructus arborum , quibus inseclere decidunt. ( Liv. Vil. cap. 15).
Le législateur hébreu va plus loin lorsqu’il dit : Si un homme approche d’une femme pendant le flux menstruel...., qu'ils soient tous deux rnis ci mort au milieu du peuple. « Qui coïerit cum muliere in flux a (f menstruo et revelaverit lurpitudinern ejus, ipsa- « cpie aperuerit fonlem sanguinis sui, interflcientur k cimbo de nieclio populi sui ». (Le Lévitique , chap. XX. v. \ 8 ).
Un grand nombre d’auteurs, entr’autres Columelte (1 ), dont l’éloquence et le style se ressentent si bien du siècle à' Auguste, Graff (2), Fer hep en (3), les Arabes et même quelques modernes ont attribué des qualités dangereuses au sang menstruel. En parcourant l’histoire de plusieurs peuples, sauvages ou civilisés, on voit que la plupart d’entr’eux ont partagé les mêmes préjugés, et ont établi des usages aussi barbares qu’injurieux pour les femmes. Dans le moment où elles devaient inspirer le plus d’inlé-
(1) De E.e rustica.
(2) Mulierum organ. genev.
(3) Vera Inst, de lionend. sang.
rèt, au lieu de les protéger et de les secourir, on les forçait de se séquestrer de la société et de se soumettre à des précautions les plus humiliantes (1 ). Il semble, dit Roussel (2), que les hommes, plus libres dans cette crise passagère où les charmes de la femme sont obscurcies d’un léger nuage, aient voulu profiter de l'interrègne qu’elle leur laissait, pour se révolter et outrager ce qu’ils sont forcés d’adorer dans d’autres temps.
L’opinion d’Hippocrate sur l’identité du sang des règles avec celui qui résulte des autres hémorrhagies ne trouve aujourd’hui presque plus d’antagonistes, et quoiqu'il existe encore, surtout dans le peuple, des préjugés sur les qualités malfaisantes du fluide menstruel, la plupart des médecins modernes pensent que, du moins chez les femmes saines , il est aussi pur que celui qui est fourni par les autres hémorrhagies. S’il change d’odeur et de nature en passant à travers le canal vulvo-utérin, c’est parce qu’il s’est altéré en y séjournant. Cette espèce de
(1) M.d/brea«de laSarthe dit aussi dans le second volume, page 261, de son histoire naturelle de la femme, que les nègres , les insulaires, de la mer du Sud et les naturels de l’Amérique, relèguent leurs femmes dans des cabanes particulières et les tiennent dans un isolement absolu pendant tout le tems de la menstruation. Les Illinois punissent de mort les femmes qui n’avertissent point de leur indisposition périodique. Enfin l’histoire nous apprend qu’un concile de Nicée défendait aux chrétiennes d’entrer dans les églises pendant l’époque de leurs règles.
(2) Système physique et moral de la femme.
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décomposition du sang menstruel peut lui communiquer des propriétés plus ou moins délétères et lui faire dégager des miasmes capables de réagir sur certains liquides faciles à décomposer. Il serait à désirer que des recherches plus exactes et dirigées par un esprit exempt de prévention, vinssent non seulement éclaircir une question qui a été déjà si souvent débattue, mais encore à détruire des opinions préjudiciables à un sexe dont nous devons lâcher d’améliorer la condition et le bien-être.
La quantité de sang qui s’écoule à chaque époque périodique varie en raison des climats. Hippocrate estimait à vingt onces ou deux cotyles le sang que les femmes grecques perdaient à chaque époque menstruelle. Galien portait cette quantité à dix-huit onces. Haller l’évaluait à six, huit ou douze onces pour l’Allemagne ; selon Dehaen elle est en Angleterre de trois onces, selon Smelie et Dobson, de quatre onces selon Pasta de cinq onces, et d’après Frein d, de dix onces. D’après Gorther , cet écoulement n’irait pas en Hollande , au-delà de six onces. Filz-Gerald l’estime, pour l'Espagne, à quatorze ou quinze onces. Aslruc dit qu’il varie en France, de huit à seize onces, et Baude/oqne, de trois ou quatre seulement. Enfin M. Magendie suppose que la quantité du sang menstruel est souvent très considérable, et peut s’élever à plusieurs livres.
Linnée dit dans sa Flore de Laponie, que les fem-
mes de contrées glaciales, ainsi que les Samoièdes, n’évacuent qu’une très petite quantité de sang, et seulement en été, et que les Groënlandaises n’en perdent presque pas, à cause du froid qui empêche le développement des facultés génératrices, comme il s’oppose à la floraison des plantes. D’après ce que nous venons de dire, on voit qu’en général les règles sont plus abondantes dans les pays où elles sont plus précoces. Il ya du reste à cet égard, beaucoup de variétés selon la constitution des femmes ; ainsi les Grecques des îles de l’Archipel, plus précoces que les Italiennes , et habitant un climat plus chaud que ces dernières, ne perdent pas en général au-delà de trois onces de sang menstruel. Ce qu’il y a de certain, c’est que les femmes d’Europe qui vont habiter une zone plus chaude et qui passent aux colonies ou aux Indes, et surtout à Batavia, et à Java, périssent souvent par suites de pertes menstruelles trop abondantes , et sont également plus exposées aux avortements que sous un ciel plus tempéré.
La difficulté de recueillir le sang des règles, et les variations nombreuses que présente leur écoulement, ont du nécessairement faire tomber les observateurs dans les dissidences que nous venons de signaler, tout jugement à cet égard ne peut être que fautif , aussi ne pourra-t-on jamais compter que sur des résultats approximatifs.
Ne voulant pas nous étendre davantage sur un su-
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jet que peut-être nous avons déjà trop prolongé . nous croyons devoir nous abstenir de rapporter ici tout ce qui a été dit sur la menstruation et sur sa périodicité. Les opinions des auteurs qui ont traité cette matière sont si diverses et souvent si opposées , que nous nous contentons d’ajouter que le mécanisme de la fonction est toujours le même , soit que l’écoulement ait son siège dans le corps ou dans le col de l'utérus, dans le canal vulvo-utérin ou dans leurs annexes. La plupart des physiologistes modernes regardent l’évacuation menstruelle comme étant une hémorrhagie active et un effet d’un excitement particulier de la matrice , mais ils n’ont pas encore jusqu’à ce jour pu découvrir si le sang des menstrues était fourni par des artères du système capillaire ou par des vaisseaux du système veineux.
Le mystère de la menstruation sera toujours couvert d’un voile qu’on ne pourra jamais soulever qu’imparfaitement. C’est avec cette conviction que nous nous bornerons à dire que l’écoulement menstruel a lieu lorsque, sous l’influence d’une loi particulière de l’organisation, la matrice acquiert une exaltation des propriétés vitales propres à attirer le sang vers elle à des époques périodiques.
Nous ajouterons également que la cause de l'intermittence régulière de cet érétisme utérin est un problème physiologique qui ne sera probablement jamais résolu.
Dans quelques cas rares, les règles ne se montrent jamais, et cette absence de la menstruation peut avoir lieu sans qu’il en résulte d’accidents. Cet état, qui n’entraîne pas nécessairement la nullité de l’appétit vénérien, ni même toujours la stérilité, se remarque chez quelques femmes dont les organes sexuels sont à l’état normal, et ne présentent aucun obstacle physique ou une affection chronique, auxquels on puisse attribuer le manque de la sécrétion menstruelle qui semble inhérente à la nature de la femme parvenue à l'âge de la puberté.
La menstruation susceptible de se déranger fréquemment, peut présenter des phénomènes qui exigent des soins aussi assidus qu’intelligents. Ces altérations de l’écoulement périodique, ne sont pas , à proprement parler, des maladies, mais bien des symptômes qui résultent de la lésion des organes chargés d’accomplir la sécrétion menstruelle. Les indications à remplir dans tous les cas doivent donc varier selon l’état de ces organes ou de ceux "avec lesquels ils sympathisent. Comme nous aurons à nous occuper plus tard des désordres, des irrégularités et des déviations de la menstruation , nous renvoyons nos lecteurs aux chapitres qui traiteront de la difficulté,de la suppression, de l’écoulement immodéré ou de l’hémorrhagie supplémentaire des règles, dont les noms scientifiques, sont : la dysménorrhée , Y aménorrhée , la ménorrhagie et la ménoxénie .
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