PHÉNOMÈNES DE LA GESTATION
Changements physiques et moraux qui ont lieu pendant la gestation. Maladies auxquelles sont exposées les femmes enceintes à différentes époques de la grossesse.
Tous les phénomènes dont nous venons de donner une légère esquisse ne sont encore que le prélude du rôle admirable que la matrice va bientôt jouer après la conception.
Dans ce nouvel état elle semble vouloir tout absorber. C’est à cette époque seulement que commence la tâche la plus importante que la femme est appelée à remplir. Les forces vitales se concentrent sur un même organe; les efforts conservateurs sont alors moins énergiques, la réaction du corps est moins puissante, et par conséquent l’impression des agents extérieurs devient plus vive et plus redoutable.
A peine la conception s’est-elle opérée , que les facultés vitales de l’utérus acquièrent plus de vigueur et font jaillir sur tous les autres organes de l'économie des effets sympathiques les plus extraordinaires et les réactions les plus puissantes. Les relations de la matrice avec le cerveau semblent alors plus intimes, les organes de la circulation, de la digestion, de la respiration sont stimulés d’une manière insolite, et leur sympathie plus ou moins grande avec l’organe de la reproduction est annoncée par des syncopes, des convulsions, des évanouissements , la dyspnée ,
les dégoûts et les appétits bizarres, les coliques d’estomac et une foule d’autres phénomènes qui sont également des symptômes de la grossesse. Alors la susceptibilité nerveuse est augmentée, les goûts et les passions sont entièrement changés, les sensations sont plus vives, les facultés intellectuelles augmentent ou diminuent sensiblement ; l’imagination est plus mobile, le jugement moins sûr. On a vu des femmes devenir folles, d'autres musiciennes, poètes, et quelques-unes voleuses. Leur volonté a moins de force, leurs affections ont moins de constance; les antipathies, la colère, la cruauté même se rencontrent quelquefois chez ce sexe dont les penchants naturels et primitifs sont la douceur, la bonté, la compassion, l’attendrissement, une sensibilité exquise, un besoin pressant de soulager le malheur.
Dans son nouvel état, la matrice ayant acquis incomparablement plus de vitalité, il s’opère chez la femme enceinte un grand nombre de modifications anatomiques et physiologiques.
Les unes, constituant elles-mêmes la grossesse, doivent être respectées ; mais les autres, purement sympathiques et physiologiques, sont divisées en trois classes. Nous rangeons dans la première classe celles que nous appelons nerveuses, savoir : les vomissements, les syncopes, les goûts dépravés, les nausées , l’anorexie, les insomnies, les maux de dents, le ptyalisme, la céphalalgie , les palpitations, les
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tintements d’oreilles, la surdité, la mastodymie, la toux, la dyspnée, les douleurs dans les membres et dans les aines, les cardialgies, les diarrhées, la constipation, les coliques nerveuses.
Celles de la seconde clasàe, que nous désignons par l'épitliète de pléthoriques, se font remarquer dans le second temps de la gestation, c'est-à-dire depuis la fin du troisième jusqu’au cinquième mois. Parmi celles-ci on doit ranger les hémorrhagies de la matrice, les saignements du nez, les hémorrhoïdes, quelquefois les varices et l’oedème des membres inférieurs, l'hémoptysie, la toux, la dyspnée et enfin les avortements.
Les modifications de la troisième classe que nous nommons mécaniques sont observées à la fin de la grossesse ; au nombre de ces dernières nous plaçons : l’antéversion et la rétroversion de l’utérus, sa hernie, son prolapsus, son obliquité, son relâchement, auxquels il faut ajouter les faux germes, les avortements, les coliques, la dysurie, la constipation, la dyspnée, les varices, les hémorrhoïdes et l’œdème aux jambes, enfin une foule d’autres maladies sympathiques qu’on ne peut et qu’on ne doit traiter, mais dont il faut par des moyens rationnels, pallier les symptômes trop violents, au risque de les voir se renouveller à chaque instant.
Après avoir été pendant, neuf mois en proie à toutes les incommodités de la grossesse, la femme arrive
enfin au terme de l'accouchement ; l’expulsion du fœtus et du placenta a lieu au milieu des plus vives douleurs. C’est alors seulement que cessent toutes communications immédiates entre la mère et son enfant; la matrice se resserre, les parois du ventre reviennent sur elles-mêmes, les seins se gonflent , le lait se sécrète , et enfin tous les organes reprennent progressivement leur état naturel.
Les maladies qui attaquent les femmes en couche sont nombreuses, les unes sont chirurgicales et les autres sont médicales. Parmi les premières se trouvent : le déchirement de l’utérus et du périnée, les contusions du vagin et de la vulve, la chute du rectum, les fistules vésico et recto-vaginales, le renversement de la matrice et quelques autres lésions physiques qui exigent des moyens chirurgicaux que nous ferons connaître plus tard.
Parmi les secondes, qui sont des lésions vitales du domaine de la médecine proprement dite, on remarque : la. métrite aiguë, la péritonite puerpérale, la suppression ou le flux immodéré des lochies, la fièvre et les exubérances de lait, les inflammations des mamelles, la dysurie, la strangurie, l’ischurie, l’engorgement puerpéral des membres abdominaux, enfin les différentes hémorrhagies qui ont lieu avant, pendant et après l’accouchement.
Quoiqu’il soit difficile d’indiquer un traitement général à toutes ces maladies aussi variées qu’elles