‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 58 sur 102 · ÎMPERFORATION ET RÉTRÉCISSEMENT DU CANAL DE L’URÈTRE CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

ÎMPERFORATION ET RÉTRÉCISSEMENT DU CANAL DE L’URÈTRE CHEZ LA FEMME

Si l’imperforation du méat urinaire est le plus souvent une conséquence de l’union complète des grandes lèvres, cette conformation anormale existe quelquefois seule, et, dans ce cas, l’orifice externe du canal de l’urètre se trouve bouché par une membrane qui, bien que mince et friable, s’oppose à l’excrétion de l’urine.

On doit supposer l’existence de cette disposition lorsque, les grandes lèvres n’étant pas adhérentes,le linge et la couche de l’enfant ne sont pas mouillés, et que, même après avoir rendu facilement et abondamment tout son méconium, il continue de pousser des cris plaintifs et de faire des efforts inutiles.- Tl faut encore joindre à ces symptômes l’élévation progressive de la région hypogastrique , qui est tendue, douloureuse, résistante et arrondie , et présente une saillie de plus en plus apparente.

La membrane qui s’oppose à l’écoulement de l’urine peut être bornée à l’orifice de l’urètre, ou s'étendre plus ou moins avant dans le trajet de ce canal. Dans le premier cas, qui est le plus fréquent, et auquel on remédie le plus facilement , la membrane se gonfle à chaque effort et même à chaque cri de l’enfant; dans le second cas, c’est-à-dire, lorsque l'imperforation s’étend à une grande partie de la longueur

IMPERFORATIOIN DE l’üRÈTRE. I ^

de l'urètre, on n’aperçoit aucune membrane, et l’opération devient plus difficile, et surtout très-danpereuse.

Lorsque le canal est bouché seulement à son orifice vulvaire, il suffit, pour établirle cours de l’urine, de porter la pointe d’un bistouri étroit à l’endroit où le méat est indiqué par le gonflement de la membrane, et de laisser pendant quelques jours une petite sonde dans l’urètre. Nous devons cependant ajouter que cette dernière indication non seulement n’est pas indispensable, mais même qu elle nous paraît inutile , parce que le contact de l’urine et son passage fréquent suffisent presque toujours pour prévenir la réunion des lèvres de la plaie.

Au moyen d’une ouverture anormale de l’ombilic, qui est plus fréquente chez les enfants du sexe féminin, la nature obvie quelquefois à V im perforation du canal de l’urètre. Immédiatement après la naissance, la vessie, qui est encore presque entièrement placée hors du bassin, se rapproche de l’ombilic , et l’oblitération incomplète de l’organe facilite l’établissement de cette voie supplémentaire d’excrétion.

Lorsque cette anomalie se rencontre chez un enlant en bas âge, il faut d’abord inciser, comme nous l’avons déjà indiqué, la membrTane obturatrice du méat urinaire, et introduire ensuite dans l’urètre une petite sonde de gomme élastique , afin d’amener l’urine à prendre son cours naturel. On devra secon-

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duire de la même manière à quelqu’époque de la vie que l’on rencontre une semblable disposition.

Barthélemi Cabrol , habile chirurgien de Gaillac, qui fut nommé, par le roi Henri. I V, démonstrateur d’anatomie à l’école de Montpellier, rapporte (1) qu’une jeune fille de dix-huit ans avait l’urètre bouché par une membrane, de telle sorte que l’urine ayant probablement pris son cours par l’ouraque, venait sortir par le nombril, qui faisait une saillie d’environ quatre pouces, et exhalait une odeur insupportable. Pour remédier à cette dégoûtante incommodité, Cabrol fit d’abord une incision à la membrane qui obturait l urètre, puis il introduisit une canule de plomb jusque dans la vessie , afin de tenir toujours libre le passage de l’urine. Le lendemain, après avoir placé une forte ligature sur la partie saillante du nombril par où l’urine s’etait écoulée jusqu’alors, il fit une section au-dessous du fil, et emporta ainsi toute la saillie ombilicale. Ce chirurgien rapporte aussi qu’il appliqua, sur le lieu de la section, le cautère actuel, et que, lorsque l’escarre fut tombée, ildétergea la plaie avec des dessicatifs, et obtint une cicatrisation complète au bout de douze jours. Si un cas semblable se présentait dans la pratique, on devrait avoir recours à la même méthode, à l’exception cependant du cautère actuel, qui n'est

(1) Observât, anatom., 23.

IMPERFORATION ET RÉTRI^CISSEM’ DE tAjRÈTRE. l4g

pas nécessaire, et qui effraie le malade sans aucun avantage.

Quand le méat urinaire ne présente qu’une ouverture étroite par laquelle l’urine s’échappe en trop petite quantité, il y a alors un rétrécissement de l’orifice urétral , et non imperforation du canal. Dans ce cas il faut agrandrir convenablement l’orifice, au moyen d’un bistouri à lame aiguë et d’un stilet cannelé servant de conducteur à l’instrument tranchant. Lorsque le rétrécissement ou l’occlusion du canal s’étend dans une grande partie de son trajet et lorsque surtout l’écoulement de l’urine n’a pas lieu par une autre voie , l’enfant périt indubitablement s’il n’est secouru promptement, et encore il ne lui reste pour planche de salut qu’une opération bien douteuse ; telle est la ponction de la vessie faite avec un bistouri ou avec un trois-quarts très fin , qu’on enfonce à l’endroit où l’urétre devrait aboutir, jusqu’à ce qu’on ait pénétré dans la poche urinaire. Si la crainte de s’égarer ou quelque autre circonstance ne permettait pas d’employer cette méthode, on devrait ne pas hésiter à pratiquer la ponction de la vessie par le vagin ou le rectum , et et on la ferait au-dessus du pubis si ces canaux présentaient des dispositions anatomiques qui pussent mettre obstacle à l’opération par une autre voie.

Nous devons malheureusement convenir que,

dans les cas de ce genre, les enfants succombent presque toujours, lors même qu’on est parvenu à rétablir le cours de burine par l’un des procédés opératoires que nous venons d’indiquer.

Pour terminer ce que nous avions à dire sur la conformation contre nature de la vulve et de ses dépendances , nous devons ajouter que, si les grandes lèvres peuvent manquer par un vice d’organisation congéDial, l’absence de ces replis mambraneux est souvent le résultat de la gangrène ou d’un ulcère rongeant. Dans ce dernier cas, cette lésion est souvent accompagnée de l’occlusion du vagin ou du méat urinaire, à laquelle il faut se hâter de remédier par les moyens que nous avons signalés.

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