‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 60 sur 102 · IMPER FORATION DU VAGIN · texte numérisé non relu

IMPER FORATION DU VAGIN

de la pesanteur dans le bassin, des spasmes, des suffocations, des céphalalgies intenses, enfin une foule de désordres dont le point est manifestement dans les organes génitaux et dont l'origine est toujours primitivement entourée d’une grande obscurité. Tous ces accidents, qui diminuent en partie après quelques jours, augmentent toujours d’intensité chaque fois qu’ils se reproduisent. Le ventre prend peu à peu un volume plus considérable et acquiert quelquefois les dimensions que lui communique une grossesse très avancée, dont alors la plupart des symptômes se manifestent, entre autres le gonflement des seins , des nausées , des vomissements, des dégoûts, des appétits bizarres, etc. Les phénomènes qu’on observe ont tant de similitude avec ceux de la gestation, que souvent même des médecins instruits ont déclaré enceintes des jeunes filles encore vierges : ainsi que Jean TVlerus (1 ) , B. Cabrol (2), Fabrice de Hilden (3), et Jean Muratt (4), et quelques auteurs modernes en citent des exemples.

Pour éviter les résultats fâcheux d’une semblable erreur, et pour lever tous les doutes à cet égard, il

(1) De dæmonum præstigiis et incaatationibus , lib. III, cap. 38.

(2) Observ. médéc. Observ. 23.

(3) Centur. III, observât. 60, exemple 3.

(4) Ephem. curios. natur. decur II, anno 3, observ. 151.

suffit de se rappeler que lorsque le développement du ventre est dù à la rétention des règles dans la matrice et le vagin par suite de l’imperlbration congéniale ou de l’oblitération accidentelle de ces organes , ce développement n’a lieu que par saccades et par périodes qui correspondent aux époques de la menstruation, c’est-à-dire tous les mois.

Chaque exhalation menstruelle venant augmenter la collection préexistante, l’accumulation du sang devient énorme et comprime de plus en plus non seulement les parties supérieures qui avoisinent la matrice , mais encore toutes celles qui sont situées dans la cavité pelvienne; telles que le rectum, la vessie, les plexus sacrés, les nerfs sciatiques, etc. C’est même à la compression qui a lieu dans ce cas, qu’il faut rapporter non seulement les difficultés que l’on observe alors dans l’émission de l’urine et l’expulsion des matières fécales, mais encore l’engorgement, les crampes et les engourdissements des membres abdominaux , la pesanteur sur le rectum et au périnée; enfin, le sentiment de gêne que les femmes imperforées éprouvent vers le bassin, principalement lorsqu’elles marchent ou qu’elles se tiennent debout. Hippocrate (1) parle d’une jeune fille devenue boiteuse, parce que le sang accumulé dans le vagin n’avait pas eu d’écoulement et que sa présence compri-

(1) De morbis mulierum.

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mait les nerfs sacrés ; Morgagni ( De sedibus et causis morb.) prétend que l’atrétisme peut occasioner la folie, comme d’autres auteurs l’ont vu causer des convulsions, des affections hystériques et le délire. Dans un cas de rétention des règles, déterminé par une imperforation complète , Dehaen (1 ) a vu les trompes utérines, distendues par le sang, se rompre et causer un épanchement mortel.

Dans quelques cas rares, le sang épanché à chaque période menstruelle, est absorbé et disparaît pendant les intervalles des règles, de telle sorte que ie ventre, qui se tuméfie et se durcit pendant quelques jours, revient bientôt à son état normal. Les sujets qui présentent cette double anomalie anatomique et physiologique peuvent résister plus ou moins long-temps en conservant d’ailleurs une santé toujours chancelante.

Chez certaines femmes, dont les organes sexuels sont imparfaits, la nature supplée quelquefois à l écoulement menstruel par des congestions et des hémorrhagies périodiques, qui ont lieu par l’anus, les poumons, les seins, l’estomac, les narines, les oreilles, les surfaces tégumentaires, etc.

L’imperforation vaginale n’a pas toujours pour résultat les accidents que nous venons de signaler; ils peuvent même, dans quelques circonstances, ne

(lj Ratio medendi, part. 6.

I 56 LÉSIONS DE FORME ET DE DEVELOPPEMENT, jamais se manifester, quoique la menstruation n’ait pas lieu, et ne soit cependant pas remplacée par une autre hémorrhagie. C’est ce qui a lieu lorsque, avec une imperforation du vagin, il y a absence plus ou moins complette de l’utérus. On devra supposer l’existence de cette double anomalie, dont les annales de la science offrent des exemples, chez les femmes qui auront passé sans accident l’époque où l’appareil génital entre en action, et exhale ordinairement le flux menstruel.

Le diagnostic des imperforations vaginales est en général assez facile, et il suffit d’une exploration attentive des organes génitaux pour dissiper les incertitudes que peut d’abord faire naître un état aussi insolite.

On reconnaît que la cloison qui forme l’obstacle n’est autre chose que la membrane de l’hymen, lorsqu’au milieu des grandes lèvres, on trouve une tumeur demi sphérique, livide ou bleuâtre, molle et fluctuante, et rendue saillante par le poids du sang accumulé au-dessus d’elle. Dans ce cas, pour détruire l’obstacle, la plupart des auteurs ont conseillé de plonger au centre de la tumeur un bistouri droit, de manière à faire une incision cruciale ; l’opération est ensuite terminée en enlevant les petits lambeaux qui résultent des incisions, avec le secours d'une pince et de ciseaux courbés sur leur plat. Pour s'opposer à la réunion de la plaie, une tente de charpie

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enduite 'de cérat, et placée entre ses bords , suffit dans le plus grand nombre des cas.

Lorsque l’occlusion du vagin est causée par la membrane de l’hymen, Celse (1) conseille l’incision, qu”il décrit de la manière suivante : « Si membrana orivulvce opposila est.... oportet aulem membvanam duabus lineis, inter se transversis , incidere ad similitudinem litterœ X, magna curâ habitâ , ne urince iter viole tur ; deinde undique eani membrana m excidere.

Avicenne (2) prescrivait un mode d’opération qui consistait à rompre la membrane avec un doigt garni d’un linge, et Mauriceau conseillait de la déchirer avec les ongles.

La méthode de remédier à la rétention des règles par l’imperforation de l’hymen, au moyen d’une incision cruciale, est souvent suivie d’accidents graves, parce que, donnant lieu à une évacuation subite d’une grande quantité de liquide, il est impossible que les parois des organes génitaux, trop rapidement vidés, puissent revenir immédiatement sur eux-mêmes, ce qui souvent détermine des inflammations mortelles et des fièvres du plus mauvais caractère.

Pour obvier le plus possible aux accidents fâcheux qui peuvent résulter de l’opération que nous venons de décrire, et surtout pour conserver en partie la

(1) Cels. de med., lib. VII, cap. 29.

(2) Avicenne, lib. III, feu. 21, te. 4, cap. 1.

membrane de l’hymen à laquelle on attache une grande importance morale, nous proposons le procédé suivant, qui est aussi simple que facile et au moyen duquel on ne craint pas dans aucun cas de blesser les parois du vagin.

Après avoir placé la femme comme pour l’application du spéculum, on doit faire écarter par un aide les grandes et les petites lèvres, puis saisissant le point central de la tumeur, avec une airigne , ou encore mieux, avec une pince à larges mords, on fait saillir une petite portion de la membrane obturatrice, et on coupe ensuite de bas en haut cette partie saillante avec des ciseaux fortement courbés sur leur plat, ou, encore mieux, avec le ciseau emporte-pièce, que nous avons inventé pour l’ extirpa tion du frein de la langue (i). L’ouverture qui résulte de l’opération ainsi pratiquée, présente une petite circonférence ovalaire, qui imite assez bien la perforation naturelle de la membrane de l’hymen, et qui permet, par l’évacuation plus lente du sang, que la matrice et les autres organes distendus reviennent sur eux-mêmes d’une manière graduée, et ne présentent pas tout-à-coup un vide considérable. Il résulte

(1) Cet instrument, décrit et dessiné dans notre Traité du bégaiement, et dans la Revue médicale , sera également représenté dans notre Dictionnaire historique et iconographique de toutes les opérations et des instruments et appareils de la chirurgie ancienne et moderne , avec 1500 dessins. 4 vol. in-8°. Paris, 1836 l S 37.

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de là que l’air introduit en moindre quantité et d’une manière moins brusque, ne détermine pas aussi facilement les inflammations intenses et souvent mortelles qui ont lieu lorsqu’on emploie la méthode ordinaire.

Quelquefois il existe deux membranes placées l’une au-dessus de l’autre. Frédéric Ruisch (1) a publié une observation, où il fut obligé de les inciser l’une et l’autre. Thomas Willis dit avoir été appelé pour donner des soins à une femme qui était au moment d’accoucher, et qui éprouvait de vives douleurs depuis trois jours. Après avoir exploré attentivement les organes sexuels, il découvrit une membrane qui adhérait au pourtour de la vulve et qui empêchait la sortie du fœtus. Après y avoir fait une incision , voyant que l’accouchement ne se terminait pas mieux, il se livra à un nouvel examen, et reconnut la présence d’une seconde membrane qui était située plus profondément, et s’opposait à la sortie de l’enfant. Il détruisit ce second obstacle, et l’accouchement se termina bientôt de la manière la plus heureuse.

Dans quelques cas, une bande membraneuse plus ou moins épaisse divise l’orifice du vagin en deux petites ouvertures latérales, et c’est sans doute cette sorte de colonne charnue qui a porté Morgagni , V alsava et d’autres auteurs à désigner l’hymen par le nom pittoresque de colonne de la virginité,

(1) Frédéric Ruisch , Observât, chirurg. 22 et 32.

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colurnna virginitatis . Quelquefois cette bande perpendiculaire est coupée en travers par une ou plusieurs autres bandes placées horizontalement, ce qui forme une sorte de diaphragme criblé, comme Fabrice de Hilden (1), Fiardel (2) et le professeur Flamand (3) en rapportent des exemples.

On a vu des femmes imperforées, dont l’erreur a été quelquefois partagée par des médecins ignorants, prendre leur canal de l’urétre pour leur vagin rétréci, et, après l’avoir dilaté le plus possible, lui faire remplir les fonctions de ce dernier, d’ou il est résulté une incontinence d’urine souvent incurable, et plusieurs autres accidents (4) .

(1) G.- Fabrice de Hilden , cent. III, observ. 60.

(2) Fiardel, observation sur la pratique des accouchements, page 167.

(3) Dissertation inaug. du cloct. Fillette, année 1824.

(4) Dans le journal de médecine publié à Orléans par M. Latour le fils , et dans l’article impuissance , du Dictionnaire des sciences médicales, on lit un fait rapporté par Morgagni (*). Un paysan des environs d’Orléans ayant mal interprété une expression métaphorique échappée à son confesseur , qui attribuait à ce qu’il n’était pas dans la bonne voie , la stérilité de son mariage, fut assez simple pour substituer l’urètre au vagin. Les commencements furent pénibles; mais à l’aide d’une dilatation progressive , opérée par divers moyens mécaniques , il parvint à son but , et resta encore quelque temps dans l’erreur , jusqu’à ce qu’une incontinence d’urine et d’autres accidents eussent forcé la femme d’avoir recours aux soins d’un médecin.

(*) Morgagni, lettre 46, n. t2.

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Le docteur Villetfe rapporte, dans sa dissertation inaugurale, qu’une dame de Strasbourg reçut les soins de M. Chevalier pendant le cours de sa parturition. Après l’avoir touchée, il fut étonné d’être dans une ouverture lisse. Dans cette incertitude, il fit demander le professeur Flamand , qui exigea de la malade un examen sévère des parties. Mais quel fut son étonnement de voir le canal de l’urètre dilaté à un tel point qu’il permettait l’introduction du doigt pour exécuter le toucher. A l’entrée, il existait une lame criblée, par laquelle l’écoulement menstruel avait eu lieu. Cette membrane fut excisée, et l’accouchement se termina fort heureusement. Lorsque la membrane qui obture le vagin est très épaisse, le doigt porté sur elle éprouve plus de résistance, et perçoit avec plus de peine la fluctuation, qui est bien manifeste quand la membrane est très mince.

L’opération qui convient dans ce cas consiste à s’assurer d’abord, au moyen d’une sonde, de la disposition de la vessie et à explorer le rectum par le toucher; puis après avoir fait écarter les grandes lèvres par un aide, on pratique une incision cruciale au moyen d’un bistouri droit dont la lame, portée sur le doigt indicateur, est garnie d’un linge jusqu’à i six lignes de son ouverture ; on procède ensuite à l’excision des lambeaux, comme nous l’avons indiqué plus haut, et l’on maintient l’ouverture, suffisamment distendue, avec une forte mèche enduite

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de cérat portant un fil fixé à sa base et renouvelée tous les jours. Le sang qui s’échappe au dehors est ordinairement visqueux, noir et fétide ; il sort d’abord avec force au moment de la ponction et finit ensuite par s’écouler goutte à goutte.

Pour aider à nettoyer les cavités génitales de la femme, et pour entraîner surtout les caillots de sang qui par leur séjour pourraient devenir une cause d’inflammation, il faudra avoir recours à d’abondantes lotions émollientes , et ensuite à des injections délersives et légèrement résolutives ou même antiseptiques selon les circonstances et les indications.

Lorsque la cloison vaginale est charnue , Celse (1 ) conseille d’y faire une incision longitudinale , et de saisir ensuite les bords avec des pinces ou un crochet afin d’en exciser une bandelette. Il introduisait ensuite dans la plaie une tente oblongue trempée dans du vinaigre et appliquait par dessus de la laine grasse imbibée de la même liqueur ; enfin il assurait le tout au moyen d’un bandage convenable. Le troisième jour il enlevait l’appareil et se conduisait pour le reste du traitement, comme dans les autres blessures. Lorsque la plaie commençait à guérir, il y introduisait une canule de plomb enduite d une substance propre à cicatriser , et il appliquait parti) Corn. Cels., de Med., lib. VII, cap. 28.

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dessus le même médicament jusqu’à la formation complète de la cicatrice.

Pour détruire l'atrétisme, résultant de la présence d’une membrane épaisse , Hippocrate ( 1 ) et plusieurs médecins ont proposé les caustiques ; Bauhin (2), entre autres, s’en servit sur une malade qui succomba après la chute de l’escbarre. A. Paré (3) et son disciple Guillerneau , voulaient que l’on fit une incision de haut en bas; d'autres ont pensé qu’il valait mieux la faire obliquement pour être moins exposé à blesser le canal de l’urètre ; le célèbre Dupuytren , dont les opinions pratiques sont d’un si grand poids , conseillait d’inciser de haut en bas et surtout de prolonger l’incision jusqu’à la partie la plus déclive pour éviter la stase du sang et des mucosités, et surtout afin de dispenser la femme de l'usage désagréable et incommode des injections vaginales.

Quand la membrane qui cause l’occlusion est située profondément , le vagin conserve presque toujours ses dimensions ordinaires, au-dessus de l’obstacle ; il arrive même quelquefois que, par l’accumulation prolongée du sang des règles, il acquiert, à sa partie supérieure, une dilatation anormale. Pour détruire la membrane , dans ce cas , il faut la mettre à

(1) Lib. de Sterilibus, et lib. II, de Morbis mulierum.

(2) Anatomie , livre I, chapitre 39.

(3) Livre IV, chap. 59, page 998.

découvert et protéger les parois du vagin au moyen du spéculum, puis pratiquer une incision cruciale faite obliquement pour éviter le plus possible que la pointe de l’instrument n’aille atteindre le rectum et la vessie. On enlèvera ensuite les quatre lambeaux, comme nous l’avons indiqué plus haut.

Dans le cas, assez fréquent, où la membrane, épaissie et charnue, forme une bande annulaire dans la cavité du vagin et ne présente qu’une petite ouverture ; comme l’ont observée Daniel Sennert, de Breslau (1 ) , Chambon (2) , Ambroise Paré (3), le professeur Flamand (4), le sang des règles s’échappe en dehors -, mais son écoulement n’a lieu que goutte à goutte. Cette sorte de dvsménorée, par son excrétion, détermine toujours la tension des parties externes de la génération et un sentiment de pesanteur vers le siège, accompagné de douleurs assez vives à l’hypogastre et d’une sensibilité anormale de tous les organes contenus dans la cavité pelvienne.

Le moyen de remédier à cette anomalie, qui s’oppose en outre à l’union des sexes et à la conception, consiste d’abord à agrandir l’ouverture avec un bistouri boutonné en faisant une incision cruciale, puis à détacher les lambeaux ; et enfin à maintenir la dila-

(1) De morbis mulierum, lib. IY, pars. 1.

(2) Maladies des filles, liv. I, chap. 2, p. 51.

(3) Paré, liv. XXIV, chap. 19.

(4) Leçons orales à la Faculté de Strasbourg.

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