DE L'HY STÉROPTO SE
Vhystèroptose (1) ou chute de la matrice, est le déplacement de ce viscère qui a lieu en bas et qui peut être complet ou incomplet.
Dans le premier cas , l’organe est tout-à-fait sorti du bassin, et se montre en totalité hors de la vulve ;
(1) Du grec uaxsp a. utérus, irpSicu; chute .
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dans le second cas ail contraire, il fait une saillie plus ou moins considérable dans le vagin, mais il ne franchit pas le détroit inférieur.
Le prolapsus utérin peut avoir lieu non seulement pendant la gestation et à la suite de l'accouchement, mais aussi pendant letat de vacuité , puisqu’on l’a observé même chez des vierges (1).
Cette maladie, que M. Lisfranc regarde avec raison comme étant le plus souvent causée par un engorgement de l’utérus , a été divisée par la plupart des auteurs en trois degrés ou variétés que nous allons faire connaître.
Dans le premier degré qui n’est qu’un simple abaissement ou un prolapsus commençant, la matrice descend jusqu’au milieu du vagin qu’elle élargit de plus en plus pour s’y loger. Dans cette sorte de déplacement utérin , qui n’est qu’une affection légère dont cependant il est urgent de s’occuper, les malades se plaignent de douleurs sourdes dans la région lombaire, et de tiraillements vers les aines ; elles éprouvent également. une certaine pesanteur vers le fon-
(1) Les déplacements-utérins ne sont aussi rares chez les vierges, surtout avant la puberté, qu’à cause de la petitesse et de la légèreté de la matrice et probablement aussi à cause du resserrement du vagin et des parties qui l’environnent. Mauriceau, Savicird, Muuro et Dcgraaf sont les seuls auteurs qui aient rapporté des observations de chute complète de l’utérus chez des filles encore vierges.
dement et une sorte de pression qui augmente et devient plus douloureuse , lorsqu’elles se tiennent long-temps debout ou qu’elles marchent plus que de coutume.
En pratiquant le toucher vaginal , on distingue bientôt le col de la matrice , et l’on sent le museau de tanche appuyé sur la paroi postérieure du vagin, de telle sorte que pour trouver l'orifice de l’organe gestateur , il faut soulever le col et passer le doigt derrière lui. On rencontre souvent dans ce cas un espace vide, formé par le cul-de-sac du canal vulvoutérin , dont la cavité présente alors un plus grand diamètre qu’à l’état normal.
Dans le deuxième degré , qui constitue la descente proprement dite, ou le semi-prolapsus , la matrice qui se présente au milieu de la vulve, repose dans toute son étendue sur la paroi postérieure du vagin qui se trouve alors complètement obturé et dont le plus souvent les deux tiers supérieurs sont retournés sur eux mêmes, comme un doigt de gant refoulé par son sommet. L’utérus , dans la nouvelle situation qu il occupe, en suivant la direction de l’axe du détroit inférieur , a pris une position tout-à-fait dif— térente de celle qu’il affecte ordinairement.
La tumeur insolite qui fait saillie à l’entrée du vagin peut être facilement soulevée avec un doigt, mais elle retombe aussitôt qu’on cesse de la soutenir, si l utérus n a pas contracté des adhérences avec les pa-
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rois vaginales. On reconnaîtra facilement la nature de cette tumeur par la présence du museau de tanche et du col de l’utérus dont le pourtour est entouré par une sorte de bourrelet formé par les parois du canal vulvo-utérin. Si, en pratiquant le toucher avec le doigt indicateur d’une main, on porte en même temps la main restée libre sur l’hypogastre , on pourra, à moins que les parois abdominales ne soient trop épaisses, ce qui, dans cc cas, est très rare, on pourra , disons-nous , reconnaître non seulement le vide que laisse dans le bassin le déplacement de la matrice, mais encore par cela même il sera possible de distinguer le prolapsus utérin, de l’alongement du col qui , quelquefois , est très considérable.
La plupart des symptômes que les malades éprouvent dans les descentes, au second degré, sont déterminés , soit par la compression que la matrice exerce sur les parties voisines, particulièrement sur la vessie et le rectum, soit par les tiraillements qu’éprouvent les ligaments utérins. Ce qui ne laisse aucun doute à cet égard, c'est que tous les accidents diminuent avec le repos et surtout pendant la position horizontale, tandis qu’ils redoublent d’intensité lorsque les malades se lèvent et veulent marcher. Si le déplacement s’est fait lentement, les accidents qui en sont la suite sont moins graves que si le prolapsus s’est fait subitement. Dans ce dernier cas, il survient souvent des syncopes prolongées, des pertes
utérines abondantes, des douleurs vives dans le bassin, des vomissements et quelquefois même une péritonite intense ; dans le premier cas, au contraire, c’est-à-dire lorsque le prolapsus a eu lieu graduellement,on remarque rarement tous ces accidents, parce que les organes ayant quitté lentement leur situation naturelle, se sont en quelque sorte habitués à la position anormale où ils se trouvent.
Comme les phénomènes qui accompagnent la chute incomplète de la matrice au second degré, ne sont pas constamment les mêmes et peuvent varier, selon que la distension des ligaments utérins et la compression de la vessie et du rectum sont plus considérables, nous allons indiquer les symptômes qui se manifestent dans laplupartdes cas.
Les malades ne peuvent rester que difficilement > debout ou assises et ne trouvent de soulagement que dans la position horizontale. Elles éprouvent des ! douleurs vers les aines, les lombes et la région hypogastrique, et un sentiment de pesanteur vers l’anus, le périnée et la vulve; enfin elles sentent bien distinctement la présence d’une tumeur volumineuse qui au moindre effort, semble menacer de s’échapper de la vulve. Comme les femmes enceintes, elles sont sujettes à des inapétences, des nausées et même à ai des vomissements résultant de la connexion sympai thique de l’estomac avec l’utérus.
A ces symptômes, il faut encore ajouter la consti-
palion, la dysurieet même l’ischurie qui sont déterminées par la compression que la tumeur exerce de plus en plus sur la vessie et le rectum, à mesure que l’utérus descend dans le vagin. L’irritation que cet organe éprouve dans cette situation anormale et probablement aussi, l’obstacle que SGn déplacement apporte à la circulation utérine, donnent lieu souvent à une inflammation accompagnée de rougeur vive et de tuméfaction plus ou moins considérable.
La descente incomplète de l’utérus, présente souvent aux praticiens une certaine obscurité qu’il est impossible de dissiper entièrement sans avoir recours au toucher convenablement pratiqué et de la manière que nous allons indiquer. D’abord, il faudra examiner la femme debout, parce que le prolapsus est plus considérable que dans la position horizontale où il disparait souvent. Si la malade a l’habitude de se lever très tard, il faudra différer l’exploration de quelques heures et avoir soin de ne la tenter qu’après avoir fait vider le rectum et la vessie, parce que lorsque ces organes sont dilatés pas les excréments ou l’urine, la matrice, qui alors est plus ou moins comprimée , se trouve toujours plus procidente qu’elle ne l’est dans les conditions opposées. En tenant compte de toutes ces circonstances et en se rappelant ce que nous allons encore ajouter sur ce sujet, on reconnaîtra facilement une chute incomplète, et on pourra toujours la distinguer des autres
affections avec lesquelles on l a souvent confondue.
Parmi les lésions qui ont donné lieu à des erreurs de ce genre, ou peut citer, l’alongement du col, les tumeurs fongueuses développées sur cette organe, et surtout les polypes utérins parvenus dans le vagin par l’orifice de la matrice. On trouve dans les annales delà science, qu’après un examen peu attentif, des chirurgiens ; croyant enlever un polype développé dans la cavité ou sur le col de la matrice, ont extirpé complètement cet organe qui présentait un prolapsus au deuxième degré.
On évitera une semblable méprise, si on ne perd jamais de vue ce principe : que les tumeurs formées par la matrice procidente , sont plus dures et plus sensibles que les polypes et que d’ailleurs on trouve toujours à leur extrémité inférieure, le museau de tanche qu il est impossible de confondre avec une ouverture accidentelle qui se trouverait sur la surface du polype, parce que alors on ne pourrait y faire pénétrer une sonde aussi profondément que dans la cavité utérine. D’ailleurs la tumeur formée par un polype est toujours plus large à son extrémité inférieure , tandis que celle qui résulte d'un prolapsus au second degré présente un cône à base supérieure, et se trouve par conséquent plus étroite en bas qu’en haut.
Enfin pour achever de dissiper les doutes qui pourraient encore rester dans 1 esprit de lobservateur ,
il devra encore se rappeler que les polypes utérins sont irréductibles et ne permettent pas qu’on en tente la réduction sans causer des douleurs insupportables. Les matrices procidentes au deuxième degré sont au contraire en général facilement réductibles , et de plus, leur réduction procure toujours un grand soulagement aux malades.
Une chute incomplète de l’ utérus n est pas toujours un obstacle à la conception; nous avons donné des soins à une marchande ambulante de poissons , qui était devenue enceinte et qui est accouchée heureusement, malgré un prolapsus formant une tumeur saillante d’un pouce hors des grandes lèvres. Dans la position horizontale , la matrice de cette femme se réduisait en partie et rentrait de quinze à vingt lignes dans le vagin. La fécondation a pu même avoir lieu avec une chute presque complète ; mais dans ce cas, le coït s’est exercé directement dans l’utérus , à travers le musçau de tanche. Choppart rapporte, d’après Marignes, l’observation d’une fille, affectée depuis l’âge de quatorze ans , d’un prolapsus incomplet , qui augmenta insensiblement. Le mari de cette jeune personne fit pendant long-temps des efforts inutiles pour la rendre mère , et ne put y réussir qu’après être parvenu â dilater avec le pénis l'orifice utérin , de manière à consommer l’acte de la génération dans la cavité même de la matrice ; la grossesse suivit toutes ses phases sans accidents et sans occa-
sionner beaucoup d’incommodités. Cependant lors de l’accouchement, la dilatation ne se faisant pas suffisamment pour extraire l’enfant qui était mort , on pratiqua deux incisions opposées , et tout se passa ensuite sans accidents.
Plusieurs auteurs, entre autres Haller (1), d’après Kuhn, P. Portai (2) , M. Hanche (3) , ont rapporté des exemples de prolapsus utérins qui avaient eu lieu à différentes époques de la grossesse. Mauriceau (4), Paul Portai (5) , Brodmann (6) ont observé que des bystéroptoses incomplètes et réductibles , ayant disparu dans les premiers mois de la gestation , se sont reproduites plus tard , et môme au moment du travail. D’après les observations de Garin (7) et de Dncreuv (8) , le prolapsus semble avoir eu lieu sans procidence antérieure, et seulement à l’instant des contractions utérines déterminées par la parturition. Dans quelques cas, la matrice est restée jusqu’à l’accouchement partie dans la cavité pelvienne , partie
(1) Disputationes chirurg, select. Haller , tom. III, p. 587.
(2) Laprat. desaccouch. sout.d’un grand nombre d’observ. Observ. X.
(3) Maladies propres aux femmes, tom. I, page 85.
(4) Observ. sur la grossesse et l’accouch. Observ. VI.
(5) Loco. citât. Observ. X.
(6) Ephem. decur. II, an 3, page 568.
(7) Journal de méd. tom. IV, page 165.
(8) Mémoires de l’Acad. de chirurg. tom. Vïll, page 493.
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hors de la vulve. W agner ('1 ) et Choppart (2) citent chacun une observation de ce genre. Enfin , quelquefois le prolapsus s’est réduit spontanément aux approches du travail de l’enfantement, ainsi que le prouvent les faits publiés par Loder (3 J Saviard (4), Portai, (5) Choppart.
Lorsque lhystéroptose incomplète devient complète, alors tous les symptômes causés par la compression de la vessie et du rectum diminuent sur le champ , et bientôt l’expulsion de l’urine et des matières fécales a lieu sans difficultés. Cependant si les accidents disparaissent en partie, ils sont remplacés par l’accroissement d’intensité des phénomènes qui résultent du tiraillement et de la distension des ligaments péritonéaux et par une foule d’auires symptômes, que nous allons indiquer en parlant de la chute complète ou précipitation de l’utérus.
Dans ce troisième degré d’hystéroptose , tout le corps de la matrice a franchi la vulve, et l’organe entier, qui se présente mobile et suspendu entre les cuisses de la femme, a entraîné dans sa chute nonseulement une partie du vagin qui se retourne sur
(1) Biblioth. méd. tom. XIII, page n4.
(2) Traité des maladies des voies urinaires, tom. Il, 73.
(3) Journ. fur die cliirurg. Y. II, page i3.
(4) Mémoires de farad, de cliirurg. tom. III, et observ. ehirurg.
(5) Journal de méd. tom. XLV.
CHUXJi DE LA MATRICE. 21 5
lui-même; mais encore les annexes utérins , la vessie et une portion du rectum (1). Le déplacement de ces organes forme un cul-de-sac bientôt rempli par les intestins grêles , et donnant naissance à une autre tumeur plus ou moins volumineuse, qui s’oppose à la réduction de la matrice.
La saillie que cet prgane fait au dehors est quelquefois de six, huit ou même dix pouces (2) à son origine , et la tumeur qui en résulte est étranglée , ovoïde ou globuleuse , mais le plus souvent elle est conoïde , à hase large et remplissant tout l’orifice vulvaire dont les lèvres semblent s’alonger par la présence du corps étranger qui les tient continuellement béantes.
Quelle que soit la forme de l’utérus précipité , on aperçoit le col dont l’ouverture souvent très rétrécie (3), est arrondie ou sémilunaire, et laisse ordinai-
(1) Les autopsies et les observations publiées par Kçrc/cring ( spicilegium anat. Contin. observ. rariorum), Boehmer (in disput. chirurg. Haller , t. III, page 557), Kulm{ id. pag. 588), Rujrsch (Observ. anat. VII.) J. Cloquet ( Thèse de concours. Paris 1831), prouvent parfaitement que le vagin procident entraîné par la matrice, contient dans la poche qu’il forme, une partie ou la totalité des organes qui l’avoisinent.
(2) Mauriceau, Saviard, Ruisch , Hoiri, ont cité des observations de prolapsus complets qui formaient une tumeur se prolongeant jusqu’au delà de la partie moyenne des cuisses.
(3) Boehmer. Disput. chirurg. Haller tom. III, page 558. Orificium uteri ita angustum, ut vix, ac ne vix quidem, acù in cavitatem uteri penetrare poteruimus.
3l6 LÉSIONS DE SITUATION.
rement s’échapper un écoulement muqueux, et même le flux des règles aux époques de la menstruation.
Il arrive quelquefois que l’utérus ainsi déplacé, devient le siège de douleurs aiguës et d’hémorrhagies abondantes ; la tumeur qu’il forme étant tou jours baignée par les urines et irritée par le frottement continuel des cuisses et des vêtements pendant la marche, s’enflamme, se gonfle, s’excorie, et souvent même se gangrène en partie ou en totalité. D’autres fois la tumeur non réduite devient une maladie chronique , et la membrane interne du vagin qui la tapisse, exposée à un frottement continuel et au contact de l’air , prend l’aspect de la peau, de manière que la matrice précipitée a été prise pour un membre viril difforme et qu’on a regardé comme étant hermaphrodites des femmes qui présentaient un prolapsus avec tous les caractères que nous venons d’indiquer. Saviard , que son génie observateur portait à recueillir les faits les plus rares et les plus intéressants de son art, a donné, parmi ses observations mises en ordre par Devaux , l’histoire d’une fille de Toulouse, qui passait pour hermaphrodite et qui, selon lui n’avait qu’une chute complète de la matrice (IJ. Le célèbre chirurgien de Charles IX, le
(1) Cette jeune fille, appelée Marguerite Malaurc, avait été condamnée par les magistrats de Toulouse à porteries habits d’homme ; son sexe lui lut rendu par Saviard en réduisant la tumeur qui avait causé cette étrange méprise ; elle put alors
naïf Ambroise Paré , raconte qu’une femme , pour exciter la pitié et s’attirer des aumônes, avait simulé une chute de l’utérus, au moyen d’une vessie , demipleine de vent et barbouillée de sang , quelle fixait au moyen d’une éponge introduite dans le vagin.
Si les prolapsus de la matrice sont si rares chez les vierges et ne se rencontrent guère que chez des femmes qui ont eu des enfants, principalement celles qui ont accouché plusieurs fois, c’est que pendant la grossesse , les ligaments utérins s’alongent considérablement et ne reviennent que lentement à leur état normal après l’accouchement. En réfléchissant à cela, et en se rappelant d’ailleurs qu’après l’accouchement l’organe gestatcur est beaucoup plus volumineux , et par conséquent plus lourd que dans son état ordinaire , on comprendra pourquoi les déplacements de l’utérus sont si fréquents et si faciles dans les premiers jours qui suivent la parturition, surtout chez les femmes qui ont accouché debout ou qui se sont levées trop promptement.
Les causes prédisposantes des prolapsus de l’utérus sont : la capacité ou la brièveté congéniale du vagin ; les dimensions trop considérables du bassin, soit par son évasement , soit par défaut d’embon-
reprendre les habits de femme qu’on lui avait défendu de porter. Cette précipitation complète était probablement congéniale, car la jeune fille disait : « qu'elle ne s'était jamais connue autrement. » Le médecin Durai a fait une méprise du
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poiut , les grossesses répétées , les engorgements de l’utérus, les tumeurs squirrheuses, fibreuses ou stéatomateuses développées sur cet organe, ou sur le mont de Vénus, comme Wagner (1 ) en rapporte un exemple , l’abus du coït , la phlegmasie chronique et le relâchement naturel ou accidentel des expansions péritonéales , qui fixent la matrice au bassin , au rectum et à la vessie. Enfin une leucorrhée ancienne et abondante , un tempérament lymphatique, l’habitation dans un lieu bas et humide, et surtout un état subit ou habituel de maigreur, disposent aux prolapsus de la matrice.
Les causes occasionnelles ne sont pas moins nombreuses que les causes prédisposantes. Ainsi ces affections sont plus communes dans les classes inférieures de la société , où les femmes se tiennent plus long- temps debout , marchent plus fréquemment , et font de violents exercices peu de temps après leur accouchement. Les chutes sur les pieds , sur les fesses ou sur l’hypogastre , les pressions exercées sur
même genre, mais encore moins excusable, car la femme qui y avait donné lieu, appelée Marie Lemareis, n’était affectee que d’un prolapsus au deuxième degré.
(1) Biblioth. méd.,toin. XIII, page 1 14. Dans l’observation rapportée par Wagner , la matrice avait été entraînée parune tumeur énorme du mont de Vénus et avait cédé à une impulsion communiquée de haut en bas assez puissante pour faire céder la matrice, mais trop faible pour pouvoir s’enfoncer avec elle dans la cavité pelvienne.
l’abdomen par des vêtements trop étroits ou un corset trop serré , les efforts pénibles pour soulever un fardeau , ou porter long-temps sur le ventre comme le font à Paris les marchandes ambulantes , les secousses qu’imprime le cahotement d’une voiture mal suspendue , en un mot , tous les mouvements qui exigent une contraction forte et souvent répétée du diaphragme et des muscles abdominaux , tels que les efforts qui résultent de la défécation , du vomissement, de l’action de rendre l’urine, de tousser, d’éternuer, de chanter, enfin , la danse, la lutte , le saut, l’équitation , peuvent être autant de causes occasionnelles de l’affèction qui nous occupe.
L’avortement , les douleurs violentes de Tenfantement, surtout dans les accouchements debout , les tractions et les manœuvres imprudentes exercées sur la matrice pour extraire l’enfant , ou le placenta ; l’empressement que mettent les femmes à marcher après leur accouchement et avant que les ligaments utérins aient recouvré leur consistance normale toutes ces causes enfin, donnent souvent lieu aux divers degrés de procidence de l’utérus.
Abandonnée aux seuls efforts de la nature, l’hystéroptose peut devenir bientôt incurable , car elle tend toujours à faire de nouveaux progrès ; les chances de succès sont d’autant moins favorables, que la maladie est plus ancienne, l’abaissement plus considérable, et que dans l’ensemble des circonstances
se trouvent des conditions plus désavantageuses. Les suites de cette affection même complète, pourraient ne jamais compromettre la vie des femmes, s’il ne venait s’y joindre des complications qui souvent sont les effets et les causes de l’affection principale, et aggravent toujours le pronostic déjà si fâcheux par luimême. Ainsi , la chute et le relâchement du vagin , la conformation vicieuse de la cavité pelvienne, l’hydropisie, l’état de marasme, la présence d'un squirrhe sur le col ou de plusieurs polypes dans l’utérus , celle d’un enfant dans ce même organe , ou d’un calcul dans la vessie, sont autant de complications qui changent les indications, toujours au désavantage des malades et qui peuvent leur devenir funestes , non seulement en s’opposant à la réduction du prolapsus , mais encore en nécessitant certaines opérations et des soins particuliers dont nous aurons bientôt à nous occuper.
A ces cas malheureux qui sont presque toujours au-dessus des ressources de l’art, et dont le praticien est forcé à devenir le triste et impuissant spectateur, on n’oppose -que des moyens palliatifs, et de faibles modificateurs qui n’apportent le plus souvent que très peu de soulagement.
Le traitement de l hystèroptose offre deux indications principales à remplir : la première est de remettre l’organe dans sa position naturelle; la se-
conde est de s’opposer à ce qu’il ne se déplace de nouveau.
En général, il est facile de rendre sa situation normale à la matrice procidente au premier ou second degré, exempt de complication. 11 suffit pour cela de faire coucher la malade sur le dos , de manière à ce que le bassin soit plus élevé que la poitrine et que les muscles abdominaux soient dans le plusgrand relâchement possible. L’organe gestateur prend alors sa position ordinaire, et la réduction se fait encore plus facilement, si on a le soin de porter un ou deux doigts dans le vagin , de manière à refouler doucement le col utérin dans la cavité pelvienne.
Lorsqu’après la réduction; il ne reste plus de traces d’inflammation, il est souvent utile, pour obtenir une cure radicale, de prescrire des injections astringentes, employées à froid, et faites deux ou trois fois par jour, soit avec de l’eau végéto-minérale , ou avec une solution de deux gros de sulfate d’alumine, pour une livre d’eau; soit avec une décoction de quinquina, de racines de grande consoude, de bistorte, de tormentille, d’écorce de grenade, ou toute autre substance astringente. Les bains de rivière en été, les douches et les injections sulfureuses seront plus tard employés comme des moyens propres à consolider la guérison.
Ordinairement, le simple abaissement de la matrice , ou le prolapsus au premier degré , ne causant
que peu d’incommodités, il en résulte que les femmes, qui d’ailleurs y sont portées par un sentiment de pudeur naturel mais non raisonné, n’osent se confier à un médecin , et laissent à la nature le soin de les guérir d'une infirmité dont elles ne connaissent pas les fâcheuses conséquences. Mais comme les désordres survenus dans l’économie tendent à faire des progrès , le mal s’aggrave , les souffrances augmentent tous les jôurs, et l’on voit un simple abaissement devenir bientôt une descente proprement dite, et celle-ci présenter à son tour tous les caractères allarmants d’un prolapsus complet.
Il est des femmes qui gardent cette dégoûtante et pénible infirmité pendant de longues années et qui même parviennent à un âge. très avancé; sans éprouver des accidents bien graves; il en est d’autres chez qui la réduction de l’utérus ne peut être faite, soit parce que ce viscère a contracté des adhérences , ou contient dans sa cavité un fœtus de plusieurs mois, soit parce qu’il présente d’autres obstacles insurmontables ou du moins susceptibles de faire développer des accidents capables de donner promptement la mort. Nous indiquerons bientôt le moyen à employer dans les cas rares et malheureux où toutes les tentatives de réduction sont infructueuses.
Pour obtenir la réduction de l'hystéroptose complète, on éprouve toujours beaucoup plus de diili-
culte que dans le premier et le second degré de prolapsus utérin.
Avant de procéder à la réduction de la matrice sortie en totalité de la vulve , il faut faire uriner la malade, ou vider la vessie au moyen du cathétérisme, et le rectum à l’aide d’un lavement. Si , comme il arrive souvent, la tumeur utérine est douloureuse et irritée par l’action de l’air , de l’urine, ou par le frottement, on appliquera sur la partie, des cataplasmes émollients , et on combattra le gonflement au moyen des remèdes généraux, tels que les fomentations , les bains, les saignées, la diète, les boissons délayantes, un régime adoucissant , les laxatifs, etc. Ces moyens seront surtout indiqués dans les cas de chute ancienne de l’utérus.
Lorsqu’on aura ramené les parties dans des conditions plus favorables à la réduction , on fera prendre à la femme une position encore plus déclive que celle déjà indiquée pour les chutes incomplètes ; puis le chirurgien, après avoir eu la précaution d'oindre d’huile ou de cérat ses doigts et la tumeur meme, saisira cette dernière de la main droite , et en lui faisant exécuter quelques légers mouvements de rotation , d’abaissement et d’élévation , la refoulera dans l’intérieur du bassin, ensuivant l’axe du détroit inférieur, pendant que les doigts de la main gauche seront placés vers les grandes lèvres, pour faciliter la rentrée des parties.
Aussitôt que la portion supérieure de la matrice qui présente le plus grand diamètre , a franchi la vulve , le reste de l’organe rentre facilement et va bientôt, en l’aidant un peu, reprendre sa position naturelle.
Si malgré les moyens indiqués plus haut, le volume de la tumeur, augmenté par son état d’inflammation, l’épaississement des tissus ou une infiltration, semblaient en rendre trop difficile la réduction, il faudrait suspendre toutes tentatives qui tendraient à l’opérer , et attendre , pour en essayer de nouvelles , d’avoir eu non-seulement recours à la position horizontale prolongée , mais encore à tous les agents thérapeutiques propres à combattre les complications. Lorsqu’on aura obtenu un peu d’amélioration et une diminution notable de la sensibilité et du volume de la tumeur , alors seulement on devra faire de nouvelles tentatives pour opérer la réduction. Si pour obtenir cet heureux résultat on éprouvait encore de grandes difficultés , ou si l’on craignait de déterminer par des manoeuvres trop prolongées, une inflammation qui pourrait avoir des suites plus fâcheuses que celles du prolapsus complet , il faudrait renoncer à la réduction et se contenter d’un traitement palliatif.
On ne doit cependant pas renoncer facilement à l’espoir de réduire les hysteroptoses les plus considérables et même les plus anciennes. Saviard par-
vint à opérer la réduction de celle de Marguerite Malaure , qui était congéniale. Plusieurs autres chirurgiens cités par Sabatier (1), entre autres Mauri ~ ceau , Saviard , Hoin, Leblanc, ont réduit des prolapsus effrayants, dont le volume avait d’abord diminué, au moyen du repos prolongé , de la diète, des bains, de la saignée, des émollients, etc. Le docteur Léveillé , et après lui le docteur Bobe-Moreau ( bull, de la fac. de méd. 1 81 5, n° 4. ), ont rendu réductible un prolapsus ancien , au moyen de la compression exercée par un bandage' en doloire. Cependant nous rappelons encore le conseil que nous avons déjà donné, qu'il ne faut pas insister sur des tentatives de réduction, si l’on rencontrait trop d’obstacles ; il est arrivé que des manœuvres imprudentes et inconsidérées ont déterminé des maladies mortelles, telles que la péritonite et la métrite aiguës (nouvelle bibl. méd. deuxième année, tom. IV, p. 215).
Lorsqu’après l’emploi préliminaire des moyens indiqués plus haut, des tentatives réitérées auront rendu évidente l’impossibilité de faire rentrer l’utérus , on devra alors se borner à soutenir la tumeur avec un suspensoir convenable qu’il faudra oindre de
(1) Sabalier dans les Mémoires de l’academie de chirurgie, tom. III, page 373, dit « qu’il n’est aucune précipitation de la matrice qu’on ne puisse parvenir à faire rentrer, quel qu’en soit le volume -, mais cet habile praticien ajoute qu’il est souvent impossible de la maintenir.
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cérat , afin de diminuer le mauvais effet du frottement de la toile.
Pour obvier peut-être encore mieux à cet inconvénient, nous avons conseillé et fait employer avec avantage une sorte de bandage doublé de taffetas gommé, dont la surface, très lisse et mise en contact avec la tumeur , non-seulement détermine moins de frottement que le linge le plus fin, mais encore peut se nettoyer plusieurs fois dans la journée, et déplus étant imperméable , s’oppose à ce que l’urine ne baigne continuellement la matrice et n’y détermine des excoriations douloureuses. Pour avoir une idée assez exacte de ce suspensoir utérin, nous renvoyons nos lecteurs au dessin que nous en donnons à la fin de cet ouvrage.
Lorsque la précipitation de la matrice surviendra à une époque avancée de la grossesse , cet état ne devra pas empêcher le chirurgien de tenter la réduction , qui est quelquefois assez facile dans un terme peu avancé et surtout lorsqu’on opère sans perdre de temps. Comme avant de commencer aucune tentative on doit , ainsi que nous l’avons dit , faire vider le rectum et la vessie , nous devons rappeler ici que l’introduction de la sonde n’esi pas toujours facile , à cause du dérangement survenu dans la position naturelle de la vessie et du canal de l’urètre. Il est môme des cas où les sondes de femme ne pouvant convenir, il faut recourir aux sondes d’hommes , in-
troduites en les rapprochant de l’hypogaslrc , du côté de leur concavité.
Dans le cas où la grossesse serait très avancée , la maladie déjà ancienne et la réduction devenue très difficile, il serait prudent d’abandonner toute tentative nuisible alors à la mère et à son enfant (1). On se contentera donc de soutenir l’utérus au moyen du suspensoir que nous venons d’indiquer , et on fera garder le lit et la position horizontale. La gestation étant arrivée à son terme, on facilitera la sortie du fœtus en dilatant peu à peu l’orifice , et on procédera aussitôt à l’extraction du placenta, en portant la main dans la matrice pour le décoler et non en tirant sur le cordon. La réduction se fait d’autant plus facilement que l’utérus a diminué de volume d’une manière subite , et que ses contractions vives et réitérées resserrent beaucoup ses parois.
Si la précipitation utérine survenait pendant le travail de la parturition , il serait également dangereux de tenter la réduction , mais on devrait tâcher de bâter la sortie de l’enfant en dilatant le museau
(i) Mauriceau, (Observ. 67 et 95), a opéré la réduction au terme de quatre et de cinq mois, et Giroud est parvenu au même résultat dix jours seulement avant l’accouchement (M. Dugès et Mme lioivin ) . M. Capuron ( Maladies des femmes, page 301), a prouvé que la matrice peut cesser d’être réductible après les premiers mois de la gestation et que la gêne qui résulte de cette irréductibilité peut amener l’avortement.
de tanche et en soutenant l’organe procident. L’extraction du placenta sera faite comme nous l’avons indiquée , c’est-à-dire , en introduisant une main dans la matrice , et en agissant de la circonférence au centre. Après l’expulsion du fœtus , la réduction se fait ordinairement avec facilité.
Avant de terminer ce que nous avions à dire du
prolapsus chez les femmes enceintes , nous devons
ajouter que cette affection leur occasionne presque
toujours une rétention d'urine , à laquelle on remédie en portant un doigt derrière la svmphise pubienne , afin d’écarter le corps de la matrice et faire cesser la pression qu’il exerce sur le col de la vessie et le canal de l’urètre. 11 sera bon d’indiquer ce moyen de soulagement aux femmes sujettes à celte incommodité ; elles le mettront en pratique jusqu’à l’époque où l’utérus aura acquis assez de développement pour se maintenir au-dessus du détroit, ce qui a lieu ordinairement après le quatrième ou le cinquième mois.
A quelque époque que la réduction de la tumeur soit opérée, il reste une indication essentielle à remplir, c’est de s’opposer à sa sortie au moyen de tampons et de pessaires de nature diverse et variés dans leur forme , leurs dimensions et leur substance.
Ces instruments sustenta teurs ne sont pas absolument nécessaires quand l’affection est récente et a eu lieu brusquement, mais ils sont lé plus souvent in-
DES PESSAIRES ET DE LEURS VARIETES, 22g
dispensables lorsque le prolapsus est ancien et la tumeur volumineuse.