‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 73 sur 102 · DES PESSAIR.ES ET DE LEURS VARIETES · texte numérisé non relu

DES PESSAIR.ES ET DE LEURS VARIETES

On donne le nom de pessaire (1) à des instruments destinés à être placés dans le vagin , soit pour maintenir réduites les hernies formées à travers les parois de ce canal, ou pour empêcher la chute et le renversement de l’organe lui-même, soit aussi, ce qui a lieu le plus souvent, pour prévenir le prolapsus et les déviations de l’utérus.

L’usage des pessaires dans les déplacements des organes génito-urinaires, remonte à la plus haute antiquité ; les Egyptiens , les Grecs , les Romains , les Arabes et tous les médecins anciens sans excepter Hippocrate , en faisaient un usage beaucoup plus fréquent que nous, parce qu’ils les employaient nonseulement comme moyens mécaniques et chirurgicaux, mais encore comme des médicaments topiques, qu'ils variaient selon l’affection qu’ils voulaient combattre ; ainsi ils en fabriquaient d’émollients, de toniques d’astringents, d’emménagogues, d'antihémorrhagiques , etc. , d’après l’indication qu’ils avaient à remplir.

L’usage des pessaires comme médicaments topiques est depuis long - temps presqu’entièrement

(1) Du {jrec 7Tc7(70<;, tiré du verbe ir£<T<jetv, ramollir , retenir , tenir en place.

2^0 LÉS f O NS DK SITÜATION.

tombé , et ces instruments ne s’emploient plus de nos jours, ainsi que nous venons de le dire, que pour remédier aux déplacements et aux déviations des organes génitaux urinaires de la femme.

Les anciens faisaient leurs pessaires avec diverses substances , telles que la laine , les feuilles des plantes , la charpie ou le linge roulé , qu’ils entouraient d’un long fil pour les retirer après les avoir introduits. Plus tard on a substitué à ces substances des gommes, des résines, de la cire, qu’on amollissait pour leur donner la forme la plus convenable. Les Arabes, entre autres Albucasis (1), se servaient, pour tenir réduite la matrice , d’une petite vessie de brebis remplie d’air , ou d’une matière appelée coto ( impleatur coto), et laissée dans le vagin jusqu’à parfaite guérison. Le professeur Osiander , dans son Compendium des accouchements , conseille, à l’imitation des Arabes et d 1 Apsyrie, d’introduire dans le vagin un petit sachet de toile fine , préliminairement rempli de tan et trempé dans du gros vin.

D’autres auteurs ont prescrit l’introduction dans le vagin d’une éponge fine , cylindrique ou ovalaire, enduite d’un corps gras et soutenue par un bandage. On a confectionné ensuite des pessaires plus solides, dont la matière varie à l’infini ; ainsi on a tour à tour employé les bois légers, tels que le tilleul et le liège ;

(1) Albucasis , lib. III, cap. XIX. Quando frangitur vulva ynulieris.

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les bois durs , tels que le sorbier et le buis ; les substances animales , entre autres la corne , l’ivoire , la cire , le cuir ; enfin les métaux , particulièrement l’or, l’argent , le cuivre , le plomb, l’étain.

Ne trouvant pas dans chacune de ces substances prises séparément , les conditions nécessaires pour avoir de bons pessaires , on a cherché à les associer les unes aux autres. Le liège, par exemple (1), avait l’avantage d’être léger , élastique et résistant , mais il offrait l’inconvénient d’être trop poreux , et de s’imbiber des mucosités et des autres fluides qui découlent des parties dans lesquelles ils se trouvait placé ou simplement en contact. Cet inconvénient était d’autant plus grand , que les humeurs retenues dans les interstices du liège se putréfiaient rapidement et ne tardaient pas à donner naissance à une odeur repoussante et à une foule d’accidents plus ou moins fâcheux. Roussel ( de partû cœsareo ) , rapporte qu’une femme à qui il donnait des soins pour une inflammation de la vessie et de la matrice, ne vit disparaître ses douleurs et tous les symptômes morbides qu’elle éprouvait , qu’après la sortie spontanée par le vagin de plusieurs morceaux de liège pourri , qui

(1) C’est surtout du temps de Lcvrct que les pessaires en lie'ge avaient pris vogue. Ce célèbre praticien, non-seulement leur prodigua de grands éloges et les préféra à tous les autres, mais encore décrivit fort au long la manière de les confectionner dans un mémoire publié dans le tome XXXIV, page 428 de l’ancien journal de médecine.

23a LÉSIONS DE SITUATION.

étaient les débris d’un ancien pessaire , qui avait été placé dix-huit ans auparavant. Sabatier ( Mémoires de l’académie de chirurg., tome III), dit que M. Grammont fit part à l’Académie de l’observation d'une dame, qu’il traita comme étant affectée d’une fièvre putride et d’une inflammation du bas-ventre , causées par un pessaire en liège qui s’était pourri dans le vagin. Delamotte (1 ) rapporte également que pour soulager les douleurs atroces d’une dame qui portait un pessaire de liège depuis trois ans, il fut contraint, pour en faire l’extraction, de se servir d’instruments et de tirer de toutes ses forces. Cet auteur ajoute qu’il ne reconnut la cause de cette difficulté qu’après avoir retiré le pessaire qui était pétrifié , « de ma- » nière qu’il n’y avait aucune différence entre ce » pessaire et une véritable pierre extraite de la ves- » sie, qui aurait été d’une grosseur extraordinaire.»

Afin de s’opposer le plus possible à l’imbibition des fluides , on a induit les pessaires de liège d’une couche assez épaisse de cire vierge , ce qui effectivement diminuait un peu leurs désavantages et retardait un peu leur altération. C’est également pour les mêmes motifs qu’on a recouvert les pessaires de bois de tilleul d’un verni plus ou moins résistant.

L’ivoire et les bois durs étant trop lourds , blessent les parties par leur dureté- et ne sont plus era-

(1) Mém. del’acad. de chirurg. Tom. II.

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