DES PRINCIPAUX PESSAIRES ET DE LEUR APPLICA- TION EN PARTICULIER
Quelle que soit l’espèce de pessaire qu’on ait choisie pour maintenir en place la matrice ou le vagin dont on a opéré la réduction , leur application doit être en général soumise aux règles suivantes.
Après avoir fait évacuer le rectum au moyen d’un lavement et la vessie , en faisant uriner la malade , cette dernière se couchera sur le dos, les fesses élevées , les cuisses écartées , les jambes un peu fléchies , et les pieds fixés sur son lit. Alors le chirurgien introduira dans la vulve le pessaire enduit de cérat ou d’huile en ayant soin de le présenter de champ dans le sens de son plus petit diamètre et de la longueur de l’orifice vaginal, et en le faisant passer le plus près possible de la commissure inférieure des grandes lèvres ; puis poussant l instrument avec précaution de bas en haut et d’arrière en avant , il le fera parvenir à la hauteur qu’il doit occuper , il lui donnera la direction qui lui convient, en agissant de telle sorte que le museau de tanche corresponde toujours à l’ouverture centrale.
Afin que le col de la matrice puisse mieux s’adap-
ter à la concavité du pessaire , l’opérateur , en ayant toutefois la précaution de maintenir ce dernier au moyen d’un doigt resté dans le vagin, invitera la femme à se lever sur son séant, et l’aidant à le faire avec sa main restée libre , lui dira de tousser et de marcher pendant quelques instants. Après cette épreuve qui donnera l’assurance que le pessaire est bien placé et ne blesse pas la malade , celle-ci devra se remettre au lit et garder la position horizontale pendant quelques jours, puis elle fera bien, avant de se lever tout-à fait, de rester encore quelque temps assise sur une chaise longue , et d’éviter, autant que possible, de se livrer à aucun mouvement trop brusque.
Les pessaires ronds et les pessaires à cuvettes sont aplatis sur leurs faces et présentent à leur centre une dépression bien marquée et une ouverture centrale qui doit correspondre avec le museau de tanche. Les pessaires à cuvette ne diffèrent des pessaires ronds proprement dits que parce que les premiers présentent à leur centre une face concave d’un côté et de l’autre une face convexe. Ces deux espèces de pessaires, qu’on a long-temps fabriqués avec du liège recouvert d’une couche de cire ou avec du buis, ne se font presque plus aujourd’hui qu’avec de la gomme élastique. X’our les placer, on les porte de champ le plus avant possible dans le vagin et on les renverse ensuite de manière à tourner leurs faces et leurs ouvertures dans le sens de l’orifice utérin. Pour
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opérer ce dernier mouvement , on introduit le bout de l’index de la main droite dans le trou du pessaire, ou bien avant de l’introduire, ce qui est préférable, on fixe un petit ruban , au moyen d’un nœud , sur le bord le plus étroit qui doi,t pénétrer le premier dans le canal vulvo-utérin, puis lorsque l’instrument est arrivé au niveau du col , on tire le petit cordon de la main gauche, tandis que deux doigts de l’autre main soutiennent le bord opposé.
On devra laisser ce petit ruban dans le vagin, afin d’extraire plus facilement le pessaire, lorsqu’on voudra le nettoyer ou le remplacer ou lorsque les parties génitales réclameront des soins de propreté. On devrait néanmoins le couper s’il occasionnait de la gêne ou de l’irritation.
Les pessaires ovales qui ne different des ronds que par leur forme, ont l’inconvénient de se déplacer facilement et de trop distendre dans le sens transversal , la partie supérieure du vagin , ce qui rend leur usage très douloureux et insupportable pour quelques femmes. Ils s’introduisent dans le sens de leur longueur , en inclinant un peu à gauche pour éviter la compression de l’urètre, puis pour les placer horizontalement, on leiar fait faire un mouvement de bascule, au moyen d’un cordonnet attaché à l’extrémité qui pénètre la première , et en soulevant le côté opposé avec le doigt indicateur de l’autre main.
Les pessaires ovoïdes ou à grains de chapelet ont
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à peu près la forme et le volume d’un petit œuf de dinde et présentent à leur centre une ouverture qui se prolonge verticalement dans toute leur longueur. Ces pessaires, qui ne sont employés que par les chirurgiens anglais et américains, ont l’inconvénient de se déplacer au moindre effort que font les personnes qui s’en servent; du reste, leur introduction est très facile.
Les pessaires en girnblelle ou à anneau sont larges, épais , à bords arrondis , et représentent un disque percé à son centre d’un trou évasé vers les deux faces, principalement vers celle qui doit être en rapport immédiatavec le museau de tanche. Ces pessaires, qui ont de nombreux inconvénients que nous signalerons bientôt , s’introduisent de champ , d’après les principes que nous avons indiqués plus haut en parlant des pessaires ronds.
Les pessaires en 8 de chiffre , inventés par Bruninghausen, sont échancrés sur leurs bords antérieur et postérieur, dans le but de gêner moins le rectum et la vessie, mais ils ont l’inconvénient de se déplacer plus facilement que les pessaires à anneau qui dilatent uniformément le vagin où ils se forment un enfoncement circulaire qui les empêche de se déranger. On les introduit à peu près de la même manière et d’après les mêmes règles que les pessaires ovales.
Les pessaires à tige ou en bilboquet dont l’emploi parait principalement indiqué après la réduction
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d’une précipitation complète de l’utérus , sont ordinairement. en buis ou en ivoire, ou mieux encore en gomme élastique ; ils présentent à leur extrémité utérine une cuvette circulaire , dont le bord épais et arrondi ressemble à celui d’un pessaire à gimblette et dont le fond est percé de trois larges ouvertures. A la face convexe de la cuvette se trouve fixée par trois racines une tige droite qui est percée à son extrémité vulvaire , de manière à donner passage à des rubans qui soutiennent et fixent l'instrument en les attachant à une ceinture ou à un bandage en T que la femme ne doit pas quitter.
Le pessaire à bilboquet, inventé dans le siècle dernier par le chirurgien Suret, a été modifié de diverses manières par plusieurs chirurgiens , entre autres F. Baulieu, Saviard, Preuner, Bauhin, Zeller, Désonneaux , MM. Recamier , Villermè , Gui/Ion , Deleau, etc.; celui de Baulieu est composé d’un cercle d’argent soutenu par une espèce de fourche à trois branches; celui de Saviard qui est en acier consiste en un ressort dont une des extrémités était surmontée d’un petit ressort et se recourbait dans le vagin , tandis que l’extrémité libre était fixée à une ceinture. Le professeur Boyer employait un ressort de ce genre surmonté d’une éponge pour maintenir dans sa position normale un utérus précipité, surtout lorsque les pessaires ordinaires déterminent trop d’irritation et de douleur,
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Pour rendre la tige plus élastique du haut en bas, JVL Reçarnier a eu l’idée de la former au moyen d’un ressort en boudin convenablement revêtu. M. le professeur Dugès voudrait que cette tige fut oblique sur le plan de la cuvette, comme le vagin qu’elle traverse l’est par rapport au col de l’utérus.
Le pessaire de Bauliin était composé d’un cercle d’argent assez petit, foiTnant une sorte de bourrelet épais, supporté par une tige à trois branches et percé d’un troua son centre. Celui deM. Billermè, fondé sur le principe de celui de Saviard, consiste dans une longue arcade dont la concavité embrasse la moitié antérieure du bassin, et dans une sorte de crochet dont la queue fixée sur l’hypogastre permet à la tête engagée dans le vagin de soutenir ou de suspendre toute la matrice. Notre collègue le Dr Deleau à qui la science est redevable d importants perfectionnements , a également fait confectionner un pessaire qui réunit les bilboquets et les gimblettes. Cet instrument ingénieux est composé d’un ressort contourné en spirale et recou vert de caoutchout dont le premier anneau du sommet est fixe, tandis que le dernier de sa base reste libre, pour qu’il puisse être resserré ou aggrandi selon le besoin. Quand on veut le mettre en place on réduit plus ou moins le cercle de la base, puis on le monte sur la tête d’une sorte de goupillon; étant abandonné ensuite à lui-même, la pointe en haut dans le vagin, il s'accommode très bien aux di-
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mensions de l’organe sans qu’on ait la crainte de le voir se déplacer. Le Docteur Guillon a également modifié le pessaire à tige, en réunissant celui en bilboquet à celui de liège au moyen d’une tige creuse en forme de vis, qui sert à soulever la matrice à volonté.
Pour placer le pessaire à bilboquet, il faut le présenter du côté de sa cupule, qui pénétrera dans le vagin petit à petit et en même temps que Ton redressera la tige de l’instrument. Lorsque ce dernier sera parvenu à la place qu’il doit occuper, on l’abandonnera dans les parties et on le fixera au moyen d’un bandageleu T, comme nous l’avons indiqué plus haut.
Nous ferons connaître bientôt les inconvénients des pessaires à bilboquets qui, restant rarement au centre du vagin , basculent et vont heurter et même perforer quelquefois les parois de ce canal avec leur tige. Le docteur Laroche a fait l’extraction d’un pessaire de cette espèce , qui s’était placé en travers et dont la tige avait pénétré dans la vessie, et la cuvette dans le rectum. Cette dernière était devenue le noyau d'une concrétion stercorale formée de cristaux volumineux qui lui adhéraient, et la tige s’était recouverte dans la vessie d’une concrétion calculeuse d’acide urique.
Les pessaires en bondon, ou conoïdcs sont ordinairement faits de caoutchouc et ont en général la forme d’un cône creux alongé, à sommet tronqué, disposé en
cupule et percé de part en part d’une cavité centrale dont la base est destinée à recevoir le col utérin , tandis que le sommet est maintenu par des liens attachés à une ceinture. Ces pessaires, qui sont'surtout employés dans les cas de prolapsus du vagin persistant quoique la matrice ait été réduite, se mettent en place en les faisant pénétrer par leur base que l’on comprime avec les doigts de manière à donner à l’instrument une forme oblongue accommodée à celle de la vulve. Ils ont en général l'inconvénient d’être lourds et d’avoir des bords tranchants et minces qui blessent les parties sur lesquelles ils s’appliquent.
Le professeur Jules Cloquet a inventé une sorte de pessaire , désigné sous le nom d'élytroide. et ayant une forme qui s’accommode aussi bien que possible à celle du vagin; les pessaires élytroïdessont faits en tissu vernissé ou en caoutchouc ; ils sont tubuleux, aplatis d’avant en arrière et recourbés suivant leur longueur, de manière à présenter postérieurement une convexité qui doit correspondre à la concavité du rectum et offrir antérieurement une concavité s’adaptant à la surface convexe de la vessie. L’extrémité supérieure de ces instruments présente une cuvette d’évasement ovale disposée en travers ; ils sont percés à leur centre d’une ouverture étroite qui se communique dans toute leur longueur pour faciliter l’écoulement des règles et des mucosités. Enfin leur extrémité inférieure ou vulvaire se termine sur les côtés par un angle arrondi qui
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prend un point d’appui sur les parties latérales du vagin un peu au-dessus des grandes lèvres. Ces pessaires qui ont l’avantage de se mouler en quelque sorte sur le vagin , soutiennent parfaitement la matrice et tous les antres organes qui l’avoisinent, mais étant très-lourds, ils fatiguent quelquefois beaucoup les femmes qui les emploient. Ils ont encore l’inconvénient, qui d’ailleurs est commun à tous les autres pessaires tubuleux, de pouvoir nuire à l’écoulement des règles, parce que souvent le sang qui traverse leur cavité centrale s’y coagule et la remplit. Du reste, le pessaire élytroïde de M. Cloquet a la plus grande analogie avec celui que Smelie a fait graver dans la planche XXXVIII de son traité d’accouchement.
Pour introduire les pessaires élytroïdes, leur inventeur, M. Cloquet, donne pour précepte de présenter leur cuvette à l’orifice du vagin, de telle sorte due leur face postérieure ou convexe corresponde à la cuisse gauche de la malade, et leur face antérieure ou concave à la cuisse droite : on pousse ensuite peu à peu l’instrument; et lorsque son extrémité inférieure a franchi l’orifice vaginal, on introduit le doigt indicateur de la main droite dans le canal du pessaire, et avec l’index de la main gauche on lui fait éprouver sur lui-même un quart de rotation, qui dirige sa face concave en avant et sa face convexe en arrière.
Enfin, depuis peu, le docteur Brouard a inventé
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un nouveau pessaire à liges latérales et divergentes qui se compose :
1° D’un anneau en ivoire ou en ébène d’un diamètre de 18 à 20 lignes.
2° De deux branches en argent ou de tout autre métal d’une largeur de 21 lignes. Ces branches sont fixées à la face inférieure de l’anneau et se terminent par deux boutons en ivoire. Selon son auteur, ce pessaire qui est très-facile à placer et à enlever, diffère essentiellement de tous les autres par son volume, son point d’appui et par sa manœuvre. En effet, l’anneau d’un volume médiocre est dJune introduction plus facile et bien moins douloureuse qu’avec les autres pessaires. Le point d'appui n’est pas pris au moyen de la circonférence de l’anneau dans la partie supérieure du vagin; mais ce sont les branches élastiques qui par leur écartement prennent ce point d’appui à la partie inférieure des parois latérales de ce conduit.
Si cet instrument réunit réellement tous les avantages qu’indique son auteur, nous ne doutons pas que son emploi ne soit généralement répandu, du moins pour soutenir les matrices procidentes. Du reste il ne pourra jamais remplacer les pessaires cylindriques dans les différentes hernies vaginales.
CHOIX DES PESSAIRES.