‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 2)Chapitre 91 sur 102 · DE LA HERNIE DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

DE LA HERNIE DE L’OVAIRE

Soranus d’Éphèse, surnommé le second pour le distinguer de l’autre Soranus de la secte des méthodistes , est le premier auteur qui ait fait mention de la hernie de l’ovaire dans son traité des maladies des femmes dont Adrien Turnebe a publié un fragment imprimé sous ce titre, de utero et muliebri pudendo îibellus et dont Oribase et Aelius , ont aussi donné

quelques extraits : en décrivant une espèce de hernie qu’il regarde comme très extraordinaire, il dit : « que les intestins étaient descendus jusque dans les grandes lèvres ou, selon son expression, dans le scrotum, précèdes des ovaires » (1 ) , Verdier (2) , en a trouvé un second exemple quinze siècles après Soranus ; Haller (3), a fait connaître le troisième, Percival Pool. (4), le quatrième, et c’est seulement depuis la description qu’en a donnée ce célèbre chirurgien anglais que les praticiens ont admis cette espèce de hernie qui a fourni à M. Deneux le sujet d’une excellente monographie.

L’ovaire a six espèces de hernies : 1° l’inguinale, observée par Soranus , Verdier, Haller , Percival- Poot, Lassus , Babin, Desaull Lnllemenl , Rougemont, Bessière, Billard , 2° la crurale, constatée par MM. Murat, Deneux, 3° l’ischiatique , par Camper et Papen , 4° l’ombilicale par Camper , 5° la ventrale, par Ruisch, Stein , Lauverjat , 6° enfin, la vaginale ou vagino-rectale , signalée par Révérant Home , MM. Roux ; Barret , Dugès , madame Boivin et quelques autres auteurs.

La plupart des hernies ovariques se rencontrent d’un seul côté ou des deux côtés à la fois. Verdier ,

(1) Oribase. cap. XXXI et XXXII , lib. XXIV.

(2) Mémoires de l’académie de chirurgie, l. 11.

(3) Ilerniarum adnotaliones crit. in opusc. patliol.

(4) Med. observ. and inquiries. Works, tom. II I.

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Lassus, MM. Deneux et Billard ont prouvé que si le plus souvent elles étaient accidentelles, elles pouvaient aussi être congéniales; dans quelques cas elles sont formées par l’ovaire seul, et dans d’autres plus fréquents , cet organe est accompagné de la matrice , des intestins et presque toujours de la trompe.

Les causes prédisposantes des hernies de l’ovaire , sont l’hydropi&ie ascite, l’amaigrissement, subit, l’usage immodéré des boissons relâchantes des aliments gras et huileux, l’habitation des climats humides, l’existence du canal de Nucli, les différents déplacements de la matrice. Pendant l’enfance l’étroitesse du petit bassin , la forme droite, alongée et la surface lisse des ovaires, enfin la situation de ces organes au-devant des psoas et presque vis-à-vis l’ouverture inférieure des parois abdominales.

Les causes occasionnelles des hernies ovariques sont en général toutes celles des autres hernies , mais principalement chez les adultes, la compression circulaire exercée immédiatement au-dessus des hanches, soit au moyen d’une ceinture, soit avec un corset mal fait; le développement de la matrice , et de l’ovaire résultant d’un état pathologique, les plaies et les abcès sur les régions hypogastriques et inguinales; chez les jeunes sujets, les cris aigus , et long-temps prolongés , l’application peu méthodique d’un bandage destiné à soutenir l’ombilic dans les

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premiers temps de la naissance, enfin, tous les efforts qui sont les causes efficientes des autres déplacements des viscères contenus dans la cavité pelvienne.

Le diagnostic de la hernie de l’ovaire présente quelquefois de l’obscurité, et les signes au moyen desquels on la reconnaît, peuvent éprouver des modifications variables suivant que l’organe est affecté d’inflammation, d’adhérences, de tuméfaction, de squirrhe , d’hydropisie ; qu’il contient des hydatides ou qu’il présente tout autre état pathologique susceptible de changer la configuration de la tumeur ainsi que la forme et la structure de l’organe. Malgré les modifications que toutes ces circonstances apportent dans les signes caractéristiques de la hernie de l’ovaire , on pourra avec un peu d’attention , la distinguer assez bien, des tumeurs glanduleuses ou lymphatiques , des abcès cutanés , de l’épiplocèle, de l’entérocèle et de la hernie graisseuse avec lesquels elle a été confondue. Lorsque l’ovaire déplacé conserve sa consistance , sa mobilité et sa structure naturelle, surtout lorsque la hernie s’est opérée par l’anneau inguinal , ce qui a lieu le plus ordinairement, la tumeur qui le plus souvent a la forme et le volumed’unœuf depigeon, est circonscrite, rénilente, douloureuse à la pression , d’apparence glanduleuse ne change pas la couleur de la peau , ne détermine pas des coliques, des vomissements , des borhorygmes, des tiraillements d’estomac, la constipation,

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ne se réduit pas spontanément, et la réduction artificielle obtenue n’est pas accompagnée de gargouillements, comme celle des hernies intestinales; enfin loin d’être soulagée en se couchant du côté opposé à la tumeur, la femme de même que lorsqu’elle se tient debout , éprouve des douleurs plus vives à l’by— pogastre et aux lombes , et un sentiment de tiraillement beaucoup plus pénible. Tels sont les signes caractéristiques au moyen desquels on pourra reconnaître les hernies de l’ovaire qui s’effectuent en dehors du bassin, et les distinguer des épiplocèles et des entéro-épiplocèles avec lesquelles il serait facile de les confondre. Lassas a très judicieusement remarqué qu’il n’est pas de signe qui sous tous les rapports soit plus valable que la coïncidence des mouvements imprimés à l’utérus par le vagin ou le rectum, avec ceux qui seraient sentis sur la tumeur, par la malade ou le médecin.

Chez les femmes jeunes et d’une forte constitution, la hernie de l’ovaire peut être suivie d’étranglement, surtout lorsqu’elle s’est effectuée par l’anneau inguinal ou crural. Cet accident est annoncé par l’augmentation des phénomènes que nous avons indiqués plus haut, et quelquefois lorsque l’inflammation est très vive , par la formation d’un foyer purulent, et même par le développement de tous les symptômes de la péritonite.

Il est donc de la plus haute importance de réduire

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promptement et de maintenir réduites des hernies ovariques. Le moindre retard peut rendre la réduction non seulement plus difficile , mais même impossible; l’ovaire qui est alors comprimé, s’enflamme, se tuméfie , et contracte des adhérences qui s’opposent à ce qu’on puisse lui faire reprendre sa situation normale; dans ce cas on l’a vu devenir squirrheux, ce qui contre indique toute tentative de réduction et nécessite l’excision de l’organe.

Lorsque la hernie de Tovaire se sera étranglée , on devra combattre les accidents qui en sont la conséquence par la situation , les saignées générales et locales, les bains, les fomentations, les cataplasmes émollients , les lavements , enfin on aurait recours au débridement, si l’on échouait par l’emploi de tous ces moyens. Après avoir mis à découvert l’ovaire avec précaution et en incisant couches par couches, et après avoir débridé l’anneau avec un bistouri boutonné , ou avec notre sonde à lame cachée qui est surtout très commode pour le débridement multiple , on fera rentrer les parties herniées , pourvu qu’elles soient saines et que les adhérences qu’elles auraient pu contracter, soient de nature à être détruites. Dans le cas contraire, on se contentera , après avoir opéré le débridement , de panser mollement la plaie jusqu’à la disparition complète des symptômes inflammatoires , puis on exercera plus tard une légère pression sur les parties

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au moyen d’un bandage approprié. Cette méthode devra toujours être préférée à Pexcision , et l’ovaire qui se trouvera , sinon reporté dans le ventre , au moins dans Panneau, s’opposera, en obturant le canal, à la hernie des intestins et de l’épiploon qui est beaucoup plus dangereuse. S’il survenait des ae-^ cidents graves ou une incommodité très pénible , il resterait comme moyen extrême, l’extirpation de l’ovaire , qui dans l’observation de Per rivai Pool n’a présenté, ni difficulté, ni dangers; l’excision avait été pratiquée après la ligature préliminaire du pédicule de chaque ovaire. La malade, ainsi que la jeune fille dont parle Lassus ( Pathol, chirurg. ) , n’a éprouvé de cette sorte de castration féminine que la perte d’une partie des attributs de son sexe et une stérilité absolue. Si l’ovaire était squirrheux ou distendu par des hydatides, il serait également rationnel d’en faire l’excision , et dans ce cas comme après un débridement, la plaie résultant de l’opération devra être pansée comme on le pratique pour une simple plaie.

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