DE LA CYSTOCÈLE VAGINALE OU HERNIE DE LA VESSIE DANS LE VAGIN
La vessie, comme la plupart des organes contenus dans la cavité pelvienne, peut se déplacer et former plusieurs hernies qui ont reçu les noms de cyslo-
cèle inguinale , crurale, périnéale , vaginale et vulvaire, selon qu’elles ont lieu à travers l’anneau inguinal , l’arcade crurale , au perinée , à l’intérieur du vagin et au milieu de l’une des grandes lèvres. Comme ces deux derniers modes de déplacements de la poche cystique sont les seuls qui s’observent exclusivement chez la femme , nous croyons devoir nous dispenser de parler des trois premiers.
A en juger d’après les principaux traités généraux de pathologie chirurgicale, et même d’après les meilleures monographies sur les hernies et tous les ouvrages anciens et modernes spécialement consacrés aux maladies des femmes, la hernie de la vessie, appelée cystoc'ele vaginale, devrait être le plus rare de tous les déplacements. L’illustre Scarpa , dans son admirable Traité clés hernies , Samuel Cooper , dans son excellent dictionnaire de médecine pratique, Dupuytren, dans ses Leçons orales, n’ont parlé en aucune manière de cette affection ; Boyer , dans son traité des maladies chirurgicales , MM. Roche et Sanson, dans leurs éléments de pathologie externe , enfin, la plupart des auteurs modernes les plus estimés disent à peine quelques mots sur ce sujet, de sorte que la science ne possède que quelques faits observés par Méry Ç 1), Curade d’Avignon, Robert
(1) Mémoires de l’académie des siences, année 1713. Verdier. Recherches sur la hernie de la vessie. Boyer , tom. VIIF, page 372.
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de Lille (1), Divoux (2), Christian de Liverpool (3), Sandifort (4), C haussier (5), MM. Sim s (6), Astley Cooper (7) , Rognetta (8) , madame Rondet , sagefemme de Paris (9).
Lorsqu’on connait parfaitement les rapports du vagin avec la vessie, il est facile de comprendre le mécanisme de lacystocèle vaginale; la poche urinaire, refoulée contre la paroi antérieure du canal vulvoutérin par un abaissement brusque du diaphragme et une contraction violente des muscles abdominaux, déprime plus ou plus moins cette paroi, ou s’échappant à travers un éraillement des fibres vaginales, donne naissance à une tumeur membraneuse et fluc-
(1) Mémoires de l’acad. de chirurg. t. II. Verdier (loco citato).
(2) Disp, de hernia vesica urinaria, 1752.
(3) The Edimburg medical journal, tom.IX, page 281.
(4) Observationes anatomicæ. 1. 1, cap. 3, p. 58.
(5) Leblanc. Précis des opérations de chirurgie , tome II , page 368.
(6) Sir Astley Cooper’ s, ou abdominal hernia page 57.
(7) O11 abdominal hernia, loc. cit.
(8) Considérations sur laçystocèle vaginale, etc. {Revue médicale, juin 1832, page 398). Ce mémoire du docteur Rognetta est sans contredit la meilleure monographie que la science possède sur la cystocèle vaginale. Par les expériences qu’il a faites sur le cadavre , cet ingénieux praticien a jeté un grand jour sur le mécanisme , les symptômes, la marche, le diagnostic et le traitement des divers déplacements de la poche urinaire chez la femme.
(9) Mémoire sur la cystocèle vaginale. 1835.
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tuante, qui fait saillie à l’intérieur du vagin ou à
l’extérieur entre les grandes lèvres.
Les causes prédisposantes de la cystocéle vaginale sont: la trop grande capacité du bassin, de nombreux accouchements, un tempérament lymphatique , la position droite , fréquente et long-temps prolongée, une profession qui exige de porter des objets pesants et de grands efforts musculaires , l’existence d’une ancienne leucorrhée, l’état de gestation, la rétention de l’urine et l’habitude de ne rendre que rarement ce liquide; l’abus du coït, des bains de siège chauds, des chaufferettes, l’usage des corsets étroits, surtout ceux qui sont maintenus par un gros buse de fer ou de baleine, enfin une laxité particulière des parois de la vessie et de celles du vagin, et line certaine conformation dans laquelle la poche urinaire est élargie sur ses côtés et enfoncée derrière la symphise pubienne.
La cystocéle vaginale qui n’a lieu, en général, que chez les femmes qui ont eu plusieurs enfants, a été cependant observée par Sandifort, sur une jeune fille hystérique, qui était tourmentée par une toux convulsive (observ. anat., tom. I, pag. 58) , et par sir ylstley Cooper , sur une fille de dix- sept ans, entrée à l’hôpital de Guy, pour être traitée d’une prétendue chute de la matrice (abdominal hernia, loco citato). Cette affection a été observée pendant la grossesse, par Mery et Curade d’Avignon (^pc. cit.).
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pendant le travail, par Robert de Lille et Christian de Liverpool (loc. cit.) , et enfin , sept jours après l’accouchement, par C haussier [Leblanc, précis des opérations de chirurgie, tom. II, pag. 368). Dans ce cas, la hernie vésicale s’effectua à la suite d’un grand effort que fit la femme pour changer de place un seau plein d'eau.
Parmi les causes déterminantes de la cystocèle , on doit ranger le travail de la parturition, les efforts violents, une forte pression sur la région hypogastrique, l’action de sauter, de danser, de tousser, de vomir, de trotter à cheval, le cahotement d’une voiture non suspendue, enfin la plupart des causes efficientes de toutes les autres hernies.
Cette affection se manifeste par une tumeur formée par la vessie, déprimant la paroi antérieure du vagin, et se présentant, soit dans cette cavité, soit hors de la vulve. Cette tumeur est rougeâtre , arrondie, tendue et à surface lisse, lorsque la vessie pleine d’urine a distendu les rides de la muqueuse vaginale. Elle est au contraire inégale, plissée et molle, quand la poche vésicale ne contient point ou peu de liquide. Dans le premier cas, elle offre de la fluctuation, et la pression exercée sur elle de bas en haut la fait disparaître en partie en donnant lieu à un écoulement d’urine qui s’opère par le méat urinaire, et qui exhale une odeur d’autant plus fétide que ce liquide est resté plus long-temps dans la vessie.
Enfin, les exercices violents, la marche et la station prolongées augmentent le volume de la tumeur qui diminue au contraire par le repos et le décubitus horizontal.
La cystocèle vaginale produit toujours ladysurie et souvent l’ischurie; elle détermine également un sentiment de cuisson dans le trajet du canal de l’urètre, et dans quelques cas, une tension très douloureuse et une augmentation de volume du ventre qui sont presque toujours accompagnées d’agitation , d’insomnie, de tiraillements d’estomac et de divers phénomènes sympathiques.
Ce genre de déplacement de la vessie se montre, soit isolément, soit accompagné de cystite; de métrite, et très souvent de vaginite, ou de différentes déviations utérines, telles que l’antéversion et la rétroversion et un prolapsus plus ou moins complet. Toutes ces complications de la cystocèle vaginale devront être combattues par un traitement antiphlogistique, qui pourra souvent être [employé en même temps que celui de l’afFection primitive.
Lorsque cette sorte de hernie vésicale a lieu chez une femme enceinte, elle peut acquérir un volume assez considérable pour gêner la sortie du fœtus. Dans ce cas, il est toujours facile de la distinguer de la poche des eaux de l’amnios, en portant un doigt dans le vagin , pour s’assurer que le museau de tanche est libre, et se trouve derrière la tumeur cystique, qu’on fera disparaître facilement au moyen du
CYSTOCÈLE VAGINALE.
cathétérisme. Cette pratique a réussi parfaitement à notre célèbre accoucheur Bnudelocque et à Robert, chirurgien de Lille.
La cystocèle vaginale qui se développe peu de jours après l'accouchement, peut, par son volume considérable, s'opposer à l’écoulement des lochies, jusqu'après la réduction de la tumeur. C'est ce qui a eu lieu dans l’observation de Chaussier qui a été rapportée par Hoia et Leblanc, (loc. cit. , pag.)
On a également observé que la poche vésicale qui fait saillie dans le vagin contient quelquefois des calculs qui ont été extraits en faisant une incision sur la tumeur même. François Tolet{\ ) en a retiré cinq par ce procédé, et Ruisch (2) quarante-deux.
Le traitement de la cystocèle vaginale présente deux indications principales qui consistent, comme pour toutes les autres hernies, à réduire la tumeur et à s’opposer à son déplacement. Lorsque la cystocèle est peu volumineuse, 011 la contient facilement , soit à l'aide d’une éponge taillée en forme de cylindre et imprégnée d'un liquide astringent (3), ou au
(1) Traité de la lithotomie ou de l’extraction de la pierre de la vessie.
(2) Adversaria anat. chirurg. medica. ( loco cit ).
(3) Le docteur d'Huc, dans son manuel intitulé le médecin des femmes page 61 , conseille la décoction suivante qui nous paraît très convenable :
R. Racines de ratanhia concassées. 1 /2 once.
Eau.
Ajoutez sur la fin de l’ébullition.
1 livre.
Roses de Provins.
Passez.
1 once.
moyen cl’un pessaire de gomme élastique et en forme de bondon , soit avec celui du docteur Ro guetta, ou simplement avec un sachet de toile fine rempli de poudre d’écorce de chêne imbibée de gros vin rouge et maintenu en place avec le. secours d’un bandageenT.
Lorsque la hernie vésicale est volumineuse et se trouve pressée par l’utérus et les parties voisines, on doit, ce qui dans tous les cas est utile, commencer par pratiquer le cathétérisme au moyen d’une sonde d’homme, en ayant la précaution de tourner du côté du vagin la concavité de cet instrument, afin de remédier ainsi à la position vicieuse que présente ordinairement le canal de l'urètre. Si le cathétérisme ne pouvait s’effectuer malgré toutes les précautions indiquées, si surtout la cystocèle avait eu lieu pendant le travail de l’accouchement, et pouvait par conséquent gêner beaucoup la sortie du fœtus, il faudrait plonger un trois-quarts au centre de la tumeur, et après l’écoulement de l’urine, introduire une sonde dans la vessie pour prévenir une fistule vésicovaginale.
Dans le cas où le cathétérismese serait effectué sans que pour cela l’urine s’échappât par la sonde, on devrait, à l’exemple de Robert de Lille, recourir à la compression de la tumeur qui ferait refluer le fluide vésical jusqu’à l'orifice externe de 1 instrument.
Les observations intéressantes que M. Burns de Glascow a faites en disséquant une cystocèle vagi-
CYSTOCELE VAGINALE. ‘S'] I
nale (1), tendraient à prouver que ce genre de hernie est, comme toutes les autres, susceptible d’étranglement. Ce célèbre anatomiste anglais propose, pour en opérer le débridement, de porter le bistouri dans l’endroit étranglé; cette méthode est, selon nous, dangereuse et toujours inutile; car, lors même que l’étranglement aurait lieu, ce qui n’a jamais été observé, on le ferait disparaître, soit en évacuant l’urine avec la sonde, soit, comme nous l’avons conseillé plus haut, en plongeant un trois-quarts dans la vessie par le vagin, si le cathétérisme n’avait pu être pratiqué.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans ajouter qu’il est une espèce de cvstocèle que l’on pourrait appeler urétrale, parce que la vessie herniée se renverse à travers le canal de l’urètre et se présente vers le méat urinaire qu elle obture complètement. Cette sorte de cystocèle, extrêmement rare, qui a été observée par Defiaèn (2) coïncide toujours avec une hernie intestinale qui refoule le vagin et entraîne en même temps la vessie. La cystocèle périnéale chez la femme exige les mêmes moyens que la cystocèle vaginale, et présente à peu près les mêmes signes diagnostiques. Le périnée est le siège d’une tumeur indolente, large,
(1) Les observations anatomiques de M. Burns sont consignées dans les actes de la société médicale d’Edimbourg année 1824, et, dans l'ouvrage de sir Aslley Cooper , intitulé: the anatomy and surgical treateinent of abdominal hernia, page 64.
(2) Ratio medendi, loin. 1, page 76.
peu saillante, molle, disparaissant facilement, ou se réduisant spontanément lorsque la femme vient d’uriner, et augmentant de volume et de consistance , lorsque, pendant un certain temps, la vessie est distendue par Turine.
DU PROLAPSUS DE LA MUQUEUSE URÉTRALE.
Le prolapsus de la membrane interne du canal de l’urètre est une affection très rare, dont cependant il est bon de dire quelques mots. Cette affection qui est due à un relâchement et à une boursoufflurede la muqueuse urélralc, se manifeste par une petite tumeur rougeâtre qui fait une saillie plus ou moins considérable en dehors du méat urinaire , et qui se distingue du fongus urétral , dont nous parlerons plus tard, par sa forme régulière, sa réductibilité, et surtout par une ouverture centrale qu’on y remarque. Dans un cas de cette nature observé par Séguin (1), on pouvait introduire facilement le doigt par le canal de l’urètre qui était extrêmement dilatable et relâché ; le praticien que nous venons de citer, après avoir employé inutilement les astringents , introduisit une sonde de femme dans le canal de l’urètre, et lit la ligature de la tumeur sur la circonférence de cet instrument; huit jours après cette opé-
(1) Biblioth. médicale, t. LXYI1I. pafie 86.
PROLAPSUS DE LA MUQUEUSE URJiTRÀLE. 3^3
ration , la malade fut parfaitement rétablie. Nous avons obtenu le même résultat en cautérisant avec une solution concentrée de nitrate d’argent tout le trajet du canal, au moyen d’une petite éponge fixée sur un petit cylindre ayant un de ses côtés à jour. La personne dont nous voulons parler, aujourdhui âgée de 20 ans , est grande et bien constituée, mais chez elle tous les organes de la génération sont dans un état de relâchement bien manifeste; l’utérus est ordinairement à un pouce de la vulve, les grandes et les petites lèvres sont procidentes, molles, et beaucoup plus alongées que de coutume. Cette femme, qui est mariée depuis l’âge de seize ans et demi, est accouchée deux fois d’un enfant mort, à la suite d’une chute dans son escalier. L'état de blanchisseuse quelle professe, qui exige qu’elle se tienne constamment debout et les efforts qu’elle fait souvent en portant au loin du linge , sont conjointement à une idiosyncrasie particulière , les causes prédisposantes de l’état de relâchement anormal que présentent tous ses organes génitaux.