‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 5 sur 86 · DE LA. METRO U R MAGIE · texte numérisé non relu

DE LA. METRO U R MAGIE

maladie plus grave qui doit fixer particulièrement l’attention du médecin.

La métrorrhagie essentielle ou idiopathique, c’està-dire celle qui, comme la menstruation, s’opère sous l’influence mystérieuse d’un travail physiologique inconnu , peut se manifester à toutes les époques de la vie ; car on l’a vue survenir chez des femmes très avancées en âge, chez des filles qui n’étaient pas encore réglées et même chez des enfants de sept ans, (. Delamotte ); de trois ans (Bourjot Saint Hilaire); de neuf mois, ( Clarke , nouv. bibliot. méd. t. p. 92, \ 829); de trois mois ( Comarmond ); de quelques jours (M allai, Gazette méd., septembre 1832 ). Cependant nous devons dire que les exhalations sanguines de l’utérus, qui se manifestent hors le temps où la femme peut être fécondée, sont des exceptions très rares.

L’hémorrhagie utérine essentielle peut être active ou passive, La première, ou métrorrhagie active qu’accompagne la pléthore et qui survient dans la force de l’âge, a pour causes prédisposantes, les grandes chaleurs , le froid vif, le séjour des grandes villes, l’habitation sur des lieux élevés , l’abus des mets excitants , des liqueurs alcooliques , des aliments trop nourrissants , les passions violentes , une vie oisive; outre toutes les causes communes aux autres hémorrhagies, on range parmi celles qui sont propres à la métrorrhagie active, l’époquedes règles, principalement celles où cet écoulement s’établit ou doit cesser,

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l’excès de sensibilité de la matrice , soit primitive , soit acquise par l’abus du coït, de la masturbation ou de toute autre cause; enfin, la fréquence des accoucouchements , l’usage des chaufferettes, l’abus des boissons emménagogues, des purgatifs âcres, des bains chauds, sont regardés avec raison comme étant des causes prédisposantes de la métrorrhagie active. Il n’est pas rare de voir une perte abondante succéder à une suppression de menstrues, ou survenir chez les nouvelles mariées, surtout si les premières approches conj ugales ont lieu peu de jours avant l’époque des règles.

Les causes occasionnelles de la métrorrhagie active sont : les exercices violents , tels que la course, la danse , l’équitation, les cahots d’une voiture, une chute sur les pieds , sur les genoux, et particuliérement sur le siège; les excitants appliqués aux parties génitales , les efforts et les secousses qui résultent de l’action de lever un fardeau , de crier , de chanter, d’éternuer, de tousser, etc. Nous devons dire cependant que toutes ces circonstances agissent principalement , lorsque l’organe gestateur est depuis longtemps le siège d’un excès de vitalité ou de pléthore locale.

Les causes de la métrorrhagie asténique ou passive sont toutes celles qui peuvent déterminer une débilité générale ou locale, telles que les travaux ex-

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cessifs, les veilles prolongées, les passions tristes, le chagrin , une menstruation immodérée ou trop fréquente, les maladies de longue durée, une lactation trop prolongée, l’usage habituel ou l’abus des aliments de mauvaise nature, des boissons relâchantes, insalubres , mucilagineuses , des eaux minérales chaudes, des bains chauds, des injections émollientes, tièdes ; enfin , l’hémorrhagie utérine , passive , qui peut être une conséquence des accouchements et des avortements qui se sont succédé rapidement , a été très fréquemment la terminaison d’une métrorrhagie active qui s’est renouvelée souvent, ou même a été le résultat du traitement de cette affection , pour laquelle on a employé abusivement les saignées , les réfrigérants, les astringents et les narcotiques. Nous ajouterons que les femmes d’une complexion faible, d’un tempérament lymphatico-nerveux et celles qui ont été affectées d’une affection scorbutique sont plus exposées que les autres à l’exhalation sanguine qui nous occupe.

L 'hémorragie utérine sympathique reconnaît des causes qui sont également très dignes de fixer l’attention des praticiens. Ces causes , dont l’action se fait d abord sentir sur d autres organes , y développent des affections qui , réagissant sur la matrice , produisent des hémorrhagies utérines qui sont réellement sympathiques. Cette espèce de métrorrhagie est d autant plus facilement produite que les organes

primitivement lésés ont avec Tutérus une sympathie plus intime ; aussi les inflammations de l’estomac , du cerveau , du cœur., du poumon , du foie , des intestins, etc., sont-elles des causes fréquentes des hémorrhagies utérines. Stall ( Méd. prat., lib. III, p. 29) rapporte que pendant la constitution bilieuse qui régna en 1778, les hémorrhagies utérines furent très communes. Tourtelle fait aussi mention de fièvres méningo- gastriques qui étaient accompagnées d’un écoulement sanguin abondant par la vulve. Dans l’histoire qu’il a donnée de l’épidémie du Tecklenbourg , Fincke dit aussi que les ménorrhagies furent très fréquentes et que la menstruation éprouva une fâcheuse influence de l’affection bilieuse. Ziegert (Dissert, sur l’emploi des purg. dans la ménorrhagie) a vu une irritation des intestins produire sympathiquement une exhalation sanguine de l’utérus; Fander- Bosch a également observé que le même effet pouvait être produit par la présence des vers dans le tube digestif ; enfin , l’irritation des mamelles déterminée par un sinapisme , l’application des sangsues , ou même par la succion de l’enfant , ont produit des hémorrhagies utérines et souvent ont rappelé les règles supprimées. Nous ajouterons que toutes les circonstances capables d’imprimer à l’innervation une secousse vive, telles que la joie, le chagrin, la colère ( 1 ) , la frayeur, l’annonce brusque d’une fà-

(1) Le docteur Rondelou (Dissert, inaug.) cite, d’après M. Ali-

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cheuse nouvelle , ont souvent été les causes de la métrorrhagie sympathique.

11 est bon de dire que les pertes résultant de ces dernières causes , se manifestent plus particulièrement chez les femmes nerveuses qui se laissent émouvoir pour les motifs les plus légers, et qui sont, comme le dit Hoffmann : « activœ et semibilioris naturce, vel etiarn hypochondriacis et hystericis pas sionibus obnoxiœ.

Quelque nombreuses que soient les causes que nous venons de signaler, ce ne sont cependant pas celles qui produisent le plus fréquemment les pertes utérines. En effet, les hémorrhagies de l’organe gestateur sont dans la grande majorité des cas, le symptôme d’une affection locale, telle que la métrite aiguë ou chronique, l liy per trophie simple , l’engorgement squirrheux , et surtout l’engorgement sanguin , les tumeurs polypeuses, les ulcérations simples, scrophuleuses, tuberculeuses, vénériennes, carcinomateuses, fongueuses; enfin, le renversement de la matrice, et une foule d’autres lésions de l’utérus , dont il a été question dans cet ouvrage. Les métrorrhagies symptomatiques sont encore dans quelques cas les effets fâcheux des affections scorbutiques, exanthématiques ,

bert , l’observation d’une femme douée d’une très grande sensibilité , qui , toutes les fois qu’elle se livrait à des emportements de colère , était atteinte d’une violente hémorrhagie utérine.

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typhoïdes, pestilentielles et des fièvres intermittentes, pernicieuses.

La marche et les phénomènes précurseurs des pertes utérines varient suivant les causes qui les ont produites. Celles qui sont le résultat des causes prédisposantes suivent une marche lente , et s’établissent en général, soit par une augmentation successive de la quantité et de la durée de l’écoulement des règles, soit par le rapprochement des périodes menstruelles. Dans quelques cas l’hémorrhagie se reproduit quelques heures après sa disparition; dans d’autres , elle revient tous les jours , tous les deux jours, tous les trois jours, et prend le type quotidien, tierce, quarte; enfin , il est des circonstances où les retours ne se manifestent que tous les huit jours , tous les mois et tous les trois mois. L’empire de l’habitude est si puissant que souvent les hémorrhagies utérines essentielles se renouvellent dans le même ordre et avec les mêmes circonstances qui les ont produites la première fois.

Lorsque la métrorrhagie est déterminée par une cause occasionnelle violente, l’écoulement se manifeste, soit immédiatement, soit, ce qui est le plus ordinaire, quelques instants après l’action de la cause occasionnelle. Dans l’un et l’autre cas, la perte utérine peut avoir lieu avec tant de violence , que la vie de la femme est bientôt exposée au plus grand danger, surtout lorsque l’accident est survenu à l’époque

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de la menstruation. Cette métrorrhagie qu’on peut appeler accidentelle , ne se reproduit pas ordinairement lorsqu’on est parvenu à s’en rendre maitre.

Si dans quelques cas les symptômes précurseurs de la métrorrhagie essentielle sont bornés à un léger malaise et à quelques tranchées utérines , comme aux époques de la menstruation , le plus souvent le flux sanguin est annoncé par une foule de phénomènes , entre autres , un sentiment de tension , de plénitude , de chaleur, de pesanteur et de douleur dans le bassin et à l’hvpogastre : ces symptômes coïncident ordinairement avec le gonflement des mamelles, la fréquence et la plénitude du pouls, un état de constipation opiniâtre , des lassitudes générales ; enfin , la pâleur de la face , le refroidissement des membres , le resserrement et l’horripilation de la surface du corps, l’ardeur et le prurit des parties génitales sont les signes qui indiquent l’imminence de l’hémorrhagie active. L’écoulement du sang qui suit de près ces derniers symptômes , ramène d’abord le calme et le bien-être ; mais lorsque la perte est plus considérable que ne le permet l’état des forces , la femme éprouve un sentiment de défaillance à la région de l’estomac, le pouls devient faible, et bientôt à peine perceptible , les lèvres blanchissent , la face pâlit, la vue s’obscurcit, l’ audition est de plus en plus obtuse, la respiration s’embarrasse, et souvent la mort, dont 1 approche est annoncée par des lipothy-

mies et des convulsions, vient servir de dénouement à cette scène effrayante.

Loin de suivre toujours la marche et l’ordre que nous venons de tracer, les accidents nerveux consécutifs se manifestent quelquefois de très bonne heure et souvent même on les voit survenir, lors même que la perte n’a pas encore été très abondante. Il est surtout un phénomène consécutif assez commun qui consiste dans une douleur de tête qui se fait sentir à la région occipitale, et qui, quelquefois, est extrêmement intense, et persévère long-temps après qu’on est parvenu à arrêter le flux hémorrhagique. Dans le cas où les pertes , sans être portées à ce point, se renouvellent souvent et se prolongent au-delà de certaines limites, les digestions se dérangent de plus en plus, l’appétit se perd, la pâleur de la peau est analogue à celle qui se remarque dans la chlorose, les paupières se bouffissent et s’entourent d’un cercle noirâtre, les membres abdominaux deviennent œdémateux , il se forme des collections sérèuses dans les plèvres et la cavité du péritoine, et le plus souvent des douleurs gravatives à l’estomac et diverses affections nerveuses se joignent encore aux symptômes fâcheux que nous venons de signaler. Nous devons dire cependant que les convulsions et les syncopes qui surviennent sont quelquefois avantageuses en produisant un état spasmodique général qui refoule le sang vers l’intérieur.

Dans la métrorrhagie passive , le sang s’échappe

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sans signe précurseur et coule peu à peu et plus long-temps. L’exhalation sanguine n’est annoncée par aucuns symptômes qui indiquent que l’action des vaisseaux utérins est augmentée. Enfin , le fréquent retour de l’hémorrhagie , la présence d’une leuchorrée abondante dans l’intervalle de chaque nouvelle apparition de l’écoulement , et surtout la persévérance de la perte , la couleur pâle et séreuse, et quelquefois noirâtre du fluide sécrété, indiqueront assez le caractère passif et asthénique du flux sanguin.

Si le diagnostic de la métrorrhagie est ordinairement facile à établir, puisque la maladie se signale d’elle- même par la sortie du sang et par les effets produits sur l’économie , il n’est pas toujours facile de distinguer les causes qui lui donnent naissance et qui l’entretiennent. Cependant on pourra le plus souvent parvenir à les reconnaître par un examen attentif de la malade et l’appréciation des symptômes et des circonstances commémoratives. Comme le plus souvent l’hémorrhagie utérine est le symptôme d’une maladie plus grave , c’est à la découverte de celle-ci que le médecin devra surtout s’attacher. Il deviendra donc indispensable dans la plupart des cas de procéder à l’examen des organes sexuels , au moyen du toucher et du spéculum utérin ; mais on ne doit jamais recourir de prime-abord â ce genre d’exploration , lorsque la femme est très nerveuse et facile-

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ment irritable, quoique le diagnostic doive le plus souvent diriger le praticien dans le choix des moyens curatifs : nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit sur les caractères spéciaux de chaque espèce de métrorrhagie.

Le pronostic des pertes utérines doit être basé sur la nature des causes qui Font produite , la gravité des symptômes, la constitution et les forces du sujet, enfin la durée de la maladie. Les métrorrhagies passives sont plus fâcheuses , plus difficiles à combattre et plus sujettes à récidiver que celles qui sent actives.

Celles qui dépendent de causes passagères cessent le

plus souvent d’elles-mêmes , ou du moins se guérissent facilement ; si elles offrent quelque gravité , ce n’est que lorsqu’elles sont très abondantes. Les hémorrhagies anciennes, qui semblent avoir en quelque sorte habitué l’économie à des pertes fréquentes, sont les plus rebelles aux moyens curatifs qu’on leur oppose. Celles qui se manifestent dans les premiers temps de la puberté , cessent presque toujours insensiblement à mesure que la menstruation se régularise. 11 en est de même des métrorrhagies qui sont les avant-coureurs de l’âge critique ; elles disparaissent le plus souvent spontanément , dès que les femmes sont parvenues au terme normal de leur menstruation. Enfin, les métrorrhagies symptomatiques d’un état local, de môme que celles qui résultent de 1 irritation d’un organe éloigné , réagissant sympa-

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