‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 6 sur 86 · DE LA. METRORR HAG1E · texte numérisé non relu

DE LA. METRORR HAG1E

thiquementsur l’utérus, sont subordonnées à la gravité de la maladie qui les produit. Nous ajouterons pour terminer ce que nous avions à dire sur le pronostic, que les hémorrhagies actives , intermittentes et souvent répétées , sont ordinairement fâcheuses plutôt parce qu’elles deviennent les sources d’une foule de lésions très graves de la matrice que parce qu’elles font sentir leur pernicieuse influence sur toute l’économie. Enfin nous dirons que les métrorrhagies critiques annoncent ordinairement une terminaison heureuse des maladies aiguës, mais que dans les affections exanthématiques de même que dans les fièvres adynamiques , elles sont un indice d’une grande prostration de forces, et augmentent la gravité du pronostic.

Le traitement des hémorrhagies utérines présente trois indications principales à remplir , qui sont 1° d’éloigner les causes, si elles subsistent encore et si elles sont susceptibles de céder aux efforts de l’art; 2° d’arrêter l’écoulement dans les cas graves ; 3° de s’opposer au retour de l’hémorrhagie.

Il est inutile de rappeler toutes les causes de la métrorrhagie, pour indiquer les moyens de les éloigner ou de les faire cesser ; il en est cependant quelquesunes sur lesquelles nous croyons devoir insister en leur consacrant un examen particulier.

L’hémorrhagie utérine active qui dépend d’une pléthore générale et qui trouve souvent un remède

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en elle-même par le seul fait de l’écoulement du sang , réclame dans la majorité des cas, une ou deux saignées révulsives du bras. La pléthore locale , qui souvent existe indépendamment de la pléthore générale, exige aussi le même moyen, mais on ne devra pas trop se hâter d’arrêter le flux sanguin qui est quelquefois salutaire pour prévenir l’inflammation de la matrice. On devra cependant dans tous les cas prescrire le repos absolu sur un lit dont les matelas de crins ou de foin , seront disposés de manière que le bassin soit un peu plus élevé que le reste du corps. La malade, qu’il faudra laisser dans le calme absolu et la plus grande tranquillité d’esprit, devra être peu couverte , respirer un air frais ; mais il sera toujours bon d’avoir la précaution d’éviter le refroidissement de l’extrémité des membres ; on augmentera de beaucoup l’efficacité de ces moyens , en ordonnant en même temps une diète sévère, ou du moins en ne permettant pour tout aliment que quelques gelées de fruits ou quelques crèmes de riz, ou d’orge ou quelqu’autres substances amylacées préparées au lait ou au maigre. On prescrira également l’usage abondant d’une boisson rafraîchissante, prise froide, telle que le petit lait ou une décoction nitrée de chiendent ou de riz, de pommes, de renette, d’oranges édulcorées, du sirop de groseilles , de mûres , de cerises , de vinaigre ou de coing , etc. Si ces moyens étaient insuffisants on prescrirait une tisane faite avec une

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once ou deux de racines de grandes consoude, ou une once de racine de ratanhia, et édulcorée avec un sirop tempérant : enfin , au moyen de lavements émollients miellés, de suppositoires de beurre de cacao, et surtout de doux laxatifs, tels que la pulpe de tamarin , de casse , ou la crème de tartre ( tartrate acidulé de potasse, de 1 à 4 gros), on combattra la constipation qui est nuisible par les efforts expulsifs qu’elle nécessite et par l’état d’irritation générale qu’elle détermine.

Si les moyens que nous venons d’indiquer ne parvenaient pas à arrêter l’hémorrhagie, si surtout l’écoulement du sang par son abondance ou par sa prolongation, mettait les jours de la malade dans un péril imminent, on devrait alors tâcher d’attirer vers un autre point le mouvement fluxionnaire et l’effort hémorrhagique dirigé vers la matrice ; il serait bon en même temps de faire cesser autant que possible les spasmes de la périphérie du corps qui entretient la concentration des mouvements vitaux vers l’organe gestateur, et dans certains cas, d’agir directement et d’une manière immédiate sur les vaisseaux qui versent le sang , en déterminant leur astriction et leur resserrement. On remplira ces diverses indications au moyen des révulsifs , des antispasmodiques , des narcotiques et des substances astringentes ; parmi les révulsifs, la saignée doit, avec raison , être rangée en première ligne, surtout dans les métrorrhagies

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actives essentielles , et dans celles qui sont accidentelles ou qui dépendent d un état général de la constitution. Les saignées, qui dans ce cas devront être faites au bras, seront toujours très peu abondantes et tout au plus d’une palette. Pour obtenir un effet révulsif plus efficace , on pourra , à l’exemple de Bivière , ne laisser couler le sang que petit à petit et à plusieurs reprises , en tenant le pouce appliqué sur l’ouverture de la veine. Si la saignée du bras était trop difficile comme il arrive souvent chez les femmes, on pourrait la remplacer soit par l’application répétée plusieurs fois de trois ou quatre sangsues, à la la face antérieure et supérieure de l’avant-bras, ou au-dessous des mamelles , soit, comme le conseille Sennerl et comme on le fait très souvent en Italie en pratiquant les saignées de la main sur la salvatelle ou la céphalique. Il sera bon également pour déterminer un effet révulsif puissant, d’appliquer des ventouses ou un sinapisme entre les deux épaules -, dans ce lieu on n’aura pas à craindre les inconvénients qu’on leur reproche , d’augmenter l’hémorrhagie quand on les applique sur les seins, comme le conseille Hippocrate, (aphorisme 50 sect. V), ou sous les mêmes organes d’après le précepte de Galien. Les ventouses monstres du docteur Juriot appliquées sur les deux bras produisent une révulsion très énergique, qui, selon nous, doit faire préférer leur emploi aux manuluves chauds recommandés par F. Hoffmann ( de he-

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morrhagiis gen. orig. et curât. 1697, Lordat ) (Traité des hémorrhagies, 1808. Désormeaux) , (dict. de mëd. t. XIV); il est bien entendu que ces divers révulsifs appliqués sur les membres supérieurs ou sur un point quelconque de la poitrine , devraient être rejetés ou du moins employés avec la plus grande circonspection, si les poumons étaient, faibles et disposés à devenir le siège d’une congestion sanguine. Les vomissements provoqués par ripécacuanlia et recommandés par Hippocrate , Sioll, Finke , Cullen, Alphonse Leroy , Gardien, Osborn et quelques autres déterminent une sorte'de perturbation et de dérivation qui peut être avantageuse dans certains cas, principalement lorsque la métrorrhagie est liée à un embarras gastrique; mais comme il est impossible de bien déterminer les circonstances dans lesquelles les vomitifs doivent être prescrits , nous pensons qu'il ne faut y recourir qu’avec prudence et circonspection. Si la métrorrhagie était le résultat de la réaction sympathique de l’irritation d’un organe éloigné, la première indication à remplir serait de traiter la maladie ; mais on devrait primitivement recourir à l’emploi des narcotiques et des antispasmodiques (1),

(1) C’est sous la forme de lavements que les antispasmodiques et les narcotiques nous ont paru être plus constamment efficaces , surtout d’après la formule suivante : as«a fœtida , 15 grains dissous dans un jaune d’œuf ; décoction de graines de lin-, 8 onces; laudanum de Sydenham, 50 gouttes ; teinture de castoreum , 20 gouttes , pour un demi-lavement.

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si la perte utérine avait succédé à une émotion vive et à une grande secousse du système nerveux.

A l’emploi des moyens que nous venons d’indiquer, on joindra en même temps, dans les cas rebelles, l’usage des astringents, entr’autres les injections et les décoctions d’écorce de grenade ou de chêne, de (ormentille, de bistorte et surtout celle de racines de rathania, les solutions alumineuses, enfin, les boissons froides acidulées avec l’eau de Rabel. Dans des cas où l’hémorrhagie chronique avait résisté à une foule de moyens , nous avons toujours employé avec avantage la potion suivante prise par cuillerée à bouche, toutes les demi-heures. Pr. infusion de feuilles d’oranger , 8 onces ; extrait de rathania 2 gros ; sirop de grande consoude , 2 onces ; eau de Rabel, 30 gouttes; laudanum de Rousseau, 25gouttes.

L’ingestion abondante d’eau à la glace dans l’estomac, conseillée par Hoffmann et Leahe , les lavements du même liquide, très froid, que Bezolddit avoir vu employer avec succès ; enfin les bains de siège froids , les injections utérines employées par P. Alpin , les applications de compresses imbibées d’eau glacée, d’oxycrat, de vinaigre, sur la vulve, les cuisses, les lombes, et l’hypogastre , ne pourront être justifiées que par une métrorrhagie foudroyante et ne devront jamais être employées qu'en désespoir de cause, in evidenli mords penculo.

Dans la métrorrhagie primitivement passive , ou

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ayant pris ce caractère après avoir été active , les premiers moyens à employer devront tendre à relever les forces de la malade par un régime convenable , et par l’emploi de quelques substances toniques. Pour

parvenir à ce résultat, on conseillera une nourriture

abondante sans être excitante , entr’autres les viandes rôties, les consommés, les substances farineuses, la chair des jeunes animaux et de certains poissons. Parmi les médicaments toniques , les préparations ferrugineuses doivent être rangées en première ligne, principalement le sous-carbonate de fer administré sous forme pilulaire; en augmentant graduellement la dose, qui d’abord ne doit être que de trois à quatre grains deux fois par jour. On emploiera aussi avec avantage les eaux minérales ferrugineuses, les décoctions de cachou ou de gomme kino, l’extrait de quinquina, de Colombo , le diascordiumj.enfin, on mettra en œuvre toutes les ressources de l hygiène, et dans le but de préparer l’économie à la cessation d un écoulement qui lui est en quelque sorte nécessaire , on pratiquera des petites saignées révulsives d une demi palette à deux palettes au plus. Lorsque une hémorrhagie , par son excessive abondance ou par sa prolongation, a déterminé un état de faiblesse, qui favorise le relâchement des bouches exhalantes, et par conséquent 1 effusion du fluide sanguin, il est quelquefois nécessaire de soutenir les forces poui que les fibres utérines et les parois des vaisseaux recou-

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vient la faculté de se contracter; on pourra dans ce but prescrire de temps en temps une cuillerée d un vin généreux aromatisé avec quelques gouttes d essence de canelle ; a\ec ce moyen nous avons arrêté comme par enchantement une perte qui durait depuis près d’un mois, et dont était affectée madame la baronne dé Car***, auteur de charmantes productions littéraires.

En se- fondant sur l'action spéciale du seigle ergoté sur la matrice et même sur la circulation générale , MM . Sparjani, Pignana, Cabini, Négri, Bécamier , Duparcque , Trousseau et quelques autres, ont conseillé cette substance à la dose de cinq à quinze grains répétée deux ou trois fois dans les vingtquatre heures. Enfin, dans les hémorrhagies de longue durée , M. Vedekin a conseillé la Sabine dont nous redouterions l’action trop énergique et trop stimulante , quoique le docteur Sauter dise en avoir fait usage avec le plus grand succès.

Pour s’opposer au retour de l’hémorrhagie , on devra éloigner autant que possible les causes qui lui ont donné naissance, et prescrire en même temps les aliments doux, et de facile digestion. Hoffmann conseillait le lait d’ànesse coupé avec l’eau de seltz, principalement aux femmes d’une constitution délicate et très sensible qui sont plus exposées que les autres aux hémorrhagies utérines. Les malades, qui devront faire un exercice modéré pendant l'intervalle de chaque période menstruelle, garderont le

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repos à leur approche et pendant leur cours. On leur conseillera le séjour à la campagne; elles devront Se coucher de bonne heure, se lever matin , éviter toutes les émotions vives de lame e( surtout l’usage du coït et toutes les circonstances capables de faire naître des désirs érotiques. 11 sera bon égalementde pratiquer de temps en temps de petites saignées révulsives aux bras , particulièrement quelques jours avant l'époque des règles. Les révulsifs employés avec discernement et surtout l’action d’une chemise de laine portée sur la peau, seront également utiles dans la plupart des cas.

Dans la métrorrhagie passive , on conseillera un régime succulent et tonique sans être excitant, et en même temps l’usage des vins austères, et de la bière rendue médicamenteuse par l’infusion des plantes amères. Les toniques surtout, les préparations de fer , les eaux ferrugineuses , les bains de rivière, les bains de mer, les injections et les douches toniques et astringentes dans le vagin , les douches avec les mêmes Jiquides sur les régions lombaire et hypogastrique , enfin, les fumigations aromatiques seront souvent très utiles, surtout s’il existe une débilité locale.

Le traitement des hémorrhagies sympathiques et symptomatiques est le même que celui des affections dont elles dépendent; cependant on doit le modifier selon le degré de curabilité de la maladie principale et suivant que la perte utérine est liée à une lésion locale incurable, ou à une affection grave de quelque autre viscère.

LESIONS DE FONCTIONS.

Lorsque la métrorrhagie dépend d’une maladie incurable delà matrice, presque toujours, à moin3 qu elle ne soit excessive, elle est un bienfait pour la malade, puisqu’elle diminue l'engorgement et calme les douleurs,- en général lorsque le flux sanguin s’arrête, soit spontanément soit par les secours de l’art , les symptômes ne lardent pas à s’aggraver; dans les cas de ce genre, il est donc lout-à-fait rationnel de respecter le flux sanguin anormal , tant que son abondance ne mettra pas la vie en daDger; si le plus souvent l’hémorrhagie est un bienfait, le contraire peut avoir lieu, c’est-à-dire que les douleurs et tous les autres symptômes ne font que s’accroître pendant , l’écoulement sanguin qui est alors le signe d’un engorgement nouveau qu il faut combattre surtout par les saignées révulsives. EnGn si la perte utérine symptomatique ou sympathique existait en même temps qu’une affection viscérale susceptible de s’aggraver et de devenir funeste par la suppression du flux sanguin , on devrait se borner à modérer l'écoulement; mais s’abstenir scrupuleusement des moyens locaux et généraux qui pourraient le supprimer tout à fait. Cependant si l’hémorrhagie devenait foudroyante et menaçait les jours de la malade , il faudrait mettre toute considération de côté et recourir au plus tôt aux moyens les plus énergiques et surtout âu tamponnement pratiqué seulement à un pouce de profondeur dans le vagin , ou même , au moyen

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d’une simple compression établie à plat sur la vulve et maintenue avec la main et un bandage approprié. En prenant ces précautions recommandées par M. Lisfranc, on n’aura pas à craindre d irriter par le contact de l’appareil , les tissus altérés du vagin ou du col utérin dont l’état morbide développe considérablement la sensibilité. Dans les cas heureusement fort rares où la plus légère perte de sang peut devenir mortelle, on tamponnera jusque sur le col, au moyen d'un sachet de gaze plein de cendres ordinaires; ce moyen, qui est d’autant plus efficace qu’il agit physiquement et chimiquement, a été employé par nous avec le plus grand succès dans un cas désespéré.

Nous terminerons en disant que lorsque une hémorrhagie utérine est devenue chronique, il est imprudent de la supprimer brusquement ; on doit toujours, dans ce cas, commencer le traitement par l’application d’un ou deux éxutoires à la face interne des cuisses , afin de remplacer ou fai*re renaître le point d’irritation dont le bassin est devenu le siège depuis long-temps.

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