‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 7 sur 86 · DE LA CHLOROSE OU PALES COULEURS · texte numérisé non relu

DE LA CHLOROSE OU PALES COULEURS

On désigne généralement sous le nom d q chlorose (1 ) une réunion de symptômes, dontles principaux sont :

(1) Du grec xXwpo'ç, jaune verdâtre.

la couleur pâle verdâtre et la bouffissure de la face, la décoloration et la sécheresse de la peau coïncidant avec une débilité générale et le trouble de la plupart des fonctions, surtout de celle delà circulation et de la digestion et de la menstruation.

La chlorose a été observée dès la plus haute antiquité, puisqu’il en est question dans les œuvres d Hippocrate (1) , de Galien (2) , d’Aétius (3), de Pauld’Égine(k ), d'Avicenne (5). Les auteurs qui ont écrit sur cette affection lui ont assigné différents noms tirés des symptômes qui l’accompagnent, de l’époque de la vie où elle se manifeste le plus ordinairement, et des causes qu’ils supposaient lui avoir donné naissance. En suivant l’ordre chronologique, le vieillard de Cos, la nomme yXiopo^a; Avicenne, il lisis : L. Mercatus, febris alba et virginurn obslructiones ; Bâillon , fœdi colores ; Roderic a Castro et Daniel Sennert , morbus virgineus ; Ranchm et Darandè , chlorose ; Ettmuler, icteria alba ; Sydenham, pallidicolor.es ; J. Lan g lus, Jèbris aniatoria ; Sauvage , ictère blanc ; Tissot, opilations ; enfin pres-

(1) Lib. de morb. virginuni.

(2) De causis symptom, lib. I, cap. 7.

(3) Tetrab. III , serin. I, cap. 23 , et tetrab. IY, serin. A , cap. 10.

(4) De remed. lib. I.

(5) Canon med. lib, III, fen. 21 , tract. III.

que tous les auteurs de notre époque désignent sous le nom de chlorose , chlorosis, l’affection qui nous occupe.

Ces diverses dénominations de la chlorose nous offrent en quelque sorte une histoire abrégée de cette affection et constatent en même temps l’incertitude qui a toujours régné sur sa nature. Si les auteurs anciens et modernes sont en général d’accord pour classer la chlorose parmi les maladies asthéniques , ils sont loin d’être du même avis pour localiser cet état morbide et en trouver le point de départ dans un organe malade. Comme il serait trop long d’entrer dans les discussions que cette question a soulevées, nous allons nous borner à rappeler les principales opinions et grouper ensemble celles qui sont identiques ou qui offrent de l’analogie.

Les uns, avec Galien, Hoffmann, Gardien , liamilton, regardent la chlorose comme étant le résultat d’un état d’adynamie du tube digestif. D’autres ne voient danscette affection, qu’uneasthéniedes organes génitaux, et un état morbide consécutif à la suppression des règles. Cette opinion a été soutenue par Forestus , Roderic à Castro , Sennert , Mercatus , Primerose, Fremd, Cullen , Tissot, Pinel , Cabanis , Désormeaux , MM. Roche, Dugès , Blache , et un grand nombre d’auteurs; enfin, selon MM. Boisseau, Andral , Brachet de Lyon , Bouillaud , Blaud, Trousseau , Bonnet , Brueck, la chlorose n’est autre

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chose qu’une asthénie du système circulatoire et une

sanguinification vicieuse.

Nous ne pensons pas que l’on puisse regarder l’atonie des organes digestifs comme étant le point de départ de la chlorose, puisque cette affection précède dans certains cas les troubles de la digestion et qu’il en est même où l’estomac conserve son état normal. D’ailleurs l’atoniegastro-intestinale coexiste toujours avec celle de toutes les grandes fonctions. L’asthénie des organes génitaux et l’aménorrhée ne peuvent pas mieux être regardées comme étant les sources premières de l’état chlorotique, puisqu’il peut se manifester chez des filles bien réglées, et qui ne cessent pas de l’être pendant toute la durée de la maladie; le même état a été également observé chez des femmes parfaitement et abondamment menstruées, chez des femmes enceintes, chez des femmes ayant passé l’âge critique, chez des enfants des deux sexes, enfin chez des hommes , ainsi que Sauvages , Cabanis, Chambon , Franck, Rahn, Blayn, Dèsormeaux. MM. Roche , Blciud , Pujol de Montpellier, Tanquerel des Planches (1), et quelques autres, en ont rapporté des exemples. Si, d’après ces faits, il est permis d'inférer que l’atonie des organes de la génération n’est pas la cause première de la chlorose , nous convenons cependant que la matrice joue un rôle, mais un rôle secondaire dans cette affection.

(!) Lancette française, 18 juillet"'! 837.

La théorie qui fait dépendre l'état chlorotique d'une asthénie sanguine dont le résultat est une hématose vicieuse avec prédominance du sérum et diminution delà fibrine de la matière colorante et du fer, ne dit pas quelle est la véritable nature de la maladie, et n’indique pas sous quelle influence pathologique se manifestent les troubles de la circulation, de la digestion, de la menstruation, etc. Pour remonter à l’origine la plus probable de la maladie et pour expliquer tous les dérangements des grandes fonctions dont l'ensemble constitue la chlorose, nous pensons que la cause première de cette affection n'est autre chose que l’asthénie générale du système nerveux, mais principalement celle des nerfs du système ganglionnaire ou de la vie organique qui présiside aux fonctions digestives, circulatoires, nutritives et génitales; en un mot, c'est le vice d innervation , et l’insuffisance d’actions du nerf trisplanchnique qui donnent lieu à l'ensemble des symptômes qui constituent la chlorose.

Les expériences fa i tes depu is peu par M . Dupuy (1 ), membre de l’Académie, militent encore en faveur de

(1) Dans la séance du 31 octobre 1857 , M. Dupuy a fait connaître à l’académie de médecine que, dans les expériences qu’il a faites sur des chevaux , la division du nerf pneumogastrique lui a toujours permis de constater une diminution progressive de la fibrine du sang , pendant le peu de semaines que les animaux ont survécu à l’opération.

l’opinion que nous venons d’exposer , et semblent même prouver d’une manière positive que la chlorose n’est qu’une affection nerveuse, déterminant consécutivement une surabondance desang séreux, une sorte d 'hématose aqueuse qu’on peut désigner sous le nom d’hyperhydrémie (1). Cette opinion explique, selon nous, non seulement tous les troubles de la circulation et l’accomplissement incomplet des autres fonctions, mais encore se trouve en harmonie avec le mode de développement, la marche des symptômes et la nature de tous les phénomènes consécutifs. Nous devons dire cependant que puisque la chlorose est à peu près exclusive à la femme, et que d’ailleurs l’organe gestateur est presque toujours dérangé dans le plus grand nombre des cas, il est très probable qu’un état maladif de la matrice soit le point de départ le plus fréquent de l’innervation vicieuse de l’organisme qui constitue l’affection chlorotique.

Quoique la chimie nous ait révélé la présence du fer dans le sang (2) ; quoique ce métal semble se

(1) Nous lisons actuellement dans l’excellent Compendium de MM. L. Dclcibergc et Mojmeret, que le docteur Copland (Dict. of pract. med. part. p. 317), regarde aussi la chlorose comme étant le résultat d’une asthénie du grand sympathique.

(2) M. Barruel a eu l’ingénieuse idée de proposer de faire frapper une médaille avec la quantité de fer qu’on pouvait retirer du sang d’un cadavre. La femme d’une des célébrités de 1 ecole de médecine de Paris porte une bague de fer provenant du sang qu on retira à son mari pendant le cours d’une grave maladie.

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trouver moins abondamment dans celui des chlorotiques, nous ne pouvons admettre avec M. Pujol{\) , que l’affection qui nous occupe soit le résultat de la déferruginalion du fluide sanguin ; lors même que l'absence du fer serait la condition matérielle du sang des chlorotiques, ce qui est loin d’être prouvé , il faudrait toujours remonter aux causes premières, et rechercher la source de cette altération.

Les causes prédisposantes de la chlorose que nous préferons appeler hyperhydrémie , sont nombreuses et variées. Les unes sont générales et les autres sont propres à l’individu. Parmi les premières on range le sexe féminin, l’âge de la puberté, une disposition héréditaire , une croissance rapide et prématurée, uue constitution faible, mélancolique; un tempérament lymphatique , scrophuleux , nerveux, la privation des jouissances physiques de l’amour ou l’abus de ces mêmes jouissances ; l’état de veuvage, l’onanisme, la suppression brusque et continue des régies , leur écoulement trop abondant, les fréquentes hémorrhagies; enfin, toutes les circonstances qui peuvent troubler l’innervation, telles que les affections morales tristes , les chagrins, les contrariétés , la nosthalgie , 1a. tristesse , la captivité, la mélancolie qui accompagne une passion malheureuse ;

(1) Mémoire sur la chlorose ; séance de l’académie de médecine, 31 octobre 1837.

Pallealomnis amans, color hic est aptus amanti ( Ovule).

Les causes générales de la chlorose sont l'habitation des lieux bas, humidps, froids, et non exposés aux rayons solaires, entr’autres les carrières, les mines, les cachots, les caveaux des tisserands , les ateliers bas, les vallées profondes et couvertes de bois, les rues sombres, étroites et mal aérées des grandes villes. Les temps de disette , l’usage prolongé des aliments lourds, indigestes, altérés dans leur nature, l’abus des boissons aqueuses tièdes, du vinaigre, des fruits verts et de toutes les crudités , les fatigues excessives, enfin, le défaut d’exercice, une vie sédentaire molle, oisive et par trop voluptueuse, sont encore des causes de l'asthénie nerveuse qui donnent lieu au trouble des fonctions qui constitue la chlorose.

Symptômes. Il n’est pas de maladie qui inspire un intérêt plus tendre, une compassion plus touchante, que l'état de pâleur, de souffrance et de làngueur d’une jeune fille chlorotique; semblable à une plante privée des rayons bienfaisants du soleil, c’est une fleur qui s’étiole et se fane avant d'être épanouie.

L’invasion de la chlorose s’annonce par un état d’inertie et de mélancolie habituelles ; la malade devient sombre, taciturne, pleure sans cause, soupire involontairement; bientôt à la fraîcheur de son teint, on voit succéder une pâleur extrême; la face présente

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un état général de bouffissure ; le regard est comme voilé , les yeux sont abattus et languissants ; les paupières, qui sont tuméfiées surtout le matin , s’entourent d’une auréole noirâtre qui contraste avec le blanc nacré de la sclérotique et la décoloration des lèvres; la peau est sèche et froide, surtout aux extrémités, le pouls est fréquent et assez large , moins facile à déprimer ; la respiration est pénible; les digestions se troublent ; les déjections alvines deviennent blanches, dures et quelquefois liquides; il survient des battements, des pandiculations, enfin la débilité, les lassitudes spontanées , la propension au sommeil ou plutôt au repos, augmentent de jour en jour ainsi que tout l’ensemble des symptômes.

La malade éprouve de fréquents besoins de faire des inspirations profondes souvent très fortes et qui se manifestent surtout et s’accroissent par la marche, l'action de monter, un exercice même léger, et enfin une émotion quelconque de l’âme. L’auscultation au moyen de stéthoscope fait reconnaître que les battements du cœur, sont presque toujours plus forts qu’à 1 état normal. Les artères carotides, qui sont le siège de violentes pulsations, font entendre des résonnances anormales. Quelquefois c’est un bruit de soufflet simple ou d’un souffleta double courant, d’autres fois c’est une vibration prolongée et une sorte de bourdonnement signalé par JW. Bouillaud , sous le nom de bruit de diable , à cause de la grande ana-

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logie qu’il présente avec celui que produit le jouet des enfants, désigné sous le nom de diable. Ces bruits anormaux symptomatiques de la chlorose, qui sont rendus plus sensibles quand la malade se livre à quelque exercice , se font entendre parfaitement dans les artères carotides et sous-clavières, et quelquefois, à un degré moins prononcé, dans les artères crurales. Il suffit pour cela d’appliquer l’instrument anscultateur sur le point le plus saillant de ces artères. En comprimant un peu ces vaisseaux , sans cependant intercepter la circulation , on entend une sorte de ronflement pénible à l’oreille. Si la malade fait un effort prolongé, ces bruits cessent subitement de même qu’ils diminuent ou finissent par disparaître, dans les artères cervicales, quand on éloigne le larynx du vaisseau où ils se fontentendre. Le bruit dediablë sur lequel M. Bouillaud (1) a fixé le premier l’attention, a été expliqué d’une manière fort ingénieuse par le docteur Beau (2), dans un mémoire inséré dans les

(1) Recherches sur les divers bruits du cœur et des artères. Journ. hebd., t. IX, p. 560, 1833.

(2) Le docteur Beau regarde les bruits de diable qu’on observe dans la chlorose, comme étant le résultat du choc du sang contre les parois artérielles, et du manque de proportion entre l’ondée sanguine éxagérée et la capacité du vaisseau. Cette pléthore sui generis , qui paraît d’abord d’autant plus paradoxale, qu’on est convenu que dans la chlorose il y a diminution de la niasse sanguine ou anémie , s’explique cependant , quand on réfléchit que la plupart des symptômes chlorotiques

Archives générales de médecine , du mois de février 1 838. Ce jeune médecin, qui est un de ceux qui cultivent la science avec le plus d'ardeur, a constaté, comme nous avons été à même de le faire, que lorsque la chlorose est bien confirmée, c’est-à-dire accompagnée de bruits artériels, les artères présentent un volume qui

se rapportent à la pléthore , tels que les vertiges, les éblouissements , les tintements d’oreilles , la céphalalgie , la dyspnée , les battements de cœur , la turgescence de la face , la somnolence , etc. Cette surabondance du fluide sanguin coïncidant avec la pâleur , la langueur , l’arrêt de nutrition et d’autres symptômes anémiques , n’est autre chose qu’une exagération des parties séreuses du sang, qui est appauvri et dépourvu de ses qualités nutritives. Si l’on admet qu’il y a une augmentation de la masse sanguine , à cause de l’excès de sérosité qu’elle contient, il est facile de comprendre que le calibre des vaisseaux n’étant plus en rapport avec le volume du fluide qui les parcourt, il doit résulter un clioc et un frottement contre les parois artérielles, qui donnent naissance aux divers bruitssymptomatiques de la chlorose. L’idée de l’existence d’une pléthore séreuse, que nous avons appelée hyperhydrémie , n’est pas nouvelle , puisqu’elle a été soutenue par Berner ( de pletliorâ cum cacocliymiâ complicatâ) , Gœlicke (de cacochymiâ plelhoræ pedisequâ ); — Buchner (de crebiore sanguinis missione fecundâ plethoræ génitrice ). M. Beau rapporte aussi un passage de Boerhaavc ( de morb. nervorum, t. I, p. 158), qui prouve que cet illustre médecin regardait la chlorose comme résultant d’une surabondance de sang séreux. ■< Les fluides sont en excès sur les solides ; leur mouvement se retarde , car la masse à mouvoir est augmentée et la force mouvante est la même. Le corps devient bientôt inactif; la jeune fdle est plus tuméfiée et plus pale , car, a vrai dire , elle ne perd pas la partie rouge de son sang , mais elle acquiert plus de partie blanche qu’il n’en faut proportionnellement à la partie rouge »

est en rapport avec 1 intensité de la chlorose et des bruits; ce volume diminue à mesure que 1 affection se guérit et que le ronflement artériel devient moins sensible. Si dans la chlorose le pouls paraît petit dans certains cas , c’est parce qu’il est mou et très compressible. Il est mou parce que le sang est aqueux et qu’il est chassé mollement par le cœur dont la stimulation est insuffisante ; mais il est plein et développé parce que le fluide sanguin est en quantité surabondante quoiqu’il soit séreux, pâle et pauvre en fibrine. C’est cette augmentation du sérum sanguin chez les chlorotiques, c’est cette sorte de pléthore aqueuse que nous appelons hyperhydrémie , qui détermine tous les symptômes pléthoriques et le lurgor lymphaücus qui accompagnent la chlorose.

Le sang tiré de la veine ou celui qui résulte de la piqûre des sangsues, est pâle et aqueux ; le caillot est mou etdiffluent; la chaleur animale est diminuée; les lèvres, le nez, les oreilles, les mains et tous les organes éloignés du centre circulatoire sont froids et presque glacés , le tissu cellulaire général devient le siège d’une turgescence séreuse qui est surtout plus apparente aux paupières et à la face. Les membres inférieurs, principalement les malléoles, sont le siège d’un gonflement œdémateux, plus sensible le soir, et qui, selon Gardien , diffère de celui qui est propre à l anasarque proprement dit , en ce qu’il ne conserve pas 1 impression du doigt.

A mesure que le mal fait des progrès , les fonctions de l’estomac se troublent de plus en plus ; il se manifeste l*es goûts les plus bizarres et les plus dépravés; les malades préfèrent les substances très sapides, telles que le sel, le vinaigre, les fruits verts; souvent aussi elles recherchent avec avidité des matières indigestes et nullement nutritives, comme du charbon, de la craie, du plâtre, de la terre, dps cendres, des araignées, des mouches ou d’autres insectes aussi dégoûtants. L’appétit diminue graduellement jusqu’à l’anorexie complète ; d’autres fois, au contraire, il est augmenté outre mesure, mais l’ingestion des aliments est suivie d'un sentiment de pression à l’épigastre, de malaise et quelquefois de vomissements. La langue est ordinairement large et recouverte d’un enduit muqueux; il y a des renvois acides, des nausées fréquentes, surtout le matin; il se manifeste une sensation de chaleur et de pesanteur à la région épigastrique, et quelquefois des douleurs nerveuses qui suivent le trajet de l’œsophage et s'irradient jusque sur les épaules. Enfin les malades éprouvent des alternatives de constipation et de diarrhée aqueuse. Leurs déjections alvines sont blanches ;.léurs urines sont peu abondantes, pâles et décolorées comme dans toutes les affections nerveuses.

Les organes sexuels sont ordinairement le siège d’un écoulement leucorrhoïque abondant; le plus souvent il y a non apparition ou suppression des mens-

trues, d’autres fois cet écoulement persiste et dure même plus long-temps que dans l’état normal; mais loin d’alléger les souffrances de la malade, le retour des règles est accompagné d’accidents nerveux les plus variés , de tranchées utérines, de douleurs lombaires, d’un grand affaissement ou même d’une sorte de stupidité. Lorsque la menstruation continue à s’effectuer, le fluide sécrété, qui est pâle et aqueux , se sépare en deux parties distinctes sur le linge qui le reçoit et y forme des taches qui se décolorent en se desséchant. Le système nerveux participe à la langueur générale des fonctions; la malade est mélancolique, triste et indifférente à tous les plaisirs. Elle ’ recherche la solitude, soupire involontairement, pleure sans motifs ; elle est souvent tourmentée par des idées sinistres ; son humeur est capricieuse , bizarre et irrascible; pour elle toute idée de bonheur est évanouie, et dans son désespoir elle parlejsouvent de se donner la mort ; enfin, la nuit, loin de lui procurer le repos, n’amène qu’un sommeil agité et des rêves effrayants.

A ces. désordres de l’appareil sensitif intellectuel , il vient se joindre quelquefois des symptômes nerveux très variés, tels que des tintements d’oreilles , des vertiges, des faiblesses de la vue, des tremblements dans les membres, des névralgies céphaliques, cervicales et dentaires, des palpitations particulières à 1 épigastre, et même, dans quelque cas rares, des accidents hystériques.

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Lorsque la maladie n’est pas entravée dans sa mar-

Iche , les symptômes s’aggravent de plus en plus ; la tète devient le siège d’une douleur assez vive qui se fixe principalement à l'occiput ; la peau prend une couleur verdâtre ou terreuse , le ventre devient dur et tendu , la soif s’allume , la dyspnée, les syncopes et les palpitations augmentent , la diarrhée survient ainsi que la fièvre hectique ; des exacerbations ont lieu tous les jours, l’amaigrissement fait des progrès rapides. Enfin un commencement d'infiltration générale, l’extrême faiblesse, la répugnance invincible pour toute espèce de mouvements, la décomposition des traits et la pâleur violacée des lèvres, annoncent une mort prochaine qui arrive souvent sans secousse, et presque sans douleur, et qui surprend la malade dans un état de marasme complet. Nous terminerons endisantque la durée de la chlorose ne peut être fixée d’une manière précise, mais que lorsque cette affection est bien traitée, elle se termine en général au bout d’un ou deux mois par le retour à la santé. Cependant sur 28 malades traitées par M. Blaud de Beaucaire, un tiers a guéri en moins de vingt jours, et un seul cas s’est prolongé jusqu’au trente deuxième. (Revue méd., 1. 1, p.387, 1832).

Diagnostic différentiel . Quoique les symptômes de la chlorose soient en général bien tranchés, le diagnostic de cette affection n’est pas à l’abri de toute erreur ; nous allons signaler les principaux carac-

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tères pathognomoniques des maladies qui , par la pâleur et la décoloration générale dont elles s’accompagnent, offrent par cela même quelque ressemblance avec la chlorose.

L’anémie est de tous les états morbides celui qui se rapproche le plus de la chlorose ; l’analogie qui existe entre ces deux affections est si grande que M. Àndral , (anat. pathol. 1. 1.), les considère comme une seule et même maladie ; parmi les symptômes qui leur sont communs , on range : la pâleur et la décoloration delà peau, des conjonctives, des lèvres, de la muqueuse buccale ; l’affaissement et la disparition des veines sous cutanées, la faiblesse musculaire, les lypothymies au moindre exercice, les engorgements œdémateux, les dérangements des fonctions gastro-intestinales, les mêmes phénomènes à l'auscultation. Quoique ces symptômes existent dans la chlorose et dans l’anémie, on distinguera ceux qui dépendent de la première de ces affections , parce qu’ils sont toujours portés à un plus haut degré et accompagnés de désordres nerveux si tranchés qu’ils forment un des caractères essentiels de la maladie. On trouvera surtout des différences propres à établir un bon diagnoslic en remontant aux causes et se rappelant la marche du mal. La chlorose a ordinairement une marche lente, elle se manifeste presque exclusivement chez les femmes à l’époque de la puberté , et souvent elle survient sans cause connue et sans lé-

DK LA CHLOnOSF.

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sion appréciable. L’anémie, dont la source est toujours assez facile à découvrir, débute au contraire assez promptement, surtout lorsqu’elle succède à des pertes de sang spontanées ou provoquées. D’ailleurs, elle s’observe indistinctement chez l’un et l’autre sexe et à tous les âges. L’analyse chimique du sang pourrait également éclairer le diagnostic : dans la chlorose, il y a surabondance de sang séreux, tandis que dans l’anémie proprement dite, qui est un état passager, il y a simplement diminution de la masse du sang. La première de ces maladies détermine la pâleur, parce que le fluide sanguin est lui-même décoloré, tandis que le même phénomène n’a lieu dans la seconde que parce que les vaisseaux sont presque vides et en quelque sorte exsangues.

L ictère pourra être facilement distingué de la chlorose , par la coloration jaune et la nature des selles et des urines , la teinte jaune de la sclérotique qui est toujours d’un blanc nacré dans la chlorose , enfin par l absence des symptômes nerveux, des palpitations et surtout des bruits anormaux des artères. On évitera également de confondre l’anasarque avec l’affection qui nous occupe, en se rappelant que la turgescence œdémateuse qu’on observe aux pieds et aux jambes et quelquefois sur toute la surface du corps, n’est que momentanée dans la chlorose , et qu’elle n’existe que le soir pour disparaître pendant la nuit.

En outre, le gonflement œdémateux, le iurgor chloroticus, ne conserve pas l’impression des doigts comme dans l’anasarque, à moins que la maladie ne soit parvenu à une période très avancée. La pâleur, la dyspnée, les palpitations, les bruits anormaux du cœur et des artères , les étourdissements, le gonflement œdémateux des jambes que l’on rencontre dans la chlorose, sont autant de symptômes d’une maladie organique du cœur. Dans ce cas , la méprise peut avoir de graves conséquences, car le traitement diffère essentiellement. Cependant l’apparition et la cessation subite des phénomènes et surtout des bruits

anormaux du cœur, les symptômes de congestion cérébrale par intervalles, ne permettront pas de croire à l’existence d’une lésion organique permanente. D’ailleurs l’enchaînement des symptômes , l’âge, le sexe, le tempérament des malades, la nature du pouls, la marche de la maladie, enfin l’amélioration qui survient par l’usage des préparations martiales et des toniques , suffiront, dans le plus grand nombre de cas, pour établir un diagnostic certain. 11 est bon en outre de se rappeler que dans les maladies du cœur, la peau est moins altérée, les pommettes sont généralement colorées , la face est parfois vultueuse, enfin que les lèvres sont livides et gonflées, ce qui n'a pas lieu dans la chlorose. INous croyons inutile de parler du diagnostic différentiel des dégénérescences et. des affections chroniques de l’estomac, de la gas-

tralgie, de latympanite, les irritations intestinales, etc. , qui souvent donnent lieu à une pâleur qui a quelque ressemblance avec celle qui suit l’affection qui fait le sujet de ce chapitre. Nous passerons égalementsous silence les diverses dégénérescences cancéreuses et tuberculeuses qui, aune certaine époque de leur durée, ont la pâleur et la teinte jaune paille pour symptômes. Toutes ces maladies se révèlent à l’observateur par la localisation pathologique qui les constitue, et offrent des caractères distinctifs et des circonstances commémoratives qui ne permettent pas de les confondre avec l’affection qui nous occupe.

Le pronostic de la chlorose est en général favorable lorsque la maladie est simple et récente ; elle n’est nullement dangereuse par elle-même , et souvent elle disparaît par le simple changement d’air et de régime. Quand on peut placer la malade dans de bonnes conditions hygiéniques et morales , il est surprenant de voir avec quelle promptitude cette affection disparaît. Sous l’influence d’une thérapeutique bien dirigée , on voit cette existence qui semblait s’éteindre se ranimer presque subitement. Mais lorsque la maladie est abandonnée à elle-même, ou est combattue par un traitement non rationnel , elle se complique souvent de lésions organiques de l’estomac, du cœur , des poumons , du foie , de la rate et de diverses hydropisies qui entraînent promptement les malades au tombeau. Chaque période de la maladie

n’ayant pas une durée déterminée, le pronostic ne peut être basé que sur l’ancienneté du mal et sur la nature des complications. On doit également tenir compte de la constitution du sujet, de sa manière de vivre , de ses occupations et des circonstances hygiéniques. La chlorose qui survient après l'apparition des règles est plus fâcheuse que celle qui se manifeste chez une jeune fille qui n’est pas encore réglée. Quoiqu’on croie généralement que les femmes chlorotiques sont presque toujours stériles ou du moins ne donnent naissance qu’à des enfants faibles et maladifs , nous pensons que cette opinion n’est vraie que pour les personnes chez lesquelles l'affection s’est montrée avec une grande intensité et pendant une longue durée.

Le traitement de la chlorose présente deux indications principales à remplir , qui consistent à éloigner autant que possible les causes prédisposantes et les influences morbifiques appréciables qui ont produit ou qui entretiennent la maladie, et à recourir en même temps à l’emploi des moyens qui ont la propriété de donner de l’énergie à la nutrition et à la sanguinification. D’après ces considérations, nous divisons le traitement en hygiénique et en pharmaceutique.

Quelle que soit la cause qui ait donné naissance à la chlorose, on devra soustraire la malade à l’impression du froid et de l’humidité j elle devra respirer un air

sec, pur et d’une chaleur modérée : c’est pour cette raison que le printemps et l’automne sont plus favorables à la guérison de cette affection. On conseillera un pays sec, bien aéré, soumis à une insolation prolongée, et principalement l’habitation des montagnes. Les vêtements qui , par la nature de leur tissu , excitent légèrement la peau, seront préférés aux auîres. La flanelle portée à nu sur la peau, et surtout les frictions alcooliques et aromatiques sur toute la surface du corps, seront également conseillées dans le but de réveiller l’action des vaisseaux capillaires , d’y attirer le sang et de favoriser la transpiration. La nourriture se composera de viandes rôties, d’œufs frais, de végétaux farineux, de fruits mûrs, de plantes amères, aromatiques, telles que la chicorée, le céleri. Pour boisson pendant le repas , on emploiera avec avantage un mélange d’eau ferrée avec du vin de Bordeaux, ou encore mieux du vin de Bourgogne, qui contient en plus grande quantité des substances astringentes (1). Hors les repas la malade pourra se désaltérer avec une boisson rafraîchissante, légèrement acidulée. Cependant , quoique le régime doive être strictement, suivi , il ne faudrait pas être trop exclusif; si l’on rencontrait une grande répugnance

(1) On pourra préparer de l’eau ferrée gazeuse avec la poudre du docteur Quenesville. Cette eau, qui est d’une administration facile, est ordinairement prise avec plaisir par les malades.

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à remplacer les aliments nuisibles qui appètent les malades, il faudrait d’abord respecter leurs goûts, quelque bizarres qu’ils paraissent, et les satisfaire, à moins qu’ils ne portent sur des substances évidemment nuisibles. On commencera toujours par régulariser les repas, par supprimer les fruits , la salade, les crudités ; on devra du reste en cela consulter les fonctions digestives et ne proscrire tout-à-faitque les aliments mal digérés.

Quelle que soit l’aversion quel’exercice inspire aux chlorotiques, on devra insister sur son emploi en le proportionnant toujours à Tétât des forces. Si la faiblesse musculaire était trop grande pour que la malade puisse se livrer à la marche , on devrait avoir recours aux exercices mixtes ou passifs. Les promenades en voiture, ou encore mieux à cheval, surtout à la manière des hommes, et faites dans des lieux ouverts et élevés, où l’air est pur , sont des exercices convenables, principalement si Ton peut joindre les charmes de la conversation aux douces distractions que donne la diversité des sites et des paysages. Les promenades sur l’eau qui impriment une modification heureuse à tous les organes , la danse qui réunit à tous les avantages de l’exercice celui de plaire aux jeunes personnes et de produire une stimulation favorable par la présence des individus d’un autre sexe, la musique qui produit une excitation salutaire chez les personnes lymphatiques, enfin les bains de mer.

et l’exercice de la natation dans l’eau de rivière, sont autant de moyens hygiéniques qu’il sera bon de conseiller surtout aux femmes nerveuses , tristes , mélancoliques et d’une grande sensibilité morale. On ne saurait trop recommander les voyages aux personnes chez qui la maladie est entretenue par des chagrins cuisans ou une affection morale quelconque; l’usage des eaux minérales prises à la source, offre sous ce rapport des ressources inappréciables, non seulement par l'action médicamenteuse des eaux elles-mêmes, mais encore parce que les malades y trouvent tous les agréments d’une société nombreuse et brillante et des distractions sans cesse renouvelées. Les eaux qui ont été plus spécialement recommandées, sont celles de Spa, de Plombières, de Vichy, dePyrmont.

L’usage des corsets trop étroits sera interdit, le sommeil ne devra être prolongé que pendant huit ou neuf heures, et l’on aura soin que le lit de la malade ne soit ni trop chaud ni trop mou , parce que les lits de ce genre augmentent souvent la faiblesse et la constipation, aux femmes très impressionables, surtout à celles dont l’état chlorotique s’est développé et se trouve entretenu sous l’influence d’un amour contrarié; on interdira les boissons excitantes, l'usage du vin, et des aliments trop nutritifs , les émotions vives , les fréquentations des bals et des spectacles, la lecture des romans trop passionnés , la vue des peintures lascives, enfin on éloignera autant que pos-

sible toutes les circonstances capables d’émouvoir la sensibilité et d’exciter trop vivement les passions. C’est surtout dans ce cas qu’on devra insister sur les boissons tempérantes, les bains tièdes, et surtout sur une distraction qui doit être de tous les instants.

Le traitement pharmaceutique de la chlorose, accompagnée ou non de troubles dans le flux menstruel, consiste à rétablir le ton de tous les systèmes à l’aide d’une médication tonique et excitante. De tous les agents thérapeutiques, le fer est celui qui, par son efficacité constante, doit être placé en première ligne.

Ce métal, regardé avec raison comme un spécifique de la chlorose, a été administré seul ou associé à une foule d’autres substances, telles que les extraits de chicorée, de persil, d’absinthe , de gentiane , de chardon bénit, de quinquina , de rhubarbe, etc. On l’a prescrit également en l’unissant à des substances emménagogues , comme le safran et l'aloës, etc., ou avec la canelle , la conserve de rose , l'anis, le tartrate de potasse, le jus de citron, le chocolat , le vin blanc, (vin chalybé). Enfin il a été ordonné sous toutes les formes, à l’état métallique très divisé, à l’état d’oxyde (éthiops martial), à l’état de sel, sulfate de fer ( couperose verte ) , tartrate de potasse et de fer (boule de Nancy), sous-carbonate de fer (safran de mars apéritif), qui est préféré aujourd’hui, soit incorporé dans un sirop, dans un élecluaire, soit ad- I ministre sous la forme de pilules, de pastilles , de

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poudres, etc, depuis la dose de six à huit grains jusqu’à un demi gros ou un gros, deux ou trois fois par jour (1 ).

Le docteur Blaud de Beaucaire , pensant que le sous-carbonate de fer ne jouissait de toutes ses propriétés curatives que lorsqu'il était modifié de manière à ne pouvoir être repoussé par les voies absorbantes et surtout quand il était administré à dose suffisante, a proposé la formule suivante comme remplissant mieux ces deux conditions essentielles. Pr. sulfate de fer, et sous-carbonate de potasse, de chaque une demi-once ; réduisez séparément ces deux substances en poudre très fine, puis mêlez peu à peu très-exactement; ajoutez mucilage de gomme adragant, quantité suffisante; pilez fortement et faites une masse que vous divisez en quarante-huit bols. « Il résulte de ce mélange une décomposition

réciproque des deux sels. Le sous-carbonate de fer

ainsi formé, étant dans un état de division extrême , devient plus facilement absorbable , en même temps qu’il acquiert par sa composition chimique une plus grande activité. Le sullate de potasse qui s’y trouve aussi, favorise doublement son absorption, en déterminant sa marche sur la muqueuse du canal digestif

(1) Les médecins anglais, surtout le docteur B. Hutchinson , ont retiré de grands avantages du sous-carbonate de fer porté à la dose d’un gros à trois gros par jour en trois fois. (Journal d’Edimbourg. T. 18. P. 321, et 411).

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par la contraction qu’il produit dans ce tube , et eu excitant les absorbans lymphatiques qui viennent s’y ouvrir» (1).

M. Blaud fait prendre les trois premiers jours une pilule le matin à jeun, et une le soir en se couchant. Les 4% 5e et 6e jours, il augmente d’une pilule après midi; les 7e, 8e et 9e jours, deux pilules le malin et deux le soir; les 10e, 11e et 12e jours, deux de plus dans l’après-midi; les 13e, 14e et 15 jours, trois pilules le matin et trois le soir; le 16e jour et les suivants, quatre pilules trois fois par jour. Il continue cette dose autant de temps qu’il en a fallu pour dissiper les symptômes de la maladie, et revient ensuite ' par gradation aux doses primitives.

A peine, dit M. Blaud , le médicament est-il introduit dans l’économie, quelles que soient la durée et 1 intensité de la maladie, un mieux sensible se manifeste; il apparaît quelquefois le deuxième jour, le premier jour même du traitement, après des années de souffrances, et, chose remarquable, sans le secours d’aucun auxiliaire. On n’a plus qu’à noter une amélioration progressive, ordinairement rapide, dont rien ne suspend le cours, même chez les individus atteints de cardialgie, de diarrhée, etc., symptômes qui sembleraient contrindiquer tout médicament tonique. D’abord une légère teinte rosée se

(1) Mém. sur les malad. chlorotiques.’ Revue méd. T. 1, p. 337. 1832.

I répand sur le système cutané, principalement à la face, et les yeux reprennent l’éclat qu’ils avaient perdu. En même temps, ou peu après, les symptômes de réactions nerveuses, celte gastralgie que rien ne peut calmer, cette insomnie, des bourdonnements, cette céphalalgie , qui se montrent rebelles à tous les moyens, diminuent d’une manière sensible et ne tardent pas à se dissiper. La respiration devient aussi plus libre', le pouls moins fréquent, les palpitations moins intenses et plus rares, l’infiltration des membres se dissipe, les forces musculaires se rétablissent, l’appétit revient, la morosité s’évanouit, un sentiment de bien-être général succède à ce malaise rongeant qui rendait si déplorable l’existence des malades, et bientôt toutes les fonctions organiques rentrent, comme par miracle, dans leur état normal. »

La dose à laquelle il faut porter graduellement le sous-carbonate de fer est d’un gros par jour ; mais il est très-important de ne pas cesser tout d’un coup le traitement au moment où le retour à la santé est imminent. M. Elaud recommande de continuer l’usage du remède aussi longtemps qu'il le faut pour dissiperles symptômes, et il regarde corn me très-important pour assurer la guérison, de revenir aux doses primitives en suivant une marche inverse. En même temps qu’on soumettra les maladesà cette médication,

on leur prescrira pour boissons pendant le repas,

soil. les eaux minérales naturelles ferrugineuses de Spa, de Passy, de Forge, coupées avec du vin, etc., soil tout simplement -de l’eau ordinaire, dans laquelle on a plongé des moi ceaux de fer neuf, ou bien qu'on a préparée au moyen d’une poudre ferrée, dont nous avons déjà publié la formule. (Nouv. ForrnuLmagisl. , par Bouçhardat 1840.) (1). Pour augmenter l’efficacité de ce traitement, il sera bon de prescrire en même temps des frictious alcooliques sur tout le corps, et l’usage d’une tisane légèrement stimulante, telle qu’une infusion de mélisse, d’armoise, d’hysope, de racine d’angélique, etc.

On peut également associer au fer d’autres toniques, tels qu’une tisane de houblon, de gentiane, de petite centaurée, de chardon béni, etc.

Dans sa thèse 51, 1833, M. Ballard dit avoir retiré des effets avantageux du tan de l'écorce de chêne ou de marrotiier d’Inde. Le tannin, vanté par M. Pezonni, est également un excellent moyen thérapeutique de la chlorose; il peut être administré, soit associé à l’opium, au fer ou en décoction vineuse ou aqueuse , soit, ce qui est préférable., sous la forme

(t) Nous faisons préparer l’eau gazeuse ferrée de la manière suivante : % sulfate dv fer pur 1/2 gros — 2 grammes: acide tar- Irique 1 gros 1/2 — 6 grammes : sucre 3 gros — 12 grammes. Pulvérise/, mêlez et divisez en 12 paquets dans du papier blanc. D’imtre part, bicarbonate de «Wilde 2 gros — 8 grammes: sucre 3 gros — 12 grammes, mêlez et divisez en 12 paquets égaux dans du papier bleu. On fait dissoudre séparément chacun de ces paquets dans un demi verre d’eau; on mêle ensemble les deux eaux que l’on avale au moment de l'effervescence.

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de pilules , depuis 60 jusqu’à 1 00 grains que l’on fait prendre en plusieurs fois dans les vingt-quatre heures.

La constipation qui est un symptôme aussi constant que pénible , sera combattue par les lavements et par les laxatifs. Les purgatifs pourront aussi être employés dans le même but; souvent ils déterminent une stimulation qui prend une grande part à la guérison. Le docteur Hamilton qui regardait la constipation comme étant la cause principale de la maladie, recommandait les pilules d'aloës et de gomme gutte, ainsi que la poudre et la teinture de jalap. La rhubarbe administrée à la dose de 6 à 15 grains, au commencement des repas , nous paraît le moyen le plus convenable , à cause de ses propriétés toniques et purgatives. On ne devra donc avoir recours aux drastiques qu avec la plus grande réserve , et lorsque la rhubarbe et les lavements seraient insuffisants pour faire cesser la constipation. Il faudrait les rejeter lout-à-fait si la maladie était très avancée ou était compliquée d’une lésion de l’estomac, du foie ou des autres viscères. Les vomitifs, qui d’abord ont été conseillés par Mercatus, médecin de Philippe II roi d’Espagne ( Gynœciorum, sive de mulierurn etc . 1554), peuvent convenir quand le mal est compliqué d’un embarras gastrique. Baillou {de virgin. et mulier. morb. 1643), rapporte que tous les remèdes employés pour la guérison de la fdlc d’un orfèvre, âgée de 18 ans, et

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affectée de chlorose avaient été sans succès; le même auteur ajoute que cette jeune malade fit une chute de voilure qui lui causa beaucoup de frayeur, mais qui donna lieu à un vomissement très-abondant de hile ; dès ce moment l’appétit revint , la face reprit sa couleur naturelle et la santé fut parfaite en peu de temps. Si l’on jugeait nécessaire de recourir à l’emploi d’un vomitif, l’ipécacuanha devrait être préféré à tout autre , à cause de son action moins énergique et de la propriété tonique qu’il possède.

L’électricité conseillée par MM. Sigaud-Lafond, Mciudayt , Nauche, Loudon et quelques autres, ne doit être employée, selon nous, qu’avec circonspection et seulement après avoir rendu au sang et aux autres fluides leurs qualités physiologiques; sans cette précaution , l’électricité serait non seulement inutile mais même dangereuse, parce qu’elle augmenterait les accidents qui résultent de V hyperhydrémie ou pléthore séreuse , surtout si le sang se portait à la tète ou à la poitrine.

Quoique la saignée soit proscrite par Van-Hclmord, Hoffmann , Sydenlum, Gardien , Desormeaux et plusieurs praticiens distingués, nous pensons qu'une petite saignée révulsive peut être avantageuse, lorsqu’il y a un engorgement utérin avec hémorrhagie, et dans les cas où les malades sont tourmentées par de violentes palpitations et des symptômes de pléthore séreuse trop intense. Nous terminerons en disan

que les accidents nerveux, tels que la gastralgie, la céphalalgie , la névralgie faciale , la mélancolie, etc, se dissipent ordinairement très vite par l’administration du fer et les soins hygiéniques , et n’exigent pas d’indications spéciales; nous ajouterons aussi qu’on ne devra jamais chercher à rappeler les règles qui n’auraient pas reparu d’elles-mêmes, qu’après avoir guéri la chlorose et s’être convaincu que les organes d’assimilation ont repris leurs fonctions. Dans ce but, on associera à la limaille ou au sous-carbonate de fer, les emménagogues, tels que le safran, l’aloës, l’armoise , etc. Les pilules de Ru/us , et surtout celles de Fuller , à la dose de vingt grains chaque matin , pourront également être prescrites conjointement avec les pédiluves , les bains de siège, les ventouses aux cuisses et autour du bassin ; enfin , la plupart des moyens que nous avons signalés en parlant du traitement de l’aménorrhée.

Si , comme le fit Erasistrat à la cour de Séleucits, roi de Syrie, on découvrait qu’une inclination amoureuse était cause de la maladie , on devrait toujours permettre le mariage en espérance , mais 11e le conseiller en réalité que lorsqu’une médication bien dirigée aurait rendu la santé, qui serait à jamais assurée en suivant le précepte donné par Hippocrate : (( Equidern virginibus suadeo, quitus taie quid accidit , ut citissime cum vins conjungantur ; si enim conceperint, sanæ eçadunt. (lit. de mort, virgin.)

loi 8 LÉSIONS DE FONCTIONS.

Pour compléter , autant que possible , ce que nous avions à dire sur la maladie qui a fait le sujet de ce chapitre , nous croyons devoir ajouter les seules analyses qu’on ait faites du sang de chlorotiques. En prenant pour point de comparaison le sang de femmes en bonne santé et en opérant sur 1 ,000 parties, ces analyses , dues à MM. Foedich et Lecanu , ont fourni le résultat suivant :

Analyse de M. Fœdich. . Cruor Sérum Fibrine Eau Fer

Sang de femme saine. . . . 124,00 86,01 23,11 736,87 8,01

idem 144,00 89,20 23,01 752,73 9,01

Sang de chlorotique 91,41 95,61 6,40 826,28 5,50

idem 83,90 92,21 6,51 850,73 3,01

Analyse da M. Lecanu sang d'une chloroti-

que : eau 862, 40. globules 55, 15. albumine , matières fixes , grasses , extractives 82, 45 ; total 1 ,000. On voit , d’après les résultats obtenus par ces habiles expérimentateurs , qu’il ne reste aucun doute sur l’augmentation de l’eau et sur la diminution proportionnelle des globules et du fer dans le sang des chlorotiques.

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