‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 73 sur 86 · DE LA PHLÉBITE UTÉRINE · texte numérisé non relu

DE LA PHLÉBITE UTÉRINE

De toutes les maladies qui peuvent être la suite de l'accouchement , la phlébite utérine est certainement

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l’une des plus fréquentes et des plus redoutables : obscure dans ses symptômes, insidieuse dans sa marche et ses complications, elle avait été méconnue par les anciens, qui, étant privés des secours de l’anatomie pathologique, ne pouvaient avoir que des idées incertaines sur la nature de celte affection. Si elle avait été entrevue par Leake, Chaussier, Schwilgué , Clarck , Wilson , Meckel, M. Ribes , et Husson, elle était à peu près tombée dans l’oubli lorsque Dance et plus tard M. Tonnelé , ont fixé de nouveau sur elle l’attention des praticiens en publiant plusieurs observations qui en complètent l’histoire. Depuis, toutes ces observations ont été plus que confirmées, par les travaux de MM. Rreschet , Amiral, Louis, Cruveilhier, Perreau, Cornjet de Pampelune et quelques autres.

Parmi les causes de la phlébite utérine, on doit ranger un travail long et pénible, pendant l’expulsion du fœtuset certaines prédispositions individuelles; la compression exercée pendant longtemps parla tête de l’enfanl sur le col de la matrice; une température froide et humide et surtout pendant l’hiver, l’encombrement des salles destinées aux femmes en couche; enfin les tractions exercées sur le placenta immédiatement après l’accouchement, de telle sorte que les veines utérines, séparées trop brusquement des parties avec lesquelles elles sont en contact, restent béantes et

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accolées directement avec une surface enflammée, avec des lochies ou des caillots de sang décomposé et quelquefois avec des parties de placenta putréfiées et ramollies. Dans tous ces cas, les veines utérines sont à peu près dans les mêmes circonstancesque lorsqu’elles avoisinent une plaie de mauvaise nature, et par conséquent dans toutes les conditions pour être enflammées.

A ces causes de phlébite utérine, nous joindrons l’injection de liquides glacés et astringents dans la cavité de l’utérus pour arrêter une hémorrhagie inquiétante, la suppression de la sécrétion du lait, une compression dans la région hypogastrique, les écarts de régime, l’exercice prématuré, la trop grande susceptibilité des accouchées, enfin toutes les imprudences commises par elles à la suite de l’accouchement, surtout l’inflammation latente de la muqueuse ou du tissu propre de l’organe gestateur.

Marche et siège . L’inflammation des veines de la matrice débute ordinairement à l’emboucbure des sinus utérins, mis à découvert par le décollement du placenta, comme le fait une amputation à l’égard des

veines d’un membre. La phlegmasie gagne bientôtles veines où se rendent les sinus utérins, qui. par contiguïté, transmettent l’inflammation au tissu propre de l’utérus, ce qui constitue une phlébite utérine parenchymateuse compliquée de métrite ; nous devons

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dire cependant que cette dernière affection peut précéder la phlébite, et que celle-ci peut s’étendre hors de l’enceinte des parois de la matrice, suivre la direction des veines utérines fournies par l’hypogastrique, et souvent remonter les veines ovariennes jusqu’à la veine cave inférieure. Il est bon d’ajouter aussi que la phlébite peut n’exister que d’un seul côté de la matrice, et que c’est le plus souvent le côté droit qui est affecté, probablement parce que l’implantation du placenta a plus fréquemment lieu de ce côté que du côté gauche.

Les symptômes de la phlébite utérine varient selon la période de la maladie ; dans la première période, le mal qui est purement local s’annonce ordinairement du deuxième au troisième jour par les symptômes de la métrite, c’est-à-dire par des frissons irréguliers, une pression constante sur la région lombaire, une douleur bornée à l’hypogastre et les fosses iliaques, souvent d’un seul côté, qui est celui auquel correspond 1 insertion du placenta dans la matrice. A ces symptômes il faut joindre la suppression brusque des lochies, l’affaissement des seins, la petitesse et la fréquence du pouls , la sécheresse de la peau la rougeur et l'aridité de la langue ; l’engorgement du globe utérin qui augmente au lieu de diminuer à mesure que l’inflammation fait des progrès; enfin, un écoulement par la vulve de matières puriformes,

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épaisses, sanieuses, ordinairement fétides ; la tuméfaction , la douleur du col utérin et la sensibilité de l’hypogastre qui est plus vive que celle qui a lieu ordinairement après l’accouchement.

La deuxième période, qui est celle où la suppuration se forme, se distingue par la diminution des douleurs locales et par le développement dans le tube digestif de produits gazeux; enfin la troisième période, marquée par l’absorption du pus dans le torrent de la circulation , offre des symptômes généraux d'un caractère plus grave ; ainsi, il y a alors exaltation d’idées, et le plus souvent délire ; la peau devient terreuse ; les yeux sont caves, les pupilles dilatées, la face est grippée et se couvre d’une sueur froide, enfin il survient une sorte d’insensibilité qui ôte aux malades la conscience de leurs douleurs ; quelquefois les membres sont le siège d’un gonflement subit, d’une fluctuation évidente et d’un empâtement douloureux et offrant tous les signes d’un abcès situé profondément. Plus tard,' tous ces symptômes s’aggravent, les extrémités se refroidissent, le pouls est plus fréquent et plus dépressible; et à ces symptômes viennent se joindre la loquacité, un rire sardonique continuel, la carphologie, le hoquet, les défaillances, et la mort qui met fin à tous ces désordres.

Le diagnostic de la phlébite au premier degré diffère peu de celui de la métrite, et ce n’est que par les symptômes propres à dénoter le passage du pus dans

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la circulation, que la phlébite peut être réellement démontrée. On peut croire à l’extension de la maladie aux gros troncs veineux, lorsqu’il existe de l’œdémalie aux membres abdominaux et un certain empâtement au bas- ventre. Enfin , il est un signe de beaucoup de valeur pour distinguer la phlébite, c’est le développement des veines extérieures et superficielles des parois abdominales; enfin, l’inflammation veineuse se distingue de la péritonite, par l’acuité des douleurs dans cette dernière maladie, et surtout par leur extension sur toute la cavité abdominale. Enfin, dans la phlébite, le délire est plus prédominant et les frissons qui annoncent la suppuration des veines utérines sont plus marqués et reviennent périodiquement comme dans un accès de fièvre pernicieuse, ce qui n’a pas lieu dans la péritonite.

Le pronostic de la maladie qui nous occupe est aussi variable que sa durée; cependant on peut le regarder en général comme très-grave, quoique dans beaucoup de cas on pourrait d’abord arrêter sa marche avec autant de facilité que dans une phlébite ordinaire. Mais l’incertitude du diagnostic dans la première période, et surtout la négligence des malades ou des personnes qui les entourent à demander des secours, rendent le pronostic presque toujours fâcheux. En général, lorsque l’inflammation est bornée aux veines des parois de l’utérus, on peut beaucoup espérer des ressources de l’art et des efforts

de la nature j mais lorsqu’elle s’étend sur les veines ovariques, l’infection purulente et ses suites sont beaucoup à redouter. Cette phlegmasie, en un mot, est toujours plus grave que la mëtrite simple. Elle se termine ordinairement dans le courant ou vers la fin du troisième septénaire ; mais elle peut aussi se prolonger plus longtemps et devenir mortelle quatre mois après son début, ainsi que le prouve la dixième observation du mémoire de M. Dance.

Les lésions cadavériques varient selon le temps qu’a duré la maladie. Lorsqu’elle s’est peu prolongée, les parties sur lesquelles s’appuyait le placenta sont rouges et recouvertes par un putrilage noirâtre, la matrice est toujours plus volumineuse que ne le comporte le temps écoulé depuis l’accouchement, et les veines utérines sont béantes et contiennent plus ou moins de pus. Si la phlébite a duré quelque temps, le tissu de la matrice est ramolli , et lorsqu’on l’incise , la pression en fait sortir des gouttelettes de pus, et souvent on en trouve jusque dans les veines ovariques, hypogastriques et iliaques externes, et quelquefois la cavité abdominale est le siège d’un épanchement séro-purulent et les interstices musculaires des membres supérieurs et inférieurs et même les articulations, présentent aussi de vastes foyers purulents. Enfin le cerveau est plus ou moins congestionné, et l’on trouve dans quelques

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cas la rate, le foie^et les poumons envahis également par la suppuration.

Le traitement de la phlébite doit varier selon que cette affection est à la première période des symptômes ou aux deux autres, c'est-à-dire à celle de la suppuration et du passage du pus dans le torrent circulatoire.

Le traitement de la première période se compose de saignées générales , de sangsues à la vulve, à la partie interne des cuisses, à l’anus, enfin de tous les antiphlogistiques employés avec énergie, tels que les injections émollientes et souvent répétées, les grands bains, les cataplasmes sur l’hypogastre, avec addition de quelques gouttes de laudanum, la diète absolue, les boissons et les potions adoucissantes et calmantes, enfin l’éloignement de toutes les circonstances qui peuvent émouvoir ou troubler la malade.

Pendant la période de suppuration, les saignées générales sont encore quelquefois utiles; mais c’est surtout l’administration du tartre stibié et de l’ipécacuanha à hautes doses, qui offrent des chances de succès. Nous avons eu une fois occasion de constater les bons effets de l’émétique, ainsi que l’avaient fait avant nous MM .Nauche et Nonat. On pourra joindre à ces moyens des injections avec une dissolution chargée de chlore, et s’il existait des symptômes de résorption purulente, il serait peut-être bon de tenter

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la transfusion du même liquide dans les veines voisines du point affecté ^ afin de lâcher de soustraire les malades à une mort certaine. On pourra aussi avoir recours à l’emploi des révulsifs énergiques, aux sinapismes, aux vésicatoires appliqués aux cuisses et aux jambes, enfin aux sudorifiques et à tous les excitants du système cutané , surtout à l’acétate d’ammoniaque, à la dose de cinq à six gouttes par lasse de tisane ; il serait bon d’associer à ces moyens des médicaments ayant une action sédatrice du système nerveux, tels sont le camphre; l’assa-fœtida, le quinquina et tous les amers 5 enfin si la phlébite utérine était compliquée, on devrait modifier les moyens à employer selon les complications. Il est bon d’ajouter aussi que, malgré la prostration et la faiblesse du pouls, les saignées générales peuvent encore être utiles, car il a été démontré par des expériences sur les animaux, que les évacuations sanguines étaient un des meilleurs moyens de modérer l'effet fâcheux de l’introduction des matières putrides dans la circulation.

1)ES AUTRES PHLEBITES PUERPERALES.

La phlébite survenue à la suite de l’accouchement a été aussi observée sur les veines hypogastriques, iliaques externes, iliaques primitives, sur les veines

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crurales et sur la veine ^cave inférieure. Cette affection se reconnaît au gonflement et à la douleur qui se développe daus le trajet de la veine enflammée, à la tuméfaction du tissu cellulaire voisin, qui se prolonge quelquefois sur tout le membre ; enfin à la sensation d’une sorte de cordon étendu dans la direction du vaisseau et roulant sous le doigt qui le comprime. Les causes de ces diverses phlébites puerpérales sont les mêmes que celles de la phlébite utérine ; aussi les combat-on par les mêmes moyens, c’est-àdire par les saignées générales, par l’application de sangsues à l hypogastre, faites dés l'apparition des symptômes et répétées jusqu’à la cessation de la douleur; par les cataplasmes émollients et les bains prolongés pendant trois ou quatre heures; par des irrigations dans la matrice à l’aide d'une seringue refoulante et aspirante, enfin par des purgatifs légers.

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