‹ Traite complet des maladies des femmesChapitre 27 sur 60 · INFLAMMATION AIGLE DU VAGIN · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGLE DU VAGIN

Quoique l’inflammation aiguë du vagin coïncide le plus souvent avec celle de la matrice dont nous allons bientôt nous occuper, elle peut cependant exister isolément ou du moins ne s’étendre que sur la muqueuse de la vulve, qui est en même temps le siège d’une exsudation plus ou moins abondante.

La vaginite aiguë peut avoir pour cause les excès érotiques résultant du coït répété ou des jouissances solitaires, les injections irritantes, le séjour dans le vagin de corps étrangers durs et volumineux, le viol commis surtout sur une personne d’un âge tendre, les manœuvres exercées pendant l’accouchement, l’infection vénérienne, enfin tous les agents capables de produire une action irritante sur la muqueuse vulvo-vaginale.

Quelle que soit la cause de eette affection, elle s’annonce par un léger prurit et par un sentiment de pesanteur dans les parties génitales ; la malade éprouve une sorte de resserrement dans le vagin, des tiraillements dans les aines, des douleurs vagues dans la région hypogastrique , dans les hanches et

dans les reins; le prurit, d’abord assez faible, se change bientôt en une sensation douloureuse et brûlante, surtout pendant l’écoulement de l’urine. 11 survient dans toute la longueur du vagin surtout à l’orifice vulvaire, une tuméfaction qui est quelquefois si considérable qu’on a de la peine à y introduire un doigt. Au troisième ou au quatrième jour, il s’établit un écoulement muqueux limpide et peu abondant. Les besoins d’uriner deviennent plus fréquents et les douleurs qui les accompagnent de plus en plus vives ;peu à peu l’écoulement augmente en se nuançant de couleurs blanches, jaunes et verdâtres, et quelquefois même 1 inflammation locale devient si intense, qu’il s’y joint un mouvement fébrile, et que les sécrétions vaginales excorient les grandes et les petites lèvres. Lorsque la phlegmasie s’étend jusque sur le museau de tanche, la malade éprouve la sensation d’une tumeur volumineuse qui lui cause une pesanteur au fond du vagin, surtout lorsqu’elle veut marcher. En pratiquant le toucher, qui est toujours très douloureux, on sent le col utérin gonflé, sensible et brûlant; si Ton a recours à l’exploration des parties au moyen du spéculum, on trouve le pourtour de l’orifice de la matrice rouge, tuméfié et souvent excorié.

Ordinairement les symptômes commencent à décioître vers le dixième ou le douzième jour , l’écoulement se décolore par degré ; enfin la phlegmasie se termine par résolution et disparaît en peu de temps,

à moins qu’elle ne passe à l’état chronique. Il arrive cependant que dans quelques cas la vaginite aiguë se termine par suppuration en donnant naissance à des abcès indolents que l’on pourrait prendre pour des entérocèles vaginales , d’autant plus que les tumeurs qui en résultent sont molles et insensibles, et que le pus qu’elles contiennent disparaît sous la pression des doigts comme le fait une anse intestinale dont on opère la réduction. Lorsque l’inflammation vaginale est le résultat d’une lésion mécanique , elle se termine fréquemment par la gangrène qui , à la chute des escarrhes, donne lieu à une déperdition , de substance et à des fistules recto et vésico-vaginales.

Le traitement de la vaginite aiguë qui n’est pas produite par la syphilis , consiste dans l’emploi des bains, des lotions et des injections émollientes et narcotiques , des saignées locales et générales selon la violence des symptômes ; on joint à ces moyens l’usage des boissons délayantes, des lavements calmants et adoucissants, le repos , la diète ou du moins une alimentation douce et légère , enfin , on achève le traitement par des injections et des lotions astringentes. Si la maladie se terminait par suppuration , il faudrait ouvrir l’abcès dès qu’on se serait aperçu de sa formation et l’on aurait recours à l’emploi des toniques et aux lotions chlorurées, s'il s’était formé des escarrhes gangréneux.

Quoique dans cet ouvrage nous n’ayons pas l’in-

tention de parler des lésions qui rentrent dans le domaine de la pathologie générale, telles que les maladies vénériennes, nous allons cependant ajouter quelques mots sur la vaginite contagieuse ou blennorrhagie chez la femme.

La cause la plus ordinaire de la vaginite contagieuse est le coït exercé avec un homme affecté d’urétrite ou d’un autre symptôme syphilitique siégeant aux organes génitaux.

La nature contagieuse de la vaginite n’est pas seulement inhérente à celle qui résulte d’un coït impur; car on a depuis long- temps constaté qu’étant une fois déclarée sous l’influence d’une cause quelconque , elle peut dans l’acte vénérien communiquer à un homme une blennorrhagie urétrale.

Cette propriété contagieuse de la vaginite n’est pas constante : ainsi elle se développe dans quelques circonstances, et cesse de se manifester dans d’autres. On l’a vue après avoir été long-temps innocente, devenir contagieuse, si la femme s est livrée à des excès de table , à des rapprochements sexuels fréquemment répétés ou même à des exercices violents. Le point de vue le plus digne de remarque , c’est que 1 affection contractée avec une femme atteinte de vaginite n’est pas constamment une blennorrhagie , mais peut consister souvent dans l’apparition d’ulcéiationsoude végétations, etc. Il est bon de dire cependant que le pouvoir de donner naissance à ces

53o LÉSIONS VITALES,

divers symptômes n’est pas commun à toutes les vaginite, et qu’il semble appartenir spécialement à celle qui est d’origine syphilitique.

Il serait à désirer qu’il existât des signes extérieurs d’après lesquels on pût toujours deprimeabord distinguer si une vaginite est ou n’est pas contagieuse; mallieureusementles signes qu’on a indiqués n’ont rien de décisifetsontmêmesouventcomplètementillusoires(i). Quoique, en général, on puisse affirmer que l’écoulement vaginal est contagieux quand la rougeur est vive, la douleur intense, le gonflement considérable, quand l’urètre est très enflammé conjointement avec le vagin, en un mot, lorsque l'inflammation est violente, on ne peut pas assurer que la blennorrhagie soit impropre à se communiquer par contagion, lorsqu’elle est en apparence légère, et qu’elle ne présente pas les symptômes que nous avons indiqués.

Nous terminerons en disant que lorsqu’il sera bien établi que la vaginite est le résultat de l’infection syphilitique , on devra ajouter au traitement antiphlogistique l’emploi des mercuriaux et des autres moyens que nous ferons connaître en parlant du catarrhe chronique du vagin et de l’utérus, enün, si la maladie était liée à une diathèse scrophuleuse ,

(1) Les recherches chimiques et microscopiques du docteur Donné ont en grande partie éclairé ce point important du diagnostic. Si nous ne les reproduisonspas ici, c’est parce que nous les ferons connaître en parlant des caractères propres a distinguer la vaginite syphilitique de la leucorrhée proprement dite.

INFLAMMATION aigüe du VAGIN. 53 1

herpétique, rhumatismale, vermineuse, etc. Le traitement serait également dirigé contre la maladie principale , sans omettre cependant les remèdes locaux, surtout les injections résolutives , astringentes , toniques , opiacées, mercurielles, balsamiques etc. On pourrait également avoir recours aux cautérisations avec le nitrate d’argent solide que notre confrère et ami le docteur Ricord (1), a employées avec le plus grand succès dans le traitementdes vaginites aiguës et chroniques, et que nous mettons également en usage depuis plus de six ans pour modifier et,guérir diverses affections des organes vocaux. En parlant du traitement d^ la leucorrhée ou catarrhe vagiuo-utérin , nous ferons connaître la méthode suivie par M. Ricord, qui appelle le nitrate d’argent, caustique antiphlogistique.

INFLAMMATION AIGLE DU PARENCHYME ET DE LA MEMBRANE INTERNE DE LA MATRICE.

Malgré les progrès de l’anatomie pathologique, on ne connaît encore qu’imparfaitement l’altération parenchymateuse qui résulte de l’inflammation aiguë de la matrice; il sera facile de comprendre pourquoi il reste quelques lacunes sur l’histoire de cette maladie , si l’on réfléchit qu'on n’a pas très

(1) Bulletin de thérapeutique, t. Vlll , et Lancette Française, tom. IX, n. 114.

532 LESIONS VITALES.

fréquemment l’occasion de l’observer, et surtout de faire l’autopsie des personnes qui y succombent.

Les auteurs qui depuis Hippocrate jusqu’au milieu du siècle dernier ont parlé de la métrite aiguë, ne se sont pas toujours accordés sur son véritable siège, et n’ont publié le plus souvent que des observations incomplètes. Les uns ont confondu cette affection, avec le catarrhe utérin , les autres avec la péritonite puerpérale , et ce n’est que depuis les travaux de Cigna, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences de Turin (1), que tous les médecins entendent par métrite aiguë, l’inflammation du tissu propre de l’utérus.

Lorsque la phlegmasie est superficielle, c’est-àdire lorsqu’elle a principalement son siège sur la membrane interne de l’organe, elle constitue la métrite catarrhale qui a reçu en 1822 du docteur Blai tin (2) le nom de catarrhe utérin qui est généralement adopté. Mais, comme ces deux phlegmasies existent rarement séparées, et que d’ailleurs leurs causes, leurs symptômes et leur traitement n’offrent que des différences légères et peu importantes, nous les réunirons sous la dénomination commune de métrite, en indiquant des signes qui serviront à distinguer si l’inflammation prédomine dans la muqueuse de la

(1) Uteri inflammatio etc. dissert. Turin 1756.

(2) Du catarrhe utérin ou des fleurs blanches. Paris an X.

matrice, dans le parenchyme de l’organe, ou même si elle occupe exclusivement l’une de ses parties.

Cette affection est trèsrare avant la puberté, parce

que jusqu’à cette époque , la matrice est dans une

sorte d atrophie et d’inactivité, qui la rendent comme

passiveau milieu de l’économie vivante. Cependant

on a quelquefois constaté 1 existence d’une métrile

aiguë chez des petites filles en bas âge, le docteur

Dance (l^entr autres en a publié une observation qui

semble avoir été consécutive à une péritonite chronique.

L inflammation aiguë delà matrice est également rare chez les femmes qui ont passé l’époque critique; elle attaque surtout les biles nubiles pendant Ja menstruation, les personnes qui se livrent avec excès aux plaisirs de l’amour ou à la masturbation, et principalement celles qui sont dans le travail de la partuntion ou qui sont accouchées récemment. Quelquefois on 1 a vue survenir durant la grossesse et causer 1 avortement; elle peut envahir la totalité de la matrice, ou occuper seulement le corps ou le fond de ce viscère.

Les causes qui peuvent déterminer le développement de la métrite aiguë sont très nombreuses ; les unes sont communes à toutes les phlegmasies, et les

autres qui ont une action plus directe sur l’utérus se distinguent en prédisposantes et en efficientes.

(i) Aichives génér. de médecine, octobre 1829.

Parmi les premières sont : la jeunesse, un lempérament érotique et sanguin , une vive sensibilité, un premier accouchement.

Parmi les causes efficientes de cette affection, on doit ranger, la suppression prématurée des règles, la trop grande fréquence du coït , et la disproportion relative ou absolue des organes , les jouissances solitaires, le célibat, le veuvage et les désirs non satisfaits, les injections irritantes, la suppression du flux hémorrhoïdale , des flueurs blanches , 1 usage des emménagogues violents employés pour rappeler les règles ou provoquer l’avortement ; le refroidissement subit des membres, les lotions trop froides de la vulve et du vagin, les bains froids et les boissons à la glace, surtout pendant la menstruation ; la marche forcée , les exercices violents à cheval dans des voitures non suspendues , la danse , les veilles prolongées, les plaies, les chutes et les coups sur la région hypogastrique , l’application d’un pessaire , 1 ex-

tirpation d un polype ; les aliments échauffants et stimulants; les mets épicés, les boissons spiritueuses, le vin , le café , les médicaments toniques , stimulants, aromatiques, administrés à contre-temps, les affections morales qui peuvent suspendre l’écoulement des règles et des lochies, etc.

Les causes qui agissent surtout pendant la grossesse , sont l’accouchement avant terme , l’exercice immodéré du coït , et l’introduction d’un corps

INFLAMMATION AIGUE DE LA MATBICE. 535 étranger dans la matrice avec l'intention de provoquer l'avortement ; les chutes et les coups sur les fesses ou sur la région abdominale.

La métrite peut encore être produite, pendant l’accouchement, parla longueur du travail, les manœuvres pratiquées avec les mains et surtout avec le forceps dans le but d’opérer la version de l’enfant ou le décollement du placenta , les déchirures de la matrice, le toucher trop souvent répété et les frictions trop fréquentes sur l’abdomen pour ranimer les contractions utérines. Immédiatement après l’accouchement, la même affection peut être déterminée par la rétention du placenta, ou de quelques-uns de ses débris, ou bien encore de quelque caillot de sang ; par l’injection d’un liquide astringent ou d’eau à la glace dans le vagin et l’utérus, faite dans l’intention d’arrêter une hémorrhagie; par remploi des boissons stimulantes et surtout les rôties au vin, à la candie et à la muscade, que les matrones ont la mauvaise habitude de faire prendre aux nouvelles accouchées , dans le but de rétablir leurs forces; enfin la métrite peut être occasionée par la suppression brusque des lochies ou du lait, produite par le refroidissement subit du corps ou une émotion vive, telle que la frayeur, la joie, la colère, une fâcheuse nouvelle, etc. Le virus vénérien, et surtout, la cohabitation avec un homme affecté d une blennorrhagie, sont également des causes qui, dans toutes les conditions possibles, peuvent occa-

sioner aussi dans quelques cas le développement de l inllammation aiguë de la matrice.

Les symptômes de cette affection, qui peut être également idiopathique, symptomatique, métastatique , et qui est déterminée souvent par continuité d’organes enflammés, se divisent en symptômes locaux et en symptômes généraux qui varient selon que la phlegmasie occupe la membrane interne, le col, le fond, la totalité ou une partie du corps de la matrice.

Il est probable que la phlegmasie a son siège principal sur la muqueuse utérine, lorsque la sécrétion du mucus est abondante, la douleur peu intense, surtout si la pression ne l’augmente pas, enfin si la cause sous l’influence de laquelle elle a été déterminée a agi directement sur la membrane interne de l’organe gestateur. On peut avoir au contraire à peu près la certitude que l’inflammation occupe spécialement le tissu propre de la matrice, lorsque l’écoulement est nul, la douleur très vive et pulsative, le gonflement très marqué , surtout si le mal s’est manifesté à la suite d’un coup, d’une piqûre, d'une chute sur la région hypogastrique.

Quand l’inflammation n’occupe que le fond de cet organe , la douleur a son siège vers la région hypogastrique et s’étend jusqu’à l’ombilic; si la métrile est puerpérale, elle augmente par la pression, et la tumeur est surtout très sensible à sa partie supé-

rieure. Si- c’est la paroi antérieure qui est affectée, ie point douloureux est dans la région du pubis, l’émission de l’urine est difficile et quelquefois impossible; le mal est-il à la face postérieure, l’expulsion des matières fécales est extrêmement douloureuse, les souffrances des lombes et des reins sont intolérables ; la femme éprouve un sentiment de pesanteur qui l’oblige à faire continuellement des efforts expulsits, comme pour accoucher ou aller à la garde-robe.

Lorsque 1 inflammation occupe principalement les parties latérales de l’organe gestateur, les ligaments participent a l’état inflammatoire, les aines, les cuisses sont douloureuses, les jambes et les pieds sont engourdis; la femme reste couchée sur le dos, les membres abdominaux fléchis sur le bassin; car toute autre position lui est insupportable.

Dans le cas où le col utérin est le seul affecté , la malade éprouve une douleur vive au fond du vagin ; si la phlegmasie succède à un accouchement laborieux, il se fait par la vulve un écoulement de sang et de mucosités sanguinolentes qui se prolonge audelà du terme ordinaire, et en pratiquant le toucher, on trouve le museau de tanche dur, gonflé et toujoms plus ou moins déchiré. Quand au contraire 1 affection est survenue à la suite des premiers rapprochements sexuels, le col est seulement gonflé, brûlant , tics sensible et paraît presque toujours être

plus prés de la vulve. En général, toutes ces inflammations partielles se terminent d’une manière heureuse.

Il n’en est pas de même quand la phlegmasie aiguë occupe la totalité de la matrice ; les symptômes qui surviennent alors sont toujours extrêmement graves, parce que dans la plupart des cas le mal s’irradie non-seulement sur la membrane séreuse utérine, mais encore sur le reste du péritoine.

En général la métrite se manifeste immédiatement ou peu après l'accouchement; elle s’annonce par des frissons plus ou moins prolongés , un grand abattement, une anxiété générale, et par une douleur contuse , gravative, quelquefois très aiguë, qui d’abord a son point de départ à l’bypogastre , d où elle se propage bientôt dans toute l’étendue de 1 abdomen.

Cette douleur est continue ; elle s’augmente de beaucoup par une pression même très légère sur le bas-ventre, ainsi que par les mouvements diaphragmatiques qui ont lieu pendant la toux, l’action de cracher, les grandes inspirations, les hoquets , etc. La malade se plaint d’un sentiment de pesanteur vers le rectum, elle ne peut aller à la selle ; l’émission de l’urine est difficile, douloureuse et souvent impossible; l’hypogastre se tend, devient de plus en plus sensible , et la main appliqué sur cette région trouve que le corps de la matrice est toujours plus

INFLAMMATION AIGU K DE LA MATRICIÎ. 53g

dur et plus distendu qu’à l’état normal. En pratiquant le toucher vaginal , on reconnaît que le col utérin est mou, gonflé, extrêmement douloureux et toujours plus chaud que le vagin qui , comme les grandes lèvres , est souveiit tuméfié et enflammé. Si la métrite est survenue immédiatement après la parturiiion , les mamelles s’affaissent, le lait n’est pas sécrété, l’écoulement des lochies est tari, et il en est de même de celui des règles quand la maladie coïncide avec l’évacuation menstruelle. Il se fait cependant quelquefois un écoulement d’un liquide sanieux et roussâtre plus ou moins abondant, et dans certains cas les malades rendent du sang liquide et en caillots. Ces sortes d’écoulements, qui présentent par fois des intermittences, sont précédées de vives douleurs occasionées par les efforts que fait la matrice pour expulser les matières qui se sont accumulées dans sa cavité.

Comme ce viscère a des rapports sympathiques très intimes avec tous les autres organes de l’économie, l’état de phlegmasie aiguë où il se trouve réagit sur ces mêmes organes , et trouble d’une manière pins ou moins notable les fonctions dont ils sont chargés. En effet, il vient se joindre aux symptômes locaux que nous avons indiqués des phénomènes généraux qui varient selon l’intensité de la phlegmasie.

Dans la plupart des cas, la métrite aiguë est précédée par un frisson accompagné de malaise ,

d’anxiété, et auquel succède une chaleur générale à la peau , des douleurs passagères et un sentiment de pesanteur de l’utérus ; il arrive souvent que cette affection se manifeste brusquement, et qu’on observe de suite les symptômes locaux qui lui sont particuliers

Quand la maladie est complètement déclarée , les phénomènes généraux et sympathiques qui l’accompagnent sont : une altération profonde des traits, une agitation continuelle , une faiblesse extrême, la fréquence du pouls , la chaleur , la sécheresse de la peau , et une céphalalgie intense ; la face, qui porte J l’empreinte de la souffrance, est pâle et grippée; les yeux sont enfoncés et cernés ; la langue est fendillée et sèche, blanche ou jaunâtre an milieu et rouge à la pointe et sur les bords ; la soif est vive, l’anorexie

est extrême ; la malade se plaint d'un resserrement au gosier; elle a des nausées continuelles qui souvent sont suivies de vomissements ; quelquefois il survient une diarrhée fétide ou une constipation opiniâtre; l’émission des urines est difficile et douloureuse ; elles sont rouges, chargées et irritantes; la respiration est pénible et suspirieuse, des sueurs partielles et visqueuses couvrent le front, la vue s’obscurcit; les seins, en proie â des douleurs plus ou moins vives , sont flasques et affaissés; mais ce phénomène, qui n’est pas constant, manque surtout lorsqu’il s'est établi un écoulement par le vagin. Le

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plus ordinairement la femme qui est dans un état d’insomnie et de rêvasserie permanent, ne peut se tenir couchée que sur le dos, les jambes fléchies sur les cuisses et ces dernières sur le bassin; enfin la mort est presque toujours inévitable lorsqu’à ces symptômes viennent se joindre le ballonement du ventre, le hoquet, le délire, la petitesse du pouls, la carphologie, les soubresauts des tendons, le refroidissement des extrémités, une prostration excessive, et surtout un écoulement par le vagin de matières noirâtres extrêmement fétides.

Cette affection, qui rarement fait succomber les malades avant le premier septénaire, mais qui quelquefois s’est prolongée quinze jours ou un mois, peut dans certains cas être portée à un tel degré d intensité, que le trouble qu elle détermine alors dans les fonctions génitales amène la mort dès le troisième et même le second jour. Nous devons dire cependant qu'une terminaison aussi funeste et aussi prompte n’a lieu ordinairement que lorsque la maladie s’est déclarée peu après l’accouchement, parce que dans ce cas la phlegmasie s’irradie sur le péritoine. Souvent aussi le pus qui s’est formé sur la membrane interne, dans le parenchyme et surtout dans les sinus de la matrice, est résorbé par les veines de ce viscère, et se trouvant ainsi mêlé au sang de la circulation générale , va exercer son action déleleie sur toute 1 économie. C’est surtout cette ré-

sorption purulente qui rend si fréquemment funeste la métrite puerpérale.

Il arrive souvent que lorsque l’inflammation s’étend sur la tunique péritonéale ou dans l’épaisseur des ligaments de la matrice, la suppuration s’établit et forme des foyers qui s’ouvrent soit dans la cavité du péritoine , soit dans le rectum , la vessie, ou le vagin. On a vu également quelquefois le pus se frayer une issue au dehors, par exemple à la région ombilicale (1), aux aines (2), aux lombes, aux fesses (5), pour opérer sa sortie , il suit tantôt une route directe, et tantôt il fuse à travers les voies cellulaires en parcourant un trajet plus ou moins détourné. Cependant il est bon de dire que, comme ces faits n’ont été observés que sur des femmes qui ont survécu, il peut bien rester quelque doute sur le point de départ et le trajet de la suppuration. D'ailleurs, comme la structure dense et serrée de la matrice se prête peu à la formation du pus, il est probable que la plupart des foyers purulents qui se font jour au dehors , à la suite de la métrite se développent dans le tissu du péritoine ou des organes voi-

(1) S/nélie. Traité d’accoucli. t. 1ÏI , page 474. Lamotte , Traité d’accouch. observ. 420. Pinel, Nosograph. pliilos. t. Il, page 286. ÏVan Swieteri d’après Bcncvoli , comment, sur les aplior. de Bocrhaave, t. IV.

(2) Lamotle. Traité d’accoucli. (loco citato).

(3) Mauriccau. Traité des maladies des femmes, t. Il , observ. 254 p. 211.

sins enflammés et non dans le parenchyme utérin.

En général , la formation du pus est à craindre , lorsque les symptômes de la métrite se soutiennent au même degré au-delà du second septénaire , et on acquiert la certitude qu’elle se fait , lorsque les douleurs augmentent et deviennent pongitives ou pulsatives en même temps qu'il se déclare des mouvements fébriles avec des frissons passagers et horripilation. Alors les urines et les selles se suppriment ; des sueurs surviennent la nuit, sans qu’il en résulte aucun soulagement; la malade est en proie à une plus vive agitation , à une céphalalgie plus intense , et c’est la diminution de ces symptômes qui indique que la suppuration est complètement formée.

Lorsque la métrite aiguë se termine par induration, les douleurs et la fièvre diminuent graduellement , mais la matrice ne perd rien de son volume, de sa dureté et de sa pesanteur.

La terminaison de la métrite par la gangrène observée par plusieurs médecins célèbres, entr’autres. Morgagni , Lient and , Smélie, s’annonce du troisième au septième jour , par le vomissement , le hoquet, le délire comateux, l’augmentation continuelle du météorisme; les évacuations alvines, sont involontaires , noires, fréquentes, et d’une odeur cadavéreuse. Il se fait par le vagin un écoulement de matières fétides ; la douleur et la chaleur cessent com-

plètement ; le pouls est fréquent, très petit et intermittent; enfin des convulsions, des lipothymies et le refroidissement des extrémités viennent terminer cette scène lugubre.

Dans les cas de métrite très aiguë promptement suivies de la mort, on trouve des portions de l’utérus ramollies et converties en une sorte de putrilage liquide et sanieux, qui semble avoir macéré le parenchyme de l’organe. D’autres fois le viscère est plus ou moins gangréné, et sa cavité contient des matières visqueuses et noirâtres qui exhalent une odeur putride. Nous devons cependant faire remarquer que les deux derniers signes n’annoncent pas toujours la gangrène de la matrice, surtout quand la métrite est survenue peu après l’accouchement. En effet , souvent la couleur noire et l’odeur gangréneuse des matières que l’on trouve après la mort dans l’utérus, ou qui s’écoulent du vagin pendant la vie , sont nues à la putréfaction du placenta ou de gros caillots sanguins qui ont été retenus dans la cavité utérine. Lorsque la maladie n’a pas été suivie de résultats aussi promptement funestes, la membrane muqueuse de la matrice est ordinairement très épaissie et d’une couleur rouge foncée , le tissu de l’organe est ramolli et engorgé ; sa cavité renferme du sang mélangé d’un liquide séro-muqueux qui lui donne un aspect sanieux et qui par la pression s’échappe du parenchyme utérin comme d'une éponge. Souvent

ces altérations ne s’étendent pas sur la totalité du viscère ; quelquefois elles n’ont leur siège que sur le col, et d autres fois sur le fond et sur les parois antérieures et postérieures. Le tissu des parties saines, qui est ordinairement pale, présente toujours moins d épaisseur et plus de densité que celui des portions qui sont enllammees. Enfin, il arrive assez fréquemment que les trompes , les ovaires et les parties qui avoisinent l’organe utérin participent aux désordres dont il est le point de départ et le siège principal.

Lorsque la métrite se termine par résolution, ce qui a lieu surtout quand la phlegmasie est peu étendue et quand la maladie est survenue hors le temps des couches, les symptômes perdent graduellement de leur acuité, la matrice se dégorge, et son dégorgement est favorisé et annoncé par un écoulement sanguin ou séro-muqueux qui a lieu par la vulve. 11 est alors de la plus grande importance de surveiller la malade et de continuer pendant quelque temps et sui\ant les circonstances, les moyens thérapeutiques et hygiéniques, pour empêcher autant que possible que l’inflammation utérine ne passe à l’état chronique. Souvent les femmes, débarrassées de la plupau de leur souffrances , et se croyant hors de tous dangers , abandonnent leur mal au seul effort de la nature et dans leur trompeuse sécurité, partagée soupai leur médecin, passent bientôt d’une guérison presque achevée à un état pathologique per-

marient, qui constitue la métrite chronique dont nous aurons bientôt à nous occuper.

La terminaison heureuse de la métrite puerpérale s’annonce également par la diminution des symptômes , mais surtout par la réapparition des lochies, le gonflement des mamelles et l'établissement de la sécrétion du lait. Lorsque la métrite survient pendant la grossesse , elle détermine presque inévitablement l’accouchement avant terme , la mort du fœtus et souvent aussi celle de la femme.

Le diagnostic de l’inflammation aiguë de l’utérus, est souvent assez obscur , parce que cette affection offre des symptômes qui ont quelques analogies avec ceux de la péritonite, de l’hystérie , du catarrhe utérin et de la cystite aiguë. Lorsque la phlegmasie, est bornée au col utérin , les symptômes, ordinaire-

ment peu graves, peuvent être regardés comme les résultats inévitables d’un accouchement plus ou moins laborieux ou les effets d'une irritation légère portée sur le museau de tanche. Si au contraire la maladie s’étend sur le corps de la matrice , la péritonite, qui l’accompagne très souvent , attire seule l’attention du médecin et l’empêche ainsi de s’occucuper de la métrite dont il peut ne pas soupçonner l’existence. Lorsque l’inflammation occupe à la fois l’utérus et le péritoine, les symptômes de la métrite existent toujours. Quoiqu’ils soient voilés par ceux de la péritonite, il sera néanmoins possible de les trou-

ver en y apportant un peu d’attention. En effet, la sensibilité du col lorsqu’on pratique le toucher, sa mollesse, son gonflement, les douleurs provoquées par les plus légers mouvements que l’on communique au corps de l’utérus , le spasme qui se propage vers la vessie et le rectum , sont autant de phénomènes qui manquent dans la péritonite et qui décèlent f existence d’une phegmasie aiguë de l’organe gestateur. D’ailleurs dans la péritonite , la douleur qui est plus générale et plus déchirante, occupe souvent toute l’étendue de l’abdomen , et le plus léger attouchement l’exaspère au point que non seulement la malade ne peut se mouvoir dans son lit, mais qu’il lui est quelquefois impossible de supporter le contact des cataplasmes les moins épais, et même celui de ses couvertures ou d'une simple toile. Dans la métrite, la tension du ventre est moins générale , et la douleur, qui semble circonscrite et u’avoir son siège que sur le point correspondant à la matrice , n’est jamais accompagnée d’efforts expulsifs qui sont propres à l'inflammation aiguë du parenchyme utérin.

On distinguera facilement la métrite aiguë de l’hystérie en se rappelant que dans cette dernière maladie la pression sur l’abdomen ne cause aucune douleur, que le ventre, loin d’être ballonné, est souvent affaissé, que le pouls est serré, mais sans fréquence ; enfin que la malade dont les douleurs sont

irrégulières et la langue à l’état normal , éprouve toujours un sentiment dé strangulation et de suffocation produit par la boule hystérique qui semble partir de la région hypogastrique , traverser l’abdomen et la poitrine pour s’arrêter dans le gosier. En outre des signes que nous venons d’indiquer, on devra ne pas oublier que l’hystérie est une affection nerveuse et apyrétique, qui se manifeste par des accès de convulsions générales avec suspension plus ou moins complète des facultés intellectuelles; d’ailleurs le toucher qui nous fournit les signes les moins équivoques pour reconnaître la métrite, apprend ( aussi que dans F hystérie la fnatrice est le plus souvent à l’était sain.

Dans le catarrhe utérin la membrane interne de l’utérus est seule affectée ; les phénomènes inflammatoires et la fièvre sont modérés, les douleurs sont moins vives, la sensibilité de la matrice est moins exaltée , et l’écoulement qui a eu lieu par la vulve et qui détermine un sentiment de cuisson en urinant, n’est pas sanieux et roussâtre comme celui qui a lieu pendant la métrite aiguë; d’ailleurs les renseignements obtenus sur l’invasion de la maladie et sur les causes qui l’ont déterminée,, sont toujours suffisants pour éclairer le diagnostic.

On distinguera aussi facilement l’inflammation aiguë de la matrice de celle de la vessie, si l'on se

rappelle que dans cette dernière affection, les besoins d’uriner sont beaucoup plus douloureux et plus fréquents que dans la métrite, et qu’il faut faire des efforts violents pour rendre quelques gouttes d’urine. Le plus souvent ce fluide est trouble et se trouve mêlé avec des mucosités qui se déposent au fond du vase^ sous forme d’une matière tenace, collante et grisâtre. La cystite est quelquefois accompagnée d’autres symptômes plus graves; la vessie distendue par l’urine fait.une saillie au-dessus du pubis; le ventre entier augmente de volume et devient très sensible* le corps exhale une odeur urineuse très prononcée ; |i enfin , il y a en même temps une sorte de ténesme vésical , avec prurit douloureux au méat urinaire eide fréquentes envies factices d’aller à la selle. Or, comme ces symptômes manquent dans la métrite aiguë; il sera impossible de confondre cette maladie avec l'inflammation de la vessie.

Le pronostic de la métrite aiguë, qui est en général très grave, se trouve subordonné à l’étendue et au degré d’intensité de l’inflammation, à la coexistence avec la péritonite, ou avec toute autre complication , à la période plus ou moins avancée de la maladie , aux effets des premiers moyens thérapeutiques employés, enfin à 1 âge, à la constitution ainsi qu’à la conduite hygiénique, de la malade; à sa docilité à suivre les avis du médecin, à la saison, à la tempéiature régnante , à l’influence épidémique

et aux circonstances dans lesquelles 1 invasion de la maladie a eu lieu. Toutes choses égales d ailleurs, l’inflammation aiguë de la matrice est toujours plus grave pendant la gestation, et immédiatement après l’accouchement , surtout lorsqu’elle se développe sous l’influence de certaines constitutions épidémiques. C’est une affection qui non seulement est redoutable parce qu’elle entraîne souvent la mort , mais encore parce que dans les cas où elle ne fait pas succomber les femmes qui en sont atteintes , elle devient le germe d autres maladies et surtout de la inétrite chronique, qui peut produire à son tour les ulcérations , les dégénérescences et le cancer de la matrice.

Le traitement de la métrite aiguë exige des précautions hygiéniques qui ne peuvent qu augmenter l’efficacité des agents thérapeutiques que nous allons faire connaître.

La femme sera laissée dans le repos le plus absolu. Sa chambre, qui devra être peu éclairée et exempte de toute espèce d’émanation , sera maintenue a une douce température et isolée le plus possible de tout ce qui pourrait troubler le calme moral ou physique. L’air sera souvent renouvelé , avec la précautioa qu’un courant de ce fluide ne soit jamais dirige ÿur la malade. Les matelas de laine et les lits de plu-

TRAITEMENT DE LA MÉTRITE AIGUE. 55 1 mes seront remplacés par des matelas de crins, et si le poids des couvertures était pénible ou douloureux, on empêcherait leur contact sur les parois ab.dominales , au moyen de cerceaux. Dans le but de diminuer la douleur, en tenant dans le plus grand relâchement possible, les muscles abdominaux , la femme sera couchée sur le dos, la tête soulevée

et fléchie en avant avec des oreillers , les jambes» maintenues écartées et les cuisses fléchies au moyen de coussins. Enfin on évitera toutes les causes capables de produire sur la malade une impression vive soit au moral soit au physique, et on éloignera surtout les personnes qui pourraient la contrarier et l’affecter en lui apprenant de fâcheuses nouvelles.

La métrite aiguë, comme toutes les autres inflammations, doit être combattue par les antiphlogistitiques les plus puissants ; en général il faut, dés le début, avoir recours aux saignées générales et locales, malgré la petitesse du pouls ; car, à mesure que le sang coule, les pulsations prennent plus de développement. Si tous les auteurs anciens et modernes sont toujours d’accord sur la nécessité des évacuations sanguines, ils ne sont pas du même avis sur 1 opportunité de la saignée du bras ou de la saignée du pied. Parmi les anciens , Galien, Oribase , Aéiius, etc., et parmi les modernes, Mauriceau , Dionis, Aslruc , de même que presque tous les praticiens de notre époque , donnent la préférence à la saignée du

bras , tandis que Mercurialis , Hoffmann, et quelques autres conseillent la saignée du pied, également recommandée par Pasta , mais en la faisant toujours précéder par celle du bras. Si la maladie n'a pas pour cause la suppression du fluide menstruel , la saignée brachiale est la seule qui soit indiquée; dans le cas contraire, on pourra ouvrir avec avantage les veines des membres inférieurs, puis on aura recours aux applications de sangsues à la vulve, et à la face interne et supérieure des cuisses; en règle générale,les saignées par les veines brachiales doivent être préférées, soit parce qu’il est plus facile de les pratiquer, qu’on peut tirer plus de sang en moins de temps, et que par cela même elles sont plus sûres , soit par la raison qu’on apprécie mieux la quantité de sang obtenu et que d’ailleurs elles sont moins incommodes pour la malade, qu’il n’est pas nécessaire de découvrir et à qui on n’est pas obligé de communiquer des mouvements qui augmentent toujours ses souffrances.

Après la saignée générale, qu’on ne doit pas craindre de répéter, quoique le pouls soit souvent petit et fréquent, il faut avoir recours à la saignée capillaire et locale, au moyen de sangsues appliquées à la vulve, aux régions inguinales et hypogastriques, à l’anus, et même sur tout l’abdomen si la métrite était compliquée de péritonite, ce qui a lieu très souvent. Les ventouses scarifiées sous les seins, aux

lombes, sur le bas ventre et aux cuisses sont égalelement indiquées.

On doit en même temps couvrir le bas-ventre d’applications émollientes , et surtout de fomentations faites avec de la flanelle trempée dans une décoction de graines de lin et de têtes de pavots. On devra aussi prescrire des injections adoucissantes et narcotiques dans le vagin , des demi lavements de même nature , un repos absolu , une diète rigoureuse, des boissons gommées et rafraîchissantes; plus tard le bouillon de veau, le petit lait, les émulsions d’amandes et quelquefois des tisanes légèrement laxatives ou diurétiques. La pulpe de tamarin, le chiendent nitrc remplissent assez bien ces deux dernières indications. Si les douleurs étaient extrêmement vives, on ordonnerait une potion calmante et on insisterait sur les injections de même nature, les sinapismes et les vésicatoires volants promenés sur différents points de la surface du corps , sont, après 1 emploi des saignées, ordinairement avantageux parce qu'ils rappellent le sang et la vitalité, du

centre aux extrémités. La succion des mamelles ,

chez les nouvelles accouchées, ou l’application des ventouses sur ces organes, excitent et activent également d une manière très efficace le mouvement déi natif que Ion cherche à provoquer. Quoiqu’il semble qu on pourrait encore obtenir de lions effets des bains généraux, nous pensons qu'on doit les re-

55/j LÉSIONS VITALES,

jeter dans la plupart des cas, parce qu’indépendamment des douleurs affreuses que la malade éprouve parles mouvements qu’on lui imprime pour la transporter dans la baignoire , il survient souvent des accidents graves déterminés par l’action de l’air sur la peau ou peut-être par l’appréciation difficile d’une température convenable. Afin de remplacer les bains et pour éviter la transpiration, Cliaussier conseillait de diriger dans le lit de la malade, au moyen d’un tuyau de fer blanc , des vapeurs d’eau^simple. Les couvertures devaient être préalablement soulevées avec le secours d’un cerceau. Lorsqu’après 1 l’emploi actif et bien dirigé de tous ces moyens , la matrice reste toujours tuméfiée et engorgée, quoique les phénomènes généraux et les symptômes aigus locaux aient en partie disparu , on favorisera et on obtiendra presque toujours la résolution , au moyen, de frictions faites avec la pommade stibiée d’abord à la partie interne des cuisses, puis sur les côtés du tronc, et enfin sur les parois abdominales. Ce moyen, qui a été recommandé et employé avec beaucoup de succès par M. Duparcque, est mis en usage par nous depuis long-temps , non seulement l dans les mêmes circonstances que l’habile praticien dont nous venons de parler, mais encore dans le traitement de diverses affections des organes vocaux (1).

— Nos idées à cet égard sont exposées dans notre traité des maladies des organes de la voix, publié il y a plusieurs années.

Les maladies qui compliquent quelquefois la métrite aiguë, doivent encore apporter de grandes modifications dans le traitement. Ainsi dans le cas de complication d’un état bilieux ou gastrique, on devra être plus réservé dans l’emploi des saignées, et il sera utile d’administrer des vomitifs avec ripëcacuanha suivis de quelques laxatifs doux, surtout quand la maladie est accompagnée d’une constipation opiniâtre. Si quelques symptômes typhoïdes et adynamiques venaient entraver la marche de la métrite, il faudrait, après avoir employé avec circonspection et d’une manière modérée quelques évacuations sanguines, recourir à l’usage des toniques, puis aux dérivatifs, surtout aux vésicatoires; enfin on prescrirait les antispasmodiques et les narcotiques, s’il survenait quelques v phénomènes nerveux et des symptômes d’ataxie.

Lorsque la métrite se termine par résolution, il faut ouvrir de bonne heure les abcès accessibles à la vue et au toucher, afin d’éviter les épanchements purulents qui pourraient se former dans l’abdomen ; si le pus s’était fait jour dans la cavité utérine, le vagin, le rectum ou la vessie, on ferait dans ces cavités des injections, d abord émollientes, puis légèrement détersi'es. Dans le cas où la métrite se terminerait par la gangrène, il faudrait suspendre les antiphlogistiques et avoir recours aux antiseptiques et aux toniques

qui seraient administrés simultanément en boisson, en fomentations, en injections, en lavements.

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