METRITE CHRONIQUE SANS ENGORGEMENT
Cette forme de la métrite chronique a été signalée par M. Lisjrciric et désignée par cet habile praticien sous le nom de sub-injlammation sans engorgement ; elle est caractérisée par de vivesdouleurs qui sont augmentées par la station prolongée, l’exercice à pied el en voiture, et surtout par le coït. Les femmes qui en sont atteintes éprouvent un sentiment de chaleur vive et de cuisson dans le bassin, accompagné de pesanteur aux régions lombaires et iliaques et d’une sorte de turgescence et d'ardeur brûlante dans la matrice. La sensibilité de cet organe est tellement aimmentée que les efforts pour expulser les matières fécales déterminent de la douleur.
Malgré ces symptômes d’irritation, de quelque manière que 1 on pratique le toucher, on ne trouve rien
56o LÉSIONS VITALES.
d’anormal dans le volume, la consistance et la situation du col et du corps de l’organe gestateur, si ce n’est que l’orifice utérin présente une dilatation un peu plus grande que de coutume. L’introduction du doigt dans le vagin et surtout celle du spéculum sont extrêmement douloureuses ; ce dernier mode d’exploration permet de constater que le museau de tanche n’est le siège d’aucun engorgement et ne présente rien d’anormal.
Cette sorte de métrite chronique sans changement appréciable de l’utérus se manifeste quelquefois subitement sans cause évidente, et détermine des douleurs qui sont rémittentes et le plus souvent intermittentes. C’est principalement pour cette raison que la plupart des praticiens, considérant cette affection comme purement nerveuse, se bornent à prescrire des moyens palliatifs ou abandonnent la maladie à ellemême, d’où il résulte qu elle fait de rapides progrès, et que les douleurs vont toujours en augmentant.
Il est donc de la plus grande importance de recourir d abord aux antiphlogistiques et surtout aux saignées générales, aux bains, aux lavements émollients et narcotiques, aux boissons adoucissantes, etc. .Si les douleurs persistaient en se manifestant par accès, on aurait recours a 1 emploi du sulfate de quinine combiné avec 1 extrait gommeux d’opium.
métrjte chronique avec engorgement. 56 1
MÉl RITE CHRONIQUE AVEC ENGORGEMENT.
C’est sous cette forme que la métrite chronique se présente le plus fréquemment à l’observation.
Les engorgements dont le col ou le corps de la matrice peuvent être le siège, doivent être divisés en deux classes présentant plusieurs variétés.
Dans la première classe , comprenant tous les engorgements sans induration , se trouvent, l’hyperthrophie simple l’engorgement œdémateux , et les engorgements sanguins avec on sans hémorrhagie ; dans la seconde classe , qui comprend les engorgements avec induration, nous rangeons l’hyperthrophie avec induration ou l’engorgement blanc simple, 1 engorgement squirrheux, et l’induration tuberculeuse.
Avant de signaler les signes sensibles qui distinguent toutes ces variétés d’engorgements, nous allons taire connaître les symptômes qui sont communs à la plupart d’entr’eux et qui dépendent en partie de l’augmentation du poids et du volume de 1 organe utérin, ainsi que de la gêne des parties qui l’avoisinent.
En général, lorsque cet organe est le siège d’un engorgement ou hypertrophie quelconque, son abaissement a presque toujours lieu soit en conservant sa direction naturelle , soit en prenant un degré plus
ou moins considérable d’inclinaison. La pression qui dans ce cas est exercée sur le rectum ou la vessie, détermine souvent une constipation opiniâtre, des douleurs plus ou moins vives dans l’expulsion des matières fécales et des urines, et presque toujours un sentiment de pesanteur et des tiraillements douloureux et pénibles vers le sacrum , dans les aines et les lombes et même dans toute l’étendue d’un des nerfs sidatiques.
Il faut joindre à tous ces symptômes une sensation de chaleur , une douleur obscure et profonde dans l’hypogastre , qui augmente par intervalle pendant la station, la marche, et surtout pendant le coït par la pression du pénis sur le museau de tanche. Cette augmentation de douleur est accompagnée d'une sensation de prurit et d’érosion dans la cavité pelvienne et le plus ordinairement d’une fièvre passagère ou continue, qui dans l’un ou l’autre cas est peu intense et se manifeste surtout à l’époque des règles ; enfin les phénomènes communs à toutes les inflammations chroniques de l’utérus, quelle que soit la forme sous laquelle on les observe, sont les suivants : les femmes éprouvent dans la menstruation des modifications remarquables ; si leurs règles apparaissent à l’époque ordinaire , elles durent en général moins long-temps et le sang est pâle et presque séreux -, quand au contraire elles manquent pendant plusieurs mois , il survient presque toujours une hémorrhagie
MÉTR1TE CHRONIQUE AVEC ENGORGEMENT. 563 qui dure dix, quinze et même vingt jours , et qui entraine la décoloration du visage , la faiblesse et l’amaigrissement. Entre chaque époque menstruelle , il se fait par la vulve un écoulement séro-muqueux ou sanguinolent, ou même un écoulement fétide qu’on a donné commme caractère principal du cancer confirmé et dont la couleur, la consistance et l’abondance sont extrêmement variables. Des phénomènes hystériques surviennent presque toujours , surtout chez les jeunes femmes ; quelques-unes d’entr’elles éprouvent des douleurs dans les mamelles, et d’autres symptômes nerveux , tels que des palpitations, des crampes et des fourmillements dans les jambes, de l’oppression , et une inquiétude générale; l’estomac qui est lié à l’utérus par des sympathies si étroites , se ressent presque toujours de l’état pathologique de cet organe; les malades perdent l'appétit, leurs digestions sont laborieuses et accompagnées de nausées , de rapports , de vomissements qui ont cela de particulier qu’ils soulagent ordinairement les femmes et que lorsque l’estomac a rejeté les premiers aliments qu’il contenait, ceux qui sont repris peuvent alors être le plus souvent supportés.
Quand le mal est abandonné à lui-même, les écoulements vaginaux deviennent de jour en jour plus abondants , la santé se détruit de plus en plus, l’affaiblissement augmente , la fièvre lente se déclare, enfin toute l’économie semble participer à l’état mor-
bide de la matrice dont l’inflammation chronique est souvent le prélude d’une affection mortelle; dans quelques cas au contraire, les femmes paraissent jouir pendant long- temps d’une assez bonne santé, et] conserver assez bien leur embonpoint , leur coloris et leurs forces malgré les progrès de leur maladie.
La plupart des symptômes que nous venons de signaler, et qu’on ne peut connaître que par le rapport des malades, indiquent toujours que la matrice est dans un état pathologique; mais seuls ils sont de peu de valeur pour établir un diagnostic certain, puisqu’ils peuvent faire soupçonner toute aussi bien l’existence d’ une dégénérescence commençante , d’une tumeur polypeuse ou d’un abaissement ou toute autre lésion de situation , qu’ils indiquent que l’organe gestateur est le siège d’une phlegmasie chronique , ou d’un engorgement , simple ou ulcéré.
Pour lever toute incertitude à cet égard , il faut avoir recours au toucher et à l’application du spéculum, qui sont des moyens d’invesLigation d’autant plus précieux pour élablir un bon diagnostic , qu’ils peuvent seuls donner des signes certains pour reconnaître et distinguer parfaitement toutes les affections chroniques de la matrice.