ENGORGEMENTS SANGUINS DE LA MATRICE
ment répétées et prolongées, pendant lesquelles il semble que la matrice se contracte violemment pour exprimer le sang qui l’engorge ; douleurs particulières désignées par les noms de coliques ou crampes utérines, de ténesmes utérins et enfin de tranchées. Ces douleurs sont parfois tellement violentes, que les malades sont obligées de se tenir fortement courbées en avant pendant leur durée. Cependant la pression, ainsi que le toucher , constatent l'insensibilité des parties engorgées, du moins dans l’intervalle de ces tranchées , au contraire de l’engorgement par inflammation qui est le siège de douleurs plus violentes ou d’une sensibilité constante.
Les phénomènes généraux, tantôt nuis, d’autrefois très prononcés, portent sur le système nerveux et circulatoire; delà des névroses variées etc. Delà, fièvre, état général alors rare, ou qui ne dure que peu de temps.
M. Duparcque a rapporté plusieurs observations qui prouvent que l’engorgement par congestion passe à l’état de phlegmasie sub-aiguë et delà à des transformations organiques plus profondes ; il ajoute que cette affection sert souvent de prodrome aux métrites aiguës ou chroniques, aussi bien qu’aux engorgements hémorrhagiques dont nous allons parler. Quand la congestion existe, les causes les plus légères peuvent développer l’inflammation ou exciter des pertes sanguines. Du reste l’engorgement sanguin simple et
recent, ne laisse que peu ou point de traces à l’autopsie, parcequ’au moment de la mort, les fluides engorgeants rétrogradent et abandonnent le système vasculaire de l’organe gestateur.
Le traitement de cette affection doit consister d’abord, à diminuer le mouvement fluxionriaire en éloignant les causes qui l’ont déterminée ou qui l’entretiennent et en 1 appelant vers d'autres régions au moyen des saignées dérivatives, des ventouses, et des irritants appliqués plus ou moins de l’organe congestionné. Lorsque après l’emploi de dérivatifs, l'engorgement, ne sera pas dissipé, on favorisera l’établissement du flux hémorrhagique local qui est le mode de terminaison le plus naturel de la congestion utérine. Les moyens qui dans ce cas devront être mis en usage varieront selon les circonstances. Ainsi, on aura recours aux bains locaux, aux boissons relâchantes, aux applications émollientes, aux antispasmodiques, aux sédatifs, pour combattre à la fois, la rigidité de la matrice, qui, ainsi que l’état nerveux et anormal de cet organe peut être la cause de la rétention du flux sanguin. Enfin on pourra suppléer à cet écoulement, au moyen d’une application de sangsues sur le museau de tanche, et si l’engorgement congestif était entretenu par un état aïonique de Lorgane, on devrait employer les astringents ou encore mieux, le seigle érgoté à la dose d'un gros pris par fraction de quelques grains et renouvelé toutes les
ENGORGEMENT CONGESTIF AVEC HEMORRHAGIE. 5^5
deux heures. Si la congestion sanguine, résistait aux moyens basés sur les principes que nous venons d’établir, il est probable qu’on aurait affaire à une autre altération qu’on tâcherait de reconnaître et de combattre par des agents thérapeutiques qui devraient varier selon la nature du mal.
ENGORGEMENT CONGESTIF AVEC HÉMORRHAGIE
Cet espèce d’engorgement qui peut occuper la totalité ou seulement le col de la matrice, se développe de la même manière que le précédent ; il est également produit par les mêmes causes, c’est-à-dire par un mouvement fluxionnaire qui dans ce cas est excessif et surtout plus prolongé, et qui est toujours accompagné d’une hémorrhagie abondante et continuelle. Ce flux sanguin par la vulve, dont la couleur, l’abondance et la consistance sont variables, est le symptôme le plus constant de l’engorgement qui nous occupe.
Si l'on explore les parties au moyen du toucher et du spéculum, on trouve le col tuméfié, ramolli, et d’une couleur rouge plus ou moins foncée; l’orifice utérin qui est agrandi en proportion de l'engorgement, est ainsi que toute la surface de la tumeur le siège d’une exsudation sanguine qui quoique souvent considérable et permanente ne diminue en rien la congestion. Le museau de tanche enduit de sang caillé , parait lisse à la vue mais un peu inégal au toucher;
en exerçant une légère pression on éprouve un sentiment de crépitation et l’on détermine un suintement de sang noir qui s’échappe comme d’une éponge.
Les phénomènes généraux, qui sont la conséquence des pertes continuelles du sang, varient selon leur durée et leur abondance. La peau devient de plus en plus décolorée, les forces diminuent graduellement, la malade qui éprouve des tiraillements et une sensation de faiblesse, sur les régions pécordiale et hypogastrique perd bientôt l’appétit ou semble quelquefois insatiable.
Lorsque la maladie est parvenue à sa dernière période, la peau prend une teinte jaune paille, comme dans les affections cancéreuses ordinaires, les yeux semblent éteints, et si l’on voit quelques femmes conserver les apparences d’un certain embonpoint, c’est parceque la surface de leur corps est devenue le siège d’un boursoufflement général qui déguise le marasme de leurs muscles. Si l’on pratique alors le toucher on trouve le col utérin macéré, et transformé en une sorte d’ulcère présentant une couche ramollie, putrilagineuse et limitée par un tissu dur et comme squirrheux. L’engorgement hémorrhagique parvenu à cette période, est extrêmement grave, et il n y a plus d’espoir de voir revenir à l’état normal, les tissus aussi profondément altérés. Lorsque l’affection est récente, ou semble être un prolongement et une augmentation de la congestion hémorrhagique des
ENGORGEMENT CONGESTIF AVEC HEMORRHAGIE
époques menstruelles ou de l’accouchement, le pronostic est alors moins fâcheux et l’on peut même presque toujours obtenir une guérison parfaite si on a recours à un traitement rationnel et modifié suivant les circonstances. En général, le danger de la maladie est subordonné à la violence et à la durée des hémorrhagies utérines.
Le traitement de l’engorgement par congestion avec flux sanguin, se trouvant encore dans une période peu avancée, c’est-à-dire sans ramollissement des tissus, est à peu près le même que celui de l’engorgement par congestion simple ; ainsi il doit également se borner d’abord, aux saignées dérivatives, et aux ventouses sèches et scarifiées, aux sinapismes, etc. Si comme il arrive souvent ces moyens ne pouvaient arrêter le mouvement fluxionnaire , et par conséquent les pertes utérines, on devrait renoncer à l’emploi des saignées pour recourir à une médication astringente et styptique qui quoique nuisible dans le principe, convient lorsque l’engorgement hémorrhagique, est entretenu par un état d’atonie et de relâchement des tissus malades, ce qui a lieu ordinairement quand la maladie existant depuis quelque temps a déterminé un affaiblissement général. Dans ce cas on obtiendra les plus heureux effets, de 1 usage intérieur de l’extrait de ratanhia,des décoctions d écorces de chêne, des solutions alumineuses, des acides minéraux, des préparations et des eaux minérales
ferrugineuses naturelles ou artificielles, entr’autres, celles de Spa, de Forges, de Passy, etc. ; enfin, le seigle ergoté, semble offrir dans ce cas des avantages qui ont été constatés par plusieurs praticiens principalement par le docteur Duparcque. Lorsque le mal est parvenu à un degré tel que les parties sont ramollies et désorganisées, la thérapeutique médicale doit se borner à des palliatifs; on ne pourrait espérer une guérison, que par la destruction de la partie malade au moyen de l’instrument tranchant ou de la cautérisation, mais malheureusement il est difficile et même impossible de pouvoir reconnaître les limites de l’altération, et par conséquent savoir si elle est complètement accessible aux opérations chirurgicales. Nous terminerons en disant que l'engorgement par congestion avec l’hémorrhagie, présente une si grande analogie avec le fongus hématode qu’il est probable qu’un grand nombre de cas de cancers fongueux de la matrice rapportés par les auteurs n’étaient autre chose que l’engorgement hémorrhagique parvenu au dernier degré. Ce qui distingue surtout cette dernière lésion des fongus , c’est que les hémorrhagies qui l'açcompagnent sont plus tenaces, plus abondantes, plus continuelles et que la tumeurne présente pas une base rétrécie etun pédicule induré, comme cela a lieu dans les cancers fongueux de l’utérus ; cette distinction est de la plus grande importance pour le traitement chirurgical; dans le
engorgeaient congestif AVEC HÉMORRHAGIE. 579 fongus, on peut espérer d’atteindre les limites du mal, tandis que dans l’engorgement hémorrhagique, il arrive souvent que l’altération des tissus se prolonge jusque sur le corps de l’organe, ce qui contr indique toute opération chirurgicale , qui seraient cependant les seuls moyens à employer avec quelque espoir de guérison.
Lorsque les malades ont succombé, on trouve le col utérin boursouflé, et transformé en un tissu mou, friable, d’une couleur noirâtre. Le parenchyme de la matrice, est aussi plus ou moins désorganisé et réduit en une masse de filaments fibro-celluleux et vasculaire, se déchirant facilement et perdus au milieu du sang noir et coagulé qui s’y est infiltré; M. Daparcque , compare cette altération au tissu d’une rate engorgée et à demi putréfiée. La surface externe de l’organe présente ordinairement une couche plus ou moins épaisse de tissus sains, tandis que le parenchyme est d’autant plus désorganisé qu’on l’examine plus près de la cavité de l’utérus.