‹ Traite complet des maladies des femmesChapitre 39 sur 60 · SIÉGEANT SUR LE MUSEAU DE TANGUE · texte numérisé non relu

SIÉGEANT SUR LE MUSEAU DE TANGUE

Il est prouvé par un grand nombre de faits, que le col de la matrice peut être le siège d’ulcères qui se sont

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développés primitivement ou consécutivement sous l’influence d’un vice spécial tel que le virus vénérien, une affection scrofuleuse, dartreuse, etc. dont nous allons en peu de mots établir les principa uxcaractères.

L’ulcère chancreux du museau de tanche dépendant d’une cause syphilitique, est arrondi, son fond est grisâtre , ses bords taillés à pic ; en un mot il ressemble à ceux de même nature , qui se développent sur le gland. Les malades éprouvent des douleurs brûlantes et térébrantes et ne savent quelle position prendre pour les diminuer. Il s écoule de l’orifice vulvaire un liquide séro-muqueux ordinairement verdâtre et tellement irritant qu’il détermine un prurit incommode et souvent douloureux, et même une sorte d’érythème sur les parties avec lesquelles il reste en contact. D ailleurs, les ulcérations chancreuses syphilitiques sont très souvent caractérisées par d’autres symptômes primitifs ou consécutifs d’infection vénérienne, tels qu’une blennorrhagie, des pustules, des végétations, des chancres à la vulve, etc. Quoique la plupart des praticiens disent le contraire, elles sont moins rares qu’on le croit généralement, et elles exigent un traitement local et général anti-syphilitique qui doit toujours être précédé de l’usage des bains , des injections , des lotions et des applications adoucissantes et sédatives.

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D’après la remarque de MM. Cullerier , Colineau Jacquemin , les ulcérations de cette nature sont peu susceptibles de dégénérer en cancer ; ce qui semblerait militer en faveur de l’opinion de ces honorables praticiens, c est que 1 observation de tous les jours prouve que les filles publiques , quoique très exposées aux ulcérations syphilitiques du col utérin , ne fournissent pas d’exemples plus fréquents de cancer de la matrice que les femmes de la pratique ordinaire.

Il y a certains ulcères chancreux simples et consécutifs à une métrite chronique, qui, quoique offrant à peu près l’aspect de ceux de nature syphilitique, non seulement ne cèdent pas à un traitement mercuriel méthodique , mais même prennent sous son influence un nouveau caractère de gravité. On doit, dans ce cas, insister principalement d’abord dans l’emploi des antiphlogistiques et des narcotiques pour recourir ensuite aux injections chlorurées, et astringentes et aux applications locales de bourdonnets de charpie imbibées des mêmes solutions ; si le mal résistait à ces moyens administrés successivement et simultanément, la cautérisation avec le nitrate acide de mercure deviendrait alors une ressource qui achèverait le traitement. Nous ajouterons que les ulcères chancreux non spécifiques, présentent en général plus de gravité que ceux de nature syphilitique, et que lorsqu’ils se développent à l’é—

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poque critique, ils ont plus de tendance à se transformer en cancer que ceux qu’on observe chez les femmes qui sont encore jeunes.

Les ulcères scrofuleux sont ordinairement le résultat de la fonte des tubercules du col utérin dont nous avons déjà parlé et signalé les caractères avant leur état de ramollissement et de suppuration. Les ulcérations de cette nature sont toujours précédées de l’issue d’une matière caséeuse analogue à celle que fournissent les ganglions cervicaux suppurés; l’écoulement de cette matière a lieu par une petite ouverture listuleuse qui s’agrandit peu à peu et laisse bientôt apercevoir des bords frangés, inégaux, taillés à pic, circonscrivant un fond grisâtre, blafard et sécrétant un liquide séro-caséeux cailleboté et exhalant uiffi odeur désagréable qui n’est pas cependant celle du cancer. Souvent il existe un enffor—

gement du col et meme du corps de la matrice Qui peut être également le siège de bosselures qu’on pourrait d autant plus prendre pour être le résultat d une dégénérescence carcinomateuse, qu’à part les douleurs lancinantes , les symptômes sont à peu près les mêmes. Pour éviter toute erreur à cet égard, il suffit de se rappeler que les tubercules non suppurés, présentent toujours de la fluctuation , tandis que les indurations et les bosselures squirrheuses sont toujours très dures ; plus tard la méprise deviendra tout à fait impossible , lorsque les tu-

ROUG. , ULC. ET ÉRUPT. DU COL DE L UTÉRUS 645 hercules se seront ouverts et donneront issue à la matière caséiforme ; d ailleurs la facilité avec laquelle l’ulcère se déterge et surtout la promptitude de sa cicatrisation , achèveront de lever tous les doutes qui auraient pu rester dans l esprit de 1 observateur.

Ce n’est ordinairement que lorsque les tubercules se sont convertis en ulcères que I on soupçonne leur existence; car avant cette époque leur présence ne parait pas modifier sensiblement les évacuations menstruelles, et par conséquent déterminer aucun trouble dans les fonctions générales de l organisme. Il arrive cependant quelquefois que ces foyers tuberculeux marchent comme les abcès chauds, et que la douleur qui en résulte appelle 1 attention des praticiens; le doigt porté alors dans le vagin peiçoit la fluctuation des tubercules, qui, étant mis à découvert à l’aide du spéculum, peuvent être ouverts avec le bistouri plongé dans leur point le plus saillant. S il restait alors quelque doute sur la nature scrofuleuse de l’ulcère, l’ensemble de la constitution de la femme , sa manière de vivre , et surtout la presence d’anciennes cicatrices etdes glandes engorgées au cou, devront contribuer beaucoup à éclairer le diagnostic.

Le traitement des ulcères scrofuleux doit d abord * être dirigé contre l’inflammation si elle existe, en ménageant cependant l’emploi des antiphlogistitiques, surtout celui des saignées h cause de la cons-

titution de la malade. On aura ensuite recours aux injections astringentes et à la cautérisation, dont on accroîtra l’efficacité par l’usage interne des amers, et de quelques préparations d’iode, conjointement avec tous les moyens hygiéniques et diététiques propres à modifier la constitution.

Avant de passer aux ulcères cancéreux, nous ajouterons qu’il existe quelquefois à la partie interne des lèvres du col utérin, des phlyctènes semblables à celles qui précèdent les aphtes qu’on observe fréquemment à la surface de la muqueuse buccale , et qui en s’ouvrant donnent naissance cà une petite ulcération.

DES ULCÈRES CARCINOMATEUX.

Les ulcères carcinomateux diffèrent du cancer ulcéré en ce sens que, comme le noli me tangere de la peau, ils sont ordinairement primitifs ou du moins succèdent aux ulcérations simples ou spécifiques négligées ou mal soignées dont nous avons parlé plus haut, tandis que dans le cancer proprement dit l’ulcération est toujours précédée de l’engorgement squirrheux des parties sous-jacentes.

Lorsque la maladie a commencé de prime abord par une ulcération carcinomateuse dont la base ne se durcit que consécutivement, le sang coule facilement au moindre contact, les douleurs sont superficielles et peu intenses, quelquefois môme les malades éprou-

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vent une sensation de rongement qu elles ne peuvent définir, mais qui étant ordinairement plutôt agréable que pénible, les excite au coït, qui détermine le plus souvent alors des douleurs vives et lancinantes. L ulcère, dont l’existence peut être constatée dès la première période du mal, n’est accompagné ni de gon< flement considérable, ni d’induration profonde ; sa surface présente une couche grisâtre comme inorganique qui se détache et se renouvelle incessamment. Le fluide qu’il sécrète est très visqueux et se concrète facilement tant que l’affection est stationnaire; mais aussitôt quelle commence à faire des progrès et à s’étendre sur les parties voisines, la sécrétion ichoreuse perd en viscosité ce qu elle gagne en quantité et en fétidité; la base de l’ulcération se durcit de plus en plus, et prenant bientôt tous les caractères du cancer proprement dit, détermine le même épuisement de l’organisme et en traîne d’une manière aussi certaine la perte de la malade.

Les ulcères carcinomateux, primitifs quoique produisant des accidents analogues à ceux du squirrhe ulcéré, et exigeant les mêmes moyens thérapeutiques que ce dernier genre de lésion, sont beaucoup moins exposés aux récidives dès qu’on est parvenu à les détruire par un moyen quelconque. En effet, l’induration qui sert de base aux ulcères carcinomateux est accidentelle et consécutive, et semble même dépendante de l’existence de l’ulcération. La couche in-

O:>0 LÉSJOWS VfTALF.S.

duree sur laquelle ils reposent est quelquefois si mince qu il n’est pas toujours facile de la distinguer parla dissection, tandis que la base des cancers ulcérés consécutifs est toujours primitive et profonde, ce qui explique parfaitement la plus grande fréquence des récidives après un traitement médical ou une opération.

Il n y a aucun doute pour nous que les prétendus cancers dont on a proclamé des guérisons au moyen d injectjons et de topiques de différente nature, n etamnt autre chose que des ulcères carcinomateux piimitifs, et non de véritables tumeurs squirrheuses ulcérées, présentant tous les caractères du cancer propiement dit. Si nous concevons qu’on puisse obtenir la résolution d’une induration consécutive et peu étendue, par la modification et. surtout par la destruction de l’ulcération primitive qui en a provoqué le développement, nous regardons comme impossible la disparition prompte et durable d’un squirrhe ulcéré quels que soient d’ailleurs les agents thérapeutiques qu’on ait employés pour sa curation.

Il est donc de la plus grande importance de distinguer f ulcère carcinomateux, du cancer ulcéré ; ces deux états pathologiques sont d’autant plus faciles à confondre qu’ils présentent l'un et l’autre une ulcération à base dure ; le premier qui est en général plus large et moins profond, repose sur une ba^e indurée qui n’est pas en rapport avec son étendue et

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qui est toujours plus mince que celle du squirrlie ulcéré. Pour établir un bon diagnostic, il faudra donc non-seulement se rappeler Jes signes différentiels que nous avons déjà établis, mais encore tenir compte de l'origine, de la marche, de la profondeur et de l’épaisseur de l’induration sur laquelle on observe ces sortes de solutions de continuité. Si nous ne nous étendons pas plus longuement à présent sur ce point important, c’est parce que nous devons y revenir en parlant du diagnostic du cancer ulcéré.

Les ulcères carcinomateux réclament les moyens thérapeutiques que nous avons indiqués pour les engorgements et pour les ulcérations simples, c’està-dire les antiphlogistiques, les injections émollientes et narcotiques, les saignées révulsives, les dérivatifs , etc. Lorsque malgré l’emploi méthodique de ces divers moyens, les accidents s’aggravent et menacent de faire perdre tout espoir de guérison, on doit avoir recours à la cautérisation,surtoutsilecolestpeu volumineux et l’ulcéra lion superficielle, ou enfin à l’excision de la partie malade au moyen de 1 instrument tranchant qui alors peut toujours atteindre les limites du mal. C’est surtout dans ce cas que l’opération est indiquée et présente le plus de chances de succès, parce que l’ulcéra tionqui s’est développée de dehors en dedans, repose sur une induration consécutive et peu profonde.

Comme notre intention est moins de nous occuper de ce qui est relatif à l’anatomie pathologique que de tracer 1 histoire succincte de chaque lésion, principalement sous le rapport pratique, on comprendra facilement pourquoi nous nous abstenons de rappeler ici les opinions plus ou moins ingénieuses, ou plus ou moins absurdes que les auteurs anciens et modernes ont émises sur la nature, le siège, le mode de développement et les variétés des diverses affections cancéreuses. Comme la science est encore sur ce point dans le vague et l’incertitude , nous conservons 1 expression métaphorique et éminemment vicieuse de cancer , pour indiquer d une manière générique diverses altérations organiques , dont la nature intime nous est inconnue , mais qui , quoique variées de forme et d’aspect, ne sont qu’une seule et môme lésion, et offrent pour caractère commun, de changer et de désorganiser la texture de l’organe, de tendre toujours à faire des progrès en superficie et en profondeur, enfin d’être en général au-dessus des ressources de la médecine proprement dite.

Les affections cancéreuses de la matrice, définies comme nous venons de le faire , présentent diverses modifications, ou formes principales, qui peuvent être classées de la manière suivante :

1° Le cancer squirrheux , caractérisé par un engorgement dur, avec déformation de 1 organe , qui présente des bosselures, dont les unes sont indurées, et les autres plus ou moins ramollies , puis ulcéiées. Cet état est accompagné de douleurs lancinantes, de fréquentes hémorrhagies, surtout si le mal n occupe qu’une partie de la matrice ; enfin d un écoulement leucorrhéique , qui peut être presque nul ou très abondant. Cette altération, qui peut varier de l’état lardacé et solaniforme à 1 état cartilagineux ou même osseux dans certains cas, est également suivie de tous les symptômes et des phénomènes sympathiques et nerveux , qui dépendent du poids , du volume , et du changement de situation de 1 organe , comme dans les engorgements simples.

Ce qui distingue surtout l’alteration cartilagineuse ou osseuse , c’est que l’organe est en général moins déformé que dans le cancer squirrheux ou tuhéreux, et qu’il ne détermine pas comme ce dernier des douleurs vives et des écoulements vaginaux, purulents et sanguins. Il est également moins dangereux et apporte quelquefois si peu de trouble dans 1 économie, qu’on a vu des femmes qui en étaient affectées depuis un grand nombre d’années , prolonger leur existence jusqu’à un âge très reculé. Du reste , la dégénérescence cartilagineuse ou osseuse de 1 utérus est toujours au-dessus des ressources de 1 art.

2° Le cancer ulcéreux, qui est le dernier degré du

squirrhe, Se reconnaît par une solution de continuité, a bords durs et renversés , à surface inégale et de couleur grisâtre. L’écoulement, qui peut être simplement séreux, consiste le plus souvent dans une matière sanieuse , âcre, horriblement fétide, quelquefois aqueuse et légèrement sanguinolente , qui s échappe avec une telle abondance qu elle imprègne promptement les linges , fréquemment renouvelés , dont les femmes se garnissent. Les surfaces ulcérées se couvrent quelquefois d’excroissances et de végétations diverses, qui peuvent rester long-temps à l’état squirrheux, mais qui augmentent en général rapidement, et forment des tumeurs molles, fongueuses, saignant au moindre contact.

Cette forme du cancer , qui de toutes est la plus redoutable , et celle dont la marche est la plus rapide, est accompagnée d’hémorrhagies d’autant plus abondantes, que le mal est profond et la corrosion des vaisseaux considérable.

5° Le cancer fongueux est celui qui se présente sous la forme d une tumeur en champignon, dont le pédicule plus ou moins étranglé est fixé sur le pourtour du museau de tanche. La consistance de la tumeur est molle et spongieuse , sa surface est granuleuse , inégale , formée d une multitude de globules saillants et réunis comme les granules d’une framboise ou d un choux-fleur ; sa couleur, qui est d un rouge brun livide ou violacé , se rapproche de celle

du placenta ; la moindre pression qu’on exerce sur lui détermine un écoulement de sang noir assez considérable , dont , du reste , une exsudation presque i continuelle se mêle à celle d’une sérosité roussàtre , iclioreuse et d’une fétidité repoussante. Dans ce cas on détache facilement avec le doigt des portions de végétations molles , brunes et très friables ; il est même une circonstance à noter , c’est que les femmes se plaignent ordinairement au dernier médecin qu’elles consultent, de la brutalité des premiers qui leur ont donné des soins, et qui selon elles, les ont touchées avec si peu de ménagement , qu’ils ont fait saigner abondamment les parties.

Le cancer fongueux, que M. Duparcque appelle cancer mural , se présente quelquefois aussi sous la forme d’un fongus non pédiculé, et offrant à sa surface une réunion de globules lisses , égaux , de consistance molle, d'apparence vésiculeuse, et accumulés en masse autour du museau de tanche. Ces granules globuleuses , qui ressemblent à des grains de groseilles à maquereau ( ribes ma crispa ) , sécrètent un liquide séreux , qui peut devenir si abondant , qu’il transperce les matelas pendant la nuit, et oblige souvent la malade de changer vingt à trente fois par jour les linges dont elle se garnit. Du reste, le liquide sécrété par cette sorte de fongus en grappe est presque incolore et sans odeur. M. Dugès a publié plusieurs observations de cette seconde variété de fongus uté-

rin, dont nous avons vu un exemple en 1 833 sur la femme d’un porteur d’eau , à qui nous avons conseillé d’entrer à l’hôpital de la Pitié, dans les salles de M. Lisjranc , où probablement elle est morte. Ces deux variétés de cancer fongueux , surtout la dernière , sont non seulement les moins douloureuses , mais encore celles qui offrent le plus de chances de guérison.

4° Le cancer hèrnatode ( cancer sanguin de M. Du parcqué), bematoma de Hooper, spongoïde inflammation de Burns , quoique présentant des signes différentiels assez tranchés, n’avait pas été nettement séparé des autres formes de cancer , avant les travaux de MM. Hooper (1) , Duparcque (2) et Dugès (3). M. Duparcque étant le premier auteur français qui ait bien décrit cette variété d’altération cancéreuse , nous allons en rappeler les traits principaux d’après cet excellent praticien : «On reconnaît ce cancer au gonflement sans déformation de l’utérus , et notamment du col , où il a le plus ordinairement son siège, à la mollesse remarquable de son tissu, au sentiment prononcé de crépitation que l’on éprouve en le comprimant, à l’écoulement constant d’un sang noir et et grumelé , mêlé de caillots plus ou moins volumi-

(1) The morbidanat. of the banian utérus , 1832.

(2) Traité des altérai, organ. de la matrice, p. 595.

(3) Traité des maladies de l’utérus, tom. II, p. 180.

neux , au suintement d’un fluide analogue, s’échappant de toute la surface de la tumeur , comme si on l’exprimait d’une éponge. A une époque très avancée de l’altération , il se mêle au sang des lambeaux putréfiés , des matières fétides résultant des détritus et de la décomposition du tissu altéré , décomposition qui marche d’ordinaire du centre à la circonférence, comme le ramollissement, c’est-à-dire qui commence vers l’orifice et s’étend de là et au col et au corps de la matrice. De là il résulte une excavation comme ulcéreuse, et la maladie prend alors la forme du cancer ulcéré. » Nous ajouterons que la tumeur est d’un rouge brun , et que sa surface qui paraît assez lisse à la vue , est toujours enduite de lamelles de sang caillé , et semble un peu inégale au toucher. Il est probable , dit M. Duparcque , que le sentiment très prononcé de crépitation qu’on éprouve , est dû au déplacement du sang à demi coagulé , qui infiltre le tissu malade.

Ce qui distingue surtout le cancer sanguin du cancer fongueux , c’est que ce dernier est supporté par un pédicule qui est fixé sur le col de l’utérus et ne le dépasse jamais, tandis que la tumeur résultant du cancer sanguin est sans pédicule , s’étend jusque sur le corps du viscère , et a beaucoup de tendance à gagner en profondeur. Cette distinction qui a peu d’importance pour le traitement médical proprement dit, en a beaucoup pour le traitement chirurgical. En

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effet i, on peut espérer beaucoup de 1 excision d un cancer fongueux, qui a son siège sur un organe dont lès tissus peuvent être sains , tandis que la même opération ne pourrait que bâter la mort de la malade , ou même la déterminer immédiatement, si elle était pratiquée dans le but de détruire un cancer sanguin , qui s’étend toujours plus ou moins profondément sur le corps delà matrice. La seule opération que l’on pourrait tenter dans ce cas serait la cautérisation , surtout celle faite avec le fer rougi , comme nous l’avons vu pratiquer au célèbre barron Larrey.

5° Le cancer encéphaldide , cancer médullaire , est caractérisé par une tumeur de grosseur variable, dont la surface extérieure est divisée en lobes plus ou moins saillants , dans lesquels se trouve primitivement une matière cérébri forme , d un blanc terne , et ayant d’abord assez de consistance , mais se ramollissant ensuite, et devenant pulpeuse et liquide comme une bouillie un peu épaisse. Cette matière peut exister dans de petites masses enkystées, dans de petits lobes non enkystés et séparés par des scissures, moins profondes et moins régulières que celles des masses encéphaioïdes enkystées ; enfin la matière cérébriforme peut être contenue dans des masses non circonscrites, et en quelque sorte infiltrées dans le tissu de l’organe. Cette forme du cancer qui souvent siège en même temps sur d’autres points de l’économie, et qui succède quelquefois à la dégéné-

rescence tuberculeuse, est accompagnée d’un écoulement puriforme , ichoreux et très fétide , entraînant avec lui des fragments ramollis du tissu utérin , dont la chute donne naissance à des hémorrhagies très abondantes.

Toutes les dégénérescences pathologiques que nous venons de signaler comme étant autant de formes que peut prendre le cancer utérin, se trouvent quelquefois réunies, en totalité ou en partie, sur le même utérus , et constituent alors le cancer mixte , que l’on observe surtout à une époque avancée de cette affreuse maladie.

Les variétés et les formes que nous venons de signaler, partant du même principe , nous n’avons pas eu l’intention d’en faire autant d’espèces différentes, mais bien de présenter le même mal sous toutes ses faces et ses diverses modifications , sans l’éloigner dê 1 unité pathologique , qu’il doit conserver dans la théorie et la pratique.

Les causes du cancer de la matrice sont nombreuses et variées ; elles ont une action plus ou moins directe sur la production de la maladie; les unes sont générales ou prédisposantes et les autres sont déterminantes ou locales.

Parmi les causes prédisposantes, sont l’hérédité, 1 âge, la constitution, le genre de vie, et les habitudes.

Quoique dans 1 état actuel de la science il soit dif-

ficile d’admettre un virus cancéreux transmissible par voie de génération, il est cependant incontestable que le cancer semble dans beaucoup de cas être héréditaire, c’est-à-dire que les personnes nées de parents qui ont succombé à une affection cancéreuse, sont beaucoup plus disposées à contracter la même maladie. Nous pourrions citer un grand nombre de faits authentiques à l’appui de cette opinion, surtout par rapport au cancer de l’utérus qui, plus que tous les autres organes, est exposé aux dégénérescences carcinomateuses, probablement à cause de la nature de ses fonctions, de sa structure dense et compacte et surtout de la grande abondance de tissus fibro-celluleux (1) dont il est pourvu surtout à son col.

Le cancer peut se développer à tous les âges, mais il est rare que celui de la matrice se manifeste avant 25 ans ; cependant nous avons observé, et les auteurs ont rapporté plusieurs exemples de cancer utérin même avant vingt ans. D’après les recherche statistiques que nous avons été à même de faire dans les hôpitaux, et d’après notre pratique particulière et

(1) M. le professeur Cruveilhier a prouve' par un grand nombre d’observations et de recherches intéressantes, consignées dans la bibliothèque médicale, que le tissu fibro-celluleux est l’élément organique principalement affecté dans le cancer , et que cette dégénérescence semble avoir une prédilection toute particulière pour les organes dans la composition desquels il entre une grande quantité de ce tissu. Tels sont surtout la matrice, les mamelles, les testicules et tous les glands, etc.

surtout d’après les travaux publiés sur ce sujet par les auteurs, nous avons trouvé en suivant l’ordre de fréquence que cette affreuse maladie se manifestait le plus ordinairement de 40 à 45 ans, puis de 30 à 40, de 45 à 50, de 20 à 30, de 1 5 à 20, de 50 à 60, enfin de 60 à 70. On voit par cette sorte de statistique que les affections cancéreuses de l’utérus sont d’autant plus fréquentes que cet organe se trouve dans une période d’activité plus grande, ou lorsqu’il commence à tomber dans l’inertie physiologique de l’âge critique.

Les femmes mal réglées, celles qui présentent quelque anomalie dans la menstruation, celles qui sont nerveuses, irritables, sensibles, disposées aux passions vives de l’âme, celles qui sont d’un tempérament érotique, et qui sans cesse tourmentées par des désirs vénériens, se livrent avec excès à la masturbation ou au commerce des hommes ; celles qui passent leur vie dans les réunions nombreuses et le tumulte du prand

monde, celles qui portent quelques affections tuberculeuses, celles chez qui une leucorrhée habituelle, des éruptions cutanées, des douleurs névralgiques, rhumatismales, ont cessé brusquement, enfin les femmes qui habitent les grandes villes, surtout celles qui ont eu des couches nombreuses, des avortements fréquents, des métrorrhagies répétées, sont plus sujettes que les autres aux affections cancéreuses de la matrice. On doit encore ranger parmi les causes pré-

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disposantes de ces lésions, le célibat, la stérilité, les chagrins violents, les accès de colère souvent renouvelés, et toutes les passions vives; nous devons convenir cependant que des circonstances diamétralement opposées n’empêchent pas le développement de la maladie qui peut se manifester sous l’influence de causes inappréciables, mais inhérentes à la constitution des personnes.

Les causes occasionnelles du cancer utérin, sont toutes celles dont l’action est susceptible de déterminer la métrite ; telles sont les manœuvres criminelles pour provoquer l’avortement, la présence d un corps étranger dans le vagin, la disproportion des organes génitaux entre les époux, et les contusions qui peuvent en résulter, les jouissances avant la puberté, à 1 époque de cette révolution physiologique et après le temps critique, la présence sur le museau de tanche ou dans 1 intérieur du col utérin de polypes cellulovasculaires, enfin toutes les causes capables de déterminer les engorgements inflammatoires et congestifs sur lesquels il est inutile de revenir.

Quelles que soient l’origine et les causes de la dégénérescence cancéreuse de la matrice, les premiers symptômes du mal échappent généralement au médecin, qui n’est presque toujours consulté que lorsqu’il existe déjà des désordres fort étendus. D’ailleurs les dérangements que les femmes éprouvent dans le principe sont quelquefois si peu sensibles, qu’elles

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n’y apportent elles-mêmes aucune attention, et il arrive aussi que le mal peut atteindre un degré très avancé sans qu’aucun signe précurseur ait pu taire soupçonner son existence. Il existe en effet des femmes jeunes, fraîches et brillantes qui semblent jouir de tous les attributs d’une santé parfaite, chez lesquelles le cancer a jeté de profondes racines et dont on trouve l’utérus réduit en putrilage et n’offrant qu’un cloaque fétide; nous avons constaté plusieurs faits de cette nature, dont plusieurs auteurs modernes, entr’autres MM. Lisfranc, Recaniier , Pauly, Téalier, etc, ont rapporté des exemptes.

En général les premiers symptômes qui se manifestent sont des dérangements dans la menstruation , une augmentation, une diminution, ou une suppression passagère du sang des règles, leur retour fi équent et irrégulier , un écoulement leucorrhoïque, mêlé de stries sanguinolantes et prenant une teinte plus rouge après le coït, un sentiment de pression sur l’anus, et de pesanteur à 1 hypogastre,des tiraillements aux aines et dans les régions lombaires, une sorte de tenesme vésical et une sensation douloureuse pendant l’expulsion de l’urine et de la défécation. Quelques femmes éprouvent dans les parties génitales et surtout à la vulve une sorte de prurit voluptueux qui les portent au coït ou à des manœuvies illicites; le plus souvent l’acte conjugal détermine des douleurs plus ou moins vives, qui dans quelques

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cas peuvent ne pas exister ; il vient se joindre à ces symptômes, des douleurs vives et passagères dans diveises régions du corps, surtout dans les seins, cpii deviennent plus fermes et plus volumineux ; les malades éprouvent des alternatives de tension et d’affaissement des parois abdominales, des accès d’hystérie, une mélancolie insolite, un dégoût extrême pour les aliments, des appétits bizarres, enfin un trouble général qu’on ne peut expliquer, que lorsque tous les doutes sont levés sur l’existence de la maladie.

Lorsque de semblables phénomènes se manifestent et surtout se prolongent au- delà du terme des irritations passagères, il est de la plus grande importance d’explorer les organes sexuels pour s’assurer de la nature du mal ; le moindre retard exposerait la malade à un danger irrémédiable , et pourrait compromettre l’honneur de l’art et la réputation du médecin.

Dans cette première période de la maladie, le toucher vaginal fait découvrir que le museau de tanche est tuméfié, dur, chaud, douloureux, et quelquefois ramolli, et inégal sur divers points; la lèvre postérieure est toujours plus saillante et plus volumineuse que l’antérieure; l’orifice utérin est entr ouvert et irrégulier ; le doigt retiré du vagin est, surtout à son extrémité, ordinairement recouvert de mucosités sanguinolantes , semblables à celles dont la sécrétion est provoquée par la copulation. Il est souvent difficile de distinguer le cancer commençant de la mé-

tri te sub-aiguë avecsimple induration; cependant lorsqu’elle est de nature squirrheuse, le col de l’utérus qui est moins régulier dans sa forme, est en général plus dur, moins sensible et plus volumineux. L’engorgement est alors plus circonscrit et s’étend rarement jusque sur le corpsde l’organe, comme il arrive souvent dans les engorgements simples.

Au lieu de suivre une marche progressive, il arrive quelquefois que le cancer au premier degré reste stationnaire, jusqu’à ce qu’une cause inappréciable, en lui communiquant une nouvelle impulsion, vienne tout-à-coup activer ses progrès. Bientôt les incertitudes primitives du diagnostic cessent tout-à-fait. Le mal fait des progrès rapides, de nouveaux accidents s’ajoutent aux premiers. Les douleurs deviennent pongitives, les pertes plus fréquentes, les écoulements vaginaux plus abondants. Le toucher pratiqué à cette seconde période conjointement avec l’exploration au moyen du spéculum, font reconnaître que la matrice a acquis le poids et les dimensions qu’elle offre pendant le deuxième mois de la grossesse. L’orifice du col se présente comme un bourrelet dur, bosselé, inégal, plus ou moins rouge et enduit d’un fluide muqueux sanguinolant ou môme baigné par du sang pur. Si l’organe entier est envahi, le toucher rectal et hypogastrique permet le plus souvent de distinguer l’étendue de la tumeur et les inégalités arrondies qui se dessinent déplus en plus à sa surface.

Quand on a affaire à une dégénérescence encéphaloïde, on voit la diathèse cancéreuse se manifester promptement par le ramollissement et 1 ulcération de la tumeur , et par l’accroissement rapide du mal en étendue et en profondeur. Les douleurs qui sont alors presque permanentes , sont souvent sourdes et rongeantes, mais toujours accompagnées d’élancements vifs, que les malades comparent à des traits de feu el à des coups d’aiguilles ou de canif. Le plus ordinairement elles se concentrent sur l’utérus d’où elles s’irradient sur les ligaments de cet organe. Le corps de la matrice qui s’hvpertrophie de plus en plus par suite de l’extension du mal, détermine la compression des vaisseaux et des nerfs du bassin et devient alors une des principales causes des élancements profonds qui se font sentir dans les fesses, les cuisses, les lombes, dans la direction du nerf sciatique et de ses branches. Quelquefois les douleurs paraissent ne plus naître du bassin, mais s’irradiant dans différentes régions, elles sont tellement vives dans les diverses articulations des membres inférieurs, qu’elles simulent plus ou moins le rhumatisme. Les fonctions des organes voisins s’altèrent ; la constipafion est opiniâtre, les besoins d’uriner sont continuels, enfin les hémorrhagies utérines augmentent de fréquence et deviennent souvent permanentes lorsque la tumeur squirrheuse s’est ulcérée ou lorsqu'il s’est développé sur le col

des fongosités, des végétations et surtout un véritable fongus hématode.

Dans cette troisième période, 1 ulcération cancéreuse primitive ou précédée de 1 engorgement squiirheux , est circonscrite par des bords indurés , déchirés , saignants et se renversant inégalement en dehors de la circonférence du col utérin. Bientôt le fond de cette orifice se trouve changé en une sorte de bourbier infect où le doigt pénètre facilement et d’où il s’écoule une matière ichoreuse et sanguinolente qui corrode les cuisses et qui est d une odeui repoussante, caractéristique et si horriblement fétide qu’elle persiste long-temps après le toucher, malgré plusieurs ablutions dans de l’eau savonneuse et chlorurée. Il s’élève souvent du fond et de toute la surface de l’ulcération des bourgeons sanieux et des végétations fongueuses dont nous avons parle précédemment. Le mal faisant alors des progrès rapides, les parois du col peuvent etre bientôt rongees et réduites en putrilage ; souvent même la désorganisation s’étend jusque sur le corps de l’organe , qui quelquefois est perforé de manière à établir une communication avec la cavité péritonéale ; elle peut se propager également dans quelques cas jusque sur les organes voisins; ainsi on a vu la vessie , le rectum, le vagin et même les parties antérieures de la génération être compris dans ce foyer de destruction et former un cloaque hideux où les urines et les matières

u ’u LRSJOJYS TITALES.

fécales venaient se confondre avec la matière cancéreuse; quelquefois des lambeaux de chair ramollie, et des caillots de sang noir et putréfié se détachent des fongosités cancéreuses, d’où il s’écoule également des matières ichoreuses, sanguinolentes, noirâtres ou ressemblant à de la lie de vin. Il survient alors des hémorrhagies dont l’abondance épuise rapidement les forces, et souvent détermine la mort des malades quelques mois avant 1 époque qu elles auraient pu atteindre sans cet accident. Lorsque les souffrances sont peu vives , les femmes conservent souvent un certain embonpoint et une certaine fraîcheur, mais le plus ordinairement les douleurs sont si atroces, qu’elles rendent la vie insupportable, et que leur exagération peut amener la mort en peu de jours, ainsi que MM. Bayle ] et Càyol (1) Téaher (2) et d autres auteurs en citent des exemples.

En outre de ces symptômes locaux, nous devons encore signaler tous les phénomènes de la cachexie ou altération générale de l’organisme qui constitue le plus fâcheux effet et le dernier terme de la diathèse cancéreuse.

Lorsque les femmes sont parvenues à cette période affreuse du cancer, elles présentent le tableau le plus déchirant des misères humaines ; en effet, les

(1) Dictionnaire des sciences méd., art. cancer.

(2) Du cancer de la matrice , page 111. 1836.

fonctions assimilatrices sont épuisées ; l’appétit est nul, les digestions se dérangent de mille manières, l’amaigrissement, plus ou moins rapide, est quelquefois porté jusqu’au marasme, le système osseux participant à la maladie, devient friable, fragile et se rompt comme de lui-même. La peau qui est sèche, bouffie, ridée, collée sur les os , prend la couleur blanc mât de la cire, ou jaune paille qui caractérise les affections cancéreuses ; l’attitude offre une expression particulière à cet état pathologique ; le regard triste et abattu porte l’emprinte de la souffrance et du découragement , les yeux enfoncés dans les orbites, les lèvres livides et circulairement contractées, les dents fuligineuses, la face grippée, hippocratique, sillonnée par de profondes rides, donnent h la malade l’aspect d’un cadavre; enfin les diarrhées collicatives, symptomatiques d’ulcérations intestinales, les vomissements, l’œdème des membres inférieurs, l’hydropisie, la fièvre hectique, les insomnies, les souffrances intolérables, les hémorrhagies abondantes, le désespoir et la mort viennent compléter ce lugubre et affligeant tableau.

La marche du cancer varie suivant sa forme et 1 époque à laquelle s’est développée la modification

organique qui prédispose à la dégénérescence squirrheuse et encéphaloïde, altérations fondamentales de la plupart des affections cancéreuses. Si le mal a débuté par l’état squirrheux, il peut rester long-

temps indolent et stationnaire, et le ramollissement de la tumeur ne s’opérer qu’avec une extrême lenteur,et quelquefois même ne pas empêcher les femmes de parvenir à une vieillesse très avancée. La prompte ulcération du cancer produit en peu de temps les désordres les plus graves, et alorsquelques mois suffisent pour le conduire à sa dernière période; cependant on a vu cette terminaison funeste n’arriver qu’après plusieurs années ; il est probable que cette différence dépend de la multiplicité et de l intensité des causes prédisposantes du tempérament des malades, de leur sensibilité, et surtout du traitement mis en usage. Souvent aussi la mort survient soit à la suite d’une hémorrhagie foudroyante ou des pertes sanguines peu abondantes mais trop souvent renouvellées, soit à la suite d’une péritonite, de violentes convulsions, d’une pneumonie, ou d’autres affections qui sont des complications fréquentes du cancer utérin. Nous devons ajouter qu’en général le mal fait des progrès d’autant plus rapides que la femme est plus jeune, et que si dans quelques cas l’ulcération semble s’arrêter dans sa marche, et donner quelques consolations à la malade et un peu d’espoir au médecin, cet heureux changement, qui est toujours éphémère, et ne justifie pas long-temps les avantages et l’efficacité qu’on avait cru reconnaître dans les agents thérapeutiques mis en usage. La femme qui d’abord avait été soulagée par un traitement palliatif, se décourage

DU CAWCEE DE LA MAT1UCE. ^9

bientôt, change de médecin, essaye les remèdes les plus bizarres , et dans son desespoir sadiesse aux •commères , aux charlatans, aux magnétiseurs , ou aux homéopathes, qui tour à tour lui promettent une guérison prompte et radicale, mais qui le plus souvent ne font que hâter le terme fatal.

Si le diagnostic du cancer de la matrice n’est pas ordinairement difficile à établir dans les dernières périodes de la maladie, tous les auteurs s’accordent à dire qu’il n’en est pas de même à son début. En effet, dans la métrite chronique avec induration simple, le col utérin est comme dans l’engorgement squirrheux, plus volumineux et plus dur qu à 1 état normal; la surface de la tumeur peut être daboid lisse et polie dans les deux cas; enfin les douleurs peuvent manquer tout à fait , se montrer à un degré peu intense, ou même être lancinantes, dans les cas d’indurations simples comme dans ceux d’induration squirrheuse ou cancer commençant. M. Lisfranc, dont l’expérience est si grande et dont les opinions sont d’un si grand poids sur cette matière, a donné dans la Gazette Médicale, les caractères différentiels qui suivent.

1° L’engorgement simple est moins dur et offre au loucher une surface unie, tandis que le squinhe présente des bosselures et des inégalités.

2° Dans le squirrhe la muqueuse du col est d un

66o LÉSIONS VITALES.

blanc mat; ce qui selon ce célèbre praticien n’existe pas dans les engorgements simples.

3° Le squirrhe se développe avec plus de lenteur; ainsi quand l’engorgement date d’un à deux mois seulement, et si surtout il succède à un avortement, à un accouchement ordinaire, à une brusque suppression des menstrues, nous jugeons, dit, M. Lisfranc, qu’il n’est point de nature squirrheuse.

4° Enfin l’engorgement simple demande un traitement d’un mois à six semaines, tandis que le squirrhe est beaucoup plus long à guérir. Nous joindrons aux caractères squirrheux signalés par l’habile chirurgien de la Pitié, que l’engorgement est en général moins sensible, moins chaud, et plus circonscrit que l’induration simple ; nous ajouterons encore que sa formation n’est pas accompagnée de symptômes aussi prononcés, et ne détermine pas dans son principe des accidents aussi fâcheux et des phénomènes généraux aussi apparents. Enfin nous dirons que sous l’influence des saignées, de la diète, du repos, des antiphlogistiques et des fondants, l’engorgement simple de l’utérus, diminue ordinairement très vite, ce qui n’a jamais lieu dans la dégénérescence squirrheuse même à leur début.

Toutes les fois que l’induration du col ne présentera pas d’une manière tranchée les signes caractéristiques du squirrhe, on devra croire à l’absence de cette altération et se conduire comme si l'on

TRAITEMENT du cancer de la MATRICE. 66 [

avait constaté bien positivement un engorgement dur simple, c’est-à-dire recourir avec méthode et persévérance aux divers moyens thérapeutiques dont nous avons parlé précédemment en traitant de la métrite chronique avec induration.

On distinguera le squirrhe des polypes utérins si l’on se rappelle que les dernières tumeurs sont toutà-fait insensibles, et isolées de l’orifice et présentent en même temps une surface lisse, une certaine élasticité, une forme ovoïde, régulière et pédiculée, tandis que les indurations squirrheuses sont adhérentes, bosselées, inégales plus ou moins sensibles et offrent une dureté mate et une consistance comme pierreuse. Les tumeurs fibreuses développées dans l’épaisseur des parois du col de l’utérus, se reconnaissent aussi à leur dureté, à leur insensibilité et à leur volume considérable, à leur forme arrondie et non lobulée. On devra aussi ne jamais oublier que le col utérin est susceptible d’alongement considérable dont nous avons parlé précédemment ; que la grosseur du museau de tanche, qui varie beaucoup à l’état normal, présente chez quelques femmes une hypertrophie qui n a rien de morbide et que l’accouchement y laisse souvent des bosselures et des fissures qu’il est facile de distinguer des tumeurs cancéreuses.

Comme en parlant des ulcères carcinomateux, nous avons déjà donné leur diagnostic différentiel, nous

croyons devoir ne pas revenir sur ce sujet et pas-

LliSiONS VITALES.

ser aussi sous silence, les signes caractéristiques de diverses lésions, entr’autres les polypes cellulo-vasculaires qui sont décrits dans d’autres parties de cet ouvrage et signalés comme offrant quelques symptômes analogues à ceux du cancer du col de la matrice.

Le pronostic (lu cancer utérin est toujours grave ; car le propre des affections de cette nature est de désorganiser et de détruire plus ou moins vite non seulement la partie qui en est le siège, mais encore de proche en proche celles qui l’avoisinent. Cependant lorsque le museau de tanche est seul compromis, surtout si le cancer est le résultat d’une ulcération primitive dégénérée, le pronostic est beaucoup moins grave , et le mal offre des chances de guérison ; on doit au contraire, quels que soient son origine, sa forme et son mode de développement, le considérer comme devant entraîner presque toujours la perte de la malade, quand il dépasse le col delà matrice et s’étend sur le corps de cet organe. Il est donc de la plus haute importance de se hâter le plus possible de combattre le cancer dès son origine, et de ne jamais perdre de vue F excellent conseil qu’a donné le docteur MélierÇ] ) lorsqu’il a dit: « que tçut dérangement un peu prolongé des organes génitaux de la femme ou de leurs fonctions, toute incommodité qui persiste, toute souffrance même légère qui se répète, doivent

(1) Mémoires del’Acad. de Méd. , tome II, page555. 1S32>

éveiller l’attention du médecin et méritent examen ; malheureusement, lors de l’apparition des premiers symptômes, les femmes réclament rarement le secours de la médecine, ou plutôt refusent de se soumettre à toute espèce d’exploration ! elles confient alors à la nature le soin de leur guérison ; mais, vain espoir! Elle sont toujours trompées dans leur attente.

Tous les efforts du médecin doivent avoir pour but non seulement d’arrêter les premiers progrès du mal et de l’étouffer à son origine, mais encore d’en prévenir le retour par une surveillance attentive, en éloign ant toutes les causes qui tendent à le reproduire et à l’entretenir. 11 n’y a aucun douteque la première source du cancer de la matrice est l’inflammation chronique , de eet organe. Guérir, cette affection et dissiper l’irritation qui entretient son engorgement, c’est le plus souvent prévenir le cancer utérin, et sauver par conséquent la femme de la plus

affreuse des maladies. Comme nous nous sommes

déjà étendu longuement sur le traitement de la métrite chronique, et sur les divers engorgements qui peuvent en résulter, nous ne croyons pas devoir revenir sur ce sujet :

Les bases du traitement du cancer commençant, sont également les mêmes que celles des engorge-

ments primitifs de l’utérus et des ulcérations qui peuvent en être la cause ou l’effet. Ainsi pour diminuer les douleurs et arrêter la marche du mal, on aura recours aux saignées révulsives et aux exutoires , à un régime adoucissant; on prescrira la diète lactée, les viandes blanches, le repos, les bains, les injections émollientes, narcotiques, astringentes, les lavements et les cataplasmes de même nature et différents autres agents thérapeutiques dont nous avons parlé précédemment.

Le régime. On commencera par supprimer le quart de l’alimentation ordinaire, ensuite le tiers, puis enfin la moitié, si la constitution de la malade le permet; car il est des femmes qui supportent la diète avec la plus grande peine. Les mets que l’on permettra seront des viandes blanches, du poisson, des substances végétales herbacées, des fécules préparées au maigre, du laitage, et des fruits cuits ou des fruits crus bien mûrs. Les boissons spiritueuses et aromatiques seront sévèrement défendues, l’eau légèrement rougie sera permise pendant les repas, mais hors ces époques on continuera l’usage des boissons émollientes. Nous ajouterons que la diminution de l’alimentation ou le eura famis est une des bases principales du traitement du cancer.

Les saignées seront employées si la femme est jeune et pléthorique, si son pouls est plein, et surtout s’il existe un mouvement fluxionnaire vers l'utérus.

traitement du cancer de la matrice. G65 La saignée du bras agit non seulement en diminuant la niasse du sang, mais encore en opérant une révulsion qui porte le sang vers les régions sus-diaphragmatiques. Elle doit être en général d’une demi palette à une palette et demie ou deux palettes au plus, selon la force et la constitution des malades. On n’y aura jamais recours que huit jours après ou avant l’époque des règles, et on y reviendra beaucoup moins fréquemment lorsque la maladie sera déjà ancienne. L’emploi méthodique de la saignée générale, dont les avantages sont incontestables dans le traitement des affections cancéreuses et des phlegmasies utérines,remonte à Hippocrate : ceprincipe, qui est devenu fondamental dans les sciences et qui a été également suivi par Galien, Paré, Falsava , Morgagiu , Heister, Ledran , Fearon, Hufeland, est recommandé à juste titre par tous les auteurs modernes, surtout par M. Lisjranc.

Lorsque les saignées générales révulsives ou spoliatives, conjointement avec tous les autres moyens antiphlogistiques, ont dissipé les symptômes inflammatoires et la douleur locale, plusieurs praticiens entr’autres M. Duparcque , Mèllir, Teallier , ont recours aux applications de sangsues sur le museau de tanche mis à découvert à l aide du spéculum de M. Recamier. Ce dernier moyen, que nous avons vu employer plusieurs fois avec avantage dans les engor-

666 LÉSIONS VIT ALKS.

gements simples avec ou sans induration du col, doit être appliqué de la manière suivante : lorsque la matrice est dans un état de procidence, il suffit d’écarter les grandes lèvres pour découvrir le museaude tanche ; si l’utérus est au contraire situé plus profondément, on se sert du spéculum cylindrique dans lequel on introduit de six à quinze sangsues, que l’on pousse et que l’on tient sur le col soit avec un tampon de linge, soit avec une sorte d’embout creux, ayant une profondeur de 6 à 8 lignes. Avec cet instrument, qui est recouvert dans sa concavité d’une gaze claire et qui est fixé vers son fond par une tige dont le manche est recourbé à angle obtus, on maintient facilement les sangsues en place, et on les em' pêche de courir et de s’attacher ailleurs que sur le col , parce que, ne pouvant pas faire le vide sur le tissu de la gaze, il leur est impossible de s’y fixer comme elles le font souvent sur les parois du spéculum. Pour faciliter encore leur application, il faut avoir soin d’enlever avec une petite éponge, ou avec un pinceau fin de charpie, les mucosités qui sont ordinairement sur la surface ducol et de les entraîner au dehors au moyen d’injections répétées. Dix ou quinzes minutes suffisent pour gorger les sangsues qui sont retirées avec une pince à mesures qu’elles se détachent. On favorise ensuite l'écoulement du sang avec le secours d’injections t.ièdcs qui enlèvent les caillots sanguins. Si l’hémorragie devient trop

abondante, on l’arrête en tamponnant le vagin.

Sans rejeter toujours les applications de sangsues sur le col de la matrice, nous pensons avec M. Lisfranc que cette saignée locale a souvent l’inconvénient d’augmenter la congestion de cet organe, et qu’on ne doit jamais y recourir lorsque l'induration du cola pris le caractère squirrheux, parce que dans ce cas , ainsi que nous en avons vu des exemples, chaque piqûre de ces vers aquatiques peut se convertir en autant d’ulcérations cancéreuses. Nous regardons également comme étant presque toujours nuisibles dans le traitement du cancer, les sangsues appliquées à l’anus, à la vulve, aux aines et autour du bassin, car excepté dans quelques cas particuliers, elles augmentent la congestion de l’utérus , et tous les accidents qui en dépendent.

Les bains généraux simples et émollients le moins chauds possible , mais pris de manière que la malade n’y ait pas froid , constituent un excellent moyen, pour diminuer l’érétisme nerveux et les douleurs qui accompagnent les affections de la matrice ; le séjour dans les bains devra se prolonger au moins une heure et au plus six heures, et leur usage pourra être renouvellé tous les jours ou tous les deux jours selon les forces, les habitudes et l’idiosyncrasie des malades. La température du liquide devra être maintenue au même degré, mais il faudra se garder de prescrire l’emploi de cet excellent moyen thérapeu-

(>GS LISSIONS VITALES.

tique aux femmes chez lesquelles il détermine de l'oppression, du malaise et divers symptômes nerveux.

Les bains de siège devront être rejetés, parce qu’ils déterminent toujours une congestion utérine, et par conséquent des douleurs plus ou moins vives.

Les injections seront tantôt émollientes, tantôt narcotiques ou résolutives suivant les indications ; le liquide devra avoir une température de 1 5 à 20 degrés de Réaumur ; on les administre non-seulement dans le but de déterger les ulcères cancéreux, mais encore de contribuer a la résolution des indurations squirrheuses du col de la matrice. Comme elles agissent quelquefois comme de véritables douches, il faudra en modérer l’action résolutive et souvent trop excitante, en poussant le liquide avec plus ou moins de force selon l’effet que l’on se proposera et les résultats qu’on aura déjà obtenus de leur emploi. Les injections qui sont surtout utiles dans les indurations chroniques et indolentes, doivent être faites avec une seringue à canule recourbée en gomme élastique et préalablement huilée.

Les irrigations ou injections prolongées, sont ainsi que les douches, des moyens encore plus efficaces pour opérer la résolution des engorgements durs et indolents. Elles sont simples ou médicamenteuses, selon la nature du liquide dont la température doit être presque froide. Les premières sont composées d’infusions de plantes aromatiques ou de solutions

salines ou sulfureuses suivant l'indication. Nous avons fait faire en 1828 un appareil très-simple pour administrer des irrigations continues ou des douches. Cet appareil, dont nous donnons un dessin, consiste dans une espèce de chevalet a trois pieds, de trois mètres de hauteur, au milieu desquels est suspendu un seau de bois avec lequel communique un tuyau flexible et terminé par une canule de gomme élastique qu’on introduit dans la vulve. La force du jet est en rapport avec 1 élévation du vase et la quantité de liquide qu’on laisse couler. Quand on veut avoir recours aux irrigations et non aux douches, on arrête l’impulsion de l’eau au moyen d’une petite éponge placée à l’extrémité de la canule introduite dans la vulve. Le liquide dont l’éponge est imprégnée, s’échappe ensuite goutte à goutte dans le vagin d’où il sort pour s’écouler dans un bassin d’étain, placé sous le siège de la malade , au milieu d’une solution de continuité pratiquée dans le matelas. Un second tuyau flexible est adapté au manche creux du bassin qui est dans le lit, et va porter le liquide, à mesure qu’il le reçoit, dans un autre vase placé àterre. On peut ainsi, et sans mouiller la femme, lui administrer des irrigations aussi long-temps qu'on le veut; lorsqu’on juge convenable d’arrêter l’écoulement du liquide, on retire 1 appareil, et on remplit la solution de continuité du matelas par la portion séparée exprès de ce dernier qui s’adapte parfaitement. Dans les cas de

670 LESTONS VITALES.

fistules vaginales avec incontinence d’urine, un matelas et un bassin disposés comme nous venons de l’indiquer, présentent de grands avantages qu’il est inutile de signaler. M. Cliarriëre, habile fabricant d’instruments de chirurgie, a inventé une sorte de clyso-pompe extrêmement ingénieux qui peut servir à administrer des douches et des irrigations; mais il faut que la malade ou une autre personne fasse jouer un piston pendant tout le temps que coule le liquide.

La compression, dont l’habile praticien M. Récamier a fait une méthode générale de traitement des tumeurs cancéreuses , est un moyen qui, quoique très utile, dans une foule d’autres cas, surtout pour les tumeurs indurées du sein, ne semble pas offrir les mêmes avantages dans les indurations squirheuses de la matrice, soit à cause de la situation de l’organe qui permet difficilement son emploi , soit à cause de l’inflammation et des douleurs qu’il détermine presque toujours dans le vagin, la vessie et l'utérus. Il faudra donc dans tous les cas s’en abstenir si la tumeur n’est pas complètement indolente et si elle est le siège de la moindre irritation. Les moyens qu’011 met en usage pour en faire l’application, consistent tout simplement dans l’emploi d’un pessaire à bilboquet dans lequel le col utérin se loge et se trouve comprimé par le poids de l’organe et celui des viscères abdominaux.

Le repos absolu et le décubitus dorsal sont d’autant

traitement du cancer de IjA matrice. G71 plus utiles, ([ue sans eux tous les autres moyens sont presque impuissants. On engagera donc les malades à rester dans leur lit, qui devra être dur et fait avec des matelas de crin. Mais, comme le séjour au lit a l’inconvénient de déterminer des congestions sur le bassin et même des excitations des organes génitaux, il faudra, d’aprèsle conseil de M. Lis franc, faire prendre le repos pendant le jour, soit sur une chaise longue, soit sur un matelas jeté sur le plancher ou sur une table.

Les narcotiques sont également administrés dans le but de diminuer la douleur et le stimulus qui donne lieu à la congestion utérine. On les prescrit en injections, avec les décoctions de tetes de pavot, de morelle , de jusquiame, de ciguë, de tiges de pomme de terre, etc., en quart de lavement, avec huit à quinze gouttes de laudanum; et a 1 intérieur sous la lorme de pilules , ou dans des potions anti-spasmodiques. On pourra joindre a ces moyens 1 usage interne des fondants, entr autres la teinture d iode, dontM. Han nemann dit avoir retiré des avantages dans un cas de cancer de F utérus parvenu à un haut degré d intensité; Feau de chaux, administrée par M. Rem pel ( 1) à la dose d’une à trois onces dans une tasse de lait ; le seigle ergoté, qui a sur la matrice une

(i) Revue médicale ; août i8s>.5.

action toute spéciale (i), l’extrait de ciguë(2j, de l’eau distillée de laurier-cerise, employée parMM.Otfm/ider et Carron du Fillards. Enfin, il pourra être utile d’employer en même temps les révulsifs, les douches sulfureuses en arrosoir, et les dérivatifs, tels que les cautères, les moxas, les vésicatoires appliqués sur le sacrum, aux aines, aux lombes et à la face interne des cuisses. On a conseillé également les fondants externes , entr autres les frictions faites sur les ré-

(1) Le seigle ergoté employé avec avantage, sous la forme de pilules, à la dose de 2 à io grains par jour , dans des cas d’ engorgements hémorrhagiques , a été également mis en usage avec le plus grand succès , dans des cas d’engorgements du museau de tanche avec ulcérations , d’abord par le docteur Pcndy , puis par MM. Malgaigne , Vigny et nous-même qui, comme ces praticiens, l’avons prescrit plusieurs fois combiné avec l’extrait gommeux d’opium à très-faible dose, un sixième a un quart de grain par pilule. M. Leseurre , pharmacien , rue de la Harpe, Tl, d’après l’indication du docteur Pauly , prépare un sirop avec cette substance, dont une cuillérée correspond à deux grains et demi de seigle, et 1/12 de grain d’extrait d’opium. La dose ordinaire de ce sirop est de deux cuillerées par jour.

(2) L’extrait de ciguë, dont Slorck a vanté les merveilleux effets et dont M. Rcccimier dit avoir très-souvent constaté 1 efficacité dans le traitement du cancer , nous a constamment paru avoir une action peu marquée et ne produire aucun résulat avantageux. Nous avons vu au contraire le plus ordinairement la ciguë déranger les fonctions digestives et déterminer des céphalalgies plus ou moins intenses. MM. Marjolin, Dugès , P auly et quelques autres médecins , ont fait la même observation. Peut-être cela tient-il à la manière défectueuse dont 1 extrait de ciguë est préparé par la plupart des pharmaciens.

gions que nous venons d’indiquer, et surtout sur la région hypogastrique , avec l’onguent mercuriel ou la pommade d’hydriodate de potasse, qui a été également appliquée avec avantage surdes ulcères cancéreux, par le docteur Ulmann , de Marburg (1), enfin les frictions sous la langue et sur la face interne des grandes lèvres, avec l’oxyde d’or dont M. Chrétien^ 2) assure avoir obtenu de merveilleux effets.

Lorsque tous ces moyens combinés n’ont pas arrêté les progrès du mal et n’ont pu empêcher le ramollissement et l’ulcération du cancer ou l’extension d’un carcinome primitif, le mal pst devenu incurable par les seules ressources de la médecine proprement dite? et c’est alors que la mission du médecin consiste moins à guérir la maladie qu’à arrêter sa marche, soulager les douleurs et prolonger la vie. Les seuls moyens qui se présentent encore sont du ressort de la chirurgie , et consistent dans la cautérisation , dans l'ablation partielle ou dans l’ablation totale de l’organe.

Pour remplir dignement sa mission, le médecin devra non-seulement employer toutes les ressources qui seront à sa disposition, mais encore il tâchera de consoler et encourager la malade, de relever son espoir et de la décider le plus tôt possible aux opérations

(1) Gazette de santé, 5 septembre 1823 et 25 mai 182L Le docteur Ulmann a également employé l’hydriodate de potasse en injection.

(2) De la méthode Iatraleptique, p. 018.

qu’il jugerait opportunes et offrant quelques chances heureuses.

Le traitement médical ne sera pins que palliatif et symptomatique. C est alors qu’on aura recours aux injections narcotiques faites avec les décoctions de morelle ou de jusquiame unies à un liquide émollient. On pourra également recourir aux injections de laurier cerise et aux irrigations continues simplement émollientes, ou coupées avec les décoctions des plantes que nous venons d’indiquer. Les bains entiers prolongés, les lavements , les cataplasmes vaginaux faits avec de la pulpe de potiron , de carotes râpées ou bouillies, et rendus narcotiques par les décoctions concentrées de têtes de pavots, de feuilles de belladone, de morelle, de ciguë, etc. (1). Les fomentations de même nature, les frictions sur l'hypogastre avec le laudanum de Rousseau , l’huile de jusquiame pourront également être employées.

On combattra l’insomnie par l’usage interne de l’extrait gommeux d’opium, à la dose d’un demigrain à quatre grains graduellement. Les quarts de lavement d’eau ou de lait, comme le conseille

(1) Pour employer les cataplasmes vaginaux et pour empêcher que les substances solides ne s’échappent et ne séjournent dans le vagin , nous avons la précaution de les maintenir dans cette cavité avec un petit sachetde gaze dont le tissu est convenablement serré. De cette manière on les introduit et ou les extrait avec la plus grande facilité. Le sachet est introduit d’abord dans le vagin avec la canule delà seringue qui sert à injecter le cataplasme liquide.

Morgagni (1 ), avec addition d’un grain d’extrait gommeux d’opium ou de quelques gouttes de laudanum , procurent ordinairement un grand soulagement. Les vésicatoires saupoudrés , avec un ou deux grains d'hydrochlorate de morphine et appliqués sur la région lombaire ou à la partie interne des cuisses , sont aussi le plus souvent fort avantageux, et n’ont pas l’inconvénient de constiper les malades. Il en est de même des suppositoires de beurre de cacao, que nous prescrivons tous les soirs et que nous faisons préparer avec un gros de cacao et un quart grain à un grain d’aoétate de morphine. On pourra aussi, pour calmer les douleurs, ajouter à chaque injection cinq à six gouttes d’acide phosphorique : nous devons dire cependant que ce moyen , recommandé par M. Alibert (2), a été employé par nous sans avantage.

L’odeur infecte, qui s’exhale des ulcères carcinomateux et qui fatigue autant les malades que les personnes qui les entourent , sera en partie neutralisée au moyen des injections et des lotions chlorurées ; il en est de même de l’eau de suie et de la solution de créosote injectées dans le vagin. Ces divers moyens ont non-seulement l’avantage de détruire l’odeur repoussante de l’écoulement , mais de calmer les douleurs atroces, de diminuer l'abondance des sécrétions, et même d’arrêter les progrès du mal.

(1) De sedib. et caus. morb. epist. 47, art. 25. "1660.

(2) Eléments de thérapeutique.

1 our modérer les écoulements séreux trop abondants et les hémorrhagies qui affaiblissent rapidement les malades , on devra recourir à l’emploi interne, de quelques astringents, tels que l’eau de Rabel à la dose d un demi-gros à un gros dans une potion , à 1 extrait et a la tisane de ratanhia, et à la limonade citiique, édulcores avec du sirop de coing ou de grande consolide. On aura également recours, dans quelque cas , mais avec plus de ménagement, aux injections astringentes froides , faites avec les décoctions d’écorce de chêne , de bistorte, l’eau végétominérale , les solutions très étendues de sulfate d’alumine ou de zinc, etc. Nous devons dire que, si les injections astringentes arrêtent souvent les hémorrhagies , elles ont le grave inconvénient d’irriter les ulcérations et de hâter leur progrès.

Le tamponnement est un moyen qui, dans ce cas, peut être très-utile, mais il cause toujours de vives douleurs , si , comme le recommande M. Lisfranc on n a pas le soin de tamponner seulement la partie inférieure du vagin ; enfin, les petites saignées révulsives et les applications de ventouses et de sangsues sous les seins, sont encore des moyens qu’il est bon de ne pas rejeter.

La constipation déterminée par l’emploi interne des narcotiques , peut être combattue par de doux laxatifs, surtout les décoctions de tamarin et de pruneaux, les lavements miélés avec addition d’une euil-

lérée d’huile d’olive; enfin, par les suppositoires de beurre de cacao, employés soir et matin. S’il survenait des vomissements, on prescrirait l’eau gazeuse de Seltz, la potion de Rivière , le sous-nitrate de bismuth , etc. ; enfin, on remédierait à la rétention d’urine au moyen du cathétérisme.

Tels sont à peu près les moyens divers qui , dans ces cas désastreux, se présentent au médecin pour calmer les douleurs et prolonger la vie des malades.

Lorsque l’affection cancéreuse est caractérisée, lors même qu’il resterait quelques doutes sur sa nature, si le mal a fait des progrès malgré l’emploi méthodique des ressources thérapeutiques que nous avons fait connaître, on devra recourir au plus totaux moyens que nous offre la chirurgie , c’est-à-dire à la cautérisation ou à l’excision de la partie affectée.

La cautérisation des ulcérations simples ou cancéreuses du col de la matrice a d’abord été mise en honneur en France par M. Rècamier , et , après lui, par Dupuytren, M.Lisfranc et plusieurs autres praticiens. Ce moyen énergique et souvent efficace convient non-seulement pour changer le mode de vitalité et de sensibilité des ulcères simples qui résistent à un traitement ordinaire, mais encore pour détruire les végétations fongueuses et les ulcérations cancé-

678 LESIONS VITALES.

reuses ou carcinomateuses qui offrent peu de surface et de profondeur. En règle générale , on doit différer son emploi tant qu il existe une vive inflammation et un gonflement considérable du col. Il faut même la rejeter tout- à-fait quand on a la certitude de ne pouvoir atteindre les limites du pial. Elle est également contr’indiquée , quatre à cinq jours avant l’écoulement des règles, pendant leur durée, et trois ou quatre jours après leur cessation.

Quoique M. le baron Larrey ait employé avec avantage le fer rougi au feu (1), on préfère les caustiques potentiels , tels que le nitrate d’argent fondu, la potasse caustique, la pâte arsénicale , le chlorure d’antimoine , les acides sulfurique et nitrique , l’acide hydro-chloro-nitrique concentré, et tenant en dissolution , seize grains de chlorure d’or ou de platine par once (2), le chlorure de zinc (3), la

(1) M. Larrey applique le cautère actuel en mettant les parties à découvert au moyen d’un spéculum d’ivoire , parce que les spéculum métalliques étant flons conducteuis du caloiique . sont promptement chauffés par le fer rougi et déterminent une chaleur très-vive, sur les parois vaginales; un spéculum de bois , de corne ou de verre , offrirait le même résultat que celui de M. Larrey , et ils auraient l’avantage d’être beaucoup moins chers,

(2) Ce caustique qui a été proposé par M. Recamicr et que nous avonsvu employer par cet habile et ingénieux praticien, n’a pas justifié les espérances que des premiers essais avaient d’abord fait naître.

(5) C’est le docteur Cancoin qui a préconisé le chlorure de zinc, comme ayant l’avantage d’être d’une application moins dou-

créosote (4) qui déterge bien les ulcères et hâte la cicatrisation; enfin le nitrate acide de mercure qu’on emploie le plus souvent , parce qu’il est plus actif et plus facile à appliquer que tous les autres caustiques.

Pour pratiquer la cautérisation, la malade doit être placée en travers sur son lit, comme pour l’application du spéculum. Cet instrument sera introduit et placé de telle sorte que son ouverture postérieure embrasse le col utérin, et protège les parties saines et les po-

loureuse et de déterminer une escarre sèche. Ce praticien, avec 2 3 ou 4 parties de farine , forme une pâte molle dont l’épaisseur doit être en rapport avec la profondeur des parties qu’il veut mortifier. Pour les cautérisations superficielles , M. C ancoin , emploie un mélange composé de huit parties d’acide nitrique et d’une partie de chlorure de zinc.

(4) Nous avons fait connaître en 1 834 à l'académie des sciences, un cas de guérison d’une ulcération sanieuse du col de la matrice, qui avait résiste à tous les moyens, même aux cautérisations avec le nitrate acide de mercure , et qui s’est bientôt cicatrisée après plusieurs cautérisations faites avec un mélange de 90 parties d’eau distillée , pour une de créosote. Celte observation a été rapportée dans l’excellent mémoire que le docteur Miguet a publié à Paris en i834, et qui a pour titie : Recherches chimiques et médicales sur la créosote , in-8®, observ. III, p. 70. Maigre cet heureux résultat , nous avons été force de restreindre l’emploi de cette nouvelle substance découverte par Reichenbach , parce que son application est souvent très-douloureuse. Notre confrère, le docteur Téallier, qui depuis notre observation a également fait usage de la créosote , parait y avoir renoncé pour la même raison. Cet habile piaticien employait cette substance éminemment active dans la proportion de dix gouttes par cuillerée d’eau. (Du cancer de la matrice-, page 244. i836. )

68o LÉSIONS VITALES.

rois vaginales du contact et de l’extension du caustique. Lorsque le museau de tanche est bien mis à découvert, on enlève les mucosités qui sont à sa surface , avec un morceau de linge, d’éponge , ou un bourdonnet de charpie, fixé sur un petit bâtonnet , sur une pince à pansement, sur notre porte-caustique, ou sur la pince fixée au manche de notre petit levier pour redresser le col. On achèvera ensuite d’absterger les parties avec une ou deux injections d’eau froide dont le jet sera dirigé sur les parois du spéculum et non sur le col ; puis, après avoir trempé un petit pinceau de charpie ou l’éponge de notre porte-caustique dans du proto-nitrate acide de mercure , préparé avec deux gros de ce sel pour une once d’acide nitrique, on touche les surfaces ulcérées d’autant plus légèrement qu’elles sont plus superficielles et qu’on approche plus des limites du mal.

On doit laisser le caustique au moins une minute en contact avec les ulcérations de nature cancéreuses," et, dans ce cas , il est utile de revenir plusieurs fois • de suite à la cautérisation. Pour cela , on aura la précaution d’imbiber chaque fois son pinceau, et de l’appuyer légèrement contre le bord du vase qui contient l’acide, afin qu’il n’en soit chargé que delà quantité strictement nécessaire pour agir sur les surfaces ulcérées. On évite de cette manière que l’action de la liqueur caustique sur les parties voisines ne détermine les phlegmasies et les adhérences des pa-

traitement chirurgical du cancer. 68 I rois du vagin, et tous les accidents signalés par MM. Marjolin, Lis franc, Dugès , Paulf, Loir et d’autres praticiens.

Lorsque l’opération sera achevée , on fera immédiatement une injection d'eau froide, ou avec une décoction émolliente et narcotique , qu’on devra laisser pendant quelques minutes au fond du spéculum, de manière à baigner le museau de tanche et à diminuer les douleurs qui, du reste, sont en général peu vives. Si une première cautérisation ne suffit pas, on y reviendra après la chute de l’escarre, qui a lieu le cinquième ou le sixième jour, et on renouvellera le même moyen jusqu’à ce qu’on ait détruit complètement les parties altérées, ce qui sera facile à reconnaître lorsque la surface ulcérée présentera des bourgeons charnus semblables à ceux qui se développent sur les plaies simples. En général , la cautérisation ne doit être pratiquée que sur les ulcérations peu étendues en surface et en profondeur, ou pour détruire des fongosités reposant sur des tissus sains : dans ce dernier cas , on devra , avant d’appliquer le caustique, exciser les végétations avec les ciseaux à lames extrêmement recourbées, que nous avons imaginés pour cela, et s’assurer toujours avant d’opérer que les tissus environnant ne. sont pas le siège d’une inflammation très-vive. S’il en était ainsi, avant d’agir, on aurait recours aux bains, aux lavements, aux injections et aux cataplasmes émollients, et on combat-

LÉSIONS VITALLS.

trait les phlegmasies consécutives par les mêmes moyens, et par les saignées générales et locales.

Nous terminerons ce que nous avions à dire sur la cautérisation, en ajoutant que, si elle a été souvent efficace dans les cas d'ulcérations superficielles , elle est toujours inutile et même nuisible lorsqu’il existe des ulcérations étendues et des dégénérescences squirrheuses et profondes. La résection des parties affectées est alors la seule ressource qui puisse offrir quelques chances de succès.

La résection du col de la matrice au-dessous de l’insertion vaginale, quoique étant une conquête de la chirurgie moderne, avait été conseillée par les anciens. Ambroise Paré (1) dit de couper le thym du col de la matrice, qui est « dur, âpre ou raboteux, de couleur livide, fongueux , avec une douleur poignante , comme pointes d’aiguilles. » En parlant du thym malin , il dit « qu il s’indigne au toucher, et jette grande quantité de sang étant coupé ou irrité, principalement après la compagnie de l’homme , ou que la femme ait cheminé ou fait quelque grand exercice. » Il ajoute « qu’on pourra mettre le spéculum matriois, afin devoir plus aisément... » Lapeyronie , consulté sur un sarcome attaché au bord de l’utérus qui était calleux dans cet endroit, ayant pensé qu’on (x) Œuvres d Ambroise Paré , lib. XXIY , page 101a

AMPUTATION 13 U COL OU LA àf ATR IC II. G83 pouvait extirper la tumeur avec la callosité d’où elle prenait naissance, coupa jusque dans la partie saine* et la malade guérit parfaitement. N. Tidpius , mort en 1 674, dit (1 ) que des tumeurs squirrheuses de l’utérus, ayant déjà acquis toute la malignité du cancer, ont été extirpées avec succès. Cependant, à en juger par le dessin qu il donne de celle enlevée sui une nommée Gertruda T urina , il paraîtrait que ces tumeurs n’étaient réellement que des polypes. D après Baudelocquc , la résection du col utérin a été proposée par Lauvariol , en 1780; elle a été également conseillée par PFrisberg,{ 2) en 1787; par Monteggia, en 1788, dans un ouvrage (3) traduit en allemand par le docteur Schlessing , et commenté par le docteur Kravel dans une dissertation publiée à léna, en 1 786, où il renouvelle la proposition du célèbre chirurgien de Milan; enfin, en 1801, le professeur Osiander oflrit le premier exemple bien authentique de la résection du museau de tanche cancéreux. Ayant publié, sept ans après, dans le Bulletin de la Société royale de Gœttingue, un Mémoire où il fit connaître les résultats de plusieurs operations du même genre , ses heureuses tentatives produisirent une si grande sensation en Allemagne, que 1 Académie Joséphine , de Vienne , proposa un prix de 200 flo-

(1) Observât, medend. lib. III. Cap. 34- avec fy-r 1^4'-

(2) De utevi resectione, etc. Goethingue, 1787.

(5) Annotazionni pratiche sopragb mali. veu. p. 179.

rins , à décerner à l’auteur du meilleur travail sur

ce sujet.

Cette nouvelle et téméraire opération ayant eu en peu de temps un grand retentissement en France, fut bientôt adoptée et pratiquée plusieurs fois avec plus ou moins de succès par Dupuytren et M. le professeur Récamier à qui la science doit l’immense service d’avoir fait connaître le spéculum cylindrique. Mais les espérances qu’avaient d’abord fait naître les premiers résultats, ne s’étant pas réalisées, la résection du col utérin était en quelque sorte abandonnée par les chirurgiens qui avaient été ses premiers partisans, lorsque en \ 826. les nombreuses observations que fit connaître M. Lisfranc , forcèrent les plus incrédules à convenir du peu de danger immédiat qu’elle présente en général et à reconnaître que lorsqu’elle est pratiquée à temps et méthodiquement, elle forme la seule ressource qui offre des chances de succès dans certains cas qui ont été rebelles à tous les autres moyens.

Plusieurs procédés ont été proposés ou employés pour pratiquer la résection du col utérin, soit en abaissant l’organe au niveau de la vulve, soit en opérant sans le déplacer.

M. Osiander , après avoir porté deux aiguilles courbes garnies de rubans de fil , sur le col de la matrice qu’il traversait dans deux points opposés de sa circonférence , abaissait cet organe aussi près que possi-

AMPUTATION DU COL DE LA MATRICE. 685 ble de la vulve en exerçant de petites tractions, puis il faisait la section des parties malades ou avec le bistouri de Pott, et tamponnait ensuite le vagin avec des boulettes de charpie ou une petite éponge, qu’il recouvrait d’un mélange de poudre d’alun, dégommé arabique et de colophane.

Le professeur Dupuytren , et après lui la plupart des chirurgiens, ont remplacé les rubans d’ Osiander par une pince de Muzeux très-longue et présentant des crochets peu courbés de manière à saisir et à lâcher lorsqu’on veut le col utérin ; nous allons du reste rapporter en peu de mots le procédé deM. Dupuytren tel qu’il est décrit dans la médecine opératoire de Sabatier. « Le chirurgien introduit dans le vagin le spéculum qu'il a eu l’attention d’oindre d’huile, et le donne à maintenir à un aide. Cela fait, il saisit et attire légèrement à lui, avec la pince de Muzeux , tenue de la main gauche, toute la portion du col de l’utérus, qui est affectée de dégénérescence carcinomateuse, et il la retranche avec un couteau à deux tranchans, courbé sur son plat, ou mieux avec de trèslongs et très-forts ciseaux également courbés sur leur plat et parfaitement tranchans, tenus de la main droite, et qu’il porte alternativement en haut, en bas et sur les côtés, en tournant en dedans leur concavité, et les faisant agir autant que possible sur les parties saisies au-delà des limites du mal. »

Le procédé de M. Lisfranc qui est le plus générale-

nient suivi, consiste également dans l’abaissement de la matrice jusqu’au niveau de la vulve \ les pièces de l’appareil et les instruments nécessaires pour l’opéîation , sont , un spéculum bivalve , deux pinces de MuzeüXf deux bistouris boutonnés, un droit et un à lame courbée sur le tranchant, de forts ciseaux courbes sur le plat, une pince à torsion, des ligatures, des compresses, de la charpie, enfin un bandage en T.

Afin de ne rien omettre et pour mieux exposer ce procédé avec tous ses détails, nous le rapportons ici, tel que nous l’avions décrit dans notre Mémoire sur l’amputation de la matrice, d’après la thèse du docteur A venel de Rouen, ancien élève et prosecteur des cours de médecine opératoire de M. Lisfrcinc.

La femme étant couchée comme nous l’indiquons pour notre procédé, M, Lis franc emploie un spéculum composé de deux demi-cylindres d’étain sur les extrémités desquels sont soudées deux tiges de fer qui s’articulent entre elles. Dans cette disposition il résulte qu’en pressant sur l’extrémité libre de ces tiges, les deux cylindres s’éloignent l’un de l’autre ; leur écartement permet plus facilement au col très-volumineux de s’engager dans leur capacité, et aux instruments nécessaires à l’opération de passer. En outre, en tendant le vagin dans toute son étendue, il empêche qu’en formant une plicature vers son fond il ne vienne à couvrir plus ou moins le col. Les pin-

amputation du col de la matrice. G87 ces de Muzeux , dont M. Lisfranc fait usage, sont plus longues et plus fortes que celles dont on se sert ordinairement ; leurs crochets, moins courbés, embrassent très-bien l’organe sans qu’on soit obligé de pousser très-loin leur écartement ; d’ailleurs la longueur contribue encore à écarter la main de l’aide qui

les soutient. L’opérateur, après s’être assuré de la position du col pour qu’il soit embrassé plus tôt, et plus aisément sur le spéculum , introduit cet instrument.

Le museau de tanche est essuyé, s’il en est besoin, afin d’assurer bien sa présence et de voir s il n est pas recouvert par quelque plicature vaginale. L’érigne est portée fermée immédiatement au-dessous de l'organe* au moment où ses mors sont suffisamment ouverts et engagés entre le col et les parois du spéculum, pour saisir, s’il est possible, d«ux points diamétralement opposés du premier ; l’opérateur pousse légèrement sur eux à mesure qu' ils s’implantent dans le tissu même de la matrice.

Cette manœuvre est indispensable polir suivre le mouvement d’ascension de l’organe, mouvement qui exposerait à le saisir trop bas. O11 extrait le spéculum seul très aisément, puisque l’airigne peut passer dans l’écartement que les deux demi-cylindres laissent entre eux. Le premier soin doit consister à exercer sur l’utérus des tractions légères, lentes et graduées, à l’aide desquelles on tente de l’amener au-dessous de

°°° LESIONS VITALES.

la partie inférieure du vagin, d’abord dans la direction de 1 axe du détroit supérieur, ensuite de celui du détroit inférieur du bassin; mais, pour que la matrice soit mieux saisie, et que tous les points du pourtour de la partie inférieure de son col fassent à 1 extérieur une égale saillie, le chirurgien applique les mors d’une seconde érigne, sur les extrémités du diamètre transversales ou du diamètre antéro-postérieur de l’organe, suivant la direction dans laquelle la première a été appliquée.

Ainsi, quelque tendance qu’éprouve l’utérus pendant la section à reprendre sa place dans la cavité abdominale, les tissus maintenus en place pourront etre coupés, soit à la meme hauteur, soit à des hauteurs inégales, suivant les circonstances pathologiques. Portant ensuite le doigt indicateur sur le pourtour de l’insertion du vagin, insertion facile à reconnaître à la présence d’une espèce d’anneau au-dessus duquel la pression fait sentir le vide, le chirurgien confie les pinces à un aide intelligent, qui, par des tractions uniformes, maintient le col susceptible d'un prolapsus plus ou moins grand, suivant les sujets. Cet aide est en face du bassin, et l’opérateur , placé comme lui en dedans des cuisses, est, à gauche de la malade, armé d’un bistouri courbe tranchant sur sa concavité, dont la moitié correspondant à l’articulation de la lame avec le manche doit être garnie de hnge jusqu’à un pouce et demi environ de son extré-

amputation du col de la matrice. 689 mité boutonnée, quelquefois plus, quelquefois moins, suivant le volume du col. L opérateur commande à l’aide de relever les airignes pour imprimer à la partie inférieure de la matrice un mouvement de bascule qui fasse saillir davantage la partie postérieure de son col ; ainsi, on verra mieux les limites de la maladie qui y siège, et l’on pourra couper plus haut. Le chirurgien glisse ensuite son doigt indicateur gauche à demi fléchi derrière le museau de tanche, mesure avec ce doigt, dont la face palmaire est dirigée en bas, la hauteur à laquelle la section doit être faite ; le bistouri est placé immédiatement au-dessous de lui, et au fur et à mesure que l’instrument marche, il le dirige et. lui sert de point d’appui, tandis que l’aide abaisse graduellement les airignes pour faire saillir à leur tour successivement les autres points du col de la matrice, suivant que le chirurgien doit couper à des hauteurs différentes. Il est bien entendu que, la maladie pouvant s’élever plus d’un côté que de l’autre, cet aide sera chargé, pour que le mal soit complètement enlevé, de donner, par les mouvements qu’il imprimera aux pinces , des inclinaisons convenables à l’extrémité inférieure de la matrice, et suriout de ne point exercer de tractions trop fortes à mesure que la section s'achève, dans la crainte de déchirer ces tissus. Ce bistouri, d’ailleurs, doit marché en sciant et à petits coups, pour éviter la lésion des grandes lèvres, 1 inégalité de la plaie et les écarts

^9° LESIONS VITALES.

dangereux. Ce temps de l’opération est assez diflicile à cause de la résistance qu’offre dans l’état naturel le tissu du col de l’utérus.

11 est des cas dans lesquels le col est trop volumineux pour pouvoir s engager dans le spéculum : alors on est obligé de faire abstraction de cet instrument et de conduire sur le doigt indicateur des érignes qu’on va fixer sur le museau de tanche.

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