DE L'HYDROMÉTRIE OU HYDROPISIE DE LA MATRICE
L hydrométrie est une affection très rare et par conséquent peu connue qui n’est autre chose qu’une accumulation d’un liquide séreux ou séro-muqueux dans la cavité de la matrice.
Les causes de cette affection sont, une constitution débile et affaiblie par des pertes utérines, une leucorrhée habituelle et abondante , des fausses couches, des accès fréquents d^hystérie, une chute ou un coup sur l’hypogastre,une métrite aiguë ou chronique, enfin toutes les causes capables d’entretenir vers l’utérus une débilité et un état prolongé d’irritation. Nous devons ajouter que quoique ces causes puissent donner lieu à une secrétion plus ou moins considérable
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de liquide dans la cavité utérine, l’hydrométrie, ne peut s’opérer qu’autant que l’orifice du museau de tanche se trouve fermé, soit par l’adhérence ou la tuméfaction de ses lèvres , soit par des végétations fongueuses, un polype, ou par tout autre obstacle que nous avons signalés en parlant de la physométrie. Lors même que l’hydrométrie est une maladie très rare, elle le serait beaucoup plus encore, si l’on 11e comprenait sous ce nom que la production et la rétention essentielle d’un liquide séreux dans la ca-* ' vité de la matrice. Souvent au contraire cette affection qu’on n’a encore observée que sur des femmes qui n’étaient plus vierges, est symptomatique et se manifeste à la suite d’altérations diverses et de phlegmasies aiguës et chroniques de l’utérus. Dans ce cas, le liquide au lieu d’être limpide et inodore , est épais , fétide, sanguinolent, trouble et plus ou moins semblable à du marc de café et à de la lavure de chair. Jean Sclienck, médecin deNuremberg, dans son excellent recueil d’observations, (lib. IV, observation 220), publié en 1600, avait déjà signalé ce genre d’hydro— métrie symptomatique, et la couleur brune bourbeuse et fétide du liquide contenu dans la matrice.
On a donc compris sous le nom d’hydrométrie , toute collection dans la cavité utérine , d’un liquide séreux, albumineux, séro-muqueux , ou purulent, dont la quantité, la couleur et la consistance sont aussi variables que les causes sous l’influence des-
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quelles la sécrétion s’est formée. Tantôt la matrice contient à peine une livre ou deux de liquide, tantôt cet organe est distendu au point de faire croire à la grossesse , ou à l’hydropisie ascite. Blcinkard (1 ) rapporte l’observation d’une femme dont l’utérus contenait quatre-vingt-cinq livres de matières ichoreuses, et comme huileuses ; Vèsale ( opéra omnia ) dit avoir fait l’autopsie d’une femme dont la matrice contenait soixante mesures d'eau , de trois livres chacune. Théophile Bonnet (2) , cite plusieurs exemples non moins curieux, enfin Jean Schench (3) mort en 1 588 , assure avoir trouvé une matrice assez ample pour pouvoir contenir un enfant de dix ans.
Symptômes. Le volume du ventre augmente plus ou moins rapidement , et la tuméfaction qui a commencé à se manifester au centre de l’hypogastre, s’étend progressivement de bas en haut. Pendant les premiers mois la femme se croit enceinte ; les mamelles diminuent ou se gonflent, sa face qui est pâle et bouffie, porte l’empreinte de la langueur; elle éprouve un sentiment de pesanteur dans le bassin, des douleurs dans les lombes, des tiraillements dans les aines, et quelquefois un léger mouvement de fièvre.
(î) Anat. etc. ; sive cad. morbis de nat. anatom. inspectio.
(2) Sepulcretum, seuauat. prat. lib. III. Sect. XXI. obseiv. 55. i679.
(3) Observ. méd. rarum. nov. admir. et monstr. volumen. lib. FV. obs. 6.
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En palpant l’abdomen on sent une tumeurarrondie et rénitentequi sortant du bassin s’étend plus ou moins haut. Cette tumeur éprouve peu de déplacement dans les diverses positions que l’on fait prendre à la malade, on y perçoit une fluctuation profonde, obscure, circonscrite; enfin le signe le moins équivoque est fourni par le toucher; en effet en introduisant un doigt dans le vagin jusque sur le col de la matrice et en percutant ensuite la tumeur hypogastrique avec la main restée libre , on sent assez manifestement le choc d’un liquide et une fluctuation bien distincte. Ce signe n’existe, ni dans l ascite, ni dans 1 hydropisie des ovaires1, ni dans celle des trompes , puisque dans ces trois affections, non-seulement la cavité de l’utérus n’est pas distendue par un liquide , .mais même cet organe est au contraire refoulé dans le bassin sans augmentation de volume.
Le Diagnostic de l’hydrométrie, peut offrir quelquefois d’autant plus d’obscurité qu’on a rarement l’occasion de l’observer; s’il est très facile de la confondre avec la grossesse , surtout dans les premiers mois, il est de la plus grande importance de ne pas prendre l’état de gestation pour une hydrométrie. On évitera ces erreurs qui peuvent avoir les plus fâcheux résultats , en se rappelant que dans l’hydropisie utérine, il y a absence de ballotement, ce que l’on constate par le toucher vaginal, et que la palpation abdominale et l’auscultation au moyen du stéthoscope 11e
font reconnaître ni les mouvements du fœtus ni les battements de son cœur. Enfin la non-resonnance de la tumeur et l’existence de la fluctuation , ne permettront pas de prendre une hvdrométrie, pour une pneumatose de l’utérus. Il importe également de ne pas confondre l’affection qui nous occupe avec une collection sanguine retenue dans l’organe gestateur. Les symptômes que nous avons donnés de cette dernière lésion , page 1 54 , ne permettent pas de conserver long-temps de l’incertitude à cet égard.
Le pronostic de l’hydrométrie varie selon la cause qui lui a donné naissance; en général, il est toujours moins fâcheux, lorsque une portion du liquide accumulé peut de temps en temps s’échapper ainsi qu’on en a vu des exemples; Jcan-Fernel , premier médecin de Henri II, cite un cas d'hydropisie utérine qui se dissipait tous les mois et se renouvelait après chaque évacuation menstruelle (1). En général la maladie est peu dangereuse par elle-même, et si quelquefois elle devient inquiétante, c’est en raison des circonstances qui la déterminent et de la fréquence de ses récidives. Dans quelques-cas elle cesse vers le
(1) Marcellus Donalus (Medic. histor. mirabil. lib. IV, cap. 25) et D. Monro (essai sur l’hydropisie, p. 164) disent avoir vu la menstruation s'effectuer régulièrement chez des femmes affectées d’une hydrométrie; ce phénomène dont Donatus donne lui-même une explication , ne peut être que le résultat d’une exhalation sanguine du vagin et du museau de tanche, comme cela a lieu dans certains cas de grossesse.
DE l’hYDROMÉTRIE OU HYDROPIS1E DE LA 'MATRICE. 7 /| 5 terme de la gestation , ou bien 1 évacuation a lieu vers le troisième et le quatrième mois , et souvent dans ces cas ainsi que Mciuviceciu et M. Nciuche 1 ont observé, la maladie peut ne plus se reproduire.
Lorsque le liquide qui distend l’utérus est limpide et inodore on trouve à l’autopsie que la membrane interne de cet organe est à peu près dans son état naturel. Dans le cas où la collection est épaisse, purulente, ichoreuse et fétide , la muqueuse utérine présente des traces de phlegmasie chronique et des ulcérations de différente nature.
On observe plus fréquemment rhvdrométrie pendant la grossesse que hors cet état physiologique. Dans ce cas . les symptômes de l’hydropisie utérine se confondent avec ceux de la gestation. Le ventre présente alors un développement plus considérable que dans la grossesse simple; la dyspnée est également plus grande et plus pénible ; les membres abdominaux sont œdémateux et l’infiltration s’étend souvent sur tout le corps. Les mouvements de l’enfant sont ordinairement très peu perceptibles ; le col est plus élevé en raison de son plus grand développement; et le fœtus, suivant l’impulsion des mouvements de la femme se trouve balloté en tous sens au milieu du liquide.
Comme on a eu rarement l’occasion de faire des autopsies de femmes mortes enceintes et en même temps affectées d hydrométrie, les auteurs sont loin
il être d’accord sur le siège du liquide morbide pendant la grossesse. Mauriceau, Puzos , MM. Itard et JSauche , et quelques autres, l’ont placé entre lechorion et la paroi interne de la matrice ; avec quelques uns M. N ce gèle, croit que la collection se fait entre les lames de la caduque; enfin ceux-là pensent comme M. Dugès que le fluide qui produit fhydrométrie pendant la gestation se trouve contenu dans la poche ou cavité allantoïde qui est située entre le chorion et 1 amnios. Comme toutes ces opinions ne sont appuyées que sur des théories et des explications plus ou moins ingénieuses , mais toutes contestables, nous regardons cette question comme devant rester encore long-temps indécise.
Le traitement de fhydrométrie consiste à combattre d’abord la maladie organique de l’utérus, dont elle peut n’être qu’un phénomène secondaire. Lorsque 1 affection est essentielle, quand la matrice semble saine et qu on a la certitude qu’il n’y a pas de grossesse , on peut pour déterminer une secousse recourir d après le conseil de Monro, d’Astruc et de la plupart des auteurs, soit à l’emploi des purgatifs drastiques, des vomitifs, des sternutatoires, soit à celui des lavements irritants, des injections de même nature administrés dans le but d’exciter quelques contractions utérines. Nous devons ajouter cependant qu'avant d’employer les moyens que nous venons d’indiquer il sera bon de ramollir autant que possible le col de
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la matrice , par 1 usage des bains, des injections et des fumigations émollientes et narcotiques. Quelques doses fractionnées de seigle ergoté, employé conjointement avec de la pommade de belladone portée sur le museau de tanche, pourraient être prescrites probablement avec avantage , si le col était ramolli et si l’obstacle qui s’oppose à la sortie des eaux , n’.était pas une tumeur squirrheuse ou polypeuse et dépendait seulement de l’inertie ou du resserrement spasmodique des parois de l’orifice utérin.
Dans quelques cas un doigt, un stylet mousse ou encore mieux une sonde droite d’argent ou de gomme élastique portés dans le vagin et insinués dans le museau de tanche, ont suffi pour désobstruer cet orifice et procurer l’écoulement du liquide : si l’obstacle était un polype qui n’aurait pu être soulevé par le doigt, on tâcherait de pénétrer dans la cavité utérine avec une sonde plate, en longeant la tumeur dont on tenterait ensuite l’ablation qui pourrait amener une guérison radicale.
Si, comme il arrive quelquefois, ces moyens étaient insuffisants , on aurait recours à l’emploi du troisquarts , pour pratiquer la ponction de la matrice. François JViicr (1 ) fit avec succès cette opération en enfonçant l’instrument à un pouce et demi audessus du pubis et à autant de distance de la ligne
(1) Loder’s journal, tli . I\. st. 2. p. 3oo. et annal, litu med. ete. t. Il p. ^90.
blanche. Cinquante trois livres d’un liquide épais, noirâtre et sanguinolent, s’écoulèrent parla canule; une compression méthodique fut ensuite exercée au moyen de la ceinture de Monro et de plusieurs serviettes; la malade, âgée de cinquante ans, fut guérie complètement; car dix mois après l’opération il n’était pas survenu de récidive. La ponction sus -pubienne a également été faite avec avantage par TSoel Desmarais, dans un cas d’hydrométrie coexistant avec l’état de grossesse ; dans ce cas , comme dans l’hydropisie simple de la matrice, nous pensons qu’il serait préférable d’employer la ponction à travers l’orifice du museau de tanche, comme le conseillent Huer mann (1), Zanc (2), et plusieurs autres auteurs. Cependant , comme il n’est pas impossible 'de confondre 1 hydrométrie avec la vraie grossesse, et que d’ailleurs cette opération peut être suivie d’accidents mortels ainsi que M. le professeur Cruveilhier (3) , en rapporte un exemple , on ne saurait mettre trop de réserve dans 1 usage de ce moyen qui ne devra jamais être employé que comme une ressource extrême (4) ; nous terminerons en disant que de quel-
(1) Abhandl. von den vornchmsten cliir. op. Th. I. hap. 5.
§ 1fe6. p. 4to.
(2) Darstell. blut. lieilk. opérât. Th. III. abh. 1. p. 289.
(3) Anatomie pathologique , tom. I. p. 28-1.
(4) Pour éviter la ponction , Sanclorius a proposé une sorte de petit spéculum brisé, destiné à ouvrir le museau de tanche, à évacuer l’eau et à faire les injections médicamenteuses.
( Comment . in prim. fcn ■ canon Avicrnc, p. f»o8J
DES HYDATIDES DE LA MATRICE. n
que manière que l’évacuation du liquide ait été obtenue , on devra tâcher de prévenir la récidive en prescrivant des injections légèrement détersives , en maintenant pendant quelque temps le col ouvert au moyen d’une petite sonde de gomme élastique, enfin en combattant les affections générales ou locales qu’on supposerait avoir pu déterminer la sécrétion morbide.
DES HYDATIDES DE LA MATllICE.
Si l’existence des hydatides abdominales a été connue dès la plus haute antiquité, puisque Arètêe en fait mention daps ses œuvres (1), Aetius (2) est le premier auteur ancien qui ait parlé de celles qui se développent dans la matrice. Ces sortes de productions morbides rangées parmi les acéphalocystes, forment une classe particulière devers vésiculaires, qui quoique bien décrite par Laennec , en 1805, n’est pas encore admise par les helminthologues allemands et italiens.
On a admis deux espèces d’acéphalocystes hydatiques: 1°, les acéphalocystes en grappes ou hydatides pédiculées ; 2° les acéphalocystes libres qui présentent deux variétés : les hydatides avec un onglet, et les hydatides sessiles qui sont dépourvues d’onglet et de pédicule.
(1) Aretœi, de causis et signis diuturn. morb. lib. IV. cap. I.
(2) Med. contracta:, tetrab. IV. Serai. IV. cap. 79.
Les hydatides avec pédicude ou acéphalocystes en grappe, qui ne se trouvent que dans la matrice, et qu on regarde actuellement, comme étant une transformation du produit de la conception ou comme des kystes dans un état particulier, se développent non seulement dans certaines grossesses avortées, mais même quelquefois dans les vraies grossesses.
Les vésicules hydatiques pédiculées sont d’une couleur blanche, ou ambrée, et présentent un kyste membraneux rempli par un liquide transparent, limpide, quelquefois rougeâtre et comme gtlatineux. Llles sont flottantes dans un fluide séreux et adhèrent entr’elles par un pédicule très délié qui s attache à un pédicule commun plus considérable à la manière d’une grappe de raisin. Elles contractent des adhérences soit avec le sac membraneux qui les enveloppe, soit avec les parois de l’utérus, le cordon ombilical, le placenta ou une môle charnue avec laquelle elles se rencontrent quelquefois.
Les liydatides avec un onglet ont une forme lenticulaire ; elles sont libres, et moins volumineuses que les pi écedentes ,* elles se développent dans le vagin et dans les rugosités que présente l’orifice utérin ; mais on les y trouve toujours en petit nombre ; ordinairement elles sont enveloppées par une membrane extrêmement mince et elles adhèrent par leur onglet au point sur lequel elles ont pris naissance.
DES HYDATIDES DE LA MATRTCE.
Les acéphalocystes hyda tiques non pédieuléesetsans onglet ont été plus particulièrement observées dans les ovaires et les (rompes affectés d’hydropisie ; leur forme, qui est variable, présente ordinairement celle d'une petite poche ovoïde de couleur blanchâtre et nacrée, de cons istance molle et ondulante. Elles sont toujours libres, quelquefois seules et isolées, mais le plus souvent elles sont nombreuses et contenues dans un kyste commun et plein d’un liquide dans lequel elles nagent sans contracter d adhérence entr elles. Le kyste qui leur sert d'enveloppe, et qui est susceptible de devenir très épais s’il est le siège d une phlegmasie chronique, fait entendre lorsqu’on le comprime, une sorte de crépitation qui peut être comparée à celle d'une boule de neige que 1 on serre dans les mains.
La pesanteur spécifique des hydatides libres est à peine supérieure à celle de l’eau ; leurs parois sont minces, et sans vaisseaux apparents ; le plus souvent elles sont diaphanes, mais dans quelques cas elles offrent une teinte grise, opaline ou ambrée ; leur tissu est homogène et sans fibres ; quoique assez extensible, il a l’apparence du blanc d’œuf à demi concret et se divise en plusieurs couches, surtout dans les grosses hydatides.
Si nous admettons la vitalité des acéphalocystes libres qui se développent dans l’utérus indépendamment de la conception, nous pensons au contraire
que les vésicules hydatiques qui sont le résultat d’une transformation morbide du placenta, ne jouissent pas, comme les premières d’une vie individuelle indépendante, mais, que semblables aux kystes séreux, elles ne reçoivent leur vie que par le pédicule qui les soutient. Ce qui milite en faveur de cette opinion c’est que, lors même qu’on les laisse dans les conditions extérieures où elles se sont développées, elles se flétrissent et deviennent corps mort, comme les autres kystes, séreux, aussitôt qu’on a détruit le pédicule qui les unit aux parties environnantes. Au lieu de se mouvoir dans l’eau et sur la main comme Percy (1) dit l’avoir observé, les vésicules placentaires, ne font que présenter l’espèce d’ondulation et de tremblement que déternjine ordinairement un liquide contenu dans une poche extrêmement mince et élastique.
Le fluide qui se trouve dans les vésicules placentaires en grappe, est d’une limpidité parfaite ; sa densité est moindre que celle de l’eau distillée : il verdit le sirop de violette, ne se coagule ni par le feu ni par 1 alcool, ce qui prouve qu’il n’est pas albumineux et et qu il se rapproche par ses caractères, du liquide des véritables acéphalocystes libres.
Les causes des hydatides de l’utérus et des autres organes génitaux de la femme, sont très peu
(1) Journ, de Méd, par Corvisart, Leroux et Boyer. Sept.
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connues ; on regarde cependant comme contribuant beaucoup à leur développement , un tempérament lymphatique, une leucorrhée habituelle, la supression des menstrues, et tout ce qui peut produire ou entretenir une irritation des organes sexuels.
Les symptômes et le diagnostic des hydatides sont fort obscurs. Dans son début la maladie est presque toujours confondue avec la grossesse, ou avec l’hydromëtrie dont elle offre à peu près tous les principaux signes extérieurs , si ce n’est que la distension du ventre n’est jamais aussi rapide et aussi considérable, La présence des hydatides dans la matrice détermine primitivement des accidents peu fâcheux , mais à mesure que ces vésicules sont et plus nombreuses et plus volumineuses , les parois de la région suspubienne deviennent flatuleuses, molles, et gonflées. En pratiquant le toucher, on constate que l’organe gestateur est beaucoup plus développé qu’à l’état normal , mais que son orifice reste entr’ouvert et change à peine de forme et de place. La palpation hypogastrique fait sentir une tumeur globuleuse , compressible, indolente et présentant une fluctuation sourde en la comprimant de haut en bas. Le plus ordinairement la femme éprouve presque tous les symptômes de la grossesse; l’écoulement menstruel s’arrête ou se trouve remplacé par quelques pertes sanguines plus ou moins considérables et ayant lieu à des époques irrégulières ;
quelquefois les seins se gonflent; il survient de la pesanteur dans le bassin, des douleurs très vives dans la matrice, et dans les régions inguinale, hypogastrique et lombaire. À une époque plus ou moins avancée, la malade , en proie à des souffrances, à des pertes abondantes et à des douleurs aussi vives que celles qui accompagnent un véritable accouchement, rend une masse plus ou moins considérable de vésicules hydatiques qui s’échappent tout d’un coup ou en plusieurs fois avec ou sans traces de fœtus. Le produit de cette sorte de parturition constitue ce qu’on appelle, une môle hydatique ou une hydropisie de même nature ou vésiculeuse, hydrometra hfdcitica , vel vesicularis .
L’espèce de grossesse qui résulte de la présence des hydatides pédiculées dans l’utérus , ne se prolonge pas ordinairement au-delà du sixième ou du septième mois ; cependant on a vu l’expulsion des vésicules hydatiques n’avoir lieu qu’après le quatorzième. Pour faciliter leur sortie , on est souvent obligé de faire des injections d’eau salée et vinaigrée et quelquefois d’introduire la main dans la cavité utérine pour dilacérer la poche. Après cette sorte d’accouchement, les malades éprouvent ordinairement tous les phénomènes consécutifs d’une parturition ordinaire, tels que l’écoulement des lochies, la fièvre de lait , le gonflement des mamelles, la métro-péritonite, etc.
DES HYDAT1DES DE LA. MATRICE. y 55
Lorsque levacuation des grappes hydatiques se fait attendre trop long-temps, les femmes, qui maigrissent alors rapidement, sont sujettes à des syncopes et à des hémorrhagies utérines fréquentes , et quelquefois il vient se joindre à ces divers accidents l'oedème des membres abdominaux , la bouffissure de la face , la fièvre hectique , le marasme et la mort.
Si les hydatides placentaires en grappe accompagnées ou non d un fœtus ne se développent jamais que dans les conditions de la maternité, la formation des véritables acéphalocvstes dans l’utérus , peut se concilier avec la virginité, et les hydatides proprement dites peuvent prendre naissance dans cet organe, comme dans toute autre partie du corps. Le célébré Percy a rapporte une observation qui lève tous les doutes à cet égard et dans laquelle on voit qu’il parvint, par des preuves irrécusables , à sauver 1 honneur d une chanoinesse de 2G ans injustement soupçonnée.
Nous ajouterons que l’expulsion des acéphalocystes est le seul signe pathognomonique de leur présence dans la cavité utérine. Lorsque la matrice est revenue sur elle-même , la malade doit être traitée comme dans un accouchement normal; enfin quand tous les symptômes d’irritation ont disparu , on prescrit les amers, les toniques, les préparations martiales à 1 intérieur, conjointement avec les fric-
'JoG LÉSIONS VITALES.
lions sur la peau et les fumigations aromatiques dirigées vers les organes génitaux , dans le but de rétablir la constitution et de prévenir un nouveau développement d’hydatides.
Celles qui sont sans pédicule ni onglet et qu’on n’observe que dans certains cas d’hydropisie utérine ou ovarique , n’exigent d’autre traitement que celui de ces affections. Elles ont également les mêmes signes ; car on ne s’aperçoit de leur présence que parce quelles s’échappent avec le liquide et en empêchent le libre écoulement, lorsqu’on s’est décidé à pratiquer la ponction. Les hydatides à onglet qui sont les plus rares, et qui se manifestent dans le vagin ou sur le col utérin, occasionnent peu d’accidents. Quand on les découvre au moyen du spéculum , il suffit de les détacher et de prévenir leur retour par des soins de propreté et surtout par des injections vaginales faites avec des eaux sulfureuses ou avec une décoction légère d’écorce de chêne ou de racine de grenadier.
Comme le mode de développement et la reproduction des hydalides est encore tout-à-fait inconnue, nous croyons pouvoir nous dispenser de rappeler ici les opinions émises à ce sujet par Ruisch , Albinus , Morgagni, Boè'rhaave, F'allisnieri , Morand, P allas, Reuss, Baer, Percy, Bremser , Désormeaux , Bichat , Laennec, Sœmmering , MM. Hipp. Cloquet , Breschct , Cruveilhier , Andral, Velpeau ,
1)1S COACUih'JONS CALCULEUSfcS DE LA MAÏJ11CE. yo;
Raspail, et plusieurs autres auteurs qu'il est inutile de citer.
DES CONCRET ION S CALCULEUSES DE LA MATRICE ET DES AUTRES ORGANES GÉNITAUX,
D’après un grand nombre d’observations il n’y a aucun doute qu il peut se former des concrétions calculeus^s dans la cavité de l’utérus. Hippocrate (1), parle d une servante de Dyseris de Larisse qui à 1 âge de soixante ans fut saisie de douleurs aussi vives que celles de l’accouchement et rendit une pierre de la grosseur d’un peson. Aetius (2) fait également mention des calculs utérins, et conseille d’en faire l’extraction en incisant les lèvres du col avec un scalpel.
La plupart des observations authentiques publiées par les auteurs des siècles derniers , ont été réunies par Louis dans un mémoire inséré parmi ceux de l’Académie de chirurgie. On y voit qu’une fille de soixante ans porta dans l’utérus sans être trop incommodée, une pierre ayant le volume d’un œuf de poule , et offrant neuf gros et demi de pesanteur. Une autre femme était affectée d’un calcul qui ne pesait que quatre onces , et qui aurait dû peser une livre selon Louis , si la matrice eût été moins
(1) De mort), popul. lib. Y, secl. 12.
(2) Telrabl. tY. serin. 4 cap. 98.
poreuse. Les symptômes qu’avaient éprouvés ces femmes, étaient delà gêne en marchant, des démangeaisons à la vulve et à la face interne des cuisses. Si dans quelques cas les accidents furent encore moins sensibles , parce que les calculs étaient peu volumineux , dans d'autres, les malades périrent d’épuisement produit par une suppuration abondante, des ulcérations et une dégénérescence locale quittaient le résultat de la présence des concrétions calculeuses dans l’utérus. Dans ces circonstances malheureuses on trouva non seulement la cavité de l’organe occupée par des pierres volumineuses , mais encore le corps du viscère converti en une matière ayant l’apparence du suif desséché. Le même auteur dit que chez une des femmes, les parois utérines étaient ossifiées et comme moulées autour d’un calcul isolé - il ajoute aussi en citant plusieurs exemples, que dans des cas plus heureux, la nature fit seule les frais de l’expulsion des concrétions lithiques , et qu’elles s’échappèrent d’elles-mêmes de la matrice.
Les observations recueillies par Louis, et celles publiées par Morgagni, Régnier de Graff , S w animer dam , Walter, VanSwieten, Morand, etc., ne laissent aucun doute sur l’existence des concrétions calculeuses de la matrice. Un cas des plus curieux est celui de Bartholin qui fait mention d’un calcul noirâtre, inégal et pesant quatre livres, qui était renfermé dans la cavité utérine. Bromfied parle aussi de
DES CONCRÉTIONS C ALCULEUSES DE LA MATRICE. j5(j
concrétions formées dans le même organe et ayant le volume de la tête d’un enfant. Enfin , une autre ol> servation tout aussi remarquable est celle rapportée par Ruisch (loco citato) qui dit avoir enlevé d’une matrice quarante-deux calculs de différentes grosseurs. Si nous ne craignions pas de dépasser les bornes dans lesquelles nous devons nous restreindre , nous pourrions encore rapporter un grand nombre d’exemples curieux qui ont été cités par Marcellus Donatus (i), Jean Schenck (2), Théophile Bonnet (3), Etienne Blancard (4), Michel Morus { 5), Joseph Lieutaud (6), Foubert (7), M. Fauche (8 g et quelques praticiens modernes.
Les causes sous 1 influence desquelles se forment les calculs utérins sont encore peu connues. Le célèbre Louis , dont la plupart des pathologistes modernes partagent l’opinion à cet égard , pensait que les -a concrétions de la matrice étaient le résultat de l’ag- Fgrégation des parties les plus solidiliables des sécré-
0) De historia medic. mirabili. lib. IV. cap. 30. 1586.
(2) Observât, med. rai. nov. admir. monstr. lib. IV. 1600Ü (5). Sepulchretum seu anatomia pratica. lib. III. sec. 24. obs. 18. 1679.
(4) Anat. pract. ration, sive varior. cadav- morb. etc. obs 74. 1688.
(5) Acta érudit. Leipsic; august. anno 1712.
jjtt (0) Histoi . anat. med. sistens numer. cadaver. buman D I p. 340. 1767.
(7) Mém. del’acad. de chirurgie t. II. p. 140.
(8) Maladies des femmes. 1. 1. p. 214.
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tions morbides de cet organe , et qu elles y prenaient naissance de la même manière que les calculs urinaires et biliaires se produisaient dans la vessie ou la vésicule du fiel.
Dans ses mélanges de chirurgie , M. le professeur Roux dit avec plus de vraisemblance que les calculs de la matrice étaient le plus souvent le produit de l’ossification des tumeurs fibreuses développées dans ce viscère ou même dans l’épaisseur de ses parois ; Pequet ( i ) rapporte deux observations qui sont en faveur de cette opinion et après lesquelles il ajoute: « A de o ut pro scirrhis lapidescentibus haberi debeanl prœdicta corpora. » Selon M. Roux , les tumeurs fibreuses en s’altérant, s'ossifient graduellement ou du moins se recouvrent d’une couche plus ou moins épaisse du résidu salin fourni par le mucus qui les baigne. Ce qui milite en faveur de l’opinion de 1 habile chirurgien de rHôtel-Dieu , c’est que 1 analyse chimique d’un de ces calculs, a montré qu il était composé d’une quantité considérable de substance animale combinée avec des sels de potasse , de sonde et de chaux (2). Un autre calcul du même genre a présenté à M. Amussat, du phosphate de chaux et de la gélatine.
Les calculs utérins non adhérens peuvent égale-
(1) Experiment. nov. anat. 1651 , M. Naucheen rappoite également un exemple observe à la Salpétrière en 1 7 99.
(2) Revue médicale, tom. II. page 301. année 1824.