‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnel (volume 2)Chapitre 14 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES MALADIES VÉNÉniENP^ES PRIMITIVES CARACTÉIIISÉES PAR DES EXCROISSANCES OU DES VÉGÉTATIONS.

L'application des parties génitales enflammées ou ulcérées sur la peau ou sur l'origine d'une membrane muqueuse détermine fort souvent, à la surface de ces derniers organes, le développement de productions qui en dépassent plus ou moins le niveau. Ces productions accidentelles ont reçu le nom de végétations quand elles sont dues à l'ampliation excessive de quelque repli des membranes. On leur donne celui d'excroissances lorsque leur consistance surpasse celle des légumens qui les supportent, et auxquels elles tiennent par une sorte de pédicule. Mais, comme elles varient presqu'à l'infini, relativement à leur forme, à leur consistance et à leurs autres qualités extérieures, on leur a imposé encore beaucoup d'autres dénominations, presque toutes tirées de la ressemblance plus ou moins sensible qu'on a cru remarquer entr'elles et divers objets. Ainsi on appelle :

Poireaux, celles qui représentent des tubercules.aîongés, filiformes, arrondis, durs et rénitens.

Verrues, celles qui ont la forme de petits tubercules durs, pédicules ou sessiles, arrondis, courts, aplatis, dont la surface est t2;renue et dure au loucher.

C hou fleurs, ceWcs dont la base grêle se partage en plusieurs enbranchemens qui supportent chacun des tumeurs dures et granuleuses, d'un niveau presqu'égal , et dont la surface est souvent baignée d'un ichor verdàlre.

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Fies (!ii niaris(jncs, celles qui oui la l'orme d'iuic ligiu; ouverte, ou entière, dont les bords sont souvent découpés on frangés, surtout quand leur sommet regarde la peau, et qtii quelquelois aussi sont coniques, semblables à i\vf, pyramides couchées si;r le cùlé.

Crêtes de coq, celles dont la base, étroite et oblongue, supporte une expansion lisse, purpurine, dont le sommet . I ranchant présente des espèces d'appendices séparéspar des échancnu'esplissou moins profondes. Les crêtes qui surviennent sous le prépuce sont couchées , et ont une de leurs faces légèrement concave pour s'accommoder h. la convexité du gland. Partout ailleurs elles sont droites et érigées, comme la crête qui orne la tête des coqs, ou molles et pendantes, comme les appendices charnus qui garnissent en dessous le bec de ces oiseaux.

Condjlomcs, celles qui, molles, flasques et spongieuses, ou très-dures et comme calleuses, olIVent, au sommet d'un pédicule étroit , une tête lisse , arrondie et volumineuse , qu'on a comparée aux condylcs articulaires des os.

Groseilles ou cassis , cerises ou incrises , selon leur volume et leur couleur rouge ou brune, celles qui sont arrondies, parfaitement lisses, et supportées par un mince pédicule.

Mûres ou framboises, également selon leur teinte rose ou violacée, celles qui, sous un certain volume, consistent v,n des amas de petits griiins séparés par des rainures jissez profondes.

Fraises, celles qui ressemblent aux précédentes, mais <lont la surface rosée oITiv des sillons moins profonds.

Ces diverses excroissances surviennent quelquefois peu de jours après le coït , sans avoir élé précédées d'aucun

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autre symptôme; mais le plus souvent elles se mauifestent plus ou moins long-temps après un écoulement ou un ulcère vénérien. Ainsi, lorsqu'elles accompagnent la gonorrhée, c'est comuiunément vers la fin de la maladie, quand le flux est presque tari, qu'on les voit paraître. De même, dans le cas d'ulcérations, c'est en général à la surface ou sur les bords d'une cicatrice récente qu'elles végètent, surtout lorsque celte dcn-nière couvre une dureté qui annonce la persistance d'un foyer d'irritation. On en voit assez souvent aussi h la surface des ulcérations et des pustules; celles-là portent le nom de fonj os it es. C'est ainsi que certains ulcères vénériens de la verge, hérissés d'excroissances mollasses et comme polypeuses, couvrent fréquemment toute la surface du gland, qu'ils défigurent d'une manière bizarre. Les urétritcs chroniques fort anciennes se compliquent souvent defongosités semblables dans la porljon prostatique du canal. De même certaines pustules, qu'on appelle pour cette raison végétatives, ont leur surface vive, fendillée, rougeâlre, et chargée de granulations ou d'espèces d'empaumures fongueuses.

Les excroissances vénériennes se développent : chez l'homme, au prépuce, sur le gland, principalement autour de la couronne et aux environs du frein , quelquefois aussi sur le corps du membre viril ; chez la femme , au bord des grandes lèvres, sur le clitoris et son repli préputial , dans toute l'étendue de la vulve et au mamelon; dans les deux sexes, autour de l'orifice inférieur du rectum, au périnée, dans l'urètre, sur la langue, au palais, sur la face interne des joues, aux piliers du voile palatin, sur le bord des paupières, à la sui'face de l'œil, dans le conduit auditif externe, à l'entrée des narines, dans les

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fosses nasales, dans la cavilé de lonibilic, à la rcj^ion supcricuro cl iiilernc dos cuisses, près du pli de l'aine, et jusque dans l'aisscUo. Mais les bords des jurandes lèvres, le <;land, le pourtour de l'anus et le périnée sont les réjiious du corps où l'on en rencontre le plus fréquemment.

Elles naissent également sur la peau et à la surface des membranes nuiqueuses , bien plus souvent toutefois sur ces dernières, et dans les portions de leur trajet où elles sont exposées h subir un certain degré de frottement et d'irritation. Les unes n'adhèrent qu'à l'épiderme, tandis que les autres tiennent au derme lui-même, mais sans jamais pénétrer pins avant. Tantôt isolées, tantôt réunies plusieurs ensemble, elles varient beaucoup pour le volume. Quelquefois elles acquièrent des dimensions et un poids énormes, ou se pressent les unes contre les autres» de manière h former de grandes masses. On en a vu qui couvraient toutes les parties génitales externes de la femme, depuis la fourchette jusqu'au dessus du mont de \éjuis , La région anale, la langue entière, toute la surface du palais. Il est facile de prévoir que, dans les cas où elles prennent une extension si considérable , elles rendent le coït impraticable , gênent la sortie des matières fécales , entravent raccouchemenl, et mettent obstacle à la mastication ou à la déglutition.

En général, l'apparition des excroissances vénériennes est précédée d'uji léger prurit à la surface des parties qui doivent en être affectées. La démangeaison s'accroît par degrés, et devient quelquefois intolérable; mais, dès (jiie l'éruption est terminée, elle cesse, et il ne reste plus qu'un faible sonliujent de tension à la peau. Quelquefois cependant ce prurit n'existe pas, ou plutôt il ne devient

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pas assez fort pour que le malade s'en aperçoive. Le lissu voisin conserve presque toujours sa couleur nahireilc, ou prend tout au plus une léj^ère teinte rosée , car si l'on voit parfois des excroissances que précède une léiiçère phlogose , il est bien certain qu'elles ne succèdent jamais qu'à une faible irritation, et que toute inllamniation un peu vive semble anéantir entièrement la disposition des parties à les produire.

Les excroissances dures et fermes sont ordinairement sèches; mais les molles exhalent, en général , un liquide blanchâtre, roussàtre, jaunâtre ou verdàlre, d'une odeur parfois insupportable. Ces productions accidentelles ne causent guères de douleurs que lorsqu'elles sont très-volumineuses, ou qu'elles se trouvent comprimées , resserrées , tiraillées par quelque corps dur, comme il arrive souvent à celles de l'anus. Mais, une fois excoriées, elles deviennent douloureuses, saignantes, et se couvrent d'ulcérations , tantôt profondes , tantôt bornées à la suriacc , ou dégénèrent en un large ulcère sanieux et phagédénique, qui peut même donner naissance h des clapiers. En effet , Bell dit avoir vu une fistule à l'anus qui avait été pix)duite par celle cause. L'irritation qu'elles éprouvent se transmet quelquefois aux glandes lymphatiques voisines , sans que ce phéncHuène soit plus particulier à la femme qu'à l'homme , comme Bell semblait le penser. Parfois aussi elles s'enflent d'une manière prodigieuse , et causent de vifs élancemens, ce qui, joint à leur apparence sordid»^, peut faire croire qu'il y a dégénérescence cancéreuse. Abandonnées à elles-mêmes, tantôt elles persistent , ce qui arrive surtout aux poireaux et aux verrues, tantôt elles tombent ou s'affaissent spontanément;

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mais fort souvent elles reparaissent bientôt dans l'endroit même , ou se reproduisent aux alentours , parce que le tissu qui les supporte a conservé la même disposition qu'il avait auparavant.

Autrefois, on attribuait tous les rélrécissemens de l'urètre à la présence, dans son intérieur , d'excroissances auxquelles on donnait le nom de carnosités ou de caroncules. Cette doctrine se maintint long-temps parmi les chiriirgiens, mais l'analomie a démontré enlin qu'elle était fausse. Cependant on a eu tort ensuite de reléguer les végétations urétralcs parmi les êtres chimériques. On eu rencontre quelquefois, assez rarement il est vrai, et elles n'aflectent aucune région du canal de préférence aux autres, quoique Bell ait prétendu qu'il ne s'en formait jamais h plus d'un demi-pouce environ au-delà de l'extrémité du gland. En effet, M. Lobstein en a rencontré derrière le vcra inontaniim. Ces excroissances présentent d'ailleurs les mômes variétés que celles qui naissent sur d'autres parties; et si elles ont plus d'importance que ces dernières, c'est parce qu'elles doivent nécessairement gêner plus ou moins le cours de l'urine. Il serait facile, pour peu qu'elles fussent développées , de les confondre avec un prolongement de la membrane muqueuse urétrale repliée sur elle môme , erreur dont Siebold a rapporté un exemple.

Des végétations peuvent naître sur la peau ou sur les membranes muqueuses à la suite de toute irritation quelconque , légère, mais prolongée. Aussi les voit-on souvent engendrées, aux parties génitales , par de simples excoriations , chez des persoimes qui n'ont jamais eu ni écoulemens ni ulcères vénérions. La malpropreté en est

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une des principales sources , ce qui explique leur Iréquence parmi les classes indigentes du peuple. Souvent aussi elles se développent dans le cours de la grossesse, à la suite de marclics torcées , après l'abus du coït, après celui de la niasturbaliou exercée avec un corps dur. Des observateurs superficiels ont pris quelquefois pour de semblables excroissances, soit des débris de l'hymen, soit des replis ou rugosités du vagin, soit même des tumeurs formées par la procideuce de ce canal, ainsi que le rapporte M. Cullerier.

Comme il arrive fréquemment à toutes ces excroissances, il celles surtout qui portent le nom de poireaux, de succéder aux ulcérations vénériermes, ou de se montrer pendant le cours de la gonorrliée, on est dans l'usage de les considérer elles-mêmes comme des symptômes vénériens. On a dit aussi qu'elles étaient contagieuses, parce que souvent il en survient chez une femme , après qu'elle s'est livrée aux caresses d'un homme qui en portait quelque temps auparavant, lors même qu'elles ont cédé à la cautérisation, chez ce dernier, sans jamais se reproduire depuis. Mais celte opinion n'a point été admise par tous les auteurs. Bell, entr'aulres , n'hésite pas à déclarer que, communément, au moins quatre-vingt-dixneuf fois sur cent , les poireaux ne sont qu'une maladie absolument locale, pour la guérison de laquelle on ne peut compter que sur les topiques. Telle était aussi le sentiment de Hunter, que beaucoup de médecins ont embrassé. Cependant on a (ait, d'après l'autorité do Bell, une exception en faveur des vé2;étatious fongueuses ou vasculaires, qui oui été et sont encore aujourd'hui déclarées vénériennes, quoique leur mode de production res-

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semble parfaitement h celui des poireaux et des verrues, et que la diflérence qui existe entre elles et ces derniers tienne uniquement h des circonstances individuelles. Il est vrai qu'on ne peut i^uères douter que le fluide exhalé par les végétations molles ne jouisse de qualités irritantes assez prononcées pour être capable de provoquer une inflammation dans les parties saines avec lesquelles on le met en contact; mais ici, comme à l'égard de tous les autre>s symptômes vénériens sans exception , il n'existe aucun carajctère auquel on puisse reconnaître que la végétation est l'éellement vénérienne, et Iqs aveux même du malade ne suflisent pas lorsqu'un long espace de temps s'est écoulé depuis le coït suspect, puisqu'une multitude d'autres causes peuvent , à son insu , ou sans qu'il y ait fait attention , avoir contribué à développer les productions anomales qu'on remarque chez lui.

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