‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnel (volume 2)Chapitre 16 sur 29 · DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES EN PARTICULIER

Le désir de ne pas trop m'éloigner de la marche adoptée par mes prédécesseurs m'a empêché d'adopter celle ([ue m'aurait tracée la définition rigoureuse que je viens de donner. Aussi ai -je déjh décrit, h l'occasion surtout des phlcgmasics de la membrane muqueuse génitourinaire, un assez grand nombre d'affections vénériennes secondaires sur lesquelles je serai par conséquent dispensé de revenir dans le cours des articles qui vont suivre.

J'emprunterai h MM. Lagneau et Capuron le tableau des symptômes attribués h la syphilis. Ils se succèdent à peu près de la manière suivante , selon M. Lagneau : des ulcères ou des poireaux aux parties génitales sont , en général, les premiers h se manifester; viennent ensuite des bubons, l'inflammation et les ulcères de la gorge, des excroissances aux parties sexuelles et ci l'anus , des pustules à la surface du corps , des douleurs, des gonTlemens , la carie et le nécrose des os, la céphalée, l'hémicrànie, l'alopécie, des oplithaluiies rebelles, l'amaigrissement, le marasme, et d'autres symptômes irréguliers, auxquels la mort vient mettre Un terme, après un laps de temps plus ou moins considérable.

M. Capuron trace un tableau bien plus long et plus affreux encore des affections que produit la syphilis; des catarrhes aigus ou chroniques de l'urètre, du vagin, des yeux, du nez, de l'oreille, de l'intestin; des tumeurs de

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(liiTércnte nature, des abcès, des fistules, des végétations ou des excroissances aux parties génitales; les paupières enflammées, épaissies, rouges, ulcérées, cancéreuses; l'œil toujours baigné de larmes, et plus ou moins lésé dans sa structure et dans sa fonction; la cornëe transparente obscurcie, altérée; l'épaississcment de l'humeur vitrée, la concrétion et l'opacité du cristallin , la fislule lacrymale, la diminution ou la perte de la vue; l'inflammation et l'ulcération de l'oreille interne, avec des douleurs plus ou iiîoins aiguës; la carie des osselets renfermés dans la cavité du tympan; des écoulemens de pus, de sanie, de sérosité ou de sang par le conduit auditif, accompagnés d'une féiidilé insupportable; un bourdonnement continuel, la dureté eu laperte de l'ouie; laphlogose de la membrane muqueuse qui tapisse l'intérieur de la bouche et des narines ; l'ulcération de la voûte palatine, de la langue, des gencives, de la luette, des amygdales, de rarricre-bouchc , du larynx; la fongosilé et le cancer des narines ; la carie des os du palais, des cartilages du larynx, des os propres du nez, du vomer; la difformité de la face; le changement, l'altération ou la perte de la voix; l'érosion des gencives; la carie, l'ébranlement, la chute des dents; la fétidité de l'haleine; la peau couverte de taches, dont la forme, la couleur et l'étendue varient à l'infini ; des éruptions nombreuses , sèches ou humides, avec ou sans démangeaison; des crevasses ou des gerçures; des végétations ou excroissances de toute espèce; le soulèvement et la chute de l'épiderme; des iubercules, des pustules en dilférens endroits du corps; la chute du poil, des cheveux, même des ongles; des ulcèri^s du plus mauvais caractère; des tumeurs plus ou

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moins dures; des douleurs insupportables dans presque tout le corps , et spécialement dans les membres , lesquelles simulent quelquefois le rhumatisme et la jçoulte; la carie, le ramollissement, la mortification des os; le gonflement douloureux ou indolent des glandes lymphatiques; des maux de tête violons; le tremblement ou la convulsion des membres; la paralysie, l'insomnie, la toux , la difficulté de respirer , la phlhisic tuberculeuse , ou l'ulcération des poumons; la syncope ou la palpitation du cœur; l'aflcction hypochondriaquc, mélancolique ou hystérique; les viscères abdominaux engorgés ou obstrués; l'hydropisie, des hémorrhagies , la faiblesse, la langueur et l'abattement des forces; la fièvre lente, la diarrhée, ou les sueurs cclliquativcs; l'amaigrissement, le marasme , la mort.

En cherchant h établir un peu d'ordre dans celte longue et effrayante énuméral ion de symptômes incohérens, on reconnaît qu'ils peuvent être rapportés à des affections des systèmes lymphatique, muqueux, cutané, fibreux, osseux, séreux et nerveux.

Bi:S MALADIES vyîNÛBIENXES. 1 C) l

ARTICLt; PREMIER.

DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES QUI ONT LEUU SIEGE DANS LE SYSTIvME LYMPHATIQUE.

Les maladies vénériennes secondaires dont le siège s'établit dans le système lymphatique, sont les plus évidentes de toutes, celles h l'égard desquelles il est le moins possible, dans certains cas, de mettre en doule leur rapport de causalité avec les accidens primitifs.

Ici se rapportent non-seulement les bubons qui compliquent si fréquemment les phlegmasies simples et surtout les ulcérations des membranes muqueuses, mais encore ceux qu'on a appelés sjmploinatiques , parce qu'ils surviennent plus eu moins long-temps après la disparition des symptômes primitifs, ou même en l'absence de tous accidens extérieurs. Dans beaucoup de cas, sans doule, ces derniers dépendent uniquement d'une cause extérieure qui a porté son action d'une manière direclc sur les glandes lymphaLiques; mais, souvent aussi, ils tiennent à ce que les glandes se trouvant plus ou moins stimulées toutes les fois que les parties d'où naissent leurs vaisseaux afférens, ont été ou sont encore enOammées, ulcérées , ou même seulement irritées , celte disposition subsiste plus ou moins long-temps après la guérison de raffection extérieure, ou après l'extinction de l'irritation des surfaces muqueuses, et peut passer au degré morbide dès qu'une influence quelconque vient à la développer davantage et à l'exaspérer. C'est ainsi qu'on explique la formation des bubons secondaires par suite d'un exercice forcé, ou même seulement de l'excitation vénérienne,

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lorsqu'ils paraissent au voisinage de l'ancien siège de la maladie. S'ils surviennonl ailleurs, ce, qui est fort rare, on conçoit aisément qu'ils dépendent de la liaison existante entre les diverses parties du système lymphatique, de même qu'entre celles de tous les autres appareils organiques , et qui fait que toute irritation développée sur un point est susceptible d'en faire naître une autre dans «n point plus ou moins éloigné.

Ces bubons secondaires, qui ne sont pas très-communs, ne diffèrent point des primitifs ; ils ont seulement plus de tendance à se manifester sous le mode chronique.

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ARTICLE II

DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES QUI ONT LEUR SIEGE DANS LE SYSTEME MUQDEUX.

Toutes les membranes muqueuses peuvent s'irriter, s'enflammer, s'ulcérer, ou se charger de végétations dans le cours ou à la suite d'une maladie vénérienne primitive. Les affections qui résultent de là ne différant pas de eclles qu'on observe après une irritation directe et immédiate , j'ai peu de chose à ajouter, sous ce rapport, h ce que j'ai dit dans la première section.

Souvent la membrane muqueuse des voies digestives n'est point épargnée elle-même. Cependant elle ne paraît pas susceptible d'être affectée directement par le contact de la matière que fournissent les surfaces enflammées ou ulcérées; car, dans plusieurs cas rapportés par Hunter, cette matière a été avalée par méprise sans qu'il en résultât aucun dérangement appréciable dans la santé. Mais les irritations des membranes muqueuses extérieures exercent une influence puissante surl'estomac.Quelqu'empressés que les médecins se soient montrés de grossir le cortège des maux vénériens , et quoique plusieurs écrivains aient rallié à ces derniers jusqu'à l'hépatite, personne n'y a jamais encadré l'irritation gastrique et intestinale, cause, sinon unique, du moins la plus ordinaire, de la fièvre qui accompagne fréquemment ces maladies. On ne doit toutefois attribuer cette réticence qu'à ce que l'irritation des voies digestives a été méconnue ou mal appréciée jusqu'au moment où les importantes recherches de M. Bi'oussais ont appelé l'attention générale sur

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die. Ce qui K; prouve sunisaiument, c'est qu'on a supposé, et qu'il est même admis encore par l)eaucoup de médecins, que la cause matérielle h laquelle on allribuc les maladies syphilitiques , peut exister pendant fort long-temps dans l'organisme, et produire la fièvre, entre autres symptômes, sans qu'il en résulte aucune aflection locale, ce dont on peut se convaincre en lisant la Nosologie de Sauvages. Or, il est bien reconnu aujourd'hui que ces prétendues fièvres sans cause apparente sont presque toujours le résultat d'une phlegmasie de quelqu'un des organes qui concourent h la digestion, notamment de l'estomac et de l'intestin grêle. On doit d'autant mieux soupçonner cette cause, dans le cas dont il s'agit ici, que, si la fièvre syphilitique peut éclater, et se déclare souvent, en effet, quand on n'a pas employé le mercure, elle s'observe beaucoup plus fréciuemmcnl, de l'aveu de tous" les auteurs, lorsqu'on a administré ce médicament , dont l'action irritante s'exerce, immédiatement ou médiatement , mais toujours d'une manière spéciale, sur l'appareil digestif.

Quant aux irritations consécutives des autres membranes muqueuses , il im^îorte de faire remarquer que l'innuence de la phlegmasie primitive , surtout lorsque celle-ci s'est terminée par des ulcéi'ations , peut ne pas être assez puissante pour les déterminer, mais suffire néanmoins pour augmenter l'excitabilité naturelle de ces membranes, et les mettre dans les conditions favorables au développement des divers modes d'irritation, si des stimulans extérieurs viennent h agir siu^ elles. Voilà pourquoi la membrane qui revêt les deux extrémités du canal alimentaire et ceHe qui tapisse l'œil, étant ph»s exposées

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que les autres aux influences du dehors, et douées d'ailleurs d'une plus grande sensibilité, deviennent aussi plus particulièrement le siège d'irritations consécutives à celles des organes génitaux.

Toutes ces irritations ne sont souvent portées qu'au degré nécessaire pour provoquer le développement de végétations diverses. Lorsqu'elles prennent le mode phlegmasique, ce qui est beaucoup plus commun, elles peuvent s'étendre plus ou moins loin, en suivant les ramifications de la membrane muqueuse, de même qu'on le voit assez fréquemment dans le cours de l'urétrite aiguë. C'est ainsi que celle de la conjonctive se propage .quelquefois aux voies lacrymales, et détermine l'engouemeait, l'obslruction, l'oblitération ou même la destruction complète de ces conduits, en un mot tous les accidens et tous les résultais de la tumeur et de la fistule lacrymales. De môme, celle de la bouche gagne tantôt l'oreille interne par la trompe d'Eustache, et devient la cause de tintemens, de bourdonnémens fCoreillc, ou d'une surdité passagère ou permanente , suivant l'étendue des désordres qu'elle suscite; tantôt le larynx, où elle peut, quand elle s'y fixe sous le mode chronique, donner lieu à l'une des plus redoutables affections, la phthisle laryngée. Parfois aussi, elle s'étend le long de la trachée-artère et de ses embranchemens, et provoque un véritable catarrhe pulmonaire.

Il peut arriver également à toutes ces irritations de ne pas se borner à la membrane muqueuse, et de s'étendre à une plus ou moins grande profondeur dans le tissu même des organes qu'elle tapisse. De là, par exemple, l'irrita-

igG TRAITÉ

lion hémorrhagiqiic du pomnon, ou Chéinoply.ùe, son irritation ])hloj;masiquc, ou la ptieutnonte, avec toutes les suiîes qu'elle entraîne, l'asllime et la pktliisic pulmonaire, qui en sont si fréquemment la conséquence. De là aussi des inflammations profondes, aiguës et chroniques, de l'reil , que l'on désigne sous le nom d'irîtts, non pas parce qu'elles n'intéressent que l'iris, car toutes les autres parties solides de l'organe visuel y participent également, mais parce que c'est dans cette membrane que leurs effets se font plus particulièrement remarquer, et qui peuvent entraîner h leur suite Vliypopyon, la cataracte , le 'glaucome.

Lorsque l'irritation a lieu dans un viscère important, tel que le poumon et surtout l'estomac, et qu'elle dure depuis long-temps, l'embonpoint disparaît, le teint devient pâle, jaune, plombé. Cet amaigrissement, qui s'établit parfois d'une manière très-rapide, a été regardé comme un symptôme de la syphilis. On lui a donné le nom de consomption syphilitique , quand il est accompagné de fièvre hectique, avec des sueurs nocturnes abondantes, ou d'autres signes de colliquation, et celui à' atrophie syphiltti/fue, lorsqu'il n'y a pas de lièvre, mais seulement un pouls habituellement plus vif. Presque toujours, il est uni à un sentiment continuel de malaise ou d'anxiété, à des insomnies opiniâtres, et h une telle susceptibilité, que les moindres bagatelles deviennent des causes de tourmens pour le malade , qui n'est plus capable d'aucune application sérieuse.

En traçant celte longue série de phénomènes pathologiques que beaucoup d'écrivains, notaminent Astruc et

D£S MALADIES VÉNÉniliNM-S. IC)^

SCS sectateurs, ont i-angés parmi les eirets conséculifs des maladies vénériennes, je suis loin de prétendre que leur liaison avec ces dernières, quoique possible, rigoureusement parlant, soit évidente, démontrée, ou même toujours probable. On les observe assez souvent, il est vrai, cbez des sujets qui ont été ou qui sont encore atteints de maladies vénériennes, mais le mode de traitement, la prédisposition , l'influence directe des agens extérieurs sur les organes, et celle des affections d'autres parties du corps avec lesquelles ceux-ci ont des connexions et des rapports plus intimes, en sont assurément la principale, peut-être même l'unique source. Cependant, l'analogie a beau être obscure, ou précisément parce qu'elle l'est, on croit lever la difficulté en regardant le cas douteux comme une syphilis dé'^uiséôi masquée. Larvée ou même dép^éiiérce. Il eut été plus sage de chercher à mettreen évidence la liaison qui unit l'affection réputée syphilitique h la maladie vénérienne antécédente : on aurait bientôt reconnu que cette liaison ne pourrait être admise qu'autant qu'il n'existerait pas d'autre manière d'expliquer les phénomènes morbides, et qu'il serait impossible de rapporter ceux-ci , soit h l'influence directe des causes extérieures sur les organes qui en sont le foyer, soit à l'influence sympathique des irritations fixées sur d'autres organes. Mais la méthode ordinaire se concilie mieux avec la paresse naturelle de l'esprit humain. Hunter était bien pénétré de dette vérité quand il a dit que, dès qu'une maladie se présente, sur laquelle le praticien éprouve de l'embarras, la vénérienne s'offre de suite à sou esprit. Si, ajoute-t-il, cette idée le portait à faire une recherche scrupuleuse, ce serait on

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avantage, mais, dans beaucoup <lc cas, elle ne sert qu'à le satisfaire lui-même. Quoique la petite vérole, dit Bosquillon, se trouve fréquemment compliquée d'ophthalmies, ou se moquerait de quiconque oserait avancer que toutes les ophlhaluiies dépendent du virus variolique. C'est cependant ce que l'on a fait h l'égard de quantité de symptômes étrangers à la syphilis, qui par hasard se sont trouvés de temps h autre compliqués avec elles.

DES MALADIES VÉNÉRIIïINNES. 1 f)f)

ARTICLE III

DES MALADIES VÉMillIEMyES SECO^DAIRES QUI OAT LEUB Sl^GE DAi>S LE SYSTÈME CUTANE ET SES DJ^PEINDANCES.

Les irritations cutanées, plegmasiques, ulcératives et végétatives, passent pour être très-communes à la suite des maladies vénériennes primitives. Lesphlegmasiqueset les végétatives sont généralement désignées sous le nom de pustules , quoique cette dénomination ne convienne pas à toutes les maladies auxquelles on l'applique, et dont plusieurs i-entrcnt dans la classe des véritables ulcères.

On a rangé les pustules vénériennes secondaires en groupes assez nombreux, savoir :

1°. Les simples taches, qui sont peu étendues, et bien séparées les unes des autres. Elles prennent le nom d'épliélides syphilitiques, quand elles ont une teinte cuivrée, et celui de pustules formiées, lorsqu'elles sont rougeàtres, et qu'elles ressemblent aiLx petites eccbymoscs produites par les morsures des fourmis, ou par les piqûres des puces. On les remarque surtout h. la poilrine, entre les épaules et aux bras; mais elles surviennent aussi à la face, et se montrent même quelquefois sur d'autres parties du corps.

'i". Les pustules orliées, dont M. Alibert a donné une très-bonne descriplion, sont de petites ampoules, la plupart dures et rénilentes, plus ou moins étendues à la base, un peu aplaties au sommet, irrégulières, inégales, très -diversifiées dans leur forme, isolées ou groupées et en quelque sorte confondues les unes avec les autres, tantôt blanches et sans changement de couleur à la peau.

tantôt aussi teintes en rose, et qui ressemblent à celles que produisent les orties. Il suffit de passer légèrement la main sur elles pour dissiper le léger prurit qu'elles occasionent. Elles restent dans le même état pendant deux ou trois jours. Ce laps de temps écoulé, elles s'affaissent, et forment de petites écailles, après la chute desquelles il ne reste plus que des taches brunes. Elles ne produisent jamais ni croûtes, ni ulcères.

5°. Les pustules milialres. Ce sont de petits boutons presque imperceptibles, arrondis, élevés en pointe, bordés d'une auréole inflammatoire, qui doivent leur nom îi leur ressemblance avec des grains de millet. Ces pustules ne sont ni précédées, ni accompagnées de démangeaisons. Elles ont d'abord une teinte d'un rouge ardent, qui pâlit lorsqu'elles sont sur le point de guérir. A l'instant où elles s'évanouissent, elles laissent suinter une petite quantité de sérosité blanchâtre ou jaunâtre, dont la dessiccation donne lieu à de petites écailles transparentes, qui tombent avec facilité, et se reproduisent rapidement. On les voit souvent se réunir et se grouper sur diverses parlies du corps, en plaques d'un rouge amaranthe. Elles sont plus communes au front que partout ailleurs.

l\°. Les pustules psoriqucs, appelées aussi gale syphilitique ou vérolique, paixe qu'elles ressemblent parfaitement aux boutons de la gale, sont de petites élevures coniques, quelquefois si petites qu'on les aperçoit à peine. Elles ne causent pas de prurit, et ne contiennent point do sérosité. A l'époque de leur extinction, l'épiderme tombe sous la forme de petites écailles.

5°. Les pustules lenticulaires représentent des tubercules plats, qui ont la forme, la couleur et le volume de

lentilles. Brunâtres dans l'origine, elles deviennent jaunâtres avec le temps, et acquièrent d'autant plus de densité qu'elles sont plus anciennes. Leur surface est lisse et couverte d'une mince pellicule. Au bout d'un certain temps, elles se couvrent d'écaillés ou de petites croûtes. Quelquefois elles se détachent d'elles-mêmes en entier.

G". Les pustules mcrisées ont été ainsi nommées, parce que les tubercules ronds ou ovoïdes qui les composent, et qui acquièrent parfois une grosseur considérable, ressemblent h des merises ou à des baies de cassis. D'abord rougeàtres, vermeilles et humides, elles finissent par devenir d'un rouge foncé, violettes, bleues, ou même noires. En général, elles sont sphériques et isolées, mais quelquefois on en trouve plusieurs qui sont réunies par un mince pédicule, et qui représentent une sorte de grappe. M. Capuron a vu une femme dont le corps, surtout à la poitrine et au dos, était couvert de pustules semblables à des cerises presque mûres. J'ai observé un cas analogue sur un homme de quarante ans.

7°. Les pustules squameuses se reconnaissent à leur forme aplatie et à leur peu de saillie. Ce sont de légères écailles, tantôt continues , tantôt séparées , comme des parcelles de son, à bords durs, élevés et rougeàtres, plus pâles au centre, où l'on voit quelquefois un petit tubercule, et environnées d'une auréole cuivreuse. Ces pustules sont très-communes.

8°. L,es pustules crustacées, appelées aussi lèpre syphilitique, sont caractérisées par des croûtes épaisses, saillantes, inégales, rugueuses et très-développées, tantôt solitaires et tantôt conilucntcs, faciles à détacher, ordinairement noirâtres , quelquefois jaTines , dans d'autres cas

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blunchàUcs , sons lesquelles se trouve une surface vive , qui fournil une suppurulion plus ou moins abondante. Ces croules, produites par une exhalation de la peau que l'action de l'air ne larde pas à dessécher, adhèrent presque toujours h la circonférence, mais rarement au centre, il cause du liquide qui s'y rassemble. Les unes se forment lentement, et sont peu épaisses : celles-là tiennent partout à la peau. Les autres se dessinent rapidement, sont épaisses, dures, inégales et presque toujours brunâtres. Elles s'élèvent parfois en forme de mamelons , de cônes, ou de pyramides hautes de dix à quinze lignes; lorsqu'elles surviennent au front, et qu'elles y sont disposées à I4 suite les unes des autres en manière de chapelet, ce qui est assez commun, on leur donne le nom bizarre de couronne de f^énus. Si les démangeaisons qu'elles excitent portent le malade à se gratter. Il en résulte de petits ulcères qui ne tardent pas à se couvrir de nouvelles croules.

if. Les pustules scicuscs sont des ampoules remplies de sérosilé, et couverles d'un épidémie quelquefois lisse et uni, mais le plus souvent froncé et ridé. Lorsqu'elles viennent à s'ouvrir, la vésicule se referme bientôt, et se renîplit d'un nouveau liquide; mais, quand la membranule se déchire, la surface du derme, qui est un peu élevée au dessus du niveau des légumcns, se dessèche au bout de quelques jours, si la pustule existe depuis j)eu et a été indolente, tandis qu'elle s'ulcère lorsque celle-ci est ancienne et accompagnée de douleurs. Dans ce dernier cas, elle fournit une matière plutôt pm-iforme que séreuse.

10°. hcs pustules scrpi^meuscs , qu'on nomme aussi chancres pustuleux, onl pour caractère d'ollrlr des ulcérations croûteuscs, qui rongent et sillonnent le derme, en

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faisant toujours des progrès dans un sens, tandis qu'elles se cicatrisent dans l'autre. Elles parcourent quelquefois ainsi des espaces fort étendus, en décrivant des circonvolutions de diverses formes et grandeurs, des segmens de cercle, des cercles entiers, des zigzags, ou de longues spirales, qui simulent des serpens, des espèces de chiffres ou des lettres. Dans certains cas, l'ulcère mobile qui en fait la base, de superficiel qu'il était d'abord, devient profond, rouge toute l'épaisseur du derme, détruit tout le tissu cellulaire sous- jacent, et dissèque même les muscles. Ces divers exanthèmes peuvent se développer sur tout le corps; on les observe au front, au cuir chevelu, à la surface du nez, au pourtour de la bouche, au menton, sur le pavillon de l'oreille, dans le conduit auditif externe, sur la poitrine, les membres et les organes sexuels, h la plante des pieds et à la paume des mains. Bell prétend qu'ils attaquent les parties qu'on tient habituellement couvertes de préférence à celles qui sont toujours exposées à l'air. Cette assertion n'est point exacte, car les éruptions appelées syphilitiques sont plus communes à la figure et sur les bras que partout ailleurs. Elles n'épargnent même pas les membranes muqueuses extérieures, car on eu voit l'réquemment à la vulve, au mamelon, au palais et sur la langue. Quelquefois leur apparition est précédée d'une sorte d'orgasme fébrile, et d'une tension générale «le la peau; mais, la plupart du temps, rien n annonce leur prochaine invasion, qui se fait peu h peu, ou d'une manière brusque et soudaine. En général, elles débutent par une légère démangeaison, ou par de petites taches d'un rouge pâle, à peine élevées au-dessus des tégumens, <!:)iit le frottement détache l'épiderme sous la forme de

légères écailles furfuracées. L'affection de la peau fait ensuite des progrès, et le derme fournit une sécrétion muqueuse qui se dessèche pour produire une croûte plus ou moins épaisse, sous laquelle le travail phlegmasique, continuant h s'opérer, détermine couvent la formation d'un véritable ulcère. Si la peau qui supporte l'exanthème se trouve en contact avec elle-même, ce qui l'entretient plus humide, et la rapproche jusqu'à un certain point des membranes muqueuses, comme entre les fesses, autour de l'anus, entre le scrotum et les cuisses, dans l'angle des deux cuisses et sous les aisselles, au lieu de se couvrir d'une croûte, la peau s'élève en une surface molle et humide qui laisse exhaler une matière blanche. C'est alors ce qu'on a appelé une pustule liumlde, laquelle constitue souvent aussi un accident vénérien primitif, comme j'ai eu soin de le faire remarquer dans la première section de ce livre.

Dans certains cas, les pustulos sont frappées de gangrène ou de pourriture d'hôpital, et font de grands ravages. Elles doivent presque toujours ce caractère à l'influence d'une atmosphère viciée par des effluves putrides; mais quelquefois elles le prennent également lorsque la saison reste pendant long-temps chaude et humide. On l'observe assez souvent dans les pustules lenticulaires, dont les tubercules, frappés de mort au centre, tombent et laissent aj)rès eux un ulcère peu étendu , qui se cicatrise facilement. La plupart du temps , après la guérison de ces affections cutanées, il reste sur les parties qui en étaient le siège , des taches d'abord brunes, puis cuivreuses, dont la durée varie beaucoup.

L'usage me faisait une loi de passer en revue celte im-

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inense série de maladies exanthémaliques, qu'on regarde généralement comme des symptômes de la syphilis. Mais sur quels indices le rapprochement établi entre elles et les affections vénériennes primitives est-il fondé? On doit avouer qu'il ne repose que sur des hypothèses, telles, par exemple , que la prétendue spécialité de la couleur cuivrée des éruptions , qui, non-seulement n'appartient pas à toutes celles qu'on range dans le domaine de la syphilis , mais encore se rencontre, h un degré plus ou moins sensible, dans un grand nombre de phlegmasies superficielles et chroniques des tégumens communs. Il n'existe rien, ni dans le mode d'altération de la peau , ni dans la couleur ou l'étendue de l'affection, ni dans son siège, qui permette de prononcer sur la cause d'où elle dépend. Les circonstances commémoratives et les symptômes concomilans aux parties génitales ne conduisent même qu'à des probabilités, et ne procurent aucune certitude, puisque, d'une part, l'exanthème peut avoir été provoqué par une autre irritation que par les maladies vénériennes locales qu'on remarque actuellement ou qu'on voyait naguères chez le sujet, et que, d'un autre côté, il ressemble quelquefois tellement à la gale, ou à certaines variétés de la teigne ou des dartres, qu'on ne saurait l'en distinguer.

En effet, les irritations des voies digeslives sont fréquemment suivies d'éruptions cutanées, qui varient à l'infini. Sans parler des taches scorbutiques, assez peu communes aujourd'hui , ni des pétéchies qui se manifestent sur la fin des gastro-entérites violentes, personne n'ignore que certains alimens , les liqueurs fermentées , les boissons chaudes, les vers intestinaux, la constipation opiniâtre, déterminent, souvent avec une promptitude extraoï'di-

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naire, des cliangemens dans la couleur et la texture de la peau. Il n'est pas rare non plus , chez les enlans , que , durant les premiers mois qui suivent la naissance, ou h Tcpoque do la première dentition, on voie se développer au visage, et même sur le tronc, de petites pustules accompagnées d'une vive démangeaison , qui s'ulcèrent h force d'être grattées par les malades, et laissent suinter un fluide muqueux dont la dessiccation produit des croûtes blanches , jaunes ou verdàlres, qu'on appelle croûtes de lait. De même les irritations passagères de l'appareil digestif qui occasionnent un léger mouvement de fièvre, font naître, en général, sur les lèvres, des pustules douloureuses et croûteuscs, h la fin de l'accès. On observe également des taches semblables aux éphélides dites syphilitiques dans certains cas de plilegmasie chronique du foie, et l'action irritante du mercure provoque fréquemment aussi des éruptions cutanées dont la description trouvera place ailleurs. Cependant il s'en faut de beaucoup que les exanthèmes dépendent toujours d'une irrita li(ïn des voies alimentaires. Ils peuvent encore scic-' céder h la surexcitation des antres appareils organiques, ij celle du système nerveux, par exemple, dans les passions vives et l'hypocondrie ; h celle du système fibreux dans le rhumatisme; mais surtout à celle des organes génitaux. Ainsi, l'habitude de la masturbation fait naître, principalement au visage, des pustules rouges, parfois très-grosses et suppurantes (i), semblables h celles qu'on

(i) Cclto obsoi-vatiou a été faile tiaus lous les temps, mais les mé- «Iccins du moyen âge surloul y atlacliaient une grande importance, parce qu'elle servait d'appui à l'une de leurs lliéories. Communiter coiiiD» miilfiplicoule.i, /[vlidi ant acdhiosi apparent, dit Conrad SchcUig.

DES MALADIES VÉNÈRIENItES. 9O7

observe, chez les adolescens, aux approches de la puberté, et, chez les jeunes filles, à l'époque do la première menstruation, lorsque cette importante fonction s'établit avec difficulté et d'une manière orageuse. On voit, de ttjême, dans certains cas de suppression des règles, à chaque époque où elles devraient couler, le corps se couvrir de boutons pustuleux, qui suppurent, puis se dessèchent. Enfin les femmes parvenues au dernier terme de la grossesse, ou celles qui viennent d'accoucher, surtout quand elles sont pauvres et mal logées, qu'elles habitent dans un pays marécageux, qu'elles ont été soumises h un régime échauflant pendant leurs couches, sont sujettes à des pustules, improprement app{3lécs laiteuses, qui leur causent un prurit fort incommode, et dont la surface e:\hale une humeur séreuse qui se dessèche, fait croûte, et tombe par écailles. La connexion qui existe entre la peau et l'appareil génital , se prononce quelquefois bien davantage encore dans l'état pathologique. Ainsi, M. Alibert a vu une jeune fille chez laquelle des démangeaisons du cuir chevelu, occasionnées par la teigne, ne se calmaient que pour faire éprouver à la malade un violent prurit dans les parties génitales, où se manifestait alors une éruption de boutons rougeàtres.

Les affeclions exanthématiques qui ne tiennent pas h. l'action directe d'un irritant quelconque sur la peau, peuvent donc dépendre d'un si grand nombre d'irritations intérieures, qu'il est toujours très-difficile d'en reconnaître la source. Dans le plus grand nombre des cas , elles sont la suite d'une exaltation de l'activité vitale des organes digestifs. Cependant elles se rattachent quelquefois d'une manière, sinon évidenl/î , du moins probable.

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aux irritations des organes génitaux. On a coutume de conjecturer qu'elles sont syphilitiques, quand elles ont paru h la suite d'accidens vénériens primitifs, qu'elles se sont montrées après que d'autres symptômes réputés véroliqucs ont éclaté ou fait de grands progrès , ou même seulement lorsqu'elles sont survenues après que le malade s'est exposé au danger de l'infection, et quand ses parons ont élé atteints de quelqu'une de ces maladies. Il est facile de concevoir combien, en pareil cas, l'éliologie présente d'incertitude , et les doutes se multiplient encore si l'on réfléchit que la plupart des méthodes de traitement usitées contre les maladies vénériennes , consistent principalement dans l'emploi de substances qui exercent une action stimulante très-vive sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. On ne peut donc être fondé à admettre un rapport de causalité immédiate entre un exanthème et un symptôme vénérien primitif, que quand l'examen attentif du malade ne permet pas de soupçonner l'influence d'une autre irritation intérieure, ce qui mène à conclure que ce cas doit être infiniment rare (i).

(i) M. Vaidy, qui a guéri des dartres réputées vénérienaes par un traitement parement local, fait à ce sujet, des réflexions que je crois utile de rapporter ici : « Y a-t-il des dartres vénériennes ? Si nous accordons une foi implicite aux assertions d'un grand nombre d auteurs, nous devons regarder la question comme résolue par l'affirmative ; mais si nous voulons voir la chose avec des yeux non prévenus, nous serons conduits à douter de l'existeuce des dartres vénériennes, ou plutôt à ne pas concevoir la transformation de la sj'philis en darti'cs. La coexistence ou la succession de la syphilis et de la dartre chez le même individu, n'annonce pas plus la procréation d une maladie l'une par l'autre, que la coexistence ou la succession d une plaie et d'une dartre. Or, dans cette dernière complication, les

DES MALADIES vi^ÉRIENJîES. SOf)

Indcpendammcnt des ulcères cutanés qui succèdent quelquefois aux pustules, on en rencontre encore, mais plus rarement, d'auires dont le développement n'est annoncé que par un léger prurit et par une altération h peine sensible dans la couleur de la peau. Une fois qu'ils sont établis, tous ces ulcères se comportent absolument de la mémo manière que les primitifs, et présentent la mêmes nuances, les mêmes modifications, les mêmes variétés. S'il est déjà bien dilTicile de constater l'origiriC vénérienne de ces derniers, l'embarras angmento encore quand il s'agit d'ulcérations secondaires, et l'on retomba à leur égard dans les incertitudes que font naître les pustules, puisqu'ils n'ont pas plus que ces dernières de caractères univoques et constans , qu'ils dépendent dos mêmes causes, et qu'ils ne sont, comme elles, que des terminaisons de l'inflammation du derme. Quel parti

sectateurs les plus fervcns des tlu'ones des vices n'ont j;imais reconnu cette sorte d'alliage qu'ils croient découvrir dans ce qu ils nomment la dartre vénérienne, et cependant lidentité des deux cas me parait évidente. Dans l'un, comme dans l'autre, l'affection primitive, soit la plaie, soit léruption syphllilique, n'a fait qu'exciter le développement de la dartre chez un sujet déjà prédisposé à cette maladie ; et de même qu'on voit souvent une dartre détenninée par une plaie subsister après que cette plaie a été cicatrisée, de même aussi voit-on la dartre occasionnée par l'irritation que l'éniplion syphilitique a produite dans la peau, durer après la guérison radicale de la syphilis. 11 y a toujours, dans les deux cas, doux affections à traiter, et s'obstiner à combattre une dartre succédant à une maladie vénérienne par les seuls remèdes indiqués contre la syphilis, n'est pas plus rationnel que de chercher à guérir par un bandage unissant celle qui reconnaîtrait une plaie pour cause déterminante. » M. Vaidy termine en disant qu'on ne peut pas admettre davantage la dégénérescence psorique de la syphilis.

pourrait-on tirer, en effet, de la règle, au moins bizarre, tracée par Swediaur, qui, après avoir dit que ces ulcères sont rares aux jambes, ajoute que. si, dans les régions du corps situées au-dessus des genoux, on en rencontre qui soient rebelles aux remèdes locaux, qui guérissent difficilement, et dont la nature paraisse douteuse, on ne se trompera guère en soupçonnant qu'ils dépendent d'un principe vérolique caché ? D'abord ce caractère de rébellion ne se développe, ici comme dans tant d'autres cas, que quand on a recours h des applications irritantes ou à un traitement stimulant interne,et il disparaîtaussitôt que, changeant de méthode, on met en usage les adoucissans, les antiphlogistiques, tant h l'extérieur qu'h l'intérieur. En second lieu, la physiologie a pénétré aujourd'hui trop avant dans la médecine, pour qu'on se contente d'indices aussi vagues et de doctrines qui réduisent l'économie animale h un rôle presque passif, en attribuant à des causes extérieures des effets qui dépendent visiblement du jeu même de l'organisme.

Divers auteurs ont prétendu que les ulcères consécutifs, tant ceux de la peau que ceux des membranes muqueuses, ne s'accompagnaient jamais de bubons. L'expérience s'élève contre une pareille assertion. A la vérité, les bubons sont plus rares dans ce cas que quand il existe des ulcérations primitives; mais cette différence tient probablement à ce qu'en général l'irritation ulcérative qu'on appelle secondaire est moins vive et se présente sous le mo de chronique.

On a répété aussi, d'après Hunter, que le fluide exhalé par ces ulcères ne jouit pas de propriétés contagieuses. C'est encore une erreur, car l'ichor qui découle des ulcé-

DES MALADIES VÈNiniENNES. 211

rations cutanées, dans certaines circonstances, irrite et enflamme manifestement la peau des personnes saines, quand on l'y dépose. La maladie n a pas besoin pour cela d'avoir une origine vénérienne, comme l'attestent les phénomènes de l'épidémie du quinzième siècle, du mal de Sclierlievo, du mal delà baie de Saint-Paul, etc., sur lesquels je reviendrai dans le livre suivant. IMais il n'est pas vrai que l'inoculation du pus provenant d'une vérole constitutionnelle, fasse toujours ressentir sa présence dans l'organisme entier, et je ne sais trop sur quel fondement M. Gabillot appuie cette assertion, h moins qu'il ne considère la formation d'un bubon comme un signe d'infection générale, car, dans les trois dernières expériences qui ont été tentées sur l'inoculation du pus vénérien, et dont on a fait tant de bruit, les résultais se bornèrent h des gonflemens glandulaires, qui, dans deux cas, cédèrent à un simple traitement antiphlogistique.

Parmi ces ulcères, ceux qui surviennent à la paume des mains, à la plante des pieds, et au pourtour des orteils ou des doigts, ont été, comme ceux de la marge de l'anus, désignés sous le nom de rhagades. Tantôt ces rhagades succèdent à des pustules squameuses, tantôt, ce qui est moins commun, elles sont précédées d'une éruption purpurescente , qui soulève , détache et fait tomber l'épiderme. Quelque temps après la desquamation, il se forme, dans le derme, des crevasses dont la profondeur varie beaucoup, et dont la direction correspond à celle des plis produits par la flexion des parties. Ces crevasses sont généralement sèches; mais, dans certains cas, elles exhalent un suintement médiocre, que l'action de l'air convertit ei^ lames furfuracées, ou même un écoulement sanieux, or-

ylî TRAITÉ

dinaircnicnl Irès-félidc, qui hunioclc la snrAice cl les environs. Elles peuvent aussi s'enflammer et devenir douloureuses, suppurer, se couvrir de végétations fongueuses et saignantes, ou prendre le caractère phagédénique , creuser profondément dans les parties molles, et pénétrer même jusqu'aux os, qui se trouvent bientôt frappés de carie. C'est encore sans le moindre motif rationnel qu'on a supposé une liaison immédiate entre ces rhagades et les accidens vénériens primitifs. On ne les rencontre que dans les basses classes de la société, et elles sont l'cllet de la malpropreté, comme les suites fâcheuses qu'elles entraînent quelquefois sont celui de la négligence et de l'incurie.

D'outrés ulcères encore ont un siode particulier de formation; ils succèdent h de véritables furoncles chroniques. Une tumeur, désignée sous le nom de gomme, se manifeste au-dessous des tégumens, le plus souvent aux jambes, rarement aux bras ou sur le tronc, et quelquefois h la tête, en parlictdier au cuir chevelu. Cette tumeur, d'abord indolente, ou h peu pr^s, est molle, quoiqu'elle ne conserve pas l'impression du doigt; mais bicn.tôt elle devient douloureuse ; le tissu cellulaire qui la sépare de la peau et celte dernière elle-même se confondent avec elle; les tégumens rougissent, prennent une teinte violacée, puis brune, et enfin s'ulcèrent. L'ulcération fait des progrès avec plus ou moins de rapidité, surtout quand, ce qui arrive parfois, une portion do la peau amincie se trouve frappée de gangrène. Dans tous les cas, dès qu'elle est établie, on aperçoit une masse blanche, plus ou moins considérable, de tissu cellulaire mortifié, qui s'isole peuà-peu, et q«î, se détachant toul-h-fait avec le temps, lais-

DES MALADIES vilfÈRIEXNES. 2l3

se à découvert un ulcère profond et inégal, que borde une peau mince, frangée et flottante. Ces tégumens se détruisent peu-à-peu, par les progrès du travail ulcératif, et font place enfin h des bords réunissant des conditions plus favorables h la cicatrisation , dont le travail commence effectivement à s'opérer. Des bourgeons celluleux consistans succèdent aux chairs fongueuses et blafardes qui occupaient le fond de l'ulcère, et, au bout de six semaines ou deux mois, la cicatrice est achevée, mais molle, brune, déprimée et facile à détruire. Chez certains sujets, on voit ces furoncles chroniques se succéder, sans même aucune interruption, pendant des années entières, et labourer successivement toute la surface du corps. Ils s'établissent parfois si près les uns des autres qu'ils se confondent ensemble, et que, comme les nouveaux entretiennent les anciens, par le renouvellement de l'inflammation, le travail de la cicatrisation ne se fait ni dans les uns ni dans les autres, de sorte que, par leur réunion , ils peuvent donner lieu à un ulcère très-étendu, dont la surface est inégale, le contour fort irrégulier,^ et la duréa presque indéfinie. M. Delpech, à qui j'emprunte la description de ces ulcérations, en a vu qui avaient jusqu'à vingt -deux pouces de circonférence; elles étaient placées sur les épaules, les lombes et les fesses, et subsistaient depuis plusieurs années. Quand la tumeur naît au voisinage d'un os très-rapproché de la surface du corps, \vs parties molles qui recouvrent ce dernier, et le périoste lui-même, sont le siège de l'engorgement, que l'on peut alors confondre avec une périoslose. A la chute du bourbillon, l'os se trouve dénudé; mais, à moins que son propre tissu ne soit en même temps altéré, il éprouve rarcment une exfoliation sensible.

2l4 TRAIt/c

A quels signes reconnaît-on que ces furoncles chroniques se rattachent h une maladie vénérienne plus ou moins ancienne? Aucun auteur ne le dit. Le doute sera donc toujours permis tant qu'on nous laissera dans cette incertitude, d'autant plus qu'on sait combien les furoncles sont communs dans le cours des irritations chroniques de la membrane muqueuse gastro-intestinale , et à quel point ils se montrent parfois opiniâtres et sujets à récidiver.

Bell range au nombre des résultats consécutifs des maladies vénériennes une altération de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent d'où proviennent des nodosités et des tubercules. Cette affection, dit-il, se manifeste, en général, tout d'un coup sur diverses parties; quelquefois néanmoins elle demeure bornée h l'une des extrémités ou au scrotum. La peau conserve sa couleur naturelle, mais devient ferme et s'épaissit beaucoup. Le malade éprouve d'abord peu de gêne, et il ressent même rarement de grandes douleurs, tant que l'altération cutanée n'est pas parvenue à un degré considérable. Mais, quand la partie se gonfle outre mesure , ce qui arrive parfois, il en résulte des tourmens extrêmes. Le membre ou le scrotum devient d'abord d'un volume énorme, et il crève ensuite, à mesure que le gonflement augmente. De là des ulcères qui rendent une matière ténue et acre, sont toujours sordides, et guérissent rarement. Bell ne dit pas ce qui l'a déterminé à faire dépendre de la syphilis cette afieclion, qu'il n'a observée que sur des sujets venant des pays chauds, et qui a beaucoup de rapport avec l'éléphanliasis.

Valopécie, la pdacle, ou la chute spontanée des poils.

DES MALADIES VÉNÉRIB^KES. 2l5

a été mise au nombre des accidens vénériens conscculifs. Ce symplôme, autrefois très-commun, est si rare aujourd'hui, qu'à peine rencontre-t-on un malade sur mille; qui en soit 'atteint. De cette seule circonstance on pourrait déjà conclure qu'il dépend moins de la maladie que des méthodes de traitement. En effet, les cheveux ne commencent guère à tomber que chez les sujets qui ont pris une grande quantité de mercure , et qui sont épuisés par une irritation chronique fixée depuis long-temps sur un des principaux viscères, absolument comme on le voit ù la suite de toutes les maladies graves, dans toutes les convalescences longues et pénibles. C'est ce qui explique pourquoi l'alopécie était fréquente lorsque les médecins traitaient les maladies vénériennes par la salivation.

Les affections des ongles, ou Vonglade, sont à peu près dans le même cas. Le tour de la racine de ces lames cornées, et le tissu situé sous leur extrémité, deviennent douloureux, soit sans cause apparente, soit à l'occasion de quelque légère lésion extérieure; les parties douloureuses se tuméfient et se colorent en rouge brun. L'ulcération s'établit d'abord à l'extérieur, autour d(; la base de l'ongle. Elle présente ordinairement une surface fongueuse, humide, brunâtre, que le moindre contact rend saignante, et qui laisse suinter un ichor fétide. L'ongle lui-même se détache peu à peu, du sommet à la base, et l'ulcération s'empare aussitôt des surfaces qu'il laisse à découvert. Si la suppuration est médiocre , il conserve une certaine consistance, ou n'est que peu ramolli, d'un blanc pâle , légèrement boursouflé, et renversé en dehors; si, au contraire, le pus coule en grande quantité, il se ramollit davantage, se décompose d'une manière insensible, et se

aif) TBAITÉ

réduit à quelques résidus cornés, sans consistance, qui se déjettent en dehors. Dans cet état des choses, l'extrémité du d()ip;t ou de l'orteil est tuméfiée et de couleur violette. Le malade ressent presque toujours des douleurs vives, et quelquefois la phalangette se trouve frappée de nécrose. Dans d'autres circonstances, hicn plus rares, c'est sur le tissu même de l'ongle que porte l'altération, de sorte que celui-ci devient âpre et rahoteux, par le soulèvement et le fendillement de ses lames. Rien n'annonce qu'on doive piettre sur le compte des maux vénériens ces accidens, qui étaient jadis Irès-commims chez les lépreux, et qu'on rencontre encore aujourd'hui, de temps en temps, dan& le ççorhut et la plique polonaise.

DES MALADIES V^NiBIEXNES. 2 l 7

ARTICLE IV

DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES QUI ONT LEUR SIÈGE DANS LE SYSTEME FIBREUX.

J'ai parlé, dans la première section, des douleurs erratiques qui se font souvent sentir, dans les articulations ou dans la continuité des membres, chez beaucoup de malades atteints d'une inflammation de la membrane muqueuse génito-urinaire, quelquefois avant l'apparition de la phlcgmasie, plus fréquemment pendant son période d'accroissement. On s'accorde k dire que ces douleurs ont leur siège dans les aponévroses, les gaines des muscles, les ligamens, en un mot dans le tissu fibreux, entre les diverses parties duquel et les organes génitaux il existe des connexions intimes, que démontrent d'une manière évidente, dans l'état sain, le sentiment particulier de lassitude qui succède à l'acte vénérien, et, dans l'état pathologique, les arthrites féinoro-tibiale, coxo-fémorale et huméro-cubitale , qu'il n'est pas rare de voir survenir, chez les femmes surtout, après la suppression subite d'une gonorrhée. Mais on ne les considère pas, non plus que les phlegmasies articulaires, comme des symptômes de vérole, et l'on se contente de les appeler sympathiques ou métastatiques , selon que l'écoulement continue ou s'arrête.

Il n'en est pas de même d'autres douleurs qui éclatent parfois, soit pendant le cours des accidens vénériens primitifs, soit plus ou moins long-temps après leur disparition. Celles-là passent pour indubitablement syphilitiques. Elles peuvent être aiguës ou chroniques, fixes ou vagues.

2l8 TRAITÉ

continues ou intermittentes, superficielles ou profondes. Dans ce dernier cas, on leur donne l'épithète d'ostéocopes, parce qu'elles semblent avoir leur siège dans les os, et qu'elles produisent une sensation analogue à celle que le malade éprouverait si on lui brisait les membres. Ce caractère leur a été assigné pour la première fois par Montetesauro, qui les connaissait d'après sa propre expérience, et qui cependant les place, non dans les articulations, comme avaient fait tous ses prédécesseurs, mais dans les enveloppes des muscles et les tendons. Elles affectent de préférence le crâne, les omoplates, le corps du tibia, celui du radius et du cubitus, plus rarement celui du fémur et de l'humérus. On les observe quelquefois aussi, mais beaucoup plus rarement, sur le sternum, aux tubérosités de l'humérus et à l'olécrane, c'est-h-dire qu'elles envahissent surtout, non pas, comme on l'a dit, lès os les plus compactes, ou les points d'un os dans lesquels cette propriété est le plus prononcée, mais, ainsi que le fait observer M. Wedemeyer, les régions où le système fibreux est le plus abondant. Souvent elles deviennent intolérables, et, privant le malade de tout repos, le font tomber dans un amaigrissement rapide. Quand elles sont étendues et erratiques, celui-ci les compare ordinairement h une courbature générale.

C'est en vain que l'on a cherché des caractères qui puissent servir à faire distinguer ces douleurs de celles du rhumatisme. On a dit que leur fixité servait à les faire reconnaître; mais fréquemment elles ne sont pas moins erratiques que celles du rhumatisme, et quand elles sont fixes elles annoncent presque toujours une lésion du périoste, ou du tissu osseux lui-même, qui ne tarde guère

DES MALADIES Vli>ÉRlE>>ES. 219

h se prononcer d'une manière plus évidente. On a prétendu aussi qu'elles laissaient le malade tranquille pendant le jour, à tel point qu'il ne lui en restait souvent qu'un vague souvenir, mais que, quand le soir arrivait, elles commençaient h. se réveiller, prenaient de l'accroissement jusque vers le milieu de la nuit , restaient h leur plus haut période une heure ou deux, quelquefois davantage, étaient alors pongitives, brûlantes, déchirantes, diminuaient dès que l'aurore paraissait,et se dissipaient aux premiers rayons du soleil. Mais ces exacerbations nocturnes ne sont point constantes. Elles ne constituent pas non plus un signe pathognomonique, puisqu'on les remarque souvent aussi dans les douleurs rhumatismales , comme l'a très-bien dit Svvediaur, et qu'en général toutes les douleurs, de quelque cause qu'elles dépendent, tourmentent plus vivement les malades la nuit que le jour. Ici donc, comme dans une multitude d'autres cas, on ne peut tirer aucun indice du caractère de la maladie , pour établir l'étiologie, et il faut recourir aux circonstances commémoratives.

Mais si la liaison de ces douteurs avec une irritation vénérienne peut être révoquée en doute lorsqu'on les voit alterner, soit avec des écoulemens par l'urètre ou le vagin, soit avec des ulcérations des parties génitales, comme il arrive quelquefois, il n'en est plus ainsi quand elles se manifestent plusieurs années après la guérison des maladies vénériennes primitives, car alors ou est bien plus en droit de les attribuer à quelque irritation viscérale, qui en est fréquemment la source, ainsi que le scorbut et la colique de plomb nous en fournissent une preuve frappante, comme on le remarque également pendant les accès de

fièvre causés par une affecUon catarrhale légère, et elles peuvent aussi dépendre des moyens mêmes par lesquels on a cherché à les combattre, puisque, pour me servir des expressions de M. Culicrier, dans bien des cas elles ne deviennent excessives qu'à la suite de traitemens mal dirigés, c'est-à-dire de l'administration d'une trop grande quantité de mercure. Enfin, même lorsqu'elles se manifestent peu de temps après l'apparition d'ulcères vénériens, et quand ceux-ci subsistent encore, il n'est pas toujours certain qu'il y ait corrélation entre eux et elles; car, ainsi que le fait remarquer Bell, on découvre cons tamment alors quelque cause évidente à laquelle on peut les attribuer avec plus de fondement, et Ton a remarqué que ce phénomène i> 'arrivait jamais qu'aux malades qui avaient été exposés h l'induence du froid et de l'humidité, tels que les soldats et certains artisans. Il est de fait aussi qu'on rencontre bien plus souvent ces douleurs chez les hommes que chez les femmes, au contraire de ce qui a lieu pour celles qui précèdent ou accompagnent la gonorrhée.

D'ailleurs on a réuni ensemble les douleurs causées pur l'irritation des aponévroses, des ligamens, du périoste, de la substance des os, et peut-être même aussi de la ' membrane médullaire. Cette confusion, dont l'anatomie pathologique pourra seule nous faire sortir, lient à ce que la plupart des auteurs insistent très-peu sur la description des maladies vénériennes, qu'ils semblent supposer connues du lecteur, et se hâtent de passer ù l'exposition du traitement que la routine a consacré.

On désigne sous le nom de pdriostoscSj des tumeurs douloureuses et circonscrites, qui sont dues àriullamnia-

DES MALADIES Vl5NiRIENNES. 221

lion du périoste, et dont la consistance est quelquefois telle, qu'elles peuvent faire croire à l'existence d'une véritable exostose. M. Delpcch a reconnu que, dans ce cas, une fausse membrane se développe entre le périoste enflammé et l'os, que cette membrane est d'abord molle et comme fluctuante, quand elle a beaucoup d'épaisseur; que si, trompé par les apparences, on ouvre alors la tumeur, on détermine la mortification de la fausse membrane, du périoste et de l'os sous-jacent, de sorte qu'une exibliation devient inévitable; mais que, si on s'abstient de toute opération, la tumeur devient, au bout d'un certain temps, moins douloureuse, décroît ensuite, puis s'efface, laissant quelques inégalités et une légère dépression à l'os. On trouve alors le périoste rattaché immédiatement à ce dernier, la fausse membrane détruite, et l'os lui-même légèrement et inégalement résorbé, à sa surface, dans le point correspondant.

Cette affection, sur laquelle ]e n'insisterai pas davantage, se rattache-t-elle réellement aux maladies vénériennes primitives? On ne le pense que parce qu'elle existe souvent avec des pustules de diverses espèces, des ulcères rongeans à la peau, des exostoses, des engorgemens variés. Mais tous ces accidens eux-mêmes peuvent dépendre do mille causes autres que la maladie vénérienne, contractée huit ou dix an» auparavant, dont on veut les faire dépondre.

2 22 TnAITK

ARTICLE V

DES MALADIES V^NliRIENNES SECONDAIRES QUI OM LEUR SIÈGE DANS LE STSXliME OSSEUX.

Les exostoses, la carie et la nécrose, le ramollissement des os et leur cburnation, ont été rangés parmi les symptômes vénériens consécutifs.

Pendant long-temps les exostoses ont été attribuées h une véritable inflammation du tissu osseux. Cette théorie peut être exacte dans quelques cas; mais l'anatomie pathologique a démontré qu'elle n'est applicable qu'à un très-petit nombre, et que le travail morbide d'où résidte l'excroissance, dépend presque toujours d'une affection préalable du périoste. Si linflammation de cette membrane se prolonge, l'exsudation qui s'était faite à la surface de l'os, au lieu d'être absorbée, prend tous les caractères de cartilages d'ossification , dans l'intérieur desquels le phosphate calcaire se dépose, sous la forme, tantôt de lames, tantôt d'aiguilles entrecroisées, jusqu'à ce qu'enfin, la masse 'entière étant solidifiée, sa surface se recouvre d'une couche de substance compacte, et sa base communique avec l'os normal , de manière à faire corps avec lui. Une exostose n'est donc généralement qu'un os nouveau, surajouté à l'ancien, et qui se forme par le même mécanisme que lui ; ce nouvel os peut d'ailleurs, comme toutes les productions anormales, être arrêté ou modifié dans son développement, et il présente dans sa texture des nuances diverses, relatives au plus ou moins d'abondance et à la disposition des dépôts calcaires, qui font qu'il a tantôt l'apparence et la dureté de l'ivoire, tantôt l'aspect réti-

culé des extrémités des os longs, tantôt enfin celui d'une masse cartilagineuse parsemée de lamelles ou de pointes osseuses. La même chose a lieu si des phénomènes semblables se passent vers la membrane médullaire , mais alors l'exostose se dessine à la face interne de l'os. Du reste, ces tumeurs s'annoncent ordinairement par une douleur locale et profonde, plus ou moins vire, et marchent avec rapidité, ou ne font que des progrès lents et presque insensibles. Elles sont dures, adhérentes à l'organe qui leur sert de base, incompressibles et immobiles. Mais on ne parvient à constater leur présence que quand elles sont accessibles au doigt, car aucun signe ne saurait indiquer avec certitude l'existence de celles qui se sont développées à la face interne ou dans l'intérieur même d'un os. Chez la plupart des sujets, elles demeurent stationnaires après avoir acquis un certain volume, et n'éprouvent plus d'autre changement que celui qui se passe dans leur tissu même, pour les assimiler plus ou moins parfaitement à l'os qui les supporte. Mais, quelquefois, l'irritation qu'elles causent dans les parties voisines, fait que celles-ci s'enflamment et se gangrènent, de sorte que la tumeur, mise à nu, est frappée elle-même de nécrose et tombe. Cette terminaison heureuse est fort rare; plus fréquemment le tissu anormal sécrète du pus , dont les foyers se rapprochent peu à peu de la surface du corps, et percent enfin les tégumens; on aperçoit alors l'os nouveau, et même, dans quelque cas, l'os ancien, frappés de nécrose ou de carie plus ou moins étendue.

Une violence extérieure, exercée sur les os à travers les parties molles, est la cause la plus ordinaire des exostoses. Mais souvent elles surviennent sans qu'on puisse

dire comment. On les déclare syphllîllquos lorsqu'elles ont été précédées ou accompagnées de symptômes vénériens, qu'elles excitent des douleurs profondes, qu'elles ne sont pas la suite d'un coup ou d'une chute, et qu'on n'a lieu de soupçonner l'existence ni du scorbut, ni dos scrofules, c'est -h-dire qu'on les attribue h la syphilis quand on ne trouve pas d'autre cause à leur assigner. M. Delpech fait remarquer qu'il n'est vraisemblablement pas besoin de l'influence spécifique de la syphilis pour produire de semblables organisations anormales, puisqu'on les observe dans des états bien différons, que la détermination et le maintien d'un état d'inflammation sufîiscnl pour leur donner naissance , et que l'influence de la syphilis, sous ce rapport, doit être réduite à celle d'un simple agent d'irritation; mais il ajoute qu'on peut reconnaître, en général, que l'exostose qui augmente tout à la fois la densité et le volume d'un os entier, comme on l'observe au crâne, et quelquefois au tibia ou au fémur, est déterminée par la vérole plus particulièrement que par toute autre cause. Il a oublié de dire comment, et à l'aide de <juels signes, on peut acquérir cette connaissance.

Le même écrivain ne croit pas à l'existence de la carie vénérienne. Il soutient que la syphilis peut seulement donner lieu à la nécrose, soit en détruisant les parties molles qui enveloppaient un os, et le privant de la circulation capillaire sans laquelle il ne peut continuer h \\\v{\ soit en y excitant une inflammation chronique qui accumule la matière solidifiante dans le point malade, et peut pousser la sursaturation jusqu'au point d'amener la mort ou la nécrose. Il ajoute enfin que la carie accompagne bien quelquefois la vérole, mais qu'elle est étrangère à

DES MALADIES VtM'RIE>'>"ES. g'iS

cette dernière, qu'elle ne s'y trouve unie que rortuiiemenf, et dans les conditions d'une simple complication.

Quant h moi, je ne pense pas que la carie et la nécrose dépendent jamais immédiatement d'aucime maladie vénéiienne primitive ou secondaire proprement dite, et il me semble qu'avant d'admettre sans preuve r.ne connexion immédiate entre ces diverses affections, il faudrait démontrer que la lésion du tissu osseux ne peut pas découler d'une autre cause interne, tandis qu'il en est tant qui sont capables do la provoquer, et parmi lesquelles se placent au premier ran^- les irritations viscérales chroniques. Mais je ne conçois pas non plus comment un partisan déclaré du système reçu au sujet de la syphilis constitutionnelle oeut rejeter la carie du nombre des accidens de cette dernière, tandis qu'il n'agit pas de même à l'égard de la nécrose, et qu'il reste au moins dans le doute par rapport à l'exostose. La nécrose et la carie, deux terminaisons de l'inflammation du tissu osseux, représentent parfaitement la gangrène et l'ulcération dans les parties molles. Une cause capable de produire l'une ne peut manquer d'être en état aussi d'engendrer l'autre.

Au reste, il paraît que c'est par habitude seulement qu'on compte encore les lésions du tissu osseux parmi les maladies \énériennes secondaires; car on convient qu'elles sont devenues rares depuis qu'on suit des méthodes thérapeutiques plus rationnelles. C'est dire, en d'autres termes que leur fréquence dépendait jadis du traitement, et autoriser à croire qu'aujourd'hui encore elles dérivent très-souvent de cette source. En effet ,^IM. Rose, Gu thrie et Thomson ne les ont jamais rencontrées chez les malades qui avaient été traités sans mercure, de manière qu'ils les considèrcn.

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comme un dos résultats de l'aclion de co mrlnl sur l'économie. Ce qu'il y a de bien certain, c'est, d'iui côté, que le mercure produit facilement de vastes nécroses, et de l'autre que toutes ces affections des os, notauunent la carie et la nécrose, ne s'observent que quand on abandonne les maladies vénériennes locales à elles-mêmes , et qu'on provoque d'autres maladies plus graves en s'attachantuniqucmenth combattre, danslcreste de l'économie, la prétendue cause matérielle à laquelle on les attribue. Cette opinion n'est pas nouvelle : on la trouve déjà dans Fallope , Fernel et Paulmier, qui font dépendre formellement les affections des os du nez et de; la voûte palatine du traitement mercuricl, et qui assurent qu'on ne les observe jamais quand on a recours h d'autres méthodes curatives. Hunter la professait également (i), et M. Cullerier peut être mis au nombre de ceux qui la partagent puisqu'il dit qu'au dix-septième siècle les bons effets du gayac, dont on eut tant à se louer d'abord, diminuèrent avec le nombre des malades soumis auparavant à un traitement mercuriel désordonné, pendant la durée duquel se manifestaient des douleurs affreuses et une foule de nécroses.

(i) Voici conunent s'exprime ce grand praticien : « Quelque8 maladies nouvelles proviennent du mercure seul. Les amygdales se tuméfient dans le cas où aucune maladie vénérienne n'a précédé. Le périoste et probablement les os aussi s'épaississent, et les parties qui les couvrent deviennent œdémateuses et douloureuses au toucher. Mais comme ces maladies se manifestent pendant le traitement mercuriel, on ne doit point les regarder comme vénériennes, mais bien comme une maladie nouvelle, quoiqu'on suppose un peu trop souvent qu'elles sont vénériennes, et que, d'après cette supposition, on insiste sur lusnge du mercure autant qu'il est possible. >>

DES MALADIES VENERIENNES. 227

ARTICLE VI

DES MALADIES VliNÉRIEKNES SECONDAIRES QUI ONT LEL'R SlicE DANS LE SYSTiiME SEREUX.

Il n'est pas douteux que les irrllalions vénériennes, lorsqu'elles se propagent au testicule, et qu'elles détermi • lient le gonflement chronique de cette glande, ne puissent attaquer aussi la luniqiu^ vaginale, et produire une hjdrocèlc. On voit quelquefois cet accident survenir dans le cours de l'urétrite chronique.

Une péritonite partielle peut aussi se manifester lorsque le corps de la vessie participe h la phlegmasie de la membrane muqueuse génito-urinaire; du moins un cas rapporté par Hunter, et dont il a été parlé précédemment, autorise-t-il à le penser.

On a vu des hydropisics articulaires, ou hydrarthroscs, compliquer des arthrites causées par la suppression subite d'une gonorrhée.

Les autres membranes séreuses sont-elles susceptibles de devenir le siège d'un étatphlegmasique à l'occasion dequelqu'une des maladies vénériennes primitives ou secondai • res? Si l'on en croit les auteurs, ce phénomène arrive assez souvent, car ils parlent de pleurésies, (Vhjdrolhorax, de frénésies, àliydrocéphalcs , à'asciles, causées par la syphilis.

On attribue aussi à la vérole le pouvoir de faire naître des anévrysmes, de provoquer des palpitations de cœur, de donner lieu au développement de végétations sur les valvides de ce viscère. Ce sont surfout Corvisart, M. Scar-

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pa ol M. Lnrrcy, ([iii ont émis celle opinion, à l'égard <lc 1ann(>lle M. lî(Tlin s'exprime de la inanièn* suivanle, dans son excellent traité des maladies du cœur : « Nous ne voulons pas nier l'influence d'une telle cause; mais, fondés sur mie pratique cl une observation de ving;t années ;» l'hôpital des vénériens , nous osons assurer qu'on s'en est beaucoup exajïéré la puissance. Nous avons ouvert plusieurs individus affectés de maladies vénériennes , sans trouver aucun vestige de végétations des valvides, et nous avons rencontré celte lésion sur des personnes qui n'avaient jamais été atteintes de syphilis, sur une jeune iille, en particulier, qui présentait tons les signes physiques de la virginité. « Tous les médecins sans préju2;és ne voient en elles aujourd'hui que le résultat d'une hypertrophie , déterminée par une phlegmasic ou <lu moins par une irritation lente et prolongée.

On peut en dire autant des végétations qui ont été rencontrées quelquefois à la surface du placenta, et que beaucoup d'auteurs encadrent également dans le vaste domaine de la syphilis.

En un mot, la plupart des maladies ont été réunies à la vérole, ce qui présentait d'autant plus de facilité, que, dans l'état actuel de nos mœurs, il est rare de rencontrer un homme qui n'ait point eu commerce avec des femmes suspectes. Quand d'ailleurs on est privé de cette ressoiu'ce étiolo-'^ique, il reste encore celle de rejeter la cause sur les parens ou les aïeux , argument digue , à la vérité, du loup de notre fabuliste.

DES MALADIES vi.^ÉElEHJtES. '2'2Cy

ARTICLE VIL

DES MALADIES VliNÉRIEXNES SECONDAIRES Ot'I ONT LELR SLÉGE DANS LE SYSTEME NERVEUX.

II n'est pas douteux que le système nerveux soit affcclo dans un grand nombre de maladies vénériennes, puisque c'est dans cet appareil seulement que naissent les sensations douloureuses occasionécs par la plupart d'entre elles. Ces modifications passagères de l'action cérébrale ne sont cependant pas celles que l'on a eues en vue lorsqu'on a attribué aux maux syphilitiques une influence morbifique sur l'encéphale et ses dépendances. On a supposé que le principe matériel de la vérole pouvait agir directement sur le système nerveux, et provoquer d<is accidens semblables à ceux que détermine l'impression de diverses autres causes.

Je ne citerai pas la surdité, V aphonie et la raucité de la yoix, qu'on a rangées dans cette catégorie, parce qu'il est évident qu'on a mal 5 propos considéré les résultats inévitables de l'état pathologique des membranes nmqucuses de l'oreille interne et de l'appai-eil vocal, comme les suites d'une lésion des nerfs qui se distribuent h ces organes. Mais je signalerai Vamaurose , Vapoplexic , la paralysie, et diverses aliénations mentales, telles que V hypocondrie, la mélancolie , la manie et la démence, qui ont été mises au nombre dos maladies vénériennes secon daires, soit parce qu'elles peuvent survenir chez les sujets atteints de symptômes vénériens primitifs, de même que chez tous les autres , soit parce qu'elles ont quelquefois cédé h un traitement mercuriel, deux circonstances éga^-

aÔo TR.VITi

Icmcnt insuflîsantcs pour aduicltrc une liaison nécessaire (le causalité; entre les lésions qu'on cherche ainsi à metlrc en rapport les unes avec les autres.

L'incertitude est telle, surtout h l'égard des amauroses syphiliti(pies , que, dans tous les cas de ce genre dont parlent Ks auteurs, on ne découvre aucun indice qui justilic le rapprochement élahli par eux d'une manière parement arbitraire. Il est surprenant d'ailleurs qu'aucune névralgie proprement dite n'ayant été incorporée dans le cadre de la syphilis, on ait établi une exception en faveur du nerf oplif juc et de la rétine.

La paralysie peut dépendre d'une exostose h la face interne du crâne; mais on n'est pas encore parvenu h démontrer que ces lésions du tissu osseux ou libveux soient jamais produites réellement par les maladies vénériennes.

Quant à l'apoplexie et à la manie, des faits authentiques démontrent qu'elles peuvent être provoquées par le traitement mcrcuriel.

Mais, autant il est douteux que la syphilis devienne jamais la source d'aliénations mentales, autant il est certain qu'elle fait naître, chez un grand nombre de malades, et surtout chez beaucoup de médecins, un travers d'esprit qui consiste en ce que ceux- ci croient voir une vérole patente, déguisée ou dégénérée, dans toutes les maladies obscures qui s'offrent à eux , tandis que les autres , dominés par la croyance populaire que les maux vénériens, quelque traitement qu'on leur ait opposé , laissent toujours après eux un reste de levain contagieux susceptible de reproduire des accidens nouveaux à une époque plus ou moins éloignée, s'effraient de la moindre incommodité qui leur survient, la considèrent comme une preuve d'in-

DES MAL.VDIIiS viMiRlli?(>'£S. idï

feclion , et passent ainsi leur vie dans des transes continuelles. Puissé-je avoir contriLué sinon à détruire, du moins à aflaiblir ces deux préjugés , qui font le malheur de tant d'hommes , qui portent le trouble et le désordre dans tant de familles !

Parmi les irritations secondaires qui peuvent être provoquées par celles des parties génitales, il en est une sur le siège de laquelle l'anatomic pathologique ne nous a encore appris rien de positif, mais qui s'accompagne toujours d'un grand trouble dans l'action du système nerveux. C'est Vépilepsie. Pison, Thierri de Héry, Scardona, MjM. CuUerier et Maisonneuve ont rapporté des exemples de celte maladie causée par la syphilis. Dans la plupart des cas, le succès du traitement mercuriel auquel on eut recours, fut le seul indice sur lequel on se fonda pour assigner à la maladie l'épilhètc de vénérienne. Mais, dans celui que j'ai décrit, d'après M. Lemercier, à la suite de l'histoire des bubons, ce furent les rapports mêmes des deux maladies, et non les effets toujours équivoques du mercure, qui décidèrent à regarder les attaques d'épilepsie comme une irritation cérébrale due à la suppression brusque et h la métastase d'une irritation lymphatique, qui devait naissance elle-même à une ulcération vénérienne.

CIIAPITllE II.

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