DES MALADIES VÉNÉRIENNES SECONDAIRES EN GÉNÉRAL
Plusieurs circonslancos générales méritent d'être exaniinccs relaliveinenl aux maladies vénériennes secondaires. Ou doit rechercher, en effet, si, parmi celles qui portent ce nom, il en est qui puissent le conserver, et, si quelques-unes «l'entre elles y ont réellement droit, quelle est l'époque à laquelle elles se manifestent, quel est l'ordre dans lequel <41es se succèdent les unes aux autres, enfin quelle est la connexion qui peut exister, soit enire chacune d'elles et les divers symptômes primitifs, soit entre elles, les unes par rapport aux autres.
Que les irritations morbides des organes génitaux s'accompagnent quelquefois de phénomènes pathologiques dans d'anlres régions du corps, on ne saurait en douter, d'abord parce que l'expérience est là qui l'atteste positivement, ensuite parce qu'il suffit de la seule excitation physiologique de ces organes pour développer des accidens semblables. Ainsi, fi'équemment les ulcéralions vénériennes se compliquent de bubons, et souvent aussi la gonorrhée coïncide avec des affections très-variées dans des parties voisines ou éloignées du corps. De même la masturbation et l'abus des plaisirs de l'amour fout naître des pustules sur diverses régions de la peau, notamment à la face. Le fait n'est pas moins avéré à l'égard des autres membranes umqueuses externes, en particulier de celles qui tapissent les extrémités supérieur,- «i
ni-s MALADIES vi>i':nir.>.M:s. 'j55
inrérieurc du canal aiîmentairc. L'existence de certaines afleclioîis qui coïncident avec les symptômes vénériens primitifs, ou qui leur succèdent, est donc incontestable.
Quelques auteurs ont prétendu qu'on n'observait jamais aucune de ces aftections h la suite de l'inflammation sinv ple des membranes muqueuses; c'était le sentiment de Bell. J'ai l'ail voir, en parlant des métastases de la phleginasic de la membrane génito - urinaire chez l'homme, que cette assertion était contraire h l'observation, puisqu'on voit quelquefois, comme l'ont observé entre autres i^îM. Frcteau, Berlin, GuUerier et Lévcillé, une multitude d'accidens variés se manifester à la suite de ces déplacemens subits. Bell l'a avancée, parce qu'il a vu ces accidens, dans le nombre desquels il ne comprend toutefois que les inflammations du testicule et du col de la vessie, s'exaspérer sous l'influence du mercure, et ne céder qu'aux saignées générales et locales. Enfin, elle n'a été émise que pour satisfaire aux exigences d'une li^l^oihèse suivant laquelle les ulcérations et la gonorrhée dépendraient de deux causes toîalement différentes.
Mais la plupart des écrivains du jour, car, parmi les anciens, on en compte, tels que Cockburne et Aslruc, qui ne pensaient pas ainsi, s'accordent à dire que les aiieclions vénériennes secondaires succèdent toujours, ou du, moins dans l'immense majorité des cas, aux ulcérations primitives des membranes muqueuses et du tissu cutané, uiusi qu'aux aflections du sysième lymphatique dont celles-ci sont fréquemment accompagnées. Cette assertion n'est pas mieux fondée que la précédente. L'expérience a démontré que les maladies vénériennes primitives , quelles (ju'elles soient, peuvent g;u'rir, chez beaucoup de
sujets, par un traitement purement local, ou même en rabsciicc (les secours do la nu^deciiic, sans être suivies de gymptômcs cousécutil's , et que tous ceux-ci, quelque forme qu'ils revêtent, sont aussi dans ce cas. Les anciens ne l'ignoraient pas, puisqu'ils ne parlent jamais d'aucun accident secondaire, si ce n'est quelquefois des huions, quoiqu'ils connussent parfaitement tous les maux vénériens primitifs. Les modernes eux-mêmes ont pu s'en convaincre un grand nombre de fois, malgré l'empressement avec lequel ils appliquent le mercure, quand les circonstances le leur permettent. Swediaur et Girtanner conviennent qu'un traitement local suffit pour guérir les chancres et les hubons, et ne recommandent des moyens généraux que par pure précaution, c'est-h-dire pour ne pas choquer les idées dominantes. Bru l'avait déjà constaté, comme le prouve un tableau qu'il donne de quatrevingt-un malades traités par de simples topiques mercuriels, et parmi lesquels il assure qu'il ne s'en trouva qu'un quart environ chez lesquels on vit reparaître les mêmes accldens, ou s'en développer de nouveaux. Mais c'est surtout aux chirurgiens militaires anglais que nous devons la connaissance de ce résultat important, si contraire aux opinions accréditées; car Hunter, sans prétendre d'ailleurs à une exactitude parfaite, avait posé en principe que, si l'on ne trouve pas une personne sur cent qui contracte la syphilis après la gonorrhée, il n'y en a pas une sur cent qui puisse y échapper après des chancres. Malheureusement il n'a point encore été établi assez de calculs pour qu'on puisse évaluer avec précision la fréquence relative des cas où il survient des accidens secondaires, et de ceux dans lesquels il ne s'en déclare pa».
DES MALADIES vixiRIENKES. 205
Cependant, même h cet égard, nous avons déjà quelques données approximatives. Ainsi, parmi tous les malades atteints d'ulcères, que M. Gulhrie a soignés, dans l'hôpital d'York, il ne s'en est trouvé que six chez lesquels parurent des ulcères dans la gorge et des éruptions cutanées, seuls symptômes consécutifs qui aient été observés par lui. Dans deux cent trente-neuf cas d'ulcères traités h Edimbourg par M. Thomson, il n'y en eut que dix-neuf dans lesquels on vit survenir des accidens après la guérison. A Dover, sur cinquante individus qui furent traités sans mercure, et qui purent être observés ensuite (i), M. M'Lead n'en a pas trouvé plus que M. Guthrie qui fussent atteints de symptômes secondaires. Sur cent trentequatre malades traités en France par MM. Murray, Evans et Brov\'n, dix seulement en ont présenté. Enfin, ce qui est plus décisif encore, MM. M'Grcgor et Franklin disent qu'on a observé quatre-vingt-seize fois des symptômes consécu-
(i) Cette circonstance est de la plus haute importance, et ce n'est pas sans dessein que je la rapporte, car MJI. llufeland, Cullcrier et autres ont insisté sur la nécessité d'obseiTcr longtemps les malades ainsi traités, et ils ont émis, sur la durée ou la solidité delà guérison, des doutes que M. Cabillaud a reproduits en disant que le traitement antiphlogistique, mettant fin à l'éréthisme, et altérant le principe Ténérieu sans le détruire, peut faire disparaître la maladie momentanément, mais que, si elle se cache ainsi pendant quelque temps, c'est pour se montrer sous une autre forme, et que ces espèces de cures anticipées de la vérole semblent en avoir imposé à quelques médecins, qui, exerçant dans les hôpitaux, perdent trop vite de vue leurs malades. Or, parmi les deux cent trente-neuf militaires soignés par M. Thomson, cent cinquante-deux, qui purent être obsenés , chaque semaine , pendant l'espace de trois à six ans, continuèrent à se bien porter.
tifs sur dix-neuf cent quariintc vénériens traités san* nicrcure, et cinquante et une sur deux mille huit cent vingt-sepl lrail«''s par ce métal, d'où l'on déduit la proportion d'iui h vingt dans le premier cas, et d'un h cinquante-cinq dans le second, évaluation bien plus favorable que celles de Bru et de M. Piose, qui ont admis, le premier, la proportion d'un quart, et l'autre celle d'un tiers. Quoi qu'il en soit de toutes les incertitudes qui régnent encore h cet égard, et que le temps seul pourra faire disparaître, ce qui nous importe ici, c'est qu'il est bien certain que les cas dans lesquels des accidens secon- «laires se développent à la suite des maladies vénériennes primitives, sont infiniment moins nombreux que ceux dans lesquels il n'en survient point.
On a prétendu, il est vrai, que ces derniers cas ne devaient pas être considérés comme vénériens, et que l'affection primitive, bien que siégeant aux parties génitales, bien que contractée par le coït, n'était point de nature syphilitique. Mais cette objection tombe d'elle-même, si l'on se rappelle que les idcércs vénériens n'ont pas do caractères univoques, que ceux qui leur ont été assignés par tous les écrivains, depuis Hunier, expriment seulement une des nuances sous lesquelles ils sont susceptibles de se présenter, enfin qu'il est plus qu'arbitraire de refuser la dénomination de vénérienne à une maladie qui se développe après la jouissance des plaisirs de l'amour, et h l'occasion de cette jouissance. D'ailleurs M. Hill nous apprend encore que, sur cinquante et un sujets qui étaient atteints de chancres primitifs revêtus des caractères assignés par Hunter à ce qu'il appelait les vraies ulcérations vé/iériennes, et auxquels on n'adunuislra pas de mercure.
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quatre seulement lurent atteints de symptômes consécnlifs, savoir, un de mal de i;org<^, un d'éruption cutanée, et deuv d'éruptions cutanées avec mal de gorge.
Quant h ce qui concerne l'époque à laquelle les accidens secondaires se déclarent, peu de questions ont été plus souvent et plus longuement débattues que cel!o-l;i. Cependant il n'en est guère de plus obscures , parce qu'au lieu de prendre les faits poiu' point de départ , chacun s'est laissé entraîner par ses opinions particulières. Lorsqu'une aflection se déclare pendant la durée actuelle , ou immédiatement après la guérison , ou à la suite de la disparition brusque d'un symptôme primitif, il est permis de croire que l'irritation qui avait provoqué ce dernier, a pu contribuer à la faire naître, soit par l'effet seulement de la sympathie qui règne entre les diverses parties du corps, notamment entre celles dont la structure est analogue, soit par l'influence combinée de cette sympathie et de l'action d'une autre cause irritante, ou d'une prédisposition, sur l'orijane aue le nouveau mal envahit. Ainsi, un chancre se cicatrise; mais le lieu qu'il occupait demeure le siège d'une irritation qui ne s'étend pas jusqu'au degré phlegmasique , et ne fait qu'exalter les actes nutritifs; de là proviennent des végétations et des excroissances. De même, la suppression brusque d'une gonorrhée ou d'un chancre peut déterminer la sur dilé, le bourdonnement d'oreilles, des ulcères dans l'arrière-gorge, des attaques d'épilepsic , lorsqu'il y a dans la membrane muqueuse de l'oreille interne , dans celle de la cavité orale, dans l'araclmoïdc , une certaine prédisposition à s'irriter, à s'enflammer, sous l'empire de la plus légère cause occasionnelle. Mais peut- on également
admettre une liaison nécessaire et directe entre une affection locale des organes génitaux et une série de phénomènes palhologiques qui sont séparées l'une de l'autre par plusieurs années d'intervalle, ou même par plusieurs générations? Je reviendrai ailleurs sur celle importante question; mais je dois dire ici qu'aucun fait n'autorise ù admettre rien de semblable, et que le raisonnement s'y oppose, car il faudrait croire alors que la cause commune des deux maladies sommeille durant l'espace de temps qui les sépare, et l'on ne conçoit pas qu'une cause actuellement existante puisse rester dans un état de parfait repos, sans produire nécessairement les effets qui sont inlîérens à sa nature. Pour admettre un tel rapport h de si grands intervalles, il faudrait autant d'observations authentiques qu'on en a peu d'équivoques. Il faudrait en oulre supposer que, dans ce même laps de temps , l'organisme n'a été soumis ii aucune influence capable de troubler l'harmonie de ses actes , ce qui est inadmissible , quand on sait que la vie dépend de l'action des corps extérieurs sur les organes, et combien sont nombreuses les causes qui peuvent engendrer des maladies. Tout porte donc à croire qu'une affection quelconque ne peut être considérée comme la conséquence d'une irritation vénérienne primitive, si ce n'est quand elle éclate pendant la durée même de celte dernière, ou très-peu de temps après sa cessation. Il y a d'intéressantes recherches à faire pour savoir, au moins approximalivement, jusqu'où s'étend la portée de cette concaténation entre deux ou plusieurs maladies successives.
Dans la persuasion où l'on était que tous les phénomènes pathologiques, ou du moins la plupart de ceux qui
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surviennent à la suite d'une maladie vénérienne, dépendent de celte dernière, on a posé en principe qu'ils se montrent les uns après les autres , et qu'ils suivent une marche régulière et constante dans leur succession. Hunter prétend qu'ils paraissent d'abord dans les parties extérieures du corps, comme la peau, le nez, les amygdales, et qu'ils se montrent ensuite dans les organes plus profonds, tels que les aponévroses, le périoste, les tendons, ce q>ii constitue, à ses yeux , deux degrés bien distincts de la vérole, reproduits, à très-peu de chose près, dans ces derniers temps, par quelques écrivains, au nombre desquels ou distingue surtout M. Delpech. D'autres admettent que ces symptômes éclatent successivement dans le système lymphatique, les membranes muqueuses, le tissu cutané, les organes fibreux, et le système osseux. Mais il n'y a rien de régulier à cet égard. L'ordre que l'on assigne se trouve fréquemment interverti de mille manières différentes, et tonles les combinaisons imaginables ont été observées. Ainsi, souvent le système lymphatique est épargné , même h la suite des ulcérations primitives , tandis qu'on voit survenir des maladies diverses dans des membranes muqueuses éloignées, notamment h la gorge, ou bien dans le tissu cutané, ou enfin dans le tissu fibreux. On a même cru remarquer que l'arrière-bouche était plus promptemcnt et plus généralement affectée , lorsqu'il ne survenait pas de bubons. Quelquefois aussi le tissu fibreux est attaqué le premier» D'ailleurs il est impossible qu'on observe, chez une même personne, tous les accidcns consécutifs attribués à la syphilis. «Ils sont, disait gravement Astruc, communs aux véroles en général, mais ils ne le sont à aucun vérole en
a/jO TRAITÉ
j);irliciili(>r » . A propremî;nl parler, cv n rst qu'à l'as • soiii]>l;ij;(> (1 un {)lus ou uiuins ^laiid iiouibrc d'culrc eux qu'on (loiuic lo nom de sypIûLls. C'est ce qui fait (ju'il n'y a pas, dans le langage médical, de mot qui ait une signilicalion plus vague que celui de vérole, puisqu'il n'exprime point un état pathologique constant et partout idenii(pie. L'ordre de succession des phénomènes pathologiques (pi'il sert à rallier, est subordonné en grande partie, quand tous les organes sont égalemejit sains, au j)lus ou moins «l'analogie daiîs la texliu^e et les fonctions, ainsi qu'au plus ou moins de variété dans les excitations habituelles; mais, comme cet équilibre parfait est fort rare, si même il existe jamais, l'ordre en question dépend des prédisposilions, soil originelles, soit acquises par l'Influence des maladies anlériciu-es, des modes de Irailenu'nt, du régime, du genre de vie, etc., qui Ajnt que telle ou lelio partie se ressent avant toutes les autres, ou plus fortement qu'elles, d'une Irritaiion fixée sur quelque point du corps. Aslruc a exprimé celle idée d'une manière bizarre, en disant que le caractère de la vérole est de s'accommoder, pour l'ordinaire, au tempérament des malades, et de se déguiser sous la forme des maladies qu'ils avaient auparavant (i). Enfin, s'il est permis d'en juger
(i) IjcII a préscnié ccUc iili'c sous une autre fonne non moins rlrangc, en disant que la cause uialéiielio de la sypliilis peut exisici" dans le syslênie, sans avoir assez de force pour se nianiCcstcr par les symptômes qui la caractérisent coinni"ném(nil, et cependant être capable, dans dilTéi'cnles circonstances, non seulement de produire i!c grands dcrangcmcns, mais même (|uanlil(! do maladies f[ui n'auraient jamaiseu lieu, teiics surtout rpie celles aavf[ueiles la constitution est déjà dispas(H?, ou cilks dont tout individu devient susccpli-
dles maladies vénériennes. 24 1
d*après des observations qui n'ont malheureusement pas élé suivies avec assez de persévérance, la eonstilulion at mosphérique exerce une action puissante sur la prédomi-
ble lorsqu'il s'expose pai- hasnrd à certaines causes. Au reste, cette doctrine, dont je pouixais présenter encore plusieurs autres variantes, se rattache à la théorie des maladies vénériennes larvées, dont i'ai déjà parlé, et sur laquelle je rcvicudrai plus amplement dans la suite. Une particularité digne de remarque, c'est que Bell assure que la cause matérielle de la vérole ne peut produire aucune maladie dépendante d'une contagion particidière, telle que la variole, la rougeole et la gale, tandis que MM. Cerioli et Marcolini ont entretenu dernic-rcraent le monde médical de vaccinations à la suile dos([ueHes s'étaient manifestées simultanément la vaccine et la syphilis. A la vérité ces deux écrivains ont supposé cpie la cause matérielle de la vérole avait été inoculée en même temps que celle de la vaccine. Mais pourquoi, dans l'eSprit même du système dominant, cette cause n'aurait-elle pas été tirée par la vaccine de la léthargie dans laquelle ou suppose qu'elle peut rester j usqu'à l'âge de la puberté chez les enfauts de ceux qui ont mené une conduite déréglée? Pourquoi ne la verrait-on pas souvent elle-même éveiller celle de la variole, que tant de théoriciens ont également supposée assoupie chez tous les individus de la race humaine, jusqu'à ce (jii'iine circonstance excitante vieniie la faire sortir de l'inertie, comme il aniva dans un cas rapporté par Barry, où il s'agit d'une jeune dame qui, peu de temps après s'être fait sucer les seins par une garde-malade, dont la bouche venait de communiquer des chancres à beaucoup de femmes eu couche, fut atteinte d'uue petite-vérole confluentc, et demeura exempte de la syphilis ? On nobjccteva pas, comme on l'a fait tant de fois, que deux virus ne sauraient existei' à la fois dans le corps, car ce qui est possible pour la vérole et le vaccin, doit l'être aussi pour la vérole et la variole. Les faits cités par M. Cerioli me paraissent susceptibles dune explication bien plus simple. Il s'a^t d'une petite fdle, saine eu apparence, qui fut vaccinée heureusement ; elle fournit du vaccin qu'on inocula à quarante-trois enfaus. La vaccine suivit sa marche ordinaire sur six d'entre ces der-
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nancc do tel on ici symplômo consécutif, comme il paraît qu'elle le fait aussi sur celle de divers accidens primitifs.
Rclalivcmenl h la connexion qui peut exister entre chacune des maladies vénériennes primitives et les secondaires, c'est un point dont personne no s'était occupé avant M. Carniichael. Ce médecin admet que l'ulcère h base dure et h bords perpendiculaires est suivi d'éruptions squameuses et psoriques à la peau, d'ulcérations excavéos aux amygdales, de douleurs ostéocopes et de gonflement des os; qu'après l'ulcère sans base dure, ni bords élevés, ni surface rongeante, après la gonorrliée et les excoriations du gland et du prépuce, on observe une éruption papuleuse qui se termine par des douleurs articulaires semblables à celles du rhumatisme, par des ulcères dans la gorge, accompagnés souvent de la tuméfaction
nicrs, mais, chez les tieule-sept autres, au lieu de l'éruption Tacciiiique, ou découvrit des symptômes de syphilis, qui se transmirent aux nourrices par l'alaitemcut, et dont les plus fréqucns furent des condylomes autour de lauus. Je n<; puis voir là qu'un résultat de ces inùlations de la membrane muqueuse des voies digestivcs qui sont si communes dans l'enfance, et que j'ai déjà dit qu'on confondait avec les accidens de la vérole. Comment concevoir, en effet, que du pus vacciniquc développé chez une petite fille, qu'on suppose avoir été infectée par ses parens, dans l'acte de la conception, ait pu transmettre une maladie qui ne se manifestait par aucun signe chez celle fille? et comment six des enfans inoculés avec la matière de ses pustules fuient ils exempts des accidens qui se développèrent chez les autres? On ne doit pas hésiter à rejeter comme contraire à la nature toute théorie qui met dans la nécessité d'accumuler ainsi des suppositions improbables et des faits contradictoiaes avec les principes.
(ies glandes lymphatiques du cou, mais jamais par des gonfleraens des os ; que l'ulcère h bords élevés, lorsqu'il entraîne des accidcns consécutifs, ce qui est rare, provoque une éruption papuleuse qui se convertit en ulcérations superficielles, avec des douleurs dans les membres et des ulcères h la gorge, sans gouflemens des os; enfin, que les ulcères phagédéniques et gangreneux entraînent en général des symptômes secondaires, malins et opiniâtres, par exemple des taches pustuleuses et des tubercules, que remplacent des ulcères communément serpigineux et rongeans, des ulcérations étendues dans l'arrièré-gorge , des douleurs opiniâtres dans les genoux et les autres articulations, souvent des gonflemens des os, et quelquefois aussi des affections des os propres du nez. La répartition indiquée par M. Carmichael est tellement peu physiologique, qu'elle paraîtrait suspecte lors même qu'on ne saurait pas qu'elle a été tracée pour former en quelque sorte un domaine à part à chacun des divers principes spéciaux dont ce médecin fait dépendre les ulcérations vénériennes, au lieu de les attribuer à un seul, comme on l'a fait jusqu'à présent. D'ailleurs elle ne comprend que celles de ces dernières qui se manifestent aux parties génitales. Enfin, IMM. Rose, Guthrie, Bacot et Hennen l'ont attaquée d'une manière victorieuse par des faits, en démontrant qu'aucun des nombreux accidens vénériens qu'on appelle consécutifs , n'est plus particulièrement lié à l'un des primitifs qu'aux autres, et qu'il règne, sous ce rapport, une diversité infinie, dont on ne peut chercher la source que dans la différence des constitutions individuelles et des influences extérieures , hygiéniques ou médicales, qui agissent sur chiU|ue sujet.
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Une dcrnirro question reste h traiter, celle de savoir s'il existe une connexion entre les divers symptômes consécutifs, de telle sorte qu'on puisse les considérer comme une conséquence les uns des autres. La plupart des auteurs répondent par l'allirmative, et de là est venue l'opinion régnante qui fait considérer la syphilis comme une maladie générale de la constitution. Suivant Astruc, les maladies vénériennes locales deviennent, par une gradation insensible, les premières ébauches de la vérole commençante , et la vérole confirmée n'attaque pas une ou deux parties du corps, ne blesse pas ime ou deux fonctions de Téconomie, mais intéresse presque toutes les parties, et lèse presque toutes les fonctions. A la vérité, les organes sont unis par des liens si intimes, qu'aucun d'eux ne peut tomber dans l'état pathologique, sans que beaucoup d'autres ne s'en ressentent plus ou moins, mais il n'y a que ceux dont l'action est absolument indispensable au maintien de la vie, comme le cerveau, ou qui ont des relations très-étendues, comme l'estomac, dont les affections se fassent sentir dans l'économie toute entière. Les organes de la génération , ni même les membranes muqueuses extérieures sur lesquelles se fixent quelquefois les affections vénériennes , ne sont point dans ce cas. Jamais la vérole n'est répandue dans toute l'économie à la jamais elle n'envahit l'universalité des parties du corps, fois , même successivement ; jamais enfin elle n'offre le type de ce qu'on entend , à proprement parler, par maladie constitutionnelle. Cette remarque importante, qu'on perd de vue h chaque instant, appartient à Ilunter (i). Toutes les fois que les affections vénériennes sem-
(i) ITunfcr l'a oxprimc-e de la manière suivante : » Le terme de
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blent réagir sur Forganisnie entier, on est en droit de soupçonner l'influence d'un viscère, et spécialement de l'estomac, exaltée par des circonstances accessoires, parmi lesquelles se place au premier rang l'administration du mercure. En effet, on observe, dans beaucoup de cas, que les symptômes consécutifs sont précédés d'une grande inquiétude, d'insomnie, de douleurs erratiques dans diverses parties du corps, avec ou sans fièvre, de céphalalgie, avec perte de l'appétit, du sommeil et du repos, d'une émaciation générale plus ou moins sensible, d'une altération considérable de la face, dont la teinte esl plombée, et dont les traits sont retirés, fatigués, en ujj mot de tout le cortège des accidens qui annoncent un<! irritation chronique fixée sur les membranes muqueuses internes, ou sur quelqu'un de leurs embranchemens. C<;ci coïncide parfaitement, d'une part avec les observations de
constitutiouneUc n'est pcut-ôlic pas ;i la rigueur un Icruic convenable ; car, rigoureusement parlant, on pourrait eulendre par là une maladie dans laquelle chaque partie du corps agit dune seule et même manière, comme dans toutes les espèces de fièvres sympathiques ouidiopathiques. Mais le virus vénérien ne paraît être répandu dans les fluides qui circulent, que pour forcer, pour ainsi dire, certaines parties du corps à recevoir l'action vénérienne, laquelle est entièrement locale, ayant lieu en différentes parties, selon une succession régulière de susceptibilités. Il n'y a donc que peu de parties qui agissent en même temps ; et une personne peut être afl'ectée constitutionneUement de cette manière, et cependant presque toutes ses fonctions se faire parfaitement bien. » Je ne relèverai pas les assertions bizarres et les explications erronées que renferme ce passage. Il me snflil qu'on en déduise que Ilunter, qui a introduit h; terme de vérole constUulionnelle en médecine, uc prétendait pas e\ primer par là une affection générale de l'économie.
24^ TlUlxt
M. Rose , qui a toujours Irouv'; les accidcns const^cutils si légers, lorsqu'il s'en développait chez des sujets Irailos sans mercure, qu'il avoue qu'un homme non imbu des idées dominantes au sujet de la syphilis, n'y aurait fait aucune attention; d'un autre côté, avec un fait reconnu depuis long-temps, c'est qu'en général les symptômes consécutifs se déclarent chez les sujets très-irritables, chez ceux surtout qui abusent des plaisirs de l'amour et des liqueurs excitantes, d'où l'on conçoit sans peine pourquoi ces phénomènes sont si fréquens parmi les classes inférieures de la société et dans les hôpitaux civils, où l'on voit le repos et un régime mieux réglé les amender presque toujours en peu de temps. Il est facile aussi, d'après cela, de réduire à leur juste valeur les subtilités auxquelles on a eu recours pour décider si la vérole devait être considérée comme une maladie aiguë, chronique, ou mixte, et qui ont conduit enfin h ce singulier résultat, que les maux appelés vénériens, c'est-h-dire les accidens primitifs, sont de nature aiguë, tandis que la vérole qu'ils constituent dans la suite est de nature chronique.
De tout ce qui précède on peut tirer les conclusions suivantes :
1°. Les maladies vénériennes secondaires sont celles qui surviennent dans une partie du corps autre que l'orcane mis en contact avec une surface enflammée ou ulcérée, immédiatement ou médiatement, à l'occasion du coït.
2°. On ne doit regarder comme telles que celles qui se déclarent pendant le cours, très-peu de temps après la guérison, ou inmiédiatement après la suppression brusque d'une affection vénérienne primitive.
DES MALADIES viîTKRIEÎJNES. 247
5°. Elles dépendent quelquefois de la persistance d'un faible degré d'irritation dans la partie qui était phlogoséc auparavant. Parfois aussi elles tiennent seulement aux rapports sympathiques qui existent entre tous les organes, et plus particulièrement entre quelques-uns d'entre eux. Mais, dans l'immense majorité des cas, elles sont le résultat d'une irritation directe, portée, par une cause accidentelle quelconque, sur la partie qui en devient le siège, ou de la prédisposition qu'avait cette partie à s'irriter.
4°. Elles sont très-souvent déterminées par l'action de remèdes trop actifs, et, en particulier, par celle du mercure, sur les organes digestifs, de manière qu'on doit voir en elles des maladies provoquées par la médecine, plutôt que des affections excitées par la nature.
5°. Les cas dans lesquels il en survient sont beaucoup moins nombreux que ceux dans lesquels il ne s'en déclare pas, quand on abandonne les maladies primitives à ellesmêmes.
G°. On ne peut pas les distribuer en un certain nombre de séries correspondantes h telle ou telle nuance de l'irritation primitive.
7°. Elles n'observent ni ordre, ni régularité, dans leur apparition et leur succession.
8°. Quand il en existe plusieurs h la fois, elles peuvent être indépendantes les unes des autres, et provoquées par plusieurs foyers distincts d'irritation , ou en apparence liées ensemble, et alors elles dépendent toujours de quelque irritation viscérale chronique.
9°. On ne peut pas les considérer comme constituant une maladie imique, spccifîque, sui '^eneris.
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10°. Par conséquent la vérole, telle qu'on la conçoit •généralement, n'existe pas, puisque les divers états pathologiques que l'on confond sous ce nom, se composent d'une réunion hétérogène de symptômes produits par la lésion d'un ou plusieurs viscères, sous l'influence de causes très-variées.