CHAPITRE II
mi l'origIiNE AMÉuicAir.'ii: de la syphilis.
Los argiimeiîs dont on s'est servi {)our aj)j)uyei' Le système de l'origine américaine de la syphilis ayant un j>en varré à diverses époques, je me bornerai h retracer ceux de Girtanner, dernier défenseur de celle opinion.
Girlanner a soutenu les propositions suivantes :
i". Que l'apparition de la syphilis en Europe date du ])reniier reloiu' de Christophe (jolonvb, et que la maladie éclata dans les quatre endroits où l'amiral et ses gens prirent terre, à Lisbonne, à Séville, en Calice, mais surtout à Barcelone ,*
2°. Qu'elle était très-répandue aux Antilles , et que presque tous les insulaires en étaient atteints; qu'elle l'était même beaucoup sur le continent, mais que, dans toutes ces contrées, elle ne déployait pas autant de fureur qu'elle le fit depuis en Europe;
5". Qu'elle paraît n'avoir été, chez les Américains, qu'une simple maladie cutanée, une espèce de gale;
4°. Que les Espagnols n'en avaient pas la moindre idée avant leur premier voyage au Nouveau-Monde, et qu'ils la contractèrent en ce pays par le commerce qu'ils eurent avec les femmes des aborigènes.
5°. Qu'apportée par eux en Europe, elle ne larda pas h y faire des progrès rapides, qu'un grand nombre de ceux qui en étaient atteinls, soit qu'ils l'eussent reçue dans l'Amérique même, ou en Espagne seulement, passèrent en
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IUitio,ayqG les Iroupos do Gônzalve, et communiquèrent le çial aux filles publiqiies de la Galabrc et de Naples, lesquelles en firent pari à leur tour aux Français, qui ledisséminèrent ensuite dans toute l'Italie, ainsi qu'en France, d'où il se répandit dans le rf.stè de l'Europe.
Av^nt de discuter ces propositions, il est indispensable <ic fixer l'époque h laquelle se manifesta pour la première fois en Europe l'épidémie dont on prétend. q:ue les maladies vénériennes acluçlles sont une dégénérescence. Il sera facile ensuite de déterminer dans quelle contrée elle a éclaté d'abord, et si cette dégénérescence esl UMG^, liypplbèse adniissible.
. Tous les historiens qui ont écrit, soit au commencement du seizième siècle, soit à la im du quinzième, s'accofdei,i,^)5 dire que l'époque de l'expédition française contrt; le^JV.^politains fut celle de l'apparition d'tine maladie nouvelle. Il est donc nécessaire, pour faciliter l'intelligence des recheixhes qui vont suivre, d'exposer sucicincr; temef>t' l'état politique de l'Europe clajis ces, temps; éloigflé^j et de fixer les dates de certains événcmcns qui (burnirojit.des points de comparaison.
Eu 1493» Charles YIII, roi de France, résolut de faire valoir-ileâ prétentions de la maison d'Anjou, dont il se portait héritier, sur le trône de Naples, occupé par Ferdinand II. ,11 leva donc une armée formidable, et fit équiper une flotte à Gènes. L'année suivante, le 20 août, il partit de Vienne en Dauphiné, pour prendre la route de l'Italie, et peu de temps après sa flotte mit également à la voile. Une maladie le retint un mois à Asti. Ensuite il U'.iversa la Lombardie et la Toscane, se dirigea sur Rome,
et arriva dans cette ville le 5 1 décembre. Le 2 1 février 1495, il parut sous les murs de Naples; le 20 mai, il fut couronné, et, immcdiatrinont après, il reprit le chemin de la France, avec une partie de ses troupes, laissant le reste de l'armée sous les ordres du comte de Montpcn- '■ sier. Arrivé près de Fornoue, il rencontra l'armée combinée des Vénitiens et des Milanais , qui voulait lui disputer le passage , mais qui fut battue complètement le 6 juillet. Après cet exploit, Charles continua sa marche, et les alliés allèrent investir Novara , dont le siège dura depuis le mois d'août jusqu'à celui de septembre. Cependant le roi d'Espagne , Ferdinand V, craignant que les Français, enhardis par de si brillans succès, ne cherchassent à rentrer en possession de la Sicile , tombée en son pouvoir après la mort de Pierre III, d'Arragon, qui s'en était lui-même rendu maître par le massacre connu dans l'histoire sous le nom de Vêpres siciliennes , avait pris le parti du souverain dépossédé de Naples , et envoyé h son secours une armée conmiandée par Gonzalve de Cordoue. Ce grand capitaine débarqua le â4 mai à Messine, passa de suite en Calabre, et reprit Reggio. Quoique battu à Seminara par Aubigny, il fit des progrès dans les provinces méridionales. Ferdinand II rentra dans sa capitale le. 7 juillet, et les Français, trahis par le sort, furent obligés de quitter le territoire de Naples vers le milieu de l'année 1496-
Tel est le sommaire des événemens dont on s'est servi potir expliquer la propagation de l'épidémie du quinzième siècle. Établissons maintenant, autant que possible, h quelle époque on remarqua celle-ci pour la première fois.
Fulgosi (lit (1) que, deux ans avant l'arrivée de Charles eu Italie, par conséquent en i49'^. on découvrit une maladie nouvelle, à laquelle les médecins ne savaient ni quel nom donner, ni quel remède opposer, et que les Italiens l'appelèrent mal français, tandis que les Français la nommèrent mal napolitain. Après avoir décrit cette affection de manière qu'on ne saurait la méconnaître, il ajoute (jue cette peste [ila eniin tusa est, ce sont ses propres paroles) fut apportée d'Espagne en Italie, etd'Éihiopie en Espagne.
Capreoli, savant jurisconsulte, mais historien peu fidèle, rapporte qu'en i494 [hicnnlo post i402 , comme 'A s'exprime), parut une maladie affreuse, qu'on nomma lef mal français, et qui, au dire général, envahit presque toute la surface du globe (2).
Sabellico, historien estimé, témoigne que, de 149^ ai 1494» l'Italie fut infectée d'une maladie nouvelle, qui reçut le nom de mal français (5).
Infessura nous apprend qu'au mois de juin i493, l'ambassadeur d'Espagne témoigna sa surprise de ce que le Pape recevait les Juifs, que le roi son maître avait chassés de la Péninsule, comme ennemis de la foi, par édit du mois de mars 1492. Beaucoup de ces malheureux réfugiés campaient alors sous des tentes, au pied des murs, près d'une des portes; mais plusieurs parvinrent à se
(1) De dtctis factisque memorabilibiis cotlectio. Milan, iSog, in fol. lib. I, cap. 4-
(2) De rébus Brixianonim libri XII ; dans Graevius, Ilist. Ital.^ t. IX, part. Vil, p. laô.
(5) Rapsod. historiarum ub urbe condita enncada X. Lyon, iSSg, lib. l.\. p. 539.
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glisser furlivrmcjit dans la ville, où l'on croit, ajoute Infessura, qu'ils inlroduisirent le germe d'une peste qui en-leva boancoiip de monde. En avril i494' '<' pape avertit Charles \iU de ne point venir à Rome, parce qu'il y régnait une grande peste (i).
Burcliardi dit que le 26 juillet et le 21 août i494> anniversaires de la niort d'Innocent VIII et de l'intronisation d'Alexandre VI , ne furent point célébrés, h cause d'une grande peste qui désolait Rome (2).
Delphini écrit, en dalc du 4 janvier i494» ^^ cardinal de Sienne, depuis pape, sous le nom de Pie III, de prendre .des précautions liRome, où la peste, bien qu'apaisée, n'a cependant pas encore cessé entièrement ses ravages. Il écrit aussi, le 20 lévrier i494j '^ l'occasion de l'arrivée des Français, qu'on doit craindre que d'aussi grands passages de troupes ne répandent davantage la maladie dans l'Italie, qui n'est point encore délivrée de ce fléau (5).
Sarazjnij écrivain bien postérieur, h la vérité, fait remarquer que la même peste existait h Ancône en 1 494 (4)'
Ces quatre derniers historiens donnent tous le nom de peste à la maladje. En eifet, elle se comportait comme une véritable afleclion pestilentielle, puisque, suivant le témoignage de Sabellico, elle attaquait un individu sur
()J Dtarium iirhis liovur ; dansEcoard, Corp. Iiisl. mccl. ccvi, l. II, p. 2019.
(2) Diariam cur'uv Romanœ stih Alcxantlro l'I ; dans Eccard, loc, cil,, l. II, p. 201 7.
(5) Epislolanun llbri XII. ^'(■nisc, j5;>yj, in-j'ol., libr. 111. ci). 84, 92.
(.'1) ISoliiie isloiichc dclla cilla d'Ancoiut. Hoino. ifijS, iii-lol.
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vingt. Sercnius, au rapport de Sébastien d'Aquila, dit qu'elle était letlialis eliam cila morte. Béroald la déclare aussi lues pcstilentia pestllent'ior.
Or, le mot peste avait alors une acception bien plus étendue que celle qu'on lui donne aujourd'hui On s'en servait pour désigner, non seulement toutes les affections contagieuses , mais encore toutes celles qu'une constitution particulière de l'atmosphère, ou d'autres circonstances analogues, rendaient générales. C'est ce qui résulte clairement de la définition de Widmann : Morbtis multiplex et snbitus nno et eodem tem.pore multitudiiii liom,inum, eveniens. Cet écrivain ajoute qu'on distinguait les maladies épidémiques, en particulières, comme lorsqu'un homme venait à cire atteint de la pustule maligne, d'tin anthrax, etc. , et en générales , qui étaient ou endémiques, ou épidémiques, c'est-à-dire pestilentielles , non ideo quod si7it plurimuin mortiferi , sed ideo quod comm.unicantur multis, ad similitudinem morbi pcstilentialis. Cet usage dura long-temps, et l'on étendit le nom de peste h. des maladies que nous ne jugerions guère aujourd'hui susceptibles d'être qualifiées de pestilentielles, comme le coryza, la gale, la raphanie, etc.
D'un autre côté, les médecins ne voyaient que le mal français dans la maladie qui sévissait à Rome, pendant les années 1495 et i494' et que les historiens désignent ainsi sous le nom de peste. Leoniceno assure qu'on lui laissa cette dénomination populaire parce que les médecins ne lui en avaient pas imposé une plus convenable, et parce qu'elle fut apportée par les Français, ou du moins qu'elle parut pendant qu'ils occupaient l'Italie (1). Ce
(1) I/arniée française contribua sans doute à répanfîre une raala-
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qu'il y a de C(Mi;iin, ajonlc-t-il, c\'sl rjnc rannéc de son apparition i'iit si^ualco par des iiiond.ilions générales. Or, liiIVssiira fl lîcncdclli nous appri'inicnl qiKî ces inondations curent lieu au mois d'octobre de l'année i^O^- Pinclor, médecin du pape Alexandre VI, dit (pic, de i494 à «499^ iJ régna parmi les Italiens une maladie affreuse, qu'on appelait conniiunémcnt le mat français , mais qui avait reçu d(;s noms dill'érens en d'autres lieux (i). En parcourant avec attention son ouvrage , dont une prolixité sans égale et un style barbare rendent la lecture rebutante, on parvient même à comprendre que, suivant lui, la maladie avait réellement pris naissance en i485, par l'influence des astres, mais qu'elle ne revêtit le caractère pestilentiel qu'en i494' -^" témoignage do Calaneo, le mal français parut, en i494> <li!"s l'italii;, lors <lu passage des troupes de Charles Mil. Enfin , Massa assure que l'afiection éclata en Itali(?, qu'elle ne portait pas encore de nom spécial, que celui de mal français lui avait été donné par le peuple, et que, si lui-même en fait usage, c'est moins parce qu'il le croit exact, que pour être compris, celle dénomination étant généralement adoptée.
De tous ces témoignages réunis, il résulte que le mal
die contiigieuso qui rt'|^iiait en Italie avant leur ariivée ; cependant il > est permis de penser, daprès d'aulnes excniplrs, rjue si rexpétlilion de Chailcs VIII a\ait réussi, ou phitôt si ce prince avait conservé sa coaquôle, la dénouiinalion de mal français naurait pas prévalu, mais bien celle de mal napolitain, donnée par les Français à l'éj^idémie.
(i) De inorbo fœdu et occulta, his Icmpovibus affligciitc. Rome, i5oo, in/j'
français s'est prodi^icuscmont luiilliplié en îlalic pcnflant et après l'expédition do C4liarlc.s , maia qu'il existait déjà en i494 ^* ïif>nio et en Italie, suivant Massa, (^alanco, Pinclor, Burcliardi et Gaprooli; en i/iQJ, à llouic et dans la haute Ilalio, selon Lconiceno, Fulgosi, Sabcllico, Infcssiira et Delphini; enfin même en i49'^> dans la haute Italie, d'après Fulgosi. Mais en supposant \c lénioin-nage dcFulgosi trop peu concluant, en n'aduicllant niênie pas celui de Pinclor, quand il dit que la peste régnait h Rome dans le mois de mars i493> et, à plus forte raison, lorsqu'il fliit mention de l'année i4S5, on ne saurait au moins rejeter l'assertion d'InCessura, qui assigne le mois de juin 149-^ conmie l'époque h laquelle la maladie s'est manifcsléc dans la ville de liouîe. Cette époque est donc celle qu'on peut, afin d'éviter toute contesta lion, prendre pour la date de son apparition.
Examinons maintenant si elle coïncide avec les principales circonstances de la découverte du Nouveau Monde.
Christophe Colomb , après avoir essuyé les refus de. Gènes, du Portugal et de l'Anglelerrc, obtint enfin de la cour d'Espagne le commandement de trois petits vaisseaux et de cent vingt hommes, avec le titre d'amiral et de vice-roi des terres dont son génie lui avait révélé l'existence. Il partit de Palos , le 5 ou le 4 a<>nt 1492, aperçut l'île de Saint-Domingue le G novembre, et reprit la route d'Europe le 4 janvier de l'année suivante. Une lempêtc violente le jeta sur les îles Açores , oîi il prit terre le 16 lévrier. Après s'y èirc arrêté pondant quelques jours, il remit à la voile, ot vint débarquer, l<^ 4 mars i495, ii Val de Parayso, où Jean 11, roi de Porlu-
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gai, raccueillît fort bien. Il resta neuf jours h Lisbonne, s(> rembarqua, et arriva le i5ii Sévillc. Là il abandoinia SCS équipages, et, ayant pris avec lui quelques Indiens qu'il avait embarqués, il se rendit par terre h Barcelone, afin de se faire présenter au roi d'Espagne, qui tenait alors sa cour en celte ville. Il arriva vers le milieu du mois d'avril, tandis qu'im de ses vaisseaux, délacbé de la petite escadre par les vents, vint mouiller en Galice.
Le fait inconteslable de l'existence du mal français à Rome et dans l'Italie, au mois de juin i^Q^, suffit pour empêcher d'admettre que la maladie ait pu être apportée par les troupes de Gonzalve, puisque ce général n'arriva en Calabrc qu'au mois de mai i^^jS- Mais comme, du /( mars lAo^» époque du premier débarquement de 040lomb, au mois de juin de la «nême année, il y a un intervalle d'environ trois mois, pendant lequel des esprits prévenus pourraient supposer, quoique avec bien peu de vraisemblance, que la maladie s'est propagée d'Espagne en Italie , examinons si elle régnait réellement aux Antilles et sur le continent du Nouveau-Monde, lorsque les Espagnols y arrivèrent pour la première fois. A cet effel , passons successivement en revue les diverses autorités qu'invoquent les partisans de l'origine américaine , apprécions leur degré de véracité, et pesons mûrement celui d<; confiance que nous devons avoir en elles. Ces autorités sont Oviedo, Diaz de Isla , Ferdinand Colomb, Pierre Martyr, Comara, Ilerrera , Guicciardini et quelques autres encore.
Oviedo, né dans les Asturies en i/f-jH, fut envoyé, en 1490, h la cour de Castille, et placé d'abord chez le comte de Yillahtn-mosa, puis, en qualité de page, auprès
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de don Juan, inlanl d'Espagne. II se trouvait à Barcelone, en 1495, lorsque Colomb revint de son premier voyage, et hBurgos,en 1496, quand l'amiral arriva pour la seconde fois d'Amérique. Après la mort de don Juan,, survenue en i497» i' passa au service du roi de Naples , et bientôt après à celui de la reine. Il se rendit, en i5i5, dans le Nouveau-Monde , avec le titre d'intendant 4c? mines d'or duDarien, revint en i5i5, et retourna quelque temps après h Saint-Domingue , qu'il abandonna encore en lôao, pour revenir en Espagne, où il publia sou Sommaire de ^-'histoire des Indes -Occidentales. Dix ans après , il donna une Histoire générale d'Amérique , dont nous ne possédons que les dix-neufpremiers livres. La même année , il fut nommé intendant de Saint-Domingue, d'où la cour le rappela en i545, et, trois ans après, il obtint la charge d'historiographe du roi. Celle esquisse de sa vie démontre qu'on trouverait difllcilemeut un témoin qui ait mieux vu tous les événement relatifs à la découverte de l'Amérique , puisqu'il se trouvait h la cour d'Espagne lorsque Colomb vint y rendre compte de son expédition , que lui-même alla plusieurs fois dans les Indes, et qu'il y occupa toujours des places éminentes. Il ne balance pas h mettre la maladie vénérienne sur le compte des Américains, et à dire que les Espagnols l'ont contractée en ayant commerce avec les femmes de ce peuple. Il ajoute qu'elle doit nécessairement être endémique dans le pays où croît le gayac, regardé alors comme un remède souverain contre elle , parce que la Providence, qui envoie les maladies aux hommes, en punition de leurs crimes, place toujours le remède à côté
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du niîiî (i). 11 nv pi'ut s'oinpôchor dv liro (c'est ainsi^ (ju'il s'cxjtninr), l(>r;i<[u'iri'cnlcn«l appclrr mal frança'iH ou niai napo(UainiCi\v,iYii-\\,v\\{i seriilLbicn mieux noinméc mal américain. On (loi l donc,d'nprès cela, ainsi (jiic je l'ai déjà dit, le considérer comme le véritable inventeur de l'hypothèse d'après laqi'.ello on place en Améri- <jue le foyer des maux vénériens , dont Oviedo admet d'ailleurs l'identité parAiite avec le 7nal français, sans examiner le moins du monde si cette identité était réelle. Mais Oviedo ne parle du premier retour de Colomb cjue dans son Abrégé. Or, de son propre aveu , il avait écrit ce traité de mémoire ser.loment , ayant laissé tous ses papiers à Saint-Domingue. Dans son autre ouvrage, rédigé d'après les notes recueillies en Américpie, il ne Cah plus mention que du second voyage de l'amiral, et l'on
(i) M. Morc.'iu de Jonncs , fjtii atlinel roiigiiic amc-iicaine tic ta syphilis, -ae ae sert pas d'uu argumout ineillciir qiie celte déduction lélcologique. « Si l'on considère, dit-ii, que la dccouvcilc du Kouvcau-IVlonde ajouta à tout co qu'on connai.ssajt, dinmienses séries dcties nouveaux , il semblera moins étrange qu'on ne s'imagine d'abord, que, là où existait une race d'îioninu-s différente de celle de l'Ancien-Monde, il y eût d'autres afl'eclions que les nôtres, cl des lléaux, qui, dans ces contrées, jusqu'aloi's inconnues, représentaient la variole d'Europe, la peste d'Asie et la lèpre d'Afrique. » 11 est vrai que M. Moreau de Jonnès applique plus particulièjccment ces réflexions à la fièvre jaune : mais la différence entre la race américaine et la nôtre fùt-elle dix fois plus grande, elle ne suflirait pas encore pour faire croire que l'organisme eut, jiarmi les individus de cette race , la propriété de réagir d'une manièic absolument spi'ciale contre les causes morbin(|ues, tandis que nous voyous des maladies, le typhus par exemple, se manifester à peu {irès )>ar les méun.s symptômes chez l'homme et chez le» mammifères ruminuns.
DES MALADIES Vj:>ÉUlE?!>"ES. 27g
doit naturellement s'en rapporter plutôt à ce dernier travail <[uh un aperçu tracé d'après do simp^es souvenirs, quoique d'ailleurs Oviedo ne cite aucune autorité ti l'appui d'un l'ail aussi grave, tandis qu\\ chaque page, il en allègue une ibule pour des événcmcns d'une bien moiiidre importance. Mais le second retour de Colomb date, de i/|()G, et la maladie pestilentielle qui fut appelée inal français, existait en Italie dès i/fÇ)?).
Il y a plus encore. Quand bien même Oviedo ferait arriver la maladie en Espagne à l'époque du premier retour de l'amiral, on serait en droit de récuser son témoigneàge, car il est trop rempli d'inexactïtudtîs et de con- Iradiclions pour qu'on puisse s'en rapporter ù lui. Les fails qu'il allègue sont toujours incertains , et les dates (Hi'il donne souvent fausses. Ses contemporains eux-mêmes n'avaient pas une haute opinion de lui. Ferdinand Colomb, fds de l'amiral, l'accuse de regarder comme autant de vérités les chimères enfantées par son cerveau , et de forger des autorités à l'appui de ce qu'il avance, ilerrera, historien recommandabic et véridique,lui reproche les basses lla2;orneries et les mensoni^es ^l'ossit'i's nui remplissent ses écrits. Enfin, le respecîable La Casa, qui le connaissait bien , traite son histoire de fausse et d'extVcrable. Oviedo abusa de son autorité pour opprimer les Indiens. Craignant ensuite une punition méritée, il (jssaya de justifier sa conduite aux yeux du souverain , en peignant ces infortunés connue un peuple méchant et dissolu, livré aux vices les plus horribles, à la luxure, au culte du diable et à ralhéisme, et que la Providence aval! résolu, dans sa colère, d'exterminer entièrement par la main des Espagnols, ;i cause de sou incorrigibilité.
ftSo tuait/:
Tel est l'homme que les partisans de l'origine américaine de la syphilis ont cité avec une confiance aveugle, et dont ils ont regardé l'aulorilé comme étant du plus grand poids. Que conclure des récils d'un historien méprisé de ses contemporains , et convaincu par eux de mille infidélités, quand bien même il ne se contredirait pas dans ses deux ouvrages, relativement à l'époque de l'imporlalion prétendue de la maladie en Espagne, cl l'y ferait paraître en temps opportun ? Comment ne s'esl-il trouvé, jusqu'en i525, aucun écrivain qui connût un événement assez remarquable pour qu'on s'empressât de rechercher jusqu'aux moindres circonstances qui pouvaient y avoir trait?
On invoque encore le témoignage d'un certain Diaz de Isla , médecin h Séville , qui dit que , peu de temps après le retour de Colomb, la ville de Barcelone fut infectée d'une maladie affreuse et pestilentielle, pour laquelle on eut recours h des prières publiques, afin d'en obtenir la cessation. Mais Wclsch, qui a publié une traduction latine du traité de ce médecin , nous apprend que l'ouvrage fut écrit seulement en i55ô, de sorte qu'il n'est pas probable que l'auteur ait pu être témoin du premier retour de l'amiral. D'ailleurs, en partant de Séville, Colomb n'emmena avec lui qu'une suite peu nombreuse. Coinmenl croire que lui ouceuxqui l'accompagnaient, aient pu propager, dans un laps de temps si court, une maladie aussi terrible que celle dont parle Diaz de Isla? Il y a plus même. C(>tle peste paraîl être totalement imaginaire, car Oviedo n'en fait pas mention, lui qui se trouvait alors à Barcelone, quoiqu'elle eût pu servir merveilleusement ses projets. Mais , si l'on refusait d'en croire le silence
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d'un homme qui a d'ailleurs si peu de poids, on ne saurait rien objecter contre Pierre Martyr, dont les lettres ne parlent pas de la peste de Barcelone , quoiqu'il y soit fait mention de l'arrivée de Colomb, des merveilles qu'il apporta, des Indiens qui le suivaient, et de la sensation que firent toutes ces nouveautés. Cet écrivain n'en dit pas non plus un seul mot dans son Histoire d'Amérique. Il est évident que si les compagnons de Colomb avaient répandu les germes d'une maladie pestilentielle à Barcelone, la même épidémie aurait dû se déclarer partout où la flotte de l'amiral toucha terre, aux Açores, en Portugal, en Galice, ainsi que sur toute la roule de Séville h Barcelone. Or, rien de semblable n'est mentionné parles historiens, dont aucun non plus ne dit que les compagnons de Colomb fussent atteints de la moindre aftcction. Ce silence absolu est expressif dans une pareille circonstance, car le peuple ayant généralement coutume d'imaginer une liaison entre deux événemens remarquables qui arrivent dans le cours de la même année , l'opinion de l'origine américaine du mal français n'aurait pas manqué de succéder de près, en Espagne, à la nouvelle de la découverte du Nouveau-3Ionde.
La Iroisième autorité qu'on rapporte est Ferdinand Colomb, qui écrivit la vie de son père, d'après les notes qu'on put recueillir dans les papiers de ce dernier. Il rapporte que Colomb allant, pour la troisième fois, h Saint-Domingue, en 1498, trouva la colonie espagnole réduite à cent soixante hommes, tous atteints du mal français. On devrait peu s'étonner de trouver cette maladie aux Antilles, en 1498, et l'on n'aurait pas besoin, pour expliquer le fait , d'admettre qu'elle était endémi-
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<|uc dans les îles, car, élaiil connue tlcpuis cinq ans ;ai moins on liuropc, vWv. aurait Tort hi(Mi pu v être portéf lors «lu second voyage de (loloni!); mais les inléressanlis recherches do M. Mv^rcau de Jonnc^s auloriscnl h penser que la maladie dojil parle Ferdinand Colomb , élaîl la lièvre jaune, qui régnait évidemment déjà <i celle éîpo(|ue en Amérique, et qui y exerçait même de tels ravagés , qu'on finit par ne plus trouver personne qui voulût aller aux Indes. Cette circonstance est importante sous un autre rapport, puisque le nom de mal français donné par Colomb h une maladie que divers passages d'Ovîfcdo et de Ilerrcra témoignent clâire'ment avoir été la fièvre jaune, répand un grand jour sur l'épidémie italienne, et nous montre qu'on doit voir en elle une aflecfiôn'loulà-fait différente des maux vénériens , tant de ceux qui sont connus aujourd'hui, que de ceux dont les ancu'iis nous ont laissé la description.
Pierre Martyr est cité parmi ceux qui doivent léiiioigner en faveur de l'origine américaine de la syphilis. Mais, outre qu'il n'a jamais été en Amérique, le seul pas sage qui pourrait fournir un argument phutsible, et' qui annonce qu'il existait aux Indes ime maladie contagi«;use causée par la débauche, ne se trouve dans aucune édition •)rîginale, et n'existe que dans la Iraduclion française. Quel rapport peut-on trouver d'ailleurs entre uii mal causé par la débauehe, et l'épidénu'c italienne, qui se communiquait sans l'intermède du coït? Les maux" vénériens , c'est-h-dir»; engendrés par l'union des sexes dans certaines circonstances, ont été connus (h toiil temps, comme je le dirai ailleurs, cl c(>pendant les «nileurs systématiques qui font provenir du mal français
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ceux qu'on observe aujourd'hui , prolcndont foi incîlomcnt qu'il n'y avait pas le jnoindrc rapport entre ceux qui existaient avant ia fin du quinzième siècle et celte cruelle épidémie.
Lopoz do Gomara rapporte que les aborigènes de Saint-Domingîie étaient tous infectés d'une maladie que les Espagnols contractèrent par le commerce avec leurs femmes. On a toujours douté de la véracité de cet écrivain, qui est sans cesse en contradiction avec lui même et avec la cbronologie. Oviédo paraît avoir été son seul guide, et l'on a de fortes raisons pour croire qu'il ne fit que le copier h l'égard de la syphilis. En effet, il emploie les mêmes argumcns; c'est-à-dire que l'existence du gayac en Amérique est, h ses yeux , une raison de plus pour croire que la maladie a pris naissance dans cette partie du monde. A-t-on besoin de recourir à do pareils argumens, lorsqu'il s'agit d'un fait certain, incontestable ?
Herrera parle de celte maladie comme d'une affection très-commune parmi les insulaires de Saint-Domingue, et dit que les Espagnols la reçurent d'eux. Mais il n'a jamais été en Amérique, et comme il n'a écrit qu'on iGoo, son témoignage perd toute l'importance qu'on a voulu y attacher. En outre , malgré le peu d'estime qu'il avait pour Oviedo, il lui fait h chaque instant des emprunts , ainsi qu'à Lopez de Gomara. On doit donc penser qu'il a particulièrement copié ces auteurs, pour ce qui concerne l'hifloire de la syphilis, puisqu'au teuîps oi! il écrivait, on était convaincu partout, sur la foi d'Oviedo, qu'elle avait pris naissance en Amérique. Im historien devait d'aiitant
îi84 TRAlTli
moins soupçonner ce dernier (rinfidélilé à cel égaid, qu'il était notoire que beaucoup d'Espagnols avaient été singulièrement maltraités par la fièvre jaune aux Antilles, et que , comme les maux vénériens ont existé de tout temps, partout oîi il y a eu des hommes civilisés, ils n'avaient certainement pas manqué d'en contracter en fréquentant les femmes du pays. Peut-on exiger de lui qu'il ait distingué des maladies fort différentes l'une de l'autre, quand les médecins eux-mêmes ne savaient pas le faire , non seulement en Espagne , mais encore en Italie?
Le célèbre Guicciardini a paru d'autant plus important aux défenseurs de l'origine américaine, qu'en général il est d'une exactitude scrupuleuse, et qu'il fut même chargé d'une mission en Espagne. Cependant il ne cite pas la moindre autorité. D'ailleurs, peut-il, malgré sa juste célébrité, contrebalancer Fulgosi et Sabellico, lorsqu'il s'agit d'un fait arrivé en 1492 et i495, puisqu'étant né en 1489, il n'avait alors que dix à onze ans, tandis que les deux autres historiens étaient déjà fort âgés ?
Je réunis ensemble tous les témoins que Girtanner cite pour prouver que la syphilis était endémique sur le continent de l'Amérique, notamment au Pérou et dans 1 a Floride. Ce sont Lopez de Gomara, André de Léon, Augustin de Zaratte et Benzoni. Tous quatre parlent d'une maladie très-répandue au Pérou, qui reçut le nom de bcrrugas, et qui infecta l'armée presque entière de Pizarre. Cette maladie consistait en des verrues rouges, de la taille d'une noix, qui se manifestaient an nez, aux oreilles, au front, aux joues ou sur le corps. Benzoni, qui en
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fut atteint, assure que ces excroissances, qu'on observe quelquefois encore aujourd'hui, mais fort rarement, ne causaient pas de douleurs. Lopez de Gomara dépeint la maladie comme nouvelle, et cependant il prononce hardiment que c'est la syphilis. Inconséquence inexplicable ! car si la maladie était nouvelle pour les Espagnols, comment Lopez de Gomara pouvait-il la rapporter h la syphilis, c'est-à-dire au mal français, qui leur était connu depuis près de quarante ans ( i ) , et dont, en supposant l'origine américaine véritable, plusieurs d'entre eux avaient déjà dû être attaqués à Saint-Domingue , puisque beaucoup de ceux qui suivirent Pizarre, avaient également accompagné Colomb dans ses courses? C'est là une des nombreuses contradictions de Lopez, qui auraient dû faire sentir combien peu on doit compter sur son témoignage. Il en est de même de la Floride, aperçue d'abord par Cabot, et vue ensuite par Ponce de Léon, en 1012. Que prouverait l'existence de la maladie dans cette province ou au Pérou , puisque le point important de la question est de savoir si elle a pu être apportée, en i495> de Saint-Domingue en Europe?
Girtanner cite encore, parmi ses autorités, Fallope, Montano et Brassavolo. Tous trois ont écrit beaucoup trop tard pour qu'on s'arrête à ce qu'ils disent, et ils n'ont fait que répéter ce qu'ils trouvaient dans les ouvrages de leurs prédécesseurs. Il est bon cependant d'insiéter un peu sur Fallope , parce qu'on a attaché une certaine importance à ses paroles. Suivant ce médecin, Co-
(1) Le Pérou no fut découvcrl qiiVn i55i.
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loinb ramena en Europe dos vaisseaux remplis d'hommes atteints de la syphilis (i). Fallope répèle (Misuhc l'histoire de la pr<)pa<;alion de la maladie par les troupes de Gonzalve, en y ajoutant des détails outrés et peu honorables |>otu' les Espagnols, cju'il accuse d'avoir mêlé du plaire avec la farine, et envoyé des filles de joie infectées au camp français, pour communiquer leur.horriblc maladie à ces derniers. Mais Fallope est plein d'inexactitudes historiques; il donne quatre vaisseaux à Colomb, et le fait rester drus. an)iées eu voyage, tandis que l'amiral partit avec trois bàtimens, et revint au bout de sept mois et onze jours de navigation. Il fait également assiéger Naples par les Français, qui y entrèrent sans coup férir, et l'abandonnèrent de même. D'ailleurs la plus grande parlie de leur armée ne se trouva jamais en face des Espagnols, puisqu'elle accompagna Charles h son départ, et cependant la maladie régnait déjà parlor.l dans la haute Italie, comme le témoigne entre autres Marcel de Corne , chirurgien des troupes vénitiennes au siège do Novara. Enfin, et cette preuve n'est pas moins forte que la précédente , on regardait si peu le coït comme la source du
(i) Colomb ramena effectivement, la seconde fuis, des Espagnols malades, parmi lesquels il s'en Irouvait dont le teint était devenu tlune couleur jnun(! de safran. C'est principalement cette circonstance (jui a conduit M. Morcau de .Tonnes à penser que la fièvre .jaune est eniiémique de temps immémorial auv y\nlilles. Mais 1 amiral n'avait point de malailes à l'époque de son preinmi' retour, ce (jui tient, suivant !M. !\Ioreau de Joniu's, à ce que, durant son premier voyage, il ne passa que trois nu>is dans la mer des Antilles, ot (pie cette période ap])arlienl tout(> entière à la saison sèche, <[ui permet rarement à la fièvre jaune de se développer.
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mal fiançais, (ju'iin grond nombre de ceux qui ont décrit réi)idéniie, ne l'ont pas nicnlion de celle circonstance, et que ceux qui en parh'nt rangent seulement l'acte vénérien au nombre des différentes manières dont on pouvait conlracter rinfoction.
Tels sont l'histoire de l'origine américaine de la syphilis, et le tableau des objections puissantes qui s'élèvent contre elle. Celte opinion, née en Espagne, mais propagée surtout par les Allemands, fut adoptée parce qu'elle était séduisante, et qu'elle n'avait rien d'improbable au premier abord. Cependant elle n'inspira pas dans le principe une confiance générale, car, en lôaS, Manard proteste ne pas pouvoir décider si la maladie vient des x\nliiles, ou si, conmie le pensent quelques médecins et historiens, elle ne s'est pas plutôt manifestée à l'époque où Charles faisait les préparatifs de son expédition, et par le commerce illicite d'un chevalier lépreux avec une femme saine, de sorte qu'elle ne serait alors qu'une dégénérescence particulière de la lèpre. En 1046 encore, Fracaslor ne pouvait concevoir qu'un vaisseau arrivé du Nouveau-Blonde eut sulîi pour la propager dans la même année sur tous les points de l'Europe.
Celle hypothèse est inadaiissible :
1°. Parce que le mal fi'Uiiçais existait probablement en Italie avant le premier retour de Christophe, Colomb ;
9". Parce qu'il y régnait très-certainement avant l'arrivée de l'armée française, et ù plus forte raison avant d'Ile des Espagnols;
5". Parce qu'aucun témoignage ajîlhenliquc ne permet de soupçonner qu'il existait i» Saînl-Domingr,^, ni que les
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Espagnols aient rapporté de celle île aucune maladie qui y ressemblât;
4°. Parce que, si l'on peut admellre que les Antilles étaient, alors comme aujourd'hui, désolées par des épidémies, les soupçons doivent tomber sur la fièvre jaune.