L. XI, Epigr
Efj'ugere non est. Basse, basiatores.
Instant, morantur, persequunlur, occurnint. Et fiinc, et illinc, usijucquaque, quacunqtie. Non iileus acre, pustulavc luccnlcs, Kcc triste menttnn sorduliqiie liclieiies.
DES MALADIES Vli>Ér.lt>XES. îï'i/
sont la suite des débauches contre nature, et sans infcclion vcncrienne. iMarlial n'a en vue que de reprocher à ceux qui les portaient , qu'ils étaient des eiréuiinés , et qu'ils se prostituaient. » Telle fut sans doute rintentioi> du poète, mais c'est précisément ce qui rend son témoignage si précieux , conmie l'avait déjà fort bien senti, en i6oS, Fabius Pacius, dans son commentaire sur Galien.
Martial nous apprend que le genre infâme de prostitution qui est l'objet de ses épigrammes , produisait , de son temps, les mêmes résultats qu'il entraîne aujourd'hui. H n'eu faut pas davantage. Le poète ne pouvait employer, pour rendre ses idées, des expressions que les théories médicales n'avaient point encore mises en vogue, et il se contente de désigner l'effet apparent de la maladie. Les végétations que la sodomie détermine h l'anus, seraient-elles donc de deux espèces , les unes par contusion, les autres par virus? Lorsque la même cause a lieu, pourquoi ne pas admettre le même effet? Astruc devait placer les marisques de Juvénal , et les fies de Martial , parmi les accidens de la vérole , ou reconnaître que les excroissances à coïtii peuvent n'être pas virulentes , ce qu'il a fait aussi, sans réfléchir h l'absurdité d'une pa • reille distinction.
La littérature ancienne est , à la vérité , peu féconde en passages applicables aux maux vénériens. Mais celle du moyen dge nous en offre davantage, parce que ce fut à celle époque que se développèrent les premiers germes de la théorie actuelle. Dans une salyre intitulée , De covruptlonc omiiUim sUUuuni et ininiinente Inlcrhu niun-
îiyiS TRAITÉ
(li (i), il est parle de trois résultais de riinpudicité : i'adullère , l'iinijurcté, et la lt;j)rc. Je leiai voir, duus le chapitre suivant, qu'on entendait alors par impureté un état morbide particulier dans lequel on tombait h la suite de la fréquentation des courtisanes. Les œuvres ordurièrcs de \ ilion renferment aussi de nombreux passages ayant trait aux maux qu'on contractait dans les maisons de joie, ol parmi lesquels on en remarque surtout un (2)
(1) Pasqu'dlor. t. i, p. ii3. Cette satyre, écrite long-temps avant la réfonuulion, a été trouvée eu Suisse dans un vieux manuscrit.
Ternis est libido fœda
Conjuncta pedissequis, Per quas totum replet 7nu7idu7n
Vaga petulantia, Quarutn trium vix çst allas
Non fœdatus macala; Scilicet adulierorum;
Post hanc immundicia; Et leprosa sodomorum
Ter liant contagia.
(,"}.) Œuvres, 1742, p. i4o, i4i-
En sublimé, dangereux à toucher
Et au nombril d'une coulette vive,
En sang, qu'on mcct en poyletles sécher
Chez ces barbiers, quand pleine lune arrive,
Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive ;
En chancres et fix et en ords cuveaux,
Où nourrices essangent leurs drappeaulx;
En petits baings de CUes amoureuses
(Qui ne m'entend n'a suivy les bordeaulx)
Soient frites ces langues venimeuses.
Villon a écrit &on petit et son grand Testament en i456 et i4Gi.
Di;S MALADIES VÉNÉRIENKES. Ô'iQ
qui se concilie parfaitement avec les idées que les médecins se formaient alors de la nature et du caractère de l'écoulement périodique chez les femmes. Il s'en trouve un autre plus clair et plus décisif encore dans l'Ode à Priape de Pacificus Maximus (i). Ces indications suffisent , puisqu'elles prouvent que les poètes antérieurs au seizième siècle n'ont pas , à beaucoup près , gardé un silence aussi absolu qu'on se plaît h le répéter.
Je ne puis cependant pas négliger de faire observer que , quand l'idée d'une maladie vénérienne spécifique eut passé du monde médical dans toutes les classes de la société, ce qui n'arriva qu'après Paracelse, les satyriques s'en emparèrent aussi, de manière que, depuis cette époque, ils ne parlent plus d'oucun symptôme vénérien en particulier, comme avaient fait les anciens, comme firent
(i) Tuque meum si Hon properas sanare Priapam
Decidet, heu ! non hoc nobile robur erit. Ante meis octilis orbatus priver, et ante
Abcissus fœdo naaus ab ore caïUit !
Non me rcspiciet, non me volet ulLa puella;
In me etiam mittct tristia. spuia puer. Lœtior, heu ! loto me non erat altcr in orbe !
Si cadet hic, non me tristior aller erit. Me miser ami Sordcs quas marcidus ore remiitit!
Ulcéra quœ fœdo marcidus ore gerit !
Aspice me miscrum, precor, o ! per poma, per horios,
Per caput hoc sacrutn, per rigidamque trabem. Hune ego commendo iota tibi mente, Priape :
Fac valeat, fac sit sanus ut ante fuit.
Pacificus Maximus, ne en i4oo, mourut en i5oo; il écrivit, tl.ms sa jeunesse, des poésies très-licencieuses, qiii ont été publiées à l'iorencc , en 1489.
encore Droyn et Lemaire , mais seulement de l'afieclion générale dont l'existence était admise, et des tristes résultats qu'elle, ou plutôt le mode de traitement auquel on avait recours, entraînait.
On rencontre aussi , dans les historiens , des traces manifestes de maux enfantés par la débauche. Beckctt rapporte (i), d'après un manuscrit trouvé dans le collège de Lincoln , que Jean de Gand , duc de Lancastre, mourut (en 1099) d'une pourriture des parties naturelles et de tout le corps, qui avait été produite par le commerce des femmes. L'auteur du manuscrit assure avoir vu périr plusieurs autres individus du même accident (2). Pline le jeune raconte une anecdote à peu près semblable (o) : une femme, voyant son mari atteint d'ulcères aux par-
(1) Philos. Trans. vol. XXXI, p. 47.
(2) Astruc et Bosquillou récusent ces faits parce quils sont attestés par un théologien, nommé Gascoigne, et prétendent que les accidens dont il s'agit dépendaient d'une autre cause que du virus vénérien. Bosquillon s'exprime, à ce sujet, de la manière suivante : « Il est assez ordinaire, ciicz certains tempéramens et dans certaines constitutions de l'air, que les irritations légères de la peau se transforment en ulcères de mauvais geurc, qui fournissent une matière contagieuse. Gela doit arriver à plus forte raison au gland et à la partie interne du prépuce, qui ue sont recouverts que d'un épiderme très-léger. » Cet aveu est trop précieux pour n'en pas prendre acte ; mais quoique je ne doute pas qu on attribue au coït bien des maux, même des parties génitales, qui dépendent d'autres causes, on n'en doit pas moins le considérer coimne la source la plus fréquente des affections qui sui-vicunent à ces organes, et le doule n'est plus permis dès qu'il est dit positivement que ces dernières survinrent après l'acte vénérien. Toute théorie doit ployer devant les laits.
(ô) Episl. I. VI, cp. u4.
lies génitales , qui , par la longueur de la makdie , tombaient en pourriture, et désespérant de sa guérison, se précipita dans le lac de Corne avec lui. Josèphe nous apprend (i) qu'Apion fut attaqué d'un ulcère aux parties génitales, lesquelles tombèrent en putréfaction, avec des douleurs insupportables , ce qui lui causa la mort. Hérode, roi des Juifs, éprouva le même sort, au rapport de l'historien hébreu (2). Il est difficile de croire que tous ces accidens n'aient point été le résultat de la fréquentation des femmes, quoique cette circonstance ne soit relatée ni par Pline, ni par Josèphe. Mais il n'y a pas le moindre doute sur la cause de l'horrible maladie qui enleva le tyran Galère Maximien. Ce monstre de cruauté et d'impudicité périt d'ulcérations aux parties naturelles, et de fistules au périnée; tout son corps ulcéré exhalait une affreuse puanteur (5). Pallade , évêque d'Helléuopolis, au commencement du cinquième siècle , dit (4) qu'un certain Héron , ayant eu commerce avec une prostituée, fut attaqué d'un anthrax à la verge , et perdit , au bout de six mois, ses parties naturelles, qui tombèrent d'ellesmêmes en pourriture. Ce mot anthrax a fourni un subterfuge h Aslruc , car le charbon , dit-il , est une toute autre maladie que la syphilis (5). Mais on ne peut pas
(1) Contra Apion. II, p. ioG<).
(2) Anùcjuit. Judaic. XVII, 8, p. 597.
(5) Histor. ccclesiast., VIII, 28, p. 255.
(4) Dans sou histoire des Solitaires, cli. 33.
(5) Bosquillon ne regarde pas non plus la maladie de Héron comme vénérienne, à moins, dit-il, quon ne veuille désigner sous ce nom toutes les maladies qui se manifestent après avoir joui des plaisirs de Vénus. Oui, sans doute, toutes les alFoctions des parties
exiger d'un prêlrc une précision «îans les termes i"» laquelle les médecins eux-mêmes ne savent pas toujours s'astreindre; il doit nous suflire que la maladie de Héron ait eu son siège aux parties naturelles, et qu'elle se soit déclarée à la suite du commerce avec une courtisane (i).
Si maintenant nous portons nos regards sur les ouvrages de médecine, il devient encore bien moins douteux qu'avant le quinzième siècle, et même dès la plus haute antiquité, on a observé tous les symptômes appartenant à la classe de ceux auxquels nous donnons aujourd'hui l'épithète de syphilitiques.
J'ai fait voir, dans le livre premier de cet ouvrage, que toute cause irritante dont l'action porte sur la membrane muqueuse des organes génitaux, y excite une inflamma-
génitalcs qui succèdent au coït doivent être appelées vénéiienues. Peut-on être Llàmé d'agir ainsi par ceux qui , cédant à de vaines théories, ont été jusqu'à admettre des épidémies de maladies vénériennes secondaires noii précédées de sjmptômes primitifs, et tléveloppées sans qu'il y eût aucun rapport soit entre les deux sexes, soit entre des individus du même sexe, c'est-à-dire des maladies vénériennes qui n'étaient pas vénériennes ? Galien vient d'ailleurs dissiper jusqu'à l'ombre du doute ; il appelle anthrax de la verge, un ulcère rongeant, semblable à une brûlure, et accompagné de fluxion, quelquefois de bubons et de fièvre. Léoniceno décrit encore mieux ccUe maladie, sa marche et ses progrès, de manière quil est impossible de méconnaître l'ulcère gangreneux auquel M. Carmichael a donné, dans ces derniers temps, le nom (ïexfoiiatif.
(i) Plusieurs partisans de ranciennelé de la syphilis ont ccnpioyé, pour soutenir leur opinion , des argumens qu'Astruc et Girtauncr récusent avec raison. Ainsi (îardane et Cezan croyaient la retrouver dans la peste d'Athènes . décrite par Thucydide. Alliul
lir.S MAIADIES VÉNÉRIENNES. 555
lion, qui dëbulc par une grande sécheresse, beaucoup de rougeur et des démangeaisons auxquelles succèdent bienlôt des douleurs cuisantes. La plupart des écrivains modernes ont fait peu d'attention à ces prodromes, si ce n'est lorsqu'ils se prolongent au-delà de quelques jours, comme il arrive parfois, surtout chez les femmes , cas dans lequel on les a désignés sous le nom de (jonorrliée sèche (i). Mais les médecins antérieurs au quinzième siècle, loin de les négliger ainsi, y attachaient la plus grande importance, et les considéraient comme une afleclion distincte , tandis que fort souvent ils ne faisaient pas nienlion de l'écoulement, qu'ils savaient en être la suite ordinaire et presque inévitable, comme l'expectoration est celle de la bronchite. Ils admettaient même deux espèces de celte maladie , selon qu'elle se manifestait , soit sur le gland, ou à l'orifice des organes génitaux de la
la voyait indiquée dans un passage de la vie d'Auguste par Suétone [Attic. 80), dans un antre de celle de Tibère par Tacile [Annal, lib. l\), et dans les Mélamorphoses d'Apulée [lib. 10), quoiqu'il y ait bien réellement quelque chose , dans ce dernier, qu'on peut, à la rigueur, cnlcndre des maux vénériens. Gorîs lui appliquait un passage de Valère Maxime {Mcmovab. Ub. 5, c. 5). Calniet prétendait qu'elle se rappoitc à la maladie Lesbienne de Lucien et d'Ausone. Ce sont ces argumens mal choisis qui ont donné tant d'assurance aux parlisans de l'origine américaine. Leurs adversaires s'épuisaient en vains efforts pour les soutt-nir, négligeant le seul qui fût valable, et auquel personne n'a songé jusqu'à ce jour, la révolution survenue dans les théories médicales.
(i) Peut-être l'urétrile était-elle jadis plus souvent sèche quelle ne l'est maintenant ; on sait que les femmes de la campagne ont moins de fleurs l)lanches que celles de la ville ; le sauvage de lAveyron n"a été sujet au corjr.a que long-temps après avoir été habillé.
femme , soit dans l'inlériour de l'urèlre. Comme- ils croyaient rori^iiic de raflbclion différente dans ces deux cas, qu'ils l'altribuaient, dans l'un, à des causes externes, et, dans l'autre, à des causes internes, la première variété, désignée sous le nom (Yarsurc {ardor, calcfactio, inccndium), était abandonnée exclusivement aux chirurgiens, tandis que l'autre, appelée ardeur d'urine, rentrait dans le domaine de la médecine proprement dite.
Guy de Chauliac parle fréquemment de l'arsure, qu'il attribue h des matières sordides [fœdilas, sorditics), déposées autour du gland, et provenant de la malpropreté, ou du commerce avec les femmes (i). Argelala prévient les fausses interprétations qu'on pourrait donner à ce passage remarquable, en disant qu'il survient souvent des pustules au membre viril, ex materia vencnosa quœretinetur et remanet intcr pî'crputium et pcllem virgœ , ex actionc viri cum fœda mulicre ('2). Au reste , Guy de Chauliac ne s'exprime lui- même pas d'une manière plus équivoque, car il nous apprend que l'élat pathologique appelé fœdltas virgœ, survenait proptcr decubilum cum fœda mulicre, et je ferai voir, dans le chapitre suivant, quel sens on attachait, durant le moyen âge , h ces mots fœditas inutierurti. Plus anciennement Lanfranc, Guillaume de Salicet et autres , parlent du même mal en termes qui attestent jusqu'à quel point on le jugeait digne d'attention. Il fallait bien qu'on le crût fort sérieux, puisque l'autorité finit par prendre des mesures pour en ar-
(1) Cjrurgia, ir. IV, doclr. III, c. 7. Tr. M, tloctr. II, c. 7.
(2) Chiruvgia' llhrlW, Uli. II. Ir. 3o, c. 0.
rôter la propagation , en prononçant des peines sévères contre ceux qui ne s'y conformeraient pas. Tel est le sens des anciens réglemens donnés, en 11G2 et i43o, aux lieux de débauche de Londres, et que Becbett (i) nous a conservés (2). Or, depuis Charlemagne , il existait des établissemens et des réglemens à peu près semblables dans la plupart des grandes villes de l'Europe. Tous les médecins et beaucoup d'historiens parlent de maladies que l'on contractait dans ces lieux, appelés clapiers, d'où le flux urétral a tiré le nom de clap. Ainsi , par exemple , au rapport de Doglioni ( 5 ) , les filles publiques de Venise communiquaient, au commencement du quatorzième siècle, une afiection particulière, qu'on
(1) Phil. Trans., vol. XXX, p. SSg.
(2) Les uoms de burning, brenning, imposes alors à riiifl.iinLnation de la membrane muqueuse génito-uriaairc, par les Anglais, rappellent la dénomination populaire actuelle de chaude- plssc. Astruc et Girtauner, non-seulement révoquent en doute la vérité des rapports de Beckelt , mais encore soutiennent que , même en les supposant véridiques, il y a tout lieu de croire que l'arsure était un accident de la lèpre. Cetle conjecture porte à faux, car il nest pas fait mention de larsure dans le tableau de la lèpre, si bien tracé par Gordon, Guy de Chauliac, et surtout Tliéodoric , non plus que dans les prolixes instructions destinées à retracer les signes indicateurs de cette maladie, entre autres dans le long Examen Icprosorum, qui fait partie de la collection chirurgicale de Gesner. Or il n'est pas probable qu'on eût passé sous silence un symptôme aussi frappant, tandis qu'on examinait avec l'atlenlion la plus minutieuse une foule de caractères beaucoup moins évidens 1 1 fort é(|uivoqucs.
(5) Cose iwtdbili (l( Venczia. p. 2^).
l 336 TRAi^ré
nommait en italien vcrmocanc. Un peu plus tarrl , en 1047, Jeanne, comtesse dePi'ovenee,élaLIit, dans la ville d'Avignon, un»; maison de joie, à laquelle elle donna des .statuts portant que les femmes qui y seraient reçues fus • sent visitées tous les samedis, afin de s'assurer si elles n'auraient pas conlract(!;quelquemrt^rf6prt^i//ar(/fsc. Les auteurs qui n'ont écrit que sur le mal français, ne parlent point ou presque point de l'arsure, si ce n'est quelquefois à l'occasion des chancres, qui en sont la suite la plus ordinaire; mais ceux qui ont traité de tout l'ensemble des aflcctions chirurgicales, la peignent comme une maladie souvent grave, qui résultait du commerce avec les femmes, ctlou3 lui consacrent un examen particulier. Ainsi Jean de Vigo en fait mention dans le second livre de son ouvrage, tandis que c'est dans le cinquième seulement qu'il décrit le mal français.
Quant à l'ardeur d'urine, qui précède toujours la gonorrhée, et qui ne diffère de l'arsure que par son siège, Yalescus (1), Jean de Tornamira (2), Gatinara (5), Jean de Gradi (4), Goncoregio (5) , Magninus (G), et autres médecins, en ont donné des descriptions étendues. On l'attribuait généralement h une affection du foie et des voies urinaires. Quelquefois aussi on la faisait dépendre de l'action d'une matière acre , descendue de toutes les parties du corps, et notamment du foie. Enfin,
(1) Philon., 1. V, c. 94.
(2) Clarificatorium super nono Almcinsoris, p. 85.
(5) De ctiris œgritudiit. super nono Alinonsoris, Lvou, l558. in-/j°.
(4) Consilia, Venise. i53i. iii-fol.
(5) Flos /lor, Mecl., tr. HT, c. 1.
fO) Hegimen sanitat., p. IV, c. 1.
DliS MALADIES vâ.'^ilUKNJSIiS. Sô^
dans certaines circonstances, on la croyait îe résultat de l'abus des plaisirs do l'amour , qui effectivement l'occasione chez Leaucoup d'hommes. On ratlribuail, d'après Avlcenne (i), à ce que le passage trop fréquent de la liqueur prolifique entraîne l'humeur destinée h luhréficr l'urt'lre; explication fautive, sans doute, mais qui dénote au moins la connaissance d'une cause dont on néglige beaucoup trop la considération aujourd'hui, quoiqu'elle soit une source abondante d'écoulemens par les parties génitales (2). Au quatorzième siècle, Ardern, cité par Beckctt et Freind (5), ne conseillait que les injections de lait contre cette affection , d'où Astruc conclut qu'une maladie à laquelle on n'opposait qu'un moyen aussi simple, ne pouvait être considérée comme l'avantcoureur de la gonorrhée. Mais, sans compter que le traitement proposé par Ardern serait encore aujourd'hui trouvé fort raisonnable dans certains cas et certains périodes de l'urétrite, il est bon de ne point oublier que, comme il existait alors un mur d'airain entre la chirurgie et la médecine, les chirurgiens glissaient rapidement sur l'ardeur d'urine , qui n'était pas de leur ressort , et n'insistaient que sur le traitement de l'arsure , qui répond à notre balanile.
(1) L. III, Fen. XIX. tv. 2, c. 5.
(2) Ce n'était là que l'application d'une théorie fort ancienne, provenant de ce que le premier eflet de l'irritation est de faire cesser la sécrétion des membranes muqueuses. Cette théorie s'est conservée très-longtemps, car Tissot, par exemple, dit, après beaucoup d'autres, que les purgatifs répétés enlèvent le mucus des intestins, et les rendent par là plus sensibles.
1^3) Ilist. med., p. 588.
558 TRAlTli
Au dire d'Astruc et de Girlanner, la gonorrhéc , qui est la suite presque constante de l'ardeur d'urine, ne parut que vers l'an i55o. Mais on ne peut pas môme hésiter h la mettre au nombre dos maladies les plus aneiennemeut connues. Elle est décrite avec précision dans le Lévitique (>); et les règles sanitaires prescrites par le législateur , attestent assez qu'elle était contagieuse à un haut degré parmi les Hébreux (2). Les Arabes Ali-Abbas (5), Avicenne (4), Avenzoar (5) et Albucasis (6), l'ont clairement indiquée. Constantin l'Africain (7) , Gariopontus (8) et Roger (9) en font aussi mention. Dans le célèbre recueil de satyres attribué à Curio (10), il est parlé, sous le nom de ^omorre, d'une affection alors très-répandue dans la ville de Rome. Ce terme, auquel, par une confusion d'idées assez commune dans toutes les langues , on attachait deux sens différens , de manière qu'il signifiait , au moral , un vice provenant de mœurs
(1) Levit. i5, V 2-35.
(•i) On ne conçoit p.ns comtuent iiosquillon a pu prétendre rjuc Moyse n'a voulu parler que duu simple écoulement de semence, ]iuisqu"il est évident que la gonorrliée dont il lait meulion était contagieuse et s<; propageait par 1 union des sexes. Au reste le texte de la loi donné clairement à entendre que la maladie se dissipait dellc-mêmp, comme elle fait encore de nos jours.
(5) Liber tolius med.. c. IX, 58, p. 119, b.
(4) Can. Ilh. IJI, Fen. XX, U: II. c. 22, p. 7o5.
(îi) Geminiim demcd. facult.. 1. II, tr. IV, c. 3, f. 85, a.
(6) Liber theor. neenon pract., tr. XXI, c. 4» f- 94-
(7) Oper. J, V. 21, p. 120.
(8) Àdtotius corp. agrit. liber, 1. III, 67, p. 76, 1). (f)) Cyrurgia, tr. I, c. 56, f. 220. a.
(10) PastjuiUorum totni duo. ElcxiÛicropoW», 1642.
DES MALADIES Vî'NÉRIEMVES. SSq
ïî(^pravécs, cl, au physique, une maladie des organes génitaux, lirait, suivant Béroald, son orig*ine, par corruption, de l'ancien mol gonorrhée. On le retrouve depuis, h chaque instant, dans les ouvrages publiés pendant le cours du quinzième siècle , par exemple dans ceux de Tornamira , Yalescus et Concoregio, de sorte qu'on voit qu'il était question d'écoulemens par la verge long-temps avant l'épidémie italienne. Au contraire , il en est peu fait mention durant celte dernière, car Marcel de Côme les indique h peine , comme aussi Grunbeck , Steber et Pinctor n'en parlent qu'en termes obscurs , quoique Benedetti les décrive très-bien , h la vérité sans les donner pour une maladie nouvelle , et que Cataneo , le premier depuis Moyse, les déclare contagieux. Mais, à cette époque, on les attribuait à une autre cause, et on ne les regardait pas comme une dépendance du mal français , avec lequel Benedetti et Cataneo eux-mêmes ne les mettaient point en rapport, de sorte que, quoiqu'ils existassent réellement durant tout ce période , comme dans les précédons, il n'est pas surprenant que d'autres écrivains sur l'épidémie italienne, tels que Massa, Maltioli, Rangoni et Fracastor même , les passent entièrement sous silence.
L'inflammation du testicule, qui complique si souvent l'urélrite , n'est omise dans aucun traité chirurgical du moyen âge. Mais on était habitué , depuis long-temps , h faire un chapitre distinct des maladies du testicule, et il fallut bien des années encore avant qu'on renonçât h celle coutume. Quoi qu'il en soit, nous trouvons cet accident très-clairement décrit dans Guy de
7■)f^^^i THAiTi^:
Chaiiliac (i), Argi^lula (y), Guillaume de Sallcol (5), et autres. Pendant le cours de l'épidémie du quinzième et du seizième siècles, Bcnedelti (4) el Joau de Vigo (ô) en «arlonl fort au long; mais, à l'imilalion de Ions leurs nrédécessciu's, ils continuent à lui consacrer un chapitre à part. Sans doute l'inllammation du testicule ne coïncide pas toujours avec celle de l'urètre, et elle peut dépendre d'une foule d'autres causes; mais, comme l'uré- Irile a existé de toute anticpiité, il est naturel de penser que, de tout temps aussi, elle a entraîné h sa suite les mêmes accidcns que nous voyons aujourd'hui être ses ré- Rultats. C'est pourquoi je ne chercherai pas des traces de l'ofcliite dans des temps antérieurs à ceux du moyen itge , quoiqu'il s'en trouve beaucoup dans les écrits des Arabes e4, des Grecs.
Les rétrécissemens de l'urètre n'ont dû être rares non plus dans aucun temps, à la suite de la gonorrhée. En effet, on les trouve décrits très-fréquemment , mais toujours à une grande distance de la maladie qui en est la cause. Ainsi, Valescus nous enseigne qu'on les attribuait souvent h des excroissances verruqueuses ou charnues développées dans les reins ou les voies urinaires (6). Paul d'Égine conseille , lorsqu'il se présente des ulcérations dans l'urètre , d'introduire dans le canal un tuyau de plume , puis une tente de linge enduite de quelque on-
(i) Cjrurgia, tr. II, doclr. II, c. 7.
(2) Chiriirgia, lib. I, tr. a8, ci.
(5) Chirurgia, 1. I, c. 5o.
(4) Lor. cit. XXIV, 23, f. 3o.
{?>) Praet. cop. II, 6, c. 1.
(ff) rhilon., 1. V, c. 21.
DES MALADIES vi^i' RIENITKS. ^f\V
gucnt dessiccatif (i) , ce cjui fait remonter l'origine desbougies bien plus liant qu'on ne le pense communément d'après Astruc. Aelius propose aussi les injections dans ce cas (2). Celait également le mode de traitement qu'Actuarius mettait en pratique (5). Il serait facile de trouver d'autres exemples analogues dans Cœliiis Aurelianus, dans Celse, et même dans les œuvres d'IJippocrate.
Les fistules urinaircs , qui sont les suites inévitables des rétrécissemens de l'urètre abandonnés à eux-mêmes , n'étaient pas non plus inconnues aux anciens. Guy dé Chauliac en fait mention (4) , de même que Valescus (5). Galère Maximien en était atteint, au rapport d'Eusèbe., Tous les chirurgiens du moyen âge les regardaient, d'après l'autorité d'Avicenne, comme les plus redoutables ulcérations qu'on pût avoir l\ traiter, et, malgré lespro-; grès que les modernes ont faits dans le traitement des maladies des voies urinaires, elles ne font que trop souvent encore le désespoir de la chirurgie.
Quant aux chancres , il eu a existé aussi long-temps avant la lin du quinzième siècle. Argelata (G) et Valescus (7) , ce dernier surtout , s'expriment si clairement à leur égard , qu'il n'est pas possible d'élever le moindre doute sur le sens qu'on doit attacher \x leurs paroles. Au
(2) Tetrab.W, I. II, c. 19.
(3) Meth. med.. 1. JV, c. 8.
(4) Loc. cit., tr. IV, doctr. II, c. 7.
(5) PhUon.,l\, c. 6.
(6) Cliirurgia,\. I, tr. XII, c. 1.
(7) PhUon., 1. VI, c. G.
quatorzième siècle, nous rcnconirons Guy do Chauliac ( i ) , Cordou (2) et Arnauld de Villeneuve (5); au lix-izicnie, Lanfranc (4) cl Guillaume de Salicet (5); plus avant encore, Roger (6) et Albucasis (7). Il serait aisé, en remontant toujours, de trouver aussi des traces de cette affection chez les Romains et les Grecs, puisque Paul d'Lgine, Aetius etOribasc parlent assez clairement des chancres, et qu'on aurait peine h citer une seule nuance d'ulcération des parties génitales que Celse n'ait parfaitement décrite. On lira avec fruit , sur ce sujet , une savante dissertation de M. Sprengel (8). Déjà, au seizième siècle, Nicolus avait rassemblé tout ce que les anciens ont écrit sur les chancres, leurs effets, leurs nuances et leur traitement.
De même que de nos jours, les ulcérations de la vergo prenaient souvent, chez les anciens, le caractère rongeant ou gangreneux, détruisaient les tégumens du scrotum, et entraînaient la chute des parties génitales et la mort. Deux citations , jointes à celles que j'ai déjà rapportées précédemment , suffiront pour établir ce fait. Paul d'Egine assure que la peau du prépuce tombe on gangrène dans un assez grand nombre de cas , de même
(1) Cyrtirgia, tr. II, doctr. I. c. 2.
(2) LU. med., p. I, c. 22, 30.
(3j Breviar., 1. Il, c. 43.
(4) Doctr., m, c. 2.
(6) Chiriirgia, 1. III, c. 54, 55.
(7) De chirurg., 1. II, c. 56, p. 269.
(8) Diss. de ulceribus jôirgœ , Halle, 1790. — On peut aussi cousuller l'ouvrage de Perenotli.
DES MALADIES v£>feRIE>:CES. 545
que tout ou partie du gland (i). On trouve aussi quelque chose de semblable dans Celse (2).
Le phimosis et le paraphimosis ont dû nécessairement exister dans tous les temps où il y eut des chancres, puisqu'ils résultent du gonflement inflammatoire ou œdémateux causé par ces derniers. En eflet , on les retrouve assez souvent dans le cours du moyen âge. Guy de Chauliac a décrit le phimosis sous le nom de prœpiitii clausura (3). Ardern en parle aussi , au rapport de Bcckett, de même que Roger (4) et Albucasis (5). Argelata dit avoir observé le paraphimosis (6). Paul d'Egine surtout le décrit avec la plus grande précision , et l'attribue, soit à des excroissances, soit h des ulcérations, mais en général au gonflement inflammatoire (7).
Si l'on en croyait Astruc , les bubons n'auraient été observés pour la première fois qu'en i532 par Massa, et en i54o par Lobera. Mais, comme les chancres remontent jusqu'aux temps les plus anciens , il doit en être de même pour les bubons, qui les accompagnent si souvent. Ainsi, sans m'arrêter h prouver qu'on a vu des bubons postérieurement à l'année i493, dans le cours même de l'épidémie du mal français , comme le témoigne Marcel de Côme, et antérieurement h iSôa , je dirai seulement qu'on les trouve plus ou moins clairement indiqués ou
(ï) De re med. YI, 5-j.
(2) L. VI, c. 18.
(5) Cyrurgia, tr. VI, doctr. II, c. 7.
(4) Chirurg., 1. UI, c. 34, 35.
(5) Chirurg., 1. III, c. 56, p. 969.
(6) Chirurg., 1. II, tr. XXX, c. 2.
(7) L. c, VI, 55, 56.
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c]i''crl{s dnns Argclata, Guillaume <lo Salicct, Lanfranc, Ardrrn, Tlicodoric, etc. Argelala fait même observer qu'on les remarquait surtoutaprès avoir lavé les parties ulcérées avec (lu vin styptique , sans avoir employé préala7 blcment les purgatifs, et il les attribue h l'humeur répercutée; PMSsi prescrit-il, lorsque l'inflammation est très-yive, de se borner h des lotions avec l'eau tiède seule. Lqs l)ubpns,sont un des maux que les médecins ont dû colinaîlre (bi meilleure heure, parce qu'ils sont aussi iin de ceux qui tombent je plus aisément sous les sens. Aussi sont-ils Hjentîonnps fréquemment par Actuàrius, Aetiils^ Paul d'Egine, Marcellus Empiricus, Galien, Pline, Gelso ct.IIippocrate. Les anciens les attribuaient, comme nous, h des causes différentes , ot ne les faisaient pas tous dépendre de l'action d'un principe morbifique particulier; de là sans doute les dénominations variées de /Soui^Ajy (f)vy.A el çuj'&rApv , sous. Jle^qu.ellcs les Grecs les désignaient. .^. ^„f,. .
Il serait très-d'flicile de resserrer dans un cadre étroit tout ce qui, dans les écrits des médecins de l'antiquité et du moyen âge, a rapport aux exanthèmes que l'on appelle aujourd'hui vénériens ou syphilitiques. On trouve , à la vérité, une foule de notions sur les maladies chroniques de la peau; mais l'imperfection des descriptions, qui ne se bornent néanmoins pas toujours, comme aujourd'hui, h peindre les écailles et les croûtes produites par la dessiccation de l'humeur exsudée, le changement total que la nomenclature a subi, l'obscurité des termes, pour la plupart Inusités et oubliés de nos jours , mettent un travail complet sur cette matière presqu'au-dessus des forces humaines. Cependant on rencontre un assez grand
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nombre de passages qui indiquent , d'iine mani\;rc fortclaire, qu'on observait réellement diverses de ces affec-; lions avant la fin du quinzième siècle. Ainsi, Arnauld de Villeneuve annonce qu'il a vu des pustules au scrotum (i). Brunus traite de la formica de la verge, et on appelait alors formica une espèce de dartre pustuleuse, serpigineuse ou rongeante (2). Tornamira parle égale-.ment de dartres aux organes de la génération (5). Aètius a aussi remaixjué des croûtes prurigineuses au scfcotùni et aux parties génitales de la femme, et il indique une sorte de cristalline qu'un spéculum lui permit d'apcreevoir dans l'inlérieur du vagin (4). Paul d'Egine fait mention d'iin érygipèlc à la région de l'anus 1(0);»^; 6t Oribàse d'ulcérations du vagin, accompagnées dç^démangeaisons» et de croûtes (6). . -, • -z^- ■
La cristalline , expression ipopulaii'e q^é désigne une des suites ordinaires d'un vice infâme > a'À pu manquer d'être aussi ancienneque ce vice, très-répandu parmi les anciens, comme il l'est encore aujourd'hui dans tout le Levant, En effet, Cœlius AurçlianvJà entonne la desccip-^ tion (7), et c'est à elle qu'on doit rapporter les pustulœ /uceme* dont parle Martial. Gbmment donb Astruc a-t-il pu dire que l'année iGio fut celle de son apparition?
Quant aux excroissances verruqiïeuses, à peiùe est-il
(1) Breviar., 1. II, c. 43-
(2) CInrurg. magna, 1. II. c. 14.
(3) CUtrificatorium, p. 88.
(4) Loc. cit., c. IV, 4. c. 108
(5) De re med., III, 69.
(6) Ai Eunap., IV, c. 112.
(7) Morb. chron., VI, 9.
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une affection locale dos parties naturelles de l'homme ou de la fcumic dont il soit parlé plus souvent dans les auteurs qui ont écrit avant le seizième siècle. Lanfranc les met au nombre des accidensqui surviennent au prépuce, par «uite du commerce avec une femme impure (i). Theodoric en dislingue deux espèces , qu'il appelle verrues pu poireaux, suivant qu'elles ont une base large, ou qu'elles sont portées sur un pédicule (2). Brunus (5), Roland (4) et Albucasis (5) en font également mention. Les écrits des Grecs et des Romains fourmillent aussi de passages relatifs aux verrues, qu'ils attribuaient h diverses causes, mais toujours à une irritation locale, qu'ils ne faisaient par conséquent pas dépendre du coït, dans tous les cas, et dont ils admettaient deuxespècès, décrites ou indiquées, non -seulement dans Hippocrale , mais encore dans Dibscoride (6), Pline (7), Celse (8), Galien (9) et Aetius (i o), dont Paul d'Egine (1 i)copielcs paroles. Cependant Astruc soutient que Maynard en a fait, pour la première fois, mention en i5 14 . tandis que , si nous voulions nous borner seulement aux écrivains sur
(1) Cyriirgia, Ir. III, doct. III, c. 11.
(2) Cyrurgia, III, 16, 58.
(3) Chir. magna, II, i4'
(4) Chirurgia, III, 5l.
(5) Loc. cit., c. 70, p. 3 19.
(6) De mat. med., 1. 82.