‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnel (volume 2)Chapitre 25 sur 29 · C. IV · texte numérisé non relu

C. IV

(5) IV, 2, c. i5. IV, 4, c. io5. IV, s2, c. 2, 3, 4.

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d'un vice conlrairc aux préceptes delà morale. Celse(i) et Scribonius Largus (2) en font mcnlion. Aclius les décrit encore plus longuement (3), de même que Paul d'Kgine (4). iMais c'est surtout dans les écrits des Aral)lstes que nous trouvons ^de grands détails sur elles, car il n'est pas un seul chirurgien du moyen âge qui omette d'en parler.

Quant à ce qui concerne tous les autres accidens cjuo l'on range aujourd'hui parmi les symptômes de la vérole constitutionnelle, jamais les anciens n'ont eu l'idée de les faire dépendre des aiTections qu'ils observaient aux parties génitales. Lorsqu'il en survenait, ce qui devait être moins fréquent que de nos jours, parce qu'on s'attachait davantage à traiter et à combattre les maladies locales, on les attribuait h l'action directe d'une influence extérieure sur la partie qui en était le siège, ou, h défait de cause évidente, h quelque cause interne suggérée par les théories régnantes. Jamais les anciens n'employaient de médicamens internes pour corriger les humeurs , quoiqu'ils admissent aussi des vices humoraux , semblables à nos virus. On ne trouve, dans leurs ouvrages , aucun signe de l'état que les modernes désignent sous le nom d'infection générale , et tout au plus font-ils mention de la fièvre , ou quelquefois de douleurs ressenties dans les parties voisines du siège du mal. Leurs théôiùes ne permettaient pas qu'ils fissent, comme nous, dériver d'une même source des épiphénomènes qu'ils expli-

(2) De comp. medic, c. 89, 90.

(3) IV, c. 3, 14, i5, IV, 4. c. 107.

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quaicnt facilcinent d'une autre manière. C'est ainsi qu'ils altribiiaienl à l'influence de l'humidité, réunie h la chaleur, les afTecljons de la gorge, si communes parmi eux, dont Arétée a donné une excellente description, ainsi que de tous les accidens qui peuvent les compliquer, et dont ils connaissaient parlailement aussi la coïncidence fréquente avec les inflammations des parties génitales, sans que la simultanéité de ces phénomènes leur eût suggéré d'autres idées que celle de l'action d'une cause extérieure exercée h la fois sur plusieurs organes.

C'est ici le lieu de signaler les distinctions spécieuses que les partisans de la nouveauté de la syphilis ont imaginées, dans la vue d'étayer leur système. Aslruc s'exprime ainsi : « Tous les maux dont il vient .d'être question , ne provenaient pas d'un commerce impur, car les organes génitaux sont exposés à une foule d'accidens qui ne dépendent pas du vice vénérien. » Celte proposition est vraie , quoique la situation des parties naturelles les garantisse déjh plus qu'aucune autre de toute atteinte extérieure , et qu' Aslruc n'ait guère songé h l'influence que les autres organes exercent sur elles, dans l'état paiholo2;ique surtout. JMais quand la fréquentation des femmes est annoncée expressément comme étant la source des maux qui aflligent ces parties, ainsi qu'elle l'est dans la plupart des cas précités, peut-on refuser d'admettre l'existence d'une véritable maladie vénérienne? C'est cependant ce que font Astruc et ses partisans , sans même excepter Bosquillon, qui s'est montré si sagement sceptique sous d'autres rapports. « Les femmes publiques, dit Astruc, ont été de tout temps très-impures , de sorte qu'il devait souvent arriver aux hommes impu-

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(îifjucs qui les fr(^qtient aient, de contracter des phlogoscs, des inflaniuialions , des abcès , des ulccTes, des carcinomes aux parties naturelles. L'abus même des plaisirs de l'amour sudisait pour provoquer ces maux, qui peuvent dépendre en elFet d'ime semence acre, saline et chaude, do l'aHlux lonj^-temps prolongé du sang, et surtout de l'abus des aphrodisiaques. » Il faut élre bien aveuglé par la prévention, pour ne pas sentir la puérilité d'un pareil raisonnement. Qu'entendait donc Astruc par cette impureté des courtisanes, puisqu'elle était capable, selon lui, de produire deux ordres de phénomènes, h la fois si semblables et si différons, h raison de la seule différence des temps? Cependant il va plus loin encore. Minadous avait dit, en 1696, que la virulence syphilitique vient de la corruption de plusieurs semences mêlées dans les matrices des courtisanes les plus dissolues ; mais, après qu'il s'est ainsi rapproché jusqu'à un certain point de la vérité, le préjugé régnant de l'origine américaine l'en écarte, et le conduit à la plus bizarre désassortions, puisqu'il déclare que ce qu'il vient de dire ne doit s'entendre que des femmes américaines. Or Astruc, satisfait de cette dernière restriction, approuve d'ailleurs le raisonnement de Minadous, sans s'apercevoir à quelle inconséquence il se trouve conduit par là; car si la virulence syphilitique provenait de la source indiquée par ce dernier, on ne voit pas pourquoi elle serait plus propre aux femmes du nouveau continent qu'à celles de l'ancien. En les supposant aussi dissolues que les récits mensongers, ou au moins fort exagérés, de Vespucci (1), adoptés par Pau-w,

(1) Oviedo s'olail borné à ilirc cjue les femmes américaines, Irèf-

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uoiis les ropréscnlent, il s'en fallait encore de beaucoup que la dépravation des mœurs fut portée, parmi elles, au <legré où elle arriva lorsque Cléopàtre, les femmes de la

rt'servéos avec leurs compatriotes, s'abandonnaient facilement aux Espagnols, fait attesté par Uerrera et La Casa. M.iis Vespucci ajouta qne, portées par un attrait irrésistible aux jouissances de l'amour, et ne trouvant pas les hommes assez ardens pour satisfaire leurs desirs effrénés, elles avaient recours à des boissons excitantes et h de8 irritations mécaniques : Faciunt intiimcscere maritorum ingaina in tnntam crassitudinem ut dcformia vidi^antur el turpia, et hoc qiiodam earian artificio et mordicatione quarumdam animalium venenosorum, et bujas l'ci causa multi emittunt luguina, quœ iiUs ob defectum curœ flacccscunt, et multi eorum restant eunuchi. Girtanner accueillit cette iinecilote, si peu digne de foi, et s'en senrit pour étayer une livpotlièse par laquelle il expliquait le premier développement de la maladie en Amérique. Il pensait, en eCFct, que le venin des insectes, porté par l'homme dans le vagin de la femme, produit, chez cette ilernière, des ulcères qu'elle communique à ceux qui ont ensuite commerce avec elle. On ne saurait trop s'étonner de ce que les auteur» se soient tous évertués à imaginer une cause extérieure et matérielle des accidens vénériens, sans qu aucun ait eu la pensée que laction vitale surexcitée peut seule les produire, et que les parties qui en sont le siège ne se comportent pas dune manière purement passive dans leur développement. L'hypothèse de Girtnnncr peut être mise sur la même ligne que celle d'Overcamp, imaginée déjà par Van Hclmont, et soutenue depuis par Roberg el Linder, qui pensaient que la maladie est née en Amérique, du commerce des Indiens avec les singes ; celle de Lister, qui, raisonnant d après un passage mal interprété d'Oviedo, prétendit quelle a été produite par l'usage de la chair d'igouane ; celle de Hauptmann , Lange, Avercromby, Ilartsoekei . Calmet, Dcidier et Juch. renouvellée, dans ces derniers temps, jiar M. Cullerier, qui supposaient, conformément à la doctrine de Kirclier. que les symptômes vénériens sont dus à des vers ou iusoclts qui s'insinuent dans les parties naturelles et les rongent ; celle enfin

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famille d'Auguste et la fille d'Alexandre VI étonnaient l'univers par leur libertinage clTrcné. Comment n'a-t-on pas sonii qu'il y a une conlradiclion manifeste h faire provenir une maladie de la débauche, et à prétendre en même temps qu'elle a pris naissance dans une contrée où, par la nature même des choses, les excès en tous genres ne pouvaient point être et n'étaient pas en effet poussés h beaucoup près aussi loin que dans le pays où l'on veut qu'elle ait été apportée de là? S'il est des maux qu'on contracte par le conunerce des femmes, et qui ne soient cependant pas vénériens , ou pour mieux dire syphilitiques, comme, dans l'esprit du système qui règne aujourd'hui , le traitement doit varier h un degré considérable, il faut aussi que des signes certains puissent servir à les caractériser. Mais quels sont ces signes? J'ai prouvé, à l'article de chaque symptôme, qu'il n'en existe pas un seul, et que tous ceux qui ont vu , qui ont traité des maux vénériens, en font l'aveu formel. Comment d'ailleurs distinguer ces maladies syphiloïdes ou pseudovénériennes de celles qui sont réellement vénériennes, puisque , pour accroître encore les difficultés du diagnostic, on veut qu'il soit possible de devoir à une seule et même cause, le libertinage , V impureté des femmes , des maux vénériens et des maux non vénériens ? Et qu'on ne prétende pas que le mercure servira de pierre de touche, car tous les praticiens conviennent qu'il échoue

clcRehmann, qui voulait (juc la sypliilis eût pris naissance en Égj'pte, d'où les Juifs, l'ayant conlracléc pendant leui' captivité, la rap. portèrent depuis en Palestine, contrée dans laquelle les chrétiens en puisèrent ensuite le germe au temps des croisades.

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souvent. Bell, qui le croyait un antidote assuré, avoue néanmoins qu'il est sujet }i produire des symptômes semblables à ceux de la vérole. Enfin, Bosquillon, qui ne regardait pas les ulcérations des parties génitales décrites avant le quinzième siècle comme vénériennes , est cependant forcé de convenir qu'elles étaient fort difficiles à détruire, et que les affections syphilitiques ne sont pas, comme on l'a avancé , les seules rebelles à tous les remèdes ; sans compter qu'il déclare , dans un autre endroit, que tes trois quarts au moins des ulcères qu'on traite comme syphilitiques, tiennent à d'autres causes. On tombe évidemment dans les plus étranges inconséquences quand on admet que des affections qui proviennent d'une même source , qui se manifestent dans les mêmes circonstances , et qui présentent les mêmes caractères, forment cependant, tantôt un faisceau étroitement serré , entre toutes les parties duquel règne une intime connexion, tantôt une série de maux indépendans les uns des autres et n'ayant rien de commun ensemble, suivant qu'elles résultent ou non d'une cause générale , qu'on admet sans la moindre preuve, sans même la moindre nécessité , ou plutôt suivant qu'on les trouve décrites soit dans tel siècle soit dans tel autre (j). Je

(i) Bru fait à ce sujet les réfleidons suivantes : « Il parait fort singulier d'entendre dire qu'un symptôme vénérien n'est pasvérolique; car vénérien et vérolique sont des termes synonymes, ce cpai fait que cette manière de raisonner nest qu un jeu de mots. Y a-t-il quelcrue différence entre le mode vénérien qui produit un symptôme de ce nom, et celui qui donne la vérole? S'il n'y en a point, tout symptôme vénérien est vérolique, quelque petit qu'il soit. Cet argument est sans réplique. Jlais il est possible que l'irritation vénérienne soit

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ne larderai pas h donner une autre prcjive non moins frappante de l'influence de la prévention et do l'esprit d<v système; je montrerai que les mêmes écrivains qui refusaient de rejjjarder comme; syphilili(|iies les maladies des organes génitaux décrites avant la lin du quinzième siècle, parce que les anciens se sont bornés à faire connaîlri' les caractères de chaque alVtxtion locale , qu'eux-mêmes négligent, au contraire, pour la plupart, finirent par ranger insensiblement le plus grand nombre des maux auxquels réconon)ie animale est exposée dans le domaine delà syphilis, et formèrent ainsi de cette dernière un composé monstrueux des accidcMis les plus disparates, <lont il resta peu h peu dajis les esprits une idée confuse, qui se propagea d'autant plus facilement qu'on la comprenait moins. C/esl ce que je prouverai dans le chapitre suivant , après avoir remonté jusqu'à la source d'une théorie qui enfanta des subtilités si étranges , et qui , à l'instar de toutes les doctrines médicales , ne se borna

uioiiiilïc avec Ici symptôme qu'avec Uû autre : nous devons le sup poser, et ce sont ces degrés dirrilaljou, qui supposent la sphère d'aclivité du loyer tort éteiulue, rpii peuvenl nous autoriser à nous servir du mot vérole, pour exprimer une mesure donnée diufeclion. mais sans jamais doun(!r à enleudre qu'elle soit générale, car, si Ton comparait l'elTel local du mode vénérien à celui qu'on voudrait supposer général, on verrait que ce dernier serait le terme de la vie. Il peut encore exister plusieurs foyers d'inl'eelion, qui auront chacun leur sphère d'activité particulière, et qui pourront même en

établir d'autres, s'ils sont l'avorisés par les circonstances Ce qui

le prouve, c'est qu'on peut guérir l'un sans l'autre, en ne les traifani même que localement : s'ils étaient entretenus par im fover commun , cet eflet n'aurait certainement pas lieu. »

pas h changer le cours des spéculations, mais exerça en incnic temps une influence puissante tant sur le mode de curation des maladies auxquelles elle se rapportait, que sur le bonheur de la société et le repos des familles (i).

(i) La vérole est, sans conliedit , de toutes les maladies, celle à laquelle s'appliquent le mieux les réflexions suivantes de Mallebrauclie , que les médecins ne sauraient trop méditer. « Une maladie est nouvelle, dit ce philosophe; elle i'ait des ravages qui surprennent le monde ; cela imprime des traces si profondes dans le cerveau, que cette maladie est toujours présente à l'esprit. Si cette maladie est appelée, par exemple, scorbut, toutes les maladies seront le scorbut. Le scorbut est nouveau , toutes les maladies nouvelles seront le scorbut. Le scoibut est accompagné dune douzaine de symtômes dont il y eu aura beaucoup de communs à d'autres maladies , cela n'importe. S'il arrive rju'un malade ait quelqu'un de ces symptômes, il sera malade du scorbut, et on ne pensera pas seulement aux autres maladies qui ont les mêmes symptômes. On s'attendra que tous les accidens qui sont arrivés à ceux qu'on a vus malades du scorbut, lui arriveront aussi. On lui donnera les mêmes médecines, et on sera surpris de ce qu'elles n'auront yias le même elTct qu'on a vu dans les autres. » Laissons de côté les opinions , bien excusables sans doute , de Mallebranche sur les prétendues maladies nouvelles , notamment sur la nouveauté du scorbut , tout aussi bien connu des anciens que l'étaient les maux vénériens. Mais qui a mieux peint que lui la marche progressive des erreurs auxquelles la généralisation des idées conduit eu médecine , dans la branche des connaissances humaines où il est le plus nécessaire de ne jamais perdre de vue les spécialités , de ne point appliquer rigoureusement aux cas particuliers les corollaires généraux, dont l'unique but est de l'endre l'étude ph:s facile, et auxquels on rencontic des exceptions, pour ainsi dire à chaqiu; pas, dans la pratique?

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