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une longue doiuination dans les écoles de médecine. Ce fut elle que Buflbn réchuuU'a du feu de sa brillanlc imagination , lorsqu'il exposa son fameux système des mo lécules organiques.
llaisonnant d'après celle hypothèse , les anciens peji • saient qu'il est indbpensablc, pour se maintenir enisanté, d'évacuer la semence avec modération. Aussi recommandaient-ils un usage raisonnable des plaisirs de l'amour, défendant toutefois de s'y livrer avant la fin de la digestion , et prescrivant d'une manière minutieuse les précautions h prendre pour s'y abandonner sans danger. Ils admettaient que , quand le sperme séjourne trop longtemps dans ses couloirs naturels , il s'y altère , et se convertit , indépendamment de l'influence d'aucune matière étrangère venue dn dehors , en un poison qui finit par infecter non-seulement ses réservoirs propres et les parties voisines , mais encore le corps entier (i). C'est là ce qu'on doit entendre par le virus vitale et génitale de Pline. Croyant que cette liqueur se changrait en vapeurs délétères, qui frappaient le cœur et le cerveau de stupeur, ils en regardaient l'accumulation comme la cause de l'épilepsie , de la manie , de la mélancolie et de la nymphomanie, de même qu'ils attribuaient à son
(i) Telle est peut-être l'origine du mot virus,~commc semblent l'indiquer les vers suivans de Vulgerius (Eccard, Corp. hist.''vied. œvi, t. II, p. i854), écrits à la fin du treizième siècle, ou au comniencomont du fjualorzième :
Qui loca circuit venator vcneris Hic vir decanus est, (jiii viri specie A'on vir, sed viras est, virosa facie In viros virihiis vircns malitiœ.
CES MALADIES VÉîsiuiENNES. Ôùi)
âcrelé cortainos ulcérations de la verge, et surtout les écoujcinens urélraux, qui prirent do \h le nom tlu (joiiorrhêc.
Cependant, quoique les anciens attribuassent tant de suites désagréables h la continence poussée trop loin , d'un autre coté ils accordaient aussi à l'abus des plaisirs de l'amour une inllucnce puissante sur la santé. Ils s'étaient aperçus que cet abus, non seulement est nui sible au corps en général , qu'il affaiblit et épuise, mais encore devient, dans une multitude de cas, la source de diverses maladies, notamment d'affeclious cutanées, Voilh pourquoi le chapitre consacré h l'acte vénérien était un des plus importans de leur diététique. Ils recommandaient de s'abstenir de cet acte dans les temps d'épidémie, précepte qui remonte h Avicenne, dont les écrivains du moyen âge rapportent souvent les propres paroles sans le citer , parce qu'on les considérait comme une maxime incontestable et suffisamment connue.
Mais , quelque mauvaise opinion qu'on eût de ce prétendu virus engendré par la rétention du sperme , on redoutait bien davantage encore l'écoulement périodique des femmes. Aristote avait enseigné à considérer ce llux comme l'excédant des sucs nutritifs , connue une sorte de semence, moins élaborée que celle de l'homme. Or, h raison de sa crudité, on lui attribuait une foule de propriétés pernicieuses , qui suggérèrent aux Arabes l'idée d'attribuer la petite-vérole au sang qui relliie du cordon ombilical dans le corps d«^ l'enfant , et dont on trouve l'énumération dans l'ouvrage de Jean de Kélam( i ).
(i) Fusciculus tncdicinœ, Venise, i5i5, in-l'ol.
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Chacun coiinaîl les plaisanlerios de Lucain sur le virus Liinare , ot tous les contes populaires que Pline a recueillis (i) au sujet des menstrues, qu'il appelait maribus exitinliS atquc pcstiferos incnscs. On confondait alors , connue au temps de Moïse , tous les éconlemens , de quelque nature qu'ils lussent, avec le flux périodique, sous le nom de purtjatio ou rlicuma. C'est ce que prouve, entr'aulres, un passage d'Hippocrate (y), où il est dit que des bubons surviennent lorsque les menstrues se changent en pus et produisent des ulcères dont l'écoulement ne peut se faire au dehors. De \h les préjugés qui naquirent relativement au flux périodique , et qui se sont propagés jusq\i'à nous, parmi le peuple. C'était surtout les bubons qu'on attribuait h ce flux, h tel point que le poète Lucilius (5) imagina le mot iinbubinare , pour indiqu(>r l'effet qu'il produit en tuméfiant les aines. Ces idées ne firent que se développer dans le moyen âge. Le flux menstruel fut considéré comme la réunion des impuretés les plus nuisibles du corps entier (4). On alla même jusqu'à proscrire, dans les pansemens, le linge qui avait servi aux femmes. Marcel de Côme insiste sur la nécessité de s'en abstenir (5). Le commerce avec les
(i) Hist. nof. XXVIII, c. 6,7.
(2) De morb. mulichr., I, 7-9.
(3) Ex cdit. Havcrkamp, p. 208.
(4) Nota, disait Arnauld de Villenoiive, (juod jiiatrix est ita in corpore midicris locata, tanquum rcccptaculum omnium super/luitalum corporis, quemadmodum est scnlmanavis, od qiiam omnes superflailatcs decurrunt (Breviar. 1. 111, c. j). Bcnedelli s'expiime à peu pri-s dans les uiômes termes : Velut navts earina corrinantium luimoruni tociis est,
(5) Ohs. XI ; dans Welscli. Syll. pI's. cl cnr. mcd.. p. /jo.
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femmes débarrassées depuis peu de leurs menstrues fut interdit, comme étant la source de la lèpre et d'une foule de maladies, précaution sanitaire que le législateur des Hébreux avait déjà érigée autrefois en loi. Ce qu'if y a de singulier, c'est qu'on redoutait le flux périodique lui-même plus que tous les autres écoulemens par le vagin , parce qu'on croyait ces derniers mieux élaborés , et capables , en conséquence , de procurer la résolution des bubons provoqués par l'autre. De quelque flux qu'une femme fut atteinte , elle prenait l'épithète de rhoïca, et la maladie elle-même était appelée morbus fcmineus , de sorte que, dans le vulgaire, on donnait aussi le nom de femlnœ fluaitcs aux hommes atteints d'écoulement par la verge , ainsi que le prouve un passage de Beroald (i), d'après lequel Hensler pense que le ^xAgjît \io-j7oi d'Hérodote , sur lequel on a tant disputé , pourrait bien n'être autre chose que la gonorrhée.
Enfin , lorsque ces trois modes d'explication étaient insufîîsans, on avait recours à une autre théorie. On supposait, conformément aux idées d'Hippocrate (2), que chaque partie noble a un couloir par lequel elle se débarrasse de la matière morbifique qui peut se trouver engendrée ou accunudée en elle. On donnait à ces couloirs le nom d'émonctoires. Le cerveau, le cœur et le foie étant considérés comme les organes les plus essentiels à la vie, on assignait pour émonctoire au premier les glandes du cœur, au second celles de l'aisselle, et au troisième celles de l'aine. Ainsi, on accusait le foie de tous
(1) Opuscula, fol. CLVIII.
(3) De glandulis, C. 7. — De locis, c. 19.
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les maux (jui survenaient tant aux parties génitales qu'aux membres inférieurs. On supposait cju'une eertaine dyscrasie des luimeiirs prend naissance dans les viscères , (|ue les sucs viciés se rendent aux organes génitaux , en liaison de la texture lâche et poreuse de ces derniers , jju'ils donnent lieu à des ulcérations, lorsqu'ils sont de nature bilieuse, mais que , quand ils sont de nature sanguine, phlegmatiqiie ou atrabilaire, tantôt ils restent mêlés avec le sang , et produisent des hémorroïdes , tantôt aussi ils se séparent de ce liquide , se jettent sur la peau , et y occasionnent des fissmes , des exanthèmes , des excroissances. Les Grecs ne confondaient point ainsi les hémorroïdes avec les autres tumeurs qui surviennent h l'anus; mais, induits en erreur par Avicenne, les médjecins du moyen âge attribuèrent à une seule cause toutes les allections qui se manifestaient dans cette région, et Albucasis alla même jusqu'à soutenir que les hémorroïdes se convertissent en verrues avec le temps. On explique de cette manière pourquoi ils attribuaient tant de malignité à ces tumeurs sanguines , préjugé qui n'est pas totalement effacé, puisqu'on en retrouve encore aujourd'hui des traces parmi le peuple.
Ainsi les anciens, et plus particulièrement les médecins du moyen âge , faisaient dépendre les maux vénériens de quatre causes , la continence excessive, l'abus des plaisirs de l'amour, l'action délétère du llux menstruel, et une dyscrasie des humeurs engendrée dans le foie.
Ces idées furent enfin abandonnées , après avoir captivé pendant long-temps tous les suffrages. Il s'en conserva néanmoins quelques vestiges. Nous en trouvons non
DKS MALADIES VÉNÉRIENNES. 5G5
seulement pendant le cours clc l'épidémie des quinzième et seizième siècles , mais encore bien long-temps après l'extinction de celte maladie , parce qu'il était naturel que la prétendue nouvelle affection qu'on s'imagina résulter de la dégénérescence et de l'adoucisseuicnt graduel de celle-ci , commençât par prendre la teinte des doctrines reçues , avant de les modifier et de les bouleverser.
En effet, Almenar (\iisait provenir le mal français d'une constitution vicieuse des humeurs , qui prend naissance dans le foie, d'où elle se propage jusqu'aux parties natur relies. Cataneo l'attribuait à une dépravation générale de la masse du sang , causée par le poison des menstrues ; et quoiqu'on commençât à croire que le rapprochement des sexes est la source la. plus fréquente des affections qui se développent aux organes génitaux , cependant il pensait {[ue les personnes dont le foie est sec et chaud, et le cerveau humide et froid , y ont également une propension toute particulière. Cette dernière hypothèse compta des partisans jusqu'à la fin du di^v-septième siècle. Astruc luimême , voulant remonter jusqu'à la cause qui avait produit la syphilis en Amérique, ne crut pas pouvoir en assigner d'autre que l'àcreté et l'espèce de virulence du flux menstruel dans les pays chauds , sans s'apercevoir qu'alors la maladie devrait nécessairement s'être développée dans toutes les contrées de la terre qui jouissent d'une température habituelle fort élevée.
Cependant l'influence du foie et celle de l'écoulement périodique des femmes furent celles des théories anciennes auxquelles on renonça le plus promptement. II n'en fut pas de même de l'abus des plaisirs de l'amour, qu'on
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continua long-temps encore à considérer comme une cause puissante de maux vénériens, lin i58o, (lalvo, quoiqu'il admît l'origine américaine, ne pouvait cependant s'empêcher de croire que le défaut de modération dans les jouissances entre deux personnes parfaitement saines d'ailleurs, est capable d'engendrer chez elles des symptômes transmissibles h d'autres individus. Falk , Kemme, Schacffer, Sitoni, Sinibald , et beaucoup d'autres, ont pensé de même dans ces derniers temps. Colle et DoLtcus avaient été plus loin encore , en admettant que la syphilis se déclare quelquefois d'elle-même, sans infection préalable, et par la seule influence d'un air dépravé (i). On n'était point éloigné en outre de penser, avec les anciens, que la liqueur séminale s'altère quand elle séjourne trop long-temps dans ses réservoirs , et qu'elle devient ainsi la source de nombreuses affections des parties génitales. Cette théorie erronée enfanta même
(i) Cette opiuioii a été émise aussi par 11. Cullerier. Voici ce qu'on lit daus le Journal général de Médecine [t. XLII, p. 19) , dans un lappoit fait à la Société du déparlemonl, par MM. lleurtcloup, ISiron, Roussillo-Clianiseru, Ciillci'ier et Double : « Un de vos commissaires, M. Cullerier, nous a déclaré qu'il se présentait chaque anuéc à son observation une certaine quantité de faits de maladie vénérienne bien constatée, dont il était impossible d'assigner l'origine, et que même, en tenant compte des erreurs auxquelles il pouvait être entraîné sous ce rapport, il n'était pas éloigné du tout de penser que, dans quelques circonstances, fort rares, il est vrai, la maladie ne pût se développer spontanément. » Ou notera qu'il s'agit ici non pas de symptômes primitifs, mais d'alTections réputées secondaires , dont j'ai clierché précédemment à établir qu'il est vraisemblable ([ue la cause léside dans une irritation chronique des viscères du bas venlrc.
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lo préjugé monslrueux, soutenu par quelques médecins > coiunio Colle, Hafenreirer et Kniphof, qu'on peut se délivrer de la gonorrhée «i ayant commerce avec inie vierge ou avec une négresse, et cet aulre, non moins funeste , qui subsiste encore dans le vulgaire , que l'éjaculation seule peut communiquer la maladie. Mais x>n accusait surtout le mélange et la corruption de plusieurs semences dans les parties naturelles de la femme, et ce fut un des principaux argumens qu'alléguèrent ceux qui re-. fusaient de croire à la nouveauté de la maladie. Telle était la doctrine professée par Ucay (i), Harris, Dionis, Gardanc et beaucoup d'autres encore.
Quoiqu'il en soit de ces faibles restes des opinions anciennes, auxquels on faisait peu d'attention, la dépravation excessive des mœurs au moyen âge ayant singulièrement multiplié les affections des parties génitales , il dut en résulter une étude plus approfondie de ces maladies, et par suite un grand changement dans les idées qu'on s'était faites d'abord de leur source et de leur origine. Aussi , dans le cours du treizième siècle, les médecins commencèrent-ils à ne plus se renfermer dans les
(i) Ucaj s'exprime ainsi : « On sait que, si une fille parfaitement saine, et vierge si on veut, afin qu'il n'y ait aucun soupçon de mal vénéiien, se mêlait parmi une demi-douzaine de gardons aussi sains qu'elle, et se débauchait tour-à-tour avec eux, ou les uns ou les autres auraient bientôt la syphilis, ou tous ensemble la contracteraient par la répétition des actes vénériens. » Je ne jinis me dispenser de lajie remarquer que, dans celte hypothèse delà production des maladies vénériennes par le mélange des spermes, comme dans celle du virus sypliilitique, et dans toutes celles des anciens, on supposait le corps inerte, ou recevant d'une manière passive l'impression delà cause excitante.
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bornes des quatre genres de causes dont leurs prédécesseurs s'étaient contentés. Ils attribuèrent la plupart des maux vénériens h un état particulier , qu'jls désignèrent sous le nom d'impureté [fœditas j fœtiditas, sordes, immundities). C'était surtout chez les femmes que cet élat se manireslail, et celle qui en présentait des traces prenait l'épitbèlo à'ùnpurs ou immonde (fœda, fœtida, iinmuiida). On ne trouve pas celte expression avant Guillaume de Saiicet, qui paraît s'en être servi Icprcmier (i); mais elle revient presq.u'h chaque page des écrits deLanfranc, Guy de Chauliac, \alescns, Argelata fît autres auteurs du moyen âge (2). Elle désignait un état conta-
(1) Les auteurs de la basse latinité donnaient Tépithète de fœtida, comme autrefois les Latins celle d'impuni, à toute femme qui s"al)andonnait au premier venu. Il se pourrait donc que divers médecins du moyen Age aient employé quelquefois les mots fœda et fœtida dans ce sens ; mais la note suivante prouvera qu'ils y attachaient encore une autre acception, à laquelle n'avaient naturellement pas pu songer les écrivains étrangers à l'art de guérir.
(2) Eu traitant de pustulis quœ advcniunt vivgœ propter convcnationem cum fœda muiiere (II, tr. 5o, c. 5), Argelata, dont louvrage a servi pendant long temps de manuel au\ clnrurgieus. décrit limpureté de la manière suivante : Ex materia vcncnosa quœ retinctur inter prœputium et pellein vivgœ causantur istœ pustulœ taies per hune modum, (juoniom ex retentione illius materiœ quœ' remanct inter pcllcm et prœputium ex aciione viri cum fœda midiere, quœ non respirât, putrefit. \'alescus s'exprime, à peu de chose près, dans les mêmes termes (1. VI, c. 6) : Uleera et pustulœ fiant in virga... Causœ possunt esse vulnus, vet aitritio et coitus eum fœda, veL immunda, vel cancrosa muiiere.... Juvenibus frequentius accidunt, quod coeiint cum fœmina liahente ulcus in matrice, cum sua contagiôsitateinficiuntvirgam, etinea fit ulcus. On ne peut pas dire que. par cet élat contagieux, les me- Jteins du moyen âge (Mit) udaient le vthitahle cancer de la matrice,
DES MILADIKS VÉNÉRIENIVES. SOy
gieux, que l'on regardait comme très-redoutable (i) , pouvant compromettre la vie de ceux qui venaient à en être atteints , et devenant la source de maladies graves, qu'on traitait exclusivement par des moyens locaux.
La théorie de cet état d'impureté continua toujours ii se développer. Elle s'étendit d'une manière insensible , et peu h pou elle bannit de la nosologie celles qui avaient régné avant elle. Au lieu de croire, avec les anciens,
<r;it)oril p.'irce que, de leur lemps, on attribuait tous les écoiilemens purii'ornies, de quelque nature quils fussent, à des uleères, et, en second lieu, parce que Valescus distingue fort bien la femme impure de celle qui était atteinte d'une afiection cancéreuse. Le peu de précision qui règne dans tout ce que ces divers écrivains ont dit de l'impureté des femmes , quoiqu'ils y attachassent évidemment des idées parlicidières, a fait penser qu ils ne vojaient en cela qu'une' chose accessoire, comme serait, par exemple, la malpropreté, ou une matière sauieuse et puriforme obligeant a recourir aux lotions, d'autant plus que Gadesden dit : Si quis vult membrum ab omni corruptione servare, cum a viulicre recidit, quam forte liabet suspcctaîii de immunditie, lavet illum cum aqua, aceto, urina. Mais, en y réfléchissant bien, on trouve, dans ce passage, moins un précepte de propreté, que Tindicatiou d'un moyen regardé comme préservatif contre les inflammations érysipélateuses, les ulcérations et les écoulemens causés par Yimpurcté des femmes, dans laquelle on voyait in source d'un principe contagieux, ne manifestant ses eCTets que dune manière locale. Ce n'est donc pas sans fondement que je considère cette doctrine du moyen âge comme ayant conduit par degrés à la théorie des maladies vénériennes qui est adoptée aujourd'hui.
(i) Les paroles de Valescus, dans le passage précité, indiquent assez que cet état passait pour contagieux. Quant au danger des maladies qui en résultaient, il est constaté par les mots periculous infirmily of burniiig, insérés dans le règlement de 1 165 pour les maisons publiques de Londres, que Beckctt a rapporté.
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que les aircclions des parties naturelles dépendaient d'une cause interne, on admit qu'elles résultent d'une action morbeuse exercée primitivement du dehors sur les organes. Mais , en cessant de considérer ces maladies comme des crises salutaires provoquées par les forces médiatrices de la nature, on ne tarda pas à ne plus voir dans les parties qui en étaient atteintes qu'un foyer exhalant de tous côtés, vers l'intérieur, une atmosphère redoutable d'infcction.
Il faut cependant descendre jusqu'à Cataneo pour trouver une transition sensible de ces idées sur l'impureté contagieuse des femmes h la doctrine actuelle. Cataneo , dont les ouvrages sont effectivement les premiers qui nous montrent des traces confuses de cette dernière, admettait un virus, qui vient toujours du dehors , qui est engendré par l'écoulement périodique des femmes , et dont l'organisme se débarrasse par des affections cutanées, des douleurs et des fluxions sur les jointures. Vochs , son contemporain , prétendait que les alimens grossiers et muqueux engendrent , dans les saisons humides , un levain gluant et visqueux , que la nature convertit en un ichor acre et putride , qu'elle chasse du corps, soit promptement, en excitant la plus aiguë des maladies , la peste , soit lentement , en provoquant la plus chronique des affections, la syphilis (i). A celte
(i) Ce passage de Vochs vient à l'ajipui de ce que j'ai dit précédemment au sujet (te l'épidémie du quinzième siècle. Il est fort important, parce qu'il prouve qu'à l'époque où ce médecin écrivait, non seulement on confondait les maux vénériens avec une maladie vraiment épidémique, mais encore on ne considérait pas cette dernière comme une affection nouvelle. En effet, Schcllig, l'un des pre-
époque, qui date de la fin des dix premières années du seizième siècle, on commençait h se persuader que le libertinage est la cause de presque tous les maux des parties naturelles , quoique ceux-ci n'aient reçu le nom de vénériens qu'en 1027, temps où il leur fut donné par Jacques de Bclhencourt , et non par Fernel , comme l'a dit Astruc. Benedetti assurait qu'ils proviennent de l'action d'un virus développé dans les humeurs qui s'exhalent des organes génitaux, notamment chezjes femmes , et que ce virus occasionne une dyscrasie générale des fluides. Aussi, en traitant de chaque maladie, ne nég!ige-t-il pas de pai'lerde l'influence que cette ieintur e\'énév\ennc, ainsi qu'il la nomme , exerce sur elle. Il signale comme dépendaus de la dyscrasie vénérienne une foule d'accidens qu'on connaissait bien avant lui , mais qu'on était fort éloigné d'attribuer à une cause semblable. Cette idée rectifia plus d'une erreur, sans doute, et fit connaître , par exemple, la connexion qui existe entre les bubons et les ulcères de la membrane muqueuse des voies génito-urinaires; mais elle ne tarda pas à prendre une extension prodigieuse, et à engendrer la doctrine
niicrs qui aient éciit sur le viaL français [malum de Francia, comme il l'appelait), le range dans le genre formica, sorte dexauthème autreiois fort commun, mais aujourd'hui inconnu, ou désigné sous un autre nom, ajoutant : De nominibus non est curandum, cuin res ipsa sit nota. AVidmann le nomme aussi pustulœ fovmicales, seu asafaticœ. VVimpheling dit que le mal français, non quidcm ( ut viilgus opinatur) novus est morbus, sed superioribus annts tain visas cjuam agerrime perpessus. ^VJdmanu prétend l'avoir vu dès l'année i457, et Torella assure que la peste qiù régnait au temps de l'empereur liéraclius, n'eu différait pas.
fies maladies vénériennes larvées. L'introduction de celle doctrine dans la nosologie date donc précisément de l'époque h laquelle on renonça aux anciennes théories, et n'apparti(Mit point h Baglivi , ainsi qu'on l'a prétendu. Les opinions de Benedctli furent adoptées presque partout, et dès lors les diverses affections vénériennes, ou réputées telles , cessèrent d'être examinées isolément par les écrivains , qui commencèrent à en former un seul corps de doctrine (1).
Jean de Vigo, qui embrassa ce nouveau système, croyait déjh que la maladie vénérienne revêt toutes sortes de formes , et qu'elle peut se compliquer avec une foule d'autres affections. Vella raisonnait à peu près de la même manière. Les parties naturelles do la femme, disait-il , sécrètent un mucus abondant et peu élaboré, qui , en s'accumulant , se putréfie et infecte ensuite les
(1) Ouclques annôes avant Bencdctti, Stebcr, iniilé ensuite par Vochs, avait di-jà considéré ces affections comme étant une suite chronique de l'épidémie du quinzième siècle, un résultat des humeurs acrimonieuses dont elle avait laissé le germe dans l'économie. C'est ainsi que s'établit peu à peu la liaison entre les deux maladies. Il paraît même que cette opinion se propagea d'une manière fort rapide, car INIanard, dans une lettre écrite en lôaS, à un certain Sanctanna, dit que les anciens connaissaient l)icn tous les accidens véiiéiiens, mais qu'ils n'avaient pas observé, dans les descriptions^ l'ordre et la liaison qui existent entre eux. Ce passage est la plus forte preuve que je puisse alléguer en faveur de mon sentiment sur l'origine de la théorie actuelle ; il prouve qu'on s'épargnerait bien des assertions hasardées si l'on voidait se persuader qu'il importe de lire les ouvrages de médecine dans un ordre chronologique, et de uoler ainsi les mutations successives des doctrines médicales.
DES MALADIES Vl^-N ï'RIEK?fKS. 37 1
hommes dans le sang desquels il s'insinue (i). Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il admettait déjà la possibilité de ce que Fabre appela depuis gagner La vérole d'emblée, car il prétend que les accidens ne se déclarent pas toujours aux organes génitaux, mais que la matière putrescente peut être pompée insensiblement et communiquer la maladie à tout le corps , au bout d'un certain laps de temps , et par une sorte de sympathie , hypothèse qu'on attribue généralement h Hunter, quoique Barthez puisse en revendiquer l'invention. Tant que la chaleur vitale intérieure résiste h cette matière, ajoutaitil , les parties naturelles sont seules affectées. Mais si la nature vient à succomber dans la lutte , la putrescencc gagne toutes les humeurs du corps; de même que si le poison trouve la masse de ces dernières déjà disposée à se putréfier, il l'infecte tout entière sans intéresser les organes génitaux, qui sont ordinairement le foyer de la contagion (2).
Les bases du système actuel de la syphilis étaient donc posées; mais on n'avait pas encore secoué entièrement le joug du galénisme , et aux idées nouvelles on alliait , par un bizarre mélange, celles du médecin de Pergamc
et des Arabes. Ce Tut Paracelse qui franchit ce pas ,
(1) Aussi éngca-l-U en principe que la maladie trahit originem a partibus obscœnts, tiuujuam a propria minera.
(2) Vulla paît de ce principe pour expliquer pourquoi la maladie Téiiérieune u"a pas élé connue des anciens. Elle s'est manil'i sîée au quinzième siècle senlement, dit-il, parce qu'une conslilulion particulière de latmosplièrc contribua singulièrement à accroiti-e la di» pravation des humeurs, ou du moins leur tendance à se dépraver. Celte opinion se rapproche beaucoup de celle de Leoniceuo.
Z-^9, Tl\AlTi
renversa la lliéorie des qualrc humeurs , et fit prendre h la doclrinc nouvelle loule l'exlension dont clic était susceptible. Le premier il soutint que le libertinage seul enfante la syphilis , et que nul n'en est atteint sans l'iniluencc de Aénus, à moins qu'il ne la contracte dans l'acte même de la conception. Le premier il rallia sous l'étendard de cette maladie une foule d'accidens qu'on avait toujours rapportés h des causes d'une autre espèce, notamment les fies , les rhagades , la gonorrhée , etc. Le premier il admit que la teinture vénérienne exerce une influence ])uissante sur la plupart des maladies. Le premier, enfin , il s'éleva contre l'emploi des sudorifiques , et proclama le mercure seul et unique spécifique.
Paracelse causa une révolution trop importante dans toutes les parties de la médecine , pour que ses idées sur la syphilis demeurassent inaperçues. Fernel les adopta toutes , et alla même plus loin encore , car le premier il admit positivement un virus spécifique, qui se niche dans les parties naturelles, produit des ulcères et des bubons, ou la gonorrhée , et provoque plus tard d'autres accidens, lorsqu'il vient à être reçu dans la masse du sang. Ainsi Fernel fut le premier qui distingua les accidens de la syphilis en primitifs et en consécutifs , ou en signes d'infection, soit locale, soit générale. C'est proprement à dater de cette époque qu'ils commencèrent à cire considérés comme des symptômes variés d'une seule et mênae maladie , et que le nom de Maladie vénérienne devint d'un usage général, même parmi le peuple.
11 V avait néanmoins déjà plusieurs années que les médecins , par suite de l'adoption des idées de Paracelse ,
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commençaient il croire que le virus véni^rien, un<; fois introduit dans le corps, no peut plus jamais cire détruit cnlièreuienl, où du moins ne cède qu'après la résistance la plus opiniâtre, et qu'ainsi la doctrine des maladies vénériennes larvées ou déguisées acquérait de plus en plus du poids dans l'opinion. Nous la trouvons effectivement indiquée par Guidi, au dire de qui l'on ne doit jamais se llalter d'obtenir une guérison radicale chez les personnes qui ont été une fois infectées, parce que l'affection reparaît toujours sous une forme quelconque, préjugé dont Massaria essaya toutefois, mais en vain, dès 1098, de démontrer le peu de fondement , et qui se répandit bientôt avec une rapidité prodigieuse. On prétendait surtout que le père et la mère peuvent transmettre le virus aux enfans qu'ils procréent. AmatusLusitanus rapporte l'histoire d'un homme , qui se maria dix ans après avoir contracté une maladie vénérienne dont il se crut parfaitement guéri : sa femme lui donna d'abord deux cnfans sains , et après sept ans de mariage accoucha d'un troisième , atteint d'une vérole que l'auteur fait provenir de celle dont le père avait été affecté dix- sept années auparavant. Capo di Yacca ne se montra pas moins crédule. Rudius adopta aussi la croyance générale. Sylvaticus alla plus loin encore , puisqu'il prélendit que tous les cnfans nés de parens altcinls de la syphilis , ont nocessairement eux-mêmes celle maladie. Hercule de Sassonia voulait qu'elle fût susceptible de revêtir les formes les plus diversifiées , et , malgré l'incompatibilité de cette opinion avec l'origine américaine, qu'il adoptait, il n'était pas éloigné d'en faire provenir la plique polonaise, en quoi il a été imité , dans ces temps modernes , par Wol-
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franim. Morton admettait aussi , quoiqu'ù la vérité plutôt en théorie qu'en pratique, un «çenre de phthisi(> pulmonaire produite par la suppression trop prompte d'une go-» norrhée , ou par la guérison trop accélérée d'un chancre.
Baglivi , entraîné par le torrent , pensait que le virus , une fois porté dans le corps , ne peut jamais en être totalement exlii'pé, et que les remèdes par lesquels on le combat en adoucissent bien l'acrimonie, mais ne le détruisent pas, de sorte qu'au bout d'un laps de temps plus ou moins long, il reparaît sous la forme d'autres innladies , mettant ainsi en défaut la sagacité du médecin le pîiis habile , qui n'a garde de soupçonner la véritable cause des maladies soumises h son observation. Du reste, Baglivi indiqua au moins, ce que personne encore n'avait fait , un signe qu'il croyait propre h faire reconnaître les maladies vénériennes déguisées. C'était le sentiment d'une doulcrir fixe au sternum. Quoique ce signe soit illusoire, on doit cependant savoir gré à Baglivi d'avoir senti qu'une décision magistrale ne prouve rien dans une science établie sur des faits , et qu'il faut , quand on admet la réalité d'un état morbide quelconque, savoir lui assigner des caractères qui permettent aux autres de le reconnaître.
lîofmann tomba dans la même erreur , qui était celle du siècle, ol dont Slahl ne sut pas non plus se garantir. N'ayant pas réussi à guérir un enfant d'une maladie qui l'enleva h l'âge de sept ans, après qu'il eut joui jusque Ih d'une bonne santé, et ne pouvant assigner aucune cause à cette affection , Stahl soupçonna que l'enfant avait été infecté par le lait de sa nourrice. Il soutint aussi que la cessation des accidcns vénériens n'est pas une rai-
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son sufSsantc pour croire h ranéantlssement de la causo qui leur a donné naissance. C'est ainsi que l'on vit éclore peu h peu les germes d'opinions qui jetèrent bientôt do profondes racines , et qui , combinées avec les hypothèses de Boerhaave sur le siège du virus vénérien dans la graisse, créèrent le déplorable mode de traitement par la salivation. Werlhof partageait la manière de voir de Stahl, et Astruc , s'il ne l'adopta pas d'une manière positive, ne la rejeta pas non plus absolument.
Mais ce lut surtout vers le milieu du dix-huitième siècle que la doctrine des maladies vénériennes déguisées , conséquence naturelle de l'adoption d'un virus vérolique, prit un ascendant général sur les esprits, et qu'on la réduisit réellement en système. Furstenau alla jusqu'à penser que toutes les aiïections hystériques dépendent d'un virus vénérien caché ou refoulé dans le corps par un traitement mal dirigé. N'ayant pas pu guérir un enfant d'une inflammation qui lui survint à deux doigts, il en conclut que le corps du petit malade renfermait le germe endormi d'une virulence syphilitique , d'autant plus que la mère était morte phthisique, et que le père avait mené une conduite fort irrégulière. Gallus pensait aussi que l'hystérie a souvent un caractère vénérien , parce qu'ayant administré du mercure h une femme tourmentée de vapeurs, il la vit guérir après qu'elle eut éprouvé ime salivation abondante. Burggraf, rapportant les détails de l'ouverture du cadavre d'un enfant mort du rachitisme, accuse une gonorrhée dont le père avait éic atteint dans son jeune âge. C'est aussi à une maladie vénérienne héréditaire, ou, en d'autres termes, transmise par l'acte de la conception , que Rauschert attribue une ca-
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rio générale fies os du corps, dont il cilc un exemple ciu-ieux. Agosllni , persuadé que le virus peut demeurer pendant lonj^-temps endormi sans manifester sa présence, dérive des douleurs dont ime religieuse de quarante ans était tourmentée , et qu'il jugea vénériennes, sans dire sur quel indice, de l'infeclion que la nourrice de cette lemme avait dîi lui communiquer (i).
Personne cependant ne contribua plus que Rosen h propager la doctrine des maladies vénériennes larvées, et surtout celle de l'hérédité de la syphilis, ou de sa transmissibililé par l'alaitement. Ce médecin l'élendit autant qu'il était possible de le faire , et adopta sans examen tous les faits qui lui parurent propres à l'étayer. Ainsi, doux personnes avaient joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de trente ans; à celte époque, des accidens véné-
(i) Les maladies vrnéiiennes, réelles ou réputées telles, qu'où observait souvent chez les clercs ou les moines, contribuèrent plus qu aucune autre cause à faire imaginer la doctrine de la transmissibilité du virus par la voie de la génération, de même qu'au seizième siècle elles avaient poilé les médecins à exagérer de beaucoup liulluence de la constitution atmosphérique. C'est ce que témoignent assez les paroles d'Almenar et de Bclhencourt, qui disent qu'on doit charitablement (pie credcndum est) admettre cette cause, lorsqu'il s'agit des moines el des religieuses. On en a aussi la preuve dans le passage suivant de Victorius, écrit en i55i : GalUctis progignitur morbus, adliuc nullo prœcxistente commercio viri cum muUere et contra. Sane occurrcrunt milii honcstœ et sanctœ moniales, fortissimis cLaustris obseratœ, sub avdua quippe et inviolabili custodia, quœ ex prœsentis cœli statu atqiiK ex statu liumovtim ex cis putrcsccntium, cum statu imbccillium vicmbrornin, vialo fato, in gallicuin cectdcre morbum. Lorsque les anciennes théories furent renversées, qu'on admit partout celle d'un virus spécifique, et quon ne put plus accuser le mauvais
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rions éclatèrent chez elles; elles prétendirent les devoir au lait de leur nourrice, et Rosen juj^ea cette explication satisfaisante. Ln enfant de neuf ans fut guéri de croûtes laiteuses et d'aphlhes , par ou peut-être seulement pendant l'administration du mercure; ces affections étaient donc vénériennes, conclut l'auteur, qui les explique en dituint que la femme chargée de sevrer l'enfant , ayant , comme toutes les nourrices , la mauvaise habitude de passer dans sa bouche la bouillie dont elle le nourrissait, lui avait communiqué la maladie dont elle était probablement atteinte. Si, dit ailleurs ce médecin , dont le livre, traduit dans toutes les langues de l'Europe, a élé pendant long-temps le code favori de médecine populaire, si le virus passe ainsi des parens aux enfans, sans manifester sa présence chez les premiers, c'est qu'absorbé d'emblée par des individus trop replets , il ne produit chez eux aucun symptôme sensible pendant toute la durée de leur vie, mais passe dans le corps du fœtus avec
'air, on se rejeta, toujours par cliarilé, sur l'acte de la conception, ou sur celui de la lactation. Aussi Bru dit-il , à loccasion du passage de VictorJus, que, très-certainement aujourd'hui, l'on croii'ait profaner les noms de sainte et d'honnête, en les appliquant à des religieuses qui se trouveraient affectées de la vérole, parce qu'on est bien sûr que ce n'est que par le péclié qu'elles auraient pu l'acquénr. Le soupçon serait légitime, sans doute, s'il s'agissait d'affections locales, surtout aux organes de la génération; mais le serait-il également, s'il ne portait que sur des symptômes consécutifs, sur quelques-uns de ceux qu'on regarde comme annonçant la vérole confirmée , par exemple des douleurs, des exostoscs, des pustules, puisque ces affections peuvent dénver de mille causes diverses, et qu'il n'est pas même certain, quoi qu'on ait dit, que plusieurs d'entre elles dépendent jamais dune maladie vénérienne primitive ?
le sang de la mère. Quand il a beaucoup d'acrimonie, il lue l'embryon; lorsqu'il en a moins, colui-ci arrive à terme, et sa santé ne se dérange qu'au bout d'un laps de temps plus ou moins long; car, toules les fois qu'on rencontre une maladie chronique, et qui refuse de guérir, il faut constamment soupçonner un virus caché. Ce prêtée, comme l'appelle Licutaud, revêt toutes les formes, prend tous les masques imaginables. C'est particulièrement chez les personnes grasses qu'il lui arrive fréquemment de devenir inaclif, sans donner aucun signe de sa présence; mais il sufïit d'une révolution générale dans l'économie , d'une maladie grave , de l'usage des eaux minérales ferrugineuses ou d'autres préparations martiales, de passions violentes , d'excès dans les plaisirs de la table, d'un exercice immodéré, enfin du passage d'un climat froid dans un pays chaud, pour le faire reparaître sous la forme d'affections syphilitiques plus ou moins caractérisées , plus ou moins compliquées, plus ou moins déguisées,
Quelqu'étranges que ces idées fussent déjh , elles ne tardèrent point à paraître beaucoup trop simples encore. On admit donc que la présence continuelle du virus, mitigé seulement par les remèdes , est une cause puissante de la dégradation physique et morale du gennî humain. Rosen ne balança pas à soutenir cette hypothèse; mais Sanchez le surpassa encore, s'il est possible, en affirmant que le mal vénérien anéantira tôt ou tard la société, et qu'il sera un jour, dans l'Europe, la cause d'une révolution semblable à celle qui renversa l'empire romain. Couuuent conciliait-on donc ces étranges assertions avec une autre hypothèse, non moins généralement répandue,
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celle de l'adoucissement progressif de la maladie depuis le quinzième siècle? Thierri n'alla pas tout-à-fait aussi loin que Sanchez; il se contenta de dire que la maladie vénérienne héritée par les enians ne communique point l'infection, h la vérité , mais que l'altération des germes se fait sentir par la ûiiblesse des principaux organes, surtout du cerveau, ainsi qu'on peut en juger par le défaut d'application, la légèreté, et le peu de consistance dans les idées et le caractère.
Ainsi, non content d'avoir troublé pour toujours le repos de ceux que la syphilis avait frappés une fois, on voulut encore la faire peser sur ceux même qui n'avaient point été atteints directement par elle, et les mettre dans des transes continuelles au sujet de l'iaconduite de leurs parens, dont les suites funestes pouvaient s'étendre jusqu'à eux. Rosen ne craignit pas d'alfirmer que toute personne qui a été affectée de chancres, lesquels ont disparu tout-h-coup , ou n'ont été traités que d'une manière locale, d'une gonorrhée qui a duré trop long-temps , ou qui a été trop tôt guérie, d'indurations des glandes inguinales, etc. , a beau se bien porter en apparence , est cependant malade au fond , et a besoin dî prendre du mercure pour recouvrer réellement la santé. De là, le conseil qu'il donne d'examiner scrupuleusement sa conduite avant de se marier, afin de se convaincre qu'on n'a jamais été malade, ou qu'on est bien guéri, et, dans le cas où il y aurait seulement le plus léger doute , de se soumettre, par pure précaution, au traitement mercnrîel, quoiqu'il n'y ait pas la moindre indication raisonnable d'y recourir. Il ne s'aperçut pas que ce conseil était ir»compalible avec la prétendue impossibilité d'anéantir
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toutes les traces, du virus dans le corps, et que l'hypothèse de l'hc^rédilé de ce uicme vîrus le rend applicable à tous les jiidiNidus sans exceplion, puisque , s'ils n'ont aucune crainte de leur chef, ils doivent être toujours inquiets h l'égard de la conduite qu'ont pu tenir leurs parons ou aïeux.
La ihéorie des maladies vénériennes déguisées fit des progrès rapides depuis Rosen. Van Swieten la restreignit bien un peu, en refusant de croire à l'hérédité du virus, mais iSloll l'adopla dans le sens le plus étendu. Fabre , qui en fut l'un des plus chauds partisans, déclara qu'il n'y a pas une seule maladie chronique que le virus vénérien ne puisse produire, que, toutes les fois qu'une aflection résiste opiniâtrement aux remèdes les mieux indiqués, il ne faut pas balancer à soupçonner sa présence, et que l'apparence la plus fugitive doit suffire pour déterminer h administrer les anti- syphilitiques, llecker, modifiant un peu les idées de ses prédécesseurs touchant la possibilité d'^ne dégradation successive du genre humain par l'influence de la syphilis, soutint que cette dernière ne diffère pas des scrofules, ou plutôt que ceuxci en sont une dégénérescence, opinion que M. liufeland avait cependant déjà émise avant lui, et qu'on trouve antérieurement encore dans Pujol.
Enfin, après s'être long-temps bornés h se copier servilement, en renchérissant toujours les uns sur les autres, les médecins sentirent la nécessité de soumettre au creuset de la critique une théorie à laquelle il n'élait plus possible de rien ajouter. Andrée , courageux successeur de Van Swieten , attaqua la doctrine des maladies vénériennes déguisées, de la manière la plus vigoureuse; il dé-
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montra qu'elle était née de l'ignorance des causes et du vrai caractère des aflections rangées dans cette catégo-. rie. Bosquillon ne la ménagea pas non plus. « Je suis porté, dit-il , h considérer tout ce qu'on a dit des ejQTets du virus vénérien héréditaire, comme le fruit d'une imagination exallée , ou même de l'ignorance. Il parait démontré que ce virus ne laisse pas de traces qui restent cachées pendant plusieurs années, et qui ne se développent que vers l'âge de la puberté, ou vers le déclin do la vie. Ceux qui ont admis cette hypothèse, ont pris des maladies qui sont l'effet d'une constitution particulière pour des symptômes de virus syphilitique. » Girtanner repoussa d'abord complètement cette théorie. Bretschneider fit de même, mais sans montrer un scepticisme aussi absolu, car il admit encore certaines maladies vénériennes chroniques , épithète que Sanchez avait substituée à celle de larvées. Stieglilz rejeta, comme absurde et contraire tant à la saine physique qu'à l'observation, l'idée de faire dépendre des maladies d'un virus héréditaire; mais il croyait que ce virus peut exister à l'état latent dans le corps, sans se manifester par aucun symptôme qui frappe les sens, et qu'il est susceptible de produire des affections qu'on ne regarde pas comme vénériennes, tant parce qu'elles ne comptent point au nombre de ses effets ordinaires, que parce qu'elles peuvent dépendre aussi d'une autre cause morbifique. Girtanner objecta avec raison qu'on ne peut pas dire qu'il y a maladie vénérienne déguisée lorsque le virus ne décèle sa présence dans le corps par aucun symptôme; car, en supposant même son existence démontrée, la question serait alors de savoir, non s'il est disséminé réellement dans l'éco-
nomio, mais s'il en a troublé les fonctions. Entraîné toutefois par l'aulorilé de Slieglilz, dont l'ouvrage est un des plus remarquables parmi ceux qui ont paru dans ces temps modernes, il modifia l'opinion qu'il avait émise d'abord, et adopla l'hypothèse dos maladies vénériennes larvées de la seconde série. Cependant il est clair que celles-ci ont été admises uniquement a priori, car elles découlent tout naturellement du système reçu à l'égard de la syphilis. L'embarras est de prouver qu'elles existent en réalité, et de leur assigner des caractères distinctifs. Or, le seul qu'on puisse donner, c'est leur curabilité par ou pendant l'usage du mercure. En partant de ce principe, beaucoup de maladies que personne n'a jamais été tenté d'inscrire dans les cadres de la syphilis, devraient y prendre place, puisqu'elles ont été traitées quelquefois avec succès par les mcrcuriaux, tandis qu'il faudrait exclure de la classe des véritables maladies vénériennes d'autres afToctions qu'on y a toujours rangées, et qui m(3me y appartiennent incontestablement, parce que souvent le mercure ne peut rien contre elles, ou les agrave. C'est bien \h le cas dé dire, avec Bosquillon, que la méthode curative qui a réussi, ne suffit, dans aucune circonstance, pour caractériser la nature d'une maladie. Cependant l'abus qu'on avait fait progressivement de la théorie inventée au moyen âge, et les écarts auxquels elle conduisit par degrés, engagèrent enfin quelques médecins Il réfléchir sérieusement sur les doclrines que le temps semblait avoir consacrées. Ces méditations eurent pour résultat de faire naître des doutes au sujet de l'existence réelle du nouveau prêtée dont on s'était accoutu-
mé peu à peu h regarder la plupart des maladies comme autant de transformations ou de dëguisemens.
Déjti, en 1767, Balfour, se fondant peut-être sur l'autorité de Boerhaave, qui, seize ans auparavant, avait comparé la gonorrhée au coryza, soutint que la phlegmasie simple de la membrane muqueuse des organes génitaux n'est point une dépendance de la syphilis. Ellis adopta cette opinion, que Tode et Duncan développèrent ensuite, mais à laquelle Bell surtout donna la plus grande extension. Malgré les efforts d'Andrée, Hofmann, Baldinger, Simmons, Metzger, Cullen, Hunter et Harrison, le praticien anglais causa une révolution générale en Europe, si l'on excepte cependant la France, où Bosquillon tenta vainement de populariser ses idées, et où l'on continua assez généralement à croire que la gonorrhée est produite par un virus vénérien.
C'était déjà beaucoup sans doute d'avoir enlevé la gonorrhée à la syphilis, et d'avoir restreint cette dernière aux ulcérations et à leurs conséquences. C'était l'avoir dépouillée de son plus bel apanage. Mais on n'en demeura pas là, et les ulcères vénériens eux-mêmes furent soustraits aussi à sa domination, quoiqu'à la vérité d'une manière moins absolue. Cockburne fut le premier, parmi les modernes, qui employa les armes du raisonnement et les données de l'expérience pour prouver qu'on peut traiter les chancres d'une manière purement locale, parce qu'il est rare que la syphilis générale s'ensuive. Astruc lui-même, malgré ses préventions, pensait à peu près de cette manière , car , quoiqu'il considérât les chancres comme la principale porte d'entrée du virus dans le corps, il assurait néanmoins que fort souvent ils guérissent d'eux-
mêmes, sans que le sujet éprouve ensuite le moindre symptôme do syphilis. C'était aussi l'opinion de Girtanner, qui déclare positivement que l'infection générale succède rarement aux chancres soumis h un traitement local, mais qui prétendait toutefois qu'on doit toujours recourir au traitement général, par pure précaution, attendu que, s'il ne sert h rien, au moins ne peut-il pas nuire, assertion manifestement conlraire à l'expérience.
L'édifice de la syphilis, qui avait coûté près de trois siècles à élever, était donc ébranlé jusque dans ses fondemens, depuis qu'on cessait de voir dans les phlcgmasies des parties génitales, simples ou terminées par des ulcérations, autre chose que des affections locales, susceptibles de céder h un traitement purement local aussi. Il n'y avait donc plus qu'un pas h faire pour le renverser entièrement; car il ne restait désormais au virus vénérien d'autre voie que l'absorption directe, sans inflammation, ni ulcération préalables, pour s'introduire dans l'oi'ganisme. Encore même les phénomènes mieux étudiés de la vérole dite d'emblée durent-ils apporter de grandes modifications dans les idées reçues à l'égard de ce virus, dès qu'il fut reconnu que l'application d'un liquide morbide n'est pas absolument nécessaire pour leur donner naissance, et qu'il suffit pour cela des vapeurs exhalées par une surface phlogosée. Cette conclusion découlait naturellement d'un fait observé par M. Schall, qui contracta un bubon axillaire en exposant plusieurs fois par jour un de ses doigts, tout récemment guéri d'un panaris, et encore dénué d'épidcrme, aux émanations d'une gonorrhée dont il se trouvait atteint.
Ainsi , non seulement la doctrine de l'hérédité des
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maux vénériens était attaquée par des médecins recommandables, celle de la syphilis larvée renversée, ou du moins considérablement restreinte, et la localisation des maladies vénériennes adoptée d'une manière plus ou moins franche, mais encore l'existence du virus vénérien lui-même était menacée, et avait fait naître des doutes, qui allaient toujours en croissant. Depuis long-temps déjà toutes ces idées germaient dans les esprits; en effet, ]Musitano avait épuisé les ressources de la dialectique pour prouver qu'il n'y a pas de maladie vénérienne, mais seulement des maux divers engendrés par le coït. Sinapius s'était efforcé aussi de démontrer que cette maladie n'exis,te pas , qu'elle ne doit son origine qu'à l'ignorance de la plupart de ceux qui exercent l'art de guérir, et qu'on doit rejeter toutes les préparations mercurielles, tous les sudorifiques apportés à si grands frais des Indes, pour s'en tenir aux remèdes simples de notre pays, à la Lardane, au chardon-bénit, au buis, etc.; mais il perdit sa cause en voulant reproduire une opinion surannée, celle que les accidens qu'on regarde comme autant de symptômes de la syphilis sont presque toujours le résultat de la continence. Les inconvéniens bien constatés du mercure firent ensuite attribuer les maux vénériens à l'administration de ce médicament. Je n'insisterai pas ici sur le sentiment de Linder qui croyait que le mercure anéantit la faculté d'engendrer, en frappant de mort les animalcules spermatiques, non plus que sur celui d'Agostini, qui lui attribuait la strangurie dite vénérienne, parce que la première de ces deux hypothèses ne mérite pas une réfutation sérieuse, et qu'à l'égard de la seconde, il est bien reconnu que la gêne du cours des urines dépend d'une
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dégénérescence de la membrane muqueuse de l'urèlre, causée par une irrilation chronique, qui rétrécit d'abord le canal, et finit par l'oblitérer. Riais, pc!u à peu, ces idées se régularisèrent. Ritler soutint, en 1747» une thèse dans laquelle il avançait que les plus redoutables symptômes de la syphilis ne sont pas tant les eil'ets de la maladie elle-même, que ceux du traitement mercuriel. KornLeck. développa plus amplement encore celle assertion en 1776. Oa alla même jusqu'à reconnaître une maladie mcrcuricllc, distincte de la maladie vénérienne, et à mellre sur le compte de la première une foule d'affections qui avaient été attribuées d'abord à la seconde. En 181 1, un écrivain anonyme fronda ouvertement les doctrines reçues, et affirma qu'il n'y avait pas de maladie vcturienne, que l'état qu'on désigne sous ce nom n'est qu'un assemblage d'une multitude d'afieclions morbifiqucs, de nature différente, et que le virus auquel ou en attribue la cause, n'a jamais existé (1). Je publiai ensuite, en iSiC, une série d'articles (2) tendant à réunir toutes les preuves historiques qui militent en faveur de cette opinion, car il m'avait semblé que la meilleure critique qu'on pût donner de la doctrine actuellement adoptée consistait à remonter jusqu'à sa naissance, et à en marquer les accroissemens progressifs.
JVIon Mémoire, favorablement accueilli, lit éclore des
(1) Sur la non-existence de la maladie vénérienne, Paris et Strasbourg, i8i i, in-8°.
(2) Considérations liistorifjucs et critiques sur la sypltilis; clans le Journal universel des sciences médicales, t. T, II et 111. Ce travail a clé traduit eu anglais par le docteur l\. Laroche. Philadelphie, iBao, ia-8*.
travaux analogues , parmi lesquels se dislîiiguc surtout celui du docteur Lel'èvre (i), et inspira, relativement à l'existence du vrrus vénérien et de la syphilis comme espèce distincte de maladie, des doutes que fortifièrent bientôt les belles expériences des médecins anglais (2), répétées chez nous par MM. Richond etBobillier, sur le traitement des maux vénériens sans mercure, ainsi que les tentatives de M. Carmichael pour démontrer qu'un seul virus syphilitique ne suffit pas, et qu'il en faut admettre plusieurs afin d'expliquer les diverses nuances que présentent les alfeclions vénériennes des parties génitales. Je vais maintenant exposer en détail la théorie du virus vénérien, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, après quoi je m'attacherai à faire voir que, si elle est insuffisante et contradictoire, sous le point de vue de la théorie, elle est dangereuse par rapport à la pratique.
(1) Considérations critiques sur le virus vénérien et sur L'emploi du. mercure dans le traitement de la syphilis, clans les Bulletins de la So' ciété médicale d'émulation, j824) p- 55, 65 et 129.
(2) A loccasion de ces expériences, M. Georget, dit : « Voilà donc un spécifique prétendu et un fameux poison de moins à opposer à un mal qui l;ut déjà assez de ravages par lui-même, saus quil soit encore besoin de 1 aider dans son action destructiTC. »