‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnel (volume 2)Chapitre 28 sur 29 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

DR LA THÉORIE ACTUELLE DU VIFxUS VÉNÉRIEN.

La théorie du virus vénérien étant presque généralement admise, on pourrait croire que ses partisans ont réussi h la constituer en un corps de doctrine tellement régulier, qu'il soit simple et facile de faire connaître les dogmes qui lui servent de base. En effet, il serait naturel de penser que , ce virus ayant élé personnifié et représenté comme une sorte de génie malfaisant, qui torture ses victimes de mille manières diverses, son histoire porte en tous points le cachet de la méthode et de la clarté. Mais, bien loin qu'il en soit ainsi, le désordre, la confusion, l'incertitude et la contradiction régnent à tel point dans tout ce qui concerne son origine, sa natiire , ses attributs, son action et sa propagation, qu'il n'est peut-être pas de doctrine médicale dont l'exposition complète présente autant de difficultés. On peut cependant la réduire à un certains nombre de corollaires , qui réunissent sous une forme dogmatique les assertions éparses dans les livres, offrant ainsi un tableau fidèle et assez bien coordonné d'opinions que personne encore n'a eu l'idée de rassembler et de classer. Ces corollaires sont les suivans :

Le virus vénérien est un être particulier, une matière spécifiquement différente de toutes les autres.

On ne connaît pas sa nature, mais on apprécie son action d'après les effets qu'il produit.

11 appartient exclusivement h l'espèce humaine , et ne se rencontre point chez les animaux.

DES MALADIES VÉNÉKIEN^ES. SSq

Il ne s'engendre pas spontanément, mais se transmet toujours d'individu à individu.

C'est une matière fixe, non-volatile, qui existe et se communique constamment sous la foi'me de liquide, par contact immédiat.

Mis en rapport avec une surface vivante quelconque, il excite communément, dans le lieu de l'application, une irritation ou une inflammation de nature spéciale, et telle que la partie malade reproduit une matière en tout semblable à celle qui l'a placée dans les conditions pathologiques.

11 ne se borne pas h provoquer l'irritation ou l'inflammation des parties qu'il touche, mais pénètre encore dans le reste de l'économie.

Quelquefois, ce qui est rare néanmoins, il s'introduit dans le corps sans avoir provoqué aucune irritation locale appréciable.

Son introduction se fait par la voie de l'absorption, au moyen des vaisseaux lymphatiques.

Une fois introduit , il se môle h la lymphe , avec laquelle il passe dans le sang lui-même, puis dans les humeurs qui émanent de ce dernier.

Son action se porte d'abord sur les fluides , et il n'attaque les solides que secondairement.

En se mêlant à la masse des humeurs , il altère leur composition.

L'altération qu'il leur fait subir ne dépend pas tant de son mélange avec elles, que de la faculté dont il jouit d'assimiler à sa propre nature les fluides du corps avec lesquels il se trouve mêlé.

De là vient que la plus petite parcelle de ce virus suf-

Sqo tua ni

fil pour exciter, un Jour ou l'autre , les plus grands désordres.

L'assimilation des fluides peut être accélérée ou retardée par une foule de circonstances.

Tant que le virus, soit celui qui provient de l'absorption directe, soit celui qui a été produit par assimilation, n'existe qu'en prtite quantité, il n'en résulte aucun effet immédiat ou sensible.

Cet agent peut donc rester long-temps caché et inerte dans l'économie.

Il peut même y exister pendant fort long-temps , et ne produire que des affections générales , comme la fièvre , sans déterminer jamais aucune lésion locale, et se cacher ensuite pour reparaître plus tard , de sorte qu'on n'est jamais certain de la guérison parfaite des maux qu'il engendre, rien n'indiquant que le corps en ait été débarrassé pour toujours.

Il semble avoir besoin, dans certains cas, de quelque cause excitante qui stimule et ranime son énergie.

Ce n'est que quand il se trouve accumulé en certaine quantité qu'il peut produire de l'irritationi

Il se dépose alors sur diverses parties du corps, les enflamme et détermine des désordres plus ou moins considérables.

Dès qu'il est entré en action , il provoque une série délerminéo et régulière d'accidens , dont l'ensemble constitue la maladie spéciale appelée sijpkilis ou vérole.

Ces accidens ne cèdent qu'à une méthode particulière de traitement , qu'à un médicament spécifique comme eux.

La nature seule ne peut jamais en triompher.

DES M.VLAUÎES Vl'MKIUEPOKS. . 0()l

Cne fois que le virus est mêlé h la masse des humeurs, il continue h altérer leur constitution, ainsi que celle des solides , jusqu'à ce que l'art parvienne à l'expulser entièrement ou à le neutraliser.

Il peut se transmettre des parens aux enfans par la voie de la procréation , et même sauter d'une génération h une troisième en épargnant l'intermédiaire.

Il est susceptible de se communiquer d'individu h individu , même lorsqu'il n'existe dans le corps qu'h l'état latent , et qu'il ne s'annonce par aucune marque extérieure de maladie.

Il peut éprouver diverses modifications dans son intensité ou sa nature , c'est-h-dire s'exaspérer ou s'adoucir, suivant les circonstances des temps, des lieux, etc., et même dégénérer ou se convertir en d'autres virus.

J'ai cru devoir présenter ces diverses propositions dans l'ordre suivant lequel elles semblent le plus naturellement s'enchaîner et découler les unes des autres; mais, afin d'éviter les répétitions , je ne suivrai pas la même marche d'une manière rigoureuse dans l'examen critique que je vais en faire maintenant.

1°. Pendant long-temps on s'est évertué à chercher si le virus vénérien était acide, alcalin, corrosif, acre, putride , ou même animé, c'est-à-dire composé d'animalcules vivans, qualités qui lui furent concédées tour-à-tour d'après quelques-uns des phénomènes attribués à son action sur l'économie , ou seulement d'après quelques théories reçues en pathologie générale. Mais, après de longues divagations, on a fini par demeurerconvaincu que, comme Bell l'a fort bien dit, on ne saurait rien établira cet égard, sinon des hypothèses gratuites, tant qu'on n'aura pas

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trouvé le moyen, inconnu jusqu'à présent, de se procurer le virus dans l'état simple et sans mélange. On a donc renoncé h chercher la cause , la nature ou la composition chimique de cet agent, et l'on se contente aujourd'hui de regarder purement et simplement son existence comme un fait avéré et incontestable. Cependant ceux qui établissent cet axiome ne rapportent aucune preuve h l'appui , et conviennent même explicitement qu'on ne peut pas en donner la démonstration , puisqu'ils avouent l'impossibilité de ftiire tomber le virus sous les sens. L'admission de ce dernier ne repose donc que sur le iic voLo , sic jubeo.

Il y a plus même; la nature du virus vénérien ne s'accorde pas avec les idées généralement admises à l'égard des virus. Quel sens altache-t-on , en effet, h cette dernière expression? Dumas, et MM. Nacquart et Marc vont nous l'apprendre. Dumas appelle virus tout principe qui produit une irritation proportionnée à sa force inhérente, dans les parties soumises à son action immédiate, et dont les effets, quoique variables , en raison des causes générales, qui les modifient à l'infini, suivent néanmoins une marche constante, sous ce rapport qu'ils sont toujours re lalifs à la nature et aux qualités de la matière agissante. Suivant M. Nacquart, im virus est un principe, un germe, qui , toujours identique, ne fait que se transporter d'un individu h un autre, presque sans s'altérer, et qui produit des maladies essentiellement les mêmes , quels que soient les temps , les circonstances et les lieux dans lesquels on les observe. Enfin , selon M. Marc , c'est un liquide particulier qui possède incontestablement la faculté contagieuse, dont la plus petite quantité renferme toutes

DES MALADIES Vl^Nli UIK XXES. ScjS

les conditions nécessaires au développement de la maladie , et suffit pour la reproduire, toujours absolument la même.

Le peu d'accord qui rt^gne entre ces trois définitions annonce déjà combien est vague la notion sur laquelle elles reposent. IMais, en les prenant telles qu'elles sont, voit-on que le virus vénérien remplisse les conditions exigées pour qu'un principe de maladie mérite le nom de virus? Je laisse de côté celle de la liquidité, sur laquelle je reviendrai plus loin , pour ne m'occuper ici que de la plus importante , celle de reproduire constamment une maladie identique. Or, il est évident que le virus syphilitique ne possède pas cette propriété , puisque le caractère de l'identité ne se retrouve ni dans la vérole confirmée , qu'on dit être si variable dans ses symptômes , qu'elle se montre sous l'aspect de toutes les maladies connues , ni même dans la vérole locale ou primitive , qui se manifeste sous la forme tantôt de phlegmasies, avec ou sans écoulement, tantôt d'inflammations terminées rapidement par des ulcères , tantôt enfin de simples irritations qui ne font qu'activer la nutrition et faire naître des hypertrophies variées. Certes , on ne peut pas dire qu'il y a identité entre des accidens semblables, puisqu'on se garde biçn de les réunir dans un même cadre toutes les fois qu'on croit pouvoir les attribuer h une autre cause qu'au virus vénérien , car on n'a ordinairement recours à ce dernier que pour trancher la dilïîcullé qu'oftre si souvent l'étiologie des maladies. En outre, les parties atteintes d'une affection dite syphilitique ne fournissent pas toutes une matière capable de produire une irritation morbide sur les surfaces saines qui en sont arrosées , et

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colles même qui exhalcut une pareille matière n'en donnent pas dans toutes les circonstances , ni h toutes les époques de leur durée. Les végétations sèches, par exemple , ne sont pas contagieuses , non plus que les ulcères conséculiis, et la plupart des éruptions cutanées, sinon même toutes. La gonorrhée ne possède également cette propriété qu'autant que l'inflammation qui en constitue l'essence subsiste h un certain degré d'intensité. Il suit donc de là que, même dans le cas où l'on suppose l'économie saturée de virus , il no communique pas la pro^ priété contagieuse à toutes les matières purulentes ou puriformes qui sont le produit de son action. C'est en vain que Bell a cru expliquer celte singularité en disant que le virus se trouve alors délayé dans une trop grande masse de liquide , car s'il est assez puissant pour déterminer une phlegmasie éloignée, il doit l'être assez aussi pour transmettre toutes ses qualités au produit de cette înflaunnation , et si la plus petite parcelle suffit pour faire naître des accidcns , lorsqu'elle entre en contact avec la surface du corps , à plus forte raison devrait-elle être suffisante lorsqu'eile se trouve introduite dans les humeurs, et qu'elle en est devenue partie constituante.

Ainsi les idées qu'on attache au mot virus, qu'elles soient d'ailleurs exactes ou fausses , ce qu'il ne m'appartient pas d'examiner ici , ne sont point applicables h la matière qui rend certaines allbctions, appelées vénôriennés, susceptibles de se transmettre à des personnes saines. 11 est incontestable que les exhalations puriformes ou purulentes qui s'échappent des surfaces phlogosécs ou ulcérées à la suite du coït, possèdent, dans certaines circonstances, la propriété de faire naître des phénomènes (Yiv-

D]-;S 3IALADIÎ-S v/' Ni- r.IK>?(I'S. SgS

ritation sur une surface saino mise en contact avec elles. Qu'on donne ensuite le nom qu'on voudra au pus doué de cette qualité , peu importe , pourvu qu'on exclue celui de virus , dont le rejet n'entraînerait pas celui de la contagion , ni même de l'inoculation , comme le pense M. Cuilerier neveu. Je ne conçois pas comment cet écrivain a pu dire sérieusement que le terme employé pour exprimer les faits n'est d'aucune importance pour la chose. Il n'ignore pas qu'à la dénomination de virus se rattache l'idée d'un agent spécial , invariable , inaliénable, et constant; or, appliquer cette notion au cas des maladies vénériennes , c'est non seulement aller audelà des faits , mais encore introduire dans la pathologie une hypothèse gratuite, qui exerce ensuite la plus fâcheuse inQuence sur la thérapeutique (i).

(i) L'admission d'un virus variolique n'empêche pas de recourir au traitement appropiié de la maladie, à la méthode autiplilogistiqxie, comme celui d'un virus psorique n'a point empêché M. Mourouval de traiter et de guérir la gale par les seuls bains chauds. Mais il n'en est pas de même à l'égard de la vérole : c"est toujours contre le virus qu'on a dirigé les secours de la médecine, sans lenir aucun compte des affections locales, quoique, d'après l'aveu de Lîell et de tous les praticiens, on les voie chaque jour résiter au traitement décoré du nom de spécifique. La théorie a même conduit, sous ce rapport, aux plus étranges abus. Ainsi Astruc, Lieutaud, Fabre et une foule d'autres, aftirment qu'on ne doit pas s'alarmer pour l'avenir de quelques symptômes qui subsistent encore après le traitement général. Le passage suivant de Fabre exprime sa pensée bien clairement : « On voit le plus souvent l'écoulement d'une gonorrhée ne point céder aux frictions; mais, malgré cette circonstance, on peut moralement assurer le malade de la guérison radicale de la vérole. » Quel homme sera assez dénué de jugement pour se persuader qu un symptôme qui persiste encore après un tiaiteuient quelcoutiue, n est

2°. On prétend que le virus vénérien appartient exclusivement à l'espèce humaine. Celte assertion repose principalement sur quelques expériences d'après lesquelles Hunier cl Turnbull ont conclu que les chiens, les lapins ni les ânes ne sont pas susceptibles d'être atteints de la vérole par inoculation. Mais si le virus syphilitique ne peut être inoculé aux animaux , il n'est pas non plus susceptible de Têlre toujours aux hommes eux-mêmes (i).

pas une preuve parlante (jue la maladie n'a point été guérie? On n imagine pas, dit Bru, comment on a osé soutenir l'anirmative de la guérison d'un malade qui est sorti du traitement avec les mêmes symptômes pour lesquels il s'y était soumis. C'est bien le cas de s'écrier, avec Argelata :

Imperiti medici duplici modo lucrantur, de virga et bubone.

(i) Bru s'est élevé avec force contre la possibilité d'inoculer la syphilis. « J'ai tenté , dit-il, plusieurs inoculations sur différens malades qui entraient à l'hôpital sans aucun symptôme de vérole : ce fut toujours sans succès. J'ai réitéré mes tentatives de difTérentes manières, et toujours avec un pus l'écent , au moins soixante fois dans 1 espace de cinq ans. Tantôt, j'ai fait plusieurs piqûres avec une pointe de lancette imbibée de pus ; tantôt j'ai fait ime plaie par le vésicatoire , entre le prépuce et le gland, sur laquelle j'ai mis de la charpie imbibée de matière ; d'autres fois, j'ai pris du sang d'un chancre, que jai inoculé de même; enfin, j'ai passé dans la fosse naviculaire des brins de charpie imbibée de pus provenant de la gonorrhée ou des chancres; j'ai porté des bougies dans le canal, que j'uvais frottées de la même matière. Toutes les piqûres de lancette faites sur le gland et sur le prépuce, se sont guéries sans produire la moindre inflammation ; les plaies des vésicatoires n'ont duré que trois ou quatre jours , quoique abandonnées à elles-mêmes ; enfin je n'ai pu remarquer le moindre indice d'inoculation. » De son côté, M. Evans assure avoir inutilement, et à plusieurs rejirises, essayé l'inoculation de la gonorrhée sur lui-même , et linu-

D'ailleurs, on observe très-fréquemment de véritables maux vénériens chez les brutes. Les chiens et les chiennes offrent souvent des traces non équivoques d'inflammations de la membrane muqueuse génito-urinaîre , qui sont suivies de gonorrhée , de chancres , de phimosis , de paraplîimosis et de gonflement des bourses. Les taureaux, quand ils répèlent trop souvent le coït, sont sujets à être atteints d'écoulemens par la verge, qui se coni^

tilité de ces tentatives, qui ont échoué aussi entre les mains d'autres expérimentateurs, est fort remarquable en ce qu'elle démontre que l'efficacité du pus vérolique , sous ce rapport, est bien inférieure à celle de l'ammoniaque. Cependant quelque positives que soient ces assertions, étayées de faits nombreux, d'autres expériences établissent que l'insertion du pus gonorrhoïque ou cliancreux peut déterminer des ulcérations suivies du gonflement des glandes lymphatiques voisines. Jlais il )' a contradiction à cet égard entre les auteurs. Le fait serait fort rare suivant Hunter , qui assure avoir souvent appliqué du pus vénérien sur des ulcères, et n'être parvenu qu'une seule fois à provoquer une inflammation vénérienne. Il est très-commun, au contraire, et à peu près constant, d'après M. Cullerier neveu, qui, ayant fait des expériences sur plusieurs sujets, et les ayant répétées plusieurs fois sur le même, a vu toujoms se développer, dans l'endroit de l'insertion de pus syphilitique, pratiquée avec la lancette sur le pénis, soit par picpire, soit par érosion, des ulcères en tout semblables à ceux qui avaient fourni la matière. Le même écrivain rapporte que trois élèves de Ihùpital des vénériens ont eu, à la suite dexpériences semblables, un ulcère qui a duré fort long-temps, et qui a été accompagné de l'engorgement des glandes axillaii-es ; que les accidens ont cédé, chez deux, aux moyens antiphlogisticjues ; enfin qu'un quatrième, qui fit le même essai quelque temps après, n'éprouva aucune irritation locale. Mais que les exemples daccidens survenus api'ès ces sortes d'inoculations soient rares ou communs , peu importe ; ils ne suffisent pas pour démontrer l'existence dun virus, puistjuou voit fréquemment des résultats

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muniqucnt aux vaches. On voit , dans beaucoup de cas , chez les chevaux , des boutons h la verge , le gonflement du scrolnui, diîs écouicmens par l'urèlre, des u!c(^'rations sur la tcte du membre et des chancres dans la bouche ; les phlegmasies des organes génitaux se montrent mémo qnolfjuefois très opiniâtres, ou se compliquent de la tuméfaction, soit des glandes lymphatiques inguinales , soit d'un testicule , ou des deux , qui cède au traitement anliphlogistique , appliqué avec les modifications qu'indiquent les circonstances particulières. A la vérité, on a prétendu que toutes ces aflcctions étaient purement locales , parce qu'elles ne produisent jamais, chez les brutes , les accidens fâcheux qu'elles occasionnent quelquefois chez l'homme , qu'on les rencontre quelquefois sur des chevaux hongres, et qu'il sufllt , pour les déterminer , de faire un usage abusif des substances dites

semblables, et même plus graves , dépendre dune simple piqûre, point de doctrine sur lequel les obsei'valions de M. Sliaw viennent de répandre beaucoup de lumière. 11 s'en faut d'ailleurs de beaucoup que la possibilité ou du moins la facilité d'inoculer la vérole soit admise par tous ceux môme qui croient au virus. M. Lagueau doute qu'on inocule la maladie en introduisant une bougie couverte de pus gonorrlioîque dans l'urèlre, et pense que le flux, quand il s'établit, ne tient qu'à l'irritation mécanique exercée par la bougie sur les paroisdu canal. C'est aussi l'opinion de M. Cullerier oncle, qui s'etpiime de la manière suivante, au sujet de rinoculalion en général : « jVous croyons pouvoir assurer que le fluide qui sert de véhicule au virus doit étn; doué d'un degré de chaleur, d'une espèce de vie, qui conserve au virus la force de s'attacher au nouveau corps auquel il a été transmis. » Il eût été plus exact de dire, qu'il faut que les parties «îxposées à la contag'on se trouvent dans certaines conditions pour la recevoir.

DLS MALADIES VÉNliniENNES. SqQ

aphrodisiaques, comme il est arrivé , en 1800, 1801 et 1808, dans deux cantons du département des Hautes- Pyrénées, où plus dequalre-vingls étalons, chevaux et haudets, ont succombé à une blennorrhagie qui s'était déclarée h la suite de l'emploi inconsidéré des canlharides. Enfin , on a dit qu'elles n'étaient pas syphilitiques , parce qu'elles se transmettaient bien du mâle à la femelle, mais non de la femelle au mâle. Celte dernière assertion est trop étrange pour mériter qu'on la réfute. Quant à l'absence des accidens consécutifs, elle s'explique trèsbien par l'usage dans lequel les vétérinaires sont de ne pas recourir h une méthode thérapeutique qui produit souvent des effets plus redoutables que ceux de la maladie elle-même. A l'égard de l'objection tirée de l'abus des aphrodisiaques, tout ce qu'on peut conclure de \h , c'est que les irritations des parties génitales se ressemblent parfaitement , qu'elles soient produites par le coït excessif, par le coït avec un individu malade , ou par toute autre cause , extérieure ou interne. Ainsi , par exemple , celles qu'on observe chez les chevaux hongres paraissent tenir h l'accumulation de l'humeur sébacée , favorisée par la rétraction qu'éprouve, dans ces animaux, le pénis atrophié en partie , qui ne peut souvent plus sortir du fourreau pendant l'émission des urines. Ce qu'il suffit de constater ici , c'est que le coït développe souvent des accidens aux parties génitales chez les brutes , qu'oii en voit survenir chez des mâles entiers, alors même que les femelles qu'ils ont saillies n'étaient atteintes d'aucun mal semblable , mais par le seul fait de la fatigue qu'ils ont éprouvée en s'abandonnant sans mesure à des

clTorts trop rt^ptSlés ou trop souvent continués , que ces aflbclions sont susceptibles de se communiquer ensuite aux femelles , enfin qu'elles se manifestent quelquefois d'une manière épizooliquc , ou enzootique , si l'on aime mieux, comme Schotte l'a vu au Sénégal. Or tous ces phénomènes sont absolument les mêmes que ceux qu'on observe dans l'espèce humaine.

5°. Le virus vénérien est, dit-on, une matière fixe, un liquide. Le fait observé par M. Schall , et que j'ai rapporté dans le chapitre précédent, s'élève contre cette assertion, en nous faisant voir que, dans certaines circonstances, les vapeurs qui s'élèvent d'une surface attaquée par une phlegmasie dite vénérienne, peuvent déterminer des accidens dans des parties éloignées du corps, d'où il est permis de conclure qu'elles seraient également susceptibles d'en faire naître chez d'autres individus, si ces derniers se trouvaient soumis à leur influence, et qu'elles fussent accumulées en assez grande quantité. Ce mode de transmission, dont d'aulres inflammations, telles que la variole, l'angine, le typhus, elc. , fournissent des exemples , est sans doute fort rare dans les accidens vénériens. Cependant on ne peut pas regarder comme impossible qu'il s'exerce quelquefois. On y croyait généralement dans le cours de l'épidémie du quinzième siècle, et, quoique celle-ci n'eût rien de commun avec les maux vénériens, ainsi que je l'ai démontré , on reporta toutes les idées qu'elle avait fait naître, sur ces derniers, lorsque l'opinion se fut établie qu'il existait entre eux et elle une connexion semblable à celle de l'eflet et de la cause. Hume nous apprend effectivement, qu'en 1529, le cardinal AVolsey, premier ministre de Henri \HI,futac-

DES MALADIES viNÉUIK>"NES. 4oi

cns6, h. la chambre haute d'Angleterre, d'avoir parlé bas h l'oreille du roi, sachant bien que lui, Wolsey, était infecté de la maladie vénérienne.

4". Que le virus vénérien ne s'engendre jamais spontanément chez l'homme , comme on l'a prétendu , c'est ce qu'il est impossible de déterminer, puisque personne n'a vu ce principe. Mais ce qui est bien certain , c'est que, chez l'homme comme chez les animaux, une foule de causes, internes et externes, font naître, aux organes génitauK des deux sexes , des phlegmasies qui se communiquent à d'autres individus. D'ailleurs, divers écrivains ont pensé que le virus vénérien avait été engendré, h une certaine époque , dans le corps de l'homme , par l'usage de la chair de lézard, par la passion do la bestialité, etc., et qu'aujourd'hui encore il s'y formait quelquefois de cette manière. On a même eu recours à cette sorte de génération spontanée pour expliquer le développement d'épidémies réputées véroliques , quand on ne pouvait se rejeter sur l'importation, comme à l'occasion du maldcShcriievo, tandis que, dans d'autres cas absolument semblables, par exemple h l'égard du mal de la baie de Saint- Paul, on a admis l'importation sans preuve, uniquement parce qu'on ne pouvait pas démontrer qu'elle n'avait pas eu lieu.

Cette théorie de la propagation constante du virus par voie de communication, ne fait que reculer la difficulté, sans la résoudre; car il faut bien arriver h une époque où le virus ait pyis naissance chez quelque peuple , et alors on ne voit pas pourquoi il se serait développé chez l'un plutôt que chez l'autre; ou bien l'on est obligé de le supposer inné chez le premier homme, ce qui ne se concilie

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ni avec l'opinion de ceux qui croient la maladie nouvelle, ni avec sa non-exislcnce chez tous les individus actuels de l'espace, et fait retomber, soit dans les absurdités de ia doctrine des germes préexistans, soit dans l'hypothèse d'une seule lignée du g<!nre humain, que les naturalistes repoussent par des argumens péremptoires.

Mais cette théorie offre encore des difficultés d'un autre a;enre. Elle est contradictoire avec celle que beaucoup de médecins ont imaginée pour expliquer l'action directe et générale du virus sur l'économie , et que je vais faire connaître.

5". La manière dont les partisans du virus vénérien ont expliqué son action locale, a beaucoup varié. On admet généralement que l'irritation des parties vivantes a , entre autres propriétés, celle détendre à anéantir, ou du moins h expidser la cause qui la provoque, en excitant une sécrétion, avec le produit de laquelle s'éloigne la substance irritante; mais la propriété contagieuse dont jouissent les matières exhalées dans les maladies transmissibles par contact immédiat, a fait imaginer d'autres théories, soit purement chimiques , soit chimico-orgauiques, isoit enfin exclusivement organiques.

Les chimiatres prétendent qu'aussitôt après l'infection, il survient une inflammation et une suppuration ordinaires, mais que la cause capable de produire ces effets agit comme un ferment sur le pus , aussitôt ou presqu'aussitôt après qu'il s'est formé, et excite en lui une fermentation qui le rend syphilitique , de telle sorte qu'h la succession manifeste qui a lieu dans la sécrétion , s'en joint une non moins inmiédiale dans la fermentation mise en jeu par le levain apporté du dehors.

DES MALADIES VÈNÉRIE^TfES. ^0^

Cette théorie est ingénieuse. Mais sans compter qu'elle assimile les changemens survenus dans le corps vivant h ceux qu'on observe dans les substances privées de vie, et que l'irritation des organes génitaux ne s'accompagne pas toujours d'une sécrétion, comme quand on ne trouve que des excroissances pour tout symptôme, ce qui est assez commun , elle n'explique point tous les phénomènes de la maladie. Ainsi on ne conçoit pas ce que devient le prétendu ferment , lorsque la suppuration tarde quelques semaines à se manifester après que l'irritation a eu lieu; cominent il peut se reproduire quand l'écoulement d'une gonorrhée reparaît après avoir été suspendu plus ou moins long-temps , ou alterne avec la tuméfaction du testicule; pourquoi l'inflammation ne se soutient pas au-delà d'un certain laps de temps dans chaque symptôme , tandis que le ferment ne devrait jamais cesser d'agir tant qu'une nouvelle matière y serait ajoutée, à moins qu'une substance, appliquée sur la partie, ne vînt arrêter le mouvement intestin, ou l'empêcher de s'établir dans de nouvelle matière; enfin, pourquoi les symptômes vénériens oiTrcnt tant de variétés, tandis qu'ils devraient se ressembler tous, la fermentation étant aussi forte dans un cas léger que dans un grave, et ne différer les uns des autres, sous le rapport du danger qui les accompagne, qu'en raison du plus ou moins grand nombre d'endroits où celte fermentation se manifesterait.

D'autres, à la tète desquels se placent Barlhtz et Hunter, supposent que le corps a la propriété de produire, suivant la nature de l'irritation qu'il éprouve , une matière sous l'influence de laquelle les organes , irrités par elle d'une manière spéciale, entrent dans une action ca-

/;')4 ti\ait/c

pablc d'cnj^ondror un produil absolument semblable au principe (]ui l'a mise en jeu. Dans celle liypollirse, le virus vénérien irrilc donclcs parties vivanlcs d'une manière qui lui csl propre, et cxcilc une inflammation particulière à ce mode d'irritation , qui donne à son tour un produit spécial. Ainsi, outre l'inflammation qui survient alors, toujours ou presque toujours les parties ont encore un mode particulier d'aclion, diflerent de tous ceux (lui accompagnent rinflammalion ailleurs, un mode d'action spécifique, qui délermiac les qualités spécifiques de la matière sécrétée. Hunier a même été jusqu'à dire que rinflammalion n'est pas nécessaire pour entretenir ce mode , parce que le virus vénérien se forme long-temps encore après que tous les symptômes de phlogose ont disparu. iM. Bérard , sans admellre colle dernière assertion du praticien anglais, qui est contraire h l'observation, a paraphrasé ses autres idées dans un passage trop curieux pour que je ne le rapporte pas en entier. « Il est évident, dil-il, qu'ici l'on considère la même maladie sous deux faces diflerentes; on l'analyse, on la décompose, non pas en réalité, mais par la pensée. Ce n'est pas que l'on sépare l'état vénérien de l'inflammation; ils n'ont pas chacun une existence isolée et indépendante; ce ne sont pas deux êtres simplement unis, mais ce sont deux modifications qui se confondent dans la réalité, et qui se distinguent seulement dans le traitement et dans leur prédominance respective. »

Je laisse à d'autres plus habiles le soin de découvrir le sens de cette phrase, et d'expliquer commejit deux modifications d'un état , qui sont bien certainement deux états diff'ércns , puisqu'elles ne se ressemblent pas , sans

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quoi elles cesseraient d'être des modifications , ne constituent cependant qu'un seul et mèjue état. Ce qu'on ne peut méconnaître dans les raisounemens de Hunter et de son école, c'est qu'ils reposent sur riiypothèsc de l'iiicurabilité de la vérole par tout autre traitement que celui qu'on regardait alors comme spécifique et seul eflicace. L'idée do la contagion n'aurait pas sulïi pour conduircà ce mélange bizarre delà cliiraiatrie et du vitalisme, puisqu'on n'y a point eu recours pour expliquer la propriété contagieuse d'autres maladies, celle, par exemple, de la pustule maligne. Qu'on supprime le mot Injlanimalion , qui rappelle toujours à l'esprit la phlegmasie aiguë du tissu cellulaire, ou le phlegmon, et l'on ne sera plus obligé de torturer ainsi le raisonnement , afin de ployer les faits à une théorie trop étroite pour les embrasser tous. On ne verra, depuis la plus légère surexcitation jusqu'à la gangrène , qu'une immense série de degrés d'exaltation de la vie susceptibles de survenir dans chaque tissu générateur, et de se combiner ensuite diversement les uns avec les autres, qui expliqueront les phénomènes pathologiques sans qu'on ait besoin de recourir à des causes spéciales d'irritation. La vie se manifeste de mille manières diflérentes dans le règne animal , et cependant nul physiologiste n'a songé à faire dépendre ces nuances de modifications particulières dans les excitateurs , puisqu'au contraire on a voulu réduire ces derniei^s à un seul, le fluide électrique, et que tout le reste est attribué aux mille et une combinaisons possibles de la texture organique. Pourquoi donc établir la pathologie sur d'autres bases que la physiologie , quand rien n'y autorise , pas même l'intérêt de la thérapeutique ,

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cjiic celle mélluxle compromet gravement au contraire, en consacrant les plus graves erreurs, et portant à repousser tous les faits qui tendent à les renverser?

Ces réflexions sont également applicables h l'hvpothèse (le M, Broussais , entre laquelle et celle de Hunier il n'existe qu'une diflerence purement nominale; car bien que M. Broussais ne se soit jamais expliqué d'unemanière positive sur le compte du virus vénérien, il l'ad' met réellement, puisqu'il attribue les maladies vénériennes à un<; irritation spéciale, et qu'il n'a fait que transporter ainsi h l'organisme ce qu'Hunter disait d'un principe étranger agissant sur les parties vivantes, M. Broussais pense que les accidens vénériens locaux sont le résultat de ce qu'il appelle siiblnflammation , c'est hdire de la phlogose des vaisseaux blancs jointe à celle des vaisseaux rouges. Sans compter qu'une pareille alliance a lieu dans toutes les ulcérations , on ne voit pas trop pourquoi on l'admettrait plutôt dans l'urétrile par cause vénérienne que dans les autres phlcgmasies des membranes muqueuses. On ne peut d'ailleurs pas appeler sub inflammatoire soit Télat d'un chancre où l'inflammation est portée au point d'exciter la fièvre , soit celui d'une ulcération gangreneuse qui détruit le membre viril, couche par couche, jusqu'au pubis.

Maintenant , est-il besoin de croire à l'existence d'un virus spécifique pour expliquer tous les accidens locaux qu'on lui attribue? Non, sans doute. L'analogie nous autorise h admettre que des écoulemens et des ulcérations peuvent survenir spontanément chez les femmes publiques par l'eiret de l'excitation continuelle que leurs organes génitaux éprouvent , et qu'elles accroissent encore

Dlià MALVDIES viiKiRIJi >>ES. ^O")

par leurs excès dans les boissons. Il ne faut pas , pour se rendre raison de la transmissibillté do ces maladies , avoir recours à d'autres circonslances qu'au cliaugcnucnt survenu dans la coniposilion des fluides exhalés par les parties où elles siègent et dont l'irritation a niodillé la texture. Ces fluides deviennent dès lors aptes h provoquer une inflammation sur les surl'accs éminemment irritables qui revêtent le gland , le prépuce et l'urètre des personnes saines, comme ils font sur les parties voisines , chez la femme malade elle-mè:ne , quand celle-ci néglige les soins de la propreté. Ne voit-on pas tous les jours, dans d'autres cas, les sécrétions naturelles acquérir cette propriété à un bien plus haut degré encore, et le mucus qui suinte dans le coryza excorier la lèvre supérieure, le fluide qui s'écoule dans la dysenterie dénuder toute l'extrémité anale du rectum , les larmes excitées par un violent chagrin rubéfier les joues et le nez? Cependant on n'a point admis, jusqu'à ce jour, un virus dysentérique , un virus du coryza , ni un virus lacrymal.

G°. On a également imaginé plusieurs théories des maladies vénériennes secondaires, ou de la syphilis proprement dite.

La plus ancienne , celle qui appartient aux partisans du virus , présente encore bien {dus de contradictions et de singularités , que celle à laquelle on a eu recours pour expliquer l'action locale de ce principe délétère. Elle suppose que le virus est pompé par les vaisseaux lymphatiques, qu'il s'assimile les humeurs du corps, et qu'il peut rester plus ou moins long-temps à l'étal latent.

L'absorption paraît tellement indispensable aux fauteui's de cette doctrine , que Bell a été jusqu'à dire

4o8 TRAITÉ

qu'aussi long-lcriips que le virus n'est point absorba, il ne peut pas plus nuire que s'il n'avait jau)ais existé , élrangc assertion qui a conduit peu h peu h considérer les aficctions locales connue des parlicularilés insignifiantes, et sur les(jiiellcs l'altenlion ne devait pas s'arrêter. Le même écrivain prétendait que le virus pénètre souvent dans le corps sans enflammer ni corroder aucune partie, et cependant il aflirmait d'un autre côlé qu'un certain degré d'irritation est nécessaire pour exciter les absorbans II s'en enq>arer. Nulle part il ne nous apprend h concilier ensemble ces deux propositions qui semblent s'exclure réciproquement , de même que tout le système auquel elles servent d'échafaudage repose sur la croyance où l'on était alors que l'absorption a pour agens les vaisseaux lymphatiques , tandis que les recherches des anatomistes modernes ont démontré qu'elle est exécutée, en majeure partie , sinon même en totalité, par quelquesunes des radicules des veines (i).

Quoi qu'il en soit, on supposait le virus doué de la propriété d'assimiler la lymphe , et successivement les

(i) Bru rapporte cju'uu malade, qui avait intérêt à prolonger son séjour à l'hôpital, voyant cin{[ chancres dont il était atteint, sur le point de se cicatriser, imagina de !)aigner plusieurs fois le giand dans de l'esprit-de-vin très-fort; non seulement les chancres s'agrandirent beaucoup, mais il survint un bubon, qui suppura et s'ouvrit; la gangrène s'empara de l'ulcère, et le malade mourut. Que deviennent la tliéorie de labsorplion et celle du virus dans ce cas? L'alcool aurait-il donc agi comme virus? aurait-il été absorbé par les lymphatiques? Kul fait connu nest plus propre fjue celui-là à démontrer sans réplique que tous les phénomènes des maladies vénériennes dépendent de la manière dont l'organisme réagit sur la cause irritante, et non de la nature de celle-ci.

DES MALADIFS v/.?fÉRIEN:^ES. ^OtJ

autres humeurs du corps, h sa propre nature, par une sorte dé fermentation , semblable à celle qui préside à sa formation dans les affections locales. On ne donnait pas celle théorie pour certaine , mais seulement comme probable, comme celle qui paraissait la plus vraisemblable. Ce sont les expressions de Bell et de Swediaur. Elle conduisait nécessairement à admettre la présence matérielle du virus dans la lymphe, le sang et toutes les sécrétions , le lait surtout , la semence , la salive , incriminés par Selle , et la sueur , rendue suspecte par Boellcher.

Toutes ces assertions étaient purement gratuites. Le sang d'une personne atteinte de la vérole n'est pas plus infecté que ce liquide ne l'est dans la variole , d'après Darwin, ou dans la rage, suivant MM. Trollict et Ber- Ihold. « Le sang d'un syphilitique, dit Huntcr , n'est pas contagieux. On peut l'inoculer sans jamais craindre la maladie. Car s'il était capable d'irriter une plaie simple, et d'y déterminer une inilammation vénérienne , tout individu chez qui circulerait celte matière, ou qui serait atteint de syphilis, ne pourrait éviter de gagner un ulcère vénérien s'il était blessé dans un endroit quelconque, ou même égratigné avec une épingle. La partie ainsi ulcérée se transformerait en un chancre. » Bell prétend bien que cette transformation arrive quelquefois (i), mais il a grand

(i) J'ai vu les piqûres des sangsues ajipliquéesaupt-nuée dégénérer eu petits abeès cliez des sujets qui avaient descliancres ; le cérat simple a suiïi pour hâter la cicatrisation. J"ai observé que l'onguent mcrcurici entretenait ces petits ulcères, que l'on rencontre si souvent chez des^ sujets uon vénériens, parce que Ja -révulsion s'opère sur le lieu même où l'on a appliqué les sangsues.

4iO THAITÉ

soin de faire remarquer que e'est surtout dans, les périodes fort avancés de la maladie. J'ajouterai que', si elle a lion réellement, ce que je n'ai jamais obsiM'vé , ce ne peut élre clTeclivement que chez les sujets dont la constitution a été détériorée jusque dans ses fondemens par une longue série de traitemcns irritans. Mais que conclure de là au sujet de la vérole, puisqu'on supposant que le virus vénérien existât réellement, on ne pourrait alors distinguer ses effets particuliers au milieu de ceux qui résulteraient des maux nombreux accumulés les uns sur les autres par l'art ou plutôt par la maladresse du médecin? Enfin, cette infection de la masse du sang et des humeurs fût-elle même aussi fortement démontrée qu'elle l'est peu , on ne conçoit pas qu'elle ait pu servir de fondement h un préjugé très-répandu en médecine, d'où il a passé chez le peuple, qu'une femme court de grands dangers en ayant commerce avec un homme dont le sang est imprégné de virus , sans que la çialadie se dénote le moins du monde à l'extérieur, ou, en général , qu'une personne chez laquelle le virus est ainsi caché, peut communiquer l'infection, quoiqu'on n'aperçoive en elle aucun symptôme extérieur de maladie , car un grand nombre d'observateurs, s'appuyant sur l'expérience journalière, ont érigé en axiome incontestable qu'il faut que la vérole se manifeste parquelqu'affection locale, pour être susceptible de passer d'un individu à 1 autre , puisque , dans l'immense n)ajorité des cas , elle ne se comnnunqnc que par un contact immédiat , par un rapprochement même très-intime.

Connue les allcctions vénériennes secondaires ne se déclarent pas toujours immédiatement après l'apparition

DES MALADIE* V/iN/;niENNi;S. 4' '

des symptômes primitif!?, dtqil'cn outre elles ne se mon+ trcnt que dans un petit nombre de parties à la fois , sans jamais affecter ostensibiement l'économie entière, même dans les cas les plus graves, les partisans du virus vénérien ont cherché à expliquer cette particularité en supposant que l'assimilation formentative des humeurs peut être plus ou moins active en raison de circonstances que les bornes actuelles de nos connaissances sur l'organisation ne nous permettront peut-être jamais de déterminer (i). C'est surtout Bell qui a faitvaloir cet argument, qu'il a développé de la manière suivante : « L'assimilation, dit-il, peut non seulement être accélérée ou retardée, selon la disposition particulière des fluides sur les-^ quels le virus doit agir, mais le degré même d'irritabilité dominante, qui varie selon les individus, ou chez le môme individu en différens temps, peut aussi déterminer les symptômes à se manifester plus ou moins tard. Les uns sont si aisés à stimuler, qu'ils ressentent les effets de la matière de la contagion presqu'h l'instant qu'elle pénètre dans le système. Il faut, au contraire, chez ceux qui sont

(i) C'est celle liypotlit-so qui les a conduits à croire que le virus peut demeurer des mois, des années, des générations entières, à l'état latent. Cependant, comme le fait obseiTer Hunier, puisqu'on admettait la possibilité que le virus s'introduisit dans le corps, sans avoir produit aucune ailection locale, celle supposition aurait dû sullire pour infirmer celle quil peut exister pendant un laps de temps considérable dans la conslilutioa avant de se manii'eslcr ; car il est plus simple dadmetti'e son introduction d'emblée, que de la rapporter toujours à la dernière affection locale , soil chancre, soit gonorrhée, que le sujet a éprouvée, sans tenir aucun compte des actes vénériens (|ui ont pu être exercés depuis.

4l2 TUAITÈ

d'un tempérament plus froid, que la matière s'accumule on plus grande quantité j)our produire le même effet, ce qui exige nécessairement un temps plus long. Si, en outre , les effets de cette matière ne se manifestent pas également sur chaque partie du corps, à l'instant où elle est ainsi accumulée , ce qui semblerait devoir arriver, puisque, les fluides se distribuant partout, il n'est pas possible que les effets des maladies auxquelles ils sont exposés, se bornent h. tel ou tel organe , on répond que , dans la syphilis comme dans toutes les maladies qui affectent plutôt certaines parties que d'autres , on rencontre quantité de circonstances dont on ne peut rendre compte. Il existe peut-être un«. espèce d'attraction entre quelques parties et la matière de certaines maladies , où bien ces parties sont plus aisées à irriter que d'autres... De même le virus peut rester plus ou moins long-temps caché dans le système, selon le degré d'irritabilité de l'individu et l'état particulier dans lequel se trouvent alors les fluides, car ces derniers peuvent être , en raison de ces circonstances, plus ou moins disposés à s'assimiler h la matière de la contagion. » D'autres ont dit, ce qui revient à peu près au même, que le virus vénérien semble agir d'autant plus sûrement que celui qui le reçoit se trouve dans un état d'orgasme considérable, et que la disposition particulière, physique ou morale, du sujet, influe non seulement sur l'intensité , mais même sur la manifestation de son action. Ainsi, dans beaucoup de cas, de l'aveu même des fauteurs de la théorie du virus , ce principe occulte n'exerce sa ma-ligne influence que quand une cause accessoire prépare et décide son action. Mais, comme l'a judicieusement fait remarquer M. Boisseau , qu'est-ce qu'une

DES MALADIES Vl'XKRIENTfES. l^l^

cause qui se souslrail à tous nos sens, qui no peut rien à moins que le sujet dans lequel on la suppose , ne soit prédisposé à en ressentir leç effets, et qui n'agit que quand des causes occasionclles le lui permettent ? Il faut avoir un penchant bien décidé h réaliser des abstractions , pour aduicltre ime entité que rien ne démontre, qui ne peut rien par elle-même, et qui n'explique rien. En effet ses partisans sont obligés de recourir au vitalisme pour pallier les difficultés sans nombre qu'elle présente, et même avec le secours de cette autre doctrine, elle ne parvient pas encore à faire concevoir comment un virus , disséminé dans toute la masse des, humeurs, essentiellement irritant , et doué de la funeste propriété de convertir en sa propre nature tous les fluides qu'il touche, attaque cependant tels organes, plutôt que tels autres, car personne ne considérera comme une explication valable l'hypothèse dcSwediaur qui prétend que, quand ce principe a pris racine dans le corps, il se jette principalement sur les parties mucilagineuse et gélatineuse (i) du sang, et sur les organes qui en sont composés. On pourrait tolérer cette doc trine, si, comme celle d'un autre virus, celui des scrofules, elle ne faisait que surcharger la pathologie de subtilités inutiles, et si ceux qui en sont imbus négligeaient le traitement direct de la prétendue maladie virulente, pour s'attacher à combattre les mauvaises dispositions du sujet; mais ce n'est point ainsi qu'ils agissent, car tous leurs eflorts se dirigent constamment et uniquement contre l'être hypothétique qu'ils admettent sur la foi d'autrui ,

(i) Il n'existe point de gélatine dans le sang.

4l4 TRAITÉ

sans avoir jamais songé h soumettre les raisonnomens sur lesquels seuls il repose au creuset d'une critique sévère.

Quelques modernes, tels que Hunter et Darwin, ont modifié celle théorie d'une manière parliculière. Frappés surlout de ce qu'il est impossible de concevoir qu'une matière répuléc acre et corrosive, puisse circuler, pendant plusieurs jours ou même plusieurs semaines, avec le sang, sans produire aucun désordre , de ce qu'on ne Foit pas pourquoi, toule la masse du liquide circulatoire élant viciée, les effets de la cause morbifique seraient bornés à certaines parties, et enfin de ce que toule sécrétion est le résultat de mouvemens particuliers qui se pas-^ sent dans l'organe chargé de l'accomplir , ils ont conclu que la matière contagieuse n'est pas entraînée par les vaisseaux dans des régions du corps éloignées de la partic primitivement affectée, mais qu'une action morblïlque, semblable à celle que le virus a excitée aux parties génitales, se reproduit ailleurs par sympathie , sans le concours direct de cette substance. Ils pensent que si une partie éloignée peut être irritée sympathiquement, de manière à recevoir les mêmes mouvemens que le virus a produits dans le siège primitif de la maladie , elle engendrera le même genre de principe morbifique , mais que si les nouveaux mouvemens ne sont qu'une imitation imparfaite des premiers, ils donneront lieu 5 une matière un peu différente, et qui ne jouira pas de propriélés contagieuses.

La seule objection spécieuse qu'on leur ait faite, c'est qu'il parait étrange qu'on ne voie jamais ou presque jamais les ulcères priiliitifs de la gorge produire par sympathie des affections vénériennes secondaires aux parties

DKS .MALADIES V^NiRIENNES. î^\i)

j2;énitales. A cela on répond que, de ce qu'une synipalhic évidcnle existe entre deux parties, il ne s'ensuit pas que celles-ci doivent être susceptibles au même degré de ressentir l'influence de leurs états pathologiques respectifs, et que la différence de texture apporte nécessairement de grandes modifications à cet égard. Mais l'objection ellemême porte h faux. La réciprocité d'action entre la gorge et les organes génitaux a lieu dans tous les cas de vive irritation, comme on peut s'en convaincre dans le typhus, où les phlegmasies et les gangrènes des parties naturelles ne sont pas rares, et comme Hippocrate, dont la théorie des virus ne fascinait pas les yeux , l'avait déjh observé dans les épidémies catarrhales. On ne manque pas d'ailleurs d'exemples de cette sympathie dans l'état physiologique : la mutation delà voix à l'époque de la puberté en donne une preuve frappante , et elle se nianifeste encore, comme Catulle en fait la remarque, par le gonflement du couchez une vierge nouvellement déflorée. C'est aussi h la sympathie existante entre les parties génitales et l'enveloppe tégumcntaire qu'on attribue les éruptions pustuleuses dont la masturbation est imc cause si fréquente. Pourquoi donc supposer un virus pour expliquer les pustules qui se développent à la peau chez les personnes dont les organes générateurs ont été soumis à une longue ou h une vive irritation , et qui éclatent quelquefois avec une telle rapidité, qu'il serait impossible de les attribuer raisonnablement au transport d'un principe raorbifique, puisqu'au témoignage d'Andrée, confirmé par celui de divers autres praticiens, on voit parfois ces exanihèmes apparaître vingt -quatre heures seulement après que les symptômes vénériens se sont déclarés dans

4ïG TIV:VITÉ

le lieu qui leur sert ordinairement de siège? C'est h la sympathie, et non h uu virus, qu'on attribue le phénomène singulier de la correspondance qui existe entre le gonllement de la glande parolide et celui des testicules ou des parties naturelles de la femme, dans la maladie désignée sous le nom cVoreillons. C'est par elle aussi que les partisans même du virus rendent raison de la manifestation de certains bubons, comme le démontre l'épiihète de sympathiques qu'ils leur imposent. C'est elle seule enfin qui peut expliquer l'engorgement des glandes de l'aisselle dans le cas d'un panaris commençant , car il ne saurait y avoir alors absorption d'un agent excitateur, puisqu'il n'existe encore que de la douleur et point do matière purulente. Pourquoi donc recourir h deux modes diflerens d'explication pour des phénomènes entre lesquels existe une similitude si prononcée? Parmi les symptômes vénériens secondaires, les uns tiennent à une sorte de faculté imitative, ou, comme s'exprimait Darwin, h une association scnsitive, qui existe dans tous les tissus similaires, et en vertu de laquelle ces tissus reproduisent spontanément, sur divers points de l'économie, les aflcclions qu'une cause externe ou autre a fait naître en eux dans une partie quelconque du corps ; les autres découlent de ce que tout organe qu'une prédisposition inhérente à sa texture, ou dépendante de ses rapports, rend enclin à sortir des conditions normales, manque rarement de tomber dans l'état pathologique, dès que l'harmonie vient il être troublée dans une région quelconque de l'économie. Lorsqu'on embrasse tous ces phénomènes sous l'appellation collective de sympathie, on n'entend pas les expliquer par là , ce qui est impossible , mais seulement cm-

DES MALADIES VÉ-!SÉniEN>' ES. 4' 7

ployer un terme qui exprime l'enchaînement et îa coordination des faits, qui nous les représente aussitôt à l'esprit tels qu'ils s'offrent dans la nature, sans d'ailleurs rien préjuger sur leur cause prochaine, ii laquelle il ne nous est point permis de nous élever. La théorie des virus n'offre pas ces avantages, cette simplicité, puisqu'elle entasse hypothèses sur hypothèses, sans pouvoir même arriver à son but, et qu'elle a toutefois la prétention de remonter jusqu'il la cause première des phénomènes. Ses partisans l'ont bien senti, comme le prouve un passage fort cu-rrieux de Dumas : « On aurait pu sans doute rapporter ces virus aux dégénérations des solides et des fluides, en regardant les principes spécifiques dont ils proviennent comuie les causes occasionelles et prédisposantes de quelques genres particuliers d'altérations; niais, pour faire mieux ressortir ce qui leur est propre et ce qu'ils ont de commun avec les altérations générales, il convient de les séparer. Nous ignorons du reste si les altérations spécifiques ont pour causes des matières ou des substances hétérogènes et particulières h chaque genre de maladie qu'elles entretiennent. Il est possible que ces espèces indéterminées d'altérations ou de vices affectent le corps indépendamment des principes matériels que l'on a supposés, et dont Cexislencc est du moins incertaine. »

M. -Broussais a adopté celte théorie de la sympathie, mais sans renoncer à Tidée que les effets secondaires des affections vénériennes primitives constituent une maladie distincte , ayant son cours nécessaire et imprescriptible. Suivant lui , les premiers symptômes irritatifs se répètent sympalhiquement sur les tissus auiilogues de léconomie, d'où ils passent à d'autres , car plus ils se répètent, plus

4lH TRAITÉ

ils Inulonl ;t so. rrprlor, Icndance qui rsl une loi p;('nérale Hr l'éconoinir. II résulte de là qu'au boul d'un corlain temps, la syphilis l'orme iine diathèsc , c'cst-h-dire une nplilude particulière de divers tissus h répéter les diverses irritations qui les aireclent , ou, en d'autres termes, une sympathie de similitude. Au reste, il place le siège de cette maladie dans le système lymphatique. « Nous regardons la syphilis , disent MM. Roche et Sanson , comme tine inflammation ordinairement chronique du système lymphatique , principalement de celui des parties génitales, pouvant se développer par l'influence de toutes les causes ordinaire» de l'irritation de ces parties , mais le plr.s ordinairement produite par le contact d'un virus, ou pus irritant , sécrété dans les points enflammés ou lilcérés. » J'ai démontré ailleurs que la syphilis, considérée comme maladie unique , n'existe pas , qu'elle se comipose d'un plus ou moins grand nombre de maladies distinctes, mais modifiées à l'infini sous l'influence du climat, de la constitution, du régime, du mode de trailenienl , et qu'on ne doit voir en elle que des affections lotialcs susceptibles de se répéter sympathiquement sur d'autres parties , qui peuvent mettre à leur tour de nouvelles sympathies en jeu , quoique ce dernier cas soit fort rare; j'ai dit aussi, et je le démontrerai ampleniertt dans la suite , qu'une foule d'accidens , qu'on met sur le compte de cette maladie, sont l'eiret d'irritations viscérah'S chroniques , déterminées par le long usage des excitans , de sorte que , dans tous les cas graves et invétérés de s}q)hilis , on a sous les yeux , non seulement les eiïets sympathiques des aflections primitives et des diverses alTections secondaires qu'elles ont pu provoquer ,

DES MALADIES ViN^KItlNNES. 4» 9

mais encore les résullals directs et sympalhiques des traiteoiens mis en usage. Rien de tout cela n'a lieu quand on ne s'occupe que de chaque maladie locale , comme faisaient tous les anciens; alors on voit rarement survenir dos affections secondaires ou sympathiques , parce que celles-ci ont presque toujours besoin, pour éclater, qu'une cause directe , agissant sur les organes , développe en eux la prédisposition h s'irriter qu'a lait naître l'inflammation d'une partie éloignée. On ne peut donc pas admettre une diathèse syphilitique , car les maladies vénériennes, même les plus intenses , ne mettent jamais en jeu autant de sympathies qu'une phlegraasic aiguë et surtout chronique du canal alimentaire , cas dans lequel ou ne dit jamais <{u'il y ait diathèse. Quant h l'opinion de MM. Pioche et Sanson, qui n'est pas nouvelle, puisque Girtanner l'avait émise long-temps avant eux, ce n'est qu'une hy pothèse gratuite. ïl ne suffisait pas de dire que les maladies vénériennes locales consistent dans une inflammclion des radicules lymphatiques , que les sympathiques sont aussi des phlegmasies de ces mêmes vaisseaux, et que ces diverses inflammations sont ordinairement chroniques; il fallait apporter des preuves en faveur de toutes ces assertions , qui ont contre elles le raisonnement et l'expérience , et qui ne sont qu'un mélange peu cohérent des idées anciennes avec celles de l'école broussaisienne.

7°. On a répété jusqu'à satiété que la nature ne peut pas triompher du virus vénérien , qu'il n'existe pas une seule observation authentique constatant que la guérison se sait faite jamais d'uui^ manière spontanée, qu'un ulcère abandonné h lui-même continue et empire généra-

lenient, pour ne pas dire toujours, que la plus Ic^gèrc ulcération infecte constamment tout le système, et que le virus ne cède qu'à un traitement spécifique comme lui. J'ai pu me convaincre nombre de fois que ces assertions étaient fausses, et que les ulcérations vénériennes se dissipent d'elles-mêmes, souvent avec promptitude, lorsqu'aucune cause irritante ne vient exaspérer l'inflammation locale. Cotte observation a été laite si souvent h l'égard non seulement des affections primitives, mais encore des symptômes consécutifs , qu'Astruc lui-même n'hésite pas h dire qu'il est possible que le virus vénérien soit surmonté par la seule force de la constitution et par le bon usage des alimens. Thierry de Iléry, Brassavola , Fracastor, Lombard, Peyrilhe, Paschalis, citent des cas de ce genre. Fallope rapporte que des forçats souillés de la vérole trouvèrent leur guérison dans les travaux pénibles des galères. Les fatigues de la guerre affaiblissent ou môme dissipent quelquefois entièrement les symptômes vcroliques chez les soldais en campagne, de sorte que , comme l'a dit jM. Pinel , si le mal vénérien offre le témoignage le moins irrécusable du pouvoir des médicamens, il ne rentre pas moins dans la règle générale de la plupart des maladies chroniques sur l'elïicacité des moyens pris de l'hygiène seule. Van Swieten nous a conservé l'histoire d'un jeune homme couvert d'éruptions réputées vénériennes et d'exostoses , et tourmenté par d'atroces douleurs, que les rudes occupations du labourage délivrèrent en six mois d'une affection sans cesse renaissante, pour laquelle il avait subi quatre trailemens par le mercure et trois par le gayac. Un autre malade , dont parle M. Capuron, avait à la bouche des ulcères vénériens

DES MALADIES VJiM•E^•:^XES. 4'^*

compliqués de scorbut , contre lesquels on employa pendant deux ans les anti-syphilitiques sans succès; un jour cet homme commet un 'écart de régime, h la suite duquel se déclare une violente gastro-céplialite qui met sa vie en danger; mais un mois s'écoule h peine , qu'il se trouve guéri , h quelques engorgemens près, du scorbut et de la vérole. Sonnini et Bruce nous apprennent qu'on guérit parfaitement les maladies vénériennes en Egypte et dans l'Abyssinie, sans mercure et par des remèdes fort simples, comme ou faisait jadis en Numidie, au rapport de Léon l'Africain. En Amérique , ces aifcctions disparaissent presque toujours sans traitement; mais si le sujet passe en Europe , elles s'exaspèrent , deviennent très-opiniàtres , et résistent surtout au mercure. Tous les jours on voit la gangrène du prépuce déterminée par des chancres très-enflammés, laisser, après la chute des» escarres, une plaie vermeille qui se cicatrise rapidement sans que nul symptôme ultérieur se déclai'e , quoique le malade n'ait fait usasse d'aucun remède, si ce n'est de boissons délayantes et durepos.M.Lagneau lui-même convient , dans plusieurs endroits de son livre, que ces deux derniers moyens suffisent dans beaucoup de cas , et que pareille chose s'observait autrefois dans les salles d'expeclans de Bicètre , où quelques sujets guérissaient de presque tous leurs symptômes locaux en buvant seulement de l'oxicrat. Dumas rapporte l'histoire d'un homme affecté depuis deux ans d'ulcères vénériens à la tête , contre lesquels on avait employé inutilement les préparations mercurielles sous plusieurs formes , et qui guérit rapidement à la suite d'une fièvre inflammatoire bilieuse , compliquée d'un érysipèle à la face. Le même écrivain cou-

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vient ailleurs (jiu- les salivations, les sueurs , les diarrhées, en uit mot toutes les évacuations, qui ne sont, comme on sait, que les résultais do l'irritation des organes, ont une influence bien constatée sur la guér^soa de plusieurs maladies dépendantes du principe vénérien. Swediaur avQue qu'il n'existe aucun moyen qui convienne constamment dans tous les cas de vérole , et qu'il n'y a par conséquent point de remède anli -syphilitique universel. Enfin, s'il était possible , après un si grand nombre d'autorités qui ne sauraient être suspectes, d'avoir encore des doutes à l'égard soit de cet axiome , soit de l'eUicacité suilisante des forces de la nature pour éteindre spontanément les afiections vénériennes de toute espèce , ils seraient dissipés par les renseignemcns que M. Ferguson a publiés sur le mode de traitement adopté en Portugal, et surtout par les expériences décisives de Beddoes, Rollo , Scott, Cruikshank et Blair, ainsi que par celles de MiM. Rose , Thomson , Hill , Guthrie , Ilemien , Richond et Robillier.

L'argument auquel les partisans du virus vénérien attachaient le plus d'importance, est donc absolumeat isans valeur. .

8°. L'hypothèse de l'infection générale du satig dt du» autres himieurs par le virus vénéiùen, a fait naître ceiKï de la transmissibilité de ce principe par la voie de la génération. « J'ai vu diverses lois, dit Bcil, dajis des cas où aucun symptôme fâcheux ne s'était montré à Textérietiri le père ou la mère communiquer la maladie au fœtus. Quand la mère est hifeclée, la matière de la contagion doit passer à l'enfant avec le sang. Quand c'est le pèrcj ce qui est le plus ordinaire, le virus ne peut-être charrié

DES MAL.VniES VÉXÉRIF.>":<£S. l^'iô

que par la semence. » Bell croyait en outre qr.e l'enfant peut être infecté par le lait de sa nourrice, cas dans lequel, suivant lui, la maladie ne parait pas toujours autour de la bouche, mais infecte le système entier avant de produire aucune affection locale. Celte doctrine, qu'Astruc repoussait déjà (i), est soutenue avec force par M. Cullerier, qui prétend qu'on ne peut !a nier que par singularité, par esprit de contradiction. Il me semble, au contraire, qu'on annonce soi-même de la singularité quand on croit l'étaycr sur des observations telles que la suivante: « Ine jeune fille de cinq à six ans, qui n'avait jamais éprouvé d'attouchemens de la part d'aucun homme, et avait toujours joui d'une santé parfaite , ressentit des douleurs nocturnes dans tous les membres, et il lui survint de nombreuses végétations à la vulve ainsi qu'à l'anus. La mère ne s'était jamais aperçue d'autre incommodité que de flueurs blanches très-bénignes; mais le père avait eu plusieurs gonorrhées dans sa jeunesse. Il se rappela même, quand nous scrutâmes sa vie passée, qu'il venait d'éprouver une de C€S maladies, dont il se croyait bien guéri, lorsqu'il se décida à communiquer avec sa femme, qui devint gi'osse ensuite. Ce coït avait mémo rappelé son écoulement, qui dura encore pendant un mois. » Je demanderai seulement à i\I. Cullerier pourquoi la maladie de cette jeune iille, qu'il qualifie de vénérienne, ne pourrait pas être mise au nombre de celles qui, do son propre aveu , se développent quelquefois spontané-

(i) f^uwjuam Iticni vcncrcam vcre sic dtctavi et patliognnmonicis signis conspicuam , jure quasi licrccliturio in iiifcintes Iransvcrsamobservavi. ■ ' ' ' i

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ment, et parnïl lesquelles une réunion de médecins rccomniandables, dont lui-même faisait partie, a cru devoir ranger le mal de Sherlievo. Lui paraîlrait-il plus simple de supposer la transmission, par le sperme, d'un virus qui, sans allecter la mère, reste ensuite cinq ou six ans à se Dianifesterchez l'enfant, que d'attribuer les accidens dont ce dernier fut atteint, à une irritation des membranes muqueuses, développée peu de temps avant leur apparition, et dont les effets sympathiques se faisaient sentir en même temps dans d'autres organes? Le lecteur jugera laquelle de ces deux explications méiite le reproche de singularité (i).

(i) Oa ua pas oublié la fameuse liislohc, rapportée par Swe- Ji;iur, d'un dragon, affcclé dun ulcère syphilitique dans la gorge, qui cohabita, pendant le traitement, avec sa femme, jusqualors exempte de tout sjmplôme vénérien, et chez laquelle il ne s'en manifesta non plus aucun par la suite; l'enfant dont cette dernière accoucha fut atteint, quelques semaines après sa naissance, d'un ulcère syphilitique à la gorge, au même endroit où le père avait eu le sien. Cette coïncidence de nature et de situation d'un symptôme de la maladie la plus irrégulière dans la production des innombrables accidens qu'on lui attribue, sufiirait pour rendre l'anecdote suspecte, aux yeux mêuïe du prosélyte le plus ardent du virus vénérien. C'est le cas de dire que celui qui veut trop prouver ne prouve rien. M. Chauffard a rapporté une observation qui se rapproche dé celle de M. Cullerier, et que voici : Une jeune femme de dix-sept ans languissait et toussait depuis quelle était accouchée d'un enfant sans vie. Dos émotions morales assez vives lui firent subitement paraître, sur la peau, des taches rondes, d'abord rouges, qui prirent bi(nilût une ici aie cuivreuse. Dès lors, rexi.-tencc de la syphilis fut annoncée. Le mari et sa femme étaient aussi sains que sages, mais le père et la mère de celte dernière, de mœurs dissolues, avaient plu- »ieuis fois contracté la vérole. " Il devint dune évident, dit l'auteur,

DES MALADIES VÉM'RIEXXES. 4^5

Quant h l'hypolhèsc de l'infection de l'enfant par le lait de sa nourrice, Bell ne l'aurait pas soutenue s'il s'était rappelé que, dans un autre endroit de son traité, il rapporte qu'on a vu des personnes avaler par méprise de l'eau qui avait servi à lotionner des ulcères vénériens, et cependant ne pas gagner la vérole.

Lorsqu'on allègue de pareils faits en faveur de l'hérédité du virus vénérien, on oublie qu'il n'est pas prouvé

que cette maladie était restée dans l'inaction et comme assoupie , tant que rien nen avait favorisé le développement. Puis la puberlé, le mariage et raccoucliement avaient constitué trois grandes crises, trois perturbations majeures, qui, eu imprimant de fortes secousses à toute l'économie, avaient réveillé l'énergie du poison syphilitique, et lui avaient communiqué une nouvelle existence. Il avait alors affecté la poitrine, et, jeté ensuite par un mouvement rapide sur tout le système cutané, il y avait déterminé l'éruption, aici M. Chaullar^l s'applaudit d'avoir guéri par des frictions et la liqueur, continuées pendant trois mois, une maladie , qui aurait cédé en peu de jours aux délayans, aux bains et au repos. Il suffit de citer des faits semblables , dont les livres fourmillent : le lecteur instruit, l'homme qui raisonne, les apprécie de suite à leur juste valeur. J'ai dit ailleurs, et Swediaur lavait déjà fait remarquer avant moi, que les phlegmasiesjvdcérations et excroissances aux parties gonilales,chez les eufans, ne sont pour ainsi dire jamais vénériennes. Elles peuvent cependant l'être , et, si l'on ne parvient pas à reconnaître leur origine, donner à penser qu'elles ont été contractées au passage, ou transmises par les pai'ens. C'est ce que démontre le fait suivant, qui m'a été communiqué par M. Demours. Une jeune fille àgéo de cinq ans portait des chancres à la vulve ; on crut d'abord que la maladie provenait des pareus ; mais, comme le père et la mère n'avaient eu aucun symptôme ni l'un ni l'autre , on fut obligé de renoncer à cette idée ; à force de recherches, il fut reconnu (ju un vieux libertin avait eu l'atrocité de pratiquer des manœuvres lubiiqucs sur le malheureux enfant.

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que le sperme coopère en substance à la fécondation, que la circulation l'œlaie est tout-h-lait indépendante de celle de la m(>rc, que le iœtus iabriquc lui-même son propn^ sang, et qu'une multitude de faits démontrent, do la manière la plus positive, qu'il est sujet, dans la matrice, aux mêmes maladies internes que celles qu'on voit se développer après la naissance. Il pourrait y avoir des doutes sur l'origine de raffection réputée vénérienne, quand elle se manifeste aussitôt après l'accouchement, question relativement h laquelle je renvoie aux détails dans lesquels je suis entré en traitant des ulcères vénériens de l'arrièrcgorge ; mais est-il permis, de rester indécis lorsque la maladie ne se déclare qu'au bout de plusieurs années, et d'admettre qu'elle soit susceptible de demeurer latérite ou endormie jusqu'h l'âge de la puberté, comme Bell l'a prétendu, que le levain morbifique préexistant puisse être contenu jusque Ih dans le silence par la supériorité des forces vitales? Je laisserai Pujol répondre h celle question, car bien que le passage suivant concerne les scrofules, il s'applique parfaitement h la vérole, dont la théorie offre la plus grande similihidi» avec la leur, « On remarque assez généralement que les enfans en qui les phénomènes rachitiques viennent à se développer, sont sujets, tout comme les écrouelleux, à un enchifrènement habituel, qui les empêche de respirer avec facililépar les narines. Ce symplome m'a fait penser de bonne heui'e que les afl'ections catarrheuses pouvaient être aussi fevorables aux développemens rachîlîqnos, qu'elles le sont aux développemens scrofulcux. En effet, par des observations réitérées, je me suis convaincu que bien des enfans qui tombent en cnartre, ont été spécialement sujets aux

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