CHAPITRE PREMIER
DES MALADIES VENERIENNES IT.IMITIVES CARACTÉRISÉES PAR l'inflammation DES MEMBRANES MUQUEUSES.
Les plus communos, parmi les maladies vénériennes primitives, sont celles qui consistent en une phlegmasie des membranes muqueuses. Toutes les membranes de ce genre peuvent en être atteintes; mais toutes n'y sont pas également exposées , et aucune n'y est sujette au même degré dans tous les points de son étendue. Cette différence tient, non seulement h ce que la situation qu'elles occupent ne permet pas à toutes d'être mises en contact avec une surface propre h exercer sur elles une stimulation morbifique, mais encore, et surtout, à ce qu'elles ne revêtent pas toutes des organes destinés, par le rôle qu'ils jouent dans l'économie , à éprouver de temps en temps une certaine exaltation passagère de l'activité vitale, qui, se communiquant tt elles , les rend éminemment accessibles h l'action des diverses causes irritantes. De là vient que la membrane muqueuse génito-urinaire est la plus exposée aux phlegmasies vénériennes primitives, ëûf'tr n'en ■ est aucune qui réunisse ces deux conditions à lin plus haut degré. En effet , on n'en connaît point , si ce n'est celle de l'estomac, h l'égard de laquelle le contact' soit plus prolongé , plus intime et plus nécessairement accompagné de turgescence et d'orgasme, au moins de la part d'un des deux sexes. On observe des inflammations semblables aux deux extrémités de la membrane muqueuse
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des voles digesLives, h l'œil, au nez, et dans le conduit auditirexlerne; mais elles sont rares dans ces portions du système muqueux. Leur développement peut néanmoins y être le résultat, soit d'un accident, soit de la négligence des soins de propreté , soit enfin , et cela dans l'immense majorité des cas, de ces manœuvres, contraires au vœu de la nature et aux préceptes de la morale , qu'inspirent le libertinage et une imagination dépravée.
Un écoulement étant, sinon le plus remarquable, du moins le plus ordinaire de tous les phénomènes qui caractérisent ces diverses maladies, on est parti de là pour créer des noms propres h les désigner. Ainsi, tant que les médecins considérèrent la matière qui s'échappe par les parties génitales, principalement par l'urètre de l'homme, dans l'inflammation de ce canal , comme de la semence corrompue, ils donnèrent à celte affection le nom de i^onorrhée, en y joignant les épithètes iï urétrale, va^lnaley nasale, oculaire, etc. , suivant le siège qu'elle occupe. Cette dénomination , devenue populaire, survit encore à l'erreur qui l'a fait introduire dans la nosologie» Swédiaur, embrassant l'idée que la matière de l'écoulement est une simple mucosité, fournie seulement en plus grande abondance par les follicules, et voulant d'ailleurs réunir sous un nom commun tous les flux vénériens qui proviennent des diverses membranes muqueuses , proposa , pour l'inflammation aiguë, celui de blennorrlia^ie^al poml'inflammation chronique, celui de blennovrhée, qui ne lardèrent pas à être adoptés tous les deux» Dans ces derniers temps, M. Capuron reconnut que les appellations mises en vogue par son prédécesseur, donnaient une idée fausse de la maladie , car il est bien avéré aujourd'hui
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que les membranes muqueuses ne fournissent de véritable mucus que dans l'état de santé, et que toute cause irritante qui modifie leur action, en altérant leur texture, doit nécessaircniont influer aussi sur les caractères et la composition de l'humeur qu'elles sécrètent. En conséquence , il s'est servi du mot catarrhe vénérien , qui , sans rien préjuger sur la nature de la matière fournie par Jes surfaces enflammées , indique que la maladie a pour caractère principal un écoulement dont l'union des sexes est la source. Cette innovation ne saurait être regardée comme un perfectionnement. En cflet , si l'on veut n'avoir égard qu'au flux , l'ancienne dénomination de gonorrkée peut bien être maintenue , puisque , comme l'a fait observer Bosquillon, <)^ovoi se prenait, chez les Grecs, non - seulement pour la semence, mais encore poiu* les parties génitales. D'un autre côté , aucun des noms proposés jusqu'à ce jour ne saurait être admis dans une nomenclature méthodique et régulière , tant parce que tous ces noms sont tirés d'un phénomène, et non de la nature inflammatoire de la maladie , que parce que cette dernière ne s'accompagne pas toujours et partout d'un écoulement.
La marche des phlegmasies vénériennes des membranes muqueuses extérieures ressemble à celle dès inflammations que toute autre cause peut faire naître, non-seulement dans ces membranes , mais encore dans celles du même ordre situées à l'intérieur; leurs efiets aussi sont identiques, plus marqués seulement.
Quand l'irritation est légère , la membrane se tuméfie par l'afllux d'une plus grande quantité de sang. Elle rougit, acquiert une sensibilité plus prononcée, et déve-
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loppe davantage de chaleur. Les exhalations perspiraloire» et les sécrétions folliculaires y deviennent plus abondantes. Les stimulans habituels , jusqu'alors presque inaperçus , causent des sensations plus vives , qui , par cela même, sont remarquées; d'abord, un léger chatouillement , de la démangeaison , puis une douleur sourde et gravative , quelquelbis seulement une sorte de malaise vague et indéfinissable. Au bout d'un certain laps de temps, ces divers symptômes décroissent, sans que les parties voisines , ni moins encore les organes éloignés , aient souffert d'une manière notable , et tout rentre peu h peu dans l'ordre accoutumé.
Mais, si l'irritation a été forte, les accidens, au lieu de diminuer bientôt , acquièrent plus d'intensité; la rougeur et la chaleur augmentent progressivement, par l'abord, souvent impétueux, d'une quantité considérable de sang, qui , tantôt gorge les vaisseaux , les rend plus apparens , et les dessine même en manière de réseau sur le fond rouge de la membrane, tantôt semble ne s'accumuler que par places , et forme alors , soit des points rouges ,. soit des plaques de même couleur, plus ou moins étendues. La douleur devient vive et aiguë , parce que la phlegmasie s'étend aux tissus sous-jacens. Les sécrétions changent de nature et d'aspect; elles sont d'abord se reuses et limpides , puis épaisses, opaques et colorées en vert , en jaune, ou striées de rouge, résultat manifeste d'une exhalation sanguine ; quelquefois même elles se suppriment entièrement. La membrane ne supporte qu'avec peine le contact de substances dont le passage ou la présence ne faisait autrefois aucune impression douloureuse sur elle , et les fonctions de l'organe qu'elle
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tapisse sont plus ou moins troublées. L'irritation se propage par degrés à des portions de cette membrane plus distantes du point sur Icf|ucl elle s'était fixée d'abord , suit ses ramifîcalions, et gagne de cette manière les organes qui en reçoivent des prolongemens. Elle s'étend aussi à toutes les parties circonvoislnes, qui y répondent, chacune en raison de son mode spécial d'irritabilité et de sensibilité. A ces symptômes s'en joignent presque toujours d'autres , annonçant raflection d'organes plus éloignés. Ici se rangent d'abord l'accélération du mouvement circulatoire, qui constitue la lièvre , puis le développement de phlegmasies ou d'irritations, qui semblent n'être que des répétitions de la maladie primitive , quand elles se fixent sur d'autres membranes muqueuses , mais qui , lorsqu'elles élablissent leur siège dans des organes difl'érens , produisent des accidens variés en raison dé la structure de ces derniers, et à la plupart desquels on a imposé des noms indiquant l'un de leurs symptômes les plus sailîans , le désordre qu'ils occasionnent dans les fonctions. Dans ces phlegmasies intenses , la membrane muqueuse subit quelquefois des pertes de substance, et il y survient des ulcérations. Celles-ci sont ordinairement très-superficielles , h moins que la texture de la membrane n'ait subi une altération profonde. Mais , dans ce dernier cas , l'inflammation change de mode : elle passe à l'état chronique , qu'elle revêt même fort souvent dès le principe , et sous lequel elle est en général beaucoup plus redoutable, à cause des altérations organiques dont elle devient la source. Parmi ces lésions , qui varient à l'infini, à raison de la texture et des rapports des parties qu'elles envahis- Bcnt, les dégénéresccncts fibreuse, cartilagineuse et can-
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céreuse sont les plus communes de toutes, spécialement les deux premières.
Les phlegmasies chroniques de certaines membranes muqueuses extérieures, lorsqu'elles se sont propagées audelà de leur siège primitif, deviennent aussi quelquefois la véritable cause prochaine de diverses fièvres intermittentes, et plus fréquemment de la fièvre hectique.
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