CHAPITRE II
DE l'or et du platine.
Uor a été employé de très-bonne heure dans le trailement des maladies vénériennes. Lccoq en parle dès l'année i54o, et, vingt-cinq ans après, Fallope répéta texluelp lement ce qu'il avait dit; mais son prétendu or mercuricl, qui se préparait en faisant digérer de l'or avec la liqueur obtenue parla distillation du sublimé corrosif avec la farine de froment, n'était point une préparation d'or; il ne consistait qu'en un mélange d'acides hydrochloriquc et acétique avec de l'huile empyrcumatique et un peu de deutochlorure de mercure; aussi Fallope le représente-t-ii comme un remède dangereux, dont les charlatans seuls faisaient usage, et dont tout médecin prudent doit s'abstenir, ce qui n'empêcha pas Eschenreiter de prescrire encore une composition analogue, vers le milieu du seizième siècle. En i65i , Colle recommanda une mixture informe d'or, de sublimé corrosif, de mercure éteint dans la salive, d'huile de gayac, de suc de fumclerre et de suc de chardon-bénit, dans laquelle, par l'eflct des réactions chimiques, il ne reste plus bientôt que du caiomélas, avec du mercure et de l'or à l'état métallique. A la même époque, Glauber indiqua, sous le nom d'/iutVe ou de liqueur d'or, un médicament qu'il préparait en faisant dissoudre de l'oxidc d'or dans de l'acide hydrochloriquc, et dont il vantait surtout refficacilé pour résoudre les tumeurs glanduleuses, ainsi que pour délerger et cicatriser
proinptcment les ulcéralions anciennes de la bouche, de la gorge, de la langue et des gencives. Deux ans après , Planiscampy proposa un mélange d'or mélallique et do sous-sulfate de mercure, qu'il obtenait en distillant cinq lois de sui^ un amalgame d'or et de mercure avec de l'acide sulfurique. En 169.8, Horst prodigua de grands éloges à son or diaphoréltque, mélange de calomélas, de chlorure d'or et d'un peu d'or réduit , qu'on prépare en distillant ensemble une dissolution de mercure dans l'acide nilrique et une autre d'or dans l'acide chloro-nitreux. En 1693, Uçay annonça, comme le plus efficace de tous les anti-vénériens , un mélange de deutoxide de mercure et d'or très-divisé, qui résultait de la calcination lente et long-temps prolongée des deux métaux. En 1 ^'i4, Pitcarn, qui connaissait probablement les essais faits avant lui par Loss et Rebenlrost, conseilla l'or très-divisé, en suspension dans un véhicule aqueux, parce que ce métal jouit d'une pesanteur spécifique supérieure à celle du mercure, qu'il ne croyait utile dans les maladies vénériennes qu'en raison de son poids. Enfin, en 1/35, HolTmann prétendit que le meilleur moyen qu'on puisse employer pour guérir ces afiections, consiste en un mélange de chlorures d'or, de mercure et d'antimoine, obtenu en traitant parties égales des trois métaux par l'acide chloronitreux affaibli , mélange que Lapolherie employait déjà plus d'un siècle auparavant.
Les préparations d'or étaient oubliées, ou du moins abandonnées àla cupidité des charlatans, lorsqu'on 1810, M. Chrestien rappela l'attention sur elles, particulièrement sur leur efficacité dans le traitement des maladies vénériennes, et soumit \x des règles précises leur mode de pré-
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paration et d'admlnislralion qui, jusqu'alors, avait toujours été livré à l'arbitraire. Celles qu'il emploie sont au nombre dé cinq, l'or très-divisé, l'oxidc de ce métal, son chlorure, le chlorure d'or et de sodium, et le pourpre de Cassius.
On peut obtenir Vor divisé de trois manières différentes : 1° en combinant le métal avec du mercure , et exposant l'amalgame aux rayons solaires concentrés par une forte lentille, le soumettant à l'action du feu, ou le traitant par l'acide nitrique; c'est la méthode de 31. Chreslien; 2° en limant des scquius avec des limes usées et mousses, afin que les molécules qu'elles détachent soient plus ténues, comme le conseille M. Niel; 5" en décomposant le chlorure d'or dissous dans l'eau par le proto-sulfate de fer, et lavant ensuite le précipité avec de l'acide hydrochlorique faible, pour dissoudre l'oxide de fer et le chlorure d'or qui pourraient y être mêlés. Ce dernier procédé appartient à M. Nachet.
Uoxide d'or se prépare en mettant de la potasse caustique dans la dissolution de chlorure, et faisant sécher, après l'avoir bien lavé, le précipité, qui, d'après M. Chevreul, n'est pas de l'oxide pur, mais un mélange d'oxide retenant un peu de potasse, ou (ïoratc de potasse, et d'un peu d'or réduit. Si l'on emploie l'ammoniaque, on obtient Vor fubninant, ou orate d'ammo?iiaque, dont M. Chresticn avait commencé à se servir, mais que des circonstances particulières l'ont obligé à abandonner, et auquel il n'a plus eu recours depuis, à cause du risque de la détonation.
Le chlorure d'or étant très-déliquescent et trop caustique, il lui a substitué celui d'or et de sodium; mais sa
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préparation diflrro Leaucoiip de celle du nouveau Codex, en ce que ce dernier prescrit d'ajouter au chlorure ' d'or une très - faible quantité de chlorure de sodium, tandis que M. Chrestien veut que ces deux substances y entrent a parties égales, difl'érence dont on doit tenir compte dans la pratique, puisque la préparation du Codex est bien plus caustique que celle de l'inventeur.
Enfin le pourpre de Casslus, que M. Chrestien appelle oxide d'or par l'ctaln, est, suivant M. Berzelius, un siannate d'or, ou un composé de peroxide d'étain et de deutoxide d'or, et, selon M. Proust, un mélange de pcroxido d'étain et d'or métallique dans des proportions très -variables, circonslance qui doit porter à le proscrire comme un médicament infidèle et inconstant dans ses efiets.
Ces diverses préparations peuvent cire administrées à l'extérieur et à l'intérieur.
La méthode la plus ordinaire de les appliquer extérieurement consiste h en friclionner la langue ou les gencives. Ces frictions n'ont point encore été essayées sur la face interne du prépuce, mais elles l'ont été sur celles des grandes lèvres. Au bout d'une minute, le malade se débarrasse la bouche en crachant; mais M. Chrestien assure qu'il n'y a pas d'inconvénient à avaler la poudre , surtout lorsqu'on fait lafriciion pendant ou après le repas, ce qui est indifférent, tandis que l'estomac peut en être fatigué quand le sujet se trouve à jeun. Si l'on se Sert du chlorure, et qu'on frotte les gencives, il faut opérer le plus bas possible, afin que cette substance ne touche pas aux dents, qu'elle noircirait.
La dose est. pour la limaille et l'oxide d'or, d'un quart OU d'un demi-grain ù un grain, par jour, qu'on élève gra-
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duelleuicnt jusqu'à trois ou quatre. Le pourpre de Cassius paraissant jouir d'une plus grande énergie, il faut en donner moins. Quant au double chlorure, qui est la préparation la plus usitée, sa causticité demande encore plus de réserve , et exige qu'on l'associe h d'autres substances. M. Chrestien en unit un grain à deux grains soit d'une poudre composée d'amidon, de charbon et de laque, soit d'iris de Florence dépouillée de toutes ses parties solubles par l'eau et l'alcool, et pulvérisée, soit enfin de poudre de lycopode, et divise le tout en quinze prises. Cette quantité épuisée, la même dose est partagée en quatorze, puis en treize , et en douze portions. Il est très-rare qu'on puisse s'élever jusqu'à un dixième de grain, quoique le Formulaire de -Cadet- Gassicourt, même dans la nouvelle édition de M. Bally, indique à l'intérieur les doses de trois, six, douze et dix-huit grains par jour, dont la moindre serait inlailliblement mortelle. La quantité moyenne de chlorure pour un traitement est de quatre , cinq ou six grains.
L'or en substance et le chlorure ont été aussi employés par MM. Chrestien et Gastier, en frictions sur les excroissances vénériennes et la peau , principalement à la plante des pieds, selon la méthode de Cirillo, ou en applications sur les ulcères rebelles. Pour cela on a recours à une pommade dans laquelle il entre un gros d'or divisé, ou dix à douze grains de chlorure, par once d'axonge, de cérat ou de beurre. Quand l'état de la langue ou de l'intérieur de la bouche ne permet pas d'y faire des frictions, cette pommade peut servir, d'après les conseils de M. Niel, à panser, soir et malin, une petite excoriation que l'on pratique, sur l'un des côtés du cou , au moyen d'une