CHAPITRE IV
DE QUELQUES VÉGÉTAUX CONSEILLES DANS LE TRAITEMENT DES MALADIES VÉNÉRIENNES.
Les bois suclorifiqucs ne sont pas les seules" productions végétales que l'on ail employées clans le traitement des maladies vénériennes. Une foule d'autres plantes ont été également conseillées, parfois même avec de pompeux éloges qui tendaient à les mettre bien au-dessus de tous les autres moyens connus, et à les faire considérer presque comme des spécifiques infaillibles. Je me contenterai d'énimiérer rapidement celles dont les vertus médicinales ont été le plus vantées, ou sont le moins équivoques.
Au premier rang se place la laiche des sables [carex arenaria), vulgairement connue sous le nom de salsepareille d'Allemagne, ou de salsepareille des pauvres. Les racines de cette plante peuvent, en raison de leur prix modique, être substituées à celles de la salsepareille d'Amérique. Leurs propriétés médicinales, supérieures à celles de cette dernière , selon Gleditsch , Murray et Reuss, sont regardées, par M. Sainte-Marie, comme étant absolument les mêmes. En Allemagne, on les prescrit en décoction, à la dose d'une demi-once ou d'une once par pinte d'eau.
^\i^terl a préconisé comme un spécifique assuré la racine de Vastragaleàgousses velues [astra'^aliis exscapus) , usitée parmi les peuples qui habitent sur les confins de la Turquie d'Europe. Quarin, sollicité par Stoerk, essaya
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cello siil)slaiico sur qiealre malades allciiils de symplômns priinilirs el secondaires, qui riircnl tous guéris sans avoir fait usa'gc d'aucun autre remcde. Il en administrait la décoction tiède, préparée avec une demi-once de racine el une livre d'eau réduite à moitié par l'ébullilion, dose (jn'il répétait matin et soir. Endler, AVegerich et Crichton assurent aussi l'avoir employée avec avantage; ccpendanl ce dernier n'en fait pas un éloge pompeux, etllunczowsivv la croit dépourvue de toute propriété antivénérienne, quoiqu'il admette qu'elle peut être ulile dans les douleurs rhumatismales et arthritiques. Pendant quelques années, celte plante a fait beaucoup de Lruil, et l'Europe a retenli des éloges qui lui avaient été prodigués par un enthousiasme exagérateur. Elle ne paraît cependant pas dénuée d'énergie , car elle provoque la diarrhée, un flux abondant d'urine et des sueurs. Sa décoction , qui est brunâtre, fait, sur l'organe du goût, une impression intermédiaire entre celle que produit la douccaracre et celle qu'occasionc la réglisse.
Divers écrivains prétendent qu'on peut substituer le boia du huis {buxus sempervirens) h celui du gajtic, et qu'il est tout aussi efficace que ce dernier dans le traitement des maladies vénériennes. Amatus Lusilanus paraît l'avoir recommandé le premier, et Musilanus assure qu'un grand nombre de malades ont été guéris, entre ses mains, par ce seul remède, que Chomel dit aussi avoir employé avec beaucoup de succès.
Le bois de genévrier [juniperus sabina) se trouve h peu près dans le même cas. Autrefois on vantait beaucoup sa décoction, qui a été recommandée par Léon l'A-
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fricain et Brassavola, Quelques médecins modernes en ont ë2:alement retiré de l'avantay-e.
La saponaire, [saponaria ojjicinalis) , dont Rudius, Claudiui , Settala, Sennerl, Bartholin, Colle, Wedel et Stahl ont vanlc les propriétés anfisyphilitiques, a été aussi conseillée, dans ces derniers temps, contre la gonorrhée, les ulcères de l'arrière-bouche et autres mala- , dies vénériennes rebelles au mercure. On la prescrit communément en décoction, à la dose de deux à quatre gros par pinte d'eau. On peut aussi donner une demi-once de l'extrait en pilules, et l'aire gargariser huit h dix fois par jour le malade, soit avec la même dose d'extrait dissoute dans une livre d'eau, soit tout simplement avec la décoction de la plante fraîche.
Divers auteurs, et plus particulièrement Kostrzewski, ont conseillé la gratiole {graiiola ofJîcinaUs) dans les ulcères vénériens, les caries, les nécroses, les tuméfactions chroniques du testicule, les douleurs ostéocopes et autres accidens semblables. On l'administre en poudre, h la dose de dix à trente grains, et en décoction dans l'eau, ou en infusion dans le vin, h celle d'un h deux gros. L'extrait est préféré par quelques médecins, qui le donnent en pilules, uni avec une substance aromatique, d'abord à la dose de deux grains, malin et soir, en aus;mentant peu h peu cette quantité , jusqu'à ce qu'il survienne des évacuations par le bas. La graliole demande h être maniée avec beaucoup de circonspection, car elle exerce, sur la membrane muqueuse des voies digeslives, tiDe action irritante très-marquée, qu'attestent les coliques, les déjections alvines abondantes, et souvent les vomissemens qu'elle détermine.
La douctf-amùre. [solaniirn dulcaniara) esl fr(«qiion»inciil ciuploycc dans le Irailcmcnt des maladies vénériennes , soit seule, soit associée à la salsepareille. Dans le premier cas on la donne en décoction, coupée quelcjue- Ibio avec du lait. On commence par un ou deux gros, qu'on lait Louillir dans deux ou trois verres d'eau , à boire dans le courant de la journée ; il faut ensuite augmenter peu h peu la dose , en ajoutant de jour en jour un demi-gros à un gros, jusqu'à ce que le malade consomme journellement deux ou trois onces , avec lesquelles on prépare trois ou quatre verres de tisane. Quelques praticiens accordent la préférence h l'extrait aqueux, qu'ils donnent à la dose de dix à douze grains d'abord , en augmentant d'une manière progressive. La douce-amère est un végétal doué d'une grande énergie. A dose modérée, elle n'exerce pas d'influence bien sensible sur l'action des organes digestifs , si ce n'est toutefois qu'elle accroît l'appétit; mais , prise en plus grande quantité, elle ocoasione de l'ardeur et de la sécheresse h la gorge , presque toujours des nausées et des vomissemens , et , la plupart du temps, une légère purgation, en un mot, tous les symptômes d'une irritation de la surface gastro-intestinale. Ses èfi'els varient d'ailleurs en raison de l'état des organes et de la constitution du sujet. Assez souvent les sympathies de l'appareil digestif sont exaltées, et alors tantôt il se déclare des sueurs, tantôt la quantité de l'urine ou de la salive se trouve accrue. Quarin assure avoir vu la plante déterminer une sorte d'orgasme des parties génitales , et provoquer les désirs vénériens, efTet que la plupart des slimulans des voies gastriques produisent h un degré plus ou moins prononcé. Mais le plus remarquable de tontes
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SCS actions secondaires , c'est l'impression qu'elle fait sur l'encéphale , et qui s'annonce par de légers mouvemens couvulsifs dans les paupières , les lèvres et les mains , des pesanteurs de lOte, de l'agitation, de l'insomnie, des éblouissemens et des élourdissemens.
Au rapport de Kalm el de Barlram , les habitans de l'Amérique septentrionale emploient la racine de la cardinale bleue [lobclia sjpliililica) , et prétendent qu'elle guérit les maladies vénériennes aussi radicalement que le mercure. Ils prennent une poignée de cette racine, et la font bouillir dans douze livres d'eau; le malade boit chaque jour deux livres de décoction , s'il peut la supporter, et augmente la dose par degrés, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus soutenir la purgation qu'elle excite. Alors il en suspend l'usage pendant un jour ou deux , pour le reprendre, s'il le faut, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement rétabli , ce qui a lieu pour l'ordinaire eu quinze jours. L'action de cette racine sur l'économie est encore peu connue. Cependant il résulte de quelques expériences faites par Dupau sur lui-même, au rapport de Bosquillon , et sur les animaux par M. Boissel , à qui nous en devons une bonne analyse, qu'elle ne produit pas toujours un effet purgatif, et que son action peut aussi se porter d'une manière spéciale sur l'appareil urinaire, ou même sur la peau.
Piussell a prodigué de grands éloges à l'écorce de la racine du bois gentil [dapluic mczereum) dans les maladies vénériennes secondaires dont le tissu fibreux est le siège , notamment dans les périostoses et les douleurs dites osléocopes , et il assure avoir guéri ainsi plusieurs malades auxquels il administra cependant ensuite uq trai-
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tfincnt merciiriel , pour plus de sécurilé. M. Cullerier l'a tWaleuienl trouvée efficace dans certaines affections cutan(!'es. Au conlrnire , M. Pearson assure qu'entre ses mains elle s'est toujours montrée inerte, si ce n'est quelquefois dans les exanthèmes. Il est probable qu'on a beaucoup exagéré les propriétés du bois gentil , mais l'impression violemment irritante, épispaslique même, que toutes ses pa,rties font sur les organes vivans , ne permet pas de le ranger parmi les substances inertes , et , bien loin de là , commande une grande circonspection toutes les fois qu'on veut l'administrer à l'intérieur. Au reste , on ne le donne jamais seul , et le plus ordinairement on l'associe à la salsepareille, pendant ou après l'usage du mercure. Ainsi on prescrit trois onces de salsepareille et deux gros de bois gentil , qu'on fait bouillir dins trois livres d'eau jusqu'à réduction d'un tiers, en ajoutant, sur la fin , une once et demie de racine èe réglisse. J'ai dit qu'il entre aussi , dans Ja composition de la tisane de Lisbonne. Si l'on en croit Wright, le bois de dentelle [lagetta lîntearta) , arbrisseau de la même famille, serait préférable. Tous les daphne et la plupart des daphnoïdes pourraient vraisemblablement être substitués au bois gentil.
La racine de bardane [arctium lappa) a joui d'une grande célébrité , due principalement aux éloges de Rivière, ainsi qu'à ceux de Ferrior, Montanus , Sinapius, Baglivi , Pitcarn , Stocrk et Locher. Cependant tout se réunit pour prouver qu'elle n'exerce qu'une bien faible action sur l'économie animale. Ainsi, par exemple, sa décoction aqueuse n'excite les urines ou la diaphorèse que quand on la boit en grande quantité et chaude, et
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ces effels liennent sans doule au calorique dont elle est imprégnée , ainsi qu'à l'eau abondante qui a servi pour la préparer. Tout au plus la bardane slimule-l-cUe un peu la tunique interne de l'estomac , encore même celte action est-elle beaucoup trop faible pour qu'on en tienne compte.
Je passe sous silence une foule d'autres plantes qui ont également été conseillées dans le traitement des mab.-i dies vénériennes , et parmi lesquelles un petit nombre a joui d'un crédit éphémère. La thérapeutique antisyphilitique n'a effectivement retiré aucun avantage réel de la cîguc [coniuni maculatinn) , du naptl [aconituin naptllus) , de Yanémone des prés [anémone pratensis), et de la clématite [clematis recta) , préconisés par Stoerk; du leduni palustre, et de l'écorce du prunus padus , proposés par Biornlund; du brou de noix, dont Swcdiaur et autres conseillent la décoction à l'extérieur et l'extrait à l'intérieur; du koublon [huniulus lupulus) , vanté par Colle; de l'écorce (ï aulne [betula abius), que Sinapius croyait très- ellicace ; de Yaulnôe [inula lieLenium) , et du dictante blanc {dictamnus alb us) , recommandés parPlater; d'une foule de labiées, telles que la germandrée , Vhjsopc, le pouliot , le tlijm , le serpolet , la lavande , prescrites par Ferrier , etc.
En analysant avec soin les observations , en général vagues et incomplètes, qui ont été recueillies au sujet de ces divers végétaux , il est facile de se convaincre qu'ils appartiennent presque toi;s à la classe des toniques, des aslringens, des stimulaus, des iriilans, on un mot qu'appliqués sur une surface vivante, nolanmicnt surcelli' «le la membrane muqueuse des voies digcstivcs, ils y dé-
CîS TBAITÉ
Iciniincnl une «îxallalion ou une coiiccnlralion de l'action vitale, avec tous les ellels secondaires qui peuvent en dépendre. A peine «n conipte-l-on deux ou trois , dans le nombre , qui soient doués de propriétés éinollientes , ou du moins dont la vertu stimulante soit trop faible pour ne pas disparaître au milieu de la masse de liquide dam laquelle elle se trouve en quelque sorte noyée.
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