CHAPITRE XI
RÉFLEXIONS SUR LE TRAITEMENT GÉNÉRAL DES MALADIES VÉNÉRIENPvES.
Il s'en faut de beaucoup que j'aie parlé de toutes les substances dont l'empirisme a préconisé avec plus ou moins d'emphase l'ellicacité dans le traitement général dés maladies vénériennes. Je me suis borné aux plusi importantes, à celles qui ont réuni un certain nombre de suffrages en leur faveur, et dont l'utilité, réelle ou supposée, a été considérée, au moins pendant quelque temps, comme un fait à l'abri de toute contestation. Ces diverses substances sont plus ou moins excitantes, à l'exception de quelques-unes qu'on doit ranger parmi les simples émoiliens, et qui, pour cette raison sans doute, n'ont joui que d'une vogue éphémère. En récapitulant avec impartialité les résultats pratiques qui les concernent, on se trouve conduit h établir les corollaires suivans :
1°. Toutes guérissent les maladies vénériennes dans certaines circonstances (i);
(a))Ei\^tal>iissant cette proposition, mou but est qu'elle soit prise dans toute sa généralité. S'il existe un préjugé qui, accorde la prééniincnce au mercure sur les autres excitans, c'est parce que la routine ran^enait sans cesse à cet agent, même lorsqu'on croyait devoir essayer les autres à litre de pure complaisance, parce que, si l'on excepte leurs prôneurs, ces derniers ont toujours été observés avec prévention par ceux qui adoptaient les idées reçues, enfin parce que les mercuriaux sont peut être les plus commodes de tous les médi-
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-2°. Toutes , dans d'autres cas plus rares , se montrent presque absolument dépourvues d'influence sur elles, soit en bien, soit en mal;
5°. Toutes, enfin, chez beaucoup de sujets, les exaspèrent, et provoquent même, quand on insiste opiniâtrement sur leur emploi , des accidens souvent plus graves que ceux contre lesquels on les a mises en usage.
Ces propositions, également incontestables toutes trois, ont fait dire à Swediaur qu'on peut établir comme une règle générale le principe qu'il n'y a aucun remède quelconque qui convienne constamment dans tous les cas de la maladie syphilitique, et qu'il n'existe par conséquent aucun remède anlisyphilitique ou antivénérien universel.
Mais il est encore deux autres propositions non moins vraies que les précédentes, quoique moins généralement appréciées. Les voici :
4°. Aucune des substances qui ont été passées en revue ne prévient le développement des maladies vénériennes secondaires, quand il doit avoir lieu. Loin delà même, toutes le favorisent dans beaucoup de circonstances, et presque toujours elles impriment à ces affections un caractère plus grave que celui qu'elles auraient présenté si les maladies primitives avaient été abandonnées à elles-mêmes.
5°. Aucune de ces substances , avec quelque largesse qu'on la prodigue , et lors même que l'organisme est le plus profondément ébranlé par l'action qu'elle exerce sur
camcns contre des affections dans lesquelles on veut que la médecine opère des miracles, c'est-à dire qu'elle guérisse sans exiger le renoncement aux affaires, nus plaisirs o( au train liahiliiel de )a vie.
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lui, n'a lo pouvoir de garantir d'une nouvelle ini'eclion , puisqu'on voit tous les jours des sujets qui, dans le cours d'un traitement anti syphilitique, contractent soit de nouvelles maladies lorsque l'ancienne avait déjà disparu, soit de nouveaux symptômes quand les traces de cette dernière n'étaient pas encore totalement effacées.
Ces cinq corollaires , auxquels on serait arrivé depuis Ion» -temps si l'on avait pris la peine d'embrasser dans un même examen les faits relatifs à tous les agens médicinaux décorés du titre d'antivénériens ,aulieu de se borner à ceux qui concernent le mercure , ou tout au plus les bois sudorifiques, ces corollaires sont de la plus haute importance à raison des conséquences qui en découlent, et dont on peut réduire les principales aux trois suivantes.
1°. L'inlluence curative d'un agent médicinal quelconque, sur une maladie, ne peut autoriser à conclure que celle-ci^est vénérienne, d'un côté parce que toutes les substances réputées antisyphililiques, sans excepter le mercure, échouent fort souvent dans les affections qui résultent d'un coït impur, d'un autre côté parce qu'elles réussissent fréquemment dans d'autres maladies qui découlent d'une source différente.
Le prétendu critérium des maladies vénériennes que l'on a cru si long-temps et que l'on s'imagine encore posséder dans l'action du mercure, n'est donc pas plus exclusif ni plus concluant que ne le sont les prétendus signes pathognomoniques à l'aide desquels on s'est flatté de distinguer ces affections, d'après quelques-uns de leurs caractères extérieurs. II résulte de là que les maladies survenues à la suite du coït exercé entre des organes sains et (les organes malades, ne difterenl de celles dont les mê-
mes organes peuvent être atteints sous d'autres influences, ni par leurs phénomènes, ni par les particularilés do leur traitement, mais seulement par les circonstances au milieu desquelles le sujet s'est tr-ouvé en rapport avec les causes qui leur ont doiuié naissance.
2°. Aucune des substances que l'on appelle anlisj'philitiques ne possède de vertus spéciales ou spécifiques contre les maladies vénériennes, sans quoi ces substances guériraient toujours, ce qu'elles sont bien éloignées de faire; leur influence curalive ne dépendrait pas de la manière dont on les administre, des circonstances dans lesquelles on les donne, de l'organe avec lequel on les met en rapport, mais uniquement de la quantité qu'on en introduirait dans l'économie ; enlin , on ne serait pas si souvent obligé de les varier h l'infini, et l'on ne verrait pas, par exemple, le mercure guérir, sous une l'orme, des symptômes qu'il avait trouvés rebelles à son action tant qu'on l'employait sous une autre forme, car la forme d'un médicament ne peut lui donner le caractère spécifique qu'il n'aurait pas sous une autre, ou bien ce serait la forme qui aurait la spécificité, et non la drogue.
Cet argument n'est pas un des moins concluans que l'on puisse opposer aux partisans du virus vénérien, et on doit l'ajouter à tous ceux dont je me suis déjà servi, dans le livre précédent, pour combattre l'existence de ce principe occulte et imaginaire.
2°. Toutes les substances réputées antisyphilitiques, lorsqu'elles produisent un effet curatif , agissent en excitant une révulsion , c'esl-à-dire en exerçant sur un organe éloigné de celui qui est le siège des symptômes vénériens, une irritation qui, par son intensité ou son étendue.
a le pouvoir de suspendre celle qui s'élait fixée ailleurs.
Celle proposilion n'a pas besoin de preuves. Elle découle nécessairemenl de la nature des impressions que les substances dites antisyphilitiques exercent sur les organes avec lesquels on les met en rapport. Elle est la conséquence de ce principe, posé par Barthez, que pour empêcher une fluxion de s'établir, il faut imprimer aux forces de la nature des ensembles de mouvemens qui tendent vers des organes éloignés, et qui soient perturbateurs des mouvemens qu'affecte la fluxion. L'ignorance seule a pu essayer de faire naître des doutes à son égard.
C'est donc la méthode révulsive que l'immense majorité des médecins a suivie, depuis trois siècles, dans le traitement général des maladies vénériennes; c'est cette méthode qui a ftiit oublier presque totalement celles qu'employaient les Grecs, les Romains, les Arabes, et les Arabistes; c'est elle qui a fait négliger le traitement local, et introduit peu à peu les idées dominantes de spécificité dans la nature de la cause morbifique, de même que dans le mode d'action de certaines substances médicinales; c'est elle enfin qui a engendré, comme elle ne manque jamais de le faire quand on l'applique d'une manière purement empirique, une foule de maux dont on attribua ensuite le développement aux affections contre lesquelles on invoquait son secours. En vain les faits s'élevaient par milliers pour attester que le succès ne la couronne pa§ toujours, qu'elle est souvent insuffisante, qu'elle entraîne même parfois des inconvéniens et des dangers, qu'en particulier le mercure échoue dans une multitude de cas, rien ne pouvait vaincre une prévention d'autant plus obstinée qu'elle croyait avoir pour elle l'appui de l'expérience.
('•Go TnAITK
jKircc (\nc, HC pouvant se dissimuler les nombrtMi.v insuccès (lu Irailemenl général , elle croyait les expliquer en (léclarnut qu'il avait été appliqué sans méthode, ou que les maladies contre lesquelles on y avait eu recours n'élaient pas vénériennes, malgré leur apparence (i). Je ne parle ici que des écrivains les plus conséquens, car tous n'ont pas daigné mettre leurs assertions en harmonie avec . la logique et le bon sens; il s'en est trouvé beaucoup, en effet, qui ont admis à la fois et la spécificité infaillible du mercure, et l'existence de véritables maladies vénériennes rebelles à son action , sans descendre jusqu'à mettre le lecteur dans la conddence du secret au moyen duquel ils parvonaicnl h concilier ces deux propositions exclusives l'une de l'autre. 11 est nécessaire encore d'ajouter que tous ces principes erronés ovi contradictoires ne s'appli-
(i) Bell s exprime en ces lermes : « Il est si rare que le incrciirc ne réussisse pas, cpie, quand cela arrive par hasard, oa peut croire qu'il a î'ié mal administré, c'esl-à-dire qu'il a été prescrit à une tlosc trop faible, ou que les symptômes de la maladie n'étaient pas purement vénériens. » Qui ne croirait, d'après ce ton tranchant, que la nature a l'ait une exception eu faveur des mercuriaux, et que seuls, parmi touslesageiisde la matière médicale, ils agissent constamment flune manière uniforme et partout identique? La plupart des médecins oublient que le corps dans lequel ils déposent leurs médicaraens n'esl point inerte et passif, comme la cornue du chimisle, mais cjuil réagit sur toutes ces substances, dont l'action sur lui est tellement subordonnée à la manière dont il ressent leur impression, que, quand un tissu organisé reste insensible à l'excitation quelles tendent à v provoquer, celle action est et demeure nulle , à moins qu'il n'y ait possibilité d'une combinaison chimique, comme dans un cadavre. Je ne citerai quuft seul exemple, celui des phénomènes de l'administration de tar.rc slibié dans l'apoplevie.
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quaient qu'aux ulcérations vénériennes; car, pour ce qui concerne les phlcgmasies simples , fous les médecins de l'Europe , quelques-uns de nos compntriotes exceptés , s'accordaient h les regarder comme ne réclamant pas, du moins indispensablement, l'usage du mercure.
II était impossible cependant qu'une doctrine, aussi bizarre se maintînt toujours. Malgré le fatalisme que liimler avait cherché à introduire dans l'histoire des maladies vénériennes , en les peignant comme des afFeclions inguérissables par les efforts de la nature seule, et qui tendent toujours à faire des progrès quand on les abandonne à elles-mêmes , malgré la difficulté que l'on devait éprouver h reconnaître la fausseté de ces assertions sous Tinfluence d'une théorie qui rendait l'inaction du médecin coupable , et qui permettait rarement de voir une maladie vénérienne vierge de mercure ou de sudorifiques, le hasard fit naître des occasions qui semèrent le doute dans quelques têtes. Bell , Girtanner et divers autres reconnurent que les chancres peuvent céder à de simples applications locales , ce qu'ils attribuèrent , contre tous les principes de la saine physiologie , à ce que l'absorption ne se fait pas constamment dans les parties ulcérées; mais ils n'en soutinrent pas moins qu'on doit toujours administrer le traitement général , à titre de précaution , parce qu'aucun signe extérieur ne donne h connaître quand cette absorption a lieu ou non. Clutterbuck alla B plus loin encore, et de ce eue l'on avait vu quelquefois les symptômes vénériens guérir sans mercure, il conclut — ^ sagement que la méthode de traitement ne peut êtrecon- ^t jsidérée comme une pierre de touche servant à détermi- ^^•^ner si une maladie est vénérienne ou ne l'est point. Lr
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dernier pas , le plus diflicilc à faire , a Hé franchi enlin dans ces derniers temps. Dos milliers d'expériences , faites avec le plus grand soin, et répélées dans des climats difFérens , en Espagne , en Angleterre , en France , en Allemagne , ont déniontié non seulement que le mercure n'est pas indispensable pour la guérison des maladies vénériennes , soit primilivcs , soit consécutives , mais encore que ces affections , loin de suivre , comme l'avait dit Hunter, une progression toujours croissante, quand on néglige l'administration des mercuriaux , guérissent très-bien sans eux , et même , parfois , sans qu'on ait recours à aucun autre remède. Nulle vérité n'est plus solidement établie aujourd'hui que celle-ci. Je vais indiquer brièvement les circonstances qui ont contribué à la faire découvrir de nouveau , et h ramener ainsi les médecins sur les traces des anciens , qu'ils n'auraient probablement pas abandonnées sans la révolution totale que les idées théoriques subirent au moyen âge.
M. Ferguson , durant quatre années de séjour en Portugal , dont deux furent consacrées à suivre la pratique des hôpitaux , apprit qu'on y traitait les ulcérations des parties génitales et de l'arrière -gorge par de simples' moyens locaux, que c'était seulement dans la pratique civile qu'on associait h ces derniers les tisanes sudorifiques ou autres remèdes semblables, qu'on n'avait recours au mercure que dans les maladies des systèmes fibreux et osseux , mais que ces affections étaient rares , la plupart du temps fort légères, et considérées comme purement rhumatismales , enfin qu'on les combattait par le calomelas h petites doses, la poudre de Dover, le gayac et les bains chauds. Les maladies vénériennes se montré-
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rcnt plus violentes dans les troupes anglaises que parmi les naturels du pays , ce qui tenait manifestement à la chaleur du climat et h l'intempérance des soldats , chez lesquels elles prenaient presque toujours un caractère phagédénique , débutaient par une vive inflammation, accompagnée de fièvre , et rendaient l'usage de la méthode antiphlogistique indispensable. M. Ferguson se contenta de conclure des observations qu'il avait recueillies , que les propriétés antisyphilitiques des végétaux sont plus prononcées dans les pays chauds que dans les climats froids , que la maladie vénérienne s'est adoucie en Portugal , et qu'elle peut s'épuiser d'elle-même , c'està-dire guérir par les seules forces de la nature. Jusque là il n'avait rien avancé qui n'eût déjà été dit à plusieurs époques. Mais il renouvela aussi l'opinion que la maladie vénérienne est susceptible de guérir sans mercure dans les pays chauds, tout en doutant qu'une pareille méthode pût réussir en Angleterre , et cette assertion vagjie devint la source d'expériences nombreuses qui ne tardèrent pas à la dépouiller de son caractère dubitatif. M. Rose , qui avait également suivi l'armée anglaise dans la péninsule , reprit et compléta les observations de son compatriote. On ne saurait trop louer la circonspection qu'il mit dans ses essais. D'abord il administra le mercure à des dosos si faibles que , d'après les idées reçues , elles auraient été insuffisantes pour opérer la cure; mais voyant que plusieurs malades avaient trèsbien guéri par ce procédé , il se hasarda enfin à laisser tout à fait de côté les mercuriaux , ot n'obtint pas des résultats moins satisfaisans. Dès lors II traita sans mercure tous les symptômes primitifs et secondaires que lui
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offrirent les soldais d'un régiment fort de mille hommes; loulc idée de spécificité fut écarléc ; les malades furent trnns.uilit, et, suivantla nature des cas, on leur fit prendre les antimoniaux, le quinquina , la limonade sulfurique, la salsepareille , etc. Quant aux moyens locaux, ils furent également choisis d'après le caractère particulier des ulcérations. Dans heaucoup de cas , après la guérisondes chancres , il resta une cicatrice dure et calleuse , semblable à celles que tous les auteurs prescrivent de tenir pour suspecte , mais qui ne fut cependant pas suivie d'accidens secondaires; les duretés se dissipèrent peu à peu d'elles-mêmes, ou cédèrent h l'application d'un peu d'onguent mercuriel.
On doit aussi à MM. Guthrie, Dease , Arthur et Gordon , des observations qui s'accordent , dans les points essentiels, avec celles de M. Rose , el qui furent faites h Chelsea. Ces médecins n'opposèrent aux ulcéralions dei^ parties génitales, quelqu'aspect qu'elles eussent, que des moyens très-simples , tels qu'un pansement à sec, ou quelques onguens et dissolutions , dont la plupart ne contenaient pas un atome de mercure. Plusieurs centaines de malades furent guéris ainsi, te même traitement fut également suivi à Dover, à Edimbourg, et dans plusieurs régimens anglais cantonnés sur b^ continent. Dans quatre cents cas qui furent indiqués à M. Guthrie, les résultats ne différèrent pas de ceux qu'il avait obtenus. Los ulcérations exigèrent de deux à cinq et six semaines pour leur guérison; mais celles qui présentaient les caractères assignés par Hunter et M. Garmichael au chancre que ces deux auteurs veulent qu'on regarde seul comme syphilitique, réclamèrent pr«'squc toujours un
leuips plus long , six , huit , dix semaines , cl luèmc jusqu'à ^ingtet vingl-six, lors(j|i'elles venaient à se rouvrir après s'èlre cicatrisées. Des six malades qui furent les seuls chez lesquels M. Guthrie observa des symptômes consécutifs , cinq durent leur rétablissement à la salsepareille , à l'anlimoine et aux bains.
Des résultats exactement semblables oiu été obtenus en France , par MM. Brown et Evans , sur cent trente- (juatrc vénériens , qu'ils traitèrent sans mercure , dans l'espace d'une année.
A Edimbourg , le traitement non mercuriet ne fut pas moins eiïicace , sur plusieurs centaines de malades , entre les mains de IM. Thomson , dont M. Hill a décrit la méthode dans les plus grands détails. Ce praticien s'abstint sévèrement du mercure , soit dans les accidens primitifs, soit dans les symptômes secondaires. Il vit les ulcérations et les bubons disparaître par le régime antiphlogistique, le repos , la situation horizontale et l'application locale des adoucissans, avec tout autant de rapi lilé que dans les cas analogues où l'on avait administré les préparations mercurielles.
M. Bartlet n'a pas été moins heureux dans cent quarante-sept cas d'ulcérations aux parties génitales, qu'il a traitées, sans mercure, durant l'espace de quatorze mois. Le traitement antiphlogistique , le régime végétal et le repos furent aussi les moyens qu'il mit en usage. Quelquefois , sur la lin , il eut recours h des préparations légèrement excitantes , afin d'aviver la surface des ulcères, et d'accélérer le Iravail de la cicatrisation. Le temps nécessaire h la formation de cette dernière lui parut dépendre moins dv la forme de l'ulcère que de ses dimen-
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sions , du degré de l'inflanimalion , et des moyens mis eu usage. Souvent aussi , la cicatrice demeura dure et engorgée , mais elle ne se rouvrit que dans quatre ou cinq cas. Le mercure fut également proscrit lorsqu'il survint des accidens consécutifs, qui n'en guérirent pas moins bien. Enfin , M. Barllet observa des exostoses qui non seulement survinrent chez un malade traité par le mercure , mais résistèrent à l'emploi continué de ce moyen , et furent suivies de nouvelles qui se développèrent dans le temps même où l'on ne pouvait douter qu'il n'agît sur toute l'économie.
La nouvelle méthode fut aussi mise en pratique , et avec un succès non moins éclatant , par M. Hennen , dont le mode de traitement ne dilïère pas d'une manière essentielle de celui qu'avait suivi M. Bartlet. Ce chirurgien distingué a donné les résultats de ses propres observations et de celles qui ont été faites sous sa direction, en Ecosse , par plusieurs officiers de santé militaires. On lui doit surtout des tableaux très-instructifs , indiquant avec précision le temps qu'exigea la guérison de quatre cent sept maladies vénériennes primitives , et de quarante-six secondaires.
De tous les documens relatifs à cette méthode, le plus important est une circulaire de MM. Franklin et M'Grégor, adressée, en 1819, aux chirurgiens régimenlaires de l'armée anglaise , et qui nous apprend que dix-neuf cent quarante individus atteints de maladies vénériennes, dont quatre-vingt-seize éprouvèrent des symptômes consécutifs , furent guéris sans merture , à l'exception de soixante-cinq , chez lesquels des raisons particulières engagèrent h administrer ce remède, sur la fin du
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traitement. Les principaux moyens mis en usage dans les accidens primitifs , consistèrent à tenir presque toujours le malade sévèrement au lit , ou du moins à ne pas le laisser sortir de l'hôpital , et h lui donner peu d'alimens. Quand l'inflammation était vive , on avait recours aux émissions sanguines, aux purgatifs, aux antimoniaux. Communément on employait d'abord les émoiliens et les adoucissans , à l'extérieur l'eau froide ou chaude, souvent aussi, dans le principe, la solution d'acétate de plomb , plus tard celle de sublimé dans l'eau de chaux, le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre. Dans les cas d'accidcns secondaires où l'on n'eut point recours au mercure , on donna les purgatifs, les antimoniaux, l'acide nitrique , la salsepareille , le gayac seul ou uni avec la salsepareille , les bains chauds , les bains avec l'acide nitrique ou hydrochlorique; dans les affections de la gorge, les gargarismes; dans les exostoses , les scarifications , les sangsues et les vésicatoires. Le temps nécessaire pour la guérison de ces symptômes secondaires , sans emploi du mercure , fut en général de vingt-huit à quarante-cinq jours. Ce qu'il y a de plus important dans cette circulaire , c'est qu'elle présente aussi les résultats du traitement mercuriel administré en même temps à deux mille huit cent vingt-sept vénériens atteints d'ulcérations à la verge. Elle nous apprend que le temps employé h guérir les accidens primitifs par cette méthode , a été en général de trente-trois jours quand il n'y avait pas de bubons , et de cinquante quand il y en avait. Les symptômes consécutifs ont exigé , terme moyen , quarante-cinq jours. Dans quelques régimens le traitement non mercuriel s'est prolongé davantage que celui par le mercure.
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La inélhode do Irailor les maladies véiiéricnnVs sans mercure a été mise en pratique, dans l'hôpital militaire de Strasbourg, par M. Richond, qui n'a d'ailleurs rien ajouté aux résultats publiés par les Anglais. Depuis lors elle a gagné de nombreux partisans, non seulement dans les hôpitaux militaires , où MM. Charmeil et Desruelles l'ont introduite, l'un h Metz et l'autre à Paris, mais encore dans la pratique civile, où tous les médecins qui ne tirent pas vanité du titre de routinier commencent à se montrer moins prodigues du mercur,-, et h raisonner l'emploi de ce médicament énergique d'après les principes d'ime thérapeutique, non plus guidée à tout hasard par l'empirisme, mais éclairée par le flambeau de la physiologie. Elle est presque généralement répandue en Ecosse. M. Turner, habile médecin d'Edimbourg, m'a assuré dernièrement que, depuis huit années, il n'avait pas eurecours une seule fois aux mercuriaux , et le nombre des sujets atteints d'afiections vénériennes qu'il a traités durant ce temps , ne s'éiève pas à moins de trois cents.
Faut-il donc proscrire l'ancien mode de traitement général, et se borner au nouveau, qui se compose de la méthode ariliphlogistique, h laquelle on associe parfois quelques excitaus locaux sur la lin ? Doit-on, en particulier, reiioncer au mercure, qui est un des plus puissans parmi les révulsifs appelés antivénériens? Personne n'oserait faire une réponse affirmative à ces deux questions. Ce qu'il y a de certain, c'est que toutes les fois que la méthode anliphlogîstique suffit pour faire disparaître les maux vénériens, non par une brusque délitescence, mais après qu'ils ont duré quelque temps, et se sont améliorés progressivement, il est inutile d'une part, et dangereux de
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J'autre, d'avoir recours au mercure, par précaution. Le médecin qui raisonne, de même qu'il n'obéit pas machinalement à l'impulsion de la routine, sait aussi se garantir des prestiges de l'innovation, et tout en rejetant un mode absurde d'appliquer tel ou tel médicament, ne se privQ pas d'agens qui peuvent rendre de grands services lorsqu'on les met en avant dans des circonstances convenables. Le mercure et les autres excilans ne doivent donc pas être bannis du traitement des maladies vénériennes. 11 s'agit seulement de se conformer, dans leur emploi , aux règles sans lesquelles l'expérience nous apprend que les tentatives de révulsion, loin d'être utiles, ne manqueraient pas de nuire. Or ces règles sont :
r. Il ne faut jamais tenter la révulsion dans les phlegmasies vénériennes, soit simples, soit compliquées d'ulcères, tant que l'inflammation est accompagnée de fièvre, ou même seulement d'un étal général de malaise ou d'airitation, qui annonce que le trouble local influe sur quelque appareil organique, soit le gastro-pulmonaire", soit le nerveux ou le circulatoire, et en dérange plus ou moins l'action normale. En d'autres termes, on ne doit y recourir que quand tous les organes sont sains , à l'exception de ceux dans lesquels l'irritation survenue après le coït a fixé son siège.
L'importance de celte règle a (lé sentie par tous ceux qui ont écrit sur les maladies vénériennes, et c'est même elle qui a donné naissance à ce traitement préparatoire si solennel, par lequel les anciens débutaient lorsqu'ils avaient recours auxfrictions mercurielles. Mais il s'en faut de beaucoup qu'(fn l'ait toujours appliquée dans la pratique, suri» ul quand il s'agissait de médicamens autres que
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les mcrcuriaux, et c'est Ih, sans contredit, une des causes qui ont fait (!'chouer si souvent la méthode révulsive.
2°. On ne doit tenter la révulsion qu'au début ou au déclin de l'inflammation, et jamais lorsqu'elle est dans la période de sa plus grande intensité.
Cette règle a été violée de mille manières différentes : non seulement les excitans révulsifs ont été conseillés dans la gonorrhéc à toutes les époques de l'inflammation, et l'on s'est étayé, sous ce rapport, de quelques snccès, en parallèle avec lesquels on se gardait bien de placer les insuccès, mais encore ils l'ont été , le mercure surtout, dans toutes les nuances, toutes les formes et tous les degrés des ulcérations. Autre source d'inconvéniens graves attachés à la méthode générale.
5°. La révulsion manque ordinairement lorsque le sujet est pléthorique et irritable, ou quand l'irritation locale est vive et ancienne.
Telle est incontestablement une des principales causes, non pas seulement do l'insuccès, mais même encore des inconvéniens et des dangers des révulsifs, et surtout du mercure, dans le traitement des maladies vénériennes. Chez un sujet dont le système nerveux cède h la moin dre émotion, ou dont les organes circulatoires sont trèsfaciles à soulever, l'irritation que l'on exerce sur un point éloigné du lieu malade , ajoute h celle dont ce dernier est le siège, et peut même la reproduire, lorsque , ayant cessé depuis peu, elle a laissé dans la partie qu'elle occupait une susceptibilité qui ne s'efface qu'au bout d'un certain laps de temps. Aussi la plupart des antisyphilitiques ont-ils été représentés comme ayant la propriété de faire reparaître les symptômes vénériens, ce qui a détcr-
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miné les partisans du virus à prétendre qu'avant d'anéantir ce principe occulte, ils commençaient par le tirer de sa léthargie, s'il lui avait plu de s'endormir. Cette assertion bizarre et contradictoire a été soutenue par tous les auteurs h l'occasion du mercure, par une foule d'écrivains qui ont traité des sudorifiques, par Alyon au sujet de l'acide nitrique et des composés qu'il appelait si im- ' proprement oxigénés, par M. JNiel en exposant les propriétés des préparations d'or. On transportait de cette manière à une cause morbifîque gratuitement admise les effets directs de l'action des substances médicinales que l'on envoyait à sa poursuite. Comme on ne soupçonnait pas une influence morbifîque à des agens décorés du nom de remèdes, on insistait d'autant plus sur leur emploi qu'ils agravaient davantage la maladie primitive. On recourait ensuite aux hypothèses pour expliquer la prétendue malignité ou virulence de cette dernière, sans que la facilité et la promptitude avec lesquelles elle disparaissait lorsqu'on l'abandonnait enfin à elle-même lussent capables de dessiller les yeux. Si j'avais voulu donner des formes polémiques à mon travail, il m'aurait été facile de trouver, même dans les ouvrages les plus modernes, des preuves surabondantes à l'appui de tout ce que je viens d'avancer. Je me contenterai de rappeler le fait célèbre qu'a rapporté Van Swieten,etdont j'ai déjà parlé ailleurs.
4°. Il ne faut pas provoquer la révulsion sur un organe que l'on sait avoir de grandes dispositions à agir sympathiquement sur celui qu'on veut débarrasser d'une irritation.
Celle règle est d'une application moins générale que les précédentes, mais elle n'a pas moins d'importance dans certains cas particuhers. Ainsi les irritations portées
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sur les voies gastro-iuleslinalcs ou sur la peau, exaspèronl celles des parties génitales chez les sujets, tels que les enfans et certains adultes, principalement du sexe l'éniinin, dont toutes les irritations, soit do la membrane muqueuse des voies alimentaires, soit du tissu cutané, ont une grande tendance à se communiquer aux parties génitales, même lorsque celles-ci se trouvent encore dans les conditions normales ou physiologiques. C'est ce qui explique pourquoi l'on voit souvent les stimulations de l'estomac ou de la peau agraver les phlegmasies chroni ^ ques de l'urètre ou de la vulve ot du vagin, quoiqu'elles soient, dans une foule de cas, un des moyens les plus efficaces pour en procurer la cessation.
5". La plus grande circonspection est commandée lorsque l'on opère la révulsion sur un organe qui est lié h beaucoup d'autres par son action.
C'est surtout aux stimulations gastriques et intestinales que s'applique cette règle, car non seulement elles peuvent réagir d'une manière fâcheuse sur les irritations vénériennes fixées a«ix parties génitales ou ailleurs, mais encore, elles en provoquent parfois de nouvelles dans d'autres parties du corps qui avaient été épargnées jusque \h. J'ai déjà fait remarquer plusieurs fois qu'elles étaient l'une des principales sources de ces douleurs et de ces phlegmasies du tissu fibreux que l'on a coutume de considérer toujoiu's comme les résidtats des maladies vénériennes, quoiqu'elles n'en dépendent que dans un très-petit nombre de cas, et qu'alors même elles ne s'y rattachent peut-être que d'une manière indirecte, par l'intermède d'une irritation viscérale provoquée immédiatement par ces maladies. Ces assertions auraient pu
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sembler paradoxales autrefois; mais ou ne peut voir mainteuaut en elles que l'expression rigoureuse des faits, rexpéricnce ayant appris que les lésions des tissus fibreux et osseux sont fort rares, ou n'ont même jamais lieu , lorsqu'au lieu du traitement empirique et révulsif, seul recommandé par les anciens , on n'emploie que des moyens empruntés à la méthode anliphlogistique.
G". Quant h ce qui concerne les révulsifs eux-mêmes, il faut être réservé sur l'emploi de ceux qui pourraient pro- V(^quer une irritation, apparente ou non, plus grave dans ses résultats que celle h laquelle on l'oppose.
Le but de la médecine n'est pas seulement de guérir les maladies, mais de le faire sans causer d'autres lésions qui, bien qu'inaperçues d'abord, pourraient entraîner des conséquences plus graves que celles de l'aflection primitive, et compromettre môme les jours du malade. C'est ainsi que le deulo-chlorure de mercure déploie, dans une multitude de cas, une grande eflicacité pour faire disparaître les symptômes vénériens, mais laisse h sa suite des phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse gastrique ou pulmonaire dont l'issue n'est que trop souvent funeste, sinon pour l'existence, du moins pour la santé habituelle du malade, qui demeure plus ou moins longtemps valétudinaire. De même les autres mercuriaux , exerçant presque toujours spécialement leur action sur la portion céphalique de la membrane muqueuse gastropulmonaire, tendent à exalter la sympathie naturelle qui existe entre cette portion et les organes génitaux, et à faire naître ainsi des phlegmasies simples ou ulcératives de l'arrière-gorge et des fosses nasales, qui ne manquent jamais de s'exaspérer au plus haut degré lorsque, guidé
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par les principes d'une fanssc ihéorie pathologiqne, on insiste avec opiniàtrelti snr Parlministration des agens qui leur ont donné naissance. Celte citxonslance, inaperçue jusqu'h présent, se rattachant d'une manière particulière au mercure, fait que, loin de le prodiguer, comme l'ordonne la pratique généralement reçue, on doit, au contraire, se montrer plus réservé encore h son égard qu'à celui de tous les autres excitans, lorsque, après avoir pesé miu'cment et l'état général du malade, et l'époque de la maladie, et la nature, le caractère ou la forme des symplômcs, on se décide enfin h recourir au traitement général ou révulsif.
On a demandé quelle est celle des deux méthodes, l'antiphlogistique ou la révulsive, qui conduit le plus sûrement au but, et qui mérite par conséquent la préférence snr l'autre. Ainsi posé, le problème ne saurait être résolu. Les deux méthodes sont également bonnes suivant les circonstances; il peut même être avantageux et nécessaire de les employer toutes deux chez le même malade. Le succès dépend de la manière dont on les applique, et de l'époque à laquelle on y a recours. Mais il est impossible d'établir aucune règle générale h cet égard , si ce n'est que les préceptes qui s'y rapportent doivent nécessairement varier en raison des cas particuliers. J'en venvoie l'exposition à la section suivante.
Dh'S MAL\I)IliS véMiRIEMtliS. 670