‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 24 sur 48 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

DU TRAITEMENT DES MALADIES VÉNÉRIENNES l-N PARTICULIER.

Malgré l'étendue des détails qu'on vient de lire dans îa section précédente , il s'en faut cependant de beauconp que l'histoire du traitement des maladies vénériennes soit épuisée. Il n'a encore été parlé que d'une seule des méthodes curatives à l'aide desquelles on peut les combattre. Cette méthode n'a même été considérée que sous le point de vue général des moyens auxquels on a recours pour la mettre en pratique, et surtout de l'usage qu'on en lait dans l'espoir de détruire ou de neutraliser le principe hypothétique h la présence duquel dans l'économie une théorie erronée attribue la production des maux vénériens. Les fisits et le raisonnement s'accordent pour prouver que son effet immédiat est toujours une irritation développée sur un point plus ou moins éloigné du siège de la maladie, et que, quand elle exerce une action médicatrice , ce qtii n'arrive pas toujours, à beaucoup près , c'est à l'inlîucnce dérivative de la nouvelle irritation qu'on doit attribuer ce résultat salutaire. Mais il n'a été question ni des circonstances dans lesquelles on doit l'appliquer à chaque affection vénérienne , ni de quelques moyens qu'elle met à la disposition du médecin, dans certains cas regardés comme faisant exception aux principes consacrés de la pathogénie syphilitique. Il reste, en outre, h exammer deux autres modes de traite-

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ment qui sont aussi fréquemment mis en usage , savoir , la miHhodo antiphlogisliquo et celle dont l'objet est de combattre localement les maladies vénériennes en appliquant sur les parties qui en sont le siège , des substances qui produisent un effet irritant lorsqu'on les met en contact avec un organe sain. En un mot, je dois maintenant faire h chaque maladie vénérienne en particulier l'application des préceptes de la thérapeutique générale , et indiquer comment et dans quelles circonstances on a recours aux trois méthodes de traitement qui, poiu' éviter des périphrases , peuvent être désignées sous les noms de révulsive , (ïantiplilogtslique , et de perturbatrice. Si je n'ai pas consacré une section spéciale à chacune de ces deux dernières, c'est parce qu'elles ont fait beaucoup moins de bruit, qu'on n'y a point recours aussi souvent , et surtout qu'elles ont assez rarement été employées seules.

En effet , la méthode révulsive l'a emporté sur toutes les autres dans l'esprit du plus grand nombre des praticiens. Bru, tout imbu qu'il était du préjugé de la spécificité du mercure , fait , à ce sujet, des réflexions très-sensées : « On n'a point fait jusqu'à ce jour , dit-il, grand cas du traitement particulier des symptômes vénériens, parce que la plupart des médecins qui ont écrit sur la vérole , et à qui la médecine externe était étrangère, ont prétendu que les remèdes internes , en sapant la cause dans son principe , devaient toujours être suffisans pour la guérir. Les traitemens locaux , ont-ils prétendu , ne font souvent qu'enfoncer plus profondément le virus dans le sang; la résolution d'un bubon , la suppression d'une gonorrhée ,1a cicatrisation d'un chancre , où un traitement in-

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terne n'a poiul concouru , sont des cures entièrement palliatives, et qui ne dispensent point les malades du traitement général ultérieur. Il serait facile de prouver que celte opinion est aussi captieuse que barbare. » C'est ce que Bru démontre , en effet , parle raisonnement d'abord, puis parles résultats de l'expérience. Après quoi il ajoute : «L'impéritie du traitement interne est le plus souvent cause que les symptômes, s'agravant, dégénèrent, et que, dans les hôpitaux surtout, ils conduisent souvent au tombeau. On impute ces effets au scorbut , à la fièvre d'hôpital , et autres complications. Gela peut être vrai dans quelques cas , mais je puis d'autant plus assurer qu'ils sont rares, que j'ai pour moi l'exjiérience de plus de trois mille malades que j'ai traités. Je conclus donc que le grand art de traiter les maladies vénériennes consiste essentiellement dans la partie chirurgicale, et que la partie médicinale , qui a pour objet l'administration des remèdes internes , est plus routinière et empirique que scientifique. »

Les maladies vénériennes étant toutes , quelques excroissances seules exceptées , les produits d'une inflammation, c'est par les anliphlogistiques que le raisonnement indique d'abord de les attaquer. Mais l'observation nous apprend que la méthode révulsive réussit très-souvent aussi, que l'application desirritans sur le siège même du mal est également suivie de quelques succès, enfin que le traitement externe échoue fréquemment lorsqu'il n'est point secondé par le traitement interne. On serait donc répréhensible de se montrer aussi exclusif que l'était Bru. L'art consiste à savoir choisir celle des trois méthodes qui réunit le plus de chances en sa faveur, dans une cir-

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conslaacc douiict; , el , suivant rexigencc tics cas, à les combiner ensemble , à les substituer l'une à l'autre , à les employer alternativement. Mais il n'en demeure pas moins vrai qu'on ne saurait trouver d'expressions trop lortos pour blâmer les prétendus médecins cpii , n'ayant d'autre règle de conduite que celle d'appliquer la méthode révulsive , le mercure, dans tous les cas indistiuclement, demeurent spectateurs tranquilles des ravages toujours croissans d'un chancre ou d'un bubon ulcéré, qu'il serait néanmoins si facile d'arrêter , ou même ne prennent conuaissanc<^ des symptômes que par les récits vagues et incomplets du malade , comme Girtanner en rapporte un exemple curieux , et comme la pratique en offre chaque jour de nouveaux , particulièrement pour ce qui concerne les maladies vénérienne-s chez les femmes.

Toute idée de spécificité , soit dans la cause morbifique, soit dans le caractère et l'aspect des symptômes, soit enfin dans l'action de telle ou telle substance médicamenteuse , sera désormais écartée. Dès que les accidens ont disparu, la maladie est guérie. Mais les chances sont différentes, relativement h la solidité ou h la stabilité de la guérison , suivant celle des trois méthodes h laquelle on a eu recours. Ainsi , par exemple, l'emploi des révulsifs en procure moins que celui des antiphlogistiques , parce que, l'irritation ayant été seulement déplacée , mais non épuisée, la partie primitivement maladi; conserve une grande tendance à retomber dans les conditions pathologiques, lorsque la stimulation exercée sur un aulreorgane s'efface trop tôt. Il y a plus môme: cette susceptibilité persiste toujours en elle, durant un laps de tem,ps

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plus ou moins considérable , quelle que soil la méthode de Irailenient (|u'on ail mise en usage, et, jusqu'à ce qu'elle soit éteinte , elle rend cette partie plus accessible aux diverses impressions morbifiques, qu'elle ne l'était avant de tomber malade. Mais, sous ce point de vue encore, les maladies vénériennes ne nous offrent absolument rien de spécial, rien qui ne s'observe h la suite de toutes les autres irritations morbides, de toutes les autres phlegmasies, dans quelqu'organe qu'elles aient fixé buir siège , par quelque cause qu'elles aient été provoquées. Si je crois pouvoir me dispenser de revenir encore sur des discussions qui me paraissent avoir été épuisées précédemment , je n'omettrai pas de signaler une foule de contradictions dans lesquelles de lausses théories ont fait tomber les auteurs , soit les uns avec les autres quand ils parlent de tel ou tel remède , soit entre eux lorsqu'ils s'occupent de symptômes différeus. Je l'ai déjà dit plus d'une fois , mais je dois le répéter ici , de quelque côté que l'on envisage l'histoire des maladies vénériennes , elle offre un chaos monstrueux , dans lequel on ne voit surnager que doute , incertitude , contradiction , prévention aussi aveugle qu'obstinée , et trop souvent aussi mensonge et charlatanisme.

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